ARMEMENT

Vendredi 3 décembre 2010 5 03 /12 /Déc /2010 12:55

               Le protocole de Genève de 1925 interdit l'emploi des armes biologiques au même titre que les armes chimiques. Ce protocole n'interdit pas les recherches. Le 10 avril 1972 est signée la Convention sur l'interdiction (entré en vigueur le 26 mars 1975) de la mise au point, de la fabrication et du stockage d'armes bactériologiques ou à toxines et sur leur destruction. Depuis se tiennent des conférences en vue de l'examen de la convention et du renforcement du régime de vérification originel où l'on se préoccupe surtout des implications militaires des progrès scientifiques et techniques en matière de biotechnologie et de génie génétique. Un groupe ad hoc se constitue en septembre 1994 pour élaborer des mesures de confiance et de vérification. Toutefois, peu de progrès sont accomplis dans cette voie en raison de la complexité du contrôle de l'interdiction des armes biologiques et de la "répugnance" des organisations professionnelles (notamment les industries pharmaceutiques) à souscrire à des procédures de vérification trop intrusives, qui se réfugient bien facilement derrière le secret industriel. Malgré tout, les experts internationaux estiment que la résolution 1540 adoptée en 2004 par le conseil de sécurité de l'ONU marque une étape importante. Contraignante pour tous les Etats membres de l'ONU, elle réaffirme que ces derniers doivent s'acquitter de leurs obligations en matière de maîtrise des armements et de désarmement et prévenir la prolifération, sous tous ses aspects, de toutes les armes de destruction massive. 

 

                  Pendant que des efforts se déploient sur la constitution d'armes biologiques dans les unités militaires, les recherches se sont poursuivies et se poursuivent toujours, avec de temps à autres des velléités d'usage et surtout des "expérimentations" ponctuelles. La France crée un commission de bactériologie dès 1921 pour établir une politique de guerre biologique, et sous diverses appellation, il y a toujours un département du ministère de la défense qui y travaille. Le Royaume Uni se dote d'une unité spéciale sur les armes biologiques à Porton Down en 1940, unité qui réalise des testes sur l'ile Gruinard en Ecosse. Laquelle est contaminé en 1942 par la maladie du charbon (5 millions de tourteaux comprenant de l'anthrax produits), contamination qui perdure au moins jusqu'en 1990. Les Etats-Unis créent un centre de recherche en 1943 et dès l'année suivante, une installation d'essai sur site est opérationnelle. En Union Soviétique, un programme d'armement biologique débute dès 1927. Il fournit toute une série d'agents pathogènes capables de provoquer la tularémie, le typhus ou la fièvre Q, mais qui ne sont pas utilisés pendant la Seconde Guerre Mondiale. Lors de l'expansion de l'empire japonais pendant la guerre sino-japonaise (1937-1945), l'empereur du Japon autorise la création d'une unité de recherche bactériologique qui pratique des expérimentations sur des milliers de cobayes humains. Ces armes sont employées à maintes reprises en Extrême-Orient par l'armée impériale jusqu'à la fin de la guerre. L'Allemagne crée en 1943 un petit centre de recherche d'armement biologique à Posen, centre qui est repris par les Soviétiques en 1945. A la fin de la Seconde Guerre mondiale, la faisabilité des armes biologiques est clairement établie, même si aucun pays, pour autant qu'on le sache, n'a fait de découverte considérable. 

                 Durant les premières décennies de la guerre froide, les grandes puissances continuent leurs recherches dans ce domaine jusqu'à l'arrêt unilatéral des Etats-unis en 1968 et la signature de la Convention de 1972. Cependant, des programmes d'armes biologiques se poursuivent toujours. De temps à autre, des "accidents" nous le rappellent. Ainsi l'usine de production d'armes bactériologiques de Sverdlowsk (rebaptisé Ekaterinbourg), en Union Soviétique, laisse échapper de l'anthrax le 30 mars 1979. Bilan, entre 66 et 600 morts selon les sources. Les soviétique ont lancé dès les années 1970 un immense programme de recherche et d'essai en armes biologique appelé Biopreparat (révélé par Ken ALIBEK, Biohazard, Random House, 1999 ; La guerre des germes, Presses de la cité, 2000). Egalement, entre 1975 et 1983, des cas d'intoxication causée par la "pluie jaune" sont constatés en Asie du Sud-Est, au Laos et au Cambodge. Nous n'avons su que dans les années 1990 que l'Afrique du Sud avait mené un projet d'Etat (Coast) dans les années 1980. Des inspections internationales en Irak, menées dans le cadre de l'accord de cessez-le-feu ayant mis fin à la seconde guerre du Golfe, ont révélé un programme biologique d'envergure à un stade assez avancé, quoique bien en-deçà des allégations de l'administration américaine.. 

 

                    D'une manière générale, la plupart des pays occidentaux ont renoncé aux armes biologiques dans les années 1960. Les principaux possesseurs de programmes militaires biologiques se situent au Moyen-Orient et en Asie. Le risque de prolifération provient surtout de pays qui, ne pouvant se doter d'armes nucléaires pour des raisons techniques et industrielles, se tournent vers des armes plus faciles à concevoir et dotées de propriétés voisines sur le plan stratégique.

     Il existe une grande différence entre la prolifération biologique et la prolifération chimique : sur les dizaines de milliers d'agents chimiques sur lesquels les scientifiques militaires (et civils, mais ils l'ignorent la plupart du temps...) travaillent depuis plusieurs décennies, la liste des agents à usage militaire s'est stabilisée autour d'une soixantaine de produits ; au contraire, les formidables progrès de la génétique ouvrent à la biologie militaire des perspectives aussi vastes d'inquiétantes. Les techniques biotechnologiques peuvent être utilisées pour produire des agents biologiques à des fins militaires en quantité importante et il se dit même que l'ingénierie génétique est susceptible d'améliorer leur stabilité - longtemps l'un des principaux obstacles posés aux programmes biologiques militaires - et leur résistance aux vaccins ou aux traitements existants. Les travaux des spécialistes sont incessants à cet égard.

Si l'on prend en exemple le système soviétique, les armes biologiques faisaient l'objet d'un classement stratégique au regard de leurs effets létaux :

- les armes stratégiques, dont les taux de contagion et de mortalité sont très élevés (type peste ou variole) ;

- les armes opérationnelles, destinées à donner un avantage militaire sur un théâtre d'opération (type tuléramie, brucellose, morve) ;

- les armes stratégico-opérationnelle, qui mêlent les deux effets (type anthrax, Marburg, fièvre Q).

