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12 octobre 2009 1 12 /10 /octobre /2009 13:34
          Dans l'écheveau des coopérations et des conflits entre individus, entre groupes, entre classes sociales, la question du degré de violence, de contrainte... occupe de nombreuses fonctions sociales.
Dans nos sociétés policées, la police et l'armée  et, plus loin et plus largement, les institutions judiciaires constituent des organes de maintien d'un ordre social, conçu (en tout cas dans l'ordre des idées) comme profitable à tous. Nous oublions facilement que, considérant l'ensemble des sociétés humaines, ce n'est pas la règle toujours et partout.   
        Que ce soit dans l'économie (rapines ou échanges "équilibrés") ou dans d'autres activités humaines (éducation, sexualité, loisirs...) de tout temps, des règles, des règlements plus ou moins intériorisés par les individus existent de façon plus ou moins stables. L'histoire humaine est remplie de révoltes et de révolutions et cela doit nous rappeler que la notion d'ordre social demeure toute relative.
      Plus encore, et même de nos jours, les groupes sociaux comme les États se donnent des objectifs d'ordre ou/et de désordre selon leurs intérêts propres ou de la représentation qu'ils s'en font, dans divers moments et/ou dans divers endroits du monde. Nous associons la défense un peu trop à la chose militaire, or une véritable sociologie de défense ne se limite pas à une sociologie militaire, à une sociologie d'organes spécialisés. Elle englobe toutes les stratégies des groupes sociaux qui ont quelque chose à défendre ou à conquérir.
      Bien entendu, les premiers actes qui appellent notre attention sont les actes de violence et souvent les gens d'armes s'attribuent ou se voient attribuer une fonction d'exercice de la violence. In extenso, le groupe armé n'est pas forcément un groupe bien hiérarchisé : réfléchir sur l'ordre et le désordre social, c'est en fin de compte aussi réfléchir sur les méthodes employées pour les établir ou les maintenir, sur les conséquences de leur emploi sur la nature des sociétés, sur les motivations et sur les comportements de ces porteurs d'outil de contrainte.

       Michel FOUCAULT, dans son ouvrage sur la naissance de la prison, écrit à propos des modalités de l'ordre social, des rites primitifs et des institutions judiciaires : "Que la faute et la punition communiquent entre elles et se lient dans la forme de l'atrocité (il discute des méthodes employées dès le moyen-Age jusqu'à l'aube des Temps Modernes), ce n'était pas la conséquence d'une loi de talion obscurément admise. C'était l'effet, dans les rites primitifs, d'une certaine mécanique du pouvoir : d'un pouvoir qui non seulement ne se cache pas de s'exercer directement sur les corps, mais s'exalte et se renforce de ses manifestations physiques ; d'un pouvoir qui s'affirme comme pouvoir armé, et dont les fonctions d'ordre ne sont pas entièrement dégagées des fonctions de guerre ; d'un pouvoir qui fait valoir les règles et les obligations comme les liens personnels dont la rupture constitue une offense et appelle une vengeance ; d'un pouvoir pour qui la désobéissance est un acte d'hostilité, un début de soulèvement qui n'est pas dans son principe très différent de la guerre civile ; d'un pouvoir qui n'a pas à démontrer pourquoi il applique ses lois, mais à montrer qui sont ses ennemis, et quel déchaînement de force les menace ; d'un pouvoir qui, à défaut d'une surveillance ininterrompue, cherche le renouvellement de son effet, dans l'éclat de ses manifestations singulières ; d'un pouvoir qui se retrempe de faire éclater rituellement sa réalité de surpouvoir."

       Par ailleurs, Alain JOXE, plaidant pour une théorie du désordre, écrit dans son Voyage aux sources de la guerre : " S'il existait une théorie du désordre social, elle obligerait à considérer de près, et à différentes échelles de désorganisation plutôt que d'organisation, l'articulation de la violence avec l'économie. Elle devrait rendre compte de cette articulation, non seulement au niveau macro-historique de la divergence Est-Ouest (Ces lignes furent écrites en 1991), de Perry ANDERSON (professeur à l'Université de Californie de Los Angeles), ou au niveau macro-stratégique du Global Reach et de son coût global, de (George) MODELSKI (de l'Université de Washington) et (William) THOMPSON, non seulement au niveau méso-sociologique, celui de l'articulation de la violence et de la société à la frontière des périphéries dont traite le modèle de (Immanuel) WALLERSTEIN, mais aussi aux niveaux inférieurs d'organisation de la compulsion sociale forcéee, au niveau micro-sociologique, celui où se développe la délinquance et la violence interpersonnelle et où celle-ci se laisse parfois agréger en mercenariat au service d'un intérêt d'échelle plus étendue (mafia, État, Empire). C'est bien au niveau microsociologique que se noue, dans le désordre hyperarchique plutôt qu'anarchique du haut Moyen Age, le noeud particulier d'où, sans doute, surgit la spécificité de l'Occident capitaliste.
Comprendre le désordre est bien moins immédiat que comprendre un ordre qui s'affirme toujours comme hiérarchie d'organisations et d'arguments (de représentations, pourrions nous dire). Il manque donc une théorie du désordre pour penser l'émergence du monde nouveau que nous traversons actuellement et qui doit être paix ou guerre généralisées."
  
      C'est en référence directe à la notion d'état de nature de Thomas HOBBES, de la guerre de tous contre tous, que le stratégiste et sociologue de la défense veut cerner les composantes dans la société des forces du désordre et des forces d'ordre (qui peuvent d'ailleurs changer de stratégies de l'un à l'autre) , là où sont à l'oeuvre des dynamismes sociaux violents ou pacificateurs.

Alain JOXE, Voyage aux sources de la guerre, PUF, collection Pratiques Théoriques, 1991. Michel FOUCAULT, Surveiller et punir, Naissance de la prison, Gallimard, collection nrf, Bibliothèque des Histoires, 1979.

                                                                         STRATEGUS
 
Relu le 25 juin 2019

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