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5 avril 2011 2 05 /04 /avril /2011 17:18

                     Le livre de Mélanie KLEIN (1882-1960), The psycho-analysis of children, aux éditions successives (et remaniées mais pas de manière radicale) de 1932, 1937 et 1949, est l'aboutissement de ses premiers travaux. Classique de l'analyse d'enfants, proposant quelques principes méthodologiques, ce livre est considéré comme la pierre angulaire de son oeuvre (selon le Comité de rédaction du Melanie Klein Trust). il étaye un conception originale du fonctionnement mental : le moi constitue un monde intérieur d'images intériorisées qui, par les processus de projection et d'introjection, sont en interaction constante avec les êtres de la réalité extérieure. L'angoisse qu'éprouve le moi provient du sadisme qu'il dirige sur ses objets ; sa tâche première et primordiale consiste à transformer graduellement, de pair avec le cours du développement, ses angoisses de caractère psychotique en anxiétés névrotiques. Dans cet ouvrage, l'auteur explicite pour la première fois les fondations de son oeuvre sur la base des instincts de vie et de mort (on excusera encore une fois la traduction, et la confusion pulsion-instinct. présente dans la plupart des textes présentés en psychanalyse...). C'est l'exposé le plus complet de ses premières découvertes et de ses premières conceptions, ce qui présente certaines contradictions qu'elle aborde par la suite. C'est surtout l'agressivité, beaucoup moins l'interaction des instincts de vie et de mort, qui est privilégiée, car c'est l'objet même de sa recherche.

 

                 Après une préface variable suivant l'édition, le livre se partage entre une Introduction et deux grandes parties, suivies d'un appendice (Limites et portée de l'analyse des enfants). Douze chapitres (7 pour la première partie, 5 pour la seconde) pour d'abord exposer La technique de l'analyse des enfants et ensuite Les premières situations anxiogènes et leur retentissement sur le développement de l'enfant. Mélanie KLEIN accorde autant d'importance aux filles qu'aux garçons dans son oeuvre et ici, elle développe ses conceptions propres au masochisme féminin, autant que les phobies, la culpabilité et les interdictions liées à la masturbation et à l'inceste, chez la fille comme chez le garçon. Dans l'introduction, elle s'oppose aux méthodes de sa rivale, Anna FREUD, dont les conceptions théoriques diffèrent des siennes sur des points fondamentaux. "Elle soutient qu'il ne s'installe pas chez l'enfant de névrose de transfert, qu'ils manque de la sorte au traitement analytique une de ses conditions essentielles. Elle s'oppose à l'extension des méthodes employées chez l'adulte à l'enfant, en raison de la faiblesse de l'idéal du moi infantile."

 

                     La première partie, La technique de l'analyse des enfants aborde successivement Les fondements psychologiques de l'analyse des enfants, La technique de l'analyse des jeunes enfants, Une névrose obsessionnelle chez une fillette de six ans, La technique de l'analyse des enfants au cours de la période de latence, puis à l'époque de la puberté, La névrose chez l'enfant et Les activités sexuelles des enfants.

