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21 octobre 2011 5 21 /10 /octobre /2011 13:26

                  Cette défense, présentée dans le DSM IV (1994-1996) sous le terme anglais suppression, pose un problème de traduction même si l'on peut rejoindre par là des éléments de la psychanalyse freudienne classique. Elle nous donne l'occasion de présenter ce que Serban IONESCU et ses collaborateurs entendent sous l'expression Mise à l'écart et les réflexions qui aboutissent à ne pas le présenter, dans la plupart des études, comme un Mécanisme de défense. Traduire ce mot anglais par son homonyme français est bien entendu un contre-sens, puisque "supprimer", c'est "faire disparaître, faire cesser d'être", ce qui n'est pas le cas de la mise à l'écart (qu'on pourrait aussi appeler "rejet", "stoïcisme", "refus", "récusation"). Ce qui a été volontairement mis à l'écart ne l'est que momentanément, mais peut devenir à nouveau conscient. Dans la version française du DSM-III-R (1987-1989), le terme "suppression" est traduit par "répression". Comme la Mise à l'écart est la tentative de rejet volontaire, hors du champ de la conscience, de problèmes, sentiments, ou expériences qui tourmentent ou inquiètent un sujet, la question qui se pose immédiatement est de savoir s la mise à l'écart est réalisable, en particulier dans des situations très difficiles. de tout temps, la mise à l'écart a été tentée par ceux qui vivent une expérience pénible, mais sans beaucoup d'illusions sur ses chances de réussite.

Si Sigmund FREUD et la plupart des auteurs psychanalystes (dont Anna FREUD) ne la considèrent pas comme un mécanisme de défense, préférant développer le refoulement ou la sublimation, même si la répression est la notion qui s'en approche le plus, le DSM-IV l'inclut dans la rubrique des défenses de haut niveau.

 

      Des auteurs ont étudié la Mise à l'écart, mettant l'accent sur sa difficulté, voire son impossibilité. On peut remarquer qu'ils ne se situant pas dans la littérature psychanalytique. Déjà B GRACIAN (L'Homme de cour, Champ libre, 1972, réédition de son oeuvre de 1684) remarque que ce sont les choses qu'il faudrait oublier donc on se souvient le mieux et que, si le remède du mal consiste à oublier, c'est le remède qu'on oublie. P JANET (Les Médications psychologiques, Alcan, 3 volumes, 1919), après avoir cité, avec ironie, dans son étude de la "moralisation médicales", les recommandations des docteurs Dubois et Forel, exprime le souhait faussement naïf que "ce serait une découverte précieuse pour la psychiatrie que celle qui nous permettrait de créer l'oubli à volonté". Pour J PRESS (La répression, refoulement du pauvre?, Revue française de psychosomatique, n°7, 1995), "la répression des contenus conscients maintenus comme tels et immobilisés dans le moi est un leurre". Le domptage conscient des pulsions "condamnables" est réellement aléatoire, ne les fait jamais disparaître...

Et les "exemples" fournis par Serban IONESCU et ses collaborateurs font plutôt penser à une sorte de justification de l'inscription de la mise à l'écart dans les manuels de DSM, lesquels d'ailleurs considèrent qu'il s'agit de défense réussie, mises au même niveau (voir aussi par exemple G E VAILLANT, An empirically validated hierarchy of defense mechanics, Arch Gen Psy, 1986) des défenses matures que l'altruisme, la sublimation, l'humour, l'anticipation...

La signification pour la pathologie est surtout mentionnée dans le cas de sujet qui voient approcher la mort ou celle d'un de ses proches, bienfaisante pour eux mais perturbante (parfois gravement) dans ses relations avec ses proches ou dans le cas de sujet à maladies graves (répression consciente). Dans la conclusion du chapitre consacré à ce "mécanisme de défense", ces même auteurs écrivent : "cette constatation (à propos des sujets gravement malades) rejoint la distinction que fait C PARAT (A propos de la répression, Revue française de psychosomatique, N°1, 1991) à propos de la mise à l'écart de pulsions conscientes qu'on condamne. Réprimer la mise en acte de certaines pulsions érotiques ou agressives s'avère "incontournable"". Mais cette répression doit se limiter au mode de l'agir. Par contre, pour l'équilibre de la personne, l'activité psychique doit conserver une grande liberté, et la répression n'a pas à s'exercer sur le désir."

 

     J Christopher PERRY et ses collaborateurs  détaillent, dans la foulée du DSM-IV, l'étude de la Répression, assimilée à la notion de Mise à l'écart. Ils définissent ce Mécanisme de défense de la manière suivante : "Le sujet réagit aux conflits affectifs ou aux facteurs de stress internes ou externes en évitant délibérément de penser aux problèmes, souhaits, sentiments ou expériences gênants, et ce, temporairement. Il peut par exemple chasser de son esprit certaines choses jusqu'au moment choisi pour les régler : c'est un report, pas de l'atermoiement. La répression peut également revenir à ne pas penser à quelque chose à un moment donné pour ne pas être empêché de s'engager dans une activité plus importante (...). Le sujet a rapidement accès au matériel maintenu à l'écart de son attention consciente, puisqu'il n'a pas été oublié."

