DEFINITIONS

Samedi 14 janvier 2012 6 14 /01 /Jan /2012 13:14

                La délimitation de ce qu'on entend par "religion" est aussi difficile de ce q'on entend par "violence", si nous suivons Danièle HERVIEU-LÉGER dans sa tentative de définition de la violence religieuse. "... s'agit-il d'établir le lien à la violence de la religion en elle-même (...) ou bien se contentera-t-on de repérer ce qu'il en est de l'engagement des religions historiques dans des situations - les guerres par exemples - dans lesquelles la violence est massivement en jeu? On pressent que l'enjeu (...) est précisément de nouer entre eux ces différents niveaux de questionnement. Mais on se heurte alors à une autre difficulté, qui est celle du parasitage de celui-ci par des débats, des idées toutes faites et des enjeux culturels et politiques autant qu'intellectuels, qui en brouillent singulièrement l'abord. parmi les poncifs les plus courants, il y a celui qui oppose de façon parfaitement tranchée la violence intrinsèque des monothéismes universalistes à l'ouverture tolérante des polythéismes. Ou encire celui qui consiste à poser qu'il existe des religions "portées à la violence" par nature, et des religions qui, sauf dérives, sont au contraire intrinsèquement ordonnées à la paix. Au-delà de ces pseudo-différenciations, dans lesquelles se joue couramment la désignation de la religion de l'autre comme "mauvaise religion", il y a le point de vue qui impute la violence irréductible de toute religion quelle qu'elle soit à l'aliénation que la religion génère et entretien, ou à l'illusion dont elle est porteuse. Cette violence que la religion exercerait par définition contre les consciences ne saurait être éradiquée que par le triomphe sans reste de la raison sur la croyance religieuse. Mais ce point de vue rationaliste entre à son tour en conflit avec une autre perspective qui, en plaçant la violence de la vie elle-même à la source de la religion, fait de celle-ci une dimension irréductible de la condition humaine et sociale, en laquelle précisément cette violence est à la fois condensée et socialement conjurée. Comment ordonner, du point de vue des sciences sociales, la diversité de ces mises en perspective contradictoires?" 

  Avant de poursuivre avec l'auteur la réflexion sur l'anthropologie de la violence religieuse, sur les textes fondateurs des religions et la violence, sur la mémoire religieuse comme mémoire de combat, sur les conditions d'actualisation de la violence religieuse, puis sur une problématique entre religion et autodestruction, nous nous permettons d'exprimer le point de vue selon lequel la pensée religieuse, en fondant tout un système de relations entre les hommes et les choses et entre les hommes et l'univers, comme sur les hommes entre eux, sur une foi et non sur une connaissance, constitue sans doute un facteur aggravant ou supplémentaire de violence. La rationalisation à laquelle nous sommes attachés pour comprendre l'univers et nous-mêmes ne constitue pas certes pas une condition suffisante pour l'éradication de la violence, mais elle en est sans doute une condition nécessaire...

 

            Le point de vue anthropologique s'emploie "à saisir la question de la violence à travers le lien qui existe entre le processus religieux, saisi à travers la structure minimale commune à une vaste population de rites et de mythes, et les processus biologiques qui définissent le vivant : naissance, croissance, reproduction, vieillissement et mort. L'anthropologue Maurice BLOCH (né en 1939) place cette structure irréductible  des phénomènes religieux dans la représentation de l'existence des êtres humains dans le temps assurée par le rite. La violence du religieux se définit, selon lui, par cette "violence en retour" par laquelle l'homme rompt le processus inéluctable qui le conduit vers la mort (violence de la vie par excellence), en sortant rituellement !et de façon le plus souvent violente, comme en témoigne la mise à mort symbolique des initiés) de la vie, afin de participer d'une transcendance qui lui permet de faire retour  vers ce monde-ci, afin d'y reconquérir la vitalité, prélevée, consommée, sur des êtres extérieur : le transcendant se procure l'énergie nécessaire pour substituer  à la vitalité ordinaire éliminée, une nouvelle vitalité prise de force (La violence du religieux, Odile Jacob, 1997). Le processus rituel dans son ensemble peut être compris comme la construction d'une forme de "violence en retour" à la fois au niveau public et au niveau personnel, violence qui peut, dans des circonstances données, développer des effets politiques et militaires, aussi bien qu'économiques. (...)" "...(Le) schéma commun à l'initiation et au sacrifice, sous la forme d'un mouvement hors de la vitalité et retour, mis en évidence par Maurice BLOCH, croise classiquement la théorie du sacrifice de Henri HUBERT (1872-1927) et de Marcel MAUSS (1872-1950), autant que l'étude menée par Edward E EVANS-PRITCHARD (1902-1973) sur le sacrifice Nuer. Mais il tient à distance la théorie générale du sacrifice de genre évolutionniste (comme c'est le cas de façon paroxystique chez René GIRARD (né en 1923) (La violence et le sacré, Grasset, 1989)) de l'identification du sacrificateur avec la victime l'anticipation encore primitive du sacrifice de soi du dieu. Cette identification, selon GIRARD, se trouverait accomplie de la façon la plus parfaite dans le sacrifice chrétien, dans lequel la violence du religieux serait ultimement abolie. Ce que Maurice BLOCH, de son côté, souligne spécifiquement, c'est le lien de continuité entre l'élément d'auto-sacrifice, l'élément de consommation (la "cuisine du sacrifice") et le déploiement agressif, militaire et politique, de la vitalité reconquise, au moins lorsque les circonstances historiques le permettent.

 

       Cette anthropologie nous invite "à reconsidérer l'évidence supposée d'une violence exclusivement attachée à la forme monothéiste du religieux. Mais elle ne dispense pas (...) de chercher à spécifier ce qui pourrait être un ressort propre de la violence monothéiste. La direction la plus immédiate d'une telle recherche est la considération des textes fondateurs des trois monothéismes. Ceux-ci articulent deux types de violence s'exerçant dans des sens différents : la violence des hommes entre eux et contre Dieu, d'une part, à travers meurtres, viols, rapts et tromperies qui enfreignent la Loi ; et la violence de Dieu lui-même qui exerce sa force en faveur de ses fidèles, d'autre part. Cette dernière est amplement mise en scène dans les textes bibliques, à travers la figure d'un Dieu combattant, qui prend parti pour son peuple vivant au milieu des nations idolâtres et approuve même les actes violents que les hommes mènent  pour assurer sa propre suprématie sur les faux dieux." Une logique de l'Alliance entre Dieu et son peuple s'exprime tout au long de son histoire, logique de l'acceptation ou du refus de cette Alliance. Logique ambiguë sur laquelle les textes mêmes argumentent, parfois contradictoirement d'un chapitre à l'autre. Cette ambiguïté du rapport divin à la violence se reconduit dans les Evangiles chrétiens, "même si la forme guerrière de la violence n'y occupe pas la même place". "Le Royaume de Dieu (...) suscite la violence et Jésus lui-même, qui fustige les marchand du Temple, est perçu comme violent dans la manière qu'il a de rompre avec les normes d'un ordre considéré par lui comme un obstacle à l'accueil du Royaume. Mais face à la violence qui règne dans le monde, et dont il est lui-même la victime, Jésus refuse de répondre par le moyen de la violence. Il résiste, de la même façon, à la tentation d'instaurer le Royaume par la force (...)" "Le Coran magnifierait-il davantage la violence que les textes juifs et chrétiens?" poursuit la sociologue, directrice d'Etudes à l'Ecole des Hautes Études en Sciences Sociales, faisant bien entendu référence à une opinion répandue dans les pays occidentaux habituée aux litanies médiatiques "anti-islamiques". Selon elle, "le verbe qatala (tuer) est bien employé ponctuellement dans le Coran comme une injonction faite aux croyants de "tuer ceux qui veulent vous tuer, éliminez les infidèles et ceux qui créent le désordre", mais cette formulation n'est pas en résonance avec la recommandation faite par ailleurs aux même croyants de ne pas garder rancune à ceux qui leur ont fait tort (DOUSSE, Dieu en guerre, Albin Michel, 2002)".

"En tout état de cause, l'ambivalence de la présentation de la violence (...) dans les textes sacrés ne permet pas d'imputer à ces récits, en tant que tels, le violence propre aux monothéismes. Elle ne permet pas, par elle-même, d'expliquer pourquoi, en dépit du lien que tous ces récits établissent entre le règne de Dieu et l'état de paix et d'harmonie entre les fidèles, les religions qui s'y réfèrent ont toutes largement recouru à la violence et se sont toutes employées, dans le cours concret de l'histoire, à la légitimer au nom de Dieu. Si les religions monothéistes ont bien une propension spécifique à la violence, attestée par la multiplicité des situations historiques dans lesquelles elles se sont trouvées et se trouvent au principe du déclenchement et de la justification de la violence, celle-ci découle du rapport à la vérité que ces religions construisent en affirmant non seulement la suprématie absolue et exclusive d'un Dieu transcendant qui ne compose avec aucune autre vérité, mais aussi la possession, par la communauté des fidèles, authentifiés par lui, du dépôt exclusif de la Révélation de cette vérité. le propre du régime exclusif de la vérité caractéristique des monothéismes est de conduire à "considérer les adeptes des autres religions comme des étrangers et des ennemis, à savoir des ennemis de Dieu. la religion des autres est désormais considérée comme la quintessence de l'ennemi", et la violence religieuse est une violence légitimement exercée au nom de Dieu lui-même. Selon l'égyptologue Jan ASSMANN (Violence et monothéisme, Bayard, 2009), cette conception exclusive de la vérité "bloque la forme antique de traductabilité" qui autorisait, entre les différents polythéismes, les jeux de la reconnaissance mutuelle des dix d'autrui." "L'opposition entre régime fort de la vérité (propre aux monothéismes) et régime faible de la vérité caractéristique des polythéismes n'a cependant qu'un valeur idéaltypiques. La violence sacrificielles des polythéismes peut aussi s'exercer (...) au nom de la volonté d'une divinité. En sens inverse, l'horreur du monothéisme pour la "religion fausse" peut se retourner (mais, nous semble t-il, c'est plus rare dans l'histoire...) en un refus radical de défendre la vraie foi par une violence qui lui serait contraire, et ceci éventuellement jusqu'au martyre."

