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14 juin 2010 1 14 /06 /juin /2010 09:17

                             Le Marché introuvable, Critique du mythe libéral, de l'essayiste et éditeur Michaël LAINE, veut réfuter le mythe du marché, tel qu'il est répandu dans les médias et dans l'opinion publique. Dans l'introduction de ce livre plutôt agréable à lire et ne nécessitant pas beaucoup de connaissances en économie, l'auteur annonce la couleur : "le marché s'autorégule. Voilà le mythe libéral. Pourquoi l'adhésion à ce concept nocif est-elle aussi massive? existerait-il une démonstration théorique de l'efficacité de la libre entreprise? Non pas. Ou plutôt si, mais avec des hypothèses tellement absurdes que l'on se demande si elles décrivent une économie réelle. Qu'en est-il, alors, des preuves empiriques de sa supériorité? Elles n'ont pas beaucoup plus de consistance. Nous avons beau fouiller, livrer notre imagination à tous les exercices de contorsionniste, le marché demeure introuvable. Nous allons pourtant partir à se recherche, puisque la quasi-unanimité des gouvernements de la planète met en oeuvre les prescriptions de sa "dure et juste loi". "En recherchant le marché autorégulateur des libéraux (le sens dessus), c'est la justification de cet ensemble de politiques et des salaires de chacun que nous nous efforcerons de trouver, c'est cet écart béant entre le sentiment de justice et le cours inique du monde que nous prendrons la mesure (le sens dessous). On pourrait croire que la science économique a accompli des avancées significatives que, à mesure que le temps passe, notre compréhension du monde gagne en richesse et en profondeur. Il n'en est rien." 

 

          Plutôt que de présenter les diverses théories économiques qui circulent depuis Adam Smith, l'auteur préfère s'attaquer aux références communes de la famille des "libéraux" dont il détaille simplement la complexité en annexe. Pour lui, "le magistère des libéraux, pour ne pas dire leur morgue, repose tout entier sur un modèle théorique doit d'équilibre général initié par Léon WALRAS et formalisé par deux "prix Nobel", Kenneth Arrow et Gérard Debreu, dans les années 1950. Tout le reste de leur "science" n'en est que l'appendice. Les raisonnements par lesquels ils fustigent l'intervention étatique ont ce modèle pour base implicite. Dès lors qu'on le sape, c'est l'ensemble de l'édifice qui s'effondre." C'est ce travail de sape que Michaël LAINÉ effectue en quelques chapitres sur l'Equilibre général, dont la théorie n'est qu'un déséquilibre de la pensée, sur les apories fondamentales du modèle d'Arrow-Debreu et sur l'impossible existence d'une loi de l'offre et de la demande. Terminant sur les modèles français et anglo-saxon, l'auteur se demande si l'on peut sortir du libéralisme. Il ne propose pas d'alternative et se contente de faire appel à "la mobilisation des énergies", son objectif étant surtout de montrer les fragilités des modèles économico-mathématiques sur lesquels reposent pratiquement toutes les politiques économiques officielles.

      Le lecteur désireux d'aller plus loin (et sans doute beaucoup plus loin) peut d'abord vérifier les aspects plutôt légers de ces modèles-là en reprenant les ouvrages de Kenneth ARROW (Social Choice and individuel Values, Yale University Press, 1963 - Collected Papers, Basil Blacwell, 1983) et de Gérard DEBREU (Théorie de la valeur, Dunod, 1984). 

 

     L'éditeur présente ce livre de la manière suivante (en quatrième de couverture) : "Ce livre se veut une réfutation du mythe du marché. Son pari est de pousser le libéralisme dans les retranchements logiques, afin de le faire imploser. Dans un premier temps, Michaël Lainé se fixe comme objectif de montrer que tout l'édifice théorique libéral repose, in fine, sur un seul modèle de référence. Dans un deuxième temps, il examine ce modèle en profondeur et en pointe les incohérences comme les impasses. Il en conclut que la théorie libérale est incapable de rendre compte de la réalité. Le troisième temps sert à démonter les "preuves" empiriques des prétendues réussites du marché libre et sans entraves. L'originalité de l'ouvrage consiste à prendre le libéralisme au mot. Il ne s'agit pas de se livrer à une critique externe qui manquerait (partiellement) son but, mais de suivre sa logique jusqu'au bout : ceci, afin de saper les bases du discours dominant, qui habille de science une véritable imposture. Le pari qui est ici tenté est de montrer qu'on ne peut, même en faisant preuve de la meilleure volonté, rien sauvegarder des conclusions comme des préconisations du libéralisme. Un véritable manuel de résistance au discours dominant."

    Denis CLERC, sans Alternatives Economiques n°283, de septembre 2009, écrit  : "(...) cette critique du fondement de l'analyse néoclassique est intéressante, même si elle n'est pas très originale (voir les travaux de Jacques Sapir ou de Bernard Guerrien). Mais l'auteur est allé y voir de près, il apporte des éléments novateurs, en soulignant par exemple l'écart croissant entre la vision des spécialistes de la gestion, plus proches de la réalité du terrain, et celles des économistes, qui construisent sur le sable une théorie sans consistance. Toutefois, sa critique porte davantage sur l'inconsistance de la théorie que sur l'inexistence du marché, contrairement ç ce que suggère le titre. Et une partie non négligeable des économistes libéraux (le courant "autrichien", avec Hayek notamment) ne se rallie pas à Walras et à son approche de l'équilibre général. Certes, la fin du livre renoue avec l'analyse des faits (parfois d'une façon discutable, comme cette contestation du fait que, en France, la part du travail n'a pas décliné sur le long terme), mais sans que le lecteur voie bien le lien entre la critique des fondements de l'analyse néoclassique et celle des méfaits du néolibéralisme : cela fait longtemps que l'on sait que la concurrence parfaite n'existe pas, ce qui n'empêche pas le capitalisme de prospérer. L'auteur nous annonce une suite plus positive, sur les alternatives possibles à ce dernier. On l'attend avec impatience."

 

     Michaël LAINÉ, eesayiste et éditeur est également l'auteur de 36 Mensonges du libéralisme (Albin Michel, 2002) et de Si Jean-Marie... (Prométhée, 2006).

 

       Michaël LAINÉ, le marché introuvable, Critique du mythe libéral, Editions Syllepse, Collection Sens dessus dessous, 2009, 192 pages

 

 

Complété le 21 novembre 2012

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