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9 février 2013 6 09 /02 /février /2013 13:13

   Théologien  le plus célèbre de la Synagogue, le plus éminent aussi des talmudistes, le médecin, philosophe, jurisconsulte et dirigeant de la communauté juive d'Egypte, appelé aussi HaRav Moshé ben Maïnon (il est connu aussi sous le nom de RaMBaM), étudie la Torah dans la sphère de domination islamique. 

   Par un mouvement identique à celui que l'on observe chez les Musulmans, l'aristotélisme prend à son époque progressivement le pas sur le Kalam et sur le néo-platonisme dans l'information philosophique des Juifs d'Espagne. La foi sublime d'Abraham Ibn Daoud (mort vers 1180) est le premier traité à manifester les tendances nouvelles. Elles triomphent dans l'oeuvre de Moïse MAÏMONIDE dont le rayonnement dépasse durablement les frontières du ghetto. Né à Cordoue, exilé à Fès, puis au Caire, pris dans les diverses persécutions antisémites et dans les conflits entre tendances de l'Islam, celui qu'on appelle l'"Aigle de la Synagogue" réalise la plus puissance synthèse de l'aristotélisme et du judaïsme. Il publie son chef d'oeuvre vers 1195, Le Guide des égarés, somme théologique la plus complète du judaïsme rabbinique. Son oeuvre visa à résoudre la contradiction qui peut apparaître entre la philosophie et la religion et sert de guide à ceux qui s'y égarent. Le but de l'ouvrage est de démontrer que la foi d'Israël et la sagesse grecque ne sont pas irréductiblement ennemies, mais, dans leur essence, identiques. La spéculation philosophique est un élément nécessaire de la connaissance mystique : l'illumination de l'intellect connaît des degrés dont le plus haut est l'extase prophétique. Encore faut-il comprendre le langage de l'Ecriture dont il expose quelques principes d'exégèse au seuil de son traité. Celui-ci couvre un vaste horizon intellectuel : preuves de l'existence de Dieu, de son unité, théories des attributs d'action, preuves de la création, doctrine de la providence divine et de la liberté humaine (le fameux débat sur le libre arbitre), doctrine du miracle et des lois de nature ; théorie de la révélation de la Torah et de l'illumination prophétique ; doctrine des fins dernières de l'homme dont la perfection est essentiellement contemplative et spirituelle et s'accomplit dans l'union transformante de la vision béatifique. La vertu est de se détacher du monde et de ses passions pour adhérer à la lumière incréée dans la voie de la vie éternelle. Tous ces thèmes sont abordées de manière éparpillée dans son oeuvre antérieure et il fait avec Le livre des égarés, une grande synthèse de ses réflexions.

 

    Baignant dans un univers judéo-musulman, MAÏMONIDE recueille les influences en provenance à la fois du monde juif et du monde musulman. Il est principalement le produit de la socio-culture judéo-arabe de son temps alors que les autres penseurs juifs qui lui succèdent en se faisant ses commentateurs sont, pour la plupart, imprégnés de culture chrétienne. Il ne perçoit pas, à son époque, le christianisme comme un monothéisme, à cause sans doute de sa conception trinitaire. Ce n'est que deux siècles plus tard d'ailleurs que les savants juifs, avec Menahem ha-Meiri, au XIVe siècle, déclare christianisme religion monothéiste. 

Il est l'héritier des philosophes juifs d'Espagne, notamment de Salomon ibn GABIROL (1021-1058), poète-mathématicien, de Juda ha-LÉVI (1075-1141), adversaire déclaré de la philosophie et de Abraham ibn EZRA, au contraire exégète biblique qui contribue à un profond rapprochement entre la Tora et la philosophie (1089-1164). Disciple d'ARISTOTE, il entreprend une confrontation-comparaison systématique entre vérité révélée et vérité philosophique. Il médite les oeuvres de ses devanciers musulmans qui sont confrontés aux mêmes problèmes induits par la relation entre la religion et la philosophie : Al-PHARABI, AVICIENNE (Ibn Sina), Ibn BADJA (mort en 1138), auteur de l'Avemplace de la scolastique latine (le Régime du Solitaire), et Ibn TUFAYL (mort en 1185). Par contre, contrairement à ce qu'on peut lire, il n'a connaissance des travaux d'AVERROES qu'au moment où sa propre oeuvre philosophique est déjà achevée. (Maurice-Ruben HAYOUM)

 

    Les oeuvres de MAÏMONIDE se répartissent, à l'image de son activité de médecin, de philosophe et de guide de la communauté au Caire, entre l'Astronomie, la Médecine et l'Exégèse biblique (les Ecrits halakhiques).

