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8 mai 2014 4 08 /05 /mai /2014 10:25

   Les contours de la philosophie politique qui domine en Chine surtout à partir de 1949, se dessinent autour de 1927-1935, du moment où le parti communiste subit la répression du Guomintang au moment où il termine d'explorer une voie chinoise marxiste de la révolution. Le regard rétrospectif sur le maoisme, très loin de toute la propagande qui a longtemps envahi et troublé toute possibilité d'analyse un peu objective, surtout sur l'époque où, vainqueur, il livre ses pleines capacités à partir de 1949, le fait apparaitre plus comme une pratique que comme une doctrine.

 

      Lucien BIANCO, rejoignant là Benjamin SCHWARTZ (en 1967) (Chinese Communism and the Rise of Mao, Cambridge, Massachusets, Harward University Press, 1951), estime que MAO ZEDONG se soucie bien plus de stratégie, de conquête du pouvoir, dans la ligne d'ailleurs de LÉNINE recommandant de constituer un parti fortement organisé et discipliné, que de théorie ou d'orthodoxie. Il semble n'avoir qu'un souci, donner un déguisement orthodoxe à une pratique qui ne l'est pas. "La République soviétique qu'il préside (dans les années 1930) se définit elle-même comme une "dictature démocratique du prolétariat et de la paysannerie". Son armée est l'Armée Rouge "des ouvriers et paysans". Dans la législation de cette dictature démocratique, peu de lois sont aussi élaborées, aucune ne sont mieux mises en évidence que les lois du travail, qui instituent la journée de huit heures pour un prolétariat inexistant. La nouveauté est dans les faits, non dans les professions de foi : au second Congrès des soviets (janvier 1934) sur 821 délégués, on compte huit ouvriers des villes... 

Il n'était pas nécessaire que l'inventeur de la stratégie paysanne fût un profond penseur. Et de fait, Mao n'en est pas un. Il deviendra plus tard un médiocre théoricien. A l'heure où il découvre, puis applique la stratégie paysanne, Mao ne se risque pas encore - ou ne le fait que de façon exceptionnelle - dans le domaine de l'abstraction. Il s'y aventurera une fois que les succès de son action auront accru sa confiance en soi. Ce qui est symptomatique."

 

Plus tard, l'auteur, en 2007, ne renie pas cette analyse. Il apparait bien que dans une période qui s'échelonne entre 1935 et 1949, la société chinoise connaisse une révolution nationaliste contre les nationalistes (de Chiang KAI-CHEK). Il ne s'agit pas d'un nationalisme de masse mais ce nationalisme touche la quasi totalité de l'élite intellectuelle. Aucune des deux motivations (patriotique ou sociale) n'est décisive dans l'ensemble de la population, et on a affaire de 1900 à nos jours avant tout au nationalisme d'une élite et non, contrairement à l'opnion de Chalmers JOHNSON, à un nationalisme de masse. Les nationalismes de tout bord ont de toute façon adopté l'outil léniniste, en temps de paix (relative) comme en temps de guerre : les mesures sociales qu'ils appliquent visent d'abord à la conquête du pouvoir. "Mais en même temps, les communistes chinois ont intériorisé le credo marxiste et croient sincèrement à l'originalité et à la justesse de leur position : ils méritent de l'emporter, l'Histoire et la Justice sont de leur côté." C'est un mélange de contraintes et de mesures sociales (notamment agraires), qui au niveau local, pousse le peuple des paysans à "adhérer" au nouveau pouvoir. L'édification d'un mini-Etat stalinien dans les années 1930 sert de prototype à l'Etat d'après la victoire, et cela est rendu possible par la construction progressive d'un Parti fortement hiérarchisé et discipliné, dont la discipline et la hiérarchie sont fortifiées d'ailleurs par les circonstances de la guerre civile, puis nationale. 

