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26 mai 2010 3 26 /05 /mai /2010 14:28

          Effectuer un panorama des visions du conflit au cinéma, c'est, entre autres, car il y a d'autres approches, commencer par tenter un panorama des genres au cinéma, de la comédie musicale au fantastique en passant par le western. En mettant en scène certaines parties de la réalité en en prenant des fragments pour les relier ensuite dans une suite logique, compréhensible comme faisant un tableau réaliste de l'existence, (ou en déformant tout simplement certaines parties de la réalité, ce que les rêves réalisent ou qui nous semblent réaliser, restituer un univers entier cohérent, situer comme imaginaire, mais exprimant des émotions bien actuelles et réelles), le cinéma nous donne des visions des différents conflits qui opposent les êtres humains. 

 

             Antoine VALLET, dans Les genres au cinéma (1963) propose une énumération de ces genres, ou domaine d'intérêt du cinéma  :

- La nature et l'homme (le documentaire) ;

- La vie du monde (films historiques) ;

- L'histoire et la légende (films épiques) ;

- La réalité et la fiction (films d'aventure) ;

- Le monde des âmes (films psychologiques) ;

- La comédie humaine (films comiques) ;

- Le rêve et la réalité (films poétiques) ;

- Le film sur l'art ;

- Le cinéma d'animation.

    Cette classification mélange un peu ce qu'on appelle genre et les formes de techniques de vision de la réalité, mais montre que l'oeuvre d'art, l'oeuvre cinématographique en particulier a un triple finalité : descriptive, psychologique et narrative... Cette classification emprunte à la littérature ses éléments, et Michel SERCEAU, dans un survol de la notion de genre montre les différences entre le livre et le film, mettant bien en évidence ce qui fait la spécificité de l'image par rapport au texte. Il se peut que le cinéma se soit structuré en genres à partir du moment où il a eu systématiquement recourt à la littérature, ce qui lui donne une dignité culturelle. Cela d'ailleurs est historiquement naturel au moment où il lui faut dépasser le simple assemblages d'images, et aller plus loin que des ensembles de photographies mouvantes ou une suite de tableaux illustratifs de la vie (Les frères Lumières) ou de l'imagination (Georges Méliès). 

   "Mais le cinéma n'est pas le lieu d'une survie platonicienne des genres littéraires, mais le lieu d'une série - historique - de recontextualisations. Les avants-garde ne se sont pas toutes ou pas toujours trompées là-dessus, si l'on en juge l'accueil qu'ont fait les surréalistes à un certain cinéma, même si leur appréhension est restée confuse et volontairement an-analytique (Nous ne sommes pas sûr que les surréalistes en question apprécient ce point de vue...). Acte de décès? Si un avatar du burlesque, celui des années (1910) est mort, ne voit-on pas par exemple ressurgir (que l'on songe à Nichetti-Begnini) le burlesque dans un cinéma italien où il avait été très vite refoulé au profit de la comédie de moeurs, avant que celle-ci ne cède le pas à une comédie sociale? Jusqu'à quel point est-il, de toute façon, possible de parler d'une comédie burlesque? La screw-ball comedy américaine n'était-elle pas une forme hybride? N'était-elle pas, à partir et en parallèle avec le vaudeville, le lieu d'une polarisation de la complexe et plurivoque matière et forme du spectacle (voire de la littérature) populaire? Tout autant que la description de la codification est intéressant dans une histoire des genres cinématographiques, l'examen des polarités, tant négatives que positives, qui dessinent le mode et le niveau de réception, le degré d'acceptation ou de refoulement des formes issues d'une tradition ou un refoulement des formes issues d'une tradition ou d'un courant littéraire, théâtral, et aussi cinématographique. Les genres cinématographiques ne sont en dernière analyse rien d'autres que les croisements - qui sont dans ce cas des déplacements - de genres littéraires qui sont des horizons d'attente avec la réalité socio-historique et le système cinématographique de représentation, le système cinématographique du récit. Si c'est bien en ce sens une réalité sémiotique spécifique, c'est, dans chaque contexte historique, le produit (le résultat) d'une transformation. Il n'y a pas de mort, ni de retour des genres cinématographiques, mais des transformations, d'autant plus complexes que, réagissant les uns sur les autres, ils entrent en synergie dans un processus qui parait les éloigner de leurs avatars littéraires, mythiques, anthropologiques. Après avoir connu des avatars qui sont loin de dessiner une évolution diachronique simple et linéaire, le western est mort en tant que cristallisation historique précise, forme d'un type de questionnement sur la socialisation et la loi. L'expression "western galactique" (sans doute parce qu'il y a aussi des bons et des méchants très typés, pensons-nous), employés par certains critiques dans les années (1970), est sans doute trop commode, et abusive, en ceci qu'elle ignore superbement les paramètres géographico-historiques du récit et de la représentation westerniens. Mais, si le western est mort, son questionnement n'est pas nécessairement, lui,  obsolète. Le nouveau syncrétisme qui s'est établi entre les référents sociohistoriques issus de la science-fiction et une partie non négligeable des composantes actantielles du western témoigne t-il de la survie de genres antérieurement identifiables et fonctionnels (nous pourrions poser la même question concernant la comédie musicale et le western, vu le nombre de western chantés!). Est-il le creuset d'un nouveau genre en gestation? Ces questions n'ont en elles-mêmes pas d'importance. Ce qui importe, c'est la manière dont les formes de ce syncrétisme réinscrivent, actualisent, recontextualisent un questionnement auquel ne répondent plus les formes de ces genres antérieurs. On pourrait même faire la même analyse à propos du métissage qui s'est effectué depuis une décennie entre fantastique et science-fiction. Il y a du reste autant d'avatars cinématographiques du fantastique qu'il y a, dans l'histoire du cinéma, de contextes socio-historiques différents. L'examen des remakes en témoigne avec éloquence. Pour reprendre l'exemple de la comédie, ce n'est pas en terme de progrès ou de régression qu'il faut examiner l'édulcoration des représentations des moeurs, de la dimension sociale de l'intrigue et des personnages mêmes, au profit de représentation non psychologisantes du rapport à l'homme aux objets, au réel socialisé." (Michel SERCEAU). 