 

    Il ne rédige pas vraiment de traité dans le domaine de l'Astronomie, mais ses écrits éparpillés, concernant l'astronomie - il se méfie de l'astrologie en revanche, à rebours de ses contemporains - attestent une bonne connaissance de PTOLÉMÉE. Notamment dans son traité sur le calendrier : La Sanctification de la néoménie, dans le Mishneh Torah  et dans nombre de passages du Guide des égarés.

 

   La plupart de ses textes médicaux, publiés en arabe entre 1190 et 1204, sont préservés et traduits en hébreux et en latin :

- A-Mukhtasarat, compilation des écrits de GALIEN ;

- un commentaire sur les Aphorismes d'HIPPOCRATE ;

- Fusoul Mousa (Aphorismes de Moïse) est le plus célèbre de ses écrits médicaux. Il consiste en une mélange d'informations et de commentaires de GALIEN, d'HIPPOCRATE et d'auteurs arabes, notamment sur la circulation sanguine ;

- Sahr asma al-uqqar, commentaire sur les médicaments et la nécessité de les identifier par leurs noms populaires. Il en fait une recension par ordre alphabétique ;

- Fi al-bawasir, ouvrage sur les hémorroïdes ;

- Fi al-jimaa, ouvrage sur les rapports sexuels ;

- Maqala fi al-rabw (Traité sur l'asthme), écrit en 1190, il considère cette maladie comme essentiellement nerveuse ;

- Kitab al-sumum wa-al-mutaharriz min al-adwiya al-qitala (Sur les poisons et leurs antidotes), manuscrit très célèbre comportant la description des diverses formes d'empoisonnement, le premier à distinguer les divers serpents venimeux. Demandé par plusieurs autorités politiques, soucieuse de se préserver de cette méthode assez répandue de se débarrasser de ses rivaux. Les morsures par serpent étaient très courantes en Egypte ;

- Fi tadbir al-siha (Guide de la santé), traité d'hygiène, l'un des plus populaires de MAÏMONIDE, rédigé en 1198 à l'intention d'un sultan égyptien qui souffrait de dépression ;

- Maqala fi-bayan al-aral (Explication sur les coïncidences), bref traité rédigé à la demande du même sultan qui s'interroge sur les causes de sa dépression.

 

  Les écrits halakhiques de MAÏMONIDE se distinguent par la clarté du style et la classification systématique des sujets traités. Cette limpidité formelle et thématique vise à fonder la Halakhah sur des principes essentiels,tant législatifs que théologiques :

- Le Commentaire de la Michnah (le Siraj), rédigé en arabe pendant les années de jeunesse de MAÏMONIDE, est destiné à un public à la fois populaire et lettré. Il comprend plusieurs essais ayant chacun une grande valeur intrinsèque ;

- Lettres pastorales ou Epîtres écrites lorsque MAÏMONIDE exerce une autorité et une influence qui rayonne sur un grand nombre de communautés juives dans tout le bassin méditerranéen. Ses lettres pastorales, ses responsa et ses épîtres sont empreints d'une humanité et d'une sensibilités qui s'allient avec le plus grand sérieux en matière de religion. Elles figurent parmi les écrits les plus brillants de la théologie juive ;

- Séfer ha-mitsvot (Le livre des commandements) sert d'introduction au Mishneh Torah. Il contient une énumération des 613 commandements qui structurent ce recueil. Dans une préface théorique, l'auteur analyse les principes de sélection qui l'ont guidé dans ce classement.