"Après 1949, nombre de paysans ont sans doute plus d'une fois regretté (le) statu quo, rétrospectivement idéalisé : à leur habitude, ils ont projeté l'âge d'or dans le passé. Ce n'est certes pas le cas au début, à l'heure où la réforme agraire distribuait à trois cent millions de paysans les terres confisquées aux propriétaire fonciers et aux paysans riches. Pour beaucoup, c'est en cela qu'a consisté la révolution (fanshen) : l'acquisition d'un lopin, si minime fût-il, qui leur permettait de vivoter avec leur famille. Ils ont en revanche eu le sentiment que les communistes leur reprenaient d'une main ce qu'ls leur avaient donné de l'autre lorsque, dès 1953, ils ont été contraints à vendre leur grain à l'Etat au bas prix fixé par ce dernier, puis dès l'année suivante à se regrouper au sein de coopératives de production, prélude à la collectivisation." Moyen de financer l'accumulation primitive par l'agriculture, afin d'industrialiser le pays, cette collectivisation a maintenu une majorité des paysans durant un quart de siècles (1953-1978) dans un niveau de vie parfois inférieur à celui de 1933. "L'immense réservoir de mécontentement que les communistes ont mobilisé pour abattre l'ancien régime s'est transformé en immense réservoir de force de travail, exploitée sans merci afin de "construire le pays". Pendant toute cette période, n'importe quel villageois qui réussit à se faire embaucher comme manoeuvre dans une usine (...) devient automatiquement un privilégié par rapport au 95% des travailleurs de la terre. (...) Mais l'exploit devient de plus en plus malaisé : à partir de 1958, l'assignation à résidence (naissance à la campagne implique existence entière à la campagne) bloque l'exode rural." Depuis un bon quart de siècle, estime Lucien BIANCO, "le régime n'est plus à proprement parler révolutionnaire." "Les Chinois ont baptisé "réforme" ce qu'ils ont entrepris vers 1980, mais on ne peut réformer une révolution, surtout pas un régime communiste. Ils se sont en tout cas délestés des idéaux révolutionnaires, à commencer par l'égalitarisme, plus ou moins respecté avant l'ère de la réforme - à l'intérieur de chaque univers, rurale et urbain, s'entend."

L'auteur résume l'évolution socio-économique de la Chine, avant d'aborder la réalité du maoisme, car cette situation est malheureusement très mal connue en Occident, et le serait encore plus s'il n'y avait pas eu à la fois la Grande Famine (début des années 1960) et la Révolution Culturelle (fin des années 1960). Si la situation s'est améliorée tant au niveau rural qu'au niveau urbain, se sont reconstitués dans les deux "univers" des inégalités très fortes, notamment depuis la seconde moitié des années 1980. 

"Mao n'a pas été infidèle au communisme, il s'est même acharné à entretenir la flamme. Il a pris au sérieux l'idéologie de substitution véhiculée par la variété de nationalistes qui l'a emporté sur les autres. Au lieu de perpétuer l'équivoque initiale (un projet foncièrement nationaliste, devenu - de façon officielle, mais accessoire - communiste), Mao exalte l'avatar communiste et aggrave le malentendu." Il lie constamment et avec persévérance, sans doute avec une certaine méconnaissance de la réalité du pays (provoquée par le système à l'intérieur du Parti, de valorisation des résultats et des rapports du haut en bas de la hiérarchie, cette fameuse culture du résultat...), collectivisation, égalité sociale, lutte des classes et développement économique industriel. L'affranchissement du modèle soviétique n'est que partiel : l'industrie lourde souvent est privilégiée. La description que fait notre auteur du maoisme est tout sauf une logique théorique qui mène à une pratique ferme. Mélange d'idéologie, de critique sociale (et contre la bureaucratie toujours forte, d'initiatives souvent guidées plus par des considérations tactiques d'appareil que de persévérance dans les orientations économiques.) Et cela dans une lutte contre une restauration rampante du capitalisme. "Après Lénine, Trotski. Soucieux de ne pas reprendre à son compte l'expression de "révolution permanente", entachée de trotkisme, Mao forge un substitut, "révolution ininterrompue" (buduan geming) qui revient presque au même. Avec une différence fondamentale : la révolution permanente selon Trotski était offensive et conquérante, la révolution ininterrompue de Mao est défensive et inquiète.

 

  Après avoir donné un "coup de projecteur" sur la période 1935-1937, Alain LIPIETZ, gardant la même prudence, évoque celle ouverte en 1956, avec la rupture par rapport au modèle stalinien. "1956 : les coopératives rurales, les expropriations (avec indemnités) des capitalistes se généralisent en une immense vague. 1957 : pour Mao, la Révolution socialiste est faite. Et saluant l'envol du Spoutnik, il déclare : "A présent le Vent d'Est l'emporte sur le Vent d'Ouest". Quinze ans plus tard, ces deux verdicts seront renversés : "Ce n'est pas très différent de l'ancienne société chinoise ; seule la forme de la propriété a changé" ; "Le Spoutnik s'est envolé et le drapeau rouge est tombé" (Tchang Tchouen-Kiao).