   Une centaine d'Etat dispose de la technologie nécessaire, mais depuis l'arrêt des activités dans ce domaine aux Etats-Unis, en Union Soviétique et en Afrique du Sud, il ne reste qu'une douzaine de pays à avoir réellement franchi  le pas : Egypte, Irak (mais depuis l'occupation américaine, cela n'est plus le cas), l'Iran (qui suscite actuellement les plus vives inquiétudes), Israël, Lybie, Syrie au Moyen-Orient ; Chine, Corée du Nord, Taïwan, Birmanie, VietNam en Asie. La quasi totalité de ces pays développent également des armes chimiques. Dans certains Etats-majors circulent l'idée d'une complémentarité entre armes chimiques (tactiques) et biologiques (stratégiques).

En 1999, le centre de Monterey recensait dix-neuf pays concernés par l'arme biologique, dont treize seraient encore actifs : l'Algérie, la Chine, l'Inde, l'Egypte, l'Iran, l'Irak, Israël, la Lybie, la Corée du Nord, la Russie, la Syrie, Taiwan et les Etats-Unis... Mais cette liste inclut des pays au statut très divers :

- les pays qui, tout à fait officiellement et dans le cadre de la Convention internationale, conduisent un programme de recherche à des fins défensives : Inde et Etats-Unis ;

- les Etats qui mènent un effort de recherche, plus ou moins avancé : Corée du Nord, Tawan, Egypte, Iran, Irak, Syrie, Algérie, Libye ;

- la Russie doit être traitée à part dans la mesure où, bien qu'elle conduise tout aussi officiellement que l'inde et les Etats-Unis un programme de recherche défensif, des soupçons pèsent sur la réalité de ses activités ;

- la Chine est considérée comme le pays au risque le plus élevé en termes de prolifération biologique, avec vraisemblablement un programme offensif.

     Encore une fois, disons que la prolifération biologique est celle où les données sont les plus imprécises.

 

     Hauman YAAKOUBI, Armes chimiques et biologiques, dans Dictionnaire de stratégie, PUF, 2000 ; Olivier LEPICK, Armes chimiques et biologiques, Encyclopedia Universalis, 2004 ; Commission sur les armes de destruction massive, Armes de terreur, L'Harmattan, 2010 ; Rapport d'information sur la prolifération des armes de destruction massive, Assemblée Nationale, 2000.

 

                                                                                         ARMUS

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Jeudi 2 décembre 2010 4 02 /12 /Déc /2010 09:14

                       Les armes biologiques, très anciennes dans l'histoire, comme les armes chimiques, forment un arsenal très diversifié dont la caractéristique commune est d'être formé de pratiquement toute la gamme des micro-organismes vivants ou des matières qui en dérivent. Elles sont utilisées pour provoquer des épidémies, sous forme d'aérosol ou de fines particules liquides ou solides en suspension dans un gaz (ou dans l'air pour sa forme moderne), une fois le mode d'action de ces micro-organismes élucidé. Mais également depuis l'Antiquité, tout simplement sous forme de cadavres d'hommes ou d'animaux. 

  La classification des armes biologiques suit tout simplement la classification des sciences naturelles. On distingue généralement (Bureau des affaires du désarmement des Nations Unies) 5 catégories :

- Les bactéries, cultivées dans des milieux artificiels de culture liquide ou solide. Différentes bactéries peuvent être utilisées dans des armes biologiques, comme le bacillus anthracis, la brucella suisi, le Yersinia pertis, le Vibrio cholerae, le pasteurella tularensis et la Salmonella typhi. On reconnait là facilement les agents infectieux permettant de provoquer des épidémies de grippe, de peste, de choléra, de fièvre jaune ou de typhus...

- Les virus, nettement plus petits que les bactéries, qui abondent dans la nature. Leurs effets peuvent être amplifiés par une mutation naturelle ou par une modification génétique. Différents virus peuvent être utilisés : celui de l'encéphalite équine du Venezuela, le virus d'Ebola, celui de Hantaa, le virus de la fièvre de la vallée du Rift ou le virus de la fièvre jaune...

- Les rickettsies, analogues aux bactéries, plus grandes qu'elles mais plus petites que les virus, comme le Coxiella burnetti, le Bartonnella quintana, le Rickettsia prowasecki ou le Rickettsia rickettsii...

- Les champignons, micro-organismes qui produisent des spores et se nourrissent de matière organique, surtout nuisibles pour les végétaux. Différents agents fongiques peuvent être utilisés : Colletotrichum kahawae, l'Helminthosporium oryzae ou le Mircocyclus ulei....

- Les toxines, produits ou dérivés d'animaux, de plantes ou de micro-organismes, qui, à la différence des autres agents biologiques ne peuvent se reproduire. Différentes toxines peuvent être utilisées : aflatoxines, toxines butoliques, ricine, entérotoxines ou saxitoxines...

  Tous ces micro-organismes possèdent le mérite d'avoir une action lente et indécelable au départ, obligeant pour s'en prémunir d'effectuer des vaccinations massives plus ou moins efficaces. Par contre, de nombreuses contraintes limitent le nombre d'agents biologiques susceptibles d'être utilisés comme arme. De ce fait peu d'entre eux retiennent l'attention des militaires. Cependant les progrès de la microbiologie peuvent étendre les possibilités. 

 

                  Très tôt dans l'histoire, des agents biologiques ont servi dans les guerres, notamment sous forme de cadavres pestiférés. En effet, les différentes conditions des batailles, surtout si elles sont longues, sont propices à la propagation d'épidémies très diverses, surtout aux époques où l'hygiène n'est pas forcément une caractéristique très répandue des troupes. Ainsi de temps à autre, diverses parties, lors des sièges des villes, expédient les cadavres (par catapultage par exemple), par-dessus les murailles ou polluent sciemment (par les excréments) les sources d'eau... Nous ne connaissons pas bien les conséquences de ces actions, sauf à partir du Moyen Age, pour la raison bien simple qu'une de celles-ci a provoqué la sinistre peste noire qui décima près de la moitié des Européens à partir de 1347. Pendant le siège de la ville génoise de Caffa (l'actuelle Théodosie en Crimée) en 1346 par le général tatare Kiptchäk khän Jamberg, une épidémie grave se déclara dans les rangs des assaillants et le général tatare utilisa cela à son avantage en décidant de catapulter derrière les murs de la ville les cadavres pestiférés de ses soldats, provoquant ainsi rapidement la mort de la plupart des assiégés.

Toute une histoire de l'utilisation des cadavres dans les batailles (et de leurs conséquences...) ou d'empoisonnement des eaux reste à écrire et sans doute cette tactique était-elle courante à certaines époques, tant en Occident qu'en Orient. L'usage des armes, entre parenthèses, s'inscrit aussi dans une histoire des mouvements des agents infectueux sur notre planète. Par exemple, les conquistadores espagnols apportèrent, dans leur conquête des empires qu'ils rencontrèrent sur le sol de l'Amérique du Sud, de manière inconsciente, les germes qui leur permirent une si rapide victoire. Sans doute les agents infectueux ont un rôle très important dans la montée et le déclin des civilisations.