 

        Maurice HALBWACHS (1877-1945) (Les cadres sociaux de la mémoire, Alcan, 1925) décrit la mémoire religieuse, qui est l'axe constitutif de la lignée croyante, comme une "mémoire de combat". Celle-ci est potentiellement présente dans toute religion, et elle est liée, selon HALBWACHS, à la nécessité d'intégrer et d'unifier des apports diversifiés des différentes composantes de la société. "La dynamique propre d'une tradition religieuse réside dans sa capacité d'organiser en système, du point de vue des enjeux actuels de la société, des rites et des croyances venus du passé et qui continuent de vivre dans les différents groupes. Tant que la société ne peut pas se débarrasser de ces croyances, elle doit composer avec elles en les intégrant à une synthèse religieuse continuellement réélaborée. Cependant, alors que toutes les expressions religieuses apparaissent relatives et dépendantes de conjonctures et déterminations variables dans le temps, les vérités religieuses se donnent toujours comme définitives et immuables. Cette logique d'absolutisation (...) est portée à son paroxysme dans les systèmes monothéistes, qui formalisent théologiquement la vérité dont ils se prévalent, et qui inscrivent dans leur vision  de l'accomplissement eschatologique, le triomphe de cette vérité." Régulièrement en position défensive contre d'autres éléments de vérité, d'autres interprétations de l'expérience, cette mémoire a tendance à s'isoler et à se figer. Pour défendre cette mémoire, les institutions religieuses ont tendance à vouloir détruire toute menace, leur capacité à intégrer des dynamiques de changement étant généralement faible. "... quoi qu'il en soit de ces dynamiques de changement, les systèmes monothéistes sont chargés d'une violence potentielle à un triple titre : parce qu'elles prétendent au monopole de la vérité, et que ce monopole inscrit cette vérité "hors histoire", c'est-à-dire hors de portée de la délibération des humains d'abord ; pare qu'ils fabriquent des appartenances communautaires exclusives et excluantes ensuite : parce qu'ils justifient la conquête des consciences ad extra, et l'élimination de la dissension, ad intra."

 

     Cette violence potentielle ne s'actualise que dans certaines conditions politiques, économiques, sociales ou proprement religieuses (luttes religieuses), de manière plus ou moins explosive. "La mise au jour de cette conjonction qui suscite le déchaînement de la violence au nom de la religion requiert d'aller au-delà du repérage (...) des situations passées ou présentes dans lesquelles la religion a pu ou peut être instrumentalisée, ad extra, pour soutenir une cause identitaire, politique ou ethnique pour couvrir les antagonismes d'ambitions impérialistes et/ou pour "habiller" les confrontations brutales d'intérêts économiques divergents. Il est nécessaire pour conduire l'analyse à son terme, d'entrer aussi dans la logique proprement religieuse qui rend possible et efficace la mobilisation à des fins non religieuses (ou exclusivement religieuses) des ressources symboliques offertes par la religion." Des enchaînements complexes, "la problématique de l'"instrumentalisation" du religieux par la violence politique, à laquelle recourt couramment l'analyse des politistes, ne rend que partiellement justice. Elle doit être combinée à l'analyse des frustrations sociales, économiques, politiques et culturelles que l'espérance religieuse d'un monde différent vient cristalliser, et qui aiguisent - possiblement jusqu'à l'action violente - la volonté collective de faire advenir sur la terre toutes choses nouvelles (LANTERNARI, Les mouvements religieux des peuples opprimés, La Découverte, 1983). La vaste population historique des millénarismes préparant activement l'avènement du Messie et l'établissement de son règne sur la terre offre, à ce point de vue, un répertoire immense des formes de combinaison possible - mais non mécanique - entre violence et religion (DESROCHE, Dieux d'hommes, Dictionnaire des messianismes et millénarismes de l'ère chrétienne, Mouton, 1969). Cette approche ne saurait être séparée enfin de l'étude des logiques internes du religieux qui suscitent, mobilisent et entretiennent une violence dans laquelle les fidèles s'engagent avec la conviction de remplir un devoir religieux urgent et imprescriptible (COHN, Les fanatiques de l'Apocalypse, Payot, 1983)."

 

     Ce dernier élément introduit la relation entre religion et autodestruction. "Cette question a été posée par les historiens, mais aussi les psychanalystes, à propos des cas attestés de groupes religieux utopiques ayant opté pour la mort en vue d'une entrée immédiate dans le Royaume annoncé. Elle a été relancée à propos des martyrs volontaires qui commettent - avec la certitude d'un accès immédiat et glorieux au Paradis - des attentats suicides : Farhad KHOSROKHAVAR (Les nouveaux martyr d'Allah, Flammarion, 2002) a analysé les logiques mortifères, inséparablement religieuses et sociales, qui travaillent certains courants de l'islam chiite iranien. Les drames de Jonestown (Guyana), de Waco, de l'OTS (Ordre du Temple Solaire) ou de la secte ougandaise du Mouvement de restauration des Dix Commandements de Dieu, enfin, ont grandement ému les opinions publiques des pays occidentaux et fait surgir, en France, un débat public d'une grande intensité sur le "risque sectaire" et la manière dont les pouvoirs publics doivent y faire face (HERVIEU-LÉGER, La religion en miettes ou la question des sectes, Calmann-Lévy, 2001)". Toujours selon ce dernier auteur, "dans les sociétés modernes, le découplage de la religion du politique et la transformation des choix religieux en choix privés ont contribué à contenir la violence publique du religieux. Mais la violence que peuvent toujours générer la passion pour l'absolu et l'attente active d'un monde autre demeure néanmoins présente, sous une forme ou une autre". 

 

Danièle HERVIEU-LÉGER, article Religion dans Dictionnaire de la violence, sous la direction de Michela MARZANO, PUF, collection Quadrige, Dicos Poche, 2011.

 

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Samedi 26 novembre 2011 6 26 /11 /Nov /2011 09:45

         Si pratiquement aucun dictionnaire ou encyclopédie de l'économie ne donne une définition de la violence économique ou de la violence dans l'économie - ne serait-ce sans doute parce que la plupart, dans le fil droit d'une certaine tradition économique libérale, occulte précisément tout conflit - nous pouvons trouver une approche de cette violence dans un Dictionnaire... de la violence (sous la direction de Michela MARZANO). Gaël GIRAUD introduit son approche au sujet des relations entre économie et violence par "la première thèse qui vient à l'esprit", celle du "doux commerce". " Le commerce adoucit-il les moeurs comme l'affirmait MONTESQUIEU ( De l'esprit des lois,1749), "son effet naturel" est-il de "porter à la paix"? La thèse qu'un voudrait défendre est qu'une certaine Modernité occidentale peut se caractériser par la rivalité de deux institutions majeures, candidates lune et l'autre à servir de rempart contre la violence sociale : l'Etat et le marché. Or  la violence, dont l'une comme l'autre est capable, tient au fait que c'est au sein de toute institution sociale que se loge la possibilité de la violence. Lutter contre cette dernière ne peut passer, dans le domaine économique, qu'à travers un travail consistant à se déprendre de l'idolâtrie du marché comme de l'Etat, afin de mieux les réformer l'un et l'autre."

 Le chercheur en économie au CNRS, membre du CERAS, situe les origines de la problématique du "doux commerce" autour des bouleversements nés, en Europe, de la déchirure de l'unité sociale attribuées à tort ou à raison à la chrétienté médiévale, et du déchaînement de la violence occasionnées par les guerres de religion. C'est donc dans le cadre de l'Occident, et même de l'Occident européen, que se confrontent plusieurs conceptions antagonistes du pouvoir politique. Les uns sont favorables à l'instauration de contre-pouvoirs, voire à l'abolition du pouvoir royal, les autres favorables au renforcement des privilèges régaliens, voire à l'absolutisme monarchique (Van KLEY, Les origines religieuses de la Révolution française, Seuil, 2002). C'est dans ce contexte que s'autonomise l'économie comme champ d'investigation politique spécifique (FOUCAULT, Naissance de la biopolitique, Cours au Collège de France 1978-1979, Gallimard-Seuil, 2004), à partir du moment où la politique du Prince ne va plus de soi et devient discutable. C'est à ce moment qu'il s'entoure de conseilles en économie, afin de répondre aux accusations de détournement de la richesse du pays, et plus avant, afin de mettre en pratique des politiques économiques nationales. C'est à travers les débats sur la manipulation des prix des métaux précieux que se focalisent un certain nombre de ces critiques et de ces... pratiques. Pour l'auteur, "tous les éléments du débat politique qui s'institue aujourd'hui autour de l'économie, dans les pays de l'OCDE sont donc en place dès le XVIème siècle. D'un côté, l'Etat que l'on somme d'être le garant de la paix civile mais que l'on soupçonne de ne pas toujours agir dans l'intérêt général ; de l'autre, des marchés où certains croient voir une alternative à la possible tyrannie des pouvoirs publics ; entre les deux, une violence civile qui a marqué les sociétés européennes jusqu'à aujourd'hui. Le scandale de la violence n'est donc pas "second" par rapport au champ économique ; il en est quasiment le paysage initial, indissociable de l'invention occidentale de l'Etat moderne comme unique détenteur de la violence légitime".

 

      Bien entendu, cette analyse diffère de celle que l'on pourrait avoir dans d'autres contrées et dans d'autres circonstances où les relations entre la religion, l'Etat et l'économie sont autres.