Le premier chapitre, Les fondements psychologiques de l'analyse des enfants est une version augmentée d'un article publié dès 1926. Ce fondement psychologique réside surtout dans le sentiment de culpabilité qui pèse déjà de tout son poids dès la tout jeune enfance. Cette angoisse ne se rapporte pas uniquement aux véritables parents, mais plus particulièrement aux parents introjectés, qui sont d'un extrême sévérité. Vu la fragilité des rapports que l'enfant entretient avec la réalité, il n'a apparemment pas de raison de se soumettre aux difficultés d'une analyse, puisqu'il ne se sent pas malade et de plus il est moins capable que l'adulte de fournir les associations verbales qui constituent, chez un sujet plus âgé, le principal instrument de l'analyse. En fait, l'enfant accueille parfois les interprétations qu'on lui propose avec facilité, voire plaisir. L'angoisse une fois dissipée et le plaisir du jeu retrouvé, le contact avec l'analyste est renforcé. le plaisir accru que l'enfant prend au jeu nait de l'interprétation qui rend superflue la dépense d'énergie exigée par le refoulement. Il est vrai que l'action, plus primitive que la pensée ou la parole constitue la trame de son comportement, et Sigmund FREUD avait tiré de cela l'extrême difficulté d'effectuer une analyse avec l'enfant. "Mais si nous tenons compte de ce qui distingue le psychisme infantile du psychisme adulte, c'est-à-dire un contact encore plus étroit entre l'inconscient et le conscient, ainsi que la coexistence des pulsions les plus primitives et le processus mentaux très complexes, ei d'autre part nous appréhendons correctement le mode de pensée et d'expression de l'enfant, alors tous ces inconvénients et ces désavantages disparaissent, et nous pouvons prétendre à une investigation aussi profonde et aussi étendue chez l'enfant que chez l'adulte." Il s'agit de parvenir à élaborer en fin de compte une technique différente de celle-ci utilisée pour l'adulte. Il n'y a pas de différence de principe de l'investigation.

Il s'agit donc de trouver une technique adaptée, objet du chapitre sur La technique de l'analyse des jeunes enfants. Il s'agit d'une technique d'analyse par le jeu ; par elle, le succès du traitement n'est réel que si l'enfant, "quel que soit son âge, a tiré parti de son analyse de toutes les ressources du langage dont il dispose."

Le troisième chapitre aborde le cas précis d'une névrose obsessionnelle chez une fillette de six ans. La description de ce cas, avec toutes ses précisions, peut être celle d'un cas réel. Mais nous attirons l'attention sur cette méthode d'exposition commune à de nombreux textes de psychanalyse ; l'auteur non seulement est tenu à l'anonymat de ses patients, et même de le renforcer à empêcher, par recoupement, de parvenir à son identité, mais il amalgame souvent plusieurs cas similaires sur un seul nom afin de tirer des enseignements par corrélation et similitude de comportements. L'extrême sadisme d'Erna, puisque c'est le prénom choisi pour décrire son cas, s'exprime notamment par une manie de l'écriture et du calcul. Mélanie KLEIN insiste beaucoup sur le rendu conscient des critiques et des doutes que l'enfant nourrit dans son inconscient à l'égard de ses parents, et tout particulièrement à l'endroit de leur vie sexuelle. Ici, Erna, témoin des relations sexuelles de ses parents, élabore des fantasmes d'ordre sado-oral. La nature des fantasmes d'Erna et de ses rapports avec le réel est caractéristique des malades qui présentent des traits paranoïdes dominants ; bien plus, les mécanismes à l'origine des traits paranoïdes d'Erna et de l'homosexualité qui leur est liée se son révélés, selon l'auteur, fondamentaux dans l'étiologie de la paranoia. Dans le cours de ce chapitre, Mélanie KLEIN s'interroge sur le moment de la fin de l'analyse. "A la période de latence, d'excellents résultats, mêmes s'ils donnent entière satisfaction à l'entourage, ne suffisent pas à prouver, selon moi, que l'analyse est vraiment achevée. Mon expérience m'a montré qu'il ne suffit pas d'obtenir, grâce à l'analyse, un développement satisfaisant au cours de la période de latence, quelque important qu'il soit ; le succès de l'évolution ultérieure du malade n'en est pas pour autant assurée. C'est le passage à la puberté, puis à l'âge adulte, qui permet de juger si l'analyse d'un enfant a été poussée assez loin."

