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5 novembre 2014 3 05 /11 /novembre /2014 08:04

        Nombre d'études sur le travail  font dériver la sociologie de la sociologie du travail vers une sociologie du travailleur.

 

       Des auteurs insistent sur la "définition de la situation" comme ceux dans l'environnement de l'Ecole de cambridge, elle-même inscrite dans la tradition de l'Ecole de Chicago. En 1952, en plein essor du mouvement des relations humaines, Heverette Charington HUGUES (1897-1983), professeur à l'université de Chicago, et ses élèves publient un numéro spécial de l'American Sociological Review qui marque, quinze ans avant l'étude de GOLDTHORPE, une position alternative à celle de MAYO et de ses continuateurs. Cette nouvelle approche s'intéresse au mouvement des individus dans leur vie professionnelle, tente de mettre en scène des trajectoires empruntées par les individus au long de leur cycle de vie et s'oppose plus ou moins à une approche globale des fonctions remplies par une entreprise ou une administration. Pour ces sociologues, l'action collective est un processus qui peut être saisi empiriquement grâce à l'analyse biographique.

Il faut dire que la biographie est un genre très prisé aux Etats-Unis, où l'on a tendance à expliquer la vie des individus surtout à partir de leur personnalité, en plaçant seulement en arrière-plan, les conditions socio-économiques globales.

C'est l'analyse des biographies de protagonistes des actions collectives qui peut donneer au sociologue les dimensions des territoires, géographiques ou sociaux, sur lesquels ce processus se déroule. Ces territoires sont des limites "réelles", elles correspondent rarement à une définition administrative ou légale. Les professions en général sont des systèmes collectifs, et elles organisent des conjonctions de destins individuels. Tout se passe comme si, engagé dans un processus de d'interaction avec les générations qui l'ont précédé, l'individu se sent socialisé à une séquence arborescente des postes de travail, parmi lesquels il doit tracer son propre itinéraire. Il se sent ainsi absorbé dans une organisation collective de travail et, en fonction de son niveau scolaire, de son espérience et des systèmes d'opportunités qui s'ouvrent à sa génération, peut choisir entre plusieurs alternatives.

Howard S BECKER (né en 1928) et J W CARPER cette approche résument dans l'American Journal of Sociology n°61 de 1956 ("The dévelopment of identification with an occupation") : "Des mécanismes sont à l'oeuvre qui conduisent la participation dans des groupes organisés à affecter l'expérience et l'image de soi des individus. ¨Parmi ces mécanismes jouent l'intérêt pour de nouveaux problèmes, la fierté de mettre en oeuvre de nouvelles techniques, l'acquisition d'une idéologie professionnelle, l'investissement dans ce que l'on fait, l'intériorisation des motifs organisateurs de vocations spécifiques (qui en définissent les frontières), enfin la sujétion dans laquelle on se trouve vis-à-vis des systèmes formel et informel de pouvoir du secteur."  Cette approche relativise fortement l'effet de système que, depuis la recherche de Hawthorne, on accorde à toute organisation du travail. Le changement de perspective provoque dans la sociologie du travail à la fois une extension du champ d'application et une dissolution dans une sociologie de classes, des catégories sociales, de la mobilité sociale, dans une sociologie générale. (Pierre TRIPIER)

    Ceci d'autant plus que les sociologues américains, dans leurs approches, mélangent travaux intellectuels et manuels, positions salariées et indépendantes, professions nobles et humbles occupations, et comme il s'agit de parcours individuels, la sociologie du travail se trouve dissoute dans une sociologie générale, puisque sont mêlées des considérations qui rattachent cette sociologie du travail, à la sociologie familiale. Suivant la tendance idéologique du sociologue, on peut avoir affaire à un affinement de la situation individuelle, vers une typologie des individus qui se retrouve à tous les moments de la vie, qu'ils soient professionels ou familiaux, ou au contraire à un élargissement sur une réflexion à propos du type de société. Ainsi, en France, des auteurs s'inspirant du marxisme ou de l'actionnalisme (comme GURVITCH ou TOURAINE), sociologues ou anthropologues, entrent dans un dialogue fructueux avec les sociologues du travail. 

  Dans sa réflexion sur l'évolution de la sociologie du travail, Pierre TRIPIER voit un partage entre une approche classique et l'ittuption de propositions hétérodoxes tendant à désenclaver la sociologie du travail par abandon partiel de la tradition d'Hawthorne :

- Continuité obsersée dans les travaux rendus compte par la revue Sociologie du travail (notamment dans les thèmes Nouvelles technologie dans l'industrie ou Enjeu des qualifications) ;

- Rupture par l'émergence de quatre approches distinctes : refus de considérer la situation de travail comme universellement explicative ; examen des vertus discriminatoires du marche du travail (femmes, jeunes, ruraux...) ; utilisation des principes méthodologiques classiques de la sociologuie du travail appliqués à des populations ayant des fonctions plus comlexes que les salariés des grandes organisations ; comparaisons internationales démontrant que la division/affectation des tâches s'explique moins par la technologie que par des variables sociétales...

