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6 septembre 2014 6 06 /09 /septembre /2014 08:59

      Le samouraï, membre de la classe guerrière qui a dirigé le Japon féodal durant près de 700 an constitue la figure japonaise du guerrier. Vassal à l'origine d'un chef militaire, il peut devenir au gré des circonstances le seigneur lui-même de domaines très importants, rivaux (et le supplantant parfois) de ceux du shôgun. L'état de guerre endémique de l'Archipel, surtout à l'Est et en son centre est caractéristique d'un mode de résolution des conflits dominé uniquement par la guerre. Vu l'état des forces et les configurations de terrains, le samouraï domine aisément la situation, sa propre culture se ramifiant à l'ensemble de la société. Une mystique de la violence favorise le recours systématique aux armes - et à leurs utilisation raffinée, l'art du sabre étant l'art ultime. Cette mystique de la violence puise sa force dans une perception de la nature, elle-même violente et souvent instable. 

 

       La classe des samouraï apparait dans les provinces de l'Est du Japon au milieu du Xe siècle, alors que les grands clans guerriers sont en formation. Les samouraïs étaient à l'origine des gardes au service des seigneurs de la cour, mais ils deviennen avec le temps (et le nombre des batailles incessantes...) au XIIe siècle assez puissants pour s'imposer à la cour avec les clans des Taira et des Minamoto. A partir de l'époque de Kamakura, organisés par le bakufu, ils acquièrent un statut héréditaire et sont soumis à un code éthique guerrier non écrit, le Kyûba no Michi (Voie de l'arc et du cheval). Ce code n'est modifié et institutionnalisé qu'au XVIIe siècle, sous le nom de Bushidô (Voie des guerriers).

A l'époque d'Edo, ils reçoivent une sorte de pension de leur chef direct (daimyô ou shôgun) auquel ils jurent fidélité inconditionnelle jusqu'à la mort. certains d'entre eux, parmi les plus considérables, reçoivent également des terres en récompense de leurs services. Mais la masse des samouraïs reste relativement pauvre, et lorsque les périodes de paix s'installent, ils peuvent ressembler à des chevaliers errants. 

A l'époque de Kamakura comme à celle de Muromachi, les "samuraï-paysans" (jizamuraï) exploitent leurs domaines mais sont obligés de prêter main-forte à leur suzerain en cas de guerre. Nombre de ces jazamuraipeuvent, à la faveur des troubles qui secouent le Japon aux XIVe, XVe et XVIe siècles, se rendre indépendants, voire conquérir des provinces et le titre de daimyô. A l'époque d'Edo, ils constituent une aristocratie militaire, se distinguant des simples soldats par le port de deux sabres. Leur embême est la fleur de cerisier, en raison de la fragilité de leur condition.

Après la restauration de Meija et la dissolution de la féodalité, ils sont englobés dans la classe des shiroku et considérés comme des sujets ordinaires. En 1876, le port des sabres leur est interdit, ce qui qui provoque des rébellions, et quelques années plus tard, l'établissement de la conscription achève de les priver de tout privilège. (Louis FRÉDÉRIC, d'après entre autres son livre La vie quotidienne au Japon à l'époque des samuraï (1185-1603), Hachette, 1968).

 

   L'évolution de la tactique - il est difficile de discuter de stratégie, sauf à une transposition de l'art de la guerre de SUN ZI à des reliefs et des mentalités qui s'éloignent à la culture chinoise - des samouraï, s'effectue à un rythme relativement soutenu, vu l'accumulation des expériences guerrières. 

Suivons là surtout Robert CALVET :

"Les chevaux sont utilisés pour la guerre à partir du IVe siècle (...). Mais ce n'est qu'(à) l'époque de Nara (...) qu'apparaissent les premiers guerriers à cheval, équipés de la selle en bois de type chinois et des étriers recourbés. Leur arme privilégiée est l'arc de type japonais (yumi) et les combats restent le plus souvent individuels.

Parfois de petits groupes organisés et rapides de cavaliers peuvent chercher à prendre le contrôle d'une place-forte ou d'une ville en organisant des raids comme lors de la guerre de Hôgen. les choses changent à l'époque des Royaumes combattants, où des unités entières de cavalerie sont rassemblées par des seigneurs dans le but de percer les lignes ennemies, comme par le clan Takeda qui aligne des unités de plus de 150 cavaliers. Mais les armes à feu mettront fin à cette suprématie, tout spécialement lors de la bataille de Nagashimo en 1575.