 

     Dans un numéro de CinémAction (1993-1194), Michel SERCEAU introduit les genres au cinéma, dont l'exposition révèle surtout le double but (que certains pourraient trouver inconciliables...) de distraire et d'informer. En fait, il reflète bien la dominance dans le cinéma des genres distrayants aux genres informatifs, même si beaucoup de films de distraction possèdent une intention idéologique bien précise et si des films documentaires révèlent une intention de distraction, d'émerveillement (nous pensons à certains documentaire animaliers...) noyant toute réflexion structurée. La dominance d'un tout un  pan de cinéma américain volontairement et positivement de distraction (on pourrait parler de la même manière du cinéma indien ou bollywoodien...) est combattue par quelques parties de différents cinémas (européens notamment, mais aussi africains, asiatiques, australiens...et américains...) qui veulent proposer des visions engagées dans un sens ou dans un autre. Car dans le champ cinématographique, partie du champ culturel, des conflits s'expriment, dans les visions des conflits... Non seulement les genres sont - et industriellement, financièrement parlant, ils le sont - concurrents, mais à l'intérieur de ces genres se combattent plusieurs visions sociales, consciemment (notamment dans la mouvance marxiste ou soviétique et chinoise-maoiste) ou moins consciemment. C'est dans les périodes de crises (sous l'occupation allemande de la France pendant la Seconde Guerre Mondiale par exemple) que se révèlent les messages plus ou moins cachés des films, confrontés de plus - entre les contraintes techniques et les conventions morales - aux censures de nature politique.

   Nous pouvons parcourir donc, dans ce numéro, les genres western, comédie musicale, du film noir, historique, comédie, mélodrame, péplum, de cape et d'épée, science-fiction, fantastique, documentaire, politique, pornographique et érotique. Même si n'y figurent pas certains "sous-genres", cinéma catastrophe (de fins du monde notamment) très en vogue actuellement, homosexuel, sportif..., cela constitue déjà un bon tableau d'ensemble, un point de départ qui permet de voir comment certaines réalités sociales sont rendues visibles ou occultées, comment cette visibilité ou cette occultation fait du cinéma un instrument de distraction ou un instrument de révélation.

 

         Ciném'action n°68, 1993, Panorama des genres au cinéma, Corlet-Télérama ; Antoine VALLET, Les genres du cinéma, Ligel, collection Perspectives, 1963.

 

                                                                                                       FILMUS

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Published by GIL - dans ART
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lora 12/12/2011 11:56

N'est ce pas une erreur de considérer le cinéma d'animation comme un genre, alors qu'il peut aborder les thèmes qui le précèdent dans la présentation de cet article?

GIL 14/12/2011 11:47



  Ah ah! Bien entendu, formellement, vous avez tout à fait raison. Le cinéma d'animation, que ce soient dans des dessins animés à la belge (de la ligne claire...) ou encore de Disney, ou
dans des cartoons (plus ou moins violent) à la sauce américaine, aborde tous les thèmes qui précèdent, du policier, de la science fiction, de l'aventure... Mais allez dire cela certains
cinéphiles qui veulent mordicus présente ce cinéma comme un genre en soi. Ils ont raison, mais seulement sur le plan de contraintes, contraintes que veulent outrepasser d'ailleurs tous les
cinéastes 3D (voir le dernier Tintin de Spielberg), dont la première est une contrainte de style qui le rapproche de la bande dessinée (dont il est issu d'ailleurs pour considérer une période
très proche). C'est surtout par une certaine facilité de présentation - dont je suis prêt à me passer - que j'ai cité le cinéma d'animation comme un genre...


    Il existe une autre raison sans doute de le considérer comme un genre, sur le fond cette fois : la distanciation maximum obtenue par les effets "cartoonesques" du cinéma
d'animation. Si le spectateur peut s'identifier, surtout les enfants, à des personnages, il reste que cela ne peut être pour "de vrai". Une frontière s'installe dans notre esprit, frontière due
uniquement à la forme employée, entre des situations qui peuvent facilement dégénérer dans les dessins animés, et celles qui fixent des limites - sauf à entrer dans le fantastique - et qui sont
limitées parce qu'elle se situent toujours dans le réel ou le réalisme de notre monde. Observez, faites la comparaison entre les dessins animés de Tintin à la ligne claire et celui de Spielberg.
Au premier degré, vous pouvez entrer dans la 3D en oubliant tout esprit critique, mais en fin de compte, il y a bien des moments où vous pouvez vous dire : too mutch, réaction que vous n'avez pas
sur les DA "belges". Bien entendu, là je suis complètement en roue libre et merci de m'avoir donné l'occasion de le faire!


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