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23 septembre 2010 4 23 /09 /septembre /2010 16:51

         Le géographe français, historien de formation, écrit en 1917 ce qui est considéré comme le premier ouvrage de géopolitique en France (La France de l'Est), marque surtout encore les mentalités dans l'hexagone par sa contribution aux idées de France aux frontières naturelles. Nationaliste convaincu, ardeur partisan du retour de l'Alsace et de la Lorraine dans le giron français, il fonde l'Ecole française de géographie. Il développe en France, par son influence immense dans l'enseignement (c'est l'éditeur des fameuses cartes murales affichées dans toutes les écoles) et dans les milieux universitaires, la géographie telle qu'on la conçoit dans notre pays jusqu'à la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Paul Vidal de LA BLACHE fonde avec Lucien GALLOIS, les Annales de géographie en 1891. Il présente un célèbre Tableau de la géographie de la France en 1903, qui sert d'introduction à l'Histoire de France de LAVISSE, et établit dès 1910 le plan de la Géographie universelle publiée après sa mort durant plus de 20 ans (1927-1948).

 

          C'est tout à fait de manière symétrique à l'oeuvre de RATZEL et de Karl HAUSHOFER, qu'il inscrit sa réflexion qui aboutit à La France de l'Est en 1917. La géopolitique français à ses débuts prend donc une orientation non seulement bien entendu antagoniste au nationalisme allemand, mais également inverse dans la conception des relations entre la géographie et la société. Il tente de bâtir une géographie aux contours humains et éloignée des seuls déterminismes physiques. Lucien FEBVRE, dans La Terre et l'Evolution humaine de 1922 qualifie son approche de possibilisme, un même élément naturel (fleuve mer, montagne) recélant des potentialités d'obstacles et d'échanges qui peuvent être exploitées par les sociétés humaines de manières très différentes. Alors que la tradition allemande exploite facilement le thème de l'espace vital, reliefs géographiques à l'appui, la tradition française souligne la fluidité de ceux-ci.

La conception de Paul Vidal de LA BLACHE est tellement prégnante dans la société française que cela retarde la prise en compte en France de la géopolitique proprement dite, telle qu'elle se développe en Allemagne, en Grande Bretagne et aux Etats-unis. C'est surtout une cartographie de détail que son oeuvre favorise, et d'ailleurs le Service géographique des armées fait appel à lui pour préparer l'action de géographes comme Emmanuel de  MARTONNE à la future Conférence de paix qui doit dessiner la nouvelle carte de l'Europe politique.

 

            Aymeric CHAUPRADE et François THUAL soulignent une autre tradition "issue de la géographie française, la propension à la micro-géographie, la tendance à définir des unités minimales géographiques, la région, le pays, une petite patrie aux horizons multiformes, où le paysage monotone encadre en tous ses recoins des oeuvres humaines similaires". Ces sortes de cellules de civilisation, que Paul Vidal de LA BLACHE appelle les "genres de vie". Cette conception apparait bien dans une contribution publiée en 1902 dans la revue Annales de géographie. Dans Les conditions géographiques des faits sociaux, l'auteur cite différents climats, différentes végétations, en Europe ou en Asie qui influent sur la forme des sociétés qui y vivent. Si le lien est plus délicat à saisir dans les sociétés industrialisées d'Europe, il insiste sur les formes prises par des sociétés rurales fortement dépendantes des conditions du relief.

Un des reproches qui lui est d'ailleurs fait est d'éviter souvent de discuter des effets de l'industrialisation sur les sociétés humaines, ayant tendance à mettre surtout en valeur les permanences des paysages qui forgent jusqu'aux caractères des habitants, qui fixent les styles de vie, plutôt que les bouleversements opérés par l'activité intense des hommes sur précisément ces paysages.

Selon les deux auteurs du Dictionnaire de géopolitique, "cette tendance atomistique que l'on retrouvera chez certains refondateurs, Yves LACOSTE en particulier, tend à surestimer la réalité géopolitique des régions au détriment des nations et des espaces plus vastes - ces derniers intéressant au contraire les Geoplitiker allemands." Il est frappant de constater toujours selon eux que, "tandis que les écoles de géopolitique allemande et américaine souligneront l'essor des panismes (...) voués à étirer l'espace - conception continentale, voire impériale -, les géographes français de la première moitié du XXème siècle, si républicains furent-ils, construisirent une géopolitique des féodalités ; à cet égard, la centralité du concept d'aménagement de l'espace dans la réflexion lacostienne marquera un certain retour à la géographie des "genres de vie" de Vidal de La Blache."

 

      Paul Vidal de LA BLACHE, La terre, géographique physique et économique, Delagrave, 1883 ; Etats et Nations de l'Europe autour de la France, Delagrave, 1889 ; Atlas général Vidal de La Blache, Histoire et Géographie, Armand Colin, 1894 ; Tableau de la géographie de la France, Hachette, 1903 ; La France de l'Est, Armand Colin, 1917. A noter que le site de l'UQAC continue la reproduction électronique des oeuvres du géographe. 

      Sous la direction de Paul CLAVAL et de André-Louis SANGUIN, la Géographie française à l'époque classique (1918-1968), L'Harmattan, 1996. Aymeric CHAUPRADE et François THUAL, Dictionnaire de géopolitique, Ellipses, 1999.

 

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Published by GIL - dans AUTEURS
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