ESSAIS

Mercredi 2 décembre 2009 3 02 /12 /2009 13:32
      Des questions sur le pouvoir des Etats....
                  Les récentes conférences inter-gouvernementales sur le changement climatique, sous les projecteurs des médias, ne manquent pas de provoquer un certain malaise pour qui suit de près les vraies évolutions des pouvoirs politiques et économiques de la planète. Alors que les marchés sont censés s'auto-réguler pour la bonne santé de l'économie, alors sur les gouvernements eux-mêmes abandonnent de nombreuses prérogatives économiques au nom des bienfaits supposés être apportés par la libre concurrence des biens et des personnes, il est curieux de voir ces mêmes gouvernements se faire proclamer sauveurs de la planète. Les contraintes économiques nécessaires à la réalisation des programmes de survie de l'humanité face aux désastres annoncés seront-elles acceptées - puisqu'elles n'ont pas beaucoup de chances d'être imposées - par ces vastes ensembles économiques privés qui ont déjà refusé aux Etats de véritables changements dans la gestion financière.
       Cette actualité constitue une occasion de penser à nouveau l'effectivité des Etats, leur réel pouvoir de peser sur les événements, au-delà des définitions juridiques de l'Etat aujourd'hui diffusées de façon universelle par  des organisations internationales comme les Nations Unies.

       La réalité du pouvoir d'Etat...
            Un Etat se caractérise par son pouvoir réel sur un territoire et une population. Il est représenté pratiquement par ses agents directs et existe seulement et seulement si les différents citoyens qui agissent à l'intérieur de ses frontières le reconnaissent comme tel.
Un véritable Etat n'est pas une sorte d'agent ou d'acteur social à grande échelle qui exerce une influence sur le comportement de tous les autres acteurs, qu'ils soient économiques, sociaux, politiques ou religieux. Il est véritablement le décideur en dernier ressort de ce qui se passe sur un territoire donné. C'est le principe même de la souveraineté. Peu importe que cet Etat soit démocratique ou totalitaire. Ce qui importe, c'est que son autorité soit sans contestations sur son territoire. Peu importe que ses actions soient le résultat de concertations et de délibérations entre les acteurs qui agissent en tant que membres d'une nation ou pas. ce qui importe, c'est que ses actions soient reconnues légitimes de bout en bout.
Concrètement, il est constitué d'administrations reconnues pour leur compétence dans tous les domaines, qui se considèrent comm ses rouages. De plus, dans la conscience de la population, il existe en tant que tel, garant de leur liberté et de leur sécurité, quel que soient la définition et le contenu réel qu'elle leur donne.
     L'Etat est à la fois le produit de leur représentation du pouvoir et la somme de l'action de toutes ses administrations. Que la représentation collective n'accorde plus comme auparavant ce crédit, que ses administrations n'exercent plus leur activité sur l'ensemble de la population et sur l'ensemble du territoire, et l'Etat n'existe plus que comme le fantôme de lui-même.