 

     Mais le point de vue adopté par Gaël GIRAUD permet d'aborder un certain nombre d'aspects reliant l'économie à la violence. Marché pacificateur où Marché fauteur de violences : ce débat ne peut avoir lieu si l'on ne pénètre pas les conditions du fonctionnement même du marché. Dans ce débat, l'intervention de l'Etat peut avoir lui-même des effets pacificateurs ou violents, correcteurs ou amplificateurs des effets du fonctionnement du marché. Loin des positions angéliques ou des positions apologétiques, il s'agit de savoir si le marché engendre de lui-même la violence (ou celle-ci est de nature...) ou si l'Etat ne fait qu'aggraver les choses. Pour l'auteur, "les conclusions de l'analyse économique contemporaine vont (...) à rebours des thèses du "doux commerce" et de la "main invisible" : les marchés ne suffisent nullement à écarter le spectre de la violence que l'injustice et l'inefficacité à laquelle ils peuvent conduire risquent de faire surgir. On comprend la thèse de Karl POLANYI (The Great Transformation :  The Political and Economic and Economic Origins of Our Time, Boston, Beacon Press, 1944) selon laquelle c'est le développement des échanges marchands de la fin du XIXème siècle qui, en provoquant des inégalités insoutenables puis le krach de 1929, a contribué à ce que tant de populations civiles se tournent vers des Etats totalitaires pour rétablir un semblant d'ordre social. C'est donc à un Etat démocratique et à la société civile de contribuer à corriger les distorsions sociales des marchés en s'efforçant d'assurer la justice et l'efficacité (par la fiscalité, la politique budgétaire, le soutien aux mouvements associatifs, etc.)".

Une double erreur doit être évitée, pour éviter la collusion entre l'Etat et les promoteurs d'un (dés)ordre marchand violent :

- Croire que les marchés peuvent imposer leur logique sans le concours de l'Etat. En réalité, le respect d'un contrat, sans lequel il n'y a plus de marché, n'est possible que dans une société de droit où un Etat (muni d'une appareil judiciaire et d'une police) est en mesure d'obliger les contractants à respecter leurs engagements. De même, la monnaie (sans laquelle il ne saurait y avoir de marchés) est bien, aujourd'hui, sous le contrôle de l'Etat.

- Croire qu'une fois le marché déshabillé des oripeaux bienfaiteurs dont on l'avait revêtu, il serait possible de s'en remettre aux Etats pour assumer ce qu'à l'évidence les marchés ne peuvent pas garantir, à savoir la défense du bien-être économique des populations au sein d'une répartition juste des biens sociaux - dans l'exacte mesure où ce sont la misère sociale et les inégalités qui provoquent la violence, non pas quelque ontologie humaine anhistorique sur laquelle personne n'aurait de prise. Un Etat peut se révéler lui aussi, dans l'exercice de ses propres responsabilités économiques, le formidable catalyseur d'une violence systématique.

 

Gaël GIRAUD, Article Economie, dans Dictionnaire de la violence, PUF, collection Quadrige/Dicos Poche, 2011

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Jeudi 22 septembre 2011 4 22 /09 /Sep /2011 15:47

            La notion de conflit en Écologie recouvre plusieurs réalités qui vont des multiples luttes entre micro-organismes biologiques aux heurts entre populations à propos de la distribution de ressources-clés, dans un environnement changeant. Sérier les différents conflits liés à l'écologie est autre chose que de décrire l'écologie d'un conflit, si tant cela ait un sens. Avant d'aborder ce qui fait la spécificité d'un conflit écologique et pour ne pas céder à une mode ou à ue dérive intellectuelle, il convient de comprendre la notion d'Ecologie, dont la lente émergence dans le vocabulaire scientifique et dans le vocabulaire courant, dans les sciences naturelles, puis sociales, puis encore socio-politique... dans tout son aspect conflictuel. Au début, c'est dans le développement même des réflexions sur l'évolution qu'elle naît, avec d'abord la botanique géographique.

 

     L'écologie, aux sens de Ernst HAECKEL (1834-1919) (1866, selon l'Atlas de biologie de Gunter VOGEL et d'Hartmunt AUGERMANN, est l'étude des interactions qui s'exercent entre êtres vivants et le milieu où ils vivent. Elle concerne toujours des systèmes supra-individuels. On peut l'appréhender sur 3 niveaux :

- Autoécologie : son objet est l'étude des relations entre l'individu et son environnement ; elle est en relation spécialement avec la physiologie et d'autres disciplines comme l'Ecophysiologie et l'Ecoéthologie.

- Démécologie : son objet est l'étude des relations entre l'environnement et les structures internes de la population, en relation avec la génétique des populations avec laquelle elle forme la biologie des populations, et a des liens étroits avec les sciences appliquées (dégâts dus aux parasites...).

- Synécologie : son objet est l'écosystème ; en passant du qualitatif au quantitatif, grâce à l'analyse systématique moderne, c'est la transition vers une écologie nouvelle, au sens d'Eugène ODUM (1913-2002). L'écosystème regroupe la communauté des êtres vivants (biocénose) et le lieu de vie (biotope) dans leurs dépendances réciproques.

L'action des facteurs abiotiques (lumière, température, eau, sol) est étudiée dans ces sciences naturelles, notamment pour les Végétaux. 

Pour les Végétaux comme pour les Animaux, trois effets écologiques sont distingués :

- l'effet directeur (Attirance, Répulsion) ; qui est le plus important pour les formes libres, se déplaçant activement que pour les espèces fixées. Les organismes fixés ne réagissent à l'effet d'attirance/expulsion des facteurs écologiques que par les mouvements des cellules isolées (Tropismes positifs ou négatifs). Chez les organismes qui se déplacent librement, cela conduit à des mouvements réactionnels orientés (taxies) pour rechercher des conditions favorables ou éviter les défavorables.

- l'effet modificateur (Modification ou Transformation) ; Cet effet ne concernent que le phénotype mais peuvent avoir une grande importance écologique : la réponse de l'organisme aux conditions du milieu dépend beaucoup de la durée d'action de ces facteurs.

- l'effet limitant influe fortement sur la répartition et les manifestations vitales des individus, que ce soit à grande échelle ou à échelle plus restreinte. Les facteurs biotiques fixent en général seulement la limite des possibilités d'existence (maximale au niveau des prédateurs, minimale au niveau de la prioe-nourriture.

       Un écosystème constitue la base des interactions entre espèces, ces relations allant de la concurrence à la neutralité, en passant par le parasitisme, la prédation, la symbiose, la coopération, la fructification et le commensalisme. Toutes ces relations peuvent être considérées sous l'angle coopération/conflit, à condition expresse de ne pas verser dans un certain anthropomorphisme, et d'exclure, sauf pour une partie du monde animal et l'espèce humaine, toute forme de conscience, la plupart des comportement étant commandée par soit des taxies ou des tropismes.

 

   La diversité des définitions données par HAECKEL n'a pas favorisé, selon Vincent LABEYRIE, la clarté des orientations ni la convergence des recherches. "Ses premières définitions, étroites et voisines de celle de l'éthologie (...) concernaient le champ d'étude des relations entre les êtres vivants et leur environnement. Elles n'apportaient rien de nouveau, car depuis HIPPOCRATE (490-370 av JC), chaque naturaliste sait qu'aucune étude sérieuse des êtres vivants ne peut être efficace si elle néglige le cadre de vie, si elle ignore l'existence des interactions. Ainsi, tout biologiste ou tout naturaliste pouvait faire naturellement de l'écologie ou de l'éthologie. Dans ce contexte, il était possible d'affirmer très tôt : "L'écologie est pour la biologie la science du réel". La première définition de l'écologie par Haeckel ne provoquait aucune rupture conceptuelle avec la position des naturalistes français du XIXème siècle. Il n'y avait par ailleurs aucune contradiction, a priori, entre cette définition et le positivisme ambiant puis Comte lui-même avait recommandé en 1834 de ne pas dissocier l'organisme de son milieu. Mais Ernst Haeckel  a donné de l'écologie une seconde définition beaucoup plus opérationnelle. Il a repris, dans une perspective évolutive, la notion finaliste de l'économie de la nature utilisée par Linné en 1749 dans la rédaction de la thèse de son élève Isaac J BIBERG. (...) C Limoges résume la pensée de Linné : "L'économie de la nature c'est, essentiellement, une conception de l'interaction finalisée des corps naturels; en vertu de laquelle un équilibre intangible se maintient au cours des âges... Dans cette conception de l'économie de la nature, la proportion se dit de l'équilibre constamment maintenu entre les populations spécifiques. Cette proportion n'est pas vraiment un effet des interactions des phénomènes naturels, mais plutôt le principe qui les régit. (...) Une économie de la nature comprise comme autoreproduction exacte à l'infini implique comme postulat premier une téléologie que l'école linnéenne, loin de récuser, se donne pour tâche ultime d'exhiber." Il est possible que ce finalisme béât des partisans du holisme de l'économie de la nature ait détourné pendant la première moitié du XIXème siècle - et éloigne encore - des naturalistes soucieux de comprendre le fonctionnement de la nature, mais pour lesquels méthode analytique et rigueur scientifique sont indissociables. En effet, les notions de base nécessaires à une étude scientifique du fonctionnement de l'écosphère et des écosystèmes étaient déjà acquises pendant la première moitié du XIXème siècle. (...). H Nicol trouve des raisons idéologiques à ce retard dans l'utilisation et la définition de la démarche holistique de l'écologie : "L'enseignement des relations de l'homme moderne avec la totalité de son environnement a été bâti sur des charpentes plus adaptées au XVIIIème siècle qu'au XIXème ou au XXème. C'est au contraire, en rupture avec le finalisme créationniste, et dans la perspective darwinienne d'un holisme matérialiste et évolutionniste, que Haeckel a introduit le concept d'écologie comme économie de la nature. Il en avait éprouvé le besoin pour expliquer l'origine des adaptations chez les êtres vivants. Haeckel précise sa position : "Cette science de l'écologie, souvent improprement considérée comme biologie dans un sens étroit, a longtemps formé le principal élément de ce qui est communément considéré comme l'histoire naturelle."".