 

    La qualification constitue un débat fondamental, pas seulement pour la sociologie du travail, mais dans les relations mêmes entre acteurs sociaux du monde de l'entreprise. Les résistances aux politiques de qualification, la participation des instances étatiques à l'élaboration des grilles de salaires et des rémunérations, l'importance du travail syndical, parfois pas suffisamment clarifié, autour des échelles de rémunérations qui s'appuient sur les qualifications données aux différents postes de travail, constituent les éléments récurrents des conflits sociaux. 

 

   Marcelle STROOBANTS indique bien que "le sociologue ne peut se contenter d'interpréter les relations qui s'organisent autour du travail en fonction du témoignage des acteurs. Leurs conceptions et leurs pratiques sont marquées par des rapports de force et des intérêts qui dépassent le cadre d'une entreprise. Les épisodes au cours desquels une valeur est reconnue à un aspect du travail contribuent à modifier ou à reproduire l'ensemble des structures de qualification ; mais chacun de ces épisodes est également conditionné par ces structures, par la gamme des qualifications des autres travailleurs effectuant, au même moment, des travaux analogues ou différents. 

On comprendra que la qualification représente un des concepts les plus ambigus et les plus controversés en sociologie du travail".

L'auteure s'appuie en grande partie sur la grande étude du Commissariat du Plan sur La Qualification du travail : de quoi parle-t-on? (La Documentation française, 1978). 

"A l'origine, poursuit-elle, de ces débats, on verra resurgir régulièrement deux difficultés :

- la tentative de fonder scientifiquement la qualification sur la qualité du travail ;

- la tentative d'évaluer, dans le temps, les transformations de la qualification."

  Les pionniers français de la sociologie du travail, Georges FRIEDMANN et Pierre NAVILLE (Traité de la sociologie du travail, 1962) divergent sur cette question de la qualification, sur le fait de savoir ce qui est qualifiable, le travail (le poste de travail) ou le travailleur... Et la position du premier varie d'une période à l'autre, sans doute parce qu'à une phase d'optimisme (que n'a jamais partagé Pierre NAVILLE...) succède une phase de pessimisme sur les apports des "progrès technologiques" au travail. "L'évolution du travail, telle qu'elle est interprétée par les sociologues du travail, depuis les années 1950, semble suivre un mouvement alternatif, actionné par la technologie. Dans les années 1955 à 1965, une valeur globalement positive est accordée au "progrès technique" et à ses répercussions sociales. La décennie suivante enregistre au contraire de multiples "dégâts du progrès". Au début des années 1980, les "nouvelles technologies fondent des espoirs de sortie de crise et de revalorisation du travail."

Dans ces climats d'optimisme et de pessimisme qui traversent l'ensemble de la société, les sociologues s'efforcent de garder des caps logiques en fonction des réalités d'introduction des technologies dans l'entreprise.

    Entre NAVILLE, FRIEDMANN et TOURAINE, et leurs collaborateurs comme leurs continuateurs... c'est sans doute ces évolutions de la réalité qui donnent leurs tonalités à leurs analyses, évolutions qui se traduisent également par une évolution du salariat. Ces analyses sont inséparables en même temps de leur instrumentalisation en quelque sorte par les acteurs sociaux. A l'insu parfois des convictions profondes des sociologues, des argumentations sont énoncées par les syndicats et les patronats pour justifier ou appuyer des politiques industrielles. En tout cas, la perte d'importance des rémunérations par rapport aux investissements en machines pèse sur l'ensemble des pratiques du travail. Dans les négociations collectives, la perte de poids des syndicats (que ce soit de manière "mécanique" du fait de cette perte d'importance, soit de manière idéologique par défaut d'objectifs à long terme) participe à un double mouvement de qualification et de déqualification du travail, suivant les branches d'activités, les postes... L'automation est bien au coeur de la problématique de la qualification.

 

   A rester dans la logique de la continuité des thèmes, continuité appuyée par des pratiques de management qui s'alimentent de la sociologie du travail et qui l'alimentent à leur tour, dans un mouvement de... professionnalisation!, le travailleur en soi ne peut que se trouver dévalué, si l'on s'en tient à des considérations strictement liée aux postes de travail, qui restent eux l'objet de toutes les attentions.

C'est pourquoi, dans un contexte de chômage massif (qui va bien au-delà des statistiques officielles...), les sociologues qui optent pour un autre discours tenant compte de l'ensemble des évolutions sociales, sont mieux à même - du point du vue des acteurs qui ne dirigent pas (ou qui subissent...) la vie économique actuelle bien entendu - en replaçant l'homme-travailleur, qu'il soit ou non à un poste, au centre des analyses, de cerner les tenants et  aboutissants des évolutions du travail....

 

Marcelle STROOBANTS, Sociologie du travail, Nathan Université, 1997. Pierre TRIPIER, Sociologie du travail, dans Sociologie contemporaine, Vigot, 2002.

 

SOCIUS

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Published by GIL - dans SOCIOLOGIE
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