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14 mai 2013 2 14 /05 /mai /2013 09:20

      Le général de la dynastie des Ming écrit, directement inspiré de ses campagnes militaires, notamment contre les pirates japonais ou chinois, des ouvrages sur l'art militaire qui font références longtemps après lui.

Ses ouvrages sont considérés comme la quintessence de la défense des frontières, maritimes ou terrestres. Réédités à plusieurs reprises sous la dynastie des Qing, après les guerres de l'opium, alors que l'Empire devait faire face aux incursions redoutables des "barbares occidentaux", puis dans les années 1930 alors que la Chine du Kuomintang se trouve menacée par l'invasion japonaise de la Mandchourie. Ces rééditions multiples en temps de crise mettent d'ailleurs en évidence la difficulté des stratèges chinois à effectuer un véritable saut conceptuel face à des défis dont la radicale nouveauté n'est pas perçue. Des extraits des ouvrages de QI JIGUANG sont publiés plus tard encore en 1942 dans le Jun sheng zazhi par les communistes réfugiés à Yan'an. QI JIGUANG est également édité au Japon en 1798 et en 1856 ainsi qu'en Corée (Valérie NIQUET)

 

   Brillant général, il a rédigé principalement deux ouvrages sur la stratégie militaire : le Ji Xiao Xin Shu et enregistrement de l'instruction militaire, outre un grand nombre de poèmes et de proses, compilées dans la collection de Zhizhi Hall (d'après le nom de sa salle de lecture pendant son séjour à Jizhou. 

 

   Le Ji Xiao Xin Shu, pouvant être traduit par  Enregistrement des techniques efficaces, est un livre de stratégie, mais en fait surtout de tactique et d'entraînement militaire, outre de nombreux autres aspects. Il y fixe également certaines normes pour la forge d'armes, constatant de nombreuses falsifications (courantes à l'époque) sur les armes qui circulent en Chine. Il présente dans cet ouvrage la formation de canard mandarin, formation de combat composée d'une unité de onze soldats et d'une personne pour la logistique. 

Il existe deux éditions du Ji Xiao Xin Shu : une première édition, écrite vers 1560-1561, de 18 chapitres et une seconde, de 14 chapitres, mais avec un contenu renouvelé. Il est publié en 1584 au moment de la retraite du général QI JIGUANG. 

 

   Dès sa nomination en 1546 dans la garnison de Deng Zhou (ville de Penglai dans la province de Shandong), garnison côtière située au bord de la mer de Chine, il réforme son organisation. Comme à l'habitude, la majeure partie des troupes (70%) se voient chargés de la culture de la terre pour subvenir aux besoins de toute la garnison. La double fonction de cultivateurs et de soldats en fait, comme d'ailleurs le constatent de nombreux autres auteurs, de mauvais cultivateurs et de mauvais soldats. De plus, les soldats ont tendance à tisser des relations économiques avec l'entourage et avec parfois... les pirates qu'ils sont chargés de réprimer... Le général constate que de mauvaises habitudes se sont installées dans la troupe : la corruption, la paresse et la passivité. Il décide de lutter contre ces habitudes en instaurer une discipline (qui semble féroce de nos jours...) et une ambiance combative et de confiance envers la hiérarchie. Il a compris depuis toujours que le moyen le plus efficace pour se faire respecter des hommes est de se donner en exemple. Ainsi il refuse de se prêter au jeu des promotions contre de l'argent. Dans ses affectations suivantes, il continue de faire régner l'ordre et la discipline, de manière impitoyable, met en place des reconnaissances régulières dans la région et se fait aider localement pour les techniques de défense propre au terrain. Ainsi quand il est affecté à Jizhou en 1548, il s'informe sur la conduite des opérations militaires en plaine. 

