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7 octobre 2011 5 07 /10 /octobre /2011 08:42

            Ce livre de 1948 écrit par le naturaliste Henry Fairfield OSBORN, Jr (1887-1969), longtemps président de la New York Zoogical Society (aujourdh'ui Wilfide Conservation Society, l'une des plus importante ONG internationales de protection de la nature), s'avère prémonitoire de l'ensemble des problèmes planétaires, même s'il ne connaissait pas bien entendu le problème climatique auquel nous devons faire face aujourd'hui. Réquisitoire sans appel qui suscite à sa sortie un vif intérêt aux Etats-Unis, il montre que l"humanité est en train "de suivre une voie qui risque de rendre un jour ou l'autre notre bonne vieille terre aussi morte que la lune. Il contient la démonstration évidente qu'une dégradation continue de la nature menace la survie même de l'humanité."

              Sur un ton volontiers alarmiste, l'auteur entend donné, comme il l'écrit dans son Introduction au mot nature la signification la plus étendue. "Au sens large, il se réfère au schéma général de l'univers. Au sens étroit, il ne désigne plus que le caractère d'un individu, ou encore les impulsions ou forces inhérentes par lesquelles son caractère se trouve déterminé ou contrôlé. La nature représente en réalité la somme totale des conditions et principes qui influencent ou plus exactement conditionnent l'existence de tout ce qui a vie, y compris l'homme lui-même. Le but de ce livre n'est pas seulement d'établir le bien-fondé de cette définition, mais encore et surtout de montrer que, si nous continuons à faire fi de la nature et de ses principes, les jours de notre civilisation sont dès maintenant comptés."

Comme il l'indique lui-même, "le présent ouvrage se divise en deux parties. La première tend à montrer que, malgré les extraordinaires réalisations mentales auxquelles est due sa civilisation moderne et si complexe, l'homme a été dans le passé, est encore et continuera toujours à être une simple pièce sur le grand échiquier de la nature. La seconde partie de ce livre s'efforce de montrer les ravages que pendant les derniers siècles l'homme a fait subir à la face de la terre et la vitesse toujours plus grande avec laquelle il continue à détruire les sources mêmes de sa vie. C'est là cette autre "guerre mondiale" silencieuse et mortelle à laquelle je faisais allusion (au début de l'Introduction). C'est elle qui engendre des conflits comme les deux premières guerres mondiales et, si rien n'est fait pour y porter remède, son résultat final ne saurait manquer de se traduire par une misère générale comme jamais encore l'humanité n'en a connue, avec menace finale pour son existence même."

 

      le livre se divise donc en 10 chapitres, répartis également entre ces deux parties, intitulées La planète et Le pillage.

   Dans cette première partie, l'auteur effectue d'abord (premier chapitre) des vues d'ensemble : Sommes-nous le résultat final d'un si vaste système? ; Une armée d'invasion qui grossit tous les jours ; Une petite planète parmi des millions de nébuleuses spirales ; Peut-il exister ailleurs d'autres êtres humaines? ; L'homme "civilisé" constitue un pour cent seulement de la vie de l'espèce ; Les hommes primitifs ont longtemps été en tout petit nombre...

Il décrit Les années obscures mais décisives... (chapitre II) : Les temps passés sont en réalité toujours avec nous ; Le point de différenciation dans l'évolution ; Tendances et instincts héréditaires ; Comment il faut entendre "la survivance du plus apte" ; L'homme représente un type animal non spécialisé mais "généralisé" ; Par sa spécialisation ultérieure il devient un force mondiale nouvelle. 

