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7 septembre 2013 6 07 /09 /septembre /2013 13:33

     Dans un domaine  où la recherche est congrontée à plusieurs types de problèmes, tout un ensemble de pratiques est élaborée et utilisée par des praticiens pour venir en aide aux individus ou des couples souffrant de troubles sexuels. Ne cherchant souvent pas à prendre appui sur une théorie sexuelle élaborée, des sexologues, encore en recherche de repères institutionnels, que ce soit aux Etats-Unis ou en Europe, mais surtout en Europe et singulièrement en France, souvent dans un cadre hospitalier, proposent des conseils et des thérapies. Tous ne possèdent pas la même orientation idéologique et dans le temps comme dans l'espace, le développement de la sexologique peut s'effectuer dans le sens du contrôle social comme dans le sens inverse d'une libération sexuelle. D'ailleurs on peut distinguer gross mode une première sexologie de curiosité et de classification tendant à distinguer le normal du pathologique, restreignant le champ des libertés et multipliant ce qu'elle appelle des déviations, avec une connotation, malgré le scandale que peut avoir l'exposition de la seuxalité dans certains milieux (notamment religieux), de contrôle social lié à des préoccupations morales et démographiques. Une seconde sexologie, qui intervient surtout entre les deux guerres mondiales, se développe en revanche avec le souci de dénoncer la répression sexuelle, de définir de nouveaux champs de liberté individuelle, voire de lier la libération sociale (notamment à propos des rôles déminins et masculins) à la libération sexuelle. Doit-on voir, avec le renforcement contemporain d'une vision médicale de la sexualité, aidée en cela par la croissance de l'industrie pharmaceutique, et les nouvelles inquiétudes liées aux dangers subis par le corps (épidémies, pollutions...) ou plus générales, l'émergence d'une troisième sexologie?

 

     De ce fait, même s'ils n'ont (souvent) ni le désir ni le temps d'élaborer de grandes théories, ils participent à l'ensemble des conflits liés à la sexualité dans notre société moderne. La sexologie est typiquement occidentale et entre dans le cadre des institutions sociales, même si elles en en mal de reconnaissance, de régulation ou de contrôle de la sexualité. Souvent, les pratriciens en sexologie exercent surtout des professions médicales ou de psychologie. Des procédures d'habilitation, de validations de la formation et d'autorisation de pratiquer la sexologie se mettent récemment en France. Mais dans le monde francophone, seule l'Université du Québec à Montréal offre un programme de baccalauréat et de maîtrise en sexologie. Les sexologues y sont formés dans un contexte interdisciplinaire incluant principalement les aspects biologiques, psychologiques, sociologiques et sexologiques de la sexualité.

      Définie comme l'étude de la sexualité humaine et de ses manifestations, la sexologie, selon ses propres promoteurs et ses praticiens, aborde tous les aspects de la sexualité, à savoir le développement sexuel, les mécanismes des rapports érotiques, le comportement sexuel et les relations affectives, en incluant les aspects physiologiques, psychologiques, médicaux, sociaux et culturels. Elle est d'apparition récente, aux prémices apparaissant en Allemagne et en Autriche vers 1826-1850, mais ne constitue une discipline à part entière que depuis la fin du XXe siècle.  Elle se démarque d'approches psychanalytiques et n'a aucune espèce d'approches politiques. Les sexologues se sentent souvent naviguer dans un univers social méfiant, avec des patients souvent confrontés à des difficultés importantes ou très importantes, à la croisée au somatique et du psychologique. Dans les faits, les sexologues utilisent la thérapie de couple, le conseil conjugal, les psychothérapies de "soutien", les sexothérapies de type Masters et Johnson, avec des approches psycho-corporelles, sexocorporelles (Jean-Yves DESJARDINS), des approches sexoanalytiques (Claude CRÉPEAU), des approches cognitivo-comportementales... Chacun avec son bagage très médicalisé, les sexologues traitent tous les problèmes posés dans l'exercice de la sexualité, que ce soit avant le rapport ou durant le rapport sexuel, et même ensuite, dans la mesure où ils peuvent être appelé à contribueer à la lutte contre les maladies sexuellement transmissibles. leur "clientèle", souvent adressée par des médecins généralistes (toutes catégories de patients confondues d'ailleurs, de plus en plus...) ou des institutions amenées à "traiter" des publics précis : handicapés, enfants, personnes âgées...