      On trouve là les paramètres de l'utilisation de l'arme biologique : propagation mortelle ou incapacitante, impossibilité de maîtrise de cette propagation, effets non discriminatoires sur les troupes amies et sur les troupes ennemies...

 Un agent biologique incapacitant ou mortel doit avoir plusieurs avantages pour réellement intéresser les stratèges et les planificateurs militaires :

- moindre coût que les armes classiques, chimiques ou nucléaires ;

- grande flexibilité tactique due à l'existence d'une grande variété d'agents ;

- capacité de frappe de grandes cibles sur de longues périodes en raison de leur possibilité de multiplication et de contamination à long terme des zones ciblées ;

- capacité forte de létalité obligeant l'adversaire à déployer beaucoup d'efforts pour s'en prémunir ;

- impact psychologique dévastateur en suscitant la crainte d'une contamination non détectée et d'une mort imminente ;

- discrétion relative pour la dispersion des agents dans l'atmosphère.

Mais, revers de la médaille, un agent biologique est généralement peu fiable et peut générer des effets imprévisibles, sauf si la recherche permet de programmer son cycle de vie. Les effets notamment des armes biologiques modernes ne sont jamais immédiats en raison de leur période d'incubation qui peut durer plusieurs jours après la contamination, surtout depuis que les conditions d'hygiène dans les armées sont très surveillées. Il n'est plus possible d'utiliser maintenant des cadavres d'animaux ou d'hommes sans que immédiatement le génie militaire ou civil interviennent. Mais surtout, elles peuvent aussi contaminer l'utilisateur. Elles compliquent toutes les autres opérations militaires dans les zones contaminées et dans d'autres dont on ne sait pas réellement si elles ne le sont pas aussi, en obligeant les soldats à porter des équipements spéciaux de protection contre les infections. Bien plus que les armes chimiques, les armes biologiques nécessitent pour leur emploi de très grandes précautions. 

       Olivier LEPICK, compte tenu de tous ces paramètres, estime que la menace de guerre biologique est finalement mal définie. "Les armes biologiques peuvent apparaître peu fiables en raison de la faible prévisibilité des épidémies, mais elles pourraient plus sûrement s'attaquer directement à chaque individu, principalement par ses voies respiratoires. Les agents biologiques seraient alors dispersés comme des agents chimiques. Des insectes familiers des théâtres d'opérations choisis pourraient aussi être contaminés pour infecter les individus. L'épidémicité serait alors considérée par l'agresseur comme un facteur secondaire, sinon gênant, en raison des risques en retour qu'elle ferait courir. Si des possibilités d'immunisation et de thérapeutique lui donnaient une sécurité plus grande, le secret de vaccinations de masse devrait être bien gardé pour que l'adversaire ne s'immunise pas, réduisant considérablement l'efficacité des attaques."

      C'est une des raisons de leur interdiction, au début du XXème siècle, lorsque la connaissance de la dynamique de propagation des agents infectieux fait craindre toutes les conséquences possibles. 

 

  Bureau des affaires du désarmement des Nations unies, La science des armes biochimiques ; Olivier LEPICK, Armes chimiques et biologiques, Encyclopedia Universalis, 2004 ; Hauman YAAKOUBI, Armes chimiques et biologiques, dans Dictionnaire de stratégie, PUF, 2000.

 

                                                                                                                                                                       ARMUS

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Lundi 29 novembre 2010 1 29 /11 /Nov /2010 12:32

                                  Beaucoup d'observateurs comme Olivier LEPICK estiment que "depuis plusieurs décennies, de nombreux experts prédisaient, sans toutefois être entendus, que des groupes terroristes pourraient avoir recours à des armes chimiques ou biologiques contre des populations civiles" sans être vraiment écoutés. Ils pensent que le 20 mars 1995, jour d'un attentat meurtrier (12 morts et 5 500 blessés) perpétré dans le métro de Tokyo à l'aide d'un gaz neurotoxique par une secte religieuse, qui constitue la première attaque d'envergure contre des populations civiles, marque l'avènement d'une nouvelle ère du terrorisme. Rappelons qu'une des conditions de la réussite d'une attaque terroriste est sa médiatisation, du fait même qu'elle est toujours locale et localisée et il est vrai que depuis cette date, les médias distillent ici ou là, créant un état d'inquiétude ou de peur dans la population, des informations plus ou moins vérifiées sur l'éventualité d'une attaque terroriste à l'arme chimique ou biologique. 

         La même secte avait procédé auparavant à plusieurs essais très infructueux (toxine butolique à proximité du Parlement japonais, bacillus anthraciis...).

       Au cours de l'automne 2001, dans la foulée des attentats du 11 septembre, un groupe de terroriste avait disséminé par voie postale sur la côte Est des Etats-Unis, des spores de la maladie du charbon dans des enveloppes, faisant 5 victimes et provoquant une "psychose" importante au sein des opinions publiques internationales.

      Aussi, malgré le faible nombre de victimes observé à la suite d'attentats biologiques et sans doute un nombre élevé de tentatives avortées, la menace du "bioterrorisme" est considérée comme un risque majeur.

 

       Selon le Rapport de 2006 de la Commission indépendante sur les armes de destruction massive, "les acteurs non étatiques tels que les groupes terroristes disposent d'un grand choix quant à la cible d'un attentat, ainsi qu'au moment où il se produira et à la forme qu'il prendra. En revanche, l'approvisionnement en produits de la pureté requise et en quantité suffisante est techniquement très difficile, de même que le transport et l'utilisation efficace d'armes chimiques contre une cible donnée." La secte Aum Shinrikyo, responsable de l'attentat au métro de Tokyo, "disposait de ressources financières considérables, d'équipements modernes et d'au moins un laboratoire où elle a pu mener des recherches et organiser la production pendant une durée assez longue ; elle possédait également du personnel doté des connaissances et des compétences requises. Pourtant, elle n'a réussi à produire que des quantités modestes d'agents chimiques : leur niveau d'impureté était élevé et ils étaient impropres à un stockage de longue durée. C'est grâce à cela que les attentats ont fait moins de victimes que cela aurait pu être le cas."

En fait, indique la Commission, les attentats terroristes contre l'industrie chimique sont bien plus faciles à entreprendre (provocation de fuites ou de déversements importants...). Plusieurs accidents ont montré (Bhopal, Inde, 1984 par exemple) que leurs effets peuvent être dévastateurs et durables. 