   En fait, il faudra une longue incubation (de 1958 à 1965), des frictions, des déboires et des échecs pour que Mao se convainque peu à peu de l'erreur que représentait la version stalinienne de la "base économique du socialisme" : déprivatisation + industrialisation. Alors que les trotkistes, tout en critiquant la superstructure, en approuvaient la base, Mao se livre à une critique serrée du modèle stalinien (voir le recueil : Mao, la construction du socialisme, Seuil). Il voit bien que derrière l'enveloppe juridique ce sont les rapports bourgeois qui se développent. Car le socialisme n'est pas un mode de production, mais une trajectoire contradictoire où s'affrontent "le communisme naissant et le capitalisme agonisant". Dès lors, le retour en arrière, la restauration du capitalisme, est toujours possible. Tout dépend de la nature du procès de développement : permet-il l'appropriation collective par les masses de leur travail individuel et social (au niveau de la division du travail dans l'atelier comme un niveau de toute une région) ou en confère t-il la maitrise à un corps de spécialistes de plus en plus coupés des masses? Dans ce dernier cas, les rapports marchands s'étendent, les cadres du parti et des entreprises se comportent tendancieusement en bureaucrates, puis en exploiteurs purs et simples, ne sont plus que des fonctionnaires gérant l'accumulation d'un capital anonyme : donc tout simplement les bourgeois, "une bourgeoisie au sein du parti".

   En fait, si Mao est proche de cette conclusion dès 1964, ce n'est que dix ans après que lui-même et les théoriciens du "groupe de Shanghai", Weng Hong-wen, Yao Wen-Yuan (La base sociale de Lin Piao) et surtout Tchang Tchouen-kiao (De la dictature intégrale sur la bourgeoisie) la formuleront en ces termes. Cette fois encore, la théorie n'aurait pu mûrir qu'après un immense mouvement social : la Grande Révolution culturelle prolétairienne."

   Eclairage sur la lutte idéologique en 1966 où "la Chine est totalement dominée par ces "vétérans" qui ont dirigé la révolution nationale au nom d'une idée du socialisme peu différente de l'accumulation capitaliste. La bourgeoisie apparemment dépossédée dispose de "villages fortifiés" où se reproduit son idéologie, dans l'imitation servile des modèles occidentaux : l'appareil scolaire. Très vite les luttes d'influence au sein du parti se localisent sur cet enjeu. Le mouvement étudiant, d'abord canalisé, déborde de son lit et se transforme en une immense révolte contre l'autoritarisme et l'académisme. Dès lors, il touche la question du pouvoir, celui de l'Etat et du parti. Alors, chose inouïe, on voit un président du parti appeler les masses à se révolter contre le parti, à faire "feu sur le quartier général", à créer de nouveux organes de pouvoir du "type de la Commune de Paris". Les ouvriers de Shanghai entendent ces appel en 1967. La Chine entre dans la plus incroyable des guerres civile, politique, idéologique, culturelle et même militaire, dont le bilan et même l'histoire sont à peine esquissés".

     Le "brouillard" qui entoure en Occident la teneur des luttes philosophico-politiques ne tient pas seulement à une censure ou une auto-censure idéologiques, mais aussi aux multiples débats qui interviennent en même temps et que les observateurs sur place n'ont pas vraiment les outils pour les analyser, se livrant souvent à une description, parfois superficielle et localisée des événements. En tout cas, un grand désordre semble s'installer, fait de surgissements, parfois violents, de conflits longtemps étouffés. Il ne faut pas oublier non plus l'impact de la Grande Famine, qui oblige à la révision de bien des dogmes et de pratiques...

  Guerre inextricable, poursuit Alain LIPIETZ, "et Mao en voit bien les raisons : "Dans le passé, nous avons livré bataille au nord comme au sud. Cette guerre-là était facile. Car l'ennemi était apparent. La Grande Révolution culturelle prolétarienne en cours est beaucoup plus difficile... La question, c'est que les cas qui relèvent d'erreurs idéologiques et ceux qui relèvent de contradictions entre l'ennemi et nous se trouvent confondus et que, pendant un temps, on ne parvient pas à y voir clair." " 

