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22 mars 2011 2 22 /03 /mars /2011 12:20

                          Dénier des faits constitue une double négation et se rapproche de désaveu ou de démenti des faits, et en allemand va jusqu'à évoquer Verleugneug, "ce qui n'est pas arriver, non advenu". Le déni est l'action de refuser la réalité d'une perception perçue comme dangereuse ou douloureuse pour le moi. (Les mécanismes de défense). le déni protège le moi en mettant en question le monde extérieur, par opposition au refoulement qui effectue un travail similaire mais en faisant basculer à l'intérieur cette même réalité intolérable qui se trouve alors intégrée. Le déni engendre, lui, une absence de conflictualité, puisqu'il fait coexister au sein du moi deux affirmations incompatibles, qui se juxtaposent sans s'influencer. En prenant appui sur le clivage, il donne au moi la possibilité de vivre sur deux registres différents, mettant côte à côte, d'une part, un "savoir" et de l'autre, un "savoir-faire" infirmant ce savoir, sans lien entre les deux. On se trouve ainsi dans une sorte d'en-deçà du conflit, une suspension de tout jugement généralement effectuée face à la perception d'un manque, d'une absence, d'une perte pourtant évidents aux yeux du monde environnant.

 

                                 Le déni de la réalité est le terme employé à partir de 1924 par Sigmund FREUD dans un sens spécifique : mode de défense consistant en un refus par le sujet de reconnaître la réalité d'une perception traumatisante, essentiellement celle de l'absence de pénis chez la femme. Ce mécanisme est particulièrement invoqué par le père de la psychanalyse pour rendre compte du fétichisme et des psychoses (LAPLANCHE et PONTALIS). On trouve dans l'Abrégé de psychanalyse, de 1938, l'exposé le plus complet de cette conception. Ce sens précis, d'abord rattaché au complexe de castration, évolue peu à peu dans son oeuvre, pour se rapprocher du clivage du moi (le clivage du moi dans le processus de défense, 1938). Les deux attitudes du fétichiste - dénier la perception du manque de pénis chez la femmes, reconnaître ce manque et en tirer les conséquences (angoisse) "persistent tout au long de la vie l'une à côté de l'autre sans s'influencer réciproquement. Ce qu'on peut nommer un clivage du moi." Ce clivage est à distinguer de la division qu'institue dans la personne tout refoulement névrotique. 

Les deux auteurs écrivent à la fin de leur article consacré au Déni (- de la réalité) : " (...) Si le déni de la castration est le prototype, et peut-être même l'origine, des autres dénis de la réalité, il convient de s'interroger sur ce que Freud entend par "réalité" de la castration ou perception de celle-ci. Si c'est le "manque de pénis" de la femme qui est dénié, il est difficile de parler de perception ou de réalité, car une absence n'est pas perçue comme telle, elle ne devient réalité que dans la mesure où elle est mise en relation avec une présence possible. Si c'est la castration elle-même qui est rejetée, le déni porterait non sur une perception (la castration n'étant jamais perçue comme telle) mais sur une théorie explicative des faits (une "théorie sexuelle infantile"). On se rappellera, à ce propos, que Freud a constamment rapporte le complexe ou l'angoisse de castration, non à la perception d'une pure et simple réalité, mais à la conjonction de deux données : constatation de la différence anatomique des sexes et menace de castration par le père. (...)"  Cette notion est très distincte de la dénégation, qui, elle, est le procédé par lequel le sujet, tout en formulant un de ses désirs, pensées, sentiments jusqu'ici refoulé, continue à s'en défendre en niant qu'il lui appartienne.

Serban INOESCU, Marie-Madeleine JACQUET et Claude LHOTE, en accord avec ce qui précède, indiquent que Sigmund FREUD n'intègre pas, dans ses derniers écrits, ce processus de déni dans les "défenses du moi" telles que le refoulement et l'isolation. Par contre, nombre de ses successeurs n'hésitent pas à le faire.

 

                         Ainsi Anna FREUD (Le moi et les mécanismes de défense) le range dans les mécanismes de défense, non sans selon eux une certaine confusion (imputables en partie à des erreurs de traduction) qui perdure. Elle décrit deux mécanismes relevant du déni et pourtant traduit par "Négation par le fantasme" et "Négation par actes et paroles". Seule la négation par actes relèverait du déni, la négation en paroles correspondant plutôt à la dénégation... 

Mélanie KLEIN (1952) met l'accent non sur le déni de la réalité extérieure, mais sur le déni de la réalité psychique, dans sa description de la défense maniaque. Les défenses maniaques reposent sur un  déni de trois sentiments : l'omnipotence déniant la dépendance, le triomphe comme déni des vécus dépressifs et le mépris de l'objet comme déni de la valeur de cet objet.

Jacques LACAN (1957)  construit le modèle de la forclusion sur le déni, celle-ci étant définie comme le "défaut qui donne à la psychose sa condition essentielle, avec la structure qui la sépare de la névrose".

J SANDLER (notamment dans L'analyse des défenses. Entretien avec Anna FREUD, PUF, 1985) travaille beaucoup la différence entre déni et refoulement.

 

                    Bernard PRENOT fait le compte de toutes les illustrations cliniques de déni fournies par Sigmund FREUD dans toute son oeuvre et montre qu'elles se ramènent à deux cas de figures : le déni de l'absence de pénis chez la femme et le déni de la mort du père. "Le déni est toujours déni d'absence, d'où son incidence majeure sur le processus de symbolisation. Freud pose en effet comme condition de celui-ci la capacité de se représenter l'objet comme pouvant manquer. (...) Le déni (d'absence) constitue donc une entrave foncière au processus même de constitution de la réalité psychique, à l'inverse de la négation qui opère comme temps premier de la reconnaissance mentale (préconsciente) de quelque chose. C'est ainsi que déni et négation diffèrent radicalement en tant qu'opérations logiques". "Dans la cure de patients marqués par un déni durable, tout se passe comme s'ils se laissaient à l'"autre" de la relation thérapeutique la tâche de penser pour eux l'impensable, d'articuler l'incompatible. Cela s'effectue notamment au travers du mécanisme d'identification projective qui nécessite de la part de cet autre une dépense psychique considérable, dans un vécu souvent pénible. Un tel détour par l'économie psychique du thérapeute apparaît comme une condition nécessaire, quoique non suffisante, pour que le sujet parvienne à intégrer ces données dans un jeu symbolique où le principe de plaisir retrouverait sa suprématie."

 

Bernard PRENOT, Article Déni dans Dictionnaire international de la psychanalyse, Hachette Littérature, 2002 ; Serban IONESCU, Marie-Madeleine JACQUET et Claude LHOTE, Les mécanismes de défense, Nathan Université, 2003 ; Jean LAPLANCHE et Jean-Bertrand PONTALIS, PUF, 1976.

 

               PSYCHUS

 

 

 

 

 

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Published by GIL - dans PSYCHANALYSE
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