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27 avril 2010 2 27 /04 /avril /2010 07:27

        L'Isolation est un mécanisme de défense, décrit explicitement par Sigmund FREUD dans Inhibition, symptôme et angoisse (1926), surtout typique de la névrose obsessionnelle, et qui consiste à isoler une pensée ou un comportement de telle sorte que leurs connexions avec d'autres pensées ou avec le reste de l'existence du sujet se trouvent rompues. Parmi les procédés d'isolation se trouvent les pauses dans le cours de la pensée, des formules, des rituels, et d'une façon générale, toutes les mesures permettant d'établir un hiatus dans la succession temporelle des pensées ou des actes. (LAPLANCHE et PONTALIS). Les auteurs du Vocabulaire de la psychanalyse mentionne que Sigmund FREUD "ramène en dernière analyse la tendance à l'isolation à un mode archaïque de défense contre la pulsion : l'interdiction du toucher (...)" Dans Inhibition, symptôme et angoisse, l'isolation pour la névrose obsessionnelle est mise en parallèle avec le refoulement chez l'hystériqe. Dans Les psychonévroses de défense, la défense, aussi bien dans l'hystérie que dans le groupe des phobies et obsessions, est conçue comme une isolation. Les auteurs signalent que finalement le terme d'isolation est parfois employé dans le langage psychanalytique d'une façon un peu flottante qui appelle, selon eux, certaines réserves. Comme toujours, ils restent dans une définition freudienne orthodoxe qui a au moins le mérite parfois de la clarté. Il y a intérêt, toujours selon eux, "à réserver le terme d'isolation pour connoter un processus spécifique de défense qui va de la compulsion à une attitude systématique et concertée et qui consiste en une rupture avec ce qui la précède et la suit dans le temps."

 

       Elsa SCHMID-KITSIKIS, qui adopte le même point de vue, rapporte que Sigmund FREUD dans Les psychonévroses de défense, "conçoit la défense, aussi bien dans l'hystérie que dans les phobies et les obsessions comme une isolation : "la défense se produit par séparation de la représentation insupportable et de son affect ; la représentation, même affaiblie et isolées, reste dans la conscience." Elle met en quelque sorte en garde sur la fait que l'isolation a été souvent confondue avec le déni de réalité, mécanisme spécifique de la psychose.

 

     Les auteurs de Les mécanismes de défense définissent l'isolation sous deux sens :

- une élimination de l'affect lié à une représentation (souvenir, idée, pensée) conflictuelle, alors que la représentation en question reste consciente ;

- une séparation artificielle entre deux pensées ou deux comportements qui en réalité sont liés, leur relation ne pouvant être reconnues sans angoisse par la personne.

   Le deuxième sens est exposé par Sigmund FREUD dans Totem et Tabou, "où il montre que les malades se comportent comme s'il existait une dangereuse contagion entre certains éléments. L'isolation est le "cordon sanitaire" destiné à neutraliser cette contagion".

   Ils signalent que de nombreux auteurs ont étudié cette défense spécifique, en privilégiant l'un ou l'autre des deux sens. Anna FREUD (1936/1993), Otto FENICHEL (1945/1953), Louis CORMAN (1961), Daniel WIDLOCHER (1971-1972), Claude LE GUEN (1985) retiennent le premier sens, LAPLANCHE et PONTALIS, le second sens.

    Ce procédé de la névrose exerce son rôle dans le processus normal de la concentration, comme le montre Sigmund FREUD, pour concentrer et diriger l'effort intellectuel ou la pensée courante. Daniel LAGACHE insiste sur le fait que "la santé mentale ne signifie pas l'autonomie complète de la pensée et de l'action par rapport aux structures inconscientes, mais bien plutôt une autonomie relative impliquant la communication entre les structures inconscientes et les activités adaptatives et créatrices du sujet". Le problème survient lorsque précisément cette communication est rompue sur un aspect précis. Otto FENICHEL indique que l'isolation présente un risque car l'affect, momentanément supprimé, se manifestera de façon irrationnelle et imprévisible.

Les auteurs (qui sont toujours au confluent de la psychanalyse, de la psychologie et de la psychiatrie, ce qui fait l'intérêt de leur démarche) comme pour chacun des mécanismes de défense, établissent  des passerelles à bon droit entre des processus "normaux" et des processus pathologiques, même si on a parfois l'impression qu'ils adoptent la position inverse de la psychanalyse classique, à savoir partir des affections mentales. Ils montrent à quel point la normalité reste une notion relative. Bien entendu, ils soulignent toujours les effets nocifs pour la personnalité de l'utilisation de ces mécanismes de défense.

 

    Serban IONESCU, Marie-Madeleine JACQUET, Claude LHOTE, Les mécanismes de défense, Théorie et clinique, Nathan Université, 2003 ; Elsa SCHMID-KITSIKIS, article Isolation dans Dictionnaire international de la psychanalyse, Hachette Littératures, 2002 ; Jean LAPLACHE et Jean-Bertrand PONTALIS, Vocabulaire de la psychanalyse, PUF, 1976

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Published by GIL - dans PSYCHANALYSE
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