Cette répression permet de placer des facteurs de stress hors de la conscience, très momentanément, le temps de s'occuper de choses jugées plus urgentes. L'angoisse névrotique est minimisée, puisque le matériel n'est pas réprimé, mais mis de côté, bien que l'angoisse d'anticipation puisse être présente tant que le facteur de stress n'a pas été géré.

Cette répression n'est pas un refoulement, puisque l'affect est reconnu et même ancré dans la mémoire pour mieux le traiter ensuite. On peut se demander si les auteurs ne font pas un rapprochement avec l'opération intellectuelle qui consiste à hiérarchiser les opérations à faire, en suppose possible que cette opération intellectuelle puisse se réaliser avec des affects, ce qui parait difficile (mais pas forcément impossible dans un court temps) lorsque ceux-ci sont liés à la sexualité ou à l'agressivité...

 

   Dans le vocabulaire de la psychanalyse, les auteurs indiquent trois acceptions du terme Répression :

- En un sens large : opération psychique qui tend à faire disparaître de la conscience un contenu déplaisant ou inopportun : idée, affect, etc. En un sens, le refoulement serait un mode particulier de répression ;

- En un sens plus étroit, désigne certaines opération différentes du refoulement : soit par le caractère conscient de l'opération et le fait que le contenu réprimé devient simplement préconscient et non pas inconscient ; soit, dans le cas de la répression d'un affect, parce que celui-ci n'est pas transposé dans l'inconscient, mais inhibé, voire supprimé ;

- Dans certains textes traduits de l'anglais, équivalent erroné de Verdrängung (refoulement).

De toute manière, le terme de répression, fréquemment employé en psychanalyse, surtout d'ailleurs notons-nous dans les ouvrages de vulgarisation, est mal codifié et est doté d'un sens élastique. Simund FREUD l'emploie surtout dans L'interprétation du rêve (1900), bien qu'il se retrouve aussi dans Trois essais sur la théorie de la sexualité (1905), au deuxième sens. La répression s'oppose, surtout du point de vue topique, au refoulement. Le premier est conscient, l'autre inconscient. la répression joue au niveau de la "seconde censure" que le fondateur de la psychanalyse situe entre le conscient et le préconscient. Du point de vue dynamique, les motivations morales jouent dans la répression un rôle prédominant. Toujours dans le deuxième sens, dans la deuxième possibilité, se développe plutôt la théorie freudienne du refoulement.

 

    Francisco Palacio ESPASA estime de son côté que la distinction entre répression et refoulement "n'est pas toujours aussi nette tout au long de la métapsychologie" de Sigmund FREUD. Il cite surtout L'inconscient, de 1915, où la répression de l'affect apparaît comme une modalité particulière du refoulement, destinée à faire disparaître l'affect de la conscience. Dans le Moi et le Ça, de 1923, avec l'introduction de la deuxième topique, "les affects décrits par Freud deviennent le p^lus souvent des sentiments complexes. Les sentiments inconscients de culpabilité, l'"angoisse-signal", la douleur, la tristesse, etc, sont des affects exprimés par des fantasmes divers, notamment autour de la perte de l'objet. L'angoisse-signal" de la menace que représente la perte de la mère pour l'enfant constitue l'exemple paradigmatique de cette nouvelle vision des affects intimement articulés avec des fantasmes (...). Du moment que l'affect et la représentation sont ainsi conçus en étroite intrication à travers les fantasmes, les mécanismes de défense qui s'adressent aux affects ne sont pas différenciés de manière spécifique. Par conséquent, les affects sont aussi susceptibles d'être inconscients." 

Mélanie KLEIN développe beaucoup ce mécanisme : pour elle, l'enfant est confronté très tôt à ce genre de vicissitudes qui prennent une place cruciale dans le fonctionnement de la vie mentale. L'explication qu'elle donne de cette vie mentale montre plutôt le rôle de processus inconscients que sont le déni et le refoulement. On est alors loin des processus conscients décrits par les auteurs récents sous le nom de répression.

 

Francisco Palacio ESPASA, article Répression dans Dictionnaire international de psychanalyse, Hachette littératures, 2005 ; J LAPLANCHE et J-B PONTALIS, Vocabulaire de la psychanalyse, PUF, 1976 ; J Christophe PERRY et coll, Mécanismes de défense : principes et échelles d'évaluation, Elsevier Masson, 2009 ; Serban IONESCU et coll, Les mécanismes de défense, Nathan Université, 2003.

 

PSYCHUS

 

 

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Published by GIL - dans PSYCHANALYSE
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