 

     Même en agissant au niveau individuel, les sexologues gardent une neutralité sur les conflits entre individus et notamment entre éléments du couple. Ce qui explique d'ailleurs le caractère souvent proche des pratiques médico-psychologiques, de leur travail. Ils possèdent une solide formation psychologique qui leur donne une certaine capacité à dé-dramatiser les rapports sexuels et à circonscrire les dégâts causés dans le couple par des dysfonctionnement somatiques ou psycho-somatiques dans les relations sexuelles. En ce sens, ils permettent réellement de développer chez l'individu ou dans le couple une capacité réelle à résoudre des conflits, qui, autrement, pourraient tourner d'une manière dramatique pour l'homme comme pour la femme. 

 

      L'efficacité de l'activité en sexologie provient d'une part à sa propre limitation d'action à un domaine très circonscrit, très proches des individus, sans intention d'influence au niveau social, et d'autre part à une réellement difficulté de la recherche en sexologie. Ces recherches sont souvent menées à l'itinitative d'un homme ou d'une communauté scientifique restreinte, avec des difficultés de communication avec d'autres chercheurs. La plupart des associations ou organismes en sexologie doit leur existence à des rencontres fortuites, à l'occasion de leurs activités principales, car la sexologie n'est souvent pas, dans le temps comme dans leur lien de travail, le seul ou le principal objet de recherche. Ils se heurtent d'ailleurs parfois à la méfiance, voire à l'hostilité des organismes professionnels dont ils font partie par ailleurs. Beaucoup de leurs études concernent souvent, à une époque données, un domaine relevant de la pathologie, de la déviance, voire de l'immoralité. 

Trois principales difficultés s'opposent à une bonne efficacité de la recherche en sexologie :

- La particularité même du thème de la sexualité. D'une manière générale, il n'existe que très peu de structures institutionnelles dont l'objectif est l'étude de la sexualité humaine, d'une manière scientifique. Car bien entendu, pour ce qui concerne l'étude de l'érotisme, c'est autre chose. Les études disponibles sont généralement ponctuelles, limitées à une problématique précise, liée à des préoccupations épidémiologiques (comme pour le SIDA). Elles relèvent d'une approche de type psychosociologique, et souvent influencées par des valeurs morales particulières. Les études neurobiologiques, par exemple, restent limitées essentiellement aux rongeurs et concernent la reproduction.

Par rapport aux recherches menées au moyen de questionnaires ou d'interviews, un premier type de problème est la représentativité des participants qui sont volontaires pour ces études, participants qui ont généralement des attitudes plus libérales par rapport à la sexualité que ceux qui ne sont pas volontaires. De plus, les réponses sont entachées souvent de déformation de la réalité : autocensure ou survalorisation personnelle les ponctuent. de toute manière, le contexte moral et culturel modèle ces réponses, notamment dans la représentation que se font les praticipants de leur rôle sexuel.

- L'extrapolabilité des données animales à l'Homme. Comme il est difficile envisageable, vu le contexte moral, d'effectuer des expériences sexuelles sur les humains, la plupart des données physiologiques et neurobiologiques relatives à la sexualité proviennent d'expérimentations réalisées avec des animaux et en général des rongeurs. Or vu les différences comportementales importantes entre les espèces animales et l'homme, ce qui rend l'utilisation des données fort aléatoire, sauf à considérer l'activité sexuelle comme une activité instinctive. Or même des neurologues doutent (S WUNSPH et P BRENOT, Existe-t-il un instinct sexuel?, Revue Européenne de Sexologie, Sexologies, (XIII), 2004) de l'existence même d'automatismes neurobiologiques concenant la sexualité chez l'homme...

- Le manque de connaissances en neurosciences. Les connaissances actuelles en neurosciences humaines sont très partielles. De nombreux aspects du système nerveux, tant structurels que fonctionnels, demeurent mal compris ou restent inconnus. Ainsi par exemple, par rapport aux processus de renforcement, même s'il est quasi certain qu'ils sont activés par la stimulation des zones érogènes, on ignire actuellement quels sont précisément les processus exacts qui sont à l'oeuvre. 

