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6 mai 2010 4 06 /05 /mai /2010 15:47

   La sublimation est classiquement définie comme le processus postulé par Sigmund FREUD pour rendre compte d'activités humaines apparemment sans rapport avec la sexualité, mais qui trouveraient leur ressort dans la force de la pulsion sexuelle. Il a décrit comme activités de sublimation principalement l'activité artistique et l'investigation intellectuelle. La pulsion est dite sublimée dans la mesure où elle est dérivée vers un nouveau but non sexuel et où elle vise des objets socialement valorisés. Si Sigmund FREUD écrit notamment que "la pulsion sexuelle met à la disposition du travail culturel des quantités de forces extraordinairement grandes et ceci par suite de cette particularité, spécialement marquée chez elle, de pouvoir déplacer son but sans perdre, pour l'essentiel de son intensité, il n'élabore pas véritablement, une théorie de la sublimation. (LAPLANCHE et PONTALIS).

Du coup, la délimitation avec les processus limitrophes de formation réactionnelle, d'inhibition quant au but, d'idéalisation, de refoulement, reste à l'état d'indication. Le mécanisme de sublimation reste une hypothèse peu élaborée, même si elle est beaucoup reprise dans la littérature psychanalytique. Les auteurs du Vocabulaire de la psychanalyse estiment que "l'absence d'une théorie cohérente de la sublimation reste une des lacunes de la pensée psychanalytique".

Bien entendu, le peu d'approfondissement d'une telle notion fait prêter le flanc à toute la psychanalyse de pansexualisme immodéré...Heureusement, de nombreux auteurs tentent bien de faire comprendre la distinction fondamentale entre sexualité et leurs formes très focalisées (la génitalité, entre autres).

 

      C'est dans ce sens qu'écrit Sophie de MIJOLLA-MELLOR : "la sublimation apparaît comme un destin pulsionnel privilégié, parce que l'énergie libidinale, en se dérivant, permet une réalisation qui est de plus valorisée par le Surmoi et la société. Toutefois, il peut y avoir une retransformation où la force pulsionnelles originelle reprend le dessus (resexualisation des pulsions homosexuelles sublimées. La désexualisation ne suffit pas à spécifier le processus sublimatoire qui ne se confond pas avec l'inhibition ou la formation réactionnelle, mais elle y tient une place fondamentale comme capacité d'échanger le but qui est à l'origine sexuel contre un autre qui est "psychiquement parent" avec le premier. L'autre aspect du processus sublimatoire concerne l'objet pulsionnel qui est "socialement valorisé". Toutefois Freud s'est vivement opposé à tout risque de confusion entre sublimation et idéalisation, cette dernière consistant dans une surestimation de l'objet donné comme "sublime"."

  Plus loin, elle signale que "Freud a cependant toujours souligné les risques que comporte la sublimation des pulsions lorsqu'elle s'effectue aux dépens du sexuel et prive le sujet de satisfactions immédiates". 

 

       Les auteurs de Les mécanismes de défense décèlent dans l'oeuvre de Sigmund FREUD deux sens :

- désexualisation d'une pulsion s'adressant à une personne qui pourrait (ou qui a pu) être désirée sexuellement. La pulsion, transformée en tendresse ou en amitié, change de but, mais son objet reste le même ;

- dérivation de l'énergie d'une pulsion sexuelle ou agressive (on notera l'ajout par ces auteurs) vers des activités valorisées socialement (artistiques, intellectuelles, morales). La pulsion se détourne alors de son objet et de son but (érotique ou agressif) primitifs, mais sans être refoulée. C'est le sens le plus habituel.

  Le premier sens est ignoré de la majorité des auteurs et le second est source de désaccords constants entre ceux qui l'ont étudié.

D'où surtout des questions...

- La sublimation est-elle une défense? C'est ce pensent LE GUEN (1985), Anna FREUD (1936/1989), FENICHEL (1945/1953), positions critiquées par LAGACHE (1961/1982), que suivent entre les lignes Jean LAPLANCHE et jean-Bertrand PONTALIS,  et GUILLAUMIN (1974)...