 

       Olivier LEPICK indique les caractéristiques propres qui rendent les agents biologiques particulièrement "attractifs" à des fins terroristes :

- absence de systèmes de détection fiable ;

- impact psychologique lié au caractère invisible des agents après leur dispersion initiale ;

- facilité relative (très relative cependant) avec laquelle il est possible de fabriquer de telles substances, surtout si l'on compare avec le processus de fabrication d'une arme chimique, radiologique ou nucléaire. 

Mais un certain nombre de raisons permettent d'expliquer la faible récurrence de ce type d'attentat :

- caractère finalement peu spectaculaire ;

- conséquences immédiates et à long terme de la dispersion d'un micro-organisme dans l'atmosphère très aléatoires ;

- perte facile du contrôle par le groupe terroriste de son acte, par la difficulté d'évaluer à l'avance ses conséquences, sur la cible ou même sur lui-même ;

- difficultés de manipulation des agents biologiques par des personnes inexpérimentées. 

 

     Les Etats ont axés leurs efforts contre la prolifération des armes chimiques et biologiques, surtout à cause de leur possible utilisation par des acteurs non-étatiques. De nombreuses coopérations bilatérales et multilatérales sont en cours actuellement pour empêcher tout attentat terroriste. En même temps, une certaine instrumentalisation d'une menace de cette nature revient souvent dans les médias, permettant de détourner l'attention de conflits socio-économiques dans une période de tension ou de crise (ou simplement à l'approche d'échéances électorales...). Un certain fantasme à l'attaque chimique et biologique vient remplacer le fantasme de l'apocalypse nucléaire. Ce fantasme peut être alimenté par des "informations" bien précises distillées par des services officiels, répétées et étalées dans le temps. 

         Une analyse précise de ce phénomène psychosocial serait intéressante, non seulement pour évaluer quelle est sa véritable importance, mais aussi pour savoir s'il n'y aurait pas parfois une alliance objective entre terroristes et instances étatiques, pour entretenir dans les esprits la possibilité, la probabilité plus ou moins forte, de tels attentats. Ceci d'autant plus que l'arme de la médiatisation de l'attentat chimique ou biologique est absolument nécessaire, étant donné le caractère peu spectaculaire de leurs effets (Voir par exemple les analyses dans les rapports Ramsès).

Ajoutons aussi qu'il serait parfois difficile de distinguer l'origine de catastrophes chimiques ou biologiques, entre attentats véritables ou accidents industriels dont la fréquence a tendance à augmenter dans le temps.

 

   Ramsès Edition 2000 ; Olivier LEPICK, Armes chimiques et biologiques, Encyclopedia Universalis, 2004 ; Commission sur les armes de destruction massive, Armes de terreur, Débarrasser le monde des armes nucléaires, biologiques et chimiques, L'Harmattan, 2010.

 

                                                                                                                                                                 ARMUS

 

 

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Jeudi 25 novembre 2010 4 25 /11 /Nov /2010 12:56

                        Tous les forces de police, qu'elles soient militaires et civiles, possèdent dans leur arsenal de maintien de l'ordre, notamment en milieu urbain, des armes chimiques, même si elles ne sont pas toujours qualifiées comme telles. Ce sont principalement des gaz lacrymogènes (provoquant une incapacité temporaire, par irritation des yeux et/ou du système respiratoire, plus ou moins importante), le plus couramment des irritants oculaires (CS, CN, CR) ou des irritants respiratoires (piment OC). 

 

                       C'est surtout au début du XXème siècle que ces armes chimiques furent utilisées, même si leur élaboration date du siècle d'avant, au départ pour neutraliser des forcenés et des individus barricadés, dans le cadre de la lutte contre le grand banditisme. Dans le monde, leur usage se généralise à partir des années 1920 et elles furent utilisées pour disperser les manifestations à partir des années 1930. Considérés comme des armes d'anti-guérilla urbaine, notamment en Amérique du Sud, elles servent maintenant régulièrement en cas de "débordement" des grandes manifestations, celles organisées notamment par les syndicats ouvriers.  Notons que pour la France, le génie militaire utilise fin Août 1914 des grenades suffocantes contre l'armée allemande en Alsace, sans succès d'ailleurs, mais déclenchant une controverse avec l'Allemagne au sujet du déclenchement de la guerre chimique (selon une thèse présentée sur le site www.guerredesgaz.fr, Prélude à la guerre chimique).

 

                        Le gaz, utilisé sous forme de grenades par les forces de police, connaît un grand succès pour la dispersion des manifestations de tout genre, et constitue souvent le seul moyen chimique utilisé. Avec le canon à eu, il est considéré comme un moyen d'ultime recours lorsque les négociations pour le faire ont échoué, dans la plupart des pays occidentaux. Mais il peut être considéré dans d'autres pays en Afrique, en Asie et en Amérique Latine, comme faisant partie de la panoplie ordinaire, utilisée avant des tirs meurtriers.

En France notamment, les conditions sont très strictes sur l'utilisation des grenades lacrymogènes et requièrent l'autorisation du commandement. Mais de toute façon, utilisé dans des espaces clos, elle peut être mortelle. 

Il existe des guides du manifestant qui donnent des conseils pour se protéger contre celui-ci lors des manifestation (Jacky DURAND et Gilles WALLON, Face aux lacrymos; sortez couvert, 2006 ou Guide du militant, 1970).

 

                           La Convention sur les armes chimiques de 1993 évoque la question de l'emploi des agents de lutte anti-émeutes. L'article I/5 interdit expressément l'emploi en tant que moyens de guerre d'une variété de produits chimiques toxiques destinés principalement à un éventuel emploi national et dont l'effet sur les êtres humains ne dure en général pas longtemps. Or, le principe que de tels agents de lutte anti-émeute ne doivent pas être employés dans les conflits internationaux n'est pas maintenu de manière catégorique tout au long de la Convention. En effet, l'Article II/9d permet leur emploi à "des fins de maintien de l'ordre public, y compris de lutte anti-émeute sur le plan intérieur". A ce stade, rappellent Winfred LANG et Walter GEHR, il faut savoir que lors des négociations sur la Convention, "la délégation des Etats-Unis avait empêché l'insertion du mot "interne" après les mots "ordre public".  Ainsi, elle s'était opposée à ce que l'emploi d'agents de lutte anti-émeute puisse être justifié uniquement par des raisons de "domestic law enforcement" et obtint le retrait du qualificatif "domestic" ("interne"). De là, un tel emploi se trouve permis par la convention pour toute mesure de "law enforcement", terme dont l'interprétation demeure donc ambiguë. De ce fait, il est envisageable que l'emploi d'agents de lutte anti-émeute dans des conflits militaires internationaux se trouve justifié par la Convention, à condition qu'une telle pratique puisse trouver son fondement dans une norme internationale, voire même nationale. Or, force est de constater que la Convention garantit à tous les Etats parties le droit de demander une assistance et une protection contre l'emploi ou la menace d'emploi d'agents anti-émeute en tant que moyen de guerre (article X/8). Quoiqu'il en soit, l'on peut s'attendre à ce que certains Etats formulent une déclaration d'interprétations pour se défendre contre une possible justification d'un emploi exterritorial d'agents de lutte anti-émente."