Incapable de maitriser cette révolution contre le parti à l'appel du parti, Mao fait appel à l'armée, dont le chef Lin Piao transforme la révolution en vaste "autocritique" de la société civile par elle-même, et au nom du refus des lois et de la ferveur révolutionnaires établit un régime "fasciste-féodal" que dénoncera, au Xe Congrès (1973), une coalition de modernistes progressistes (Chou En-laï) et de radicaux modérés (le groupe de Shanghai). Ces derniers, privés de l'appui du mouvement de masses, et incapables de trouver des réponses à la grande question qu'ils avaient eux-mêmes posée (comment développer la Chine sans développer en même temps les rapports sociaux de type capitaliste?) tomberont à la mort de Mao. Mais les "nouvelles classes socialistes" qui se sont développées durant cette décennie, de la commune de Tachai à l'usine de machine-outils de Shanghai, de la liaison entre l'école et la vie à la médecine "aux pieds nus" qui figura comme image de marque de la voie chinoise, et qui est aujourd'hui décriée tant par les revanchards de la Restauration chinoise que par les intellectuels européens déçus dans leurs rêves, tout cela reste l'expérience la plus avancée de dictature du prolétariat depuis la Commune de Paris."

   Il va sans dire que la présentation précédente, toute prudente et manquant sans doute d'assises documentaires, ainsi que la dénomination des protagonistes par eux-mêmes ou par leurs adversaires (parfois plus politiques qu'idéologiques), et même du régime de Lin Piao, demandent confirmation.

Avec Mao "s'évanouit le rêve d'une "Après-Révolution", période d'édification tranquille du socialisme. "Faudra-t-il encore faire la révolution dans cent ans? Dans mille ans? Il faudra toujours faire la révolution". Car ce qui est uni à chaque étape se révèle toujours contradictoire : "Un se divise en deux". Les "démocrates nouveaux" se divisent en nouveaux bourgeois et masses exploitées. Mais "où il y a oppression, il y a résistance" ; "On a raison de se révolter". 

Etonnante vision du monde, qui place au coeur de la réalité matérielle elle-même la contradiction comme textures des choses, comme moteur du mouvement, comme justification des révoltes et de l'appel du nouveau, comme garantie de la croissance des forces novatrices, de l'inéluctabilité de leurs échecs relatifs, et de leur victoire finale, étape elle-même pour de nouvaux combats. Comparant l'histoire au "Yang-Tsé qui roule sans fin ses eaux bouillonantes", Mao renoue avec l'intuition matérialiste dialectique d'un Héraclite, mais il l'érige en politique, en un mélange étonnant de pessimisme de la raison ("Après ma mort, quand la droite aura repris le pouvoir...") et d'optimisme de la volonté : "Rien d'impossible au sein de l'Univers, pourvu qu'on ose escalader les cimes".

        Alain LIPIETZ prend acte de cette pensée aussi contradictoire que recouvre le terme maoisme, au point qu'on peut se demander s'il existe, ailleurs que dans la propagande officielle ou militante qui, "peut conduire à n'importe quoi, et sait qu'elle le peut : elle n'existe qu'à coups de rectifications successives. De fait, le "maoisme réel" ne fait guère honneur à la pensée de Mao." 

La théorie de la révolution par étapes (élément d'un héritage réel...), continue-t-il "est appliquée à tort et à travers par des groupes "ML" parfois effectivement liés aux masses, du Portugal à l'Amérique Latine, mais qui ne tiennent pas compte des profondes transformations de l'impérialisme depuis cinquante ans, et de l'internationalisation directe des rapports de productions capitalistes eux-mêmes : d'où une sous-estimation du caractère prolétarien de la révolution dans les pays certes dominés mais industrialisés. Quant à la théorie du Front uni, Deng Xiaoping en a avancé du vivant même de Mao la plus hideuse caricature : le "Front uni contre les deux superpuissances", en fait contre la seule URSS, camoufle sous la notion d'ennemi principal un opportunisme sans rivage. Si, par ailleurs, Mao a eu le mérite (par rapport aux critiques trotskiste ou tultra-gauche) de rechercher les voies d'une rupture pratique avec le modèle stalinien, cette rupture reste largement implicite. Elle n'a pas su apporter de réponses autres que ponctuelles sur la voie non étatique et non productiviste au socialisme (ce qui est bien excusable!), mais, pire, elle a reculé devant ses propres implications : "le désordre sur la terre engendre l'ordre sur la terre, au bout de sept ou huit ans ça recommence". Le retour en arrière précipité, après l'audace de la commune de Shanghai, a retourné en son contraire la radicalité des thèses maoistes. De l'idée que "la lutte des classes continue au sein du parti" on est passé à celle que la lutte ne se mène qu'au sein du parti. L'idée qu'un se divise en deux, que chacun est "à la fois la flèche et la cible de la révolution", l'injonction d'oser se révolter, en déstabilisant tous les repères, a permis aussi bien à Lin Biao qu'à certains de ses émules français, chefs de groupuscules, d'imposer à leur base la pire des dictatures (Alain LIPIETZ recommande là la lecture de C BROYELLE, La moitié du ciel, Denoel, 1973 et de A Glucksmann, Les maitres penseurs, Grasset, 1977). 

