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11 février 2010 4 11 /02 /février /2010 15:13
        Selon plusieurs auteurs, ce petit essai d'une figure de l'anthropologie française, écrit en 1952, constitue une tentative de comprendre l'évolution culturelle de l'humanité à travers les différences physiques qui la composent, à partir d'une relecture-correction de l'oeuvre d'Arthur de GOBINEAU (1816-1882) au-delà des déformations qu'a subie la diffusion de L'Essai sur l'inégalité des races humaines. Ce texte, qui faisait partie d'une série de textes de différents auteurs sollicités par l'UNESCO, texte consacré au problème du racisme dans le monde, s'efforce de lutter contre la déformation raciste tout en ne niant pas l'existence de différents groupes ethniques présents sur la planète.
      Dès le début, il signale qu'il n'entend pas élaborer une doctrine raciste à l'envers : "Quand on cherche à caractériser les races biologiques par des propriétés psychologiques particulières, on s'écarte autant de la vérité scientifique en les définissant de façon positive que négative. Il ne faut pas oublier que Gobineau dont l'histoire fait le père des théories racistes, ne concevait pourtant pas l'"inégalité des races humaines" de manière quantitative, mais qualitative : pour lui, les grandes races primitives qui formaient l'humanité à ses débuts - blanche, jaune, noire - n'étaient pas tellement inégales en valeur absolue que diverses dans leurs aptitudes particulières. La tare de la dégénérescence s'attachait pour lui au phénomène du métissage plutôt qu'à la position de chaque race dans une échelle de valeurs commune à toutes ; elle était donc destinée à frapper l'humanité toute entière, condamnée, sans distinction de race, à un métissage de plus en plus poussé." Nous laissons à Claude LEVI-STRAUSS la responsabilité de ce qui précède, mais n'oublions pas les passages sur la supériorité de la race blanche ni non plus les termes péjoratifs utilisés à propos du métissage justement, assimilé à quelque chose de négatif...
  Mais l'important ne se situe pas là, mais dans le replacement clair de la perspective du développement réel de l'humanité : "le péché originel de l'anthropologie consiste dans la confusion entre la notion purement biologique de race (à supposer, d'ailleurs, que, même sur ce terrain limité, cette notion puisse prétendre à l'objectivité, ce que la génétique conteste) et les productions sociologiques et psychologiques des cultures humaines. Il a suffit à Gobineau de l'avoir commis pour se trouver enfermé dans le cercle infernal qui conduit d'une erreur intellectuelle n'excluant pas la bonne foi à la légitimation involontaire de toutes les tentatives de discrimination et d'exploitation."

       Dans son discours sur la diversité des cultures, le fondateur du structuralisme indique qu'il y a en même temps à l'oeuvre, dans les sociétés humaines, des forces "travaillant dans des directions opposées : les unes tendant au maintien et même à l'accentuation des particularismes ; les autres agissant dans le sens de la convergence et de l'affinité" "...on en vient à se demander si les sociétés humaines ne se définissent pas, en égard à leurs relations mutuelles, par un certain optimum de diversité au-delà duquel elles ne sauraient aller, mais en dessous duquel elles ne peuvent, non plus, descendre sans danger."
 
         Survolant l'évolution des cultures archaïques et des cultures primitives, revenant sur l'idée de progrès, il réfléchit à la place particulière de la civilisation occidentale, et de son histoire stationnaire et cumulative. Revenant sur quelques éléments d'histoire des civilisations, il montre qu'il n'y a pas de société cumulative en soi (accumulation des connaissances et des techniques), mais plutôt des conduites, des modes d'existence, des manières d'être ensemble comme il l'écrit, qui favorise cet accroissement de pouvoir sur la nature et... sur les autres sociétés. A certains moments de leur histoire, les sociétés stagnent ou progressent, régressent ou même disparaissent, qu'elles que soient leurs caractéristiques ethniques.