Sous le shôgunat de Kamakura apparaissent des fantassins d'abord appelés zôhyô. Ils servent alors plus souvent de serviteurs ou d'écuyers et ils ne se battent pas réellement. Mais sous les terribles guerres d'Onin (1467-1477), la généralisation des conflits, l'omniprésence de la guerre civile, l'insécurité chronique dans un pays parcouru par des bandes armées, l'état général d'anarchie et de vacance du pouvoir, tout se combine pour que les daimyô désirent engager des soldats équipés légèrement. Les révoltes paysannes nombreuses contribuent également à renforcer la cavalerie par des fantassins équipés d'arcs, de lances et de sabres, dénommés ashigaru. Leurs armures légères et peu onéreuses, composées d'une simple cuirasse, d'un casque conique et d'une jupe comparable à celle des légionnaires romains, protégeaient aussi sommairement les bras et les jambes. Elles étaient fabriquées elles aussi en série, de plus en plus souvent frappées du mon (blason) du clan ou équipées du sashimono et des couleurs distinctives qui permettaient aux troupes de se r"econnaitre. Au contraire, les yoroi sophistiqués des samouraïs continuent d'être l'oeuvre minutieuse de plusieurs artisans. Mais les troupes d'ashigaru sont indisciplinées ; les villageois sont les premières victimes des pillages et des massacres qu'elles perpètrent.

La tactique et la technologie militaires japonaises s'améliorent aux XV et XVIe siècles. L'entrée en scène de nombreuses troupes d'infanterie, des fantassins issus de classes populaires armés de longues lances, modifie la nature des combats. Mais surtout, le nombre des combattants augmente singulièrement, jusqu'à former des armées dépasssant une centaine de milliers d'individus. la production de masse de l'arquebuse se généralise en moins de dix ans après son introduction sur l'archipel en 1543, et on en compte plusieurs centaines de milliers en usage. Au même moment en Europe, l'armée espagnole qui est la plus puissante du continent ne peut aligner que 30 000 soldats et ne dispose que de quelques milliers d'arquebusiers. Alors que les samouraïs de haut rang utilisent plutôt les armes à feu comme un moyen d'atteindre mortellement des cibles déterminées, et se font gloire de leur habileté, les troupes d'infanterie irent des salves imprécises pour briser les rangs ennemis. Des corps spéciaux d'arquebusiers sont vite organisés et utilisés, par exemple lors de la bataille de Sekigahara.

Il est pourtant révélateur qu'une fois l'unification de l'archipel sous la tutelle des shôgun Tokugawa terminée, et une fois le pays installé dans la paix, les arquebuses ne sont plus guère utilisées que pour la chasse et sont reléguées hors de toute application militaire. Elles refont surface au moment de Meiji, mais l'arme emblématique de la classe militaire japonaise demeure le sabre, dont la fabrication continue d'ailleurs à se perfectionner, alors même que le katana ne sort plus de son fourreau. Une âme lui est même concédée lors d'une cérémonie de type shintô, qui permet de mettre en évidence ses qualités guerrières et sa future union spirituelle avec son propriétaire, caractéristique uniue du sabre, parmi toutes les armes qu'utilisait le samouraÏ.
L'usage et la nature des armes sur les champs de bataille évoluent en même temps que la tactique. Les premiers combats sont ceux d'armées de guerriers combattant au corps à corps, une bataille qui se résume à une série d'engagements singuliers. Par la suite, les corps d'armée s'organisent et le combat prend des allures plus modernes, l'exploit individuel devenant exceptionnel. En fait, la tactique militaire japonaise a toujours été ouverte par les innovations. Les samouraïs utilisent des grenades, des catapultes et des canons qu'ils se sont fait fabriquer par les Européens. Au moment de Meiji, des armes encore plus modernes comme les fusils Gatling sont vite adoptées.