Les chapitres IV et V portent justement sur La technique de l'analyse des enfants au cours de la période de latence et ensuite à l'époque de la puberté. "L'analyse de l'enfant à la période de latence présente des difficultés d'ne espèce particulière. A la différence du tout jeune enfant, dont la vive imagination et l'angoisse intense nous livrent plus aisément accès à l'inconscient, il n'a qu'une vie imaginative très restreinte en raison des fortes tendances au refoulement caractéristiques de cet âge. Par ailleurs, son moi n'ayant pas encore atteint un développement comparable à celui de l'adulte, il n'a ni conscience d'être malade ni désir d'être guérit, de sorte qu'il lui manque à la fois un motif d'entreprendre l'analyse et le soutien nécessaire à sa poursuite. A ces difficultés s'ajoute l'attitude de réserve et de méfiance particulière à cet âge. Cette attitude résulte en grande partie des préoccupations énormes provoquées par la lutte contre la masturbation ; ainsi, l'enfant devient profondément hostile à tout ce qui touche de près ou de loin à une investigation sexuelle ou à des pulsions réprimées à grand-peine."  "La technique particulière employée dans l'analyse des enfants à l'époque de la puberté diffère, sur plusieurs points essentiels, de la technique utilisée durant la période de latence. L'adolescent a des pulsions plus fortes, une activité fantasmatique plus intense ; son moi poursuit d'autres buts et entretient des rapports différents avec la réalité. Par ailleurs, ce genre d'analyse offre de grandes analogies avec l'analyse des tout jeunes enfants ; en effet, durant la puberté, l'imagination redevient beaucoup plus riche, les émotions et la vie de l'inconscient prennent à nouveau le pas. En outre, l'angoisse et les affects s'expriment avec une intensité infiniment plus grande et les affects s'expriment avec une intensité infiniment plus grande qu'à la période de latence, comme s'ils se produisaient une recrudescence de ces décharges d'angoisse caractéristiques de la petite enfance. L'adolescent, toutefois, s'acquitte beaucoup mieux que le jeune enfant de la tâche qui consiste à réprimer et à atténuer l'angoisse, et qui constitue dès l'origine une des fonctions majeures du moi. Il a en effet largement développé ses intérêts et ses activités dans le but de maitriser cette angoisse, d'en tirer des surcompensations, de la dissimuler aux autres aussi bien qu'à lui-même. S'il y parvient, c'est en partie grâce à cette attitude de révolte et de défi si caractéristiques de l'adolescence, et c'est précisément là une des difficultés techniques essentielles de l'ananlyse à cet âge. Nous devons en effet aborder très tôt l'angoisse du malade et ses affects, qui se traduisent surtout par une attitude transférielle négative et provocante ; sinon l'analyse risque fort d'être brusquement interrompue. J'ai pu constater en traitant plusieurs garçons de cet âge que, durant les premières séances, tous s'attendent à une violente agression physique de ma part."

