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22 octobre 2011 6 22 /10 /octobre /2011 14:52

       L'humour est défini en psychanalyse comme le processus opérant dans le champ du Préconscient, étayé sur la dynamique interinstancielle et apparenté à un mécanisme de défense, consistant en une réévaluation inattendue des exigences de la réalité qui en renverse la tonalité affective pénible, offrant ainsi à un Moi triomphant ce gain de plaisir par lequel il affiche un narcissisme invulnérable. (Jean-Pierre KAMIENIAK). Il est évoqué par Simund FREUD dans Le Mot d'esprit et sa Relation à l'Inconscient (1905) et "élucidé" de manière métapsychologique en 1927 (Der humor, dans Almanach für das jahr, 1928, Wien, Internt psychoanal Verlag), dans un bref article, après avoir signalé en 1908 (Les théories sexuelles infantiles) sa parenté avec le jeu de l'enfant. "A la différence du comique et de l'esprit, ou encore de l'ironie, qui visent à la satisfaction pulsionnelles érotique ou agressive et nécessitent pour ce faire la présence effective d'un tiers réel pour pouvoir s'accomplir, il s'agit d'un processus de secondarisation strictement intrapsychique visant à l'économie : à savoir l'épargne d'affects pénibles (pitié, irritation, colère, souffrance, dégoût, attendrissement, horreur, etc.) que la situation devrait occasionner et dont l'énergie ainsi soustraite se trouve transformée en ce plaisir modéré mais victorieux, loin de la décharge hilarante, qu'est le sourire d'humour." Simund FREUD considère cette activité comme particulièrement salutaire et les différentes descriptions postérieures de l'humour l'inscrit dans les mécanismes de défense très positifs. 

 

      Pour Serban IONESCU et ses collaborateurs, l'humour défini comme Mécanisme de défense à part entière, ce que ne fait pas Anna FREUD, qui l'ignore, est au sens restreint (retenu par Sigmund FREUD) un processus qui consiste à présenter une situation vécue comme traumatisante de manière à en dégager les aspects plaisants, ironiques, insolites. C'est dans ce cas seulement (l'humour appliqué à soi-même) qu'il peut être considéré comme un mécanisme de défense.  Dans leur discussion de la définition, ils indiquent que "l'aspect défensif de l'humour consiste en ceci : il épargne à la personne en difficulté les affects douloureux que sa situation devrait entraîner et permet, grâce à la plaisanterie, d'éviter jusqu'à l'expression de ces affects, c'est-à-dire des plaintes qui seraient justifiées".

Des auteurs comme VAILLANT estiment que cette défense, classée comme "mature" est la moins utilisée, alors que des défenses moins adaptées, tels le refuge dans la rêverie et l'activisme, sont beaucoup plus souvent adoptées. Le DSM-IV (1994-1996), une fois n'est pas coutume, fait en quelque sorte un retour à la pensée freudienne en l'inscrivant dans la rubrique des fonctionnements défensifs les mieux adaptés. Bien entendu, des psychanalystes (malgré pourtant leur sens de l'humour...) indiquent (comme SZAFRAN et NYSENHOLC, Freud et le rire, Editions Métailié, 1994) que lorsqu'il intervient dans la cure, l'humour peut s'intégrer dans une résistance... Mais ils prônent par ailleurs d'utiliser l'humour dans la thérapie, sans aller jusqu'à une "psychothérapie humoristique"...

 

     Très sérieusement, J Christophe PERRY et ses collaborateurs inscrivent eux aussi l'humour dans les Mécanismes de défense. "Le sujet réagit aux conflits émotionnels ou aux facteurs de stress internes ou externes en faisant ressortir les aspects amusants ou ironiques du conflit ou des facteurs de stress. L'humour tend à relâcher la tension provoquée par le conflit d'une manière qui permet à tout le monde d'en bénéficier, au lieu de n'y impliquer qu'une seule personne, comme c'est le cas des commentaires moqueurs ou cinglants. Il y a d'autre part souvent une part d'autocritique ou de vérité dans l'humour".  Il faut distinguer selon eux l'humour de la dépréciation (qui porte atteinte à l'image de l'objet en ternissant l'image de sa cible par le sarcasme, l'ironie cinglante ou les remarques désobligeantes), de l'agression passive (qui utilise la pitrerie ou les tentatives de faire rire d'une manière rabaissantes, ce qui bloque à l'inverse la gestion des conflits ou des facteurs de stress) et encore des blagues (qui visent à soulager un stress saillant ou un conflit affectif qui vient d'être déclenché).

 

J Christophe PERRY et coll, Mécanismes de défense : principes et échelles d'évaluation, Elsevier Masson, 2009 ; Serban INOESCU et coll, Les mécanismes de défense, Nathan Université, 2003 ; Jean-Pierre KAMIENIAK, article Humour dans Dictionnaire international de psychanalyse, Hachette Littératures, 2002.

 

PSYCHUS

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Published by GIL - dans PSYCHANALYSE
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moulron 18/11/2015 22:16

La Maison du Rire et de l'humour a créé voici 9 ans un prix, " Le Prix d'humour de Résistance" Chaque année, la Maison du Rire et de l'Humour décerne son " Prix Humour de Résistance " attribué à des pesronnes ou groupe de personnes physiques ou morales dont l’état d’esprit, l’attitude et le comportement, face à une situation de pression forte, d’oppression ou de tentative de soumission contre leur gré, que ce soit à caractère politique, militaire, socioculturelle, économique ou physique, auront manifesté, témoigné et exprimé fondamentalement, irréductiblement et de manière permanente une résistance forte essentiellement activée, véhiculée, exprimée et soutenue par l’humour, le sens de l’humour, la dérision et le rire dans toutes leurs dimensions et champs, le tout porté par une ferme volonté de renverser cette situation et d’en supprimer irrémédiablement tous les effets
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