- De quelles pulsions s'agit-il? Sigmund FREUD n'a pas étudié les pulsions d'agression et les auteurs dénichent seulement dans une lettre de 1937 à Marie BONAPARTE qu'il admet la possibilité d'une sublimation partielle de l'instinct de destruction (sic). Il signale l'éventualité du transfert de composantes libidinales narcissiques agressives et même érotiques dans le travail professionnel (1930). Les sympathisants des thèses de Mélanie KLEIN mentionnent une "désagressivation" des instincts (resic). En se fondant sur les derniers travaux de Sigmund FREUD sur l'instinct de mort, que de nombreux auteurs assimilent peut-être un peu vite à des pulsions agressives, ils spéculent (plus qu'ils ne démontrent) sur leur sublimation...

- Quel est le champ de la sublimation? Autrement dit y aurait-il quelques analogies ou quelques logiques entre la sublimation et la socialisation?   L'éventail des opinions à ce sujet est très grand : cela va de la totalité de la culture humaine à seulement quelques aspects de la vie intellectuelle ou artistique.

 

   Steve ABADIE-ROSIER, classant la sublimation dans les mécanismes pulsionnels de défense, le présente comme le contraire du refoulement. Cette défense renforce la libido : c'est un processus de transposition du but pulsionnel. "Il ne s'agit pas d'une renonciation à une satisfaction, qui sera trouvée par un moyen détourné. Freud a défini le terme pour décrire un type particulier d'activité humaine (la création littéraire, artistique et intellectuelle) sans rapport avec la sexualité mais tirant sa force de la libido, qui se déplace vers un but non sexuel en investissant des objets socialement valorisés.

La sublimation est un mécanisme de défense adapté à une conduite correcte, et finit par prendre toute sa valeur au travers de l'adaptation à la réalité. Plus concrètement, la sublimation va permettre à l'être humain de mettre au service de la société ses traits de caractère selon la profession qu'il aura choisie d'exercer. A travers la sublimation , où le complexe d'Oedipe a été résolu, le développement social pourra ainsi se réaliser avec et grâce aux autres, sans établir de conflit entre les désirs et les craintes et, par référence à Jung, se fera sans relation déstabilisante entre l'animus, notre partie masculine, et l'anima, notre part féminine."

 

      Serban IONESCU, Marie-Madeleine JACQUET et Claude LHOTE, Les mécanismes de défense, Nathan Université, 2003 ; Sophie de MIJOLLA-MELLOR, article Sublimation dans Dictionnaire international de la psychanalyse, Hachette Littératures, 2002 ; Jean LAPLANCHE et Jean-Bertrand PONTALIS, Vocabulaire de la psychanalyse, PUF, 1976. Steve ABADIE-ROSIER, Les processus psychiques, Les neurones moteurs, 2009.

 

Complété le 18 décembre 2014

 

PSYCHUS

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Published by GIL - dans PSYCHANALYSE
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commentaires

Gustave 06/09/2011 16:08


bonjour, je suis très en quête de littérature sur le mécanisme de défense de la sublimation surtout dans le sens de la dessexualisation.

j'ai lu effectivement le livre les mécanisme de défense (auteur serban ionescu) un livre que je trouve très bien mais assez pauvre sur la forme de sublimation que j'étudie.

merci à tout ceux qui peuvent m'aider


GIL 10/09/2011 09:38



Une des raisons pour lesquelles la littérature est assez pauvre concernant la sublimation comme mécanisme de défense est que... les professionnels et les professeurs ne sont pas d'accord sur le
statut de la sublimation. On peut trouver une discussion assez intéressante sur la sublimation de la part de Jean LAPLANCHE (Problématiques III, La sublimation, PUF, 2008 - il s'agit d'une série
de cours de 1975 à 1977) où précisément des formulations imprécises de la sublimation conduisent à... ne pas trop élaborer de théorie dessus. Daniel LAGACHE est assez critique sur la position de
faire de la sublimation un mécanisme de défense, notamment dans Oeuvres IV, Agressivité et structure de la personnalité et autres travaux, 1956-1962, PUF, 1982. Ce qui n'empêche pas d'autres
auteurs comme Christopher PERRY et collaborateurs, dans Mécanismes de défense, principes et échelles d'évaluation, Masson, 2009 d'élaborer une évaluation et même une cotation des niveaux de
sublimation. Ils le font dans le cadre d'une évaluation psychométrique des mécanismes de défense qu'ils espèrent devenir une réalité clinique. Nous incitons à une certaine prudence sur tout ce
qui dérivent des manuels sur le DSM IV...Nous aurons l'occasion d'y revenir.



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