  Ses premières réflexions militaires prennent forme lorsqu'il analyse les raisons de l'efficacité militaire des pirates : comme d'autres écrivains chinois, il est impressionné par la discipline stricte que les envahisseurs pouvaient imposer à leurs combattants dans l'action comme au campement. Les pirates plus que les mercenaires recrutés à titre temporaire se distinguaient par l'uniformité de leur habileté militaire. A l'inverse de ce qui se passait lors des soulèvements de paysans chinois, ils infligeaient de fréquentes défaites aux forces gouvernementales dont la supériorité en nombre était écrasante. Cette invincibilité des japonais reposaient sur leur habileté dans le maniement d'armes de combat rapproché et un travail d'équipe dans de petites unités n'excédant pas une section ou une escouade. Les responsables militaires chinois, après avoir recruté des hommes habiles capables de performances acrobatiques, s'aperçurent que le problème était plus fondamentale. Les armées chinoises n'avaient aucun sens de certaines tactiques de base : "Les nombreuses batailles que j'ai livré ces dernières années me donnent l'impression que les pirates s'arrangent toujours pour s'installer sur des hauteurs pour nous attendre. Ils tiennent généralement jusqu'au soir au moment où nos soldats se fatiguent, et alors ils s'élancent. Ou bien, quand nous, nous retirons, ils nous surprennent, quand le pas est rompu, et lancent leur contre-attaque. il semble qu'ils parviennent toujours à utiliser leurs unités quand elles sont fraîches et fougueuses pour faire peur à nos soldats. Beaucoup portent des miroirs. Leurs lances et les épées étincellent au soleil tant elles sont polies. Nos soldats vivent donc dans la terreur pendant les heures qui précèdent le contact." Ce qui amène le général à perfectionner sa technique du commandement, tourne le dos aux familles héréditaires et aux colonies militaires, recrute des volontaires dans d'autres districts, forme ces nouvelles recrues dans la discipline de combat. Il a beaucoup à faire avec ses hommes sur le terrain d'entrainement. Comme les japonais, il concentre son attention sur les armes de combat rapproché et sur le travail en équipe. Chaque escouade doit coordonner l'utilisation des armes courtes et longues, offensives et défensives. Une escouade, composée symétriquement, appelée formation de canards mandarins, permet de faire réellement face aux pirates. Des deux soldats porteurs de boucliers armés d'épée, celui de droite portait le long bouclier, chargé de maintenir la position avancée. L'homme de gauche au bouclier rond devait lancer des javelines, ramper sur le sol jusqu'à ce qu'il atteignit l'ennemi qu'il devait amener par ruse à découvert. Cela fait, les porteurs de bambous maintenaient les adversaires à une distance qui permettait aux lanciers d'agir plus facilement. Les deux derniers soldats gardaient les flancs et l'arrière et, quand c'était nécessaire, ils fournissaient une seconde ligne de frappe. Leurs armes en forme de fourches ne pouvaient pas toutefois être manoeuvrées de façon à tromper l'ennemi. Les armes à feu, dans la réflexion du général, ne prennent pas une grande importance, sauf dans le cadre de l'installation de canons à bord de bateaux en nombre suffisant pour intercepter les vaisseaux des pirates avant qu'ils n'abordent le rivage. 

 Plus tard, dans les combats en plaine, il n'entre jamais une grande part d'organisation stratégique dans ses opérations. Son corps de volontaires demeure essentiellement tactique. Avec des armes à feu qui ne jouent pas un rôle important au combat, et des charges de cavalerie que les rizières du sud rendent impossible, il n'y a aucune chance de donner libre cours à l'utilisation combinée des diverses armes dans le combat. 

  Après les victoires obtenues le long du littoral au sud-est de la Chine, les Wokou, ayant de plus en plus de mal à piller ces régions côtières, se sont dispersés pour ne plus représenter qu'un épiphénomène. Depuis 1566, il y a de moins en moins d'alerte : les crises des Wokou se sont apaisées. A cette époque, le général QI ne s'occupe plus uniquement des provinces du Zhejhang et du Fujian mais aussi des provinces du Guangdong et du Jiangxi. De ce fait, il est orienté vers la lutte contre les bandits de montagne. Mais pour l'empereur de Chine, les bandits de montagne, bien que nombreux, ne causent pas de menaces sérieuses pour le trône. En revanche, les tartares, les mongols situés le long de la frontière Nord de la Chine qui manifestent de plus en plus d'agressivité envers l'Empire, deviennent le souci principal. Dès son arrivée à cette frontière, QI JIGUANG communique son analyse à la Cour de l'Empereur : pour lui, la lutte contre les tartares est très différent de celle menée contre les Wokou :