 

      La sexologie reprend à son compte de très nombreux auteurs de différents courants psychologiques, psychanalytiques, culturels, ayant en commun d'aborder de manière ouverte les questions liées à la sexualité humaine. En remontant d'ailleurs loin, de l'Antiquité grecque ou romaine, tant sur le versant des dysfonctionnement physiologiques ou anatomiques de l'organe sexuel que sur le versant d'une littérature érotique, d'éducation à l'érotisme. Les influences persanes ou indiennes ne sont pas négligées à cet égard.

    Tableau de l'amour conjugal, de Nicolas VENETTE, publié en 1696 est considéré comme le premier traité de sexologie en Occident. Cet ouvrage est autant un manuel d'insruction qu'un livre d'éducation et couvre en quatre parties tout ce qui a trait au sexe : anatomine, reproduction, désir, impuissance, stéritlité... Samuel Auguste TISSOT (1728-1797), médecin de réputation européenne, publie en 1758, L'onanisme, essai sur les maladies produites par la masturbation, qui reste influent pendant plus d'un siècle, surtout pour l'éducation sexuelle des adolescents. Charles DARWIN théorise les premières conceptions modernes de la sexualité.

    On le voit, le champ des influences est vaste pour les différents pionniers qui, de la fin du XIXe siècle au début du XXe, réalisent les premiers travaux de la sexologie moderne... travaux qui influencent encore aujourd'hui les théories sexologiques. Nous pouvons citer sont qui sont les plus fréquemment lus et commentés :

- Richard von KRAFT-EBING (1840-1902), considéré à son époque comme l'un des plus grands psychiatres de l'époque. Il publie en 1886 pour la première fois son principal ouvrage qui n'a pas cessé d'être réédité depuis, Psychopathia Sexualis. Abondamment pourvu de cas cliniques exemplaires et best-seller de la littérature psychiatrique, il reflète l'opinion victorienne dominante et diagnostiquait comme maladie toutes les activités sexuelles qui ne permettaient pas la reproduction. 

- Henry Havelock ELLIS (1859-1939), considéré comme le pionnier de la recherche moderne sur la sexualité. Son principal ouvrage, Etudes de psychologie sexuelle, publié en plusieurs volumes entre 1897 et 1910 est lu comme la référence en sexologie.

- Sigmund FREUD (1856-1939), fondateur de la psychanalyse. Il élabore une théorie globale du psychisme humain, où la sexualité occupe une place centrale, à commencer avec son ouvrage Trois essais sur la théories de la sexualité, publié en 1905. Sans entrer dans les multiples querelles entre ses disciples, la plupart des sexologues tiennent compte de sa métapsychologie, comme en arrière plan de leur pratique.

- Bronislaw MALINOWSKI (1884-1942), anthropologue, auteur des premières études des moeurs sexuelles dans des sociétés non occidentales. Ses travaux publiés dans La Sexualité et sa répression dans les sociétés primitives (1927) et La Vie sexuelle des sauvages du Nord-Est de la Mélanésie (1929), ouvrent la voie au comparatisme culturel.

    C'est entre les deux guerres mondiales que se dévloppent les fondations des premières institutions spécifiques à la sexologie, sous l'impulsion de plusieurs praticiens :

- Richard RICHTER (1909) invente et pose les premiers stérilets (dispositifs contraceptifs intra-utériens. La Ligue nationale pour le contrôle des naissances est fondée en 1914.

- Sirius de MASSILIE (pseudonyme, 1850-1917) énonce pour la première le mot sexologie dans son ouvrage, La Sexologie, prédiction du sexe des enfants avant la naissance (1912).

- Magnus HIRSCHFELD (1868-1995) fonde le premier Institut de sexologie à Berlin en 1919, avec Arthur KRONFELD (1886-1941), et publie le premier périodique de sexologie, Jahrbuch für sexual Zwischenstufe. Progressiste, il demande l'égalité sexuelle entre les hommes et les femmes, la libération du mariage de la "tyrannie" de l'Eglise et de l'Etat, et la tolérance envers les homosexuels.

- Le premier International congress for sex research est organisé à Berlin en 1926. La première réunion de la Ligue mondiale pour la réforme sexuelle, créée par Havalock ELLIS (1859-1939) et Magnus HIRSCHFELD a lieu à Copenhague en 1928. L'objectif est d'obtenir l'égalité sociale et juridique des sexes, le droit à la contraception et à l'éducation sexuelle. En 1931 en fondé à Paris l'Association d'études sexologiques.

