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15 octobre 2011 6 15 /10 /octobre /2011 15:02

         Dans la psychanalyse freudienne, il s'agit d'abord du Renversement d'une pulsion dans le contraire, mais là encore des problèmes de traduction se sont posés, sans compter une incertitude terminologique dans l'oeuvre de Sigmund FREUD. Ainsi la notion de Retournement contre soi-même, et même de Retournement, tout simplement, est assez voisine, quoique distincte. Mais ces deux notions doivent être traitées séparément, sous peine de confusion. 

           Le Renversement d'une pulsion en son contraire, suivant la définition du Vocabulaire de la psychanalyse, est le processus par lequel le but d'une pulsion se transforme en son contraire, dans le passage de l'activité à la passivité. Dans Pusions et destins de pulsions, en 1915, le fondateur de la psychanalyse, étudie, à côté du refoulement et de la sublimation, ce renversement dans le contraire et le retournement sur la personne propre. Il indique que ces deux processus - le premier concernant le but, le second l'objet - sont en fait si étroitement liés l'un à l'autre, comme il apparait dans les deux exemples majeurs du sadisme-masochisme et du voyeurisme-exhitionnisme, qu'il est impossible de les décrire séparément. ce qui n'empêche ni les études ni même les définitions données dans les différents dictionnaires de psychanalyse de les traiter séparément, ne serait-ce que d'un angle à l'autre. 

"Le retournement du sadisme dans le masochisme, résument LAPLANCHE et PONTALIS, implique à la fois le passage de l'activité à la passivité et une inversion des rôles entre celui qui inflige et celui qui subit les souffrances. Ce processus peut s'arrêter à un stade intermédiaire où il y a bien retournement sur la personne propre (changement d'objet), où le but cependant n'est pas devenu passif mais simplement réfléchi (se faire souffrir soi-même). Dans sa forme achevée, où le passage à la passivité est réalisé, le masochisme implique qu'une personne étrangère est recherchée comme nouvel objet qui doit, par suite de la transformation du but intervenue, prendre le rôle d'un objet. Une telle transformation ne se laisse pas concevoir sans faire intervenir l'agencement fantasmatique, où un autre devient imaginairement le sujet auquel est rapportée l'activité pulsionnelle. Les deux processus peuvent évidemment fonctionner dans le sens opposé : transformation de la passivité en activité, retournement à partir de la personne propre sur autrui, que la pulsion se tourne de l'objet vers le moi ou qu'elle se tourne du moi vers l'objet, cela n'est pas par principe différent." Les auteurs se demandent si "le retour de la libido, à partir d'un objet extérieur, sur le moi (...) ne pourrait pas aussi être désigné comme "retournement sur la personne propre". On notera que Freud a préféré dans ce cas employer des expressions comme celle de "retrait de la libido ou dans le moi".

A côté du renversement de l'activité en passivité qui porte sur le monde, sur la "forme" de l'activité, Sigmund FREUD envisage un renversement "du contenu" ou renversement "matériel" : celui de l'amour en haine. Mais parler ici de retournement ne lui paraît valable que sur un plan purement descriptif (l'amour et la haine ne peuvent être compris comme les destins d'une même pulsion, pour FREUD toujours, car pour d'autres auteurs, c'est une autre affaire). 

     Anna FREUD range parmi les mécanismes de défense le renversement dans le contraire et le retournement sur la personne propre et se demande s'il ne faut pas y voir les processus défensifs les plus primitifs, s'appuyant entre autres pour cela sur certains passages de l'oeuvre de son père. 

 

      Roger PERRON présente la notion globale de Renversement comme la "transformation d'une idée, d'une représentation, d'une figure logique, d'une image de rêve, d'un symptôme, d'un affect, etc, en son contraire. Processus affectant le destin de la pulsion, notamment dans la transformation de l'amour en haine, mieux précisé dans le notion de retournement". Ce jeu de renversement, déjà mis en évidence par Sigmund FREUD dans L'interprétation des rêves (1900), se retrouve dans le langage, certains termes pouvant prendre des sens opposés, suivant le contexte. Dans l'Introduction à la psychanalyse (1916-1917), il approche explicitement ce jeu des contraires dans la langue de sa fonctionnalité dans le travail du rêve. Mais cela ne se limite pas au niveau sémantique : les figures du discours peuvent être soumises à un tel mécanisme, le cas le plus évident étant celui de la dénégation où une pensée s'exprime sous forme inversée, assortie d'une projection qui permet de l'attribuer à autrui. Roger PERRON fait remarquer lui aussi, une certaine obscurité dans la terminologie (Pulsions et destins des pulsions, 1915) car Sigmund FREUD semble utiliser le terme renversement pour désigner deux processus, le retournement de l'activité en passivité et le renversement du "contenu" amour/haine. Il lui parait judicieux "de distinguer ces deux notions, en préférant celle de retournement  lorsqu'on se réfère aux expressions de la pulsion en affects (d'amour en haine ou inversement), à ses buts (le but actif se "retournant" en but passif) et à ses objets, en particulier de la personne d'autrui vers la personne propre ou vice versa : cela renvoie à tous les problèmes du couple sadisme/masochisme. On utilisera la notion de renversement (...) lorsqu'il s'agit plutôt des aspects formels de transformations affectant des contenus représentatifs. Mais les deux notions peuvent être subsumées dans la catégorie plus large de "couples d'opposés", d'usage fréquent chez Freud, et qui culmine dans sa deuxième théorie des pulsions, avec le couple Eros/pulsion de mort."

 

    Pour Serban IONESCU et ses collaborateurs, le Renversement dans le contraire est un "Mécanisme où une pulsion conflictuelle est, non seulement refoulée, mais aussi remplacée par la pulsion opposée. Trois synonymes ont été utilisés, le premier par Freud, les deux autres par Anna FREUD, pour désigner ce mécanisme de défense : renversement dans le contraire (1915), transformation en contraire (1936), retournement en contraire (1936)" Eux aussi semblent poussé à choisir parmi ces traductions et préfèrent le premier terme, "proposé par Freud, qui est le plus employé." Il font remarquer que dans le texte Pulsions et destins des pulsions (1915), le fondateur de la psychanalyse se reposent sur seulement quelques exemples. Ce sont LAPLANCHE et PONTALIS qui, précisant que l'objet de la pulsion peut aussi se modifier, il peut passer de la personne propre à autrui et que le passage de l'activité à la passivité peut se faire dans l'autre sens. La plupart des auteurs donnent ce sens extensif à la notion de retournement dans le contraire et soulignent sa réversibilité. 

Cela a comme signification en terme de pathologie que le renversement est plutôt lié à l'hystérie. "Mais Freud n'y fait qu'une courte allusion dans Inhibition, symptôme et angoisse. Nous savons aussi que dans le refuge dans la rêverie, il est fait grand usage du renversement. Si cette satisfaction liée à la rêverie s'installe chez l'adulte, elle perd le caractère anodin qu'elle avait dans l'enfance, puisqu'elle risque de modifier les relations avec la réalité, en favorisant le désintérêt pour le monde extérieur (Anna FREUD, 1936)."

 

Serban IONESCU, Marie-Madeleine JACQUET et Claude LHOTE, Les Mécanismes de défense, Nathan Université, 2003 ; Roger PERRON, article Renversement dans Dictionnaire international de la psychanalyse, Hachette Littératures, 2002 ; Jean LAPLANCHE et Jean-Bertrand PONTALIS, Vocabulaire de la psychanalyse, PUF, 1976.

 

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Published by GIL - dans PSYCHANALYSE
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