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16 mars 2014 7 16 /03 /mars /2014 12:52

         Le concept de non emploi en premier, pourtant expression que l'on retrouvait couramment dans la presse, notamment occidentale dans le débat stratégique des années 1980, conçu pour apaiser la crainte mutuelle d'une première frappe, fut défendu par les Soviétiques, notamment sous Brejenv, n'a jamais été adopté par le camp occidental. Thérèse DELPECH explique les deux raisons pour lesquelles il a refusé d'entrer dans un débat à ce propos :

- la nécessité de dissuader une attaque conventionnelle massive contre l'Europe ;

- l'impossibilité de vérifier la détermination de l'ennemi.

   Dans les archives allemandes (de l'Est) maintenant ouvertes, on a constaté que les Soviétiques avaient élaboré des plans mettant en jeu des opérations de frappe en premier, et énvisageaient l'utilisation d'armes nucléaires et chimiques, dès le premier jour d'un conflit éventuel avec les forces de l'OTAN. Il s'agirait ainsi d'une grande manoeuvre idéologique gesticulatoire, dans le cadre de la campagne soviétique de désarmement, relayée par de nombreux organisations pacifistes en Europe (mais pas toutes...).

    Aujourd'hui, précise-elle, "Moscou a certes abandonné le non-emploi en premier, mais ce p^rincipe demeure encore la pierre angulaire de la doctrine nucléaire chinoise. (...) Ce concept convient aux intérêts chinois parce que Pékin ne dispose pas de capacité de seconde frappe et ne détient toujours qu'une force nucléaire plutôt limitée. Mais ceci est en train de changer : avec les capacités toujours plus grandes de la Chine en sous-marins et en missiles tirés en mer (...), outre son arsenal en expansion permanente, les promesses des Chinois de ne pas recourir à la première frappe risquent de n'avoir de valeur que diplomatique, à l'image de l'Union Soviétique pendant la guerre froide."

    Se pose, selon elle, "une question question spécifique : quelle réaction adopter en réponse à une attaque à l'arme chimique ou biologique, à un moment où les puissances occidentales ont cessé d'entretenir leurs propres programmes d'armes chimiques et biologiques offensives? Cette question a donné naissance au concept d'interdiction de recourir aux armes de destruction massive, réduisant ainsi l'ampleur de l'engagement. Dans le cas de la NRP 2010, il semblerait que, si Washington refuse d'adopter la politique du non-emploi en premier, c'est en raison de la menace biologique.

La question prend un intérêt tout particulier dans le contexte du Moyen-Orient, où un certain nombre d'Etats continuent de développer des capacités chimiques et biologique. Israël a produit un certain nombre d'études relatives à la dissuasion vis-à-vis des attaques aux produits chimiques, nucléaires ou biologiques. Les attaques chimiques mal exécutées posent un problème particulièrement délicat. Il vaut la peine de rappeler que, pendant l'opération Tempête du désert, l'Irak a été dissuadé de déployer à grande échelle des armes de destruction massive (...) mais pas de lancer des missiles Scud sur Israël, initiative risquée, sur tous les plans.

On pense également que l'Inde envisage une option nucléaire pour parer à des attaques chimiques ou biologiques massives."

 

     Ce concept de Non emploi en premier vient en fait de loin, car il est issu de celui de Non emploi tout court des armes nucléaires, à l'origine de tout l'édifice de la doctrine de dissuasion. Element clé des doctrines nucléaires, le non emploi (no first use en anglais, ce qui peut prêter à confusion), désigne une posture qui consiste pour un pays à ne pas utiliser en premier ses armes nucléaire, stratégiques comme tactiques. La stratégie dite de non emploi interdirait donc aussi l'emploi de l'arme nucléaire en frappe préventive face à une menace. Par effet de miroir, elle implique une capacité de riposte proportionnelle à l'agression, jusqu'aux représailles massives.

Le débat sur le "non emploi" apparait dès juillet 1945, lancé par une partie des scientifiques participant au Projet Manhattan, qui suggèrent de faire la démonstration aux Japonais de la puissance de cette nouvelle arme au lieu de l'utiliser militairement. Au temps de la guerre froide, la stratégie de non-emploi est un des thèmes du dialogue entre blocs. Côté Soviétique, il s'agit de masquer la menace exercée sur les forces de l'OTAN par des forces conventionnelles très supérieures en nombre (notons que cette supériorité faisait déjà débat à l'époque, surtout dans les années 1980...). Cet atout serait contrebalancé par la présence d'armes nucléaires tactiques sur le sol européen, puis par des armes nucléaires continentales, ce qui implique bien entendu pour les Américains de ne pas souscrire à cette doctrine de non-emploi. En fait, la dissuasion repose sur le fait que ces armes nucléaires ne serait jamais utilisées, sauf si... un emploi pourrait être décidé... Si sur le fond, l'idée de non emploi appelle l'idée de dissuasion, il n'est pas certain qu'une stratégie déclaratoire de non emploi des armes nucléaires en premier soit réellement opératoire dans la manoeuvre stratégique entre deux puissances nucléaires.

Si en 1995, les cinq puissance nucléaires se sont engagées devant l'ONU à ne pas recourir à l'arme nucléaire contre une puissance qui n'en est pas dotée, il n'est pas certain que les doctrines de ces puissances soient très claires à ce propos, notamment vu la présence d'autres armements de destruction massive...

Contrairement à la présentation qui est faite par Philippe WODKA-GALLIEN, nous ne sommes pas certain de la filiation réelle entre la demande de non emploi des scientifiques du Projet Manhattan et le déploiement diplomatique du concept de non emploi en premier...

 

 

Philippe WODKA-GALLIEN, Dictionnaire de la dissuasion, Editions Marines, 2011. Thérèse DELPECH, La dissuasion nucléaire au XXIe siècle, Odile Jacob, 2013.

 

 

 

STRATEGUS

 

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Published by GIL - dans STRATÉGIE
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