- Dans les années 1930 sont fondées par Wilhelm REICH (1897-1957) la Société socialiste d'information et de recherche sexuelles et l'Asociation allemande pour une politique sexuelle prolétarienne. Il milite pour un changement radical des moeurs sexuelles (La Révolution sexuelle, 1936 - L'analyse caractérielle, 1933).

- Le pholosophe anglais Bertrand RUSSELL publie Marriage and morals. Il y revendique une éducation sexuelle de qualité, le droit à une vie sexuelle avant le mariage et le droit au divorce.

L'ensemble des sexologues d'entre les deux-guerres se situent majoritairement dans tout un courant socialiste ou socialisant, qui milite pour à la fois la révolution sociale ou du moins de profondes réformes et la révolution sexuelle. L'ambiance est à un combat contre une répression sexuelle fortement ressentie comme liée à un système économique et social. Nous avons du mal à nous représenter l'extraordinaire floraison d'initiatives et d'expérimentations en Union Soviétique et en Allemagne.

     Après la seconde guerre mondiale, les aspirations "révolutionnaires" cèdent la place à un mouvement plus "réaliste" en même temps que sont réalisées les premières grandes études de la sexualité avec des méthodes scientifiques. Alfred KINSEY, MASTERS, JOHNSON sont les auteurs des recherches qui sont aujourdh'ui considérés comme des références en sexologie.

- Alfred KINSEY (1894-1956) et ses collaborateurs publient en 1948 (Le comportement sexuel de l'homme) et en 1953 (Le comportement sexuel de la femme), la desccription et l'analyse d'entretiens avec plusieurs milliers de personnes. Ces publications provoquent à l'époque un scandale en révélant la grande fréquence de la masturbation, des rapports sexuels préconjugaux et des expériences homosexuelles dans la population générale. L'Institute for Sex Resaerch, fondé par cet auteur en 1947, est à ce jour la seul institut de recherche spécialisé dans l'étude de la sexualité humaine. Des analyses sociologiques suivent, avec un certain décalage dans le temps, sur ces enquêtes, et sur les éléments de cette enquête. Sans doute, ces comportements ne sont-ils pas, à cette époque, aussi méconnus qu'ont pu le clamer toute une classe politique et tout un monde religieux conservations. Le scandale provient sans doute surtout, ici comme ailleurs, du fait que ces pratiques sont exposées publiquement.

- Henry MILLER (1891-1980), écrivain très populaire, milite contre le puritanisme ambiant et devient l'instigateur de la révolution sexuelle avec Le monde du sexe (1940) et plus tard sa trilogie Sexus (1949), Plexus (1952) et Nexus (1959).

- Le mouvement féministe alors en plus essor, est marqué par quatre publications qui réhabilitent la femme et sion sexe dans un univers masculin, teinté de misogynies : The psychology of women (1945) de Helen DEUTCH, Le deuxième sexe (1949) de Simone de BEAUVOIR, La sexualité de la femme (1951) de Marie BONAPARTE (1882-1962) et Le complexe de Diane (1951) de Françoise d'EUBONNE (1920-2005).

- La pilule contraceptive découverte en 1956 par J ROCH et G PINCUS est autorisée et mise en vente à la population en 1960.

- William MASTERS, gynécologue, (1915-2001) et Virginia JOHNSON, psychologue, (1925-2013) réalisent la première étude scientifique sur la physiologie sexuelle. Ils étudient en laboratoire les réactions physiologiques aux stimulations sexuelles de plusieurs centaines de personnes, et décrivent les quatre phase des réactions sexuelles : excitation, plateau, orgasme et résolution (Les réactions sexuelles, 1966).

      La révolution sexuelle des années 1960-1970 et son climat libéral permettent la multiplication des études, le développement institutionnel de la sexologie, et la prise en compte de l'importance de la sexualité dans la vie quotidienne.

- Pierre SIMON (1925-2008), médecin, fait publier son livre sur le Rapport sur le comportement sexuel des Français, suivant en celà l'exemple d'Alfred KINSEY. Après lui et son prédécesseur américain sont publiés des dizaones d'études de ce genre qui prétendent décrire, dans le détail, le comportement sexuel des citoyens d'une nationalité ou d'une autre... 

