Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
2 septembre 2013 1 02 /09 /septembre /2013 15:48

         Par-delà les considérations sur des oppositions entre l'amour et la haine, les liens entre sexualité et conflictualité peuvent être illustrés sur bien des plans.

 

      A commencer, en englobant toute la nature, par la compétition pour la diffusion des gènes par l'intermédiaire de rapports sexuels, chaque sujet (de l'animacule à l'homme) s'accaparant des "meilleurs partenaires" et empêchant ses congenères d'en faire de même. Cette compétition existe tant au niveau d'individus au sein d'une même espèce, qu'entre espèces différentes, où elle s'exprime plutôt par l'invasion d'un maximum d'individus s'accaparant un espace le plus grand possible.

Cette présentation de la sempiternelle lutte pour la vie, en raccourci, semble bien radicale. Mais tant dans le domaine végétal qu'animal, de multiples exemples indiquent que cette compétition est farouche même si elle ne se réduit pas à des batailles rangées (assez rares, notamment pour cette motivation, sauf chez les Primates) ou à des bagarres à mort entre individus, qui ne se déroulent pas d'ailleurs, lorsqu'elles ont lieu dans la même temporalité dans la nature. Il existe bien ne sorte de compétition dans le monde végétal, dans la recherche de la luminosité et de la chaleur, visible suivant le résultat de l'examen des différentes populations de végétaux, même elle se déroule sur de longues périodes, tandis qu'à l'autre extrême, les luttes peuvent paraitre relativement brèves (tant au niveau microscopique que dans le règne animal).

Bien plus, la multiplication des individus d'une espèce se fait de manière autonome, sans considération pour l'espèce voisine, même sur le même territoire et c'est par la multiplication de ces individus que se réalise cette lutte pour la vie, par la submersion en quelque sorte, accaparant les ressources...

Lorsqu'on examine l'espèce humaine, nous sommes en face de quelque chose de nouveau : les comportements sexuels sont bien plus régis par des habitudes culturelles qui se transmettent de génération en génération que par une "volonté pulsionnelle" de surpasser ses semblables de cette manière... 

 

    Ce qui précède, de manière outrancièrement résumée, sur les comportements sexuels est l'objet de mutliples disciplines, sciences naturelles et sciences humaines. La sexualité humaine, d'ailleurs, représente un champ de recherches comportementales, sociales, culturelles et civilisationnelles plus ou moins lié à la satisfaction ou à la répression des plaisirs sexuels. Une science à part entière, la sexologie est consacrée à la sexualité chez l'être humain, dans ses composantes médicales et sociologiques.

 

    Mais avant d'aller plus avant dans la sexualité humaine, doit-on faire place d'abord à une considération philosophique : il n'y a point de sexualité sans la mort, la limitation dans le temps de la vie des individus, et point de mort sans sexualité, sous peine de disparition de l'espèce. Si la sexualité perpétue l'espèce, les individus eux, disparaissent progressivement, après avoir subi un cycle de transformations physiologique et anatomiques qui se répétent indéfiniment de génération en génération. Ce genre de considération n'est pas propre à notre époque où, dans certaines sociétés, reculer l'âge où la mort survient, et même transformer de la mort, constitue un véritable objectif qui mobilise beaucoup d'énergies. Que ce soit avec des résultats concrets ou non, dans une pratique fantasmatico-religieuse (que les pratiquants considèrent comme aussi tangibles par ses effets que la vie elle-même)  ou proprement scientifique.

      Si aujourd'hui, la vie s'allonge (pas partout, et si la pollution s'accroit trop, cela risque de s'inverser partout...), la courte vie (être vieux à trente ans...) des nombreuses générations avant nous a inspiré bien des réflexions sur les destins individuels. L'existence de la mort suscite toute sorte de réflexions sur les composantes de la personne, réflexions qui se retrouvent dans les dogmes des religions, qui ont pour caratéristiques communes de réguler  à la fois les conditions de la mort (en tout cas par la pensée), (avant et après), et les conditions d'exercice de la sexualité. D'ailleurs, pour chacune d'entre elles, une conception de la mort (de l'essence de la personne) se rattache souvent à une conception de la sexualité. La peur de la mort conditionne un contrôle sur la sexualité.

 

     Alors que la sexualité est liée de manière quasi obligatoire à la mort, dans un processus de reproduction sans fin au niveau de l'espèce, elle est au contraire synonyme de vie (transmission de vie, mais aussi débordement de vie extatique) pour l'individu. Notamment dans la période de sa vie la plus active (que ce soit mâle ou femelle, homme ou femme, mais cette considération vaut surtout et sans doute exclusivement pour l'espèce humaine). Dionysos est associé à Eros dans un plaisir infini (mais parfois bref!) et à n'importe quelle période de l'histoire, dans n'importe quelle civilisation, la littérature abonde en récits fictifs ou romancés, de manière érotique ou pornographique, où la sexualité rime avec plaisir. Plaisir qui se veut fusionnel avec un(e) partenaire, mais qui mobilise surtout une grande partie de l'appareil physiologique humain dans ses phases ascendantes pour aboutir à l'extase, l'éjaculation, l'émission de liqueur d'amour... C'est sans doute en Occident  - mais là c'est tout un débat! - que l'aspect de plaisir lié au sexe est le plus exposé au groupe, à la société, tandis que dans d'autres sociétés, il se fait plus discret, même s'il est autant vécu. 

