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29 juillet 2010 4 29 /07 /juillet /2010 16:50

                         Si l'Education à la Paix en tant que discipline à part entière, acquiert peu à peu toute sa place dans le domaine des sciences sociales, son existence et son évolution reste très incertaine suivant les contextes socio-politiques. Ses origines lointaines peuvent se situer au début du XXème siècle, aux alentours de la Première Guerre Mondiale, où la question de la paix revêt une substance dramatique : un certain nombre de pédagogies voient le jour, telle la pédagogie Montessori, celle de Célestin FREINET, dans la mouvance du mouvement coopératif...

Mais la perception de la nécessité d'une éducation à la paix, spécifiquement, demeure très récente, et émerge dans les années 1960 à 1980, dans les milieux qui précisément s'intéressent de près à la construction de ce qu'on appelle aujourd'hui une culture de la paix. C'est principalement dans le milieu enseignant, mais pas seulement, que cette préoccupation se précise et plusieurs colloques sur l'Education à la Paix dans les années 1980, entre autres sous l'égide de la Ligue de l'Enseignement en France, en témoignent. Le directeur de l'UNESCO d'alors, Amadou-Mahtar M'BOW estime que "l'éducation à la paix concerne la jeunesse, plus que tout autre classe d'âge, sans doute - puisqu'elle est la première victime désignée de la guerre et la première bénéficiaire de la paix. La jeunesse, est paradoxalement, perméable aux conditionnements psychologiques et aux préjugés de nationalité, de race ou de couleur que certains sont tentés de lui inculquer ; en même temps qu'elle est réceptive aux idéaux d'égalité, de justice, de solidarité, sur lesquels se fonde toute action en profondeur pour la paix et la compréhension internationale. D'où l'importance d'une éducation à la paix qui s'adresse spécifiquement aux jeunes, et qui, loin de commencer ou de s'arrêter au seuil de l'école, s'élargit au contraire, à toutes les instances sociales par où passe l'éducation au sens le plus large du terme."(1986).

 

            Alors que le mouvement éducatif en faveur des méthodes coopératives est devenu largement minoritaires, que la conception d'une classe coopérative a laissé la place à une pédagogie institutionnelle qui place de fait les élèves en compétition et en dépendance totale vis-à-vis du maître ou du professeur, la plupart des enseignants favorables à un enseignement de la paix, à la fois contenu et méthode, présentent la coopération entre eux et leur autonomie comme une des conditions nécessaires à son succès. Il existe une véritable contradiction à tenter d'introduire dans le système scolaire des méthodes coopératives. il existe une véritable révolution à opérer de l'intérieur de ce système - et les volontaires pour le faire aujourd'hui ne manquent pas - un système qui s'est enraciné dans l'organisation du travail scolaire sur le modèle de la caserne, pour ne pas dire du couvent. De plus, les systèmes scolaires en Europe furent réellement mis en place au moment des affirmations nationales, voire nationalistes, souvent empreintes d'idées agressives, voire guerrières. En cela, la généralisation - la démocratisation - de l'enseignement (obligatoire et gratuit...)  ne faisait que reproduire en masse ce qui existait déjà de manière très lointaine dans les classes dirigeantes, une éducation qui donnait une grande place dans la préparation de la guerre.

  Si en France, la véritable révolution culturelle de mai 1968 ne finit pas de produire ses effets, malgré les résistances que certains qualifieraient d'arrière-garde de la part d'une fraction très importante des cadres enseignants, mettant en cause de manière de plus en plus générale l'autorité de savoirs transmis verticalement, il n'en est pas de même dans toute l'Europe et encore moins aux Etats-Unis ou dans certains autres pays.

      Les sympathies grandissantes et très récentes des pouvoirs publics en faveur de l'éducation à la paix, qui se manifestent par des débats sur les politiques éducatives dans les Parlements (Assemblée Nationale, Sénat, 2005, France...) proviennent en partie de leur appréhension et de celle d'une partie des populations face à la montée de ce qu'on appelle communément (et sans doute de manière confuse) la violence scolaire. La nécessité de répondre à un certain climat dégradé dans de nombreux établissements aux Etats-Unis comme en France induit la mise en place de politiques contre les violences scolaires qui trouvent vite leurs limites si elles se résument à des mesures répressives ou de contrôle. En France, pour prendre un exemple, la mise en place de conseils de coopération entre les élèves et les professeurs, est supposée prévenir et guérir un certain malaise persistant. Les efforts fournis ne sont pas négligeables pour parvenir à instaurer un climat serein, mais ils se heurtent vite à la réalité d'un système qui semble être là surtout pour perpétuer les compétitions et les inégalités sociales.

