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12 janvier 2013 6 12 /01 /janvier /2013 10:00

        Des groupes se constituent à partir du XIe siècle, en dehors du confucianisme officiel, surtout dans le Guanzhong, autour de ZHANG ZAI  et à Luoyang autour des frères CHENG. Rappelons que les informations que nous possédons concernent beaucoup les grands centres, et qu'à part les lieux de monastères ou d'anciens monastères, il est parfois difficile de mesurer l'impact de l'émergence ou du déclin d'un courant ou d'un autre. A part l'Empire qui possède des relais un peu partout et qui les utilise pour diffuser l'orthodoxie, avec de nombreux conflits à la clé d'ailleurs, entre rivaux naviguant dans la même "catégorie" de mandarins ou d'administrateurs, il n'existe sans doute pas de grands mouvements qui entraînent l'ensemble de la société chinoise. 

     Ces frères CHENG et ZHANG ZAI se réclament de l'"étude du Dao" (daoxue). Cette étude s'affirme par une volonté de retrouver l'accès libre et direct au Dao dont les principes sont implantés dans l'esprit lui-même, par opposition avec la connaissance du Dao reçue par l'intermédiaire de la tradition culturelle telle que la défend SU SHI. Dans la mutation des valeurs qui s'opère entre la fin du XIe siècle et celle du XIIIe, les lettrés abandonnent progressivement la perspective littéraire et historique héritée de la culture traditionnelle au profit de préoccupations principalement éthiques et philosophiques. Le daoxue est une aspiration à retrouver, par-delà le confucianisme exégétique des Han et des Tang le souffle originel de l'enseignement de CONFUCIUS, celui que l'on sent passer dans les Entretiens. Le projet moral d'une telle tendance trouve son prolongement au plan politique. CHENG YI est l'un des maîtres confucéens des Song à avoir pris le plus au sérieux l'idée mencienne de l'autorité du sage sur le prince. 

      Ces tendances sont bouleversées par l'avènement de la dynastie mongole des Yuan (1264-1368). Les lettrés se replient géographiquement vers le Sud et idéologiquement sur la quête individuelle de sainteté, comme LIU YIN (1249-1293). D'autres acceptent de servir la dynastie mongole, comme XU HENG (1209-1281) qui contribue à imposer la ligne de ZHU XI au détriment de celle de LU XIANGSHAN. Au XIIe siècle, le daoxue est représenté par une communauté active, regroupée autour de maîtres comme ZHU XI au Fujan, LÜ ZUQIAN au Zhejiang, LU XIANGSHAN au Jiangxi ou ZHANG SHI (1133-1180) au Hunan. D'une association assez lâche de penseurs individuels avec des idées très divergentes, on passe peut à peu à une école de pensée qui finit par être reconnue comme orthodoxie d'Etat au milieu du XIIIe siècle et qui le reste jusqu'au début du XXe. Ce phénomène s'accompagne d'une conscience de plus en plus affirmée d'appartenir à une communauté distincte des lettrés-bureaucrates et d'adhérer à un projet commun mis en oeuvre dans des académies où des rituels viennent renforcer le lien entre les adeptes. Inspirées des monastères Chan, des fondations privées ou semi-privées organisent et font rayonner un enseignement moral et philosophique généralement appuyé sur une interprétation des Classiques, que leurs maîtres se chargent eux-mêmes de classer. Le shuyuan, ensemble de bâtiments sur cour comportant une bibliothèque, permet à la fois l'étude et la transmission du Dao. C'est une transmission orale qui se généralise : le maître commente, interprète, énonce tandis que les étudiants notent, compilent et publient....  Ces maîtres à l'enseignement oral forment la plus grande partie du corpus confucéen à partir des Song, à tel point que dans le courant issu de LU XIANGSHAN l'expression écrite est abandonnée. (Anne CHENG).  Ce qui est sans doute une des causes de baisse d'influence de ce dernier, l'écrit restant, la parole diminuant en écho dans l'espace et le temps... 

 

    Concernant la formation de ce "néo-confucianisme", ETIEMBLE, estime, à la suite de Paul DEMIÉVILLE (1894-1979), surtout spécialiste dans le bouddhisme, que nombre d'initiateurs de celui-ci ne condamnent le bouddhisme que pour mieux présenter un confucianisme imprégné de cette métaphysique qu'apparemment ils réprouvent. 