- les tartares sont souvent beaucoup plus nombreux et attaquent la plupart du temps à plusieurs centaines de milliers (sic) ;

- les tartares ne sont pas des fantassins, mais des cavaliers très agressifs et rapides ;

- les tartares ne sont pas limités dans leurs actions par la succession des saisons comme l'étaient les Wokou ;

- l'existence d'une frontière très étendue entre le territoire mongol et la Chine implique pour les Chinois le maintien d'une ligne de défense cohérente très difficile. Lorsque les tartares se rassemblent pour attaquer en un point choisi, les soldats de l'empire Ming, faute de pouvoir se regrouper et converger dans de très courts délais sont souvent en nombre insuffisant pour empêcher le franchissement de cette frontière ;

- malgré le fait que les troupes de Ming possèdent des armes à feu, ils se trouvent souvent contre le vent, ce qui rend l'utilisation de ces armes moins efficace.

   Le général souhaite former une nouvelle armée de 100 000 hommes dont la grande moitié sera composée de cavaliers afin de pouvoir lutter contre les envahisseurs d'une façon efficace. Ainsi, même s'il n'arrive pas à tuer tous les tartares, au moins il arriverait à défendre les frontières. S'il ne peut même pas avoir 50 000 hommes, alors 30 000 c'est le minimum, sans pouvoir garantir qu'il réussira à chasser les tartares ce format au moins lui permettra de renforcer les postes de garde et de remplacer les soldats âgés. Il explique ses choix sur le recrutement des soldats et sur la procédure du recrutement, la réquisition des troupes, la fabrication des armes et des chariots, l'entraînement des troupes avec la règle des récompenses et des punitions bien définie. 

Mais ses avis ne sont pas pris en considération et au lieu d'être chargé de l'entraînement des troupes, il est nommé à un poste de vice-conseiller dans un état-major de la capitale. Ce n'est en 1568 qu'il obtient une telle charge (aux environs de Pékin), mais avec seulement 30 000 hommes. Deux raisons essentielles conduisent à cela :

- l'empereur ne peut pas se permettre d'autoriser à qui que ce soit de posséder une grande armée dans des régions si proches de la capitale ;

- la trésorerie de la Cour n'est pas bien approvisionnée et toutes les demandes d'augmentation de budget ne peuvent être satisfaites. 

Il écrit "que la solution ne se trouve pas dans les frontières lointaines mais à l'intérieur de la Cour et que le problème essentiel ne provient pas des fonctionnaires civils ou militaires, mais des discussions incessantes et les entraves qu'elles provoquent."

Malgré tous ces obstacles, JI JUGUANG commence son entraînement et crée par la suite tout un système de défense contre les tartares :

- la création d'un régiment de chariots et de cavalier ;

- la restauration des tours de guets, des murailles et des postes de contrôles ;

- l'amélioration des équipement et des armes ;

- la conception d'un système de défense complexe et complémentaire. 

Durant les 15 ans passés à Jizhou (1568-1583), il remplit sa mission : défendre la population, chasser les envahisseurs. Avec quelques affrontements avec les tartares, mais ces derniers n'ont jamais réussi à franchir la ligne de défense et à piller les terres comme ils le faisaient auparavant. Moins de victoires, mais une certaine paix. Il accomplit ce qui est le but suprême de tout stratège chinois : vaincre sans combattre. (Jean-Marie GONTIER)

 

Jean-Marie GONTIER, Qi Jiguang, un stratège de la dynastie Ming (1528-1587), Institut de Stratégie et des Conflits (ISC-CFHM) (www.institut-strategie.fr), septembre 2012 ; Valérie NIQUET, Théoriciens chinois, dans Dictionnaire de stratégie, PUF, 2000.

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Published by GIL - dans AUTEURS
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