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13 septembre 2010 1 13 /09 /septembre /2010 09:59

               L'approche constructiviste que l'agrégé de sciences politiques et professeur des Universités à l'université d'Artois veut introduire par ce livre extrêmement documenté se veut une approche alternative à la conception des relations internationales comme rapports de facteurs "matériels" ou comme oppositions/coopérations d'acteurs recherchant de gains économiques. Cette approche donne aux "structures intersubjectives", aux confrontations entre cultures, systèmes de croyances de valeurs ou d'idées une place centrale dans l'explication des relations internationales. L'auteur défend ici une vision de la violence dans le monde sous l'angle de la lutte pour la reconnaissance, de la confirmation d'une identité et d'une image valorisée de soi auprès des autres. Cette vision qui n'est pas seulement une psychologisation des relations internationales a déjà été thématisée dans des travaux philosophiques (Axel HONNETH, né en 1949), sociologiques (Erving GOFFMAN, 1922-1982 et Alessandro PIZZORNO, né en 1924), politiques (Philippe BRAUD, né en 1941) comme par les pionniers en matière de stratégie Alexander WENDT (né en 1958) ou Erik RINGMAR  (né en 1960). 

"Selon notre thèse principale, la probabilité de la violence politique dépend aussi des coûts et des gains symboliques associés à l'option "belliquense". Cette perspective permet de poser de nouvelles questions à l'égard de l'éclosion de la violence. Par exemple, les acteurs recourent-ils aussi à la violence pour défendre ou maintenir une image valorisé de soi ou de leur collectivité? Quel est le rôle des normes et des identités partagées comme inhibition morale (...) à la violence? Quel est le lien entre "dénis de reconnaissance" - des dscriminations multiples et des offenses mais aussi des actes de mépris contre des identités "particulières" (...) - et éclosion de la violence? La violence est-elle une prophétie auto-réalisatrice dans la mesure où les comportements de stigmation sont susceptibles de produire des identités  exclusives qui risquent à leur tour de se muer en agressivité?"

 

                  C'est à ces questions que Thomas LINDERMANN tente de répondre, après avoir notamment exposer les différentes tendances de l'approche constructiviste et développer de manière théorique le thème des relations entre identités, normes et guerres, en examinant les origines symboliques de la Première Guerre mondiale, la problématique identités démocratiques/choix stratégiques avant 1945, la politique de reconnaissance dans les crises marocaines (1905, 1911), dans la crise de juillet 1914, dans la crise de Munich (1938), dans la crise des fusées de Cuba (1962), dans la crise israélo-égyptienne de 1967, dans les crises irakiennes (1990, 2002-2003), dans la crise des relations américano-lybiennes (1986-2003) comme dans la crise yougoslave et du Kosovo (1991-1995, 1999)..., les motifs des guerres américaines dans l'après-guerre froide (Irak, Serbie, Afghanistan...) et les difficultés de l'activité des troupes américaines en Irak après les guerres du Golfe. L'importance de tous ces sujets, traités en autant de chapitres relativement courts fait que le lecteur peut se faire juste une première idée de l'apport constructiviste...à moins que cet apport gagnerait véritablement à être étoffé. Car même si beaucoup de remarques apparaissent fort justes, les analyses produites dans ce livre seront loin d'emporter la conviction pour ceux qui restent attachés à des conceptions plus classiques, plus "matérielles" des relations internationales. Peut-être manque t-il bien entendu le recul historique nécessaire pour en juger, mais toutefois cette approche possède le très grand mérite de constituer de véritables tentatives d'outils d'établissements de processus de paix et de démocratisation. L'approche constructiviste entre d'ailleurs dans une tentative de cerner l'enchaînement des crises qui mènent aux guerres,  de percer la logique profonde qui préside souvent à la prise de décision "belliqueuse", et partant, de pouvoir influer sur cette logique, de manière concrète dans ces crises. Comme l'auteur le fait remarquer, l'approche constructiviste, sur laquelle nous reviendrons dans ce blog, a tout à gagner à la multiplication de travaux empiriques qui appuient fortement les divers travaux théoriques qui restent nettement majoritaires dans cette perspective. Thomas LINDEMANN estime que, loin de se substituer aux approches "classiques" - on ne peut méconnaître les fondements structurels, économiques et sociologiques des conflits - l'approche constructiviste peut montrer, parce que les "forces matérielles" parlent rarement d'elles-mêmes, que les systèmes de croyance influent sur la traduction dans les décisions de ces fondements structurels, dans un sens ou dans un autre. 

 

       Thomas LINDEMANN, Penser la guerre, L'apport constructiviste, L'Harmattan, collection Logiques Politiques, 2008, 230 pages.

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