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4 juillet 2012 3 04 /07 /juillet /2012 08:30

          Un des paradoxes des philosophies bouddhistes est de bâtir, dans une littérature immense, des argumentations sur la découverte de la vacuité du réel. A la limite pourrait-on penser que celles-ci indiquent l'inexistence du réel tel que nous le percevons, et qu'il n'y aurait rien à dire sur le réel puisque nous ne le connaissons que faussement, que par conséquent il n'y a rien à en dire, et bien entendu, il faut une somme énorme d'écrits et de paroles pour réfuter tout ce que les autres philosophies en disent...

Par ailleurs, le bouddhisme ou les bouddhismes sont-ils des philosophies ou des religions? Beaucoup de ses pratiquants la considère uniquement comme philosophique seulement, notamment en Occident. Dans d'autres contrées, la question sans doute n'a elle-même pas de sens.Il s'agit avant tout d'une attitude sur la vie et sur les autres et des voies pour parvenir à l'effacement de la souffrance.

 

       Les premiers textes, rédigés ou énoncés par le Bouddha ou ses disciples directs, comportent peu de notions fondamentales et le développement des diverses formes du bouddhisme dans différentes cultures provient entre autres de la nécessité de convaincre des quatre vérités. La confrontation avec d'autres formes de pensée religieuse débouche sur une floraison littéraire interprétative, dont certains éléments s'éloignent notablement des convictions d'origine (tout en s'en défendant...). 

C'est en tout cas ce que veut démontrer un certain nombre d'auteurs, comme Môhan WIJAYARATNA, dans sa présentation de la traduction intégrale de 21 textes du canon bouddhique, autant d'entretiens du Bouddha. Selon les Ecritures canoniques, "le Bouddha est non théiste : dans plusieurs sermons, il rejette la notion de création du monde par Bhramâ, une idée religieuse prédominante (en inde) à l'époque. Les concepts tels que la grâce divine, la Rédemption, etc, sont complètement étrangers à sa doctrine. Puisqu'il parle de la valeur du progrès intérieur, tout en refusant les thèses théistes, son enseignement constitue, d'une certaine façon, un athéisme spirituel. Le Bouddah est non révélationniste : dans ses entretiens, il conteste l'autorité des Vedas, les écriturs sacrées de son époque, et il dénonce le concept même de "révélation". Selon lui, on ne doit pas croire en une idée pour l'unique raison qu'elle se trouve dans un livre "sacré" ou qu'elle fut prononcée par un maître renommé. Ainsi sa doctrine se présente non pas comme une révélation venant d'en haut, mais comme une réalisation et une constatation atteintes par son propre courage, sa ténacité et une connaissance vécue. Le Bouddha est non ritualiste : dans ses entretiens, il rejette la valeur des rituels, notamment dans le domaine du progrès intérieur. Il critique les sacrifices et plus particulièrement les sacrifices d'animaux pratiqués par les brâhmanes. dans son enseignement, il n'y a aucune prière adressée à un dieu petit ou grand ni à un bôdhisatta-divinité. Ainsi, dans le projet qu'il présente, il n'y a pas de prêtres ni d'officiants, ni de sacrificateurs ni d'offrandes, ni de rites purificatoires. Les concepts tels que le sacré, le profane sont exclus de sa doctrine. En revanche, il emploie largement les deux adjectifs : ariya (noble) et anariya (ignoble) : tout ce qui est sublime, irréprochable, correct, notamment les choses conduisant vers la voie de la libération par rapport à dukka (la souffrance, la douleur, le chagrin, le malheur et le mal-être, en tant qu'expérience), est qualifié de noble, tandis que les erreurs, l'indulgence sensuelle, la méchanceté, la cruauté, la malveillance et même les rites, les pénitences et les austérités pratiqués par les ascètes sont qualifiés d'ignobles. Sur le plan de la vie sociale, l'approche du Bouddha est égalitariste : dans plusieurs sermons, il dénonce l'enseignement des brâhmanes sur le système des castes selon lequel seuls les gens des hautes castes sont aptes à atteindre la pureté. Le bouddha présente son objection à deux niveaux : d'une part, il a parlé de l'absurdité de la théorie brâhmanique concernant les castes, et d'autre part, il démontre que les personnes des basses castes peuvent atteindre les divers hautes étapes de la pureté et de la libération et devenir "méritantes" à l'instar des gens des hautes castes. A l'égard des riches et des pauvres, son attitude était la même : les textes canoniques rapportent comme il acceptait de la nourriture donnée non seulement par les maisons riches, mais aussi par les gens pauvres.(...). Le Bouddha rejette toutes sortes d'extrêmes : son enseignement dénonce à la fois l'indulgence sexuelle et les mortifications corporelles. Dans le domaine pratique, sa doctrine condamne donc le mode de vie luxueux des bons vivants ainsi que le mode de vie rude des ascètes pratiquant des austérités. En effet, il propose une vie modeste et humble. Sur le plan doctrinal et philosophique, le Bouddha est également contre les théories extrêmes telles que "rien n'existe" et "tout existe". Ainsi, les spéculations telles que "le monde est bon" ou 'le monde n'est pas bon" son complètement écartées. De même, il rejette d'une part la théorie éternaliste dite "sas-sata-vâda" selon laquelle l'existence de l'être individuel est éternelle et a contrario la théorie nihiliste dite "ucceda-vâda" selon laquelle l'existence de l'être individuel se termine à sa mort. Aussi il rejette à la fois l'extrême idéalisme qui refuse toute valeur à la matière et le matérialisme extrême qui refuse toute valeur au mental. En évitant tous ces extrêmes, pour expliquer le déroulement des expériences et des choses, est présentée une analyse "centriste" par excellence sous le nom de paticca-samuppâda (la coproduction conditionnée). L'enseignement du Bouddha n'est pas une doctrine ésotérique : toutes sortes de théories et de pratiques secrètes dites guhyavâda en sont écartées. Le Bouddha présente une doctrine pleinement ouverte que les textes canoniques peuvent exprimer par ces mots : "Venez voir, regardez", dans laquelle il n'y a aucune zone d'ombre comme des "initiations secrètes", des "mystères" ou encore des "gourous" auxquels les adeptes devraient se soumettre inconditionnellement. Le Bouddha n'a rien caché "dans son poing fermé", mais tout est bien expliqué à travers les termes valables pour tous les êtres humains partout et toujours. Bien entendu, il encourage l'esprit critique et le libre examen avant d'accepter ou de refuser un énoncé ou un conseil."

