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26 avril 2011 2 26 /04 /avril /2011 16:36

                         Le regard premier du spectateur sur des westerns bien réalisés ne peut être que de pur plaisir (à condition d'aimer le genre, bien sûr!), mais rien n'empêche, qu'après avoir vu un film dans le conditions idéales (en salle, avec le bon écran et en bonne position...), rien n'empêche le regard critique et citoyen de le revoir en DVD dans des conditions de maîtrise minimum de l'image perçue. Le regard sur la forme et sur le fond peut alors s'exercer pleinement et il peut même s'avérer de se rendre compte d'un piège tendu au niveau idéologique (et pictural, cela va sans dire...) pour le film au spectateur. Derrière la beauté du diable, dit-on... Loin d'une critique uniquement et purement cinéphilique (qui s'exerce surtout sur la forme, ou pire sur le chassé-croisé des éléments du show-business, c'est plutôt une critique sur les ressorts d'une histoire racontée qui nous guide ici pour proposer un certain nombre de films et de documentaires sur ce genre.

 

                    Nous empruntons volontiers à Yves PEDRONO, la chronologie des proto-western (1903-1946), western (1946-1964) et post-western (1964 à nos jours) qu'il propose pour une vision critique du genre.

 

       Le proto-western rassemble une série de films entre Le vol du rapide (1903) et La poursuite infernale (1946) où s'écoule "une quarantaine d'années au cours desquelles les réalisateurs prendront progressivement conscience de la place qu'il convient d'accorder au western dans la culture américaine. Il faudra même le cataclysme du conflit mondial pour que le véritable processus de "l'écriture" de l'épopée démarre. Cet éveil sera donc assez lent, ne serait-ce que parce qu'on devra attendre l'acquisition de la maîtrise de certaines techniques cinématographiques, telles l'usage d'une bande sonore, de la couleur ou du cinémascope. Il ne faudrait pas s'imaginer que la transformation a été brutale. On voit, dès les années trente, des metteurs en scène comme (Raoul) Walsh et (John) Ford pressentir l'importance du genre. A l'inverse, tous les cinéastes ne s'inscrivent pas d'emblée dans la perspective qui prévaudra après la Seconde Guerre mondiale. Il n'est pas rare en effet, que des réalisateurs se refusent dans les années cinquante à adopter tout ou partie des codes westerniens. Ce qui caractérise le proto-western tient en deux traits essentiels : d'une part ses oeuvres initiales hésitent souvent entre plusieurs genres cinématographiques ; d'autre part la codification propre au western (...) n'est pas vraiment en place."

Dans cette période peuvent figurer des oeuvres comme :

- Le vol du rapide (1903), d'Edwin S PORTER, considéré comme le premier des westerns où des bandits attaquent un train et où des habitants des villages voisins se mobilisent et mettent la bande hors d'état de nuire. A travers ce vol, tout s'y préfigure, le cadre, les revolvers, le train... sauf une chose essentielle qui est bien martelée plus tard : il n'y a pas de héros solitaire!

- Panique à Yucca City (1934), dont le thème romanesque consiste en l'expulsion de tous les habitants d'une ville parce que leurs terres sont installées sur un riche filon d'or, est totalement étranger au western, bien que se déroulant à l'Ouest.

- La cité de la peur (1948), de Stanley LANDFIELD, raconte l'enquête d'un agent des services du renseignements de l'armée sur le meurtre de deux soldats convoyeurs d'or, et ressort, bien que se passant dans l'ouest, du genre policier...

- Texas (1941), de George MARSHALL est émaillé de scènes burlesques.

- La loi de prairie (1956), de Robert WISE reconstitue un triangle oedipien et est bien trop subtil pour figurer comme un western bien codé. Le jeune héros est recueilli par un riche propriétaire de ranch, lui-même vivant avec une femme qu'il va convoiter...

- La ruée sanglante (1943), d'Albert ROGELL, qui met en scène un cow-boy aimé des fermiers et apprécié des indiens!

- Le premier rebelle (1939), de William A SEITER se déroule très tôt, en 1759, à l'époque où la Pennsylvanie est toujours une colonie anglaise. La conquête de l'Ouest n'y est même pas abordée.