Dans La névrose de l'enfant, Mélanie KLEIN examine les indications du traitement psychanalytique. Il s'agit d'une part d se poser la question de ce qui diffère des enfants normaux et des enfants névrotiques, comment distinguer un enfant méchant d'un enfant malade... étant entendu qu'on ne peut prendre comme critère la névrose adulte, et d'autre part... de ne pas trop attacher d'importance à cette question et de s'en tenir à quelques éléments clés qu'ils convient précisément de traiter. Des difficultés alimentaires, des manifestations d'angoisse, sous la forme de frayeurs nocturnes ou de phobies sont reconnues comme nettement névrotiques. Par ailleurs, l'angoisse ressentie par les enfants à l'égard de certaines personnes se généralise souvent en timidité, même par rapport aux cadeaux qu'ils reçoivent. Ce qui se ressent dans leur attitude face au jeu - surtout en collectivité - ou aux activités physiques. Le rôle joué par les facteurs psychologiques dans les diverses maladies organiques auxquelles sont exposés les enfants est très grand. Maintenant, le caractère névrotique des difficultés inhérentes au développement du jeune enfant est patent et la psychanalyse s'adresse surtout aux cas des enfants très affectés par celui-ci. On sait aussi que beaucoup d'enfants dissimulent leur intolérance primitive à la frustration sous une adaptation générale, exagérée, aux exigence de leur éducation. Ils paraissent très tôt "sages", "éveillés". Le caractère normal ou pathologique d'une névrose est encore, l'avoue Mélanie KLEIN, l'objet de recherches, et en contraste avec les descriptions crues que nous trouvons dans maints de ses ouvrages, son approche des enfants est extrêmement prudente, compte tenu d'une certaine ignorance "sur la structure psychique de l'individu normal". Ce n'est d'ailleurs que dans ses ouvrages ultérieurs que l'auteur affirme beaucoup plus ce qui relève de la normalité et du pathologique. Elle conclue ce chapitre : "C'est parce que les jeux et les sublimations des enfants découlent tous de fantamses masturbatoires que nous pouvons prédire, d'après la nature et l'évolution de leurs fantasmes ludiques, ce que sera leur vie sexuelle ultérieure. Si, comme je le crois, leurs jeux sont un moyen d'exprimer leurs fantames masturbatoires et de leur fournir une issue, il s'ensuit que le style de leurs fantasmes ludiques annonce le caractère que prendra leur vie sexuelle adulte ; il s'ensuit également que l'analyse des enfants est à même non seulement de réaliser une stabilité et une capacité de sublimation plus grandes au cours de l'enfance, mais d'assurer, pour l'âge mûr, la santé mentale et des perspectives de bonheur".

Le chapitre VII porte sur Les activités sexuelles des enfants, où l'auteur détaille les étapes de l'activité masturbatoire, en relation avec le complexe d'Oedipe. C'est au cour de la période de latence que les activités sexuelles de l'enfant sont le moins marquées, en raison de l'affaiblissement des pulsions instinctuelles qui accompagne le déclin du complexe d'Oedipe. C'est précisément à cette époque que la lutte de l'enfant contre la masturbation est à son paroxysme. Mélanie KLEIN reprend les conclusions de Sigmund FREUD exprimées dans Inhibition, symptôme et angoisse (1926) pour préciser que "l'extrême culpabilité que les activités masturbatoires suscitent chez les enfants vise en réalité les tendances destructrices qui s'expriment dans les fantasmes accompagnant la masturbation. C'est ce sentiment de culpabilité qui contraint les enfants à cesser complètement l'onanisme, et qui aboutit souvent, en cas de succès à une phobie du toucher." Dans le courant de sa réflexion, l'auteur indique, que, dans le cas d'enfants frères et soeurs, les relations sexuelles sont de règle dans la petite enfance et qu'elles ne se poursuivent au cours de la période de latence et de la puberté que si l'enfant est en proie à une culpabilité excessive qu'il n'est pas parvenu à atténuer. Dans cette circonstance, il parait difficile d'empêcher ces relations sexuelles, sans causes d'autres dommages. Souvent, des enfants trop surveillés surdéveloppent cette angoisse. "En me référant à l'expérience que j'ai de nombreux cas, je puis affirmer que là où les facteurs positifs et libidinaux l'emportent, de tels rapports ont une influence favorable sur les relations objectales de l'enfant et sur sa capacité d'amour. Au contraire, là où dominent (...)  coercition et tendances destructrices, de la part d'un partenaire au moins, tout le développement de l'enfant peut se trouver compromis de la façon la plus grave."

 

      Dans la seconde partie Les premières situations anxiogènes et leur traitement sur le développement de l'enfant, nettement théorique, écrite plus tard, Mélanie KLEIN développe ses idées sur les stades précoces du complexe d'Oedipe. Ils se manifestent dans la phase de sadisme maximal où les pulsions agressives de l'enfant s'adressent à des objets parentaux partiels : sein de la mère, pénis du père, et notamment corps de la mère avec ses contenus. La fixation à ce type de fantasmes peut engendrer des angoisses hypocondriaques quant aux contenus du corps propre, ou bien des inhibitions diverses, de l'apprentissage surtout. la conception kleinienne des formes précoces du Surmoi résulte de l'introjection du sein et du pénis persécuteurs qui fonctionnent comme des persécuteurs internes. Dans cette partie, L'auteure s'oriente progressivement vers une théorisation du conflit psychique où l'agressivité joue le plus grand rôle. La toute-puissance destructrice des fantasmes agressifs découle de l'immaturité de l'enfant dans sa lutte contre la pulsion de mort. (Francisco Palacio ESPASA)