On peut résumer ces deux chapitres de la manière suivante : Tous les bébés sont semblables, ce sont les enfants de la Terre : tous les jours et dans tous les pays ils arrivent sans arrêt en nombre toujours croissant, marée quotidienne. La venue au monde d'une telle armée de nouveaux-né vient jour après jour augmenter la masse vivante du milieu où chacun vient de faire son apparition. la force de ce milieu sera leur force ; sa faiblesses sera leur faiblesse. Entre 1830 et 1900, la population mondiale a doublé pour atteindre 1,6 milliards de personnes. En 1940, les deux milliards étaient largement dépassés et depuis lors le chiffre continue à monter : dans cent ans la population mondiale peut dépasser de beaucoup les trois milliards. Cet excès de peuplement due à la perpétuelle augmentation de leur nombre risque de ne pouvoir être résolu de façon compatible avec notre idéal d'humanité. Le nombre de nos semblables augmente sans arrêt, avec la famine comme conséquence ; même après les guerres les plus terribles il en reste encore de trop vivants. Même en prenant 1,6 milliards d'hectare pour représenter la surface de terre considérée comme convenable pour la culture, nous ne trouvons que trois quarts d'hectare environ par tête. Pourtant on compte en général que pour produire le minimum d'aliment nécessaire à un être humain, il faut au moins un hectare de terre de moyenne productivité. Il y a synchronisme perceptible ente l'accélération du commerce et celle de la reproduction humaine. Nous le voyons conquérir un continent puis dans l'espace de moins d'un siècle en transformer une bonne partie en solitudes désolées et inutilisables, après quoi il lui faut se déplacer pour trouver de nouvelles terres encore vierges. Mais où aller désormais? Aujourd'hui, sauf quelques rares et insignifiantes exceptions il n'y a plus nulle part de terres nouvelles. Jamais encore de toute mémoire humaine il n'en avait été ainsi. La plus cruelle, la plus meurtrière des guerres mondiales vient juste de prendre fin. A propos de cette combativité, il convient de préciser que la guerre telle que l'homme la pratique est un phénomène unique dans toute la nature, c'est-à-dire que parmi les populations animales les plus développés de notre planète il n'y a pas d'exemples de pareilles destructions à l'intérieur d'une même espèce. Pourtant les antipathies entre races ou nations, l'idée qu'il existerait des races supérieures et inférieures, n'ont aucun fondement biologique. Que peut-il bien y avoir dans l'ascendance de l'homme, quelles tendances héréditaires a donc l'être humain qui puissent rendre compte de pareils forfaits? La triste vérité est que pendant un passé infiniment long l'homme a été un prédateur, un chasseur, un carnivore et partant un tueur. très tôt l'homme est devenu un chasseur alors que ses plus proches parents dans le monde animal, physiologiquement les plus semblables à lui, restaient végétariens. Il convient en outre de remarquer que le nombre de carnivores, de ceux qui vivent de la mort des autres, reste infime par rapport aux grandes populations animales parmi lesquelles ils ne forment qu'une très petite minorité. On estime que le nombre de carnivores ne devrait pas dépasser un pour cent de la population animale.

Dans le chapitre III, l'auteur aborde Une nouvelle force géologique : l'homme : La Terre surpeuplée sous l'augmentation explosive du nombre des humains ; La planète semble rapetisser presque à vue d'oeil ; Disponibilités réelles en bonnes terres productives ; La distribution générale des grandes masses humaines ; Est-il possible d'arriver à un état d'équilibre?

Au chapitre IV, La vie engendre la vie, le zoologue expose l'interdépendance générale de tous les êtres vivants et les Destructions dues à l'érosion ; L'homme a tendance à détruire les sources mêmes de la vie ; Importance et signification de la vie animale.

Le chapitre V décrit Les flatteries de la science : La Terre n'est pas une mécanique ; Illusions qu'on se fait sur le pouvoir de "la science" ; Le sol lui-même est un milieu vivant ; Fonctions des êtres vivants qui l'habitent ; Relations entre la santé du sol et celle des animaux, y compris l'homme ; En quoi consistent au juste les "nouvelles" maladies? 

On peut résumer les trois chapitres précédents de la manière suivante : Que l'homme ait hérité de la terre, c'est là un fait accompli, mais en tant qu'héritier, il n'a tenu aucun compte des paroles du doux Nazaréen : "Bienheureux les humbles, car la terre sera leur héritage". L'homme a maintenant détruit une bonne partie de son héritage. Il a jusqu'ici manqué à se reconnaître comme un enfant du sol sur lequel il vit. Dans cette grand machine qu'est la nature chaque pièce dépend de toutes les autres. Retirez-en l'une des plus importantes et c'est toute la machine qui va s'arrêter. Là est le principe essentiel de cette science récente, la "conservation". Le sol productif doit être considéré comme une matière vivante parce que peuplé en nombre infini par de minuscules végétaux vivants, les bactéries, et de tout aussi petits animalcules, les protozoaires. Sans ce double peuplement un sol ne peut être que mort et stérile. Le ver de terre est le plus connu de tous ces petits auxiliaires du cultivateur mais il s'en faut de beaucoup qu'il en soit le plus important. L'homme ne saurait donc pratiquement créer du sol productif qu'à titre d'expérience et en quantité très limitée. La nature met de trois à dix siècles pour produire un seul pouce d'épaisseur de sol productif. Ce qui peut avoir ainsi demandé un millier d'années pour se faire peut se trouver enlevé et détruit en une seule année, parfois même un seul jour comme on en a vu des exemples. Trop de gens ont encore l'idée que les terres devenues stériles par suite de l'abus qui en a été fait peuvent retrouver leur ancienne fertilité grâce aux engrais chimiques. Les engrais sont des suppléments et rien de plus. La richesse et la productivité du sol ne peuvent se maintenir que par la restitution de toutes la matière organique qui ne provient. Or il existe un courant continu de matière organique vers les villes où elle se trouve consommée et ses résidus détruits sans jamais faire retour aux sols dont elle a tiré son origine. Par là nous tendons à détruire le cercle où s'exprime l'unité organique du processus de la production naturelle. La question se pose donc de savoir si le jour viendra où nous aurons définitivement brisé ce cercle.

