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15 décembre 2009 2 15 /12 /décembre /2009 14:33
                               Stratégies nucléaires chinoises

     Comme les autres grandes puissances nucléaires, les Etats-Unis, l'Union Soviétique, la France et la Grande Bretagne, la Chine a commencé son programme nucléaire dès les années 1950, par des recherches sur les applications militaires de la fission atomique.
Grâce à des accords de coopération avec l'Union Soviétique (1955), elle a pu entreprendre tout le parcours nécessaire à la constitution des premières bombes atomiques : usines de traitement et d'enrichissement de l'uranium, centre de recherches nucléaires. La première bombe atomique chinoise est expérimentée en 1964 (bombe A), suivie d'autres essais nucléaires (première bombe H en 1967).
     Comme pour les autres puissances atomiques, sa stratégie nucléaire a suivi ces développements technologiques, sans doute de manière analogue à l'Union Soviétique, quoique comme le rappelle Loïc FROUART, "la taille du pays et l'importance des enjeux, la culture du secret et l'ouverture limitée du régime, rendent compliquée voire impossible toute analyse objective des politiques suivies par Pékin." Les textes officiels font surtout référence à une "auto-défense" et à des récriminations contre les "agissements impérialistes" des deux super-grands, le tout dans une phraséologie propagandiste parfois pénible à lire.

         La connaissance même de la quantité d'armements nucléaires en possession de la Chine, sans compter leur taux d'opérationalité, est limitée, Les textes du Pentagone l'accusent régulièrement de minorer le nombre de ses missiles. Le nombre de missiles stratégiques de la Force (SMF), connue également sous le nom de Second Corps d'Artillerie, serait de 110 à 140 lanceurs, voire 200, armés chacun d'une seule ogive (IRBM et ICBM). Une nouvelle génération commence son déploiement depuis 2007. Il faut compter en outre 900 à 1000 missiles conventionnels, dont il est bien entendu difficile de cerner s'ils sont sous le même commandement opérationnel, ou si les missiles classiques et conventionnels relèvent de commandements distincts. De même, il est difficile de savoir à quel niveau (central ou d'armée) se situent les possibilités de lancer ces missiles.
     Toujours est-il que dans les textes officiels est faite la référence aux menaces d'attaque nucléaires de manière générale et au contentieux concernant Taïwan et certaines zones maritimes. A cela s'ajoute les perspectives inquiétantes d'une extension des compétences et de sphère d'action de l'Alliance Atlantique. Il faut encore ajouter que la Chine est partie prenante active dans le conflit qui oppose depuis longtemps l'Inde et le Pakistan, toutes deux puissances nucléaires.
Ces textes officiels font état en outre d'une modernisation de l'Armée Populaire de Chine, qui depuis les années 1970, doit diminuer son volume et augmenter son potentiel technique de manière rapide et massive. Un changement fondamental semble s'être produit en 1990-1991, à la suite de l'effondrement de l'Union Soviétique. Les généraux chinois furent troublés par l'écrasante défaite subie par l'armée irakienne lors de la première guerre du Golfe, si bien que Pékin a qualifié cela de nouvelle ère de "révolution militaire" dominée par les combats de haute technologie.

        Le Livre Blanc de 2006 sur la "politique de défense nationale" décrit l'objectif de la Chine de bâtir une armée sophistiquée d'ici 2050. Le but est de développer "la mécanisation comme base et l'informatisation en tant que moteur". Le rapport insiste principalement sur une "défense active" et sur la capacité de déployer rapidement une force militaire coordonnée avec une puissance de feu maximale au-delà de la région immédiate de la Chine. Pour ce qui concerne l'arme nucléaire, le Livre Blanc réitère la politique officielle du pays de ne pas "frapper les premiers" et déclare que la Chine ne va pas s'engager dans une course aux armements nucléaires.
       C'est ce qu'analyse entre autre Barthélémy COURMONT. Celui-ci écrit que le Livre Blanc promet que "la Chine poursuit une stratégie nucléaire d'auto-défense. Elle demeure formellement engagée à poursuivre sa politique ne de pas utiliser la première des armes nucléaires à tout moment et en toute circonstance". "Son objectif fondamental est de dissuader d'autres pays d'utiliser ou de menacer d'utiliser des armes nucléaires contre la Chine. Elle s'engage sans condition à ne pas utiliser ou menacer d'utiliser les armes nucléaires contre des pays sans armes nucléaires ou des zones dénucléarisées et soutient la prohibition totale et l'élimination complète des armes nucléaires." 
L'auteur de l'étude sur le Livre Blanc souligne que, malgré ses affirmations, la Chine "a longtemps été un agent de la prolifération, tout particulièrement en direction de la Corée du Nord et du Pakistan, accessoirement de l'Iran et d'autres pays (en fait un nombre assez réduit)".
Par ailleurs, la "Missile Defense" tend à être un nouvel argument chinois dans la course aux critiques que se livrent la Chine et les États-Unis au niveau de la militarisation du détroit de Formose. En utilisant le développement de la Missile Defense comme prétexte de poids, la Chine pourrait doubler sa politique de développement nucléaire et balistique quantitatif par un grand effort de développement qualitatif (missiles nucléaires à têtes multiples, ogives manoeuvrantes, aides à la pénétration, déguisement des ogives en leurres...), tout en poursuivant ses efforts en vue de déployer des rampes de lancement mobiles."

Barthélémy COURMONT, Le nouveau livre blanc de la défense de la Chine, 2006, IRIS. Loic FROUART, La politique de défense chinoise en 2007, Défense nationale et sécurité collective de mai 2007.
Des informations éparses sont disponibles sur les sites du ministère français de la défense ainsi que sur www. Mondialisation.ca.

                                                          STRATEGUS
 
Relu le 9 Septembre 2019

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