- Le Mineh Torah ou Yad hazaqah (Main forte) est achevé vers 1185. C'est sa plus grande oeuvre halakhique. Elle se présente sous la forme d'une synthèse monumentale de la loi juive. Ce code est structuré de façon logique et claire, rédigé dans l'hébreu de la Michnah avec un style d'une limipidé parfaite. Il présente la particularité de mettre en valeur les principes fondamentaux qui sont à l'origine de chque ensemble de lois. On y décèle la structure profonde de la Halakhah. En ce sens, le Mishneh diffère des autres codes législatifs juifs qui étaient plutôt orientés vers une approche exégétique, très liée aux textes de référence et qui adoptaient une classification chronologique des lois. MAÏMONIDE innove également par son refus de citer les sources des règles qu'il expose - ce qui lui fut maintes fois reproché. De cette façon, il parvient à conférer à son oeuvre un style homogène qui va à l'encontre des écrits rabbiniques traditionnels, denses et de style ardu. Le Mishneh Torah est également marqué par son souci d'exhaustivité. il cherche à offrir un panorama grandiose de la Halakhah dans son ensemble et veut également préparer l'ère messianique (Gershom SHOLEM). Il exprime son désir de réinstaurer une société juive en se fondant sur les modèles sanctifiés du passé. Ce code présente aussi la particularité de comporter de nombreuses méditations philosophiques, religieuses ou éthiques. Ces thèmes sont si présents tout au long de l'ouvrage qu'on peut à bon droit, les considérer comme le centre vital de l'ouvrage. Le premier des quatorze livres est le Livre de la connaissance, entièrement consacré à une discussion sur les fondements du judaïsme : nature de Dieu, problème des attributs de Dieu et nature du langage religieux, physique et métaphysique, prophétisme, éthique, étude de la Torah (en tant que démarche intellectuelle et en tant qu'accomplissement pratique d'un commandement), rejet du paganisme et de tout ce qui s'ensuit (il présente le paganisme comme l'antithèse parfaite du judaïsme). 

 

     Les problématiques développées par MAÏMONIDE dans so oeuvre la plus importante, le Guide des égarés (dernière grande édition : édition bilingue avec les commentaires de Salomon MUNK, 1856, 1970 en trois volumes ; traduction seule, 1970, un volume) ont une influence profonde sur les discussions et les controverses de la philosophie juive durant plusieurs siècles. Le livre, rédigé en arabe vers 1200, traduit en hébreu par Samuel ibn TIBBON en 1204 (Moreh nevoukhim), est une réponse à la perplexité spitiruelle des Juifs de son époque, troublés par la contradiction apparente entre la philosophie aristotélicienne qui prévaut alors et l'interprétation traditionnelle du judaïsme rabbinique. MAÏMONIDE se considère comme l'héritier d'ARISTOTE, tout en adaptant et en développant son enseignement selon sa propre démarche. Il se consacre à des objectifs précis concernant les relations entre religion et philosophie. 

 Le traité s'ouvre sur une longue discussion consacrée au problème des termes anthropomorphiques servant à désigner Dieu ou ses actions dans la Bible. La solution envisagée par l"auteur consiste à considérer ces tournures comme des métaphores, en vertu du principe selon lequel "la Torah parle le langage de l'homme". Viennent ensuite les preuves philosophiques de l'existence de Dieu et de son unité, des considérations sur le prophétisme, sur la nature du bien et du mal et sur la divine Providence. Enfin, le livre se termine par une interprétation des commandements et par une description de l'homme idéal.

 

    Le système de MAÏMONIDE est un spiritualisme théocentrique qui se veut en accord avec la raison humaine. On retrouve là l'idéal médiéval de l'amour rationnel de Dieu. Cette conception s'exprime notamment à travers l'apologie de la raison considérée comme un moyen d'accéder à des buts religieux et spirituels. Elle prend la forme d'une critique virulente et polémique dirigée contre les croyances et les doctrines religieuses qui ne résistent pas à l'examen de la raison. Il rejette les courants émotionnels et mystiques du judaïsme et s'oppose notamment à une connaissance de Dieu qui aurait été obtenue par le truchement de l'imagination. En effet, l'objet d'une telle représentation ou d'une telle croyance n'est pas le vrai Dieu, mais une projection de l'imagination humaine. Son hostilité va si loin qu'il assimile à de l'idolâtrie les doctrines tant soit peu superstitieuses ou contraires à l'essence du monothéisme originel. Son idéal spirituel consiste bien au contraire en une sérénité profonde, une intense discipline de l'esprit, une vigilance intellectuelle et un souci de clarté.

L'approche maïmonidienne détermine une répartition de l'humanité en deux catégories très distinctes : celle de l'élite intellectuelle, qui usant de raison, peut saisir des arguments démonstratifs et celle de la masse du peuple (incluant même les érudits qui se restreignent à l'étude de la Loi) qui, se servant principalement de son imagination ne perçoit que les arguments persuasifs, (renforcés ajoutons-nous, par la poésie de certains passages de la Torah). C'est à la lumière de cette distinction interne que son oeuvre peut être divisée en deux genres : le Guide, qui s'adresse à l'élite, et ses autres écrits, qui se tournent vers les masses. Cela amène MAÏMONIDE  à prendre une position assez particulière vis-à-vis de l'enseignement ésotérique et mystique du judaïsme, notamment le Maaseh Bechérit et Maaseh Merkavah (Récit de la Création et Récit du Char) qu'il identifie respectivement à des spéculations physiques et métaphysiques. Il codifie, à leur encontre, sous la forme d'une intrdiction, la suggestion selon laquelle on ne doit pas les enseigner à quiconque n'est pas capable de les comprendre par lui-même, et argue que de telles spéculations peuvent conduire à l'incroyance. Selon lui, le chemin qui mène à l'amour et à la crainte de Dieu passe par l'acquisition d'une connaissance exacte du cosmos, conforme à la philosophie et à la théologie. L'une des propos du Guide des égarés consiste précisément à transmettre une telle connaissance.

