Vendredi 14 octobre 2011 5 14 /10 /Oct /2011 14:03

    Le processus d'identification n'est pas immédiatement envisagé comme un Mécanisme de défense psychique par les auteurs de psychanalyse, sauf pour l'identification à l'agresseur. Serban IONECU et ses collaborateurs lui accorde toutefois ce statut, tandis que ni J Christophe PERRY, ni Anna FREUD, ni encore le DSM IV ne le considère comme tel. Pour situer le débat, il convient de rappeler la définition freudienne de ce processus.

 

     C'est un processus psychologique par lequel un sujet assimile un aspect, une propriété, un attribut de l'autre, et se transforme, totalement ou partiellement, sur le modèle de celui-ci. la personnalité se constitue et se différence par une série d'identification (LAPLANCHE et PONTALIS). Il convient pour ces deux auteurs de différencier deux choses :

- L'Action d'identifier, c'est-à-dire de reconnaître pour identique ; soit numériquement, par exemple "l'identification d'un criminel" ; soit en nature, par exemple, quand on reconnaît un objet comme appartenant à une certaine classe ou encore quand on reconnaît une classe de fait assimilable à une autre....

- L'Acte par lequel un individu devient identique à un autre, ou par lequel deux être deviennent identiques (en pensée ou en fait, totalement ou secondairement...

C'est surtout avant tout au sens de "s'identifier" que renvoie le terme en psychanalyse. Ce processus recoupe dans l'usage courant toute une série de concepts psychologiques tels que : imitation, empathie, sympathie, contagion mentale, projection... Dans l'intention de clarifier les idées, des auteurs proposent de distinguer, selon le sens dans lequel se faire l'identification, entre une identification hétéropathique (SCHELER) et centripète (WALLON), où c'est le sujet qui identifie sa personne propre à une autre, et une identification idiopathique et centrifuge où le sujet identifie l'autre à sa personne propre. Dans les cas où les deux mouvement coexistent, on serait en présence d'une forme d'identification plus complexe parfois invoquée pour rendre compte de la formation du "nous".

 L'identification figure dans l'oeuvre de Sigmund FREUD comme l'opération par laquelle le sujet humain se constitue. Du coup, il n'est pas difficile de considérer certaines de ses modalités (et pas seulement l'identification à l'agresseur) comme liées au déploiement de mécanismes de défense. Dans la théorie propre au fondateur de la psychanalyse, ce concept d'identification est enrichi par différents apports, au moins au nombre de quatre :

- la notion d'incorporation orale (Totem et Tabou ; Deuil et mélancolie - 1912-1915). Dans la mélancolie, le sujet s'identifie sur le mode oral à l'objet perdu, par régression à la relation d'objet caractéristique du stade oral ;

- la notion de narcissisme (Pour introduire le narcissisme - 1914), dans la dialectique qui relie le choix d'objet narcissique (l'objet est choisi sur le modèle de la personne propre) et l'identification (le sujet, ou telle de ses instances, est constitué sur le modèle de ses objets antérieurs : parents, personnes de l'entourage) ;

- les effets du complexe d'Oedipe, sur la structuration du sujet sont décrits en termes d'identification : les investissement sur les parents sont abandonnés et remplacés par des identifications (Le déclin du complexe d'Oedipe - 1924) ;

- dans la seconde théorie de l'appareil psychique, les instances ne sont plus décrites en termes de système où s'inscrivent des images, des souvenirs, des "contenus" psychiques, mais comme des reliquats, sous différents modes, des relations d'objet.