Vincent LABEYRIE indique que des remarques très importantes avaient été faites avant DARWIN par exemple par J-B LAMARCK, dans les Recherches sur les causes des principaux faits physiques (1793). Il y montrait l'importance des organismes vivants dans la formation des cycles biogéochimiques de circulation de la matière. Comme la définition de l'écologie comme économie de la nature n'a été suivie d'aucun réel travail marquant de Ernst HAECKEL, la confusion est entretenue par la suite. "Parallèlement, le divorce dans les relations entre économie de la nature (écologie) et économie humaine, n'est apparu qu'à la fin de la première moitié du XXème siècle, quand la puissance d'intervention humaine est devenue telle que l'inadéquation des stratégies d'aménagement et de production a atteint des proportions catastrophiques. (...). L'intérêt de la définition de l'écologie comme étude  de l'économie de la nature a été reconnu très lentement. Il a fallu attendre 1935, avec l'introduction du conception d'écosystème par  Arthur George Tansley (1871-1955), pour que l'insertion de la démarche écologique se traduise par l'apparition de concepts complémentaires opérationnels. A travers l'étude holistique de ces systèmes spatiaux naturels, l'unité fonctionnelle de la nature du XVIIIème siècle était retrouvée." Notamment par les travaux de R L LINDERMAN en 1941 et de E ODUM (Fondamentals of ecology - 1953), pour expliquer le fonctionnement des écosystèmes, et en particulier étudier la circulation de l'énergie et de la matière entre les différents compartiments de l'écosphère." La forte demande sociale pour des études d'impact des activités humaines sur l'environnement se traduit par de grandes difficultés d'évaluation, dues précisément aux connaissances encore embryonnaire en écologie. 

La plupart des conflits sur l'utilisation de l'environnement, que l'on pourrait baptiser peut-être un peu rapidement conflits écologiques (cette fois strictement à l'intérieur de l'espèce humaine) se trouve aggravé par cette relative méconnaissance, malgré les progrès très importants réalisés ces derniers temps sous l'effet de l'urgence pour faire face aux changements climatiques accélérés. 

 

Par définition, en suivant toujours Vincent LABEYRIE, "l'approche écologique se situe aux interfaces. Elle se distingue des disciplines scientifiques traditionnelles qui se définissent en isolant l'objet de leur étude. le fonctionnement (l'économie) de la nature implique des flux qui transcendent les interfaces ; ainsi toute étude écologique exige la mise en relation d'au moins deux entités du système. Etude de fonctionnement des ensembles spatiaux, l'écologie s'intéresse aux relations entre sous-ensembles. Ainsi, il y a une écologie forestière, une écologie lacustre, une écologie prairale..., mais il n'y a pas d'écologie végétale ou d'écologie animale. De telles expressions sont contraires au concept d'écologie comme économie de la nature, puisque l'animal ou le végétal ne peuvent constituer à eux seuls des ensembles isolés. La circulation de la matière implique au moins la présence dans un même système de végétaux pour stocker de l'énergie sous forme de molécules organiques, et de micro-organismes pour précéder à leur minéralisation. Il est même difficile d'envisager une écologie du sol, ce dernier ne constituant pas un écosystème ; en revanche, aucune étude écologique ne peut ignorer les échanges impliquant le sol."

 

     La position privilégiée de l'homme en tant qu'espèce dans l'écosphère, capable d'entreprendre l'exploitation de tous les écosystèmes sans connaissance réelle des conséquences, met en danger la base même de son existence, ce surtout depuis l'ère industrielle. Du coup, l'ensemble des acteurs des sociétés humaines conscient de ce fait (se considérant aussi de cette manière) veut s'opposer de manière de plus en plus ample à des entreprises humaines idendifiées comme responsable de bouleversements environnementaux. Ils donnent à leur combat le nom d'écologie politique, dans le même temps où se développe de manière accélérée l'acquisition de connaissances sur l'écologie humaine, au sens d'interaction entre l'activité de l'espèce humaine et l'ensemble de l'environnement. A partir du moment où l'espèce humaine est considérée comme facteur écologique majeur, une philosophie issue de l'écologie se développe, l'écologisme. Ce terme, recouvre, à vrai dire, des courants idéologiquement divergents (sur les moyens d'action et/ou sur les objectifs), dont la plupart, la partie la plus combative en tout cas, refuse d'ailleurs d'être catalogué ainsi.

De toute manière, sous la poussée des effets de plus en plus dévastateurs de l'utilisation anarchique de l'écosystème, est né une écologie politique qui inclut la politique et la gestion de la cité. En ce sens le conflit écologique met aux prises des intérêts particuliers, toujours sur la lancée d'idées d'une époque où ces conséquences n'étaient pas encore perceptibles, à l'intérêt général qui commande une grande prudence dans l'exploitation de la nature et en même temps une refonte globale des relations humaines. 

 

      Jean-Paul DELÉAGE regrette la coupure persistante entre sciences de la nature et sciences humaines, "préjudiciable à la compréhension des nouveaux problèmes posés à nos sociétés." Mais la simple transposition, précise t-il "de concepts écologiques comme capacité de support, niche, stabilité, ect. à l'analyse sociale ne suffit pas à constituer une écologie humaine. Elle risque au contraire d'égarer les recherches dans les impasses d'une écologie gestionnaire qui s'accomoderait des injustices du monde". Nous pensons comme lui que "la rationnalité écologique ne peut à elle seule ni fonder la décision politique ni se substituer au calcul économique. En effet, et nous le suivons toujours, "toutes les sociétés historiques ont exploité des ressources et ont entretenu des rapports déterminés avec le monde naturel. "Dans les sociétés contemporaines, poursuit-il, ces rapports sont entrés en crise profonde. L'écologie scientifique, maintenant relayée par l'écologie politique, a l'irremplaçable mérite d'avoir ouvert un large débat  sur cette crise. Ce débat met en cause les modèles de gigantisme et d'uniformisation sociale, les régulations par la valeur d'échange ou la planification autoritaire et finalement la place de l'économie elle-même dans toutes les formations sociales."

"L'écologie pose ainsi une question essentielle, sans y apporter de réponse unique, parce qu'elle-même ne constitue pas une approche unique et simple des énigmes de la nature, parce qu'elle est le produit d'une histoire extrêmement complexe, fécondée par de multiples controverses." Il n'y pas d'autorité définitive scientifique d'un point de vue écologique, et le message écologique est plutôt un message de prudence, comme peuvent le témoigner les multiples dispositions regroupées sous des politiques de précaution. L'écologie est toujours travaillée par des forces contraires, de l'intérieur. "Ainsi perdure, écrit encore Jean-Paul DELÉAGE, à l'intérieur même de l'écologie le conflit majeur entre une conception réductrice de cette science et sa vocation originelle, animée de la grande idées humboldienne d'un souffle unique donnant vie aux plantes, aux animaux et aux humains. L'écologie nous incite à sortir des oppositions stériels entre réductionnisme et holisme, analyse et synthèse, conflit et coopération. Au-delà du remarquable progrès que constitue l'écologie opérationnelle rendue possible par l'ordinateur (Marcel BOUCHÉ, Ecologie opérationnelle assistée par ordinateur, Masson, 1990), l'écologie doit se familiariser avec l'incertitude de l'aléa, que permettent de formualiser les mathématiques du chaos". En fin de compte le défi des problèmes mondiaux de surpopulation, de déficit énergétique, des dangers climatiques...est bien celui de l'émergence d'une nouvelle citoyenneté écologique et planétaire, qui renverse toutes les variantes identitaires connues depuis des millénaires. 


    Yanni GUNNELL, qui exprime la peine à s'y retrouver dans le foisonnement d'études consacrées à l'écologie, et en se limitant à l'écologie en tant que discipline scienfitique propose de distinguer :

- tantôt une science à partie entière, avec des ambitions réductionnistes que l'on retrouve dans toute science. Cette science s'est longtemps contentée d'étudier la nature sans l'homme, ou en tout cas une nature dans laquelle elle postule ne pas avoir détecté d'impacts humains, et donc "vierge". Dans les précis et manuels d'écologie scientifique, une part si large est consacrée aux concepts et à la théorie que parfois on peine à croire que l'écologie est une science naturaliste faite d'observations, d'études de cas et de retours d'expériences vécues au contact de la faune et de la flore. Ce n'est évidement pas dans ce genre de science que nous pouvons trouver trace d'un quelconque type de conflit....

- tantôt une discipline qui fait la synthèse des résultats sectoriels acquis par plusieurs disciplines ; auquel cas elle se confondrait partiellement avec cette autre discipline "carrefour", la géographie. Une géographie, oublieuse de ses orgines de visées stratégiques, décidément bien paisible...

- tantôt non uns science, mais un domaine informel de recherches pluridisciplinaires. Dans ce cas, l'écologie court le risque de n'être que l'objet de colloques pluridisicplinaires plutôt que de revues spécialisées ou de manuels didactiques, sans parvenir la plupart du temps à proposer un discours cohérent et une visibilité académique distincte ; et sans se forger une légitimité auprès du public. Cette approche renoue cependant avec la tradition de l'écologie anglo-américaine comme discipline extra-académique, incarnée par des sociétés savantes rassemblant elles-mêmes des individus émargeant à des disiciplines variées et à des intérêts socio-économiques, il faut bien le dire, tout aussi variés....

- tantôt une science de l'environnement, qui s'occuperait de recherches sur la nature et ses états multiples, mais aussi de développement humain (appelé aujourd'hui durable...). L'écologie se développe sous la pression d'une demande sociale et cela revient à placer l'écologie dans une position de science applicable, avec des attentes concrètes et des obligations de résultat. Cette science de l'environnement se trouve souvent au coeur des enjeux socio-politiques, donc au coeur de conflits sociaux et culturels.