       Les domaines de l'effectivité de l'Etat
                Ce qui précède nous mène directement à la notion d'effectivité de l'Etat. Un Etat existe réellement, au-delà de toute considération sur sa reconnaissance à l'extérieur dans le concert des Etats dans le monde, que s'il est en mesure d'exercer tous ses pouvoirs. Celà pourrait passer pour une lapalissade, mais lorsqu'on y regarde de plus près, on constate de nombreuses défaillances de l'autorité de l'Etat tout au long de son histoire, et ces défaillances peuvent être de plusieurs ordres :  -  fiscal, lorsque les administrations chargées de récolter auprès de la population ses ressources agissent pour leur propre compte ;
              - judiciare, lorsque les décisions de justice ne sont plus prises à partir d'un corpus de lois et de coutumes décidées par les instances légitimes ;
               - exécutif, lorsque ses décisions sont mal ou plus appliquées ;
               - législatif, lorsque ses instances qui décident des lois le font en dehors des considérations fondatrices de cet Etat, ou que les lois ne sont plus suivies des décrets d'application qui les rendent effectives ;
     Mais le moment et l'endroit où cette effectivité se révèle défaillante ou nulle, c'est lorsque le monopole de la violence lui échappe, partiellement - lorsque des éléments de sa population lèvent les armes contre lui, en tant qu'Etat , ou contre d'autres éléments de cette même population - ou totalement, lorsque la violence s'exerce sans considération de son existence. Car ce qui décide en dernier ressort de son autorité, c'est bien l'usage en dernier recours et de façon décisive de la violence, que ce soit pour recouvrir les impôts, pour faire droit aux décisions de ses tribunaux, de réaliser les effets de ses lois et règlements ou pour faire valoir sa suprématie et sa seule autorité dans l'élaboration de ces lois et règlements.
     C'est pourquoi l'effectivité d'un Etat est toujours menacée lorsque la délégation administrative de son pouvoir fiscal, judiciaire, exécutif ou législatif est confiée à des groupes d'acteurs dont la fidélité aux fondements de l'Etat est défaillante. Ou lorsque les intérêts propres de ces groupes prennent le pas sur l'intérêt de l'Etat.
Si l'Etat est autoritaire et monarchique, tout autre intérêt servi autre que celui du roi menace son effectivité. Si l'Etat est autoritaire et despotique, tout intérêt servi que celui du groupe faisant office de chef nuit à son effectivité. Si l'Etat est démocratique et d'un régime représentatif de la population, tout autre intérêt servi - celui d'une seule partie de la population, nuit à son effectivité.
Cette effectivité est menacée également lorsque l'Etat délègue une partie de ses prérogatives de sécurité à des groupes de population dont les intérêts sont plus de défendre leurs intérêts propres que celui de l'Etat.
     On voit bien que l'effectivité de l'Etat n'est jamais totalement garantie dans les aléas de l'histoire. Et qu'il existe en fait une graduation dans cette effectivité. Entre le contrôle absolu de l'Etat, qu'il qu'en soit les moyens, matériels ou/et symboliques et la déliquescence de l'Etat à son dernier degré, il existe toute une série de situations intermédiaires, qui s'installent doucement, presque sans qu'on s'en rende compte, analysable souvent seulement après une certaine période.
   Mais la continuité de l'Etat reste assurée toutefois, lorsque certaines conditions sont réunies, quel que soit le degré de cette effectivité. Elle ne l'est plus lorsque, de façon définitive, l'Etat a perdu de façon irrémédiable tous ses pouvoirs, même lorsque symboliquement des populations ou des groupes s'y réfèrent, un peu comme les véritables pouvoirs féodaux de tout le Moyen-Age qui se réfèrent au Saint Empire Romain Germanique...
     Il est particulièrement difficile, en l'état des connaissances sociologiques actuelles, de déterminer si un Etat est définitivement perdu. Mais une étude, même partielle, de l'activité de ses administrations, de l'activité des acteurs sur son territoire permet de déterminer, en revanche, à coup sûr, si un Etat a perdu de son effectivité. Et lorsque, de façon visible, l'Etat se retrouve dans la situation de n'importe quel acteur sur ce qui est normalement son territoire, d'agir avec des moyens de coercition sociale (et non avec tous ses moyens), on perçoit qu'il n'est plus effectif. il faut bien voir qu'un acteur peut être en mesure de collecter des impôts ou d'effectuer un certain racket sur la population (en argent et en hommes), d'édicter des lois dans une région donnée, d'agir pour rendre effectives certaines de ses décisions, sans être un Etat.
       
              Empires et Etats, Etat contre Empire....
                    Et si ses agents assurent la continuité de certaines activités dans le temps, on peut avoir affaire à un Empire plus qu'à un Etat. Un Empire peut garantir la sécurité et la liberté dans certains territoires. Et si ses agents parviennent à faire reconnaître et connaître son autorité même partielle, d'Empereur, de prince, de roi, de dieu, de prophète un certain temps, il peut s'agir d'un Empire assuré d'une certaine pérennité. Mais il ne s'agit pas d'un Etat. Une Empire "de la drogue" peut s'établir dans certaines contrées, il n'aura pas les caractéristiques d'un Etat. Ses bénéficiaires pourront encaisser le produit de leur trafic sur un certain territoire sans pouvoir se faire connaître et reconnaître de façon définitive comme le maitre des lieux. Par essence, dans un Empire, plusieurs forces armées concurrentes peuvent exister et se combattre ; ce qui caractérise l'Etat, c'est véritablement le monopole de la violence. Par ce monopole, il garantit à une population sur un territoire, un certain ordre, une certaine stabilité, même s'il s'agit d'un ordre injuste, d'une stabilité qui écrase une partie de la population. Ce que l'on veut ici bien indiquer c'est le possible glissement d'empires fondés sur des moyens illégaux en droit, qui peu à peu, peuvent prendre la place des Etats, et devenir également par la suite, des Etats. On a une certaine vision d'un Empire en calquant les prérogatives de ce que nous connaissons comme Etat moderne sur de vastes territoires et sur d'immenses populations, or le contrôle social n'agit que par imperfections progressives. L'histoire offre de multiples exemples d'Etats qui créent des Empires mais qui ne possèdent pas la possibilité de contrôler autant les populations que sur leur territoire d'origine. Il existe un mouvement de va et vient entre les formes étatiques et impériales de pouvoir. Ce que l'on a écrit auparavant sur les "Empires de la drogue" peuvent très bien s'instaurer sous forme d'Empires économiques qui, au départ, se veulent concurrents des Etats - en omettant par exemple de le payer en impôt - tout en leur demandant de protéger leurs activités.