L'insistance avec laquelle MAÏMONIDE défend la pureté du dogme monothéiste n'est pas sans rapport avec la "théologie négative" des attributs divins. Cette conception s'inspire dans une large mesure de la philosophie aristotélicienne. Elle stipule que tout changement ou "accident", survenu chez un être est un indice d'imperfection. Par conséquent, on ne peut parler qu'en termes négatifs des actions ou des attributs de Dieu, et à plus forte raison de son essence : l'attribut divin de sagesse est l'absence d'ignorance ou d'imperfection dans la connaissance, mais on ne peut la décrire en terme d'attribut. Ce principe est appliqué systématiquement aux anthropomorphismes et aux "anthropopathismes" qui figurent dans la Bible et dans la Aggadah rabbinique. Le début du livre I du Guide des égarés est justement consacré à une réinterprétation métaphorique des passages qui présentent Dieu comme un être doté d'organes physiques, éprouvant des émotions humaines ou agissant à la manière des hommes. Il fait preuve  du même rationnalisme face à d'autres sujets théologiques. Dans l'ensemble, il admet la suprématie des lois de la nature au sein de l'univers et il minimise le rôle du miracle et de l'intervention directe de la divinité. Il n'accorde donc qu'une importance secondaire aux spéculations sur les modalités précises de l'ère messianique et sur la date de son avènement (à l'encontre de tout une tradition numérologique, précisons-le...). Il considère, en effet, à propos de ces thèmes, qu'il vaut mieux se contenter de considérations générales. Sa propre conception de l'ère messianique est surtout axée sur l'idée que l'arrivée du Messie permettra de s'adoner avec plénitude aux plaisirs de l'esprit et de l'intellect. Il considère que l'action de la divine Providence est assez limitée et il combat le déterminisme total tel qu'il s'exprime à travers certaines sources juives. Il met l'accent sur l'importance du libre arbitre humain et sur l'importance des choix éthiques. Il a d'ailleurs du mal à conciler cet aspect de sa pensée avec le dogme de la prescience divine. 

C'est également dans une optique rationaliste qu'il considère la problématique des commandements. Il estime en effet, les préceptes de la Loi comme le produit de la sagesse divine. En ce sens, ils visent au bien-être spirituel et physique. Selon lui, l'homme peut comprendre la raison profonde des commandements au terme d'une longue réflexion, mais leur obserance est incontournable, qu'on les comprenne ou non. Dans son Guide, le Rambam justifie l'existence de certins commandements désuets et apparemment absurdes en les imputant au contexte du monde antique et à la nécessité qui s'imposait alors au judaïsme de se démarquer du paganisme de l'époque. L'idéal de l'amour intellectuel de Dieu conduit MAÏMONIDE à accorder une place privilégiée à l'étude et à la poursuite de la connaissance, ainsi qu'à la réflexion philosophique sur le monde et sur la religion. La figure exemplaire de cet idéal est le prophète puisqu'il concilie la prfection éthique et intellectuelle de l'être humain avec l'inspiration divine.

Invoquant le style des écrits ésotériques couramment utilisés par les philosophes islamiques, il se rendit maître d'une énigmatisme parfait. Discutant du même objet en différents passages, il en fit des exposés contradictoires, procédé dont il avait pris soin de prévenir le lecteur dès l'introduction du Guide. La manière de percevoir les véritables interprétations maïmonidiennes est donc laissée à ceux qui les lisent. Les spécialistes de MAÏMONIDE ont donc fort à faire pour retrouver le lien qui unit les deux aspects de son oeuvre : la philosophie d'une part et la science talmudique et religieuse, de l'autre. (Dictionnaire encyclopédique du Judaïsme).

