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10 mars 2011 4 10 /03 /mars /2011 10:03

                  Contre la tendance à donner la plus grande importance au jeu des acteurs dans la ville, et du coup, à placer au second plan le cadre urbain proprement dit, un certain nombre de sociologues veulent redonner tout son sens à l'analyse spatiale dans l'interprétation de la dynamique sociale.

Ainsi, Jean REMY et Liliane VOYE, dans La ville et l'urbanisation (1974 aux Editions Duculot), récusent "toute perspective déterministe attribuant à l'espace des effets automatiques et homogènes, et définit celui-ci comme une ressource dont l'appropriation contribue à constituer l'acteur dans ses relations aux autres et qui engendre des effets de sens opposés - en particulier avec l'urbanisation définie comme modification du rapport à l'espace à partir de la possibilité et de la valorisation de la mobilité. C'est par ailleurs la saisie de la logique se trouvant à la base de l'élaboration de ce produit qu'est le bati ou l'espace architectural et celle de sa signification en terme de valeur d'usage (entendue au-delà du simple registre utilitaire) qui vont être au centre d'une série de recherches, dans lesquelles Henri LEFEBVRE a joué un rôle important. Notons tout particulièrement, dans cette perspective les travaux réalisés sur l'habitat pavillonnaire, puis sur d'autres types de logement et sur divers équipements collectifs, travaux qui montrent comment les usages du bâti sont à la base d'une communication sociale que peuvent perturber certaines conceptions architecturales." (Jean REMY et Liliane VOYE).

Jean REMY (né en 1928), Liliane VOYE et Emile SERVAIS (Les deux premiers auteurs, Ordre et violence, Formes spatiales et transaction sociale, PUF, 1981 ; La ville : vers une nouvelle définition?, L'Harmattan, 1992 et les trois, Produire ou reproduire? Une sociologie de la vie quotidienne, 2 volumes, Bruxelles, De Boeck Université, 1991) font de la "transaction sociale" le concept central de la sociologie de la vie quotidienne et du monde urbain. Si initialement la transaction s'appliquait dans le champ juridictionnel et dans le domaine économique, il reste qu'elle peut recouvrir une portée bien plus large dans la mesure où il est possible de la considérer comme une unité de base de la vie sociale et de la concevoir comme une séquence d'ajustements successifs permettant de parvenir à des compromis. Dans cette perspective sociologique, la transaction correspond à un processus permanent de régulation des échanges ; elle est beaucoup plus attentive aux conflits et aux rapports de force et ne présuppose pas le consensus, ce qui la rapproche au demeurant de la transaction juridique. C'est dire si elle demeure toujours inachevée, le conflit social n'ayant pas de solution définitive. En résumé, "la transaction sociale est un processus dans lequel s'élaborent des compromis pratiques qui permettent la coopération conflictuelle et la (re)création permanente du lien social. En d'autres termes, la transaction sociale est un processus de socialisation et d'apprentissage de l'ajustement à autrui. Elle est aussi un mode de comportement diffus dans la vie quotidienne à travers lequel se construit, dans l'action réciproque, le sens du jeu social. Il en découle des processus d'affiliation et de désaffiliation" (définition de Marie France FREINET, Maurice BLANC et de leurs collaborateurs dans Les transactions aux frontières du social, Lyon, Chroniques sociales, 1998. (Jean-Marc STEBE et Hervé MARCHAL)

 

                Henri RAYMOND (né en 1921), dans par exemple L'architecture, les aventures spatiales de la raison (1984, aux Editions du Centre Georges-Pompidou), élabore les concepts de type architectural et de modèle et propose ainsi une articulation nouvelle entre l'architecture et les sciences humaines, en particulier la sociologie. La consultation de la littérature pavillonnaire française permet à Henry RAYMOND et ses collaborateurs dans L'Habitat pavillonnaire, Centre de recherche d'urbanisme, 1966, L'Harmattan, 2001) de dégager les thèmes révélant comment s'est créée dans l'horizon culturel français une image du pavillon. Les arguments sanitaires sont particulièrement utilisées dans cette littérature consacrée au pavillon individuel. 

