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4 août 2011 4 04 /08 /août /2011 14:12

             Le Cercle Turgot, qui rassemble des experts universitaires, d'entreprises et d'institutions étatiques ou multilatérales, sous la coordination de Jean-pierre CHAMBON, et qui se signale par des vues favorables mais très critiques sur l'économie de marché et le libéralisme, livre là les contributions d'une bonne vingtaine d'auteurs sur ce qui s'annonce, en ce début de la deuxième décennie du XXIème siècle, comme le couple moteur, en tout cas le plus important, de la planète. Alors que beaucoup d'experts, notamment stratégiques, attendaient surtout l'expression tout azimut d'une superpuissance américaine, émerge un monde multipolaire - américain, chinois, arabo-musulman et européen - très évolutif. Comme en écho aux propos du Président des Etats-Unis sur les relations bilatérales des deux géants qui pourraient "façonner le XXIème siècle", ces experts financiers dressent un tableau contrasté où la notion de puissance ne semble pas comprise de la même manière des deux côtés du Pacifique. Il exposent et analysent les données des composantes d'un possible "pacte faustien" qui semble bien moins évident que médiatiquement proclamé. Au moment d'une crise générale de la Dette, il est bon de faire le point sur ce couple, l'un possédant la majeure partie des obligations (financières) de l'autre.

 

     Une première partie qui fait le "diagnostic des forces en présence" et éclaire les mythes et les réalités géopolitiques du moment, pose surtout en fait de nombreuses questions sur la nature de l'ordre mondial en train de se dessiner.

Claude REVEL écrit notamment que "les questions à régler par un éventuel nouvel ordre mondial sont toutes à multiples facettes, interdépendantes et en état dynamique. Dans l'ordre économique, par exemple, les investissements mondiaux incroyablement accrus au cours des vingt dernières années ont été menées dans des logiques financières mais aussi souvent de puissance (cas des fonds souverains) et de sécurité (achats massifs de terres agricoles à l'étranger par certains Etats) ; les flux financiers qui les ont accompagnés les ont ensuite dépassés, dans des logiques de plus en plus parallèles, de moins en moins contrôlées par les Etats et parfois liées à des composantes mafieuses. La circulations accrue des hommes, des techniques, des informations, des cultures... s'est aussi accompagnée de son contraire, phénomènes de repliement religieux et communautaires. Les distinctions traditionnelles entre public et privé ont volé en éclats, avec une interconnexion voire une confusion des rôles entre Etats et acteurs privés dans la définition des quelques règles de gouvernance mondiales... Et face à ces dynamiques complexes, un grand nombre de problèmes mondiaux déjà soulevés au XXème siècle restent non résolus et de plus en plus lancinants : la pauvreté de certaines régions du monde (bien que l'on ait assisté à une enrichissement global de la planète, en termes financiers en tout cas), les déséquilibres démographiques qui quel que soit leur sens sont lourds de conséquences à terme, le caractère limité des ressources naturelles et énergétiques et les défis environnementaux, les risques sociaux au plan mondial, la nécessité de trouver un "terrain de jeu" commun entre "pays riches", émergents et en développement... liste non exhaustive". Pointe à travers ces contributions une véritable inquiétude car la formation d'une certaine gouvernance mondiale n'est absolument pas à la hauteur des enjeux. La Chine, qui a développé un véritable modèle alternatif, une économie de marché dirigée l'a fait en grande partie en faisant des Etats-Unis leur principal partenair économique, dans une sorte de jeu très ouvert de confrontation-compétition-coopération, où, si les accents guerriers appartiennent à un passé proche, existent de nombreux éléments porteurs de conflits plus ou moins graves. L'un de ces conflits portent sur le modèle même de société, au sein d'une gouvernance mondiale en formation : modèle autoritaire de marché, modèle capitaliste libéral, modèle (européen) du rule of law et du public good, système de marché autorégulé par des puissances privées qui ne s'embarrassent pas trop de "règles rigides", système autoritaire... Même si l'espoir reste d'une évolution positive, même lente, de grands nuages pèsent sur le monde, qui, dixit Claude REVEL, "ne fera pas l'économie d'une confrontation sur les modèles." Que de questions en effet : La chine est-elle adaptée au nouvel ordre mondial (alors qu'elle eressemble parfois à un vaste atelier - 25% de la production mondiale - dirigé de l'extérieur)? Chinamérique, l'investissement transfrontalier est-il possible? Entre autres... La contribution de François MEUNIER (Go West, young (Chinese) man!) est très éclairante sur les difficultés, notamment migratoires, à l'intérieur de la Chine immense, avec ses acteurs locaux et centraux aux préoccupations très différentes.

