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5 juillet 2012 4 05 /07 /juillet /2012 10:40

          Moine bouddhiste koutchéen polyglotte et érudit, versé dans la littérature védique, le canon pali et les textes mahayana, KUMARAJIVA (334-417 ou 350-409) joue un rôle déterminant dans le processus d'indianisation du bouddhisme en Chine. D'origine de la Sérinde du Nord, il fit plusieurs voyages dans les deux sens entre la Chine et l'Inde au cours de sa vie.

Il traduit une importante série de textes qui deviennent ensuite les pièces maîtresses du Canon bouddhique chinois. Il traduit ainsi les trois traités fondamentaux de l'école Mâdhyamika et les sûtra majeurs du Mahâyâna, le Sûtra du Lotus et le Sûtra de Vimalakirti. Rappelons qu'une sûtra est censée être un texte contenu les paroles même du Bouddha. Il traduit ou participe également à la traduction du Sûtra du Diamant, du Sûtra d'Amitabha, du Mülamadhyamaka karita et du Mahâprajnäpâramitâ sastra (les orthographes restent approximatives, au niveau des accents... et variées).

C'est grâce à ces traductions que le public chinois est véritablement initié à la littérature Mahâyâna. Son travail fait rompre avec l'habitude prise de faire coïncider des notions bouddhiques avec des notions chinoises connues, principalement taoïstes.

             Les informations que nous avons de KUMARAJIVA proviennent de biographies chinoises de moines éminents, non exemptes de détails légendaires destinés à renforcer son autorité littéraire. Les catalogues chinois attribuent à l'équipe qu'il dirige vers après 401, sous la protection de l'empereur XAO XING (Qin postérieurs), la traduction de 74 ouvrages ou 368 fascicules (de 35 à 74 selon les sources). Une centaine de textes différents sont au cours des siècles attribués au traduction, bien que seulement 24 aient pu être authentifiés. Ses traductions sont considérée comme définitives par la postérité.

           Par son travail de traduction, mais aussi son érudition personnelle, KUMARAJIVA attire de nombreux disciples, dont DAOSHENG, SENGZHAO, DAORONG et SENGRUI, appelés '"les quatre grands disciples". Sa réputation s'étend dans le Sud de la Chine, domaine des Jin orientaux. Il est considéré comme le fondateur de l'école Sanlun, ou école des Trois traités, basée sur le Shatika sastra, le Madhyamika sastra et le Dvadashamukka sastra. Mais elle est réellement lancée par son disciple SENGLANG. Cette école et d'autres qui en dérivent disparaissent vers le milieu de la dynastie avec la naissance de Faxiang fondée par KUIJI, disciple de XUANZANG, puis du courant Chan qui domine ensuite la Chine bouddhique. L'école Sanlun continue d'exister au Japon sous le nom de Sauron.

 

         KUMARAJIVA, par manque de temps, rédige peu d'essais et de traités propres. Il écrit néanmoins un Shixianglun en deux fascicules sur le rejet de l'idéalisme (perdu), thème repris plus tard par l'école Tiantai, un début de commentaire du Vilamalakirti que ses disciplines achèvent, du Shiyushi et du Zengshamenfahe. Il y a également sa correspondance avec HUIYAN, ainsi que les réponses aux questions de l'empereur, Daqinzhushu et son appréciation du Tongsanshilum rédigé par ce dernier.

 

        Le dictionnaire de la sagesse orientale qui date sa vie de 344 à 413 le définit comme "le plus important traducteurs de textes bouddhiques sanskrits en chine. Issu d'une famille noble de Kucha (dans l'actuel Siankiang), KAMARAJIVA commença par étudier la doctrine du Hînayâna avant de devenir un adepte du Mahâyâna. En 401, il se rendit à Ch'ang-an (actuellement Xi'an) où, soutenu par des milliers de moines (c'est probablement exagéré, selon nous), il se consacra à son activité de traducteur. En 402, il reçut le titre de "Maitre de la Nation" (Kuo-shih). (...) Kumârajîva améliora considérablement la méthode de traduction utilisée auparavant en Chine. Lui-même parlait couramment le chinois et ses collaborateurs possédaient une connaissance remarquable du bouddhisme et du sanskrit. Le travail de traduction s'accomplissait de la manière suivante : Kumârajîva expliquait à deux reprises le sens du texte en chinois ; les moines discutaient sur le contenu du passage et essayaient alors de la transcrire en chinois littéraire. Pendant ce temps-là, Kumârajiva ne cessait de comparer l'original et la traduction, jusqu'à ce qu'une version définitive fut trouvée. A la différence des autres traducteurs, Kumârajîva s'efforçait de faire passer l'essence du sûtra et évitait les traductions trop littérales. Il prit également la liberté de raccourcir certains textes ou de la adapter au goût chinois." (Ingrid FISHER-SCHREIBER)

 

         Le Sûtra du Lotus est devenue le sûtra essentiel de plusieurs écoles bouddhiques. Appelé de manière extensive Sûtra du Lotus du Dharma merveilleux, il comprend 28 chapitres dans sa version chinoise. Les plus importants sont le deuxième et le seizième. 

Dans le deuxième, le Bouddha déclare que le Dharma primordial est difficile à pénétrer, et qu'en conséquence il comporte des enseignements provisoires. Il n'existe qu'un Véhicule unique qui mène à l'Eveil parfait. Le Bouddha utilise des paraboles pour ne pas effrayer les moines et laïcs incrédules ou orgueilleux, incapables d'entendre directement l'enseignement ultime que seuls les bodhisattva, les fils des éveillés aux facultés sont aptes à écouter et à pénétrer.