- Dès 1970 à Genève, sous la rEsponsabilité du Doyen William GEISENDORF,  georges ABRAHAM et william PASINI mettent en place le premier enseignement universitair structuré de sexologie clinique qui devient ensuite Diplôme universitaire. Par la suite, des enseignements universitaires essaiment à travers toute l'Europe. Ils publient en 1974 Introduction à la sexologie médicale.

- La même année, le Symposium International de l'Organisation Mondiale de la Santé à Genève réunit des sexologues et des experts de santé publique pour traiter de l'enseignement et des thérapies sexuelles. La notion de santé sexuelle y est définie et une porposition est faite pour que la sexologie devienne une discipline autonome.

- Vern BULLOUGH, par son ouvrage Sexual Variance in Society and History, publié en 1976, initie l'école de la sexualité dans une perspective historique.

- De nombreuses études clinique et thérapeutiques sont réalisées et consignées en 1977 dans le Handbook of sexology de John MONEY et J MUSAPH et en 1978, dans le Handbook of sex therapy de Leo PICCOLO. En 1979 parait Homosexuality in perspective de MASTERS et JOHNSON et l'ouvrage d'Helen KAPLAN, Disordes of sexual desire.

- En 1978 est fondée à Rome la World Association for Sexology (WAS) pour assurer l'organisation de congrès sexologiques mondiaux.

- The European Fédération of Sexology (EFS) est fondée en 1990 à Genève sous l'impulsion de Willy PASINI. Cet organisme qui rassemble une conquantaine de sociétés scientifiques, cherche à coordonner leurs activités, à encourageer la recherche et à promouvoir les enseignements dans la perspective de la construction européenne. 

- Le médicament Viagra est commercialisé en 1998 et les laboratoires qui le mettent sur le marché promettent de révolutionner la sexualité des 50 à 80% d'hommes qui souffrent de troubles de l'érection. Mais sa commercialisation n'a pas le même impact que la mise sur le marché de la pillule contraceptive en 1960. D'une part la polémique enfle vite sur son efficacité et sur son opportunité et d'autre part, à cause de certaines épidémies liées aux relations sexuelles (MST, SIDA) et de la dénonciation des violences sexuelles courantes, le climat social n'est plus le même qu'à l'époque de la révolution sexuelle... (Histoire de la sexologie, Fonds universitaire Maurice Chalumeau, 2005)

 

       Mireille BONIERBALE (psychiatre, CHU de Marseille) et Jacques WAYNBERG (directeur d'enseignement, Hopital Saint Louis) indiquent les différentes étapes historiques et sociologiques de la sexologie française.

"L'avènement en France d'un courant de pensée favorable à une approche laïque et dépénalisée des conduites sexuelles est d'apparition tardive, et longtemps limité à des initiatives dispersées et confidentielles. A l'inverse, les pays de culture germanique sont dès la fin du XIXe siècle les authentiques fondateurs d'une scentia sexualis, qui sera édécapitée" de façon dramatique en 1933. La France l'ignore à l'époque, n'acquiert aucun enseignement et s'enlise depuis 1920 dans des joutes intellectuelles opposant les néomalthusiens aux ligues familiales. Ce n'est qu'à partir des années 1930 que débutent des actions concertées en faveur d'une vision rénovative et éducative de la sexualité, mais leurs promoteurs sont encore murés dans un carcan législatif répressif et un intérêt mitigé de l'opinion publique. Dans l'immédiat après-guerre et jusqu'en 1968, quelques auteurs adossent encore leur vocation de pédagogue à d'éphémères corporations, mais c'est en 1974 qu'éclot un réel mouvement associatif, nourri des apports indispensables nord-américains et favorisé par les succès législatifs en matière de libre accès à la contraception et au droit à l'avortement. Une vingtaine d'années est nécessaire pour qu'une vision consensuelle des pratiques des enseignements et de la recherche, aboutisse à sensibiliser les institutions de tutelle. C'est à partir de 1995 que l'implication de l'université par les instances ordinales françaises (Ordre national des médecins) ouvre un deuxième chapitre de l'histoire de la sexologie française, celui de l'unité d'action certes, mais celui surtout de l'homologation professionnelle. C'est face à ce défi institutionnel et confronté à la mondialisation de nouveaux concepts de santé publique que la sexologie française prépare l'avenir de sa cinquième génération de praticiens. Deux associations ont joué un rôle majeur dans l'histoire contemporaine de la sexologie française : la SFSC (Société Française de Sexologie Clinique) et l'AIHUS (Association InterHospitalo-Universitaire de Sexologie)."