 

 

            Winfred LANG et Walter GEHR, Convention sur les armes chimiques et droit international, Annuaire français de droit international, n°38, 1992 (disponible sur www.persée.fr).

 

 

                                                                                                                                                         ARMUS

 

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Mercredi 24 novembre 2010 3 24 /11 /Nov /2010 10:02

                 Obnubilées pendant un demi-siècle par la menace nucléaire et l'équilibre de la terreur, les élites politiques et militaires occidentales redécouvrent les armes chimiques, avec la guerre Iran-Irak et la guerre du Golfe (Pierre LELLOUCHE). C'est nouvelle actualité de l'arme chimique au début des années 1990 entraîne une activité diplomatique intense et l'adoption de la Convention internationale sur les armes chimiques, de caractère très intrusif.

 

          En fait, l'avènement du système bipolaire après la Deuxième Guerre Mondiale se traduit par des conséquences importantes sur les armes chimiques dont le volume et l'implantation dans les armées connaissent une croissance très importante, et différente au Nord et au Sud.

 

                Au Nord, la quasi-totalité des Etats choisissent de ne pas se lancer dans la course à l'arme chimique, pour des raisons à la fois politiques et militaires, à la seule exception très importance de l'Union Soviétique. Si un bon tiers des système d'armes de l'armée rouge est équipé de composantes d'armement chimique, l'OTAN ne prévoit aucune rôle dans ses stratégies successives pour les armes chimiques. C'est seulement au renouveau de la tension Est-Ouest au débit des années 1980 que les inquiétudes suscitées par l'existence d'un gigantesque arsenal chimique soviétique provoquent l'installation dans certaines unités américaines d'armes binaires (classiques/chimiques), la France envisageant de se constituer un stock de sécurité en 1987. Mais avec la détente sous la présidence soviétique de Gorbatchev et la prise de conscience des risques de prolifération chimique dans le tiers-monde (guerre Iran-Irak, Massacres de populations kurdes par l'armée irakienne...), les négociations pour l'élimination des armes chimiques sont relancées. Au Nord, sauf en Union Soviétique, les armes chimiques sont considérées comme difficiles à justifier devant l'opinion publique et jugées peu efficaces sur le champ de bataille, gênant toute manoeuvre rapide. Cette opinion des états-majors occidentaux fut renforcée dans l'analyse de la guerre Iran-Irak où malgré leur usage massif, l'arme chimique s'est montré peu efficace pour modifier la donne militaire. Leurs analyses, globalement, indiquent que les facteurs à prendre en compte pour utiliser l'arme chimique rendent son usage aussi complexe qu'aléatoire : configuration du terrain favorable à la persistance des gaz, conditions d'évaporation dans l'atmosphère, conditions météorologiques, nécessité de doter les unités d'équipements de protection gênant leurs mouvements, présence de ces mêmes équipements un peu partout dans les armées (ennemies)...

 

                  Au Sud, la situation est inverses : une véritable course aux armements chimiques débute dès la fin de la Seconde Guerre Mondiale. La difficulté de certains Etats d'entrer dans le club des puissances nucléaires, les efforts déployés par les puissances nucléaires pour empêcher la prolifération amènent ceux-ci à se reporter sur le caractère dissuasif des armes chimiques. Une prolifération chimique se trouve favorisée par la relative facilité avec laquelle une arme chimique peut être fabriquée (comparativement par exemple aux processus complexes nécessaires  à l'obtention d'une arme atomique). En fait, on peut constater que la technologie des armes chimiques n'a guère évolué depuis la première guerre mondiale. Les agents militairement efficaces, comme les principes de fabrication, de conservation et de militarisation de ces agents sont depuis longtemps dans le domaine public. A cause du peu d'attention accordé aux armes chimiques par les grandes puissances, les Etats du Sud ont pu constituer, avec l'aide des firmes occidentales, leurs manufactures et leurs arsenaux chimiques. Et cela d'autant plus facilement, que cette nouvelle industrie militaire offre de nombreux débouchés aux pays du Nord dotés d'une solide industrie pharmaceutique et chimique. Parfois, une simple conversion du produit civil suffit pour son emploi militaire.

Pour les autorités militaires des pays du Sud, la détention d'armement chimique pourrait permettre de résister aux pressions d'une puissance nucléaire. Elle constitue une facette très importante d'une sorte de dissuasion du faible au fort, d'une dissuasion du pauvre.

L'utilisation de cette arme de terreur contre des populations civiles peu préparées constitue certes un moyen de maintenir un régime dictatorial au pouvoir. Son utilisation sur un véritable champ de bataille montre en revanche que sa principale efficacité (sur l'évolution de la guerre) est surtout psychologique.

"La guerre du Golfe est venu confirmer la leçon stratégique apprise depuis Ypres en 1915, qui est que l'arme chimique est d'abord une arme de terreur qui s'emploie contre un adversaire non protégé et qui ne dispose pas de moyens de représailles. A l'inverse, sur le champ de bataille, surtout face à un adversaire résolu, lui-même protégé et préparé à ce type de combat, et disposant de surcroît de moyens de riposte, l'emploi de l'arme chimique se révèle d'une piètre utilité militaire. C'est pour cette raison par exemple que l'Allemagne nazie se garda d'employer ces armes, sauf pour le génocide de populations juives sans défense. C'est pour cette même raison que l'emploi du chimique par l'Irak n'a eu qu'un modeste impact militaire contre l'Iran (45 000 morts au total sur 1 million des deux côtés), tandis que son impact psychologique sur les populations civiles iraniennes puis kurdes (après Halabja) a été immense. Les précédents de recours aux armes chimiques par l'Irak - lors de la guerre Iran-Irak et, selon toute vraisemblance, contre la minorité kurde - ont pu rendre crédible l'hypothèse d'une escalade de tout conflit futur vers l'usage d'armes chimiques. La première "zone" d'emploi probable pour l'avenir concernera donc, comme par le passé, des actions de guerre contre les populations civiles dans le tiers-monde, ou même des actions de terroristes contre le Nord, l'histoire récente prouvant que tous les pays n'ont pas (...) les mêmes réticences morales ou politiques quant à l'emploi de telles armes. Le second type d'utilisation possible concerne l'emploi du chimique comme instrument de frappe stratégique contre un Etat puissant, voire nucléaire. L'arme chimique devenant alors non pas (...) l'arme de dissuasion du pauvre, mais bien l'arme d'emploi du faible contre le fort. Les cas envisageables ici concernent d'abord Israël (dont 80% de la population est concentrée sur une zone côtière extrêmement exiguë autour de Tel-Aviv), ou bien encore des villes européennes qui demain seront à portée des missiles tirés de l'autre côté de la Méditerranée, ou du Moyen-Orient. Cela étant, les effets militaires de telles actions - à moins d'imaginer des salves composées de très nombreux missiles ou des raids aériens très intenses ) seraient relativement limités.(...). Tout autre, cependant, seraient les conséquences psychologiques (terreur) et stratégiques (représailles nucléaires ou non) d'une telle attaque. Au Moyen-Orient, le risque de voir le couple chimique-nucléaire dégénérer dans une escalade nucléaire ne peut donc pas être exclu, même si (...) les effets militaires d'une frappe chimique sont beaucoup plus modestes que les déclarations d'un Saddam Hussein ne le laisseraient penser." (Rapport parlementaire d'information, Assemblée Nationale, 2000).