A la période de Momoyama, l'apparition d'armées composées de fantassins équipés d'armes à feu ou de lances rend indispensable une organisation plus minutieuse des batailles. Les tsukai sont chargés de transmettre les ordres entre les généraux et le commandant de l'armée, et aussi de conseiller l'état-major. Ces cavaliers portent un grand sashimono, d'immenses bannières dans le dos. Le camp du général en chef en situé en arrière de la ligne de front. Il est entouré par des maku, grands draps de toile frappés du nom du général et par les bannières de tous les clans alliés présents. Le commandant en chef, protégé par sa garde rapprochées (les hatamoto) est entouré des généraux qui relaient ses ordres d'attaque et les font communiquer par l'intermédiaire de sons issus d'un coquillage ou de grands tambours.

Quelques grandes batailles navales ont lieu dans l'histoire du Japon, comme celle de Dan no Ura en 1185, puis en 1555 la bataille d'Ikutshima et en 1579 celle de Kizugawaguchi. Mais ce genre de bataille reste rare. Les bateaux d'attaque japonais avant l'époque contemporaine sont d'influence chinoise. Les bushi y installent une tourelle surélevée et protégée par des flancs en bois. Celle-ci sert de poste de commandement, de plate-forme de tir pour les archers, et de point d'abordage pour les troupes. Oda Nobunaga améliore sensiblement ce système en utilisant des bateaux plus gros et dont la tourelle est renforcée par des plaques d'acier. Mais ces derniers ne résistent pas aux "bateaux-tortues" Coréens lors de l'invasion de la Corée en 1592. 

 

    Plus sans doute que le pouvoir effectif qu'exerce le samouraï lorsqu'il parvient à devenir le maitre de vastes domaines, l'idéologie du samouraï exerce une réelle fascination sur l'ensemble de la société japonaise. Les samouraïs sont d'autant plus respectés, de la classe paysanne aux nobles de cour, d'autant plus qu'il allient discipline (et parfois rusticité) rigoureuse personnelle et comportement très distincts des bandes armées qui peuvent de temps à autres, écumer de vastes territoires.

Le bushidô dérive directement du code non écrit du kyûba no michi (Voie de l'arc et du cheval) tacitement observé depuis l'époque  de Kamakura. Il se précise à l'époque d'Edo sous l'influence du boudhisme zen et du confucianisme.

Robert CALVET explique le contenu de ce code de l'honneur, le bushidô, qui avec le shintoïsme, donne une coloration très spéciale à la culture japonaise, très distincte des cultures avoisinantes, chinoise ou vietnamienne. 

"Nombre de sentences samouraïs insistent sur la solitude du bushi, pour qui les cieux et la terre prennent place des parents, lui qui n'a ni ami ni ennemi, et dont le seul principe est l'adaptabilité en toutes circonstances, au-delà de toute préoccupation morale. Pourtant, plus souvent l'accent est mis sur des préceptes que les membres de la classe guerrière doivent suivre, incarnés dans le bushidô, la "voie des guerriers", c'est-à-dire le code d'honneur des samouraïs, en même temps que tout un ensemble de règles et un mode de vie, le bushidô se développe dès la période de Heian, mais c'est surtout sous les Tokugawa qu'il se structure.

La doctrine du bushidô est liée au néoconfucianisme, qui constituent le ciment de l'ordre social sous le shôgunat. Mais les premières idéologues sont aussi des boudhistes influencés par Rinzai. Au XIIIe siècle, le boudhisme zen contribue à la formation de l'esprit samouraï, et familiarise le guerrier avec la mort. Si ce code est avant tout un idéal, il est surprenant de constater combien il se modifie peu entre le moment où il prend sa forme définitive au XIIIe siècle et le XIXe siècle, époque où il cesse d'être le principal ciment social. Conceptualisé à une époque où le samouraï cesse d'être un guerrier et où la paix s'impose dans l'archipel, ce code offre un modèle d'étiquette aux habitants d'Edo."