         Pour une ananlyse non convenue du pouvoir des Etats...
                C'est pour promouvoir une analyse des Etats au début du XXIème siècle que tout ce qui précède est écrit, et pour rien d'autre. Une invitation à établir une typologie d'Etat suivant leur effectivité. La prolifération d'instances de pouvoirs économiques, politiques, financiers, militaires sur la planète, qui ne dépendent pas directement d'Etats devrait nous inciter à ne pas considérer la forme étatique comme allant de soi. L'existence de vastes territoires où des mercenaires règlent les questions de vie ou de mort, plus ou moins commanditées par des Etats, mais ne rendant compte de leurs activités que de manière élastique, le développement de fraudes fiscales massives s'appuyant sur l'existence d'Etats, parfois minuscules, faisant office de paradis fiscaux mais surtout de protecteurs exclusifs, l'augmentation de zones franches dans de nombreux pays, y compris ceux qui jouissent comme la Chine, de croissance économique accélérée, mais aussi à l'intérieur des Etats occidentaux comme la France qui autorise l'installation d'entreprises dans ses quartiers dits en difficulté, la privatisation de pans énormes d'activités autrefois assurées, régulées ou contrôlées par les Etats, tout cela doit inciter à réfléchir sur l'évolution de l'effectivité des Etats, et des conséquences de tout ordre, dont le développement des pollutions et des bouleversements climatiques n'en sont qu'une partie, de cette évolution.
               L'enjeu de cette analyse est tout simplement la possibilité au non des citoyens de vivre dans un environnement stable, au niveau politique, économique, juridique. C'est aussi de savoir si l'on ne se dirige vers une sorte de guerres civiles larvées ou ouvertes entre groupes et entre individus, guerres désignées alors pour la convenance des médias et des pouvoirs en place comme des crises plus ou moins graves... En d'autre temps, l'analyse marxiste pointait bien cette sorte de luttes généralisées, qui peuvent débouchées sur des guerres civiles, mais cette fois  il ne s'agirait pas seulement de guerres entre agents économiques, mais entre toutes sortes de pouvoirs privés ou publics, avec emploi non seulement de l'arme monétaire mais d'armes tout court...dans une évolution de reféodalisation du monde.

                   Ce texte est l'un des textes de ce blog appelé à évoluer le plus vite, aussi toutes les contributions sont bienvenues.
Par GIL - Publié dans : ESSAIS
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Vendredi 6 juin 2008 5 06 /06 /2008 14:40
       Les hommes sont individuellement et collectivement jetés sur les routes de l'histoire, au milieu de conflits qui existaient bien avant eux et qui existeront longtemps après eux.
         Dans l'antiquité comme dans le temps que les contemporains appellent modernes, en espérant toujours un renouveau de la vie de l'humanité, les trois questions raciale, nationale et sociale se sont trouvées inextricablement liées dans la vie quotidienne comme dans les grandes occasions historiques. Et dans l'esprit de ces hommes et de ces femmes, des conflits réels se sont trouvés occultés par des conflits imaginaires, autant de thèmes de fixation de l'émotion collective. Que l'on songe aux contes de l'antiquité où les hommes doivent se concilier constamment des puissances surnaturelles au point d'y consacrer du temps et de l'espace, que l'on songe aussi aux religions "modernes" qui accaparent également encore l'esprit de millions d'êtres humains. Se concilier les forces d'en haut pour qu'elles n'entrent pas en conflit avec les hommes, s'en faire des alliés dans les actions de tous les jours comme sur les champs de bataille, a polarisé l'attention d'une infinité de fidèles de tout bord. Déclarer l'alliance avec un dieu, c'est déclarer la guerre à d'autres dieux, et cela prend de l'énergie, du temps et de l'intelligence... Déclarer la guerre à Satan, c'est aussi déclarer la guerre à ses serviteurs sur Terre, et on connaît l'ampleur des luttes religieuses qui ne sont pas encore terminées de nos jours. Les pensées et les actions sont tellement prises par ces conflits imaginaires transformés par l'épée et la bombe en conflits réels, que les hommes en oublient les véritables différends qui agissent en profondeur.
       Etablir une Eglise, une Communauté sur la base de prophéties et de croyances au surnaturel, d'espoirs de vie dans l'au-delà, cimenter la vie des hommes qui vivent les uns à côté des autres, les prochains comme disent certains, pour qu'ils ne tombent pas dans la violence de leurs divisions, de leurs véritables conflits est sans doute la facette positive d'institutions spirituelles qui par ailleurs font perdurer les injustices et les privilèges économiques et politiques. L'illusion religieuse - fondée sur ce que les hommes ne connaissent pas et craignent - permet de faire perdurer des situations en ne posant pas les questions sexuelle et sociale.
     La division de l'humanité en deux parties, la division du monde en inférieurs et en supérieurs ont été toujours justifiées par l'invocation des puissances d'en haut avant d'être jugées naturelles. Encore aujourd'hui, la femme demeure la seconde dans maintes parties du monde et les systèmes de castes régentent toujours d'immenses territoires.
        