D'emblée dans le chapitre VIII, les premiers stades du conflit oedipien et la formation du Surmoi, elle détaille, instruite selon elle par l'expérience très pratique, les origines et la structure du Surmoi. Elle situe cette formation, "grosso modo, du milieu de la première année jusqu'à la troisième année". "le plaisir que le nourrisson éprouve à téter fait normalement place au plaisir de mordre. Si les satisfactions lui font défaut au stade oral de succion, il les recherchera davantage au stade oral de morsure. (...) La manière dont le nourrisson réagit aux tensions causées par ses besoins physiques est, à mon avis, l'exemple le plus clair de conversion de la libido insatisfaite en angoisse. Pourtant, une telle réaction est faite sans aucun doute non seulement d'angoisse mais aussi de fureur. Il est difficile de préciser le moment où s'opère cette fusion entre les pulsions destructrices et libidinales. Il semble à peu près évident que cette fusion existe dès l'origine et que la tension provoquée par le besoin ne fait que renforcer les instincts sadiques du bébé. Nous savons cependant que l'instinct de destruction est dirigé contre l'organisme lui-même, et doit donc être considéré comme un danger par le moi. A mon avis, c'est ce danger que l'individu ressent sous forme d'angoisse. Ainsi l'angoisse naîtrait de l'agressivité. Mais puisque les frustrations libidinales accroissent, comme nous le savons, les tendances sadiques, une libido insatisfaite provoquerait indirectement l'angoisse ou bien l'augmenterait. (...) L'angoisse que ressent l'enfant devant ses propres pulsions destructrices agit, selon moi, de deux manières. D'abord, cette angoisse lui inspire la peur d'être lui-même exterminé par ses propres pulsions destructrices, c'est-à-dire qu'elle se réfère à un danger instinctuel interne ; ensuite, elle fait converger toutes les craintes de l'enfant sur l'objet extérieur, considéré comme une source de danger, contre lequel sont dirigées ses tendances sadiques. Il semble que cette crainte d'un objet prenne son point de départ dans la réalité extérieure : en effet, au fur et à mesure que le moi se développe, parallèlement à ses possibilités de confrontation avec la réalité, l'enfant apprend à avoir en sa mère une personne qui lui accorde ou lui refuse des satisfactions ; il découvre ainsi le pouvoir de son objet sur l'assouvissement de ses besoins. Il déplace donc sur son objet tout le fardeau de la peur intolérable que lui inspirent les dangers instinctuels, échangeant ainsi les dangers internes contre ceux de l'extérieur. Le moi, encore très faible, cherche alors à se protéger contre ces menaces du dehors par la destruction de l'objet. (...) Le sadisme oral croissant atteint son apogée pendant et après le sevrage, activant et développant au plus haut point les tendances sadiques issues d'origines variées. (...) C'est le sadisme urétral qui parait le plus étroitement lié au sadisme oral. L'observation a montré que les phantasmes de destruction où les enfants inondent, submergent, détrempent, brûlent et empoisonnent à l'aide d'énormes quantités d'urine, constituent une réaction sadique à la privation d'aliment liquide infligée par la mère, en sont finalement dirigées contre le sein maternel. (...) Tout autre moyen d'expression sadique employé par l'enfant, tel que le sadisme anal ou musculaire, a pour premier objet le sein frustrateur de la mère ; mais bientôt il s'attaque à l'intérieur de son corps, qui devient la cible d'assauts provenant de toutes les origines à la fois, et atteignant une intensité extraordinaire." Mélanie KLEIN avance dans le temps et lorsque l'enfant découvre l'existence d'une autre personne dans la réalité, cette autre personne étant mal différenciée de la première, s'amorce un changement qualitatif. "A mon avis, le conflit oedipien s'amorce chez le garçon dès qu'il éprouve de la haine pour le pénis de son père et qu'il souhaite s'unir à sa mère de façon génitale pour détruire le pénis paternel qu'il suppose à l'intérieur du corps de la mère. J'estime que l'apparition de ces pulsions et de ces fantasmes de caractère génital, bien qu'elle ait lieu en pleine phase sadique, constitue chez les enfants des deux sexes les premiers stades du conflit oedipien car les critères communément adoptés se trouvent satisfaits. Même si les pulsions prégénitales prédominent encore, l'enfant, outre ses désirs d'origine orale, urétrale et anale, commence à éprouver des désirs de nature génitale à l'égard du parent de sexe opposé au sien, tandis qu'il ressent pour l'autre de la haine et de la jalousie qui entrent en conflit avec l'amour qu'il continue de lui vouer. Nous pouvons même aller jusqu'à dire que le conflit oedipien tire toute