Destin du maoisme, termine t-il, "dans la logique même du maoisme : "Ce qui se dresse haut est facile à briser, ce qui brille avec éclat est facile à souiller. Il devient de plus en plus rare qu'on ressemble à la neige blanche du printemps; il est difficile d'agir en accrod avec le fardeau d'un nom célèbre (...). Plus on porte quelqu'un aux nues, plus dure est la chute. Je m'attends à me romptre les os en tombant. Quelle importante cela aurait-il d'ailleurs, il n'est pas possible d'anéantir la matière, elle ne sera que fracassée" (Lettre à Chiang Ching, juillet 1966)."  

 

    Bien évidemment, avec la lecture d'une telle présentation, la faim d'informations et d'analyses sur le maoisme vécu de l'intérieur - les débats intellectuels eux-mêmes - devient... dévorante. Aussi Alain LIPIETZ incite t-il lui-même à découvrir le "maoisme classique" à travers surtout les 4 tomes d'Oeuvres choisies de Mao Zedong qui couvrent la période 1927-1949.

Pour le reste, se méfier beaucoup et glaner des écrits d'inédits découverts par hasard. Lui-même signale là plusieurs textes:

- Ho Chi-hsi, Mao Tsé-toung, la révolution et la question sexuelle, dans Tel Quel, n°59, 1974.

- Une bibliographie dans Les cahiers de l'Herne n°42 peut ouvrir des perspectives...

Pour ce qui est de la période entre le Grand Bond en avant et la mort de Mao, donc sur la révolution culturelle, il n'y a pas de textes officiels, donc pas de présentation du maoisme en tant que "pensée". Le choix des textes est alors de l'ordre de la... bataille idéologique et politicienne...  Toutefois, à partir des recueils des Gardes Rouges et d'autres sources (abondantes en chinois et en anglais), une traduction française a été entreprises : 

- Textes 1949-1958, aux Editions du Cerf, 1975 ;

- Le Grand Bond en avant (1958-1959) et Les trois années noires (1959-1962), aux Editions du Sycomore, 1980 ;

- Tome V des Oeuvres choisies (1949-1957) avec un choix "controversé", aux Editions du Cerf.

    Alain LIPIETZ indique aussi que deux types de littérature sont inspirées par l'oeuvre de Mao :

- un courant scientifique, universitaire, surtout développé dans les pays anglo-saxons. Voir S R SCHRAM, the political thougt of Mao Tse-toung, Penguin, 1969 ;

- en France et en Italie, la littérature maoiste se confond avec la mutation du marxisme et les débats politiques et idéologiques des années 1960-1970. L'oeuvre de Mao n'est que le prétexte ou le point de départ d'expression de courants spécifiquement français. Mais réciproquement, le maoisme a teinté presque tout le marxisme latin de cette époque. Se dégage de tout cela le livre Pour Marx, de Louis ALTHUSSER (Maspéro, 1965) qui donne au maoisme le statut de philosophie politique majeure. Mais le maoisme est surtout l'étendard d'un anti-stalinisme. Au total, peu d'études critiques sérieuse ont été réalisées, même après les années 1970, le paysage politique ayant changé. Cependant, Alain LIPETZ note que du côté trotskiste existe la critique "éclairée et assez bienveillante" de D AVENAS (Maoisme et communisme, Galilée, 1977) et du côté stalinien, celle de E HOXHA, L'impérialisme et la révolution (Norman Béthune, 1979). 

  On se reférera aussi, pour une compréhension plus documentée (mais encore lacunaire) de l'histoire de cette période maoïste à l'ouvrage de John FAIRBANK et Merle GOLDMAN. Par leur regard distancié, ils mettent bien en relation la liaison parfois chaotique entre l'idéologie en action qu'est le maoisme et l'évolution tumultueuse du pays. 

 

Alain LIPIETZ, Maoisme, dans Dictionnaire critique du marxisme, PUF, 1999. Lucien BIANCO, les origines de la révolution chinoise, 1915-1949, Gallimard, 2007.

 

PHILIUS

 

Revu le 22 février 2016

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