 

 

Günter VOGEL et Hartmunt ANGERMANN, Atlas de biologie, La pochothèque, Le livre de poche, 1994 ; Vincent LABEYRIE, article Ecologie, dans Dictionnaire du Darwinisme et de l'Evolution, PUF, 1996 ; Jean-Paul DELÉAGE, Une histoire de l'écologie, Editions La Découverte, Points Sciences, 1991 ; Yanni GUNNELL, Ecologie et société, Armand Colin, 2009.

 

ECOLUS

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Jeudi 20 janvier 2011 4 20 /01 /Jan /2011 09:45

      Antoine JEAMMAUD explique que "la notion de conflit entretient de multiples relations avec celle de droit. Par l'une de ses composantes majeures - l'organisation d'un service public de la justice et de procédures contentieuses - notre système juridique pourrait s'attacher à la solution des conflits troublant ou émaillant la vie sociale. Mais n'offre t-il pas seulement de régler des litiges? L'interrogation suppose une distinction entre conflit et litige, voire différend, et suggère d'analyser les relations entre ces types de rapports." La raison d'être du droit est selon Thomas HOBBES de sortir d'un "état de nature" ou provient directement selon les marxismes du conflit fondamental entre classes sociales. Si l'idée, comme le rappelle le professeur à l'Université Lumière-Lyon2, est communément partagée que le droit a pour fonction de régler les conflits dont il ne peut éviter l'éclatement, beaucoup d'auteurs préfèrent mettre en avant soit des impératifs philosophiques (voire de philosophie sociale) de justice soit des prescriptions de comportement des citoyens.

Après un détour par la sociologie et la linguistique, il propose d'entendre conflit comme "relation antagonique que réalise ou révèle une opposition de prétentions ou aspirations souvent complexes, plus ou moins clairement formulées, entre deux ou plusieurs groupes ou individus, et qui peut connaître une succession d'épisodes, d'actions, d'affrontement. Il s'agit donc d'une situation qu'il peut être malaisé d'appréhender et décrire dans tous ses éléments." "De bien moindre ampleur apparaît l'opposition de prétentions juridiques soumise à une juridiction civile, pénale, administrative ou arbitrale, appelée à la trancher par une décision. Réservons-lui le nom de litige. La naissance et le déroulement du procès supposent la constitution, par un minimum de formalisation, d'une telle relation d'opposition de prétentions, ou au moins d'opposition sur la ou les demandes de la personne ou de l'organe qui a saisi la juridiction (le défendeur ou le prévenu peut simplement prétendre au rejet de la prétention du demandeur, à l'irrecevabilité de son action, ou à la relaxe). Circonscrite par l'objet des demandes et au cercle des parties, cette relation est "cristallisée" par le procès". Pour lui, conflit et litige ainsi conçus appartiennent au genre commun de relations conflictuelles.

        Une autre question se pose : un litige n'est-il que la traduction ou la mise en scène juridique d'un conflit? Si Pierre BOURDIEU se représente le "champ juridique" comme "l'espace social organisé dans et par lequel s'opère la transmutation d'un conflit direct entre parties directement intéressées en un débat juridiquement réglé entre professionnels agissant par procuration et ayant en commun de connaître la règle du jeu juridique, c'est-à-dire les lois écrites et non écrites du champ", le passage d'une situation conflictuelle au litige n'est peut-être pas essentiellement un changement d'acteurs. François OST et Michel van de KERCHOVE, deux juristes théoriciens, estiment que les parties qui ont accepté de placer leur conflit sur le seul terrain du droit radicalisent l'opposition de leurs prétentions respectives et réduisent en même temps l'ampleur du conflit à ses seules dimensions juridiques plutôt que de le maintenir dans toute sa complexité psychologique et sociale.

Des analyses anthropologiques comme celle de René GIRARD situent cette démarche dans un processus de réduction de la violence. Plusieurs auteurs estiment de la même manière que les sociétés humaines se distinguent entre elles par la place qu'elles font à cette démarche ritualisée. 

 

  Antoine JEAMMAUD, article Conflit/litige, dans Dictionnaire de la culture juridique, sous la direction de Denis ALLAND et Stéphane RIALS, Lamy/PUF, 2010.

 

 

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Lundi 11 octobre 2010 1 11 /10 /Oct /2010 09:45

                   Agressivité est défini dans le Petit Robert (comme nom féminin dérivé à partir de l'adjectif Agressif, nom apparu en 1875) comme le Caractère agressif. En psychologie, ce serait selon ce dictionnaire la manifestation de l'instinct d'agression. Conception bien ancrée qui n'est pas du tout en phase avec les connaissance scientifiques actuelles...

 

                  Pierre RENNES, dans Vocabulaire de la psychologie d'Henri PIERON, le défini comme le "comportement caractérisé par l'acte d'attaquer ou d'aller de l'avant et s'opposant à celui de refuser le combat ou de fuit les difficultés".

 

                 Jean BERGERET, dans Dictionnaire international de la psychanalyse, sous la direction d'Alain de MIJOLLA, écrit qu' "au sens propre du terme, l'agressivité correspond à des fantasmes ou à des comportements que Freud a déterminés du point de vue clinique, mais il a, de prime abord, hésité pour en donner une définition répondant aux exigences de ses propres repères métapsychologiques successifs. Ce n'est qu'après avoir montré l'importance de l'ambivalence dans le transfert (1912) qu'il s'est trouvé en mesure de considérer l'agressivité comme une manifestation relationnelle courante, mais n'ayant pas une origine unique ni même homogène. Il n'a jamais changé d'opinion par la suite et a toujours regardé l'agressivité comme l'alliance et la conjonction imaginaires ou symptomatiques de motions affectives hostiles d'une part et érotisées de l'autre."

 

                        Dans le Dictionnaire encyclopédique réalisé sous la direction de Richard GREGORY, "les comportements visant à blesser physiquement un autre individu doivent à l'évidence être considérés comme agressifs : c'est le coeur même de la notion d'agression. Les comportements visant à provoquer une blessure psychologique sont généralement eux aussi inclus dans la définition, et les fantasmes faisant intervenir la blessure d'autrui en sont proches. la question de l'intention est cruciale : une blessure provoquée par accident n'est habituellement pas considérée comme agression." Cette définition relativement proche de la tradition juridique part surtout de la provenance de l'agression, une blessure causée involontairement peut très bien être interprétée par l'organisme qui la subit comme une agression et sa réaction est d'ailleurs analogue à celle suivant une agression "intentionnelle".

De toute manière, l'auteur de l'article insiste sur l'hétérogénéité de l'agression : "Qu'elle qu'en soit la définition, la catégorie des comportements agressifs est très hétérogène, et on a souvent essayé d'établir des subdivisions." Il cite deux exemples :

- "Dans les études sur les enfants (FESHBACH, 1964 ; MANNING et collègues, 1978), quatre catégories se sont montrée utiles : l'agression spécifique ou instrumentale, visant à obtenir ou à conserver des objets ou des positions donnés, ou l'accès à des activités désirables ; l'agression gratuite ou hostile, visant surtout à irriter ou à blesser un autre individu, sans avoir pour but un objet ou une situation quelconques ; l'agression ludique, qui apparaît lorsque des jeux de combat dégénèrent jusqu'à ce que des blessures soient délibérément infligées ; l'agression défensive, provoquée par les actes d'autrui."

- "En ce qui concerne les adultes (TICKLOENBERG et OCHBERG, 1981) (il y a la) classification suivante de la violence criminelle : violence instrumentale, dont le motif est le désir conscient d'éliminer la victime ; violence émotionnelle, perpétrée sous le coup d'une forte colère ou d'une forte peur : violence par félonie, survenant à l'occasion d'un autre crime ; violence anormale, crimes de déments et des psychopathes sévères ; violence "dyssociales", actes de violences approuvés par le groupe de référence de leur auteur, qui les considère comme une réponse appropriée à la situations." 

  Ces définition ont été utiles à un moment de la réflexion, mais ils présentent des difficultés quand on examine les motivations en situation réelle. En outre, nous dirions que ces définitions mélangent fâcheusement les notions de violence et d'agressivité. Heureusement, le Dictionnaire ne s'y attarde pas et examine la complexité des motivations, les facteurs prédisposants immédiats à l'agression, le conflit entre groupes et les causes ultimes.

    Pour ce qui est de la complexité des motivations, elle est mise en évidence par les études de nombreuses espèces où se partagent les motivations spécifiques au contexte (nourriture, territoire) et tendances antagonistes à attaquer ou à fuir un rival. "La diversité du comportement pouvait être comprise en termes de variations de niveaux absolus et relatifs des diverses motivations (...). De manière analogue, il semble probable que chez l'homme, les divers types d'agression puissent être analysés comme diverses combinaisons des variables sous-jacentes dont il est fait l'hypothèse. Des possibilités évidentes sont "l'avidité spécifique", c'est-à-dire la motivation d'acquérir des objets ou des situations précises ; la domination, c'est-à-dire la motivation d'élever sa position ou de se pousser en avant ; et la peur (...), ainsi que la propension elle-même à se comporter de manière agressive, c'est-à-dire à blesser autrui (...)."

    Sur les facteurs prédisposants immédiats à l'agression, "certains auteurs ont considéré l'agression comme ne dépendant que de facteurs émotionnels, et d'autres, comme spontanée et devant inévitablement s'exprimer. (...) Mais aucune de ces deux manières de voir n'est exacte (...) Sans rejeter aucune (des) idées (comme la catharsis), les chercheurs ont tenté d'identifier les causes premières de l'agression." Mais, "rejetant toute idée d'un facteur primordial, les chercheurs actuels tentent d'identifier l'ensemble des facteurs, internes ou externes à l'individu, qui modifient l'incidence de l'agression."

    Dans la suite du développement sur l'agressivité, l'auteur met surtout en avant (causes ultimes) les facteurs de l'évolution, en termes de bénéfices/risques pour les espèces.

 

                 Jacques GERVET, dans le Dictionnaire du darwinisme et de l'évolution, indique que "la mode est un peu passée de tenter un traitement neuro-chirurgical des individus agressifs ; cela signifie sans doute que des conceptions moins simplistes ont remplacé une conception localisant précisément des structures responsables de l'agressivité."