 

          De manière générale, les "militants" pour l'Education à la Paix sont extrêmement conscients des obstacles qui se dressent contre la mise en place véritable d'une éducation à la paix à l'école. Ainsi, Eveline CHARMEUX, formateur à l'IUFM, insiste sur le fait que "toute violence est réponse à une autre violence reçue ou perçue comme telle. La violence des adultes d'aujourd'hui est de toute évidence réponse à des violences dont l'éducation - certes involontairement, mais ça ne change pas grand chose! - est responsable. La raison en est que nos principes d'éducation se trouvent depuis toujours coincés entre deux directions contradictoires :

- celle qui vise l'épanouissement de la personnalités de chaque individu et s'efforce de protéger celle-ci de toute influence extérieure, en vue d'une prétendue liberté - au nom de laquelle, on le sait, bien des crimes ont été commis!,

- et celle qui cherche, par la soumission, à adapter l'individu à des normes sociale posées à l'avance, au nom de prétendues valeurs, que symbolisent contraintes et efforts."

  Pourtant, "éduquer, ce n'est pas choisir entre ces deux directions, c'est apprendre à résoudre dialectiquement la contradiction. Ce n'est pas davantage former l'enfant (...) c'est l'équiper, par l'exploitation des deux tendances, dialectiquement associées, pour qu'il se construise lui-même, en toute lucidité, sa forme, sa vie, sa personnalité dont il a appris à ne pas être dupe, et son insertion dans un société, dont il est, de surcroît, capable d'analyser le fonctionnement pour éventuellement le modifier." Eveline CHARMEUX insiste également sur la contradiction entre des discours généreux sur la paix et les pratiques, pédagogiques entre autres, des enseignants en particulier, des adultes en général. Elle ne fait que reprendre par ce discours celui très général de l'éducation populaire dont Célestin FREINET (1896-1966) et Maria MONTESSORI (1870-1952) furent les promoteurs. C'est d'ailleurs, en quelque sorte, par l'intermédiaire de cette idée qui gagne du terrain, l'Education à la Paix, que ses principes reviennent dans le débat public. 

 

        L'éducation à la paix rappellent souvent les membres des différentes institutions ou organisations qui s'attachent à la faire progresser ne constitue pas une matière supplémentaire à placer dans les disciplines enseignées à l'école, au même titre que les mathématiques ou l'histoire. Elle est surtout une méthode qui, pour produire les résultats qu'ils en attendent, qui imprègnent à la fois tout l'enseignement et la manière dont il est transmis. A ce titre, il ne suffira pas de temps libres ou de cours de moral civique pour la faire progresser. C'est sans doute l'ensemble du système scolaire qui doit être refondu en fonction des nouveaux objectifs. Cette position radicale n'empêche pas, dans le cadre du système tel qu'il est, de nombreux enseignants d'effectuer un travail, souvent discret, pour la promotion d'une culture de paix, à travers de multiples méthodes, tels que l'organisation de jeux entre enfants, jeux coopératifs parfois avec l'aide de certains matériels adaptés, ou d'activités "libres" qui ouvrent les enfants aux réalités du monde qui les entourent. 

     Ce qui motivent beaucoup d'enseignants, à défaut d'être l'objet de programmes ou de doctrine officielles, c'est ouvrir les esprits des enfants aux possibilités de résoudre ou de vivre les conflits autrement que dans l'agression ou la violence, par la pratique de la médiation par exemple.

 

   Actes du  Colloque L'éducation à la paix, octobre 1986, Ligue Internationale de l'enseignement, de l'éducation et de la culture populaire, Ligue française de l'enseignement et de l'éducation permanente, Jeunes pour une action démocratique en Europe ;  Eveline CHARMEUX, L'éducation à la paix, est-ce l'affaire de l'Ecole?, 2006 ; Répertoire sur l'éducation à la paix, Ligue internationale de l'enseignement, de l'éducation et de la culture populaire, Ligue française de l'enseignement et de l'éducation permanente, Collectif Education à la paix, 1988 ; Non-violence Actualités, Spécial Guide de ressources sur la gestion non-violente des conflits, n°294 - Septembre-octobre 2007.

Des renseignements utiles peuvent être trouvés sur le site officiel du Ministère de l'Education.

 

                                                                                                                                            PAXUS

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