 

                     D'une logique de production massive dans les pays du Sud, la question se pose si l'on passe progressivement à une logique de gestion des stocks, après la Convention Internationale de 1993, qui représente un véritable succès dans la lutte contre la prolifération de ces armes (Leslie-Anne LEVY). L'enthousiasme des diplomates doit être tempéré par le fait que les arsenaux chimiques sont, à l'inverse des arsenaux nucléaires, assez mal connus. La diversité des agents chimiques considérés, leur polyvalence d'utilisation, la dissémination relative des stocks sur les territoires se joignent à la réticence "naturelle" des Etats à livrer toutes les informations - même aux organismes chargés de la vérification des accords - pour rendre relativement opaque les qualités et les quantités détenues.

    Toutefois, un classement est régulièrement effectué par les responsables internationaux chargés de superviser la destruction des stocks d'armes chimiques.

Cinq Etats possèdent les plus grosses quantités et la plus grande diversité d'armes chimiques : Etats-Unis, Russie, ancienne République Fédérale de Yougoslavie, Irak et Inde.

La Russie possède de loin le plus gros arsenal et a même été qualifié d'archipel toxique. De 40 000 tonnes d'agents chimiques au départ (les 2/3 des stocks mondiaux), un grand effort de destruction et de démantèlement l'aurait réduit d'à peu près 25% aujourd'hui (Green Cross, 2010). Il ne resterait plus qu'un site en Russie qui fait l'objet d'une action accélérée.

Les Etats-Unis, qui avaient arrêté leur production en 1969, possédaient également d'énormes stocks (31 500 tonnes) en cours de destruction à la signature de la Convention Internationale. Mais dès 1991, l'administration Bush - dont les déclarations sont à prendre avec beaucoup de précautions - avait annoncé que les stocks d'armes binaires et unitaires seraient détruits dès l'entrée en vigueur de la convention. En 1998, 12,2% de son arsenal avait été détruit. 

Les différents Etats issus de la dislocation de la République Fédérale de Yougoslavie posséderaient de manière disséminées des armes chimiques (trois usines certaines en Serbie).

En Irak, la situation n'est pas très claire, vu les accusations mensongères (déformation et amplification) de l'administration américaine à ce sujet, mais les forces de la coalition semblent avoir détruits la plus grande partie des stocks à l'heure actuelle.

L'Inde a déclaré son arsenal en 1997, après avoir ratifié la convention en 1996.

Douze Etats posséderaient probablement des armes chimiques : Chine, Egypte, Ethiopie, Iran, Israël, Libye, Birmanie, Corée du Nord, Corée du Sud, Pakistan, Syrie, Taïwan. Ces armes chimiques se retrouvent systématiquement dans les zones bilatérales ou multilatérales de tension, dans des quantités et dans des déploiements gardés secrets par les Etats possesseurs.

D'autres Etats sont réputés - par les instituts de recherche américains - posséder des armes chimiques : Algérie, Cuba, Soudan, VietNam.

 

                 L'analyse des armes chimiques comme armes de destruction massive est souvent effectuée selon un regard stratégique Est-Ouest ou entre grandes puissances, et passe à côté des conséquences à terme de leur emploi sur de vastes zones. Car si une des fonctions dévolues par le militaire à ces armes est bien de rendre impraticable une partie du territoire à l'ennemi, les conséquences écologiques de leur utilisation sur les sols montrent que cela va plus loin qu'un simple effet tactique. Les populations civiles, parfois longtemps après la guerre, subissent l'effet de ces armes chimiques sur la terre et l'eau de manière dramatique. C'est ce que rappelle par exemple Claude-Marie VADROT (Guerres et environnement, 2005) : "L'élimination de la protection arborée par le pilonnage, en 14-18 et pendant la Seconde guerre mondiale, en Europe, sur les îles japonaises, ou au cours des affrontements de la guerre de Corée représentait manifestement du point de vue des effets sur le milieu naturel et la forêt, un véritable "gaspillage" énergétique. Il fallait beaucoup d'obus pour hacher menu les arbres. Les militaires, toujours imaginatifs, finirent par trouver un "remède" à cette erreur manifeste : la défiolation par des produits chimiques. Les militaires et leurs commanditaires politiques réalisèrent que la méthode était en plus un superbe gisement d'économies. Ils y pensaient fortement depuis la deuxième moitié de la Seconde Guerre mondiale, le Japon n'échappant, après quelques essais sur des petites îles en 1944, à cette attaque chimique programmée qu'en raison du succès du largage des deux premières bombes atomiques (...). Les Américains, qui n'avaient alors que théorisé la méthode, utilisèrent aussi comme référence d'efficacité sur les zones boisées abritant des combattants les petites expériences faites par les Britanniques en 1954 et 1955. L'armée anglaise avait répandu divers herbicides sur quelques régions de Malaisie pour effacer les zones forestières où se réfugiaient des rebelles à leur domination coloniale. Les essais se révélèrent plus que concluants pour le repérage des groupes clandestins et de leurs caches. Après quelques tentatives grandeur nature à la fin du conflit coréen, puis en 1961, à la frontière du Cambodge et du Vietnam, les Américains utilisèrent cette méthode à grande échelle au VietNam à partir de 1962.(...). En neuf ans entre 2,5 et 3 millions d'hectares ont été traités aux défoliants ou aux herbicides au moins une fois. (...). Cette aspersion toucha un peu plus de 20 000 villages, provoquant entre 2 et 4 millions de victimes vietnamiennes, auxquelles il faut ajouter les très nombreux Américains, civils ou militaires, qui furent contaminés et dont la descendance fut affectée. Des années plus tard, nombre de vétérans du Vietnam touchés ont pu obtenir des indemnités de leur gouvernement. Depuis 2003, suite à une décision du Congrès, de nouveaux procès sont en cours, y compris ceux intentés, depuis le début de 2005, par des Vietnamiens n'ayant comme recours que de mettre en cause les sociétés qui ont fabriqué les produits utilisés par l'aviation américaine." L'auteur détaille les conséquences sur le milieu naturel et sur la faune de l'exposition à des produits. L'érosion des sols, les bouleversements des équilibres écologiques, l'appauvrissement pour de nombreuses décennies de près de 200 000 hectares de cultures, la contamination à long terme de certaines zones, sans compter une déforestation massive, figurent parmi les conséquences d'une utilisation des armes chimiques au Vietnam.