son acuité de cette situation primitive." Elle estime que la succession entre les différentes phases n'est pas aussi nette que le disent Sigmund FREUD ou ses continuateurs directs. De même elle suppose, contrairement à une opinion généralement admise, mais en fait elle y cadre également, comme elle le fait remarquer, "que les tendances oedipiennes apparaissent à la phase d'exacerbation du sadisme" et on doit admettre "que ce sont surtout les pulsions hostiles qui provoquent le conflit oedipien et la formation du Surmoi, et qui en régissent les stades les plus précoces et les plus décisifs". Le processus de la formation du moi est plus simple et plus direct que la description qui en est faite dans Le moi et le ça (1923) de Sigmund FREUD par exemple. "Le conflit oedipien et la formation du surmoi s'amorcent, à mon avis, au moment où règnent les pulsions prégénitales et les objets introjectés au stade anal-oral ; ce sont donc les premiers investissements objectaux et les premières identifications qui constituent le surmoi primitif. (...). La psychanalyste note, pour trancher un certain nombre de divergences avec ses prédécesseurs que de toute façon, "les premières identification de l'enfant donnent des objets une image irréelle et déformée. (...) La libido, au fur et à mesure qu'elle se développe, surmonte graduellement le sadisme et l'angoisse. Mais c'est aussi l'excès même de l'angoisse qui incite l'individu à en triompher. L'angoisse contribue à renforcer les différentes zones érogènes et à les rendre à tour de rôle prééminentes. Ce sont d'abord les pulsions sado-orales et sado-urétrales, puis les pulsions sado-anales qui ont la suprématie ; dès lors, les mécanismes propres au premier stade anal agissent, quelle que soit leur puissance, au service des défenses érigées contre l'angoisse qui a surgi tout au début de la phase sadique. Ainsi, cette même angoisse, qui est avant tout un agent inhibiteur dans le développement de l'individu, devient un facteur d'une importance fondamentale pour l'épanouissement du mou et de la vie sexuelle. A ce stade, les moyens de défense sont proportionnés à la pression exercée par l'angoisse et d'une extrême violence. Nous savons qu'au cours du premier stade sado-anal, ce que l'enfant expulse, c'est son objet, qu'il considère comme hostile à son endroit et qu'il assimile à ses excréments. A mon avis, c'est aussi le surmoi terrifiant, introjecté u stade sado-oral, qu'il expulse à ce moment. Aussi, cette éjection est un moyen de défense que le moi, sous l'emprise de la peur, utilise contre le surmoi ; il expulse les objets intériorisés et les projette dans le monde extérieur. Les mécanismes de projection et d'expulsion sont étroitement liés au processus de formation du surmoi. Le moi qui essaie de se défense contre le surmoi en le détruisant par une expulsion violente tente également, sous la menace de ce surmoi, de se débarrasser du ça sadique, c'est-à-dire des pulsions destructrices, en l'expulsant par la force. (...) Nous savons déjà que ce n'est point par la structure même de son psychisme que l'homme normal diffère du névrosé, mais par les facteurs quantitatifs qui se trouvent en jeu", et en cela Mélanie KLEIN suit parfaitement Karl ABRAHAM qui note une différence de degré entre la névrose et la psychose. "Ma propre expérience psychanalytique, acquise en travaillant avec les enfants (cette formule d'appui sur l'expérience revient très souvent dans le texte...), m'a amené aux constatations suivantes : d'une part, les psychoses ont leurs points de fixation aux stades u développement qui précèdent la seconde période anale ; d'autre part, les mêmes points de fixation se retrouvent, quoique moins accentués, chez les enfants névrosés et normaux."  et "la violence excessive (des) premières situations anxiogènes est également (...) d'une importance fondamentale dans l'étiologie de la schizophrénie."  A la fin du chapitre, nous pouvons lire : "l'interaction du surmoi en formation et des relations objectales, basée sur celle de la projection et de l'introjection, imprime donc sa marque profonde sur le développement de l'enfant. Au cours des premiers stades, la projection dans le monde extérieur des images terrifiantes le transforme en un lien de danger, et les objets en ennemis ; l'introjection simultanée des objets réels, qui, en fait, sont bien disposés à l'égard de l'enfant, travaille en sens contraire et atténue la violence de la crainte inspirée par les imagos terrifiantes. Vues sous cet angle, la formation du surmoi, les relations objectales et l'adaptation au réel sont le résultat d'une interaction entre deux processus : la projection des pulsions sadiques de l'individu et l'introjection de ses objets."