 

   Le guide des égarés constitue un modèle de l'écriture "ésotérique", qui divise d'ailleurs encore une partie des intellectuels juifs sur son interprétation. Il se protège des lecteurs indésirables par diverses techniques d'éloignement et de cryptage qui défient l'interprétation, a fortiori le résumé. Mais le schéma-plan qu'en propose Léo STRAUSS (La persécution et l'art d'écrire) peut en tenir lieu, d'après les indications mêmes de MAÏMONIDE dans son Introduction. Derrière la division en 3 parties (de 76, 48 et 54 chapitres), STRAUSS identifie deux grands ensembles, l'examen des "opinions" (jusque partie III, chapitre 24), puis celui des "actions" : commandements de la torah elle-même (partie III, chapitres 25 à 50) et connaissance possible du divin (III, 51-54). Les premières de "opinions" sont les termes employés dans la torah pour désigner Dieu et les anges. Suivent les démonstrations admises, les prophéties et le "récit du chariot" (commentaire du livre d'Ezéchiel, 1 et 10), qui occupe une place décisive dans le Guide, puisqu'il en assimile le contenu à la "métaphysique" des philosophes. Les opinions concernant la matière, la nature, l'homme, la providence - l'équivalent d'une "physique" dont l'auteur professe qu'elle est toute entière contenue dans un autre récit biblique, celui de la Genèse - font l'objet des chapitres 8 à 24 de la troisième partie.

Ce caractère "ésotérique" n'est en rien extérieur à l'objet étudié : la Torah énonce elle-même, selon la tradition talmudique, la nécessité du secret. Tout au long du guide des égarés, MAÏMONIDE explique la différence d'attitude que l'on doit avoir envers les lettrés chercheurs de vérité et la masse des fidèles. L'enseignement talmudique se doit d'être oral, et le Guide des égarés offre le compromis littéraire d'une adresse à un disciple éloigné, Joseph Ibn Yehouda, avec lequel il ne serait plus possible de communiquer que par lettres, qui qui apparait précisément "égaré". Les "égars" ou les "perplexes" sont ceux qui, en stricte orthodoxie, se fient à un maitre pour entendre l'enseignement secret de la Torah. Ils se distinguent de ceux à qui suffit l'enseignement exotérique ou pratique (prescriptif, moral) qui fait plus directement l'objet d'un autre ouvrage de l'auteur : la Seconde Torah (Mishné Torah), la plus commentée des oeuvres de la littérature rabbinique, et l'une des sources majeures du droit rabbinique actuel. L'ésotérisme de Guide des égarés, loin de s'opposer au rationalisme de son auteur, préserve et marque au contraire sa dimension proprement savante : il met en place une "maïeutique" destinée, selon son commentateur Shlomo Pinès (Quelques réflexions sur Maïmonide Préface au livre de la connaissance (premier livre du Mishné Torah), traduit de l'ébreu et annoté par V NIKIPROWETSKY et A ZAOUL, PUF, 1961, réédition dans la collection Quadrige en 1990) à "déterminer la vocation philosophique des hommes supérieurs que l'esprit du siècle fait tomber dans le désarroi". C'est une discipline de l'étude et de la méditation, où le lecteur est renvoyé à sa propre "perplexité", c'est-à-dire sa capacité de discerner le sens véritable parmi les interprétations en cours. Car ce sens n'est pas donné : comment, par exemple, rendre compatible la thèse aristotélicienne de l'éternité de l'univers (que l'auteur tien finalement pour une vérité) avec le récit biblique de la création. (François TRÉMOLIÈRES)

 

   L'oeuvre de MAÏMONIDE, du moins une partie, est l'une des rares du judaïme médieval dont l'influence dépasse les cercles juifs. Son influence s'exerce jusqu'à l'époque des Lumières, de manière d'ailleurs contrastée : SPINOZA, MOÏSE MENDELSSOHN, considéré comme son successeur spirituel. Malgré les polémiques qu'elle suscite toujours au sein du monde juif, il est l'initiateur d'un judaïsme transfiguré. C'est un véritable réaménagement du judaïsme rabbinique, de l'intérieur, que son oeuvre provoque. Ce qui est particulièrement sensible dans la philosophie générale de la Loi. Le Guide des égarés constitue pour les penseurs juifs qui le suivent, un passage obligé dans la réflexion sur les apports de la Torah. Dans le monde chrétien, il influence Thomas d'AQUIN, ALBERT LE GRAND et Maître ECKHART. 

 

MAÏMONIDE, Le Guide des égarés, traduction de l'arabe par Alomon MUNK, Editions Verdier, 2012 (Edition revue, complétée et mise en à jour).

Maurice-Ruben HAYOUM, Ellipses, 2009 ; Dictionnaire encyclopédique du Judaïsme, Cerf-Laffont, 1996 ; François TRÉMOLIÈRES, Le guide des égarés, dans Encyclopedia Universalis, 2002

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Published by GIL - dans AUTEURS
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