Il rappelle la définition donnée par Henri LABORIT à l'agressivité : toute forme d'activité capable de détruire une forme organisée. "Cette définition très extensive peut englober bien des conduites qui ne sont pas agressives au sens des éthologistes. KARLI a tenté, quant à lui, d'étudier plus précisément le réglage du "comportement du Rat tueur de souris (conduite "muricide"), ce comportement possédant grossièrement certains traits des conduites agressives au sens habituel".

Après avoir rappelé les principaux résultats devenus classiques de ces expériences, l'auteur conclue, avant d'aborder des considérations touchant à la génétique,  qu'"en définitive, si l'on essaie de préciser un peu les termes, une conduite agressive implique une mobilisation générale de l'organisme, des conditionnements variés...en sorte qu'on ne peut guère la ramener à un processus physiologique ayant quelque spécificité. Cela ne signifie certes pas qu'il est impossible de diminuer l'"agressivité" d'un être par voie physiologique : que l'on pense par exemple aux "camisoles chimiques" ; mais l'effet produit n'est, aujourd'hui encore, pas extrêmement spécifique et affecte également d'autres fonctions."

Contrairement au dictionnaire encyclopédique réalisé sous la direction de Richard GREGORY, Jacques GERVET signale que "aucun généticien professionnel ne se proposerait aujourd'hui d'étudier "la génétique" de l'agression". Pour autant, les études sur l'hérédité de l'agressivité, sous forme d'influences de la présence de certaines formules chromosoniques sur certains comportement, continuent et continuent de susciter des débats. L'auteur insiste sur un cas de recherche et pense "qu'il illustre les fautes récurrentes de raisonnement commises à propos d'un problème sensible, et qu'il montre pourtant à quel point les généticiens, quant à eux, insistent aujourd'hui sur l'absence de relation causale simple entre une variation génétique et l'émergence d'un trait complexe comme celui qui se manifeste sous la forme d'une réaction taxée d'agressive."

 

       Sous la direction de Richard L GREGORY, Le cerveau, cet inconnu, Dictionnaire encyclopédique, Université d'Oxford, Robert Laffont, collection bouquins, 1993 ; Sous la direction d'Alain de MIJOLA, Dictionnaire international de la psychanalyse, Hachette Littérature, collection Grand Pluriel, 2002 ; Henri PIERON, Vocabulaire de la psychologie, PUF, collection Quadrige, 2000 ; Sous la direction de Patrick TORT, Dictionnaire du Darwinisme et de l'Evolution, PUF, 1996.

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Lundi 9 mars 2009 1 09 /03 /Mars /2009 10:29
      Rappelons simplement que l'esthétique est, selon le Vocabulaire technique et critique de la philosophie, "une science ayant pour objet le jugement d'appréciation en tant qu'il s'applique à la distinction du Beau et du Laid."
     
      Contrairement au Dictionnaire d'esthétique et de philosophie de l'art, le Vocabulaire d'esthétique définit le mot conflit et le rapproche ensuite du mot Agonistique, "terme à peu près synonyme de celui de conflictuel".
     En référence à HERACLITE, Etienne SOURIAU soutient "que tout oeuvre d'art est fondé sur un conflit, qui en fait l'âme dynamique : théâtre, musique, peinture..."
   "Il est facile de voir l'importance basique de faits de tension et de détente, où la tension procède de l'affrontement de deux tendances opposées en conflit. Certaines formes d'art donnent même primauté au conflit : ainsi l'art baroque, ou certains aspects du Romantisme."
   "Toutefois le conflit n'est pas toujours esthétiquement une force et une condition de valeur. Dans la pratique de l'art peuvent apparaître bien des conflits engendrant des fautes ou des infériorités : ce sont tous ceux qui témoignent d'une disharmonie que l'artiste créateur ou exécutant aurait voulu et n'a pas su éviter."
  Il peut y avoir conflit entre l'intention de l'artiste et son tempérament qui fourni une oeuvre qui échoue dans son projet. Cela est très vrai également des oeuvres collectives, où il peut y avoir des conflits divers dans la conception ou dans l'exécution, dans le cinéma par exemple.

     Sur l'Agonistique, Anne SOURIAU introduit ainsi ce mot : "Du grec (...), (l'agonistique) (est) compris soit comme lutte et concours, soit comme représentation théâtrale. Ce terme d'agonistique, passant du grec au français, n'a conservé que son sens d'art de la lutte gymnique ; en ce sens, l'art de la boxe ou du catch constituerait l'agonistique moderne. Mais l'esthétique peut conserver au terme d'agonistique les acceptions du grec, soit représentation, soit lutte spirituelle et non plus matérielle. L'agonistique théâtrale correspondrait alors à deux éléments essentiels du théâtre", que l'auteur détaille ensuite.
  Un renvoi indique les mots concours, conflit, jeu, mise en scène et représentation.


    Etienne SOURIAU, Vocabulaire d'esthétique, PUF, collection Quadrige, 2004 ; Jacques MORIZOT et Roger POUIVET, Dictionnaire d'esthétique et de philosophie de l'art, Armand Colin, 2007 ; André LALANDE, Vocabulaire technique et critique de la philosophie, PUF, collection quadrige, 2002.
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Dimanche 22 février 2009 7 22 /02 /Fév /2009 09:21
        Violence, soit Gewaltsamkeit ou Gewalttat en allemand, violence en anglais et violenza en italien et violent en radical international, est, selon le Vocabulaire Technique et Critique de la Philosophie, le caractère d'un phénomène ou d'un acte qui est violent. Ce dictionnaire renvoie à Violent comme adjectif (allemand violentem, anglais violent et italien violento) et dégage 4 ans à Violence :
                              - phénomène qui s'impose à un être contrairement à sa nature ;
                              - phénomène qui s'exerce avec une force impétueuse contre tout ce qui lui fait obstacle ;
                              - sentiment ou acte, auxquels se joint presque toujours l'idée qu'il s'agit d'impulsions échappant à la    
                                    volonté (passion violente, violent désir) ;
                              - personne (ou caractère) qui se comporte d'une manière violente contre ce qui lui résiste.
      Selon ce même dictionnaire, le mot violence a pris un sens "plus défini depuis NIETZSCHE, SOREL et le syndicalisme révolutionnaire, qui ont introduit des vues systématiques contre les directions ou les freins intellectuels, et préconisé "l'action directe"."

         Le Vocabulaire de la philosophie et des sciences sociales fait un assez long développement pour définir le mot Violence, dans plusieurs catégories. En ce qui concerne la Morale, Violence est "toute atteinte à la personne humaine, soit de la personne sur elle-même, soit sur celle d'autrui, soit d'une autre sur elle, ce qui vaut donc pour tous les individus les uns à l'égard des autres et des groupes humains, petits ou grands, les uns envers les autres." Ce dictionnaire cite de nombreux auteurs :  pour certains, la violence est inhérente à la nature de l'homme (MACHIAVEL, HOBBES, HEGEL, NIESTZSCHE, FREUD), pour d'autres, elle provient de la vie sociale (ROUSSEAU, PROUDHON, BAKOUNINE, STIRNER, MARX, SOREL, LENINE, MARCUSE). L'article se termine sur la mention de la Non-violence (GANDHI, TOLSTOI, THOREAU, LANZA DEL VASTO).

         Pour le Dictionnaire des auteurs et des thèmes de la philosophie, la référence est ARISTOTE, qui, en "opposant le mouvement violent ou forcé au mouvement naturel" considère qu'est violence "tout ce qui, survenant de l'extérieur, s'oppose au mouvement intérieur d'une nature."
 Dans l'introduction à l'article Violence le dictionnaire indique : "Lorsqu'on a défini l'homme comme sujet, c'est-à-dire comme intériorité absolue et comme volonté libre, la violence est devenue toute contrainte physique à laquelle on soumet par son corps une volonté à accomplir une action qu'elle ne veut pas."
  Ce dictionnaire cite également de nombreux auteurs, en plaçant l'hégélianisme, le marxisme et le freudisme comme phares dans la réflexion sur le sens de la violence.

      Pour Michel WIEVIORKA, "la plupart des approches classiques de la violence ont ainsi en commun de ne guère faire intervenir, sinon à la marge, les processus de subjectivation et de désubjectivation qui nécessairement (...) caractérisent ses protagonistes. (...)." L'auteur invite dans son livre "La violence" à théoriser celle-ci en plaçant le sujet au coeur de l'analyse.
      C'est également cette perspective que développe Hélène FRAPPAT dans le chapitre de son anthologie intitulé "L'autre de la philosophie", en reprenant (et en réinterprétant) de nombreux auteurs classiques. "L'origine de la philosophie repose sur cet acte initial de violence par lequel les participants au dialogue (de PLATON) tuent le père présocratique. Après ce meurtre symbolique commis en présence de SOCRATE, une tâche complexe s'offre à la philosophie : elle doit élaborer un discours qui accueille en son sein la violence du non-être, tout en dénonçant les artifices rhétoriques des sophistes (entendus comme utilisateurs d'une science des disputes et de l'art de persuader à l'aide de ruses et de mensonges habilement argumentés). Ces conceptions de la philosophie par rapport à la violence doivent beaucoup aux analyses de Jean-François LYOTARD et d'Eric WEIL, entre autres.

        Yves MICHAUD classe les philosophies de la violence entre ontologies de la violence et philosophies de la réciprocité.
                   Parmi les philosophies qui fondent leur réflexion sur la violence sur une conception de la nature des
                   choses, on rencontre : - les négativités de l'Etre où l'individu et la société sont compris à travers leurs
                    contradictions : HEGEL, MARX, les penseurs grosso modo de l'École de Francfort (ADORNO,
                                          HORKHEIMER, POLLOCK, LOEWENTHAL, MARCUSE pour une partie de son oeuvre) ;
                                                      - les philosophies de la vie, SPENCER, NIETZSCHE....