- La chevauchée fantastique (1939), de John FORD est considéré habituellement comme l'archétype du western. Or l'oeuvre est construite tel un véritable jeu de quilles car l'auteur s'évertue à révéler, au fil de l'intrigue, que les personnages sont à l'opposé de l'apparence qui était initialement la leur. Le héros ne s'inscrit pas réellement dans une réelle typologie telle que la voit exposée plus tard. On y trouve déjà des éléments qui vont nourrir le classicisme westernien. Jacques LOURCELLES, de son côté, l'estime comme la quintessence du western, écrivant en pur cinéphile, citant "l'équilibre entre d'une part, les scènes d'action, le climat de menace, de danger mortel qui pèse sur les voyageurs, et d'autre part la description fouillée, drue, laconique de chacun des personnages (...)" Précisément c'est surtout la forme qui est ici analysée et non le fond  de la vérité des personnages...

- Le maître de la prairie (1946), d'Elia KAZAN, offre un personnage féminin qui n'incarne pas du tout la stabilité qu'ils ont plus tard. Les personnages féminins ne pas encore sacralisés et la réalisateur fait montrer d'une misogynie qui disparaît entre 1946 et 1964. 

- Les conquérants (1939), de Michael CURTIZ, offre quelques scènes d'auto-dérision.

 

     Le western, fruit d'une évolution lente (qui n'est d'ailleurs pas limitée au grand écran, le petit écran et la littérature y contribue fortement), présente des caractéristiques propres et entre dans un certain nombre de codes relativement stricts. Un profil de héros bien défini, solitaire, errant, moral, déterminé, sans reproches, en fait véritablement exemplaire ; la présence de quelques femmes bien typées ; la mise en évidence de la nécessité de la loi ; la conquête légitime du territoire sauvage à civiliser (à christianiser également)  ; une vision raciste qui touche tout ce qui n'est pas blanc, protestant et anglo-saxon ; un règlement obligatoire du conflit par la violence au face à face (le duel magnifié) ; la présence des armes, symbole de virilité et de légitimité... 

Dans cette période peuvent figurer les oeuvres suivantes :

- La Poursuite infernale (1946), de John FORD, contribue selon Jacques LOURCELLES, à donner ses noblesses au genre, "en particulier par cette recherche, cette solennité plastique qui installent des personnages déjà très célèbres une aura mythique supplémentaire : chacun de leurs gestes, de leurs déplacements dans l'espace du plan acquiert une importance infinie (...)". L'auteur d'un Dictionnaire du cinéma que nous recommandons fait référence à SHAKESPEARE et estime que John FORD rend bien les contrastes nombreux : "action dure et violente parsemée de scènes lyriques et paisibles, vision mythique des personnages basée autant sur leurs hauts faits que sur le détail familier et pittoresque de leur comportement."

- La charge des Tuniques bleues (1955),  The Last Frontier en titre original,  d'Antony MANN qui examine comment l'indépendance semi-sauvage du trappeur ses transforme peu à peu en une soumission à l'ordre, à la nouvelle forme de société qu'incarnent les soldats du fort.

- La cible humaine (1950), d'Henry KING.

- Le jardin du diable (1954), d'Henry HATHAWAY.

- Fort Massacre (1958), de Joseph NEWMAN.

- Rio Bravo (1959), d'Howard HAWKS, approfondit tous les aspect du western pur et dur. Avec l'acteur John WAYNE en qui se rattache les figures des héros de l'Ouest des trois périodes...

- Les conquérants d'un nouveau monde (1946), de Cecil B DeMILLE, gigantesque superproduction, que l'on peut rapprocher d'ailleurs de La conquête de l'Ouest, de 1962, d'henry HATHAWAY, lequel montre un tableau assez différent et bien plus consensuel concernant les diverses ethnies en présence dans ces histoires.

- Les Implacables (1955),

- L'Homme de l'Ouest (1958), d'Antony MANN, est selon Jacques LOURCELLES, "l'un des plus beaux westerns et l'un des très grands films américains, témoignage de la gloire du cinéma hollywoodien dans les dernières heures de sa suprématie."

- Le Salaire de la violence (1958), de PHIL KARLSON.

- Le Train sifflera trois fois (1952), de Fred ZINNERMANN, constitue un film archétypique du western, avec son héros solitaire abandonné de tous qui règle "quand même" pour le bien de tous un problème de la manière définitive habituelle...

- L'Homme des vallées perdues (1952), de Georges STEVENS.

- La rivière rouge (1948), de Howard HAWKS.