  Objet de recherches tâtonnantes, Sigmund FREUD effectue son exposé le plus complet sur l'identification dans le chapitre VII de Psychologie collective et analyse du moi (1921), où il distingue 3 modes d'identification :

- Comme forme originaire du lien affectif à un objet : identification pré-oedipienne marquée par une relation cannibalique d'emblée ambivalente (identification primaire) ;

- Comme substitut régressif d'un choix d'objet abandonné ;

- En l'absence de tout investissement sexuel de l'autre, le sujet peut néanmoins s'identifier à celui-ci dans la mesure où ils ont en commun un élément (désir d'être aimé par exemple) 

 

     Alain de MIJOLLA considère que les dernières considérations de Sigmund FREUD sur l'identification "laissent percevoir sa perplexité devant la complexité de cette notion" (Nouvelles Conférence - 1933). une remarque ouvre des perspectives de recherche explorées par la suite : "En règle générale, les parents et les autorités qui leur sont analogues suivent dans l'éducation de l'enfant les prescriptions de leur propre Surmoi (...). Ils ont oublié les difficultés de leur propre enfance, ils sont satisfaits de pouvoir à présent s'identifier pleinement à leurs propres parents qui, en leur temps, leur ont imposé ces lourdes restrictions. C'est ainsi que le Surmoi de l'enfant ne s'édifie pas, en fait, d'après le modèle des parents mais d'après le Surmoi parental ; il se remplit du même contenu, il devient porteur de la tradition, de toutes les valeurs  à l'épreuve du temps qui se sont perpétuées de cette manière de génération en génération (...) L'humanité ne vit jamais entièrement dans le présent ; dans les idéologies du Surmoi le passé continue à vivre, la tradition de la race et du peuple, qui ne cède que lentement la place aux influences du présent, aux nouvelles modifications." L'accent a été mis par les auteurs post-freudiens sur la situation psychanalytique dont Sigmund FREUD n'avait pas abordé l'étude sous l'angle de l'identification, pour insister sur la nécessité et les limites à apporter à l'identification transférielle du patient à son analyste, comme pour souligner que ce dernier doit posséder une certaine quantité d'empathie, cette faculté qui prend la plus grande part à notre compréhension de ce qu'il a d'étranger à notre Moi chez d'autres personnes, pour être à même de comprendre et d'interpréter l'inconscient de son analysé. L'identification à l'agresseur isolée par Anna FREUD (1936), puis l'identification projective élaborée par Mélanie KLEIN (1952) ouvrent la voie ensuite à de multiples descriptions de modalités identificatoires. L'accent est porté ainsi sur les relations avec la mère  : à la suite d'Edith JACOBSON (1954), des auteurs se sont attachés à la présenter comme une relations mère-enfant archaïque préobjectale, située dans un état de fusion/confusion entre le Self et le not-Self (SANDLER, 1960) et à la distinguer de la notion d'imitation empruntées aux modèles psychologiques. On peut noter de nombreuses notions qui en dérivent : l'internalisation, introjection (HARTMANN, 1939 ; KRIS et LOEWENSTEIN, 1964), contre-identification et projet identificatoire (Piera AULAGNIER), identifications archaïques et héroïques (Didier ANZIEU), fantasmes d'identification inconscients (Alain de MIJOLLA)....

 

     Serban IONESCU et ses collaborateurs définissent l'identification comme Assimilation inconsciente sous l'effet du plaisir libidinal et/ou de l'angoisse d'un aspect, d'une propriété, d'un attribut de l'autre, qui conduit le sujet, par similitude réelle ou imaginaire, à une transformation totale ou partielle sur le modèle de celui auquel il s'identifie. l'identification est un mode de relation au monde constitutif de l'identité."

 Le fait que le moi cherche à se rendre semblable au modèle ne constitue pas seulement une modalité défensive mais plus généralement une façon d'entrer en contact avec l'autre. Les deux sens du terme, relevés par LAPLANCHE et PONTALIS pourraient faire penser que l'identification relève davantage d'activités conscientes qu'inconscientes. "Or, c'est justement, écrivent ces auteurs, en tant qu'activité inconsciente que la finalité défensive de ce mécanisme se déploie. Car l'identification n'est pas simple imitation comme on aurait tendance à le croire, lorsqu'on pense à l'enfant s'identifiant dans ses jeux à un héros de bande dessinée ou encore à l'adolescente copiant par son habillement la silhouette d'une star admirée." Reprenant l'étude de WIDLÖCHER sur les Mécanismes de défense (1971), ils estiment que "l'identification réalise, par un mouvement d'appropriation, un fonds commun qui "a trait à une communauté qui persiste dans l'inconscient". C'est en effet une action relevant des processus primaires, qui représente un travail psychique destiné à réaliser dans le fantasme le but inconsciemment recherché, celui d'être l'autre. On conçoit mieux alors que cet objectif puisse être porté par une activité défensive, que ce soit pour lutter contre l'angoisse de perte d'objet ou pour assurer une emprise sur le monde extérieur."