         Une seconde partie sur la logique économique de la Chinamérique et les alternatives à celle qui existe actuellement permet un regard instructif sur l'énigme de "l'économie socialiste de marché" (Jean-Louis CHAMPION) , sur les risques et bénéfices d'une stratégie de coopération (Philippe DESSERTINE) et sur la place de la chine dans la nouvelle gouvernance mondiale (Nicolas BOUZON). La question lancinante que l'on retrouve pratiquement dans tout le livre est de savoir si va émerger une consommation de masse en République populaire de Chine (Jean-Pierre PETIT), tant le modèle économique chinois actuel semble reposer sur des bases financières et sur une production destinée à l'extérieur. Les aspects des relations entre Union Européenne, Chine et Etats-Unis (Hervé de CARMOY), sur les normes en vigueur en Chine (William NAHUM), sur la compétition sino-américaine en Afrique (Serge MICHEL) sont également, entre autres, abordés.

         La troisième partie, décidément d'actualité brûlante, porte sur les questions monétaires. Philippe JURGENSEN pose carrément la question de savoir si ce couple est un couple modèle ou un couple infernal, de nombreux autres auteurs apportant de nombreux éléments - plutôt inquiétants - pour répondre à cette question. Possibilité d'une Nouvelle monnaie de réserve,  Existence d'un dilemme du créancier, sorte de formule novatrice du dilemme du prisonnier (article très technique qui semble récervé à des professionnels de la finance), Positionnement des banques chinoises sur le financement de la croissance, place de l'euro dans ce couple... autant de grands sujets que s'efforce de résumer à la fin de l'ouvrage Bernard ESAMBERT. Dans le déploiement des efforts du pouvoir central chinois dans de multiples domaines (démographie, énergie, éducation...), qui donne une image d'effervescence, se profile un ordre mondial qui commence "à se structurer sur une planète dont le centre de gravité se déplace vers l'Extrême-Orient." L'auteur de La guerre économique mondiale (Olivier Orban, 1991), président actuel de l'association Club des vigilants, ayant derrière lui une grande carrière économique et financière (Rothschild, COB, Lagardère Groupe Arjil...) conclue sur un monde interrogatif circonspect sur l'évolution interne, notamment sur le plan des valeurs, de la Chine.

    Ce livre est d'une tonalité plutôt "optimiste" du point de vue d'économistes plutôt libéraux (parfois critiques sur l'évolution actuelle) et se situe à l'opposé d'autres analystes qui penchent plutôt pour l'émergence d'une rivalité de plus en plus importante entre la Chine et les Etats-Unis. En tout cas, on ne peut que rejoindre une des conclusions de ce recueil de contributions : "Au-delà de cette effervescence canalisée par la primauté de l'économique, un ordre mondial a commencé à se structurer sur une planète dont le centre de gravité se déplace vers l'Extrême-Orient. Après la large domination de l'Occident, une plaque tectonique s'est remise en mouvement, négligeant le multilatéralisme et les bilatéralismes qui jalonnent notre quotidien." 

Rappelons que le cercle Turgot rassemble de nombreux experts (auteurs, économistes, universitaires, chefs d'entreprises, banquiers...) a été créé en 2009, en lien avec l'Institut de Haute Finance (IHIFI), lui-même créé par le Président Pompidou en 1972. Son directeur actuel, Jean-Louis CHAMBON, directeur de publication également de Gestion et auteur ou co-auteur d'ouvrages économiques, dont Repenser la planète finance, regards croisés sur la crise financière, d'avril 2009. 

 

   L'éditeur présente ce livre de la manière suivante : ""Les relations entre la Chine et les Etats-Unis vont façonner le XXIe siècle" : par cette déclaration, Barack Obama annonçait-il un "pacte faustien", prix à payer pour sortir de la grande crise mondiale? 

La décennie qui vient de s'achever a mis au jour les liens puissants et apparemment contre-nature qu'ont tissés ces deux pays dans les domaines économiques, financiers et monétaires, créant de facto une forme de solidarité et d'interdépendance sans précédent. Etats-Unis et Chine sont-ils en passe, en vertu d'un principe de réalité, de construire durablement des logiques de coopération.? Au point de se partager un directoire mondial, sous la forme d'une nouvelle hyper-puissance : la Chinamérique

Dans cet ouvrage devenu une référence, aujourd'hui réédité en poche, les experts du Cercle Turgot passent au crible les aspects géopolitiques, les mythes et les réalités de la situation des deux partenaires. En analysant dans le détail cette hypothèse d'une Chénamérique, les alternatives possibles, les risques et les bénéfices dont elle est porteuse, ils dessinent les contours du "monde d'après".

 

Cercle Turgot, La Chinamérique, Un couple contre-nature? Eyrolles, Editions d'organisation, 2011, 285 pages.

 

Complété le 19 janvier 2013

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