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8 novembre 2014 6 08 /11 /novembre /2014 09:22

   Le livre de Georges FRIEDMANN (1902-1977), philosophe de formation, écrit en 1950 et réédité plusieurs fois depuis (notamment en 1953 et 1963) marque la pensée sociologique au début de la formation de cette discipline nouvelle centré sur le travail. Classique de la sociologie du travail, son édition et ses rééditions, dans la préface notamment, indique bien l'état d'esprit envers la technique.

    D'abord optimiste, voire euphorique dans les années 1950, la sociologie du travail devient très pessimiste et l'édition de 1967 de Où va le traval humain? est frappante à cet égard. L'automation d'abord synonyme de multiplication de nouveaux emplois moins pénibles et d'extension des loisirs hautement culturels, devient une des raisons d'une dépréciation du travail humain : l'angoisse remplace l'euphorie. Mais le livre de Georges FRIEDMANN, auteur plus de Le travail en miettes (1956) est toujours resté dans le registre de l'anxiété et lui-même écrit dans son avant-propos de la troisième édition, qu'il aurait souhaité que les volumes présentés en librairie soient assortis d'une bande publiciscitaire complétant le titre : ...à sa perte.

 

   Le livre est divisé en quatre parties : Milieu naturel et milieu technique ; Aspects du milieu technique aux Etats-Unis, celle-ci étant subdivisée en L'individu et le milieu technique et L'insdustrie américaine et le facteur humain ; Témoignages sur le milieu technique ; Où va le travail humain. Dans la réédition de 1967, figurent également deux appendices : Marx et la revalorisation du travail dans la société socialiste et Une thérapeutique des tensions industrielles?

 

    La première partie, Milieu naturel et milieu technique, situe brièvement l'opposition du milieu naturel et du milieu technique, vue sous l'angle des problèmes qui l' occupe ici, et esquisse une théorie de la présence humaines que l'auteur compte développer dans des recherches ultérieures.

   La deuxième partie, Aspects du milieu technique aux Etats-Unis, la plus longue du livre, découle du voyage du sociologue français aux Etats-Unis. Elle est spécialement orientée vers les problèmes psychologiques de l'industrie et du "facteur humain", dans le pays le plus dense et le plus évolué.

    La troisième partie, Témoignage sur le milieu technique, réunit plusieurs témoignages essentiels par leurs implications et prolongements. La marche à l'inconscient, dont s'acccompagne l'incomplète automatisation d'un nombre croissant de tâches "répétitives et parcellaires", va t-elle se poursuivre? Et jusqu'où? Comment apparaisent, vus sous l'angle psycho-sociologique, les récents développement du travail à la chaïne? Quels sont les retentissements de ces formes d'activité, de plus en plus répandues, sur la mentalité des opérateurs? Doit-on craindre pour eux une oblitération croisssante, fatale (en l'absence de réformes et de contre-mesures adéquates) de la pensée critique, unerestriction de la personnalité?

    L'auteur dégage dans la quatrième partie certaines tendances de l'ensemble de ses enquêtes et se risque, sur la base de l'observation concrète, à indiquer les "possibles" d'une civilisation où s'harmoniseraient le progrès continu et l'épanouissement de l'individu dans le loisir actif.

  "Une étude, écrit-il dans son Avant-propos, plus approfondie du milieu technique devrait inclure un examen de ses relations avec les structures sociales et de son extension en fonction de leurs différences. Pour la plupart des théoriciens marxistes actuels, qui font du marxisme bien davantage un dogme qu'une méthode applicable à l'observation des faits contemporains, la technique, dans les cadres du capitalisme, entraîne une aliénation de l'homme destinée à s'avanouir avec l'abolition de la société de classes. Désintégrateurs et inhumains, les effets concrets des techniques modernes, aussi bien que les tourments abstraits des intellectuels, dépendent entièrement du régime économico-social : les uns et les autres seront  (ils le sont déjà en URSS) automatiquement dépassés dans une structure nouvelle où les puissances d'aliénation sont détruites, où la société, à tous ses niveaux, se pénètre d'une finalité humaine. En d'autres termes, le milieu technique s'arrêterait aux frontières du monde capitaliste. Mais n'observe-t-on pas en URSS des faits, des types humaines dont il ressort que le milieu technique y constitue, là aussi, mutadis mutandis, une réalité avec quoi la construction d'un socialisme respectueux de la pesonne devra compter? 

Bien que nous nous gardions de méconnaitre l'incidence considérable des structures sociales sur les idéologies du machinisme et ses modes d'utilisation, tout nous convainc, pour notre part, que le milieu technique tend à l'universalité et pénètre des régime très différents. L'organisation, au-delà du désordre capitaliste, d'un système r tionnel de production et de distribution est une condition nécessaire à l'avenir de la civilisation : pour qui s'en tient à l'observation des réalités contemporaines, et non à la mystique, ce n'en parait nullement une condition suffisante. Même dans une économiqe collectiviste et planifiée, la prise de conscience individuelles des techniques est indispensable. Leur domination exige de l'homme de ce temps, pour rétablir l'équilibre rompu par la trop brutale éclosion de sa puissance, non par un "supplément d'âme" au sens du spiritualisme beergsonienn, mais en tout cas un supplément de conscience et de forces morales. Les sciences humaines, en amorçant l'étude psycho-sociologique du milieu technique, en y intéressant de jeunes chercheurs et un public croissant, en aiguisant ainsi chez nos contemporains la conscience de dangers secrets et quotidiens, n'apportent-elles pas, en ce sens, leur contribution? S'il en est ainsi, notre application ne sera pas jugée entièrement vaine."

 

   Dans sa conclusion, notre auteur distingue deux courants principaux :

- sous l'influence de la division du travail, l'un des courants entraine un éclatement progressif des anciens métiers unitaires, tels qu'ils avaient été traditionnellement pratiqués et peerfectionnés au cours des civilisations pré-machinistes. Cet éclatement a pour corollaire la dégradation de l'habileté professionnelles ;

- les progrès de la technique et de la rationalisation exigent et multiplient dans l'industrie des machines de plus en plus parfaites. Ce qui entraine l'émergence de nouvelles compétences professionnelles, adaptées aux nouvelles manières de fabriquer, une repolarisation des savoirs et des savoir-faire, selon de nouvelles organisations du travail. 

L'évolution technique ouvre un "magnifique possible", notamment sous la forme du développement des loisirs, qui exige de nouveaux efforts notamment sur le plan de l'organisation sociale globale. En tout cas ce "magnifique possible" reste une promesse, tandis que les effets négatifs du développement de la techniques sont déjà là. 

La technique donne congé à l'homme : Où le reloger? Telle est la question parmi d'autres sur laquelles réfléchissent alors les responsables lucides aux Etats-Unis.

"Mais les projets les mieux pensés, écrit-il dans sa conclusion, ne pourront prendre corps sans de nombreuses mutations dans les institutions et les valeurs qui les sous-tendent, sans une nouvelle "logique interne" de l'économie américaine."

 

Georges FRIEDMANN, Où va le travail humain?, Gallimard, 1967, 385 pages

 

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Published by GIL - dans OEUVRES
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