 

     le Bouddha ne s'intéresse qu'à deux sujets : le problème et la solution. Et le problème, pour lui est la souffrance, son origine et la solution est sa disparition et la voie qui y conduit : les quatre nobles vérités. Ces vérités, répétées tout au long des textes sont :

- la vérité de la souffrance ou de l'insatisfaction inhérente ;

- la vérité de l'origine de la souffrance engendrée par le désir et l'attachement ;

- la vérité de la possibilité de la cessation de la souffrance par le détachement, entre autres ;

- la vérité du bon chemin menant à la cessation de la souffrance, la noble voie médiane du noble sentier octuple.

Cet enseignement, ce Dharma subit, à travers les siècles et les régions, des modifications ou des interprétations multiples, à l'origine de différentes écoles ayant chacune leur propre appareil conceptuel et leur propre conception de l'organisation de la vie de fidèles.

       La vérité de la souffrance est énoncée ainsi : "Voici, ô moines, la noble vérité sur la souffrance : la naissance est souffrance, la vieillesse est souffrance, la maladie est souffrance, la mort est souffrance, être uni à ce que l'on aime pas est souffrance, être séparé de ce que l'on aime est souffrance, ne pas obtenir ce que l'on désire est souffrance. En résumé, les cinq agrégats d'attachement sont souffrance" (traduction de W RAHULA, Dhammacakkapavattanasutta - Samyutta Nikâya). La première vérité est un diagnostic, la constatation que l'existence conditionnée est toute entière dominée ou imprégnée par la souffrance. Même les moments de bonheur sont duhkha parce qu'impermanents. 

Le Bouddha énonce huit types de souffrance qui peuvent se résumer en trois :

- la souffrance de la souffrance, qui contient les souffrances évidentes telles que la souffrance de la naissance, de la vieillesse, de la maladie, de la mort, d'être uni avec ce que l'on aime pas. Elle inclut aussi la souffrance que nous provoquons par nos efforts pour échapper à la douleur ;

- la souffrance du changement : tout phénomène composé est transitoire et cette impermanence est souffrance. On regroupe ainsi la souffrance d'être séparé de ce que l'on aime et celle de ne pas obtenir ce que l'on désire ;

- la souffrance ominiprésente ou souffrance en formation, produite par les états conditionnés et liée aux cinq agrégats d'attachement. C'est la nature profondément insatisfaisante de l'existence conditionnée du samsâra, l'imperfection, le caractère vain des différentes activités qui nous occupent et la frustration fondamentale qui en découle.

