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2 mai 2014 5 02 /05 /mai /2014 12:33

  Sous titrée Tirage au sort et politique d'Athènes à nos jours, ce qui précise déjà le propos, la Petite histoire... que le chercheur au CRESSPA et codirecteur du département de sciencepolitique de l'Université Paris VIII présente s'inscrit dans une recherche très actuelle sur la démocratie. A l"heure où s'étiole peu à peu la démocratie représentative et où se trouve éloignée les perspectives d'une démocratie populaire, au vu de l'évolution globale des forces politiques dans le monde, Yves SINTOMER s'inscrit dans tout un courant novateur de la pensée actuelle, qui recherche les voies d'un renouvellement de la démocratie. Le tirage au sort a déjà une longue histoire politique, de l'Athènes de PÉRICLÈS à la Colombie britannique de 2010, en passant par l'usage de la Florence du XVe siècle. Malgré le dénigrement qu'endure les propositions de jurys citoyens tirés au sort pour une "surveillance populaire" (très précisément la proposition de Ségolène ROYAL en 2006) ou le tirage au sort en général lorsqu'il est évoqué, souvent théoriquement, l'auteur étudie une procédure et une pratique politiques que sans doute beaucoup considèrent comme dénuées de valeur. 

 

   Pourtant comme l'écrit l'auteur dans son Introduction, "l'actuel déficit de légimité qui frappe la représentation politique impose de revenir aux sources de l'éxpérience démocratique et d'analyser avec précision les dynamiques contemporaines les plus prometteuses (l'auteur rappelle les exemple de la Colombie Britannique, de l'Ontario, de l'Islande...). Celles-ci ont-elles quelque chose à voir avec les pratiques anciennes, comme celles de la République de Florence de la Première Renaissance? Pour en juger, il convient de se débarrasser des routines qui paralysent trop souvent la réflexion intellectuelle et l'action politique. Il faut s'interroger sans préjugés : l'idée de réintroduire le tirage au sort en politique constitue-t-elle une voie prometteuse pour les démocraties contemporaines, en particulier pour composer des jurys évaluant l'action des élus et pour trancher sur des questions controversées de politique publique? De telles instances participatives pourraient-elles constituer une source de démocratisation, un point d'appui pour une opinion publique plus éclairée et pour une action publique plus responsable - bref, pour une dynamique qui irait à rebours du "populisme" et de la "démocratie d'opinion"? Quels en seraient les conditions? Quels seraient les défis à affronter?" C'est à ces questions que l'auteur tente de répondre, en effectuant un parcours historique et une analyse théorique du tirage au sort.

 

    Constatant pendant ce parcours que l'instauration du tirage au sort se généralise dans le monde judiciaire (en France pour les jurys d'Assise par exemple) alors qu'il est abandonné ailleurs, et vu la floraison d'expériences récentes (dans la deuxième moitié du XXe siècle et dans le XXie commençant), Yves SINTOMER, après s'être demander comment dans ces pratiques, "on domestique le hasard", analyse ensuite les logiques mêmes du tirage au sort. Il reprend partiellement, dans une Postface, les démarches de Marc BLOCH (lLes Rois thomaturges, Gallimard, 1983), Aby WARBURG (Essais florentins, Klincksieck, 1990) et de Carlo GINZBURG (Le Sabbat des sorcières, Gallimard, 1992), "tout en ayant conscience des apories d'une approche philosophique purement spéculative qui ne tiendrait pas compte des contextes socio-historiques ou de la variation des techniques. Il demande d'ailleurs de ne "pas jeter aux orties les explications les plus abstraites", comme celles de Jacques RANCIÈRE (La Haine de la démocratie, La Fabrique, 2005). "Formellement, le propre du tirage au sort, quels que soient les domaines dans lesquels on y a recours et quelles que soient les logiques en fonction desquelles on l'utilise, est de mettre sur un pied d'égalité les personnes (ou les solutions) entre lesquelles on procès à un choix aléatoire. Procéder à un tirage au sort au sein d'un groupe de personnes (qui peut être fort restreint) pour désigner un porte-parole ou un dirigeant, c'est accepter qu'aucune des personnes ne peut prétendre pouvoir a priori représenter ou gouverner le groupe plus légitimement que les autres".

Tout au long de cet ouvrage, nous pouvons constater le nombre assez important d'expériences, comme de commentaires des auteurs les plus divers et les plus connus sur ce sujet. 

 

    Même si au bout de l'ouvrage, le lecteur n'est pas convaincu, toujours a-t-il le loisir de comprendre comment dans l'histoire cette procédure a été utilisée. Cela permet de dépasser le cadre de polémiques où pointent toujours une certaine méfiance envers les non professionnels de la politique, qui serait devenue un domaine où seuls des experts peuvent décider dans des situations devenues de plus en plus complexes, ou souvent pésentées comme telles. Toujours est-il qu'expérimenter des formes de démocratie devient urgent au vu de la déliquescence accélérée de la démocratie de type parlementaire et de l'extension de pratiques comme de la valorisation de théories de plus en plus ouvertement anti-démocratiques. 

 

Yves SINTOMER, Petite histoire de l'expérimentation démocratique. Tirage au sort et politique d'Athènes à nos jours, La Découverte/Poche, 2013, 290 pages.

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