"Depuis plus d'un siècle, de longs et pénibles efforts ont été soutenus en Occident pour que les aléas de la vie affective et sexuelle soient pris en compte de façon savante et impartiale. Quel fut le rôle de la France dans cette entreprise, et quel peut être son avenir? L'histoire de la sexologie montre de façon indéniable que le droit d'ingérence des professionnels de santé dans les secrets de la vie privée relève d'un agrément accordé ou non par le pouvoir politique. Ce fut le cas en Allemagne, lorsqu'il s'est agi de lutter contre l'ostracisme homophobe, ce fut le cas en France dans les années 1970 lorsque l'évolution des mieurs a permis la reconquête du droit de maiîtriser la fécondité et par conséquent le droit d'aimer à sa guise. Médecins et non-médecins vont alors encourager l'avènement d'une "sexologie humaniste" consensuelle, dont la popularité dure autant que vont durer les luttes militantes. En 1981, la révolution conservatrice américaine a quelque peu tari l'enthousiasme libertaire sans oublier qu'en une génération, des défis inédits doivent être relevés face au sida, à la criminalité, à l'immigration, à l'exclusion, au handicap, au retour en force de l'intégrisme religieux... Ces chocs culturels mobilisent peu la communauté des sexologues hexagonaux centrés sur le couple et les avatars de la vie sexuelle. En dépit de son passé batailleur, l'implication militante dans les luttes pour le progrès social n'est pas la préoccupation de la sexologie française dont l'histoire est issue de l'apport des sexothérapies et de la médecine psychosomatique. Le clivage corporatiste se rétablit lorsque s'imposent de surcroît de nouveaux protocoles thérapeutiques, à l'aune du concept réactualisé de "santé sexuelle". Cette médicalisation d'office est aussi l'indice d'un changement de paradigme professionnel : aux non-médecins les pratiques psychogènes de prise en charge, aux praticiens l'abord médicalisé de la sexualité, étayé par un savoir scientifique et des enseignements universitaires, adossé à des prescriptions pharmaceutiques et des obligations de performance.

L'âge moyen des sexologues français est de 49 ans, vieillissement qui semble tout juste pondéré par l'arrivée d'une nouvelle vague de professionnels. Tous on en commun deux contraintes : l'une est d'ordre linguistique, l'autre est économique. L'anglais étant désormais l'idiome des publications et des congrès internationaux, nombre de francophones peinent à se faire connaître. L'absence de financement de la recherche par des voies officielles assujettit les auteurs aux seules contributions de l'industrie pharmaceutique. Cette dépendance, caricature de la mondialisation d'une pensée unique, risque d'appauvrir une démarche de soins ouverte sur le respect de l'être humain dans toute sa diversité et son originalité. Résultat de tous les progrès accomplis en termes de formation continue, et d'une volonté affirmée de fédérer les leaders et leurs troupes, le dispositif francophone peut néanmoins aligner quelques centaines de professionnels aguerris. Leur spécificité tient à leurs acquis pluridisciplinaires, mais surtout à une sensibilité justement réputée de savoir donner vie à la notion de sujet. La "médecine sexuelle" n'est-elle pas hors sujet par vocation, aux antipodes d'une sexologie humaniste qui privilégie l'âme aux organes? Cela peut-il perdurer? Non. Même les publications les plus formatées se risquent à chuchoter que l'affectivité et la qualité de vie (amour et bonheur en langage devenu obsolète) devancent les statistiques. L'efficience commence à interroger l'efficacité (M Bonierdale, Plaidoyer pour une sexualité ordinaire, Sexologies, 2006). Quel formidable espoir de reconqête du sens pour les nouvelles générations!"

 

Mireille BONIERBALE et Jacques WAYNBERG, 70 ans de sexologie française, Sexologies n°16, 2007. Histoire de la sexologie, Fonds Universitaire Maurice Chalumeau, 2005.

 

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