        La vérité sur l'origine de la souffrance est énoncée ainsi : "Voici, ô moine, la noble vérité sur l'origine de la souffrance. C'est cette soif qui produit la renaissance. Le re-devenir, qui est liée à une avidité passionnée et qui trouve un nouveau plaisir ici ou là, c'est-à-dire la soif des plaisirs ds sens, celle de l'existence et du devenir et celle de la non-existence (même source). La deuxième vérité est une étiologie de la maladie dont les êtres souffrants sont affectés. Pour éliminer le mal, il faut en connaître l'origine. Bouddha distingue trois principales occasions de souffrance :

- la soif des plaisirs des sens ;

- la soif de l'existence en devenir ;

- la soif d'annihilation ou de non-existence. 

Avec la soif, ce sont toutes les passions issues de l'ignorance qui sont désignées comme les causes de la souffrance. Les passions sont en effet à l'origine de nos actes. Or la souffrance que nous éprouvons ne nous est pas imposée de l'extérieur, par Dieu, les esprits ou autre chose. Ce sont nos propres actions qui sont en cause. En proie aux souillures que sont les passions, les êtres entreprennent des actions physiques ou mentales qui sont la cause de leurs souffrances futures.

        La vérité de la cessation de la souffrance est énoncé ainsi : "Voici, ô moines, la noble vérité sur la cessation de la souffrance. C'est la cessation complète de cette soif, l'abandonner, y renoncer, s'en libérer et s'en détacher" (même source). le remède de la souffrance est donc lié à la cessation de sa cause, la soif. Cessation signifie non-apparition des passions sur la voie et apaisement des phénomènes conditionnés. Le résultat de la cessation est le nirvâna, "l'extinction", traduite en tibétain par "au-delà de la souffrance". En effet, cessation signifie aussi non-apparition de la souffrance en tant que résultat dans l'avenir. Il s'agit donc de l'atteinte d'un état définitif, au-delà de ce que l'on peut imaginer par les spéculations mentales. 

         La vérité de la voie s'énonce ainsi : "Voici, ô moines, la noble vérité sur la voie qui mène à la cessation de la souffrance. C'est la noble voie octuple, c'est-à-dire la vue juste, la pensée juste, la parole juste, l'action juste, le moyen d'existence juste, l'effort juste, l'attention juste, le recueillement juste" (même source). Il s'agit du remède à appliquer pour éradiquer la souffrance : c'est la vérité au moyen de laquelle on comprend la souffrance, on abandonne son origine, on atteint sa cessation et on progresse sur la voie. Les huit branches de la noble voie octuple doivent être pratiquées simultanément. Elles permettent d'appliquer et de développer les trois entraînements le long de la voie. Ces trois entraînements sont :

- la conduite éthique qui regroupe la parole juste (ne pas mentir, ne pas médire, ne pas parler durement ou injurier, éviter les bavardages futile), l'action juste (ne pas tuer, ne pas voler, observer une éthique en matière de sexualité, aider autrui à mener une vie juste), les moyens d'existence justes (ne pas vivre d'une profession nuisible à autrui comme le commerce d'armes, la mise à mort d'animaux, l'escroquerie, etc.)

- le recueillement méditatif, qui regroupe l'effort juste (se garder de l'émergence de nouvelles passions malsaines, se débarrasser des habitudes mentales malsaines habituelles, engendrer des états mentaux bons et sains, développer ceux qui sont déjà présents), l'attention juste (attention au corps, aux sensations, aux activités de l'esprit, aux pensées et concepts), la concentration juste (au moyen de la respiration par exemple)

- la connaissance supérieure, qui réunit la pensée juste (renoncement, absence d'égoïsme, amour pour tous les êtres et non-violence) et la compréhension juste (compréhension des quatre nobles vérités).

Ces huit branches de la pratiques sont développés au cours de la progression sur la voie jusqu'à l'atteinte de la libération (Philippe CORNU).

 

    Les quatre Sceaux du Dharma permettent de reconnaitre si une théorie ou une doctrine peuvent être qualifiés de bouddhistes. Il s'agit de quatre affirmations (les trois premières sont tirés du Dhammapada, la dernière est propre au Mahayana) :

- Tous les phénomènes composés sont impermanents : anitya. Tous les phénomènes composés ou conditionnés sont le produit momentané de causes et de conditions. Les conditions se modifiant à chaque instant, il en résulte que tout ce qui naît doit aussi mourir ou se détruire. A l'instant même de sa naissance, tout phénomène composé va vers sa destruction. Pourquoi cela? Parce qe , son existence même dépendants d'autres facteurs, ilne peut se maintenir en lui-même et est donc nécessairement impermanent.