 

               Raymond LEDRUT (1919-1990), qui prend encore plus de distance par rapport au paradigme "structuralo-marxiste" accorde une grande importance à la recherche empirique, autant qualitative que quantitative. Dans L'espace social de la ville, en 1968 (Anthropos), il multiplie les tableaux statistiques. Il avance, dans sa réflexion, des concepts du type "symbolique urbaine", "imaginaire urbain", à faire le lien entre "forme", "sens" et "rapports au monde" (Les images de la ville, Anthropos, 1973 ; L'espace en question, Anthropos, 1976) et à ancrer sa perception dans la réalité de la région Aquitaine. Très critique comme Henri LEFEBVRE quant à l'urbanisme et aux politiques de planification et d'aménagement urbain, mais désireux d'établir un dialogue pour améliorer les choses. 

 

               Françoise CHOAY (née en 1925) propose de voir la ville comme un système de signes non verbal dans son livre de 1966,L'urbanisme : utopies et réalités. Une anthologie (Editions Le Seuil). Elle est amenée à constater la réduction sémantique qui affecte la ville actuelle, où bâtiments et composition de l'espace ont perdu leur capacité autosignifiante. Nous entrons, selon elle, dans le "règne de l'urbain". c'en est fini de la ville qui renvoyait à une certaine manière locale de vivre institutionnellement ensemble. D'ailleurs, ceux qui se mobilisent pour des rencontres de quartier ou des repas de quartier connaissent les difficultés de renouer ce lien social perdu.

 

                 Abraham MOLES (1920-1992), Raymond BOUDON (né en 1934), Sylvia OSTROWETSKY (L'imaginaire bâtisseur : les villes nouvelles françaises, Librairie des Méridiens, 1983) ou Pierre PELLEGRINO (Identité régionale et représentation collective de l'espace, Genève, Graal, 1983) qui situe l'espace opératoire par rapport à l'espace vécu, proposent de lier imaginaire et urbanisme. Ils voient le langage spatial, comme ceux précédemment cités, comme étant une modalité d'expression sociale sous-tendant à la fois la conception architecturale et urbanistique et la formation d'identité.  Moins pessimistes que Françoise CHOAY, ils estiment que c'est dans une relation évolutive et multidimensionnelle à l'espace que l'individu parvient à construire tout de même de façon plus ou moins heureuse son rapport au monde. Dans la nouvelle "sphère phénoménologique" en train de se constituer, les appropriations restent toujours possibles.

 

                          D'autres auteurs définissent l'espace plutôt comme une ressource spécifique, voulant saisir l'ampleur des enjeux qui transitent par lui et donc ses modes d'intervention dans la constitution du pouvoir des acteurs.

D'une part sous l'inspiration des travaux de Michel FOUCAULT et de Félix GUATTARI, à propos surtout des équipements collectifs, des auteurs étudient les activités qui "disciplinisent" et celles qui aident à l'émergence d'alternatives sociales. Comme Jacques DREYFUS (La ville disciplinaire, Galilée, 1976) et Michel VERRET (L'ouvrier français : l'espace ouvrier, Armand Colin, 1979).

D'autre part des sociologues analysent le lien entre dynamique affective et espace social en s'efforçant de dégager les fondements psychologiques et socioculturels du vécu de l'espace, notamment à partir de la relation aux espaces habités pendant l'enfance et l'adolescence. Ainsi Jacqueline PALMADE dans symbolique et idéologie de l'habiter de 1977 (deux volumes, CSTB). 

 

                                    Jean REMY et Liliane VOYE pensent que "préfigurée par la Poétique de l'espace de BACHELARD, l'intégration de l'imaginaire social à l'analyse urbaine trouve sans doute son centre de gravité à Grenoble, auteur de Pierre SANSOT (1973, La Poétique de la ville, Paris, Klincksieck) ; pour celui-ci, en effet la ville - base d'une suscitation multisensorielle - joue sur son imaginaire social construit par le sujet en fonction d'une certaine conjoncture socio-affective." Alain MEDAN, (La ville censure, Anthropos, 1971) s'il est lui aussi attentif à la forme se mobilise auteur de l'opposition entre la ville latente et la ville manifeste, qu'il tente de découvrir en recherchant l'identité globale de diverses villes. 

 

 Jean-Marc STEBE et Hervé MARCHAL, Sociologie urbaine, Armand Colin, 2010 ; Jean REMY et Liliane VOYE, Sociologie urbaine, dans Sociologie contemporaine, Vigot, 1997.

 

               SOCIUS

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Published by GIL - dans SOCIOLOGIE
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