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29 octobre 2014 3 29 /10 /octobre /2014 13:39

  Sociologie du travail, revue scientifique française fondée en 1959, constitue une référence internationale et s'adresse aussi bien aux chercheurs, enseignants-chercheurs et étudiants qu'à des praticiens, professionnels et responsables politiques. D'une lecture exigente mais loin d'être hors de portée de la plupart des lecteurs en sciences humaines, les animateurs de la revue, sous la coordination actuelle de Didier DEMAZIÈRE, du comité de rédaction comme du comité d'orientation, offrent en parution trimestrielle, des articles sur les conditions et les mutations du travail. 

   Avec ses numéros qui chacun aborde des thèmes différents, la revue donne un bon aperçu de la recherche en la matière. Publiée par l'Association pour le développement de la sociologie du travail, avec le concours du CNRS, elle est éditée par Elversier-Masson. Depuis sa création par Michel CROZIER, Jean-Daniel REYNAUD, Alain TOURAINE, Jean-René TRÉANTON, sous le patronage de Georges FRIEDMANN et de Jean STOETZEL, cette revue poursuit une double orientation. Revue spécialisée d'un domaine - celui du travail - elle tient aussi à rester une revue de sociologie générale, en prise sur les problèmes d'actualité, ouverte au dialogue sur les disciplines. Elle publie les résultats de recherche empirique, des travaux théoriques, des numéros thématiques pluridisciplinaires, des dossiers-débats et des symposiums susceptibles d'alimenter scientifiquement le débat sur les questions de société contemporaine.

Elle publie également depuis 1999 un supplément électronique en anglais diffusé sur ScienceDirect et organise chaque année un prix du jeune auteur. Des articles depuis 2004, sont disponibles également sur le site de l'éditeur (www.em-consulte.com/revue/soctra.

  On retrouve dans le comité de rédaction une quinzaine d'auteurs relativement connus, comme Didier DESMAREZ, Michel LALLEMENT, Christine MUSSELIN ou Eric VERDIER. Le comité d'orientation se compose d'auteurs français et d'autres nationalités.

 

  Lors de son trentième anniversaire, la revue a récapitulé la liste de ses articles, classés par rubriques. Les index utilisés, dans chcune des trois périodes 1959-1972, 1973-1979 et 1980-1989, montrent l'évolution des thèmes privilégiés. 

Dans la première période sont beaucoup traités le patronat et la classe ouvrière, ainsi que la bureaucratie, l'innovation, les problèmes de la jeunesse et des étudiants, ces thèmes étant moins traités par la suite.

Dans les deux premières périodes reviennent souvent les questions des Mouvements sociaux, des Professions, des Relations professionnelles, du syndicalisme, de l'action syndicale et de la revendication. Son abordées également les Théories de l'organisation, les questions autour de l'Entreprise et son organisation, de l'Industrialisation et société, de l'Industrie en soi et de la société, les Modes de rémunération, les Problèmes de formation, la Stratéfication sociale, les Systèmes de valeurs, la Ville et l'urbanisation...

Plusieurs changements très remarquables marquent la dernière période. Tout d'abord la classe ouvrière, qui connait une éclipse dans les années 1970, refait surface sous la forme d'un "groupe social" parmi d'autres. Simultanément, l'entreprise semble perdre la consistance d'une rubrique particulières : mais, un peu partout, elle reste une référence et fait même l'objet d'une livraison spéciale de la revue en 1986. En revanche, la qualification suit le trajet inverse. Elle apparait tardivement dans une rubrique autonome, aux côtés des savoirs et compétences. Auparavant, la qualification est pourtant bien représentée - abordée sous l'angle de la formation et de la rémunération - et un premier numéro spécial lui est consacré en 1973. Ce mouvement est à rapprocher des questions techniques, omniprésentes pendant les deux premières périodes, mais finalement traitées sous un intitulé spécifique et modernisé. Singulièrement, ce même traitement s'applique aux concepts les plus fondamentaux de la sociologie du travail. La dernière décennie accueille, en effet, dans une rubrique spécifique, la division du travail (aux côtés de l'organisation) et, plus étonnant encore, le travail lui-même. Détail important, le travail en question est analysé sous l'angle de son contenu et de ses représentatiçons, ce qui traduit un rapprochement avec les préoccupations des ergonomes et des psychosociologues. la nette séparation du travail et de l'emploi suggère que la rupture entre les deux orientations de la sociologie du travail est consommée et cette rupture se situe aux frontières, mal définies, de l'entreprise.

   Cette dernière époque affiche un intérêt explicite pour les savoirs des travailleurs, la science dans l'industrie et celle des chercheurs. Les articles rangés dans la catégorie "Théorie, méthodologie, épistémologie", comme les numéros spéciaux, sont remplis de réflexions autocritiques, de doutes et de tentatives de nouvellement de perspectives. Comme dans d'autres spécialités sociologiques, la chasse aux paradigmes est ouverte. Avec la débâble des "grandes théories" marxistes et structuralistes, les chercheurs s'en retournent aux sources, aux expériences concrètes, aux témoignages : mais les réalités du travaiol ne se laissent pas saisir directement.

La disparition des "système de valeurs" appartient au même revirement. Car les "représentations" des acteurs ont supplanté l'idéologie et ont apparemment gagné en efficacité. Capables d'orienter les pratiques, de refaire le monde, ces représentations contribuent aussi à reconstruire la société. Naguère, il s'agissait d'expliquer l'organisation de ces "constructions sociales", ou leur fonction par référence aux structures globales. Désormais, l'accent se porte plutôt sur leurs effets. A l'extrême limite, la sociologie cède la parole aux acteurs, ou à certains d'entre eux, quitte à retourner sa fonction critique contre elle-même.

Tous ces changements affectent aussi les thèmes apparemment stables. Malgré son déclin, le syndicalisme résiste au temps, au même titre que les "relations professionnelles" et les "mouvements sociaux". Toutefois, le nombre d'articles correspondant diminue très fortement.

Inversement, les professions rencontrent un succès croissant dans la dernière période. Le sujet n'est pas neuf. l'abondante littérature anglo-saxonne qui lui a été consacrée depuis le début du siècle a d'abord éveillé des critiques sévères, mais les mouvements de professionnalisation ne sont plus analysés comme une survivance corporatrice, mais comme une réaction face aux incertitudes de la relation salariale L'apparition du thème "Emploi, chômage, marché du travail" reflète l'émergence d'une sociologie de l'emploi.

Tandis que la sociologie du travail s'interroge sur les divisions entre travailleurs, sur la crise du travail et sur sa propre crise, elle ne cesse de s'étendre, de se fragmenter, de se recomposer, de nouer des relations avec d'autres matières. La revue, comme la discipline sociologie du travail, vit réellement en phase avec son objet, un objet sensible aux controverses. (Marcelle STROOBANTS, Sociologie du travail, Nathan Université, 1993)

 

    Bien entendu, l'évolution de la revue ne s'arrête pas là et on peut constater, avec l'approfondissement de la crise économique et la permanence d'un chômage massif, que les controverses marquent dans le ton et le contenu nombre d'articles, et reflètent bien une conflictualité croissante.

 

Sociologie du travail, Elsevier-Masson.

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Published by GIL - dans REVUES
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luckson joassaint 16/01/2016 22:08

j'aime cette revue!

luckson joassaint 16/01/2016 22:08

j'aime cette revue!

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