Le chapitre suivant traite de Les rapports entre la névrose obsessionnelle et les premiers stades de la formation du surmoi. Elle y détermine comment le contenus des premières situations anxiogènes et leurs répercussions sur son développement sont modifiées par l'action de la libido et par les rapports avec les objets réels. "Avec la baisse des pulsions sadiques, les menaces du surmoi perdent quelque peu de leur force et le moi y répond autrement. Jusqu'ici, la peur que son surmoi et ses objets inspiraient à l'enfant pendant les toutes premières phases de son existence, provoquait, de la part du moi, des réactions d'une égale violence. On dirait que le moi cherche à se défendre du surmoi, d'abord, (...) en le scotomisant, puis en l'expulsant. A partir du moment où il tente de déjouer le surmoi et de réduire la résistance que ce dernier oppose aux pulsions du ça, on peut dire qu'il commence à tenir compte de la puissance du surmoi. Avec l'avènement du second stade anal, le moi reconnaît encore plus clairement ce pouvoir et s'efforce de trouver un terrain d'entente avec le surmoi, reconnaissant du même coup l'obligation de lui obéir. A l'égard du ça, le moi change également d'attitude. A l'expulsion fait place, dans le second stade anal, la répression, ou plutôt le refoulement (...). En même temps, s'atténue sa haine de l'objet, car elle prend, dans une large mesure, sa source dans les sentiments autrefois dirigés contre le ça et le surmoi. L'accroissement des forces libidinales et la diminution parallèle des forces destructrices ont aussi pour effet de modérer les tendances sadiques primitives qui s'attachaient à l'objet. Le moi semble alors redouter plus consciemment des représailles de la part de l'objet. En se soumettant à un surmoi sévère et à ses interdictions, il reconnaît du même coup le pouvoir de l'objet. L'acceptation de la réalité extérieure dépend ainsi de l'acceptation de la réalité intrapsychique, d'autant que le moi s'efforce de faire converger surmoi et objet. Une telle convergence marque une étape dans l'évolution de l'angoisse, e, avec l'aide des mécanismes de projection et de déplacement, favorise le progrès des relations de l'individu avec la réalité. (...) Cette modification dans le comportement à l'égard de l'objet peut se manifester de deux manières : ou bien l'enfant se détourne de l'objet, parce qu'il en redoute les dangers et qu'il veut le protéger contre ses propres pulsions sadiques, ou bien, il se tourne vers l'objet avec encore plus de bienveillance. Ce type de relation objectale résulte d'un clivage de l'imago maternelle, qui se scinde en une bonne et une mauvaise imago. L'ambivalence de l'enfant envers son objet ne constitue pas seulement un progrès dans le développement de ses relations objectales ; c'est aussi un mécanisme qui joue un rôle de première importance dans la réduction de l'angoisse inspirée par la crainte du surmoi. En effet, le surmoi, une fois extériorisé, est réparti sur plusieurs objets ; certains d'entre eux représentent l'objet attaqué et par suite menaçant, tandis que d'autres, notamment la mère, tiennent lieu d'un personnage favorable et protecteur." Le processus de sublimation peut ensuite s'installer, car des tendances réparatrices à l'égard de l'objet constituent désormais un mobile fondamental à toutes les sublimations, même les plus précoces. Lorsque ce processus s'installe difficilement, se manifestation une névrose obsessionnelle, dont les pratiques, par leur répression même (par le monde extérieur) peuvent générer des angoisses répétées et de moins en moins maîtrisables. Une très grande partie de ce chapitre est consacrée à la manière dont les différentes pulsions agissent alors. 