                  Parmi celles qui mettent l'accent sur la réciprocité, on retrouve HEGEL, SARTRE et GIRARD, selon des
                  acceptions bien entendu bien différentes.
  Dans sa "conclusion philosophique", Yves MICHAUD insiste sur le fait que "les philosophies de la violence sont des approches spéculatives où les généralisations audacieuses, les mythes et les proclamations définitives ne manquent pas." Comme sur toute question philosophique, et surtout sur la violence, c'est dire que les arguments d'autorité comptent peu : philosopher sur la violence, c'est surtout y réfléchir sur ses fondements.

             Les définitions philosophiques de la violence, loin de réduire celle-ci à un sens mécaniste où la nature joue un très grand rôle, et surtout les définitions philosophiques modernes, mettent l'accent sur une critique de la violence.

   André LALANDE, Vocabulaire technique et critique de la philosophie, PUF, collection Quadrige, 2002 ; Vocabulaire de la philosophie et des sciences humaines, Louis-Marie MORFAUX, Armand Colin, 1980 ; Sylvain AUROUX et Yvonne WEIL, Hachette, collection Education, 1991 ; Michel WIEVIORKA, La violence, Hachette, collection Pluriel, 2005 ; Hélène FRAPPAT, La violence (textes choisis et présentés par), GF Flammarion, collection Corpus, 2000 ; Yves MICHAUD, La violence, PUF, collection Que sais-je?, 1988.


           
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Lundi 5 janvier 2009 1 05 /01 /Jan /2009 14:13
      
       Défini par le Dictionnaire Le Petit Robert comme abus de la force, provenant du mot latin violentia (1215), le mot violence est très utilisé, sans doute parce qu'il fait partie intégrante de presque toutes les cultures humaines.
  Le Petit Robert (1972)  toujours y consacre quatre acceptions :
            - Faire violence (1538) : "agir sur quelqu'un  ou le faire agir contre sa volonté, en employant la force ou l'intimidation. Faire violence à quelqu'un : le contraindre en le brutalisant ou en l'opprimant ;
             - Une violence est l'acte par lequel s'exerce une force ;
             - Une disposition naturelle à l'expression brutale des sentiments ;
             - Force brutale (d'une chose, d'un phénomène).
   Mêmes définitions dans le Dictionnaire Hachette (2001) : force brutale exercée contre quelqu'un, actes de violences, brutalité de caractère de l'expression, intensité, force brutale d'un phénomène naturel ou d'un sentiment.
  Le Larousse encyclopédie en couleurs paru chez France Loisirs en 1989, lui, place au début de sa définition :
                   - Force intense, souvent destructrice, puis outrance (violence des expressions) ;
                   - Abus de la force (par opposition à la persuasion et à la conciliation), caractère emporté ;
                   - Faire violence à une personne, la contraindre par la force ;
                   - Faire une douce violence à quelqu'un, lui faire accepter une chose qu'il ne refuse de faire que par façon,
                        par délicatesse ;
                   - Violenter, c'est forcer quelqu'un par la violence à transgresser la règle naturelle ou morale.

       Yves MICHAUD dégage bien ces deux orientations : "d'un côté, le terme violence désigne des faits et des actions; d'un autre, il désigne une manière d'être de la force, du sentiment ou d'un élément naturel - violence d'une passion ou de la nature. Dans le premier cas, la violence s'oppose à la paix, à l'ordre qu'elle trouble ou remet en cause. dans l'autre, c'est la force brutale ou déchaînée qui enfreint les règles et dépasse la mesure".
 Cette étymologie, toujours selon Yves MICHAUD, nous apprend au moins trois choses :
         - Violence vient du latin violentia qui signifie violence, caractère violent ou farouche, force. Le verbe violare signifie traiter avec violence, profaner, transgresser. Ces termes se rattachent au mot vis qui veut dire force, vigueur, puissance, violence, emploi de la force physique, mais aussi quantité, abondance, essence  ou caractère essentiel d'une chose.
 Vis signifie la force en action, la ressource d'un corps pour exercer sa force, et donc sa puissance, la valeur, la force vitale ;
  Au vis latin correspond l'is homérique qui signifie muscle et encore force, vigueur et se rattache lui-même à bia qui veut dire la force vitale, la force du corps, la vigueur et, en conséquence, l'emploi de la force, la violence, ce qui contraint et fait violence.
Il se rattache au sanskrit j(i)yà qui veut dire prédominance, puissance, domination qui prévaut.
           - On retrouve donc rattachés constamment la force et la violence. Plus, si on laisse de côté les jugements de valeur, la force est non qualifiée. Elle devient violence lorsqu'elle dépasse la mesure ou perturbe un ordre.
           - L'idée de force qui constitue le noyau de la violence est soumise à de grandes variations dans le temps et dans l'espace, mais toujours la violence est d'abord une affaire de coups et de mauvais traitements et elle laisse des traces. Il y a autant de formes de violence qu'il y a de sortes de normes.

     Michel WIEVIORKA pense qu'une difficulté de définir la violence provient d'une dualité de perspectives : son objectivité, sa rationnalité, sa factualité, voire sa comptabilité en nombre de victimes ou en destructions matérielles et sa subjectivité, telle qu'elle est vécue, observée, représentée, voulue ou subie.
     Hélène FRAPPAT dans son anthologie sur la violence, relève elle aussi cette étymologie qui rend le mot violence si proche de celle de la force. "La violence serait la force en action, la force quand elle s'exerce : il n'y a pas de force que pour autant qu'elle se manifeste dans une action, un mouvement : associé à une contrainte, elle deviendrait violence. Le langage courant, qui tient souvent force et violence pour synonymes, confirme cette relation."

      Cette confusion entre force et violence est très fréquente et l'étymologie rend difficile une distinction. Même les auteurs favorables à la non-violence en conviennent, ainsi Jacques SEMELIN et Christian MELLON dans leur petit livre :
 "Deux raisons expliquent que cette distinction, pourtant essentielle, ne soit pas toujours perçue. La première tient à l'habitude d'utiliser, dans le langage courant, le mot violence comme un intensif de force : on dira d'un orage ou d'un sentiment qu'ils sont violents pour dire qu'ils sont très forts. La seconde tient à une interférence regrettable entre le registre de la description et celui des jugements de valeur. Sauf dans quelques idéologies extrémistes qui valorisent la violence pour elle-même, le mot violence a plutôt une connotation négative : il ne sert pas seulement à décrire des actes, mais à les stigmatiser. D'où la tendance à utiliser le mot force pour désigner toute forme de violence que l'on estime légitime (...). La clarté exigerait que soit respectée l'indépendance des deux registres : le mot violence doit pouvoir être employé - s'il s'agit d'actes portant atteinte à la vie ou aux droits d'êtres humains - même quand de tels actes sont considérés comme moralement et/ou juridiquement légitimes (...).".

     Par ailleurs, une autre confusion existe entre conflit et violence, malgré leurs étymologies plus éloignées. Toute conflit n'est pas forcément violent et toute violence ne provient pas forcément d'un conflit.

      Michel WIEVIORKA, La violence, Hachette littératures, collection Pluriel, 2006 ; Hélène FRAPPAT, La violence, textes choisis et commentés, GF Flammarion, collection Corpus, 2000 ; Yves MICHAUD, La violence, PUF, collection Que sais-Je?, 1988 ; Christian MELLON et Jacques SEMELIN, La non-violence, PUF, collection Que sais-je?, 1994.


     
 
Par GIL - Publié dans : DEFINITIONS
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Lundi 17 novembre 2008 1 17 /11 /Nov /2008 16:23
   On ne trouve guère de définition de la guerre dans les différents dictionnaires d'économie, tout juste une évocation brève du rôle des dépenses militaires dans le cadre des dépenses publiques, elles abondamment décrites. La guerre est généralement conçue comme une fonction extérieure au fonctionnement économique. De même d'ailleurs que les dépenses militaires.
  "Le fait notable de la production militaire moderne est qu'elle reste à l'extérieur (des forces de contrôle démocratique). Ainsi, elle est ignorée par la formation économiques dominante, avec quelques exceptions spécifiques, et par la plupart des recherches économiques ou des discussions formelles. Une très grande composante de l'activité économique actuelle, importante par ses commandes de ressources, pressante par ses implications sociales et politiques, est effectivement ignorée par les économistes modernes. Elle n'est pas incluse dans les modèles économiques agréés ; donc d'un point de vue académique, elle n'existe pas." (John Kenneth GALBRAITH).

   La plupart des études sur les relations entre Guerre et Économie se focalisent sur un versant ou un autre, en amont ou en aval, rarement dans les relations dynamiques entre l'une et l'autre. Soit il s'agit d'études portant sur les causes économiques des guerres, soit sur leurs conséquences. Les dépenses militaires, comme préparations à la guerre, sont pour la plupart négligées par les auteurs économiques.
  Pourtant quatre des plus grands auteurs des théories économiques ont tous plus ou moins discuté des relations entre guerre et économie sans en faire des éléments déterminants. Adam SMITH sans ses "Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations (1776), Karl MARX et Friedrich ENGELS dans certains chapitres de "Le Capital" (1867-1894), John Maynard KEYNES dans ses "Conséquences économiques de la paix" (1919) et son "Comment financer la guerre?" (1940) et Joseph SHUMPETER dans "Business Cycle" (1939) et "Capitalisme, Socialisme et Démocratie" évoquent parfois très précisément le rôle des dépenses militaires, les apports économiques des conquêtes militaires ou les productions de moyens de destruction. On évoquera aussi, pas seulement à la marge, le livre de Raymond ARON sur "La société industrielle et la guerre" (1959).
  Il faut signaler également Friedrich LIS, économiste américain, qui en 1857, choisit pour objet d'études, la puissance et pense globalement la richesse, qu'elle soit acquise en temps de paix ou en temps de guerre.
 