- Tous les phénomènes (composés ou non) sont sans substance : anâtman. Tout ce qui est corrompu (dans le sens de conditionné) est souffrance. Toute l'existence des être plongés dans le samsâra est dite conditionnée parce qu'il résulte de l'ingonrance, des passions et du karman. tant que les êtres sont ainsi sous l'emprise de l'illusion qui leur voile leur véritable nature, ils ne peuvent qu'errer de vie en vie, éprouvant frustration et souffrance.

- Tous les phénomènes composés sont souffrance : duhkha. Tous les phénomènes sont dépourvus de soi. Ni indépendants ni autonomes, les phénomènes composés n'existent qu'en dépendance les unes des autres. Quand on recherche l'essence, on découvre qu'ils ne sont que la réunion temporaire de composants interdépendants.

- le nirvâna est paix. La voie tracée par le Bouddha mène à la libération, c'est-à-dire à l'extinction ou cessation définitive des maux de l'existence conditionnée et de leurs causes, donc à la grande paix, l'Eveil incomposé. (Philippe CORNU)

   Il ne s'agit pas de dogmes, de ce que Bouddha a compris et vécu, et il propose à tous les voies de devenir à leur tour des Eveillés. 

 

      Tout phénomène conditionné est insatisfaisant, éphémère et toute chose est sans soi. De Nombreux écrits exposent cette impermanence et cette interdépendance. L'impermanence est le caractère transitoire et périssable de tout phénomène composé. Tout ce qui est né de causes et de conditions est destiné à la destruction. L'impermanence affecte non seulement tous les êtres animés qui peuples le samsâra mais aussi tous les phénomènes qui composent l'univers, y compris ceux qui nous paraissent stables à l'échelle du temps humain. La négation de l'impermanence des phénomènes, le sentiment de durée et le désir de permanence et d'immortalité sont quelques unes des manifestations patentes de l'ignorance et l'une des principales causes de souffrance dans le samsâra. (Philippe CORNU).

   Cette manière de voir l'univers rejoint tout un pan de la philosophie occidentale du XIXe siècle à nos jours. le concept d'impermanence rapproche le bouddhisme de la philosophie d'HERACLITE, tel que nous pouvons la connaître. Chez HUME, SCHPENHAUER et WITTGENSTEIN, on peut trouver également des correspondances, même si certains philosophes européens peuvent confondre le bouddhisme avec d'autres philosophies indiennes. (Eugène BURNOUF introduit réellement le bouddhisme en Europe à partir seulement de 1844).

     La coproduction conditionnée est l'ensemble des mécanismes d'interaction qui régissent l'apparition des phénomènes conditionnés. Mais il n'y a pas d'idée de causalité dans les entretiens de Bouddha. Il laisse ouverte la question de l'apparition de cette coproduction conditionnée. Elle est là, ici et maintenant. Philippe CORNU précise les deux grandes étapes dans la formulation de cette notion (le pratityasamutpâda). A la suite de LA VALLÉE-POUSSIN et de Liliane SILBURN, "on trouve dans les textes canoniques anciens du Sutta nipâta des listes de la coproduction conditionnée à huit membres, et non douze, comme dans les listes classiques plus tardives. T figurent l'ignorance, les facteurs de composition, la conscience, le contact, la sensation, la soif, l'appropriation et le devenir. Sont omis nom-et-forme - c'est-à-dire les cinq skandha -, les six facultés des sens, mais aussi la naissance et la vieillesse-mort. Or ces membres manquants sont précisément ceux qui inscrivent la causalité de la souffrance dans l'espace et le temps. La coproduction conditionnée à huit membres décrivait la manière dont les huit conditions se réunissaient à tout instant pour produire la souffrance, et non une série causale successive se déroulant dans le temps, appliquée à la série psychique et aux agrégats d'un être sur un, deux, voire trois vies, comme cela le deviendra dans les textes plus tardifs. L'illusion, la souffrance et la voie qui mène à leur libération étaient probablement moins envisagées en termes  de durée qu'en terme d'immédiateté à chaque instant de l'existence." 

 

Philippe CORNU, Dictionnaire encyclopédique du Bouddhisme, Seuil, 2006 ; Môhan WIJAYARATNA, Les entretiens du Bouddha, Seuil, 2001.

 

PHILIUS

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Published by GIL - dans PHILOSOPHIE
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