         La croissance de la population, sa densification, a transformé les tribus rachitiques d'autrefois en ensembles très grands, posant des problèmes d'identité de plus en plus larges, que les royautés - même de droit divin - ne pouvaient résoudre. Des nations forment aujourd'hui des ensembles identitaires par excellence, la religion,  battue en brèche par l'esprit scientifique ne pouvant plus assumer le poids de service de l'unité et de la coopération entre gens nés dans ces ensembles trop vastes. La question nationale a donc occupé les esprits, pour ne pas s'occuper de la question sexuelle et de la question sociale, dont les solutions risquaient de mettre en cause tout l'édifice social et mental.
   Mais comme l'extension des découvertes des peuples conquérants les font occuper les espaces habités par d'autres peuples jusque là éloignés, ils découvrent ces peuples aux caractéristiques apparentes différentes, et ils y trouvent d'ailleurs des moyens de s'enrichir davantage que par leur propre travail, par leur mise en esclavage ou mise en tutelle. L'esclavage existait déjà mais de façon "artisanale" et limitée.
Ces contacts mettent au jour la question raciale, qu'habillent les possédants et les puissants entre leurs peuples et ces peuples qu'ils exploitent largement. Cette question finit par occuper d'autant plus l'esprit que les contacts entre populations différentes se font plus fréquents et plus rapprochés. la question raciale peut prendre le relais de la question nationale et de la religion pour, encore une fois, mettre de côté les questions sexuelle et sociale. Quoi de plus "naturel" de se sentir plus proche entre gens de couleur semblable, même s'ils s'exploitent dans la réalité entre eux, et de dresser des barrières entre des gens de couleur différente.

        L'existence des questions nationale et raciale constitue un vrai pain béni pour les individus et classes sociales qui bénéficient des positions sociales dominantes (riches souvent), en ce sens qu'au lieu de se poser la question de l'amélioration de leurs conditions économiques, les individus et les classes sociales dominés (pauvres souvent), restent polarisés par les menaces orchestrées et mises en scène, des autres nations et des autres races. Non que les questions  nationale et raciale n'existent pas, mais parce que les termes de ces deux questions sont dans l'esprit de presque tous fondés sur des aspects imaginaires.
    L'imbrication des réalités (exploitation des Noirs - et des Indiens - par les Blancs, exploitation des petites nations par les grandes...) et des illusions (souillure fondamentale de la noirceur de la peau, différences fondamentales entre Français et Allemands...) rendent les conflits sociaux et nationaux d'autant plus intenses que les questions sont mal posées. Il n'est que de voir la question raciale aux Etats-Unis où la guerre de Sécession a tranché une question mal posée de l'esclavage (Et aujourd'hui d'ailleurs l'accession possible d'un Noir à la présidence risque de faire croire que l'on résout la question raciale et de faire oublier une fois de plus la question sociale). Deux guerres mondiales en Europe n'ont pas suffit apparemment pour que les questions nationales illusoires (battues en brêche par les réalités économiques)  soient réglées, car l'on n'a pas réglé précisément les questions sociales, ne serait-ce que l'écart croissant entre niveaux de vie des riches et des pauvres. Car ceux qui font l'opinion continuent de raisonner et de faire raisonner comme si les plombiers polonais menaçent les plombiers français alors que les agissements bancaires français les menacent bien plus.

       En réalité, c'est lorsqu'on commence à s'attaquer à la solution des questions sexuelle et sociale que l'on commence enfin à changer le cours de l'humanité. L'émancipation des femmes a des répercussions sur le statut des femmes noires par rapport aux femmes blanches et l'organisation des forces ouvrières à l'échelon européen met en cause les distinctions nationales sur le continent. La solution des questions sociale en particulier font découvrir la véritable nature des questions raciale et nationale, qui deviennent d'anciennes illusions, tout comme les solutions nationales avaient détruits les illusions religieuses.
      La mise en avant des réalités, la mise en veilleuse des terreurs ancestrales provoquent, de proche en proche, l'ébranlement de tous les édifices sociaux fondés sur les inégalités de sexe, de "race" et de "nationalité".

                                                                                                                            GIL
Par GIL - Publié dans : ESSAIS
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