Cette méthode de défense se spécifie de deux manières :  c'est une action qui est portée par un désir d'assimilation et qui opère dans un mouvement objectal, c'est-à-dire tourné vers l'extérieur. Ainsi, la notion d'identification fait jouer deux principes apparemment contradictoires et pourtant complémentaires pour la logique de l'inconscient : "celui de l'équivalence (le même) et celui de la distinction (l'autre). C'est à la fois le semblable et le différent, le sujet et l'objet, l'unicité et la pluralité, que le processus d'identification met en oeuvre à des fins de protection et d'enrichissement du moi. Ainsi, les "fantasmes inconscients d'identification" représentent une part essentielle de la construction du moi en relation à l'autre. L'identification constitue le point de départ d'une relation objectale, en même temps qu'une défense essentielle contre l'absence de l'objet, et, devient, par la suite "la voie royale du détachement de la libido des objets"" (J FLORENCE, L'identification dans la théorie freudienne, Publication des Facultés universitaires Saint-Louis, Bruxelles,1978).

   Recherchant la signification de l'identification pour la pathologie, ils reprennent les travaux de M NEYRAUT (L'identification, pour une introduction, dans Revue française de psychanalyse, n°48 (2), 1984) qui indiquent qu'elle "relève de deux fonctions contradictoires. L'une d'instabilités de jeu, de déplacement, de substitution. L'autre de permanence, de stabilité, de constance". Ainsi "se trouvent délimités les pathologies de l'identification avec d'un côté, les identifications tournantes hystériques et de l'autre,  les identifications endocryptiques mélancoliques ou délirantes ; les unes et les autres étant à rapporter à la distinction freudienne des identifications secondaires, hystériques et narcissiques." Notons également avec eux les travaux de TUSTIN (Le trou noir de la psyché, Seuil, 1986, 1989) qui décrit "dans la pathologie infantile, une "identification autistique" où, pour ne pas dépendre de la mère, ressentie comme trop aléatoire puisque vivant et pouvant faire défaut, l'enfant autiste présenterait paradoxalement une relation adhésive aux objets durs, qui inspirent la sécurité par leur permanence et la sensation qu'ils procurent. Cette identification adhésive ferait obstacle à l'expérience de satisfaction au moyen de l'hallucination, puisque le souvenir d'un objet satisfaisant serait remplacé par le contact réel et permanent avec cet objet dur appelée "objet autistique".

Les mêmes auteurs évoquent aussi la puissance de la défense "primaire" qu'est le délire, lorsque l'identification réalise, sous forme d'accomplissement hallucinatoire, la croyance délirante d'être l'autre. Il s'agit dans ce cas de toutes les pathologies du double, où l'autre soi-même idéal occupe toute la place. A l'extrême, la paranoïa peut ainsi être considéré sans l'angle des "maladies de l'identification". Ce sont là les effets destructeurs de ce que l'on pourrait nommer l'"identification aliénante".

 

Serban IONESCU, Marie-Madeleine JACQUET et Claude LHOTE, Les mécanismes de défense, Nathan Université, 2003 ; Alain de MIJOLLA, article Identification, Dictionnaire international de psychanalyse, Hachette Littératures, 2002 ; Jean LAPLANCHE et Jean-Bertrand PONTALIS, Vocabulaire de la psychanalyse, PUF, 1976.

 

PSYCHUS

 

Par GIL - Publié dans : PSYCHANALYSE
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