  Dans la deuxième partie, l'auteur fait le tour des dommages causés par l'homme en Asie jadis et aujourd'hui (chapitre VI), dans les pays méditerranéens et l'Afrique (chapitre VII), en Russie (chapitre VIII), en Europe, en Angleterre et en Australie (chapitre IX) et dans le Nouveau Monde (chapitre X). 

Les sous-titres de ces chapitres caractérisent bien les éléments abordés. Pour l'Asie : Le mal a commencé depuis trop longtemps ; Origines du mauvais usage de la terre par l'homme ; Disparition des premières civilisations ; Le problème des peuples en Asie ; La tragédie de l'Inde et de la Chine. Pour les pays méditerranéens et l'Afrique : La nature n'a pas de chèque en blanc pour le désir du profit ; La Grèce, terre désolée d'une ancienne splendeur ; Que vaut le récent prêt international? ; Coup d'oeil sur la Turquie, la Palestine et l'Egypte ; L'Afrique : influence des Empires et des colonisateurs ; L'érosion, dit un Premier ministre, est un problème plus important que la politique. Pour la Russie : Sa vie repose toute entière sur le Triangle des Terres centrales ; Pour la plus grande partie, le reste du pays est improductif ; Les rapports entre le Gouvernement Soviétique et la terre ; Effets de la guerre sur un sol déjà surmené ; Les méthodes soviétiques comparées aux méthodes américaines. Pour l'Europe, l'Angleterre et l'Australie : Les coutumes et le climat ont une bonne influence : le désir du profit une mauvaise ; L'Europe aidée par son climat et ses traditions ; Histoire des Marais Pontius ; Les Anglais délibèrent sur l'état de leurs terres ; Six générations ont suffi pour mettre à mal l'Australie et la Nouvelle-Zélande ; Néfastes conséquences de l'industrie pastorale et de l'introduction des lapins. Pour le Nouveau Monde : Désormais il ne mérite plus d'être qualifié de "nouveau" ; un présage bien alarmant : la chute de l'Empire des Mayas ; Le Mexique engagé dans une terrible bataille pour sa propre survivance ; Couper, brûler, planter, détruire et aller recommencer un peu plus loin ; Caractères physiques et climatiques de l'Amérique du Sud ; La grande illusion : les Etats-Unis peuvent nourrir le monde entier ; La soit-disant conquête du continent Nord-Américain ; La dernière et triple menace contre les forêts, la terre et les eaux ; Responsabilités morales et sociales de la propriété ; Les Etats-Unis sont encore sur la pente descendante.

L'abus que l'homme fait de la terre est très ancien, il remonte à des milliers d'années. On peut le lire dans les désespérants spectacles de ruines enterrées sous les sables, dans d'immenses étendues de pierres nues jadis recouvertes d'un sol fertile. La tendance des hommes à se concentrer remonte à la plus haute antiquité ; c'est là une des causes majeures du long et constant dommage que la race humaine inflige à la terre qui la porte. Les terres épuisées de l'Inde ne sauraient nourrir cette population toujours plus pressée et pourtant son accroissement immodéré se poursuit sans arrêt. Partout se fait jour le désir d'acquérir toutes les choses dont disposent les Européens. Il en résulte que les indigènes ont tendance à exploiter leur terre comme une mine pour en tirer le plus d'argent possible. Un autre facteur de détérioration des terres a été le système de taxation imposé par les puissance européennes désormais maîtresses de l'Afrique. Arrivons-en aux Etats-Unis, le pays de la grande illusion, "le pays qui peut à lui seul nourrir le monde". L'histoire de cette nation en ce qui concerne l'abus des forêts, des animaux sauvages et des ressources en eau est bien la plus violente et la plus destructrice dans toute l'histoire de la civilisation. La forêt primitive a été réduite au point de ne plus couvrir que 7% du territoire au lieu de 40%. Savamment appuyées par leurs représentants au Congrès, les manoeuvres de puissants éleveurs ont un effet marqué sur la conservation des dernières réserves forestières encore existantes. Les pertes que nous subissons du fait de l'érosion continue ont de quoi faire trembler : chaque année entre cinq et six milliards de tonnes. Le service de la Conservation des sols n'existe que depuis 1935, non pas tant grâce à la stratégie du gouvernement que parce que le grand public avait été frappé d'épouvante par la révolte de la nature contre l'homme, mise en évidence par l'incident du "Bol de poussière" le 12 mai de l'année précédente.