"Précurseur de ce néo-boudhisme, Zhou Dunyi (1017-1073) écrivit un Traité du faîte suprême qui s'ouvre sur une phrase longuement controversée : wu ji er tai ji, mais où il semble bien qu'il faille comprendre que le sans-faîte, wu ji des boudhistes ("l'illimité", "l'infini"), c'est, en fait, er, le faîte suprême, tai ji, où les confucéens voient leur absolu. Bref, les deux absolus censément ennemis ne le seraient point du tout. Ce penseur n'était ni le premier, ni même le second à vouloir réformer le confucianisme. D'autres avant lui venaient de le tenter dans un tout autre sens : Hu Yuan (993-1059) et Sun Fu (992-1057) par exemple, qui condamnent le système des examens tel qu'on le pratiquait alors. Fortifier les frontières, irriguer les terres, nourrir et vêtir le peuple, voilà qui importait infiniment plus que la récitation de formules quasi sacrées. Et foin d'une culture exclusivement littéraire, car elle ne prépare pas à bien gouverner l'Empire!

Sous les Song, certains hommes d'Etat tentèrent d'appliquer ces principes : le Premier ministre Fan Zhongyan (989-1052) notamment, qui décida que les copies des examens seraient anonymes, et donna le pas à l'histoire sur la poésie, à la science politique sur la littérature dans la formation des futurs fonctionnaires. Un peu plus tard, les deux frères Cheng demandèrent qu'on en revînt à la vraie pensée de Confucius et de Mencius et, du même mouvement, qu'on en finît avec la grande propriété, qu'on adoptât le "système du puits", qu'on luttât efficacement contre la misère et la famine. Plus radicale encore la réforme (la révolution, pour mieux dire) préconisée puis commencée par un contemporain de Zhou Dunyi, ce Wang Anshi (1021-1086) sous qui, d'après les chroniques chinoises, "la terre trembla". Il fit notamment rédiger une édition glosée à neuf des "classiques confucéens", qui devint la seule orthodoxie ; mais il se trouva bientôt en butte aux attaques de ceux des confucéens pour qui la "bienveillance" l'emporte sur la "justice" et qui n'acceptaient pas les moyens énergiques, c'est-à-dire peu vertueux, dont le ministre entendait se servir pour réaliser des réformes que l'on qualifie parfois de "socialistes" et que le régime du président Mao présentait en effet comme la première étape vers la justice sociale. Il dut céder le pouvoir.

Dès lors, au lieu de se rappeler constamment que "partage, distribution, voilà les fleurs de l'humanisme", les néo-confucéens de la dynastie Song, échaudés par cet échec de l'action politique, se replient vers la métaphysique. C'est le temps de Zhu Xi (1130-1200), dont les éditions et les commentaires des "classiques" remplaceront, dès 1313 et jusqu'au XXe siècle, dans tous les concours officiels, les gloses de Wang Anshi ; Zhu Xi qui mit au point un nouveau corpus de classiques (...).

Il ouvre dans le confucianisme une voie si neuve que bien habile qui saurait y reconnaître la pensée des pères fondateurs, et si peu orthodoxe qu'elle aboutira tout naturellement à l'attitude de Wang Shouren (1472-1529), plus connu sous le nom que lui donnèrent ses étudiants, Wang Yangming. A force de persévérer dans la direction suggérée par Zhu Xi, il obtient l'illumination et sut que ge wu, "scruter les êtres", revient à "s'analyser soi-même", chacun de nous étant à la fois sujet et l'objet de la connaissance intuitive (...). Nous voilà loin du pragmatisme de Confucius, ou des tentations rationalisantes et matérialistes élaborées par certains de ses disciples. (...).

Sous l'influence du bouddhisme, la leçon de choses que constituait l'enseignement de Confucius évoluait en recherche de l'absolu."

 

ETIEMBLE, Confucius et le confucianisme, Encyclopedia Universalis, 2004 ; Anne CHENG, Histoire de la pensée chinoise, Seuil, 2002.

 

PHILIUS

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