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16 octobre 2009 5 16 /10 /octobre /2009 14:31
      Le principal mérite de ce livre en deux gros volumes de Pierre ORDIONI (1907-1999), même si nous n'adhérons pas, loin s'en faut, à tous ses aspects, est de provoquer la réflexion sur une lecture de l'histoire de France, loin des succédanés scolaires de MICHELET. En effet, le militaire, diplomate, résistant pendant la Seconde Guerre mondiale, gaulliste et sympathisant du royalisme, nous présente une vision de la lutte des pouvoirs en France, entre ce qu'il appelle le Quatrième Ordre - militaire - et les trois Ordres fondamentaux, le Clergé, la Noblesse et le Tiers-État, très loin d'une certaine linéarité et loin d'une certaine idée de "l'acquisition progressive de frontières naturelles". Une vision qui établit une continuité entre les conflits entre le Temple et la Royauté, entre cette même Royauté française et les loges maçonniques militaires, héritières de ce même Temple, jusque dans les tumultes de la Révolution Française. Il indique que sous l'historiographie officielle et au grand chose, travaillent des forces occultes, secrètes, dont le rôle politique et social, selon lui, est déterminant.

   L'auteur part de deux postulats, l'un historique, l'autre plus méthodologique.
Postulat historique : l'Armée régulière et permanente, créée en France par Charles VII en 1445, est née de celle, populaire et nationale, levée par Jeanne d'Arc, au sujet de quoi il se fonde sur les Mémoires du pape Pie II. Le corps des officiers, marqué par cette origine, a peu à peu constitué ce véritable quatrième pouvoir, enfin structuré au XVIIe siècle. Malgré les révolutions, les changements de régime, les épurations dont il aurait été l'objet, il s'est maintenu comme tel jusqu'en 1945.
Postulat méthodologique : C'est essentiellement par recoupements entre documents diplomatiques souvent confidentiels auxquels l'auteur a eu accès, mémoires de personnalités décisives (favorables à la Royauté), éléments historiques connus et archives demi-confidentielles que l'auteur reconstitue une telle trame historique. En cela, il ne diffère pas d'une méthode commune d'historien, à ceci près qu'il fait plus confiance aux mémoires issus des milieux maçonniques et des milieux militaires qu'aux autres, biaisant peut-être par là certaines de ses analyses.
   Toutefois, lorsque nous lisons ces lignes, nous avons l'impression de comprendre mieux certains faits, comme la bataille de Verdun ou le rôle de la Cagoule ou de la Synarchie. Ou encore comment la Royauté française a t-elle pu sauver les révolutionnaires américains des futurs États-Unis... Comme tous ces organismes dont le secret est parfois la seule garantie de leur efficacité, ne livrent certainement pas... tous leurs secrets d'une manière aussi évidente que pourrait le faire penser ce livre, il faut parfois manier avec précaution les informations qu'on y recueille...
   A noter que beaucoup d'auteurs s'inspirent de certains de ses chapitres, sans toujours le citer.
   Dans ce blog, nous avons décidé au départ de n'avoir aucune parti pris pour l'origine des sources de réflexions, du moment qu'elles sont clairement établies, dans leurs apports et dans leurs limites. Aussi, nous considérons que la lecture de l'histoire de France selon Pierre ORDIONI peut être utile à tous ceux qui recherchent des informations sur les modalités d'action des pouvoirs militaires.
 
   L'éditeur présente les tomes 1 et 2 de la manière suivante : "Pierre ORDIONI s'est attaché à démontrer l'existence en France pendant cinq siècles d'un quatrième Ordre, distinct des trois Ordres fondamentaux, le Clergé, la Noblesse et le Tiers État, le POUVOIR MILITAIRE et que cet ordre a joué un rôle politique et social, souvent déterminant, dont les historiens n'ont jamais tenu compte. Il part d'un postulat : l'Armée régulière et permanente, levée par Jeanne d'Arc, au sujet de qui, se fondant sur les Mémoires du pape à l'époque, PIE II, il présente une thèse qui rend crédible l'intervention, fulgurante et pourtant décisive, de l'héroïne dans l'histoire de France. Le corps des officiers, marqué par cette origine, a peu à peu constitué un véritable QUATRIÈME POUVOIR, enfin structuré, au milieu du 18e siècle. Malgré les révolutions, les changements de régime, les épurations et les persécutions dont il a été l'objet, il s'est maintenu comme tel jusqu'en 1945.
Voici des thèses entièrement nouvelles, en outre fondées sur une documentation rigoureuse : - importance de la Franc-Maçonnerie militaire ; - Rôle déterminant joué par des officiers, élus de la Noblesse, dans l'avènement de la Révolution en 1789 ; - La lutte sourde et âpre entre les officiers affiliés à la Franc-Maçonnerie militaire puis au carbonarisme, et les Chevaliers de la Foi, de 1809 à 1930 ; - Le comte de Chambord, prétendant des officiers ayant fondé le mouvement social chrétien après la Commune de Paris, contre le prétendant conservateurs orléaniste ; - L'armée machine employée contre l'Église catholique et les mouvements sociaux ; - La guerre de 1914, étudiée uniquement à travers les carnets intimes et les correspondances privées des combattants ; - 1916, le secret de la bataille de Verdun ; -1917, les mutineries ; - La cagoule militaire contre l'infiltration du parti communiste dans l'armée et contre son influence dans la nation ; - Les causes de la défaite de 1940 ; - Rôle de la cagoule militaire dans la Résistance de l'armée ; - Rôle de la Synarchie dans les événements en Afrique du Nord, de 1941 à 1944. Lemaigre-Dubreuil et les américains. Le général Giraud, instrument inconscient de la Synarchie.
Structuré au lendemain de la première révolution américaine (1776-1783), le pouvoir militaire trouve sa déchéance dans la seconde Révolution américaine (1940-1944) avec les découvertes de l'énergie atomique et de l'informatique."
 
   Pierre ORDIONI, militaire (colonel en Algérie), diplomate, ministre (des Anciens combattants), docteur en droit et docteur ès lettres, s'est surtout consacré à l'étude du jansénisme et du gallicanisme à l'Université de Dijon. Favorable au royalisme, il publie en 1938, la Vocation monarchique de la France avec une préface de Bernard FAY. Auteur également de pièces de théâtre et de romans et d'autres ouvrages historiques dans lesquels il évoque notamment la période algéroise de sa carrière. Comme dans ses Mémoires, publié à titre posthume, il entend faire certaines révélations qui se veulent dérangeantes.

   Pierre ORDIONI, le pouvoir militaire en France, Tome 1 De Charles VII à Charles de Gaulle, Tome 2 De la commune de Paris à la Libération, Éditions Albatros, 1981, 516 et 539 pages.
 
 
Relu le 16 juin 2019
 

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