      Pourtant, comme l'écrivent Jean-François DA GUZAN et Pascal LORIOT (Guerre et Économie), "l'influence de la guerre sur l'économie et pour le moins de la préparation de la guerre sur l'économie (a) globalement été la règle pendant environ 130 ans, c'est-à-dire de la guerre de Sécession à la fin de l'Union Soviétique."
   - La guerre constitue un vaste vol à main armée de richesses de tout ordre et en tant que telle, elle fait pratiquement partie de l'économie (après, un peu moins...) jusqu'à l'ère industrielle du XIXème siècle. D'ailleurs, le mercantilisme anglais ou français intégrait très bien les deux dimensions pacifiques et guerrières d'acquisition de ces richesses.
  - L'économie militaire constitue un état naturel de l'économie mondiale entre 1860 (pour ne pas dire un peu avant, juste après les guerres napoléoniennes par exemple) et 1990, des entreprises coloniales systématiques à la chute de l'Union Soviétique. Entre complexe militaro-industriel américain et stratocratie soviétique (pour emprunter un terme de Cornélius CASTORIADIS), une forte compétition eut lieu pour mettre en oeuvre dans les armées le meilleur de la technologie dans tous les domaines.
  - Pour divers économistes marxistes, mais pas seulement, la production de moyens de destruction et les destructions elles-mêmes, sont nécessaires au fonctionnement de l'économie capitaliste, que ce soit au niveau national ou mondial. (Ernst MANDEL (1923-1995), Rosa LUXEMBOURG (1871-1919), LENINE (1870-1924), Paul BARAN (1910-1964), Paul SWEEZY (1910-2004), Gunder FRANCK (1929-2005)).
  - Pour plusieurs économistes libéraux, au contraire, la guerre n'a plus de raison d'être, n'a plus d'avenir dans une société développée et constitue, au minimum, et surtout au niveau des dépenses improductives d'armements, une menace constante pour les progrès du système capitalisme, compris comme seul système viable. (Seymour MELMAN (1917-2004), Vilfredo PARETO (1848-1923), WALRAS (1834-1910), KEYNES (1883-1946)).

      Sous la direction de Jean-François DAGUZAN et Pascal LOROT (institut Choiseul pour la politique international et la géoéconomie), Guerre et Economie, Ellipses, 2003 ; Edward Mead EARLE, Les maîtres de la stratégie, tome 1, Bibliothèque Berger-Levrault, collection Stratégies, 1980 ; Raymond ARON, La société industrielle et la guerre, Plon, 1959 ; Sous la direction de Jacques FONTANEL, Économistes de la paix, Presses Universitaires de Grenoble, 1993.

  N.B. Il existe une association - internationale - d'économistes réfléchissant sur les relations Économie, Guerre et Défense, fréquemment consultés par les instances internationales, dont l'ONU : Économistes de la paix (ECCAR) : Espace Europe, BP 47, 38040 GRENOBLE CEDEX 9.

Par GIL - Publié dans : DEFINITIONS
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Lundi 10 novembre 2008 1 10 /11 /Nov /2008 09:35

     Nous ne trouverons évidemment pas (encore que le terme évident n'a pas nos faveurs) de définition de la guerre dans les dictionnaires et atlas de la Biologie, mais ce que nous voyons dans la nature microscopique ou végétale ou animale, a parfois l'apparence d'une guerre.
Malgré un évident anthropomorphisme, Jean-Marie PELT (La loi de la jungle) attire notre attention sur le facteur temps qui nous dissimule des mouvements antagonistes des plantes. Par exemple, "diverses architectures végétales nous offrent d'autres modèles d'armes blanches ; ainsi des tiges, aux dents tranchantes alignées à la manière d'une scie, des palmiers rotangs ; de la pomme piquante du datura ou de celle du cactus, boule hérissée d'épines d'épines en forme de fléau d'armes ; sans oublier graminées et carex à feuilles coupantes comme des lames : le sang jaillit promptement de la blessure qu'elles vous infligent si vous les parcourez du doigt dans le sens de la longueur". "Dans toutes ces stratégies, la plante s'emploie à contrôler un territoire grâce à ses émissions chimiques. Ainsi se fait déjà jour chez les plantes la notion de "territoire" qui revêtira chez les animaux une importance considérable. Défendre son territoire suppose la mise en oeuvre de moyens offensifs et défensifs qui, tous, mettent en jeu des réactions agressives : attaquer ou défendre un territoire, c'est faire la guerre. Ici, chez les plantes télétoxiques, le territoire est contrôlé par l'émission de molécules qui ne vont pas sans évoquer les gaz de combat : le compétiteur est éliminé, mais, si l'arme chimique est sur-dosée, l'attaquant l'est aussi, comme on l'a vu dans le cas de la piloselle."
    Ecrire qu'il s'agit d'une guerre constitue un usage abusif du terme, surtout si l'on connait le tropisme qui régit la vie végétale. En physiologie, le tropisme est l'orientation prise par les Végétaux fixes en voie de croissance sous l'influence d'un stimulus. ces tropismes peuvent être positifs, négatifs ou transversaux. Suivant le stimulus, on distingue le phototropisme (lumière), le géotropisme (pesanteur), le chimiotropisme (substance chimique), l'holotropisme (contact), l'hydrotropisme (humidité). Chez les animaux, termine le Dictionnaire de Biologie dont est tirée cette définition, tropisme et taxie sont souvent employés dans le même sens. En effet, malgré leur caractère complexe, les réactions et actions animales sur l'environnement et sur les congénères ou membres d'autres espèces, sont guidées par un ensemble d'influences, reproductibles lors d'expériences, d'ordre physique. ces réactions gardent un caractère d'automaticité qui exclue toute forme de conscience élaborée que nous associons le plus souvent au phénomène guerre.

      Le monde de la biologie est très vaste, des organismes unicellulaires aux organismes multicellulaires, des virus aux mammifères, et quand nous entrons dans l'étude des détails, nous voyons bien une lutte constante qui se mène toujours et partout, une contradiction évidente des actions et réactions entre membres de toute espèce. Mais le tropisme ou la taxie que nous constatons ne les différencie guère de réactions simples entre acides et bases en chimie. Avec cependant chez les animaux une différence assez fondamentale, partagée des oiseaux aux primates que nous sommes, le sentiment de la souffrance, mais ceci constitue sans doute un autre débat. Aux frontières de la vie et de l'inanimé, les connaissances actuelles obligent souvent de recourir à la philosophie pour penser ce genre de choses.
 L'approche de la vie d'Henri LABORIT (Biologie et structure) nous aide à comprendre comment et pourquoi les êtres vivant agissent les uns sur les autres. "... la finalité d'un être vivant (est) le maintien de sa structure complexe dans un environnement moins complexifié. Or, la simple excitation, c'est-à-dire le seul fait pour lui de subir l'apport d'une énergie extérieure sous une forme autre que celle de ses substrats, constitue déjà une tendance au nivellement thermodynamique, et l'on constate une déstructuration des protéines par rupture des liaisons hydrogène : déstructuration réversible dans l'excitation, alors que l'irritation et la mort, elle est irréversible. C'est entre les deux que se situe l'état physiopathologique, la "maladie", mais il est bien difficile d'en définir les frontières, car à notre avis, ce sont des frontières temporelles." Le biologiste continue la réflexion à l'échelon cellulaire comme à l'échelle des êtres pluricellulaires et cela l'amène à discerner différents types de réactions face aux excitations extérieures : la fuite ou la lutte, qui permettent en évitant ou en supprimant l'agent de ces excitations, le retour à l'état physiologique normal. Léon BINET décrit dans son petit livre "Les défenses de l'organisme" les différentes réactions de l'organisme devant la douleur, devant le froid et la chaleur, devant l'asphyxie, devant les atteintes de l'organisme à son intégrité, devant l'hémorragie et les agressions de l'appareil respiratoire comme devant l'intoxication alimentaire, et même devant la gravitation, et pendant le processus de la mort, d'une manière qui nous fait comprendre également que du niveau cellulaire au niveau psychologique c'est tout un ensemble de réactions aux stimulations extérieures qui se met en mouvement, de manière quasi-constante.

    A partir de là, nous pouvons concevoir comment le contact de différents membres d'une même espèce ou d'espèces différentes, luttant chacun pour son propre équilibre interne, se traduit par la destruction des uns et la revitalisation des autres, sans qu'il soit besoin de recourir à une notion aussi complexe que la guerre.
  Toutefois, l'espèce humaine mène réellement une véritable guerre contre toute une variété d'organismes biologiques, à travers notamment la médecine. Nous imaginons bien que les médecins se considèrent perpétuellement en guerre contre les agents pathogènes de toute sorte qui assaillent leurs patients. Comme nous comprenons bien qu'il s'agit pour les collectivité humaines de mener des guerres - avec des moyens biologiques - contre des facteurs d'épidémies de toutes sortes.
  L'histoire humaine elle-même est remplie d'événements de ces guerres particulières - sans doute les plus anciennes, qui mettent aux prises non seulement les organismes complexes que nous sommes à d'autres infiniment petits et agressifs (nous pensons, entre autres, aux virus et aux bactéries), mais également des civilisations différentes, porteuses de germes différents et d'immunités différentes. L'approche de Jared DIAMOND nous est particulièrement utile dans cette perspective, dans la recherche des interactions entre populations humaines -entre elles et avec les différents environnements qu'elles rencontrent.

   Jean-Marie PELT, Franck STEFFAN, La loi de la jungle, L'agressivité chez les plantes, les animaux, les humains, Fayard, 2003 ; Henri LABORIT, Biologie et structure, Gallimard, collection Idées, 1968 ; Léon BINET, Les défenses de l'organisme, PUF, collection Que sais-je?, 1961 ; Jared DIAMOND, De l'inégalité parmi les sociétés, Essai sur l'homme et l'environnement dans l'histoire, Gallimard, collection nrf essais, 2000 ; LENDER, DELAVAULT, LE MOIGNE, Dictionnaire de biologie, PUF, 1979.

   
    
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