 

  Dans sa conclusion, Henry Fairfield OSBORN, Jr, écrit qu'il est une chose étonnante de voir combien il est rare de trouver une seule personne bien au fat de la destruction accélérée que nous infligeons sans arrêt aux source même de notre vie. Par ailleurs, les rares esprits qui s'en rendent compte ne voient pas en général le lien indivisible entre ce fatal processus  et les exigences irrésistibles d'une population humaine sans cesse en augmentation. Il semble n'y avoir guère d'espoir en l'avenir si nous ne décidons pas à accepter la conception suivant laquelle l'homme est, comme tous les autres êtres vivants, partie intégrante d'un vaste ensemble biologique. La terre aujourd'hui appartient à l'homme et par là se trouve posé le problème de savoir quelles obligations peuvent accompagner cette possession sans limites. La propriété privée des ressources naturelles d'un pays ne se justifie sur le plan moral que si ces ressources sont exploitées par leur propriétaire de façon conforme à l'intérêt général de la nation. Il n'y a rien de révolutionnaire dans l'idée que les ressources renouvelables appartiennent en réalité à toute la nation et que l'usage fait de la terre doit être partie intégrante d'un plan d'ensemble bien coordonné. L'action du gouvernement, en dernière analyse, repose avant tout sur l'opinion publique. Le fait que plus de 55% de la population américaine vit dans les villes a pour conséquence inévitable une indifférence marquée pour la terre et la façon dont sont traités les ressources naturelles du pays. Il est aussi probable que le plus puissant soporifique dont soit imbibée l'opinion publique vient de la croyance aujourd'hui inconsciemment partagées par nous tous suivant laquelle les miracles de la technologie moderne peuvent suffire à résoudre n'importe quelle difficulté. Seul un grand effort de la nation toute entière peut donner pour l'avenir des garanties suffisantes. Il n'y faut rien de moins qu'une complète coopération du gouvernement et de toute l'industrie, appuyée par la pression unanime de l'opinion publique. Un programme doit être enseigné dans toutes les écoles de façon à ce que les générations à venir puissent dès leur enfance se rendre compte de la situation exacte de ce qui est la base même de toute vie, un enseignement de la conservation. De même les cours d'économie politique, travaux publics, sociologie, etc, prendraient une vie nouvelle si l'on y faisait figurer les considérations bien comprises sur les relations de l'homme avec le milieu physique dans lequel il est appelé à vivre. Une seule solution est possible : l'homme doit reconnaître la nécessité où il se trouve de collaborer avec la nature.

 

   On trouve dans ce livre le schéma-type de nombreux plaidoyers pour une politique publique environnementale vigoureuse depuis lors. Mais ce n'est dans récemment, vers la fin des années 1980, à un moment où les esprits ne sont plus obnubilés par la menace d'une confrontation Est-Ouest, avec également l'accélération des changements climatiques, qu'un mouvement vigoureux va dans ce sens. Quelques autres ouvrages-cris d'alarme sont publiés par le naturaliste dans les années 1950 et 1960 notamment (ainsi Our Crowded Plante. Essays ont the Pressures of Population, 1962) qui actualisent et précisent les données et les propositions de son livre de 1948. 

 

Henry Fairfiel OSBORN, Jr, Our Plundered planet, Boston, Little, Brown and Co, 1948 ; La planète au pillage, traduction de l'américain par Maurice PLANIOL, Payot, 1949 ; réédition à Actes Sud, collection Babel, 2008, même traducteur, Préface de Pierre RABBI, 2008, 214 pages.

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Published by GIL - dans OEUVRES
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