Au chapitre X, Mélanie KLEIN aborde Le rôle des premières situations anxiogènes dans la formation du moi, tant chez la fille que chez le garçon. Elle précise encore davantage ce rôle dans les deux derniers chapitres Le retentissement des premières situations anxiogènes sur le développement sexuel de la fille (chapitre XI) et du garçon (chapitre XII). Elle évoque d'ailleurs d'abord le fait que jusqu'à elle, la psychologie de la femme n'a pas bénéficié dans la même mesure que celle de l'homme des recherches psychanalytiques. 

Dans l'appendice, plaidoyer pro domo pour la psychanalyse des enfants, elle écrit à la fin de celui-ci : "Si on analysait, pendant qu'il est encore temps, tout enfant qui présente des troubles tant soit peu important, un grand nombre des malheureux qui peuplent les asiles et les prisons ou qui échouent lamentablement, échapperaient à ce destin et réussiraient à connaître une vie normale".

 

  Les compétences cliniques reconnues de Mélanie KLEIN furent beaucoup dans la manière de travailler des membres de la Société britannique de psychanalyse, et l'exposé de sa méthode et de sa conception du conflit psychique dans La psychanalyse des enfants y aida beaucoup. Les traits accusés qu'ont ses écrits ultérieurs, sans doute dans le combat avec sa rivale Anna FREUD au sein du monde psychanalytique, et qui ont fait récusé en partie ses conclusions et sa vision de l'enfant, puis de l'individu adulte, avant une troisième phase de prise en compte mesurée qui perdure encore, ne sont pas présents dans cet ouvrage. En cela, il aide beaucoup, par une lecture attentive, à comprendre le vrai sens de son travail. 

 

Mélanie KLEIN, La psychanalyse des enfants, PUF, collection Quadrige, 2001, 320 pages. Il s'agit de la traduction française de Die psychoanalyse des kindes, Vienne, Internationaler Psychoanalytisher Verlage, 1932, de The psycho-analysis of children (traduction par Alix STRACHEY), Londres, Hogarth Press and Institute of Psycho-Analysis, 1932, 1937, 1949. La traduction française vient de J-B. BOULANGER et date de 1959.

Francisco Palacio ESPASA, article La psychanalyse des enfants, dans Dictionnaires international de la psychanalyse, Hachette Littératures, Grand Pluriel, 2005.

 

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