Ces conséquences devraient désormais entrer dans les paramètres des planificateurs de futures utilisations (d'ailleurs dans certains milieux militaires, elles renforcent la mauvaise réputation des agents chimiques militarisés) et il faut même espérer qu'elles auront un effet dissuasif sur toute utilisation massive future. 

 

              Ratifiée par 121 Etats en mars 1999, la Convention sur les armes chimiques (entrée en vigueur en 1997) bénéfice d'un véritable déploiement de moyens. Le SIPRI Yearbook de 2009 faisait état de l'extension des mesures de prévention et de réponse aux menaces de guerre chimique. Cette extension, guidée surtout par la préoccupation d'attaques bio-terroristes sur les sols des pays occidentaux, s'effectue notamment dans l'identification des activités des acteurs non-étatiques.

            Un certain retard dans la destruction des stocks mondiaux est signalé toutefois par les autorités officielles ou par les organismes indépendants. La convention fixait la date d'avril 2012 pour la destruction des stocks. La Russie et les Etats-Unis ont obtenu une prolongation de 5 ans à l'expiration du délai initial. Ces retards sont surtout dûs au manque de capacités suffisantes de destruction et aux précautions rendues nécessaires par la virulence de certains agents. Global Green USA lui-même, organisme indépendant pour l'interdiction des armes chimiques, estime que "ce délai ne doit toutefois pas mettre en péril la sécurité et la protection de la santé publique, et nous exhortons la Russie à se montrer extrêmement prudente et transparente à mesure de son avancement dans ce processus dangereux". (Green Cross France, 2010).

 

          La Convention des armes chimiques est ratifiée en 2011 par 188 pays. Chaque année, l'OIAC, chargée d'assurer les inspections de vérification sur place et de contrôler son application, fait un rapport sur les progrès accomplis. (voir dans la catégorie Rapport un compte-rendu régulier).

 

      Assemblée Nationale, Rapport d'information déposé par la Commission de la Défense Nationale et des Force Armées sur la prolifération des armes de destruction massive et de leurs vecteurs, présenté par MM Pierre LELLOUCHE, Guy-Michel CHAUVEAU et Aloyse WARHOUVER, 7 décembre 2000 ; SIPRI Yearbook 2009 ; Leslie-Anne LEVY, la Convention sur les armes chimiques : une structure unique pour les inspections sur place, 1999, UNIDIR ; Calude-Marie VADROT, Guerres et environnement, Panorama des paysages et des écosystèmes bouleversés, Delachaux et Niestlé, 2005.

    On consultera avec profit les sites de l'UNIDIR, du SIPRI, de l'IISS, du CICR et de Green Cross.

 

                                                                                                                  ARMUS

Par GIL - Publié dans : ARMEMENT
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Lundi 22 novembre 2010 1 22 /11 /Nov /2010 14:01

                     Les armes chimiques, très anciennes dans l'histoire, d'abord rudimentaires puis très sophistiquées notamment depuis le début de l'ère industrielle, forment un arsenal très diversifié dont la caractéristique commune est d'être constituées justement de produits chimiques toxiques, sans compter les dispositifs utilisés pour les transporter jusqu'à la cible qui ont sont de tout ordre. Ils peuvent tuer, blesser ou entraîner une incapacité temporaire. Le classement de ces substances demeure varié suivant les sources, même si celle des Nations Unies fut choisie pour permettre une vérification du contrôle actuel des armements chimiques avec le maximum d'efficacité. HumanYAAKOUBI en présente une autre, qui a le mérite de couvrir toutes les substances et toutes les gammes d'utilisation de manière plus claire. Ces classifications ne doivent pas faire oublier que les armes biologiques sont souvent envisagées de manière conjointes aux armes chimiques, même si les conditions de production et d'utilisation de ces deux types d'armes sont très différentes. 

    La classification de Human YAAKOUBI distingue :

- les agents létaux ou ceux qui provoquent la mort : les suffocants (sous forme gazeuse, qui attaquent les voies respiratoires - phosgène, chlore,chloropicrine...), les vésicants (liquides huileux qui provoquent des brûlures et peuvent avoir une action endotoxique - gaz moutarde ou ypérite, lewisite...) , les neurotoxiques (composés organochlorés semblables aux insecticides qui bloquent la transmission de l'influx nerveux, les respiratoires comme le tabun, le sarin ou le soman ou les percutanés), les hémotoxiques (acide cyanhydrique et chlorure de cyanogène qui provoquent un empoisonnement du sang) et les toxines inventoriées comme armes chimiques mais d'origine biologique ou chimique très variée. Cette dernière catégorie s'apparente à une arme par destination, car on les trouve absolument partout de manière plus ou moins concentrée ;

- les agents incapacitants destinés à mettre l'ennemi hors de combat pour une durée plus ou moins longue. Ce sont soit des agents qui agissent sur le psychisme (mescaline, LSD, BZ...), soit des agents qui agissent sur le physique, provoquant hypertension artérielle et démangeaisons démentes (urticants notamment) ;

- les agents neutralisants, généralement utilisés pour le "maintien de l'ordre" : lacrymogènes (CN, CS, CR....), sternutatoires (DM) ou urticants ;

- les défoliants, substances chimiques toujours, qui détruisent directement la végétation et qui peuvent avoir des effets mortels (l'agent orange en est le plus célèbre) ;

- de nouveaux composés organisés, inodores, incolores et assez stables, peuvent être intégrés à diverses munitions lancées par air, terre ou mer. Aux missiles à la composition classique peuvent être adjoints ces toxiques, devenant de véritables munitions binaires. Autant dire que l'imagination des laboratoires de chimie est ici sans grandes limites. 

    Le bureau des affaires de désarmement des Nations Unies classe ces produits chimiques toxiques employés à des fins militaires en :

- agents hémotoxiques ;

- agents vésicants ; 

- suffocants ;

- neurotoxiques, qualifiés comme étant les produits chimiques les plus puissants, généralement incolores, inodores et insipides, pouvant être facilement absorbés par les organismes vivants sans la moindre irritation annonciatrice de leurs dégâts.

- incapacitants ;

- neutralisants ;

- toxines.