Dans le seizième, "Durée de vie du Tathägata, est révélée la dimension universelle du Bouddha. Il s'est en vérité éveillé il y a de cela un nombre incalculable de kalpa et demeure depuis dans le monde Saha ("Endurance") pour y enseigner le Dharma. Sa venue en tant que Sakyamuni est un déploiement de moyens habiles destinés aux êtres de peu de mérité en vue de les mener sur la voie de l'Eveil. La longévité du Bouddha est par conséquent inimaginable. Le parinirvâna n'est lui aussi qu'un moyen pour réveiller les êtres de leur indolence.

 

         Le Sûtra de Vimalakirti a pour cadre la ville de Vaisali, plus précisément le bois d'Amrapali où séjourne le Bouddha, puis la vaste demeure d'un riche disciple laïc du Bouddha, le Licchavi Vimalakirti. L'intelligence de ce dernier, sa connaissance du Dharma et surtout sa sagesse surpassent celle de tous les sravaka et bodhisattva rassemblés, excepté MANJUSRI. Il feint la maladie pour susciter une réunion en sa demeure sur le thème de la non-dualité et de la vacuité. C'est un fait unique dans toute la littérature bouddhiste que de consacrer ainsi une vaste sûtra aux enseignements d'un bodhisattva laïc. Le texte chinois comprend 14 chapitres : Sont évoqués successivement, entre autres, Les champs purs des bouddhas, Les moyens habiles inconcevables, L'inconcevable, La vision complète des êtres, introduction à la non-dualité, L'offrance de réjouissance du Dharma... La philosophie de ce texte est celle de la vacuité telle que l'expose le Mâdhyamika

 

          Le Sûtra du diamant a trait à l'inexistence du soi du bohisattwa, aux pâramitâ, aux mérites, aux étapes et caractéristiques d'un bouddha dans la perspective de la vacuité universelle. Trois gâtha constituent des temps forts dans ce sutrâ :

- "Ceux qui me voient dans ma forme. Ou m'entendent par ma voix. S'engagent dans l'erreur. Ceux-là ne voient pas le Tathâgata."

- "En voyant la réalité absolue, on voit les bouddhas. Leur pouvoir de guider vient du dharmakâya. N'étant pas un objet de connaissance, la réalité absolue. Ne se trouve pas à la portée de la conscience ordinaire."

- "Comme les étoiles, des mouches volantes ou la flamme d'une lampe. Comme une illusion magique, une goutte de rosée ou une bulle. Comme un rêve, un éclair ou un nuage. Ainsi devrait-on voir tous les phénomènes inconditionnés.

 

   Le Sûtra d'Amitabha se compose de voeux prononcés par le bouddha le plus populaire du Mahayana après le bouddha historique Säkyamuni. Un voeu originel comportait 48 points dont les plus plus saillants sont la volonté de produire une terre pure de bouddhas où les êtres pourront renaitre en une dernière naissance avant de s'éveiller, le souhait que l'évocation fervente de son nom soit le moyen de s'y rendre et le souhait que de son corps émane une lumière illimitée.

Le deuxième voeu se lit ainsi : "Si, quand je serai bouddha, les hommes et les dieux de mon pays, à la fin de leur vie, douvent retourner dans les trois mauvaises destinées, je ne veux pas de la parfaite illumination" ; le douzième : "Si, quand je serais bouddha, ma lumière peut être mesurée au point de ne pas briller sur au moins cent, mille, cent mille, cent millions de terres de bouddhas, je ne veux pas de la parfaite illumination" ; le vingtième : "Si, quand je serai bouddha, les êtres vivants des dix directions qui, en entendant mon nom, auront dirigé leur pensée vers ma terre, cultivé la source de toutes les vertus et, d'un coeur sincère, transféré leurs mérites en vue de renaître en ma terre, n'obtiennent pas ce fruit, je ne veux pas de la parfaite illumination". Grâce à son puissant voeu de compassion, Dharmäkara devint finalement le bouddha Amitâbba après une longue carrière de bodhisattva, et son champ pur, situé dans la direction du couchant, fut appelé Sukhâvati

 

      Le Mülamadhyamaka karita, texte abrupt et concis, objet de nombreux textes interprétatifs, ou Traité du milieu, se compose de 27 chapitres (449 stances).Chaque chapitre a pour sujet la réfutation d'un thème philosophique : les conditions de production des phénomènes, le mouvement, les facultés, les cinq agrégats, le désir, l'agent et l'acte, l'enchainement et la libération, le moi, le temps, les vues erronées... La première stance, qui pose l'absence de production, est célèbre entre toutes : "Où que ce soit, quelles qu'elles soient, ni de soi ni d'autrui, ni de l'un et de l'autre, ni indépendemment l'un de l'autre, les choses ne sont jamais produites". 

 

 Le Mahâprajnapâramitâ ou Traité de la grande connaissance transcendante, volumineux commentaire du Prajnaparamiasutrâ, traduit en français par Mgr LAMOTTE sous le titre de Traité de la grande vertu de sagesse (Nouvelle Edition, Institut orientaliste de Louvain, 1981) apparaît comme une véritable somme du Mahâyâna du IVe siècle, selon les vue mâdhyamika

 

Philippe CORNU, Dictionnaire encyclopédique du Boudhisme, Seuil, 2006 ; Dictionnaire de la sagesse orientale, Robert Laffont, Collection Bouquins, 1986.

 

 

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