 

     Le post-western apparaît avec le conflit vietnamien, et à travers la mise en cause des codes précédemment mis en place, s'opère une plus ou moins grande violence critique de la société américaine. Avant la dévalorisation complète du héros et la naissance même d'un anti-héros type, viennent d'abord la mise en scène des difficultés réelles de faire valoir la loi, de définir la bonne ou la mauvaise morale, de définir la frontière entre les bons et les méchants (dont les comportements se ressemblent de plus en plus), l'introduction de nombreux éléments importés de la psychanalyse, du cinéma comique (pour la dérision de certaines valeurs ou de certains comportements). Ensuite, au fur et à mesure du temps qui passe, viennent des films qui mettent en scène une histoire non romancée, où les minorités ethniques se voient valorisées, où le religieux est ridiculisé, où la femme dotée d'un statut à l'égale de l'homme vient bouleverser l'amalgame virilité-violence, où les rôles sont inversés (le blanc devient le méchant, l'Indien le gentil)... En même temps que le fonds, c'est une certaine forme qui s'exacerbe, notamment avec l'arrivée des westerns-spaghettis. La violence n'est plus présenté comme indispensable, même si elle est encore plus présente. Le nombre des combats s'élève notablement, et les batailles rangées sont les plus jouissives possibles... En fait, c'est d'abord surtout le fond de l'épopée qui est contesté à petites touches et c'est ensuite sur la forme que le genre évolue, jusqu'à faire d'un film une succession pure et simple de coups de feu.

Peuvent entrer dans cette catégorie :

- Tom Horn (1978), de William WIARD, western démythifiant sur la fin de l'Ouest.

- Open Range (2003), de Kevin COSTNER.

- Le Reptile (1970), de Joseph L MANKIEWICZ, qualifié parfois de faux western, tant il passe à la moulinette nombre de codes.

- La Horde Sauvage (1969), de Sam PECKINPAH, qui se situe en 1914. Un renouvellement du cinéma italien qui marque selon Jacques LOURCELLES "la seconde et dernière étape de la disparition" du western. Il considère même que ce film est une borne après laquelle le western cesse d'exister en tant que genre fondamental.

- Le Soldat bleu (1970), de Ralph HAUSER, qui met en scène le massacre des indiens à Sand Creek en 1864 par les tuniques bleues.

- Les Cheyennes (1964), de John FORD, qui semble clore lui-même un cycle qu'il a contribuer à porter au firmament de la production cinématographique. Il s'intéresse aux victimes de la conquête de l'Ouest avec la même force qu'il la magnifie auparavant.

- Jeremiah Johnson (1972), de Sidney POLLACK qui, tout en renouvelant le genre, notamment sur le plan plastique, raconte l'histoire d'un homme qui renie la société organisée et qui s'élève jusqu'à des montagnes vierges pour se modeler une vie à sa mesure, libérée des contraintes imposées par la civilisation.

- Les cordes de la potence (1973), d'Andrew McLAGLEN, qui semblent reprendre une éternelle formule mais qui se distingue par une certaine... brutalité.

- Le dernier des géants (1976), de Don SIEGEL, où joue pour la dernière fois John WAYNE, est un véritable crépuscule du genre.

 

     Au spectateur de se faire une opinion et de vérifier par lui-même cette chronologie. sans doute serait-il instructif de faire une comparaison à partir des westerns télévisés, notamment des séries...

 

     Nous ne proposons ici que deux documentaires sur le western en général, en dehors de l'océan des productions panégyriques promues par les studios de production :

- L'épopée du western (Golden Saddles, Silver Spurs), un film de Robert J EMERY, de 2000. Pendant 95 minutes, c'est toute l'épopée qui est visitée, du style au scénario où il s'agit le plus souvent de montrer l'héroïsme des cow-boys, la violence et la cruauté des Indiens. Nombreux extraits de films.

- Le western, l'histoire américaine réécrite, de Laurent PREYALE, de 2004. D'une durée courte - sans doute trop courte - de 27 minutes, il entend bien montrer l'essence du western, ce genre où le duel est essentiel et où le cadre est immuable. Produit par TPS Cinéma et Striana Productions.

 

Yves PEDRONO, Et Dieu créa l'Amérique, De la bible au western, L'histoire de la naissance des USA, Editions KIMÉ, 2010 ; Jacques LOURCELLES, Dictionnaire du cinéma, Les films, Robert Laffont, Collection Bouquins, 1992.

 

 

 

 

 

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Published by GIL - dans FILMS UTILES
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