 

         Aspect qui fait également l'objet de beaucoup de récits ou de recherches, la dissociation toujours plus forte entre la finalité reproductuctrice de la sexualité et l'accomplissement des plaisirs pour l'individu.  En ce sens que peut se dissocier, au moins dans l'esprit de beaucoup, les nécessités de reproduction de l'espèce et la recherche du plaisir maximum le plus intense, le plus fréquent possible. La vie affectivo-sexuelle est alors plus centrée sur cette recherche du plaisir individuel qu'inclue dans les relations familiales, conduisant à un certain nombres de conflits entre sexes, entre générations... A un point où l'on pourrait concevoir des rapports sexuels les plus intenses entre partenaires et la mécanisation de la reproduction, à partir de banques de liquides sexuels, introduits ensuite dans le corps de l'un ou de l'une, de donneurs complètements différents... ou même de cultures de corps humains... Ce chemin, favorisé par les découvertes asymptotiques de la génitique, peut-il mener, lorsque la pression du groupe n'existe plus pour la reproduction, la population étant suffisante voire pléthorique par rapport aux ressources, à ce que la sexualité se réduise pour un certain nombre d'individus à cette recherche du plaisir?

 

    Il faut aussi évoquer des conflits liés au pouvoir de connaissance sur le corps, camouflé sous une morale pudibonde, connaissance du corps de l'homme par la femme ou inversement, et connaissance du corps de l'adulte par l'enfant. Le secret - de polichinelle certes, mais la connaissance n'est pas seulement résumée à la vision d'images de la nudité, voire de la sexualité en action - entretenu sur la physiologie et l'anatomie du corps par les adultes, éventé volontairement (et souvent avec une intention pédagogique) dans certaines familles par la pratique du naturisme, constitue sans doute le dernier pouvoir que possède le monde des adultes sur celui des enfants, dans des périodes où sévissent de multiples conflits de génération, une véritable dissociation socio-culturelle entre la vie des adultes et la vie des enfants, favorisée d'ailleurs matériellement en cela par le cloisonnement du rôle des pièces dans le domicile ou l'organisation de la vie quotidienne. Dans certaines régions où les femmes doivent cacher au sens propre leur corps, n'y-a-t-il pas l'entretien d'un mystère (qui accroit d'ailleurs par ailleurs un certain désir, d'autres diraient une certaine concupiscence, redoublé à l'égard du corps de l'autre sexe, dans certaines circonstances...) qui sert une domination exercée par la gens masculine?   

 

    Les différentes répressions de la sexualité sont l'occasion d'autant de conflits. Le développement de caractères agressifs est, dans l'esprit de beaucoup d'auteurs de la psychanalyse, le résultat de refoulements de la sexualité, sous la pression sociale. Le développement de tout un appareil de connaissance et de contrôle de la sexualité, notamment de catégories pauvres et/ou exploitées de la population semble, selon nombre de penseurs marxistes ou marxisant, et même selon d'autres orientations idéologiques, fortement lié au développement du capitalisme. Les auteurs du féminisme ont fortement mis l'accent sur la concomittence, la dynamisme entre domination sociale et domination sexuelle.

Mais l'utilisation du corps de l'autre, dans le cadre des violences sexuelles dans ou hors du cadre familial et de la prostitution, civile ou militaire, féminine ou masculine, adulte ou infantile, est aussi le terreau d'autres conflits que la société régule plus ou moins, de manière très différente suivant les époques et les régions, suivant des morales elles aussi très différentes et avec des résultats eux aussi très différents!

 

      Plusieurs aspects de la sexualité humaine et de leurs modes plus ou moins conflictuels ont été examinés  sous l'angle historique (par exemple par Alain CORBIN), philosophique (Michel ONFRAY... ), sociologico-historique (Michel FOUCAULT... ) ou neurobiologique (Serge WUNSCH). La psychanalyse donne à la sexualité un rôle clé dans les relations humaines et les approches médicales, légales, religieuses sont multiples et... contradictoires. Des conceptions elles-mêmes sur la sexualité peuvent donner lieu à des conflits, entre des religions ou entre religion et une  laïcité. S'y mêlent bien entendu des aspects sociologiques, économiques sur les rôles respectifs de l'homme et de la femme, pôles "opposés", "complémentaires" de cette sexualité. S'il est un domaine où la violence domine les relations sociales de la manière la plus "cachée" et "discrète", c'est bien dans les relations sexuelles entre "dominants" et "dominés"... Pour autant, pour de multiples raisons, il n'existe pas de sociologie de la sexualité en tant que sociologie organisée, et c'est à travers une littérature relativement éclatée que l'on peut se forger une idée des relations entre Sexualité et Conflit.

 

SOCIUS

 

Révisé et complété le 7 septembre 2013

 

Partager cet article

Published by GIL - dans SOCIOLOGIE
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : LE CONFLIT
  • : Approches du conflit : philosophie, religion, psychologie, sociologie, arts, défense, anthropologie, économie, politique, sciences politiques, sciences naturelles, géopolitique, droit, biologie
  • Contact

Recherche

Liens