Le commerce important avec le continent "se marque par l'introduction au Japon de deux courants de pensée qui fleurissent dans la Chine des Song, le boudhisme zen (en chinois c'han) et le néoconfucianisme. Le chinois Zhu Xi (1130-1200) est l'un des premiers penseurs néoconfucéens ; Hayashi Razan (1583-1657) introduit ses idées au Japon. Le principe de soumission à l'autorité est à la base de ses théories sociales, mais alors que dans le confucéisme chinois l'accent est plutôt mis sur le rapport parent-enfant, Razan préfère une relation de type féodal. Parmi les autres éléments de sa philosophie, ceux qui constitueront l'essentiel du bushidô, à savoir une hygiène de vie très stricte incarnée par la voie des lettres et du sabre, mais les samouraïs sont pour Razan des intellectuels avant d'être des guerriers. On attendait en effet d'un samouraï qu'il sache lire et écrire, et même qu'il connaisse quelques bases de mathématiques. L'unificateur du Japon, Toyotomi Hideyoshi, issu d'une famille d'origine paysanne, ne pouvait lire que les hiragana et fut fort critiqué pour cette faiblesse qui témoignait de sa basse extraction. Une déficience qui l'aurait même arrêté dans son ascension vers la position de shôgun. Au-delà de ces connaissances de base, il était désiré que le samouraï s'intéresse aux arts et les pratiue, comme la littérature, la poésie, la cérémonie du thé, et même la danse." RAZAN, conseiller personnel des shôgun à partir de 1607 s'emploie à diffuser ses idées et à former des disciples.

"Le néoconfucianisme japonais apparait engénéral plus pratique et moins philosophique que son homologue chinois. Ce sont les problèmes concrets de la société japonaise et les moyens de les résoudre qui sont analysés, comme chez Itô Jinsai (1627-1705) (...). Le système de valeurs giri-ninjô découle de ce support idéologique, dans lequel le giri (devoir, obligation) concerne les rapports sociaux, et le ninjô (sentiments humaines) la vie intérieure et les besoins affectifs. Le confucianisme met l'accent sur le giri et sur l'abnégation qui découle de cette dette morale envers un bienfaiteur. Le samouraî peut désirer vivre alors que la vie est plus pénible que la mort, par exemple pour honorer une dette, mais il choisit de vivre quand il est juste de vivre et, de mourir quand il est juste de mourir. On pourrait regrouper en plusieurs principes de base les valeurs enseignées par le bushidô. Le gi (la juste décision, la juste attitude, la rectitude) précède le rei (l'action juste) et permet de l'aisser s'exprimer le yu (la bravoure teintée d'héroïsme). Le samouraî recherche le meryo (l'honneur, la gloire), mais dans sa quête, il ne doit pas oublier d'autres valeurs essentielles à l'être humain en général comme le jin (l'amour universel, la bienveillance envers l'humanité, la compassion), le makoto (la sincérité, la spontanéité) et, valeur capitale pour un bushi, le chugo (la dévotion, la loyauté, l'obéissance)." Il faut remarquer une certaine similitude avec la chevalerie européenne, similitude de valeurs mais aussi similitude dans la théorisatiion, les règles chevaleresques comme les règles du bushidô étant établies relativement tardivement par rapport à leurs "âges d'or" respectifs. 

"Le bushidô tient pour essentielles des valeurs comme la justice, le désir de bien agir, l'amour, la sincérité, l'honnêteté, la parole d'un samouraî suffit à sceller un pacte et la fidélité à la parole donnée doit être absolue. (...)".  C'est le contrôle de soi qui est le plus valorisé, devant la douleur comme devant la joie.

On trouve dans Yamanoto (Tsunetomo), Hagakure (traudit par Robert CALVET), dans Miyamoto (Musachi), Gorin no sho (Albin Michel, 1983, traduction Shibata MASUMI) et dans Daïdoji Yuzan (qui vécut de 1639 à 1730), Budo Shoshin Shu (traduction Robert CALVET), de nombreux préceptes du bushidô. C'est d'abord dans le Hagakure que l'on trouve une expression définitive du bushidô. Tous les bushi, à quelques classe qu'ils appartiennent, devaient suivre fidèlement ce code d'honneur dont les préceptes continuent d'influencer le mentalité japonaise jusqu'en 1945. Après la guerre, il n'est plus observé (partiellement) que par les adepts des arts martiaux et les tentatives pour les faire revivre, telle celle de l'écrivain Mishima YUKIO, ont échoués.

 

Louis FRÉDÉRIC, Le Japon, Dictionnaire et civilisation, Robert Laffont, collection Bouquins, 1996. Robert CALVET, Une gistoire des samouraïs, Larousse, 2012.

 

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Published by GIL - dans STRATÉGIE
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