       Dans son dernier petit chapitre, Claude LEVI-STRAUSS, constate que maintenant les différentes sociétés sur la planète sont en contact, et sont en quelque sorte prises dans un mouvement d'échanges de plus en plus importants. Et complètement,  à rebours du pessimisme d'Arthur de GOBINEAU,  il perçoit un double sens du progrès dans lequel les organisations internationales ont un grand rôle à jouer. Ce double sens, uniformisation et diversification tour à tour sur un plan ou un autre (économique, social, culturel...), doit permettre "de maintenir indéfiniment, à travers des formes variables et qui ne cesseront jamais de surprendre les hommes, cet état de déséquilibre dont dépend la survie biologique et culturelle de l'humanité."  Ce qui caractérise son approche, c'est bien de considérer qu'à la fois diversification et uniformisation sont positifs, pourvu que ces sociétés permettent aux hommes d'améliorer leur existence. La dégénérescence en soi constitue un non-sens lorsque l'on considère l'évolution de l'humanité.
   Constamment, l'auteur laisse pendante la question sociale (cela se voit d'ailleurs dans l'ensemble de son oeuvre...) même s'il ne camoufle pas les contradiction socio-économiques. Comme il regarde l'humanité dans son évolution à très long terme, il ne se penche guère sur les ressorts des solidarités et des différenciations qui traversent les sociétés de manière interne et qui régissent les relations des sociétés entre elles. "Quoi qu'il en soit, il est difficile de se représenter autrement que comme contradictoire un processus que l'on peut résumer de la manière suivante : pour progresser, il faut que les hommes collaborent ; et au cours de cette collaboration, ils voient graduellement s'identifier les apports dont la diversité initiale était précisément ce qui rendait leur collaboration féconde et nécessaire."
Cette contradiction insoluble, les organisations internationales doivent la gérer : leur mission est double : "elle consiste pour une part dans une liquidation, et pour une autre part dans un éveil". 
    La présentation de l'éditeur (en quatrième de couverture) est très brève : "La diversité des cultures, la place de la civilisation occidentale dans le déroulement historique et le rôle du hasard, la relativité de l'idée de progrès, tels sont les thèmes majeurs de Race et histoire. Dans ce texte écrit dans une langue toujours claire et précise, et sans technicité exagérée, apparaissent quelques-uns des principes sur lesquels se fonde le structuralisme."
Ce texte est beaucoup repris comme point de départ de réflexion dans les systèmes scolaires d'Europe. C'était d'ailleurs l'un des objectifs de l'UNESCO.
    Claude LEVI STRAUSS (1908-2009) est l'auteur de très nombreuses oeuvres, sont certaines fondent le structuralisme : Les structures élémentaires de la parenté (PUF, 1949), Tristes tropiques (Plon, 1955), Anthropologie structurale (Plon, 1958), La Pensée sauvage (Plon, 1962), Mythologiques, en quatre tomes (Plon, 1964, 1967, 1968, 1971), Race et Culture (Revue Internationale des sciences sociales UNESCO, 1971) Anthropologie structurale 2 (Plon, 1973), Regarder, écouter, lire (Plon, 1993), L'anthropologie face aux problèmes du monde moderne, Seuil, 2011)...

         Claude LEVI-STRAUSS, Race et histoire, Edition Denoël, collection folio/essais, 1987. Cette réédition est accompagnée d'un texte de Jean POUILLON, sur l'oeuvre de Claude LEVI-STRAUSS.
Complété le 4 septembre 2012

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commentaires

égéa 12/02/2010 21:49


Une autre fiche de lecture du même : http://egea.over-blog.com/article-26299136.html
égéa


GIL 13/02/2010 13:01


Merci d'attirer notre attention sur cette fiche de lecture.
Pour ceux qui ne connaissent pas, le blog d'EGEA (Etudes Géopolitiques Européennes et Atlantiques), animé par Olivier KEMPF, s'intéresse tout particulièrement aux questions de sécurité dans l'aire
européenne et atlantique. On y trouve des réflexions et des informations sur l'actualité qui méritent qu'on s'y rende.


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