 

         Toutes ces substances sont plus ou moins coûteuses à fabriquer et certains armements qui en intègrent certaines ont pu être qualifiés d'arme de destruction massive du pauvre. Les agents hémotoxiques et les suffocants peuvent être relativement simples à produire et ne nécessitent pas des installations très complexes ; les agents vésicants sont plus difficiles à produire car ils nécessitent des précautions supplémentaires de manipulation et de transport, mais leurs procédés de fabrication sont bien connus depuis la première guerre mondiale. Les agents neurotoxiques, en revanche, sont nettement plus difficiles à produire et nécessitent un équipement spécialisé, très résistant à la corrosion, donc coûteux. Si les agents toxiques en général peuvent être facilement extraits de très nombreuses substances ou corps vivants, leur production à très grande échelle présente des difficultés techniques (liés à une certaine instabilité).

        En fait, toutes les grandes armées du monde ont mis au point trois types de munitions d'armes chimiques :

- Les munitions explosives brisants pour diffuser la substance chimique sur une cible, pas très efficaces mais très faciles à produire ;

- Les munitions thermiques qui utilisent des moyens pyrotechniques pour diffuser la substance toxique sous forme d'aérosol, qui restent très sensibles à la chaleur et se dégradent assez rapidement, ce qui pose de gros problèmes de sécurité de stockage ;

- Les munitions de pulvérisation qui diffusent le produit chimique sous forme d'aérosol, à utilisation plus facile à contrôler.

         Mais le grande défaut des armes chimiques en général, sauf à les utiliser comme armes de destruction massive, dans le cadre par exemple d'une stratégie de dissuasion ou d'une guerre de destruction totale d'un territoire, est que si elles mettent hors de combat, de manière variable suivant les conditions atmosphériques et le relief, les armées ennemies, toute utilisation ultérieure du territoire de combat devient problématique.

        Elles coûtent moins cher généralement que les armes classiques, surtout depuis l'ère industrielle où elles peuvent être tirées directement, suivant quelques aménagement de production, de toute industrie chimique, même moyenne. Elles peuvent être utilisées contre des cibles dispersées ou fortifiées, contre des cibles dont la position exacte est inconnue. Elles interdisent bien entendu l'accès à l'ennemi, mais aussi à soi-même, attaquent les personnes et laissent intacts les équipements et les infrastructures, sous condition bien entendu de procéder à leur décontamination. Elles peuvent servir, notamment les neurotoxiques, à lancer des opérations terroristes ou des attaques surprises. 

         Mais, et c'est une raison pour laquelle elles ont été généralement utilisées en dernier recours dans l'histoire ou pour laquelle la plupart des armées jugent leur utilisation de manière tactique aléatoire, elles nécessitent des capacités opérationnelles complexes, possèdent des effets imprévisibles qui peuvent s'étendre au-delà des zones visées. Sur le champ de bataille, elles peuvent avoir des effets externes négatifs, leur utilisation compliquant la conduite des autres opérations militaires. 

          L'arme chimique se caractérise par sa capacité de destruction, la soudaineté de l'attaque, la possibilité de contamination et surtout par son effet psychologique considérable. Ce dernier effet s'opère non seulement sur les forces ennemies - du soldat au stratège, mais également sur les forces propres, qui en constatent les dégâts, avec une certaine horreur, lorsqu'elles traversent le territoire conquis. C'est d'ailleurs cet effet, finalement, joint à l'effroi ou la désapprobation de l'opinion publique, qui conduit à éviter d'intégrer l'armement chimique aux plans de bataille.

Les courses aux armements chimiques ne sont pas guidées la plupart du temps sur le calcul de l'efficacité, mais sur un effet (mimétique) de crainte de dépassement par l'adversaire. Elles obligent les forces armées non seulement à se doter de l'arsenal le plus divers possible mais également de moyens de protection massifs. Après l'expérience de la première guerre mondiale, où ils furent abondamment utilisés, les armées se dotèrent de matériels de protection de manière si massive que les états-majors les exclurent de leurs plans de guerre, même pour s'opposer à des débarquements stratégiques. Durant la seconde guerre mondiale, c'est surtout l'utilisation de substances chimiques dans les camps de concentration nazis qui retient l'attention.

 

     C'est dans l'emploi à distance que ces armements chimiques continuent d'être préconisés (sous forme de missiles à portées diverses). La dernière utilisation massive, durant la guerre du VietNam se fit à distance, les bombardiers déversant les défoliants sur des territoires à rendre interdits d'accès.  D'autres utilisations massives ont eu lieu pendant la guerre Iran-Irak, dans des conditions différentes qui révèlent des visions différentes des armes chimiques et d'ailleurs de la guerre en général. Ici et là, des rapports et des enquêtes de journalistes font état d'utilisations sporadiques d'armes chimiques. 

 

       Aujourd'hui, l'ensemble des Etats s'efforce de réduire la menace découlant de la prolifération des armes chimiques, surtout depuis la fin de la guerre froide, s'efforçant de mener à bien les programmes de destruction de ces armes de leurs propres arsenaux, conformément à des accords internationaux. Il s'agit d'ailleurs de la catégorie d'armement où les effets de ces programmes sont les plus réels et consistants. Mais les succès de la diplomatie mondiale ne doivent pas cacher l'existence encore de très importants arsenaux, et surtout une vision très différente au Nord et au Sud sur les armements chimiques. C'est dans le détail de ce que nous pouvons connaître des arsenaux et des stratégies des pays possesseurs d'armes chimiques que se mesure réellement l'effort de désarmement chimique presque unanimement affiché.

 

         La menace d'utilisation d'armes chimiques vient, selon les Etats, d'un nouveau terrorisme, nommé justement bio-terrorisme, aux contours très mal définis, entre idéologie, peurs médiatiques, éléments non contrôlés présents sur la planète... et utilisation effective (sarin dans le métro de Tokyo en 1995...)

 

         Enfin, concrètement, dans les pays à fortes densités urbaines, c'est surtout dans les opérations de "maintien de l'ordre" que les armes chimiques sont utilisées de nos jours, avec des vecteurs et des tactiques qui n'ont rien à voir avec celles précédemment évoquées. Il s'agit là de "combats" rapprochés, avec parfois des effets ricochets particulièrement désagréables pour les forces de l'ordre qui les utilisent... Ces effets non maîtrisés sont d'ailleurs directement à l'origine de la recherche d'autres armements, dits non létaux, de nature très différentes.

 

      Bureau des affaires du désarmement des Nations Unies, La science des armes chimiques, 2010 ; Hauman YAAKOUBI, Armes chimiques et biologiques, dans Dictionnaire de stratégie, PUF, 2000.

 

 

                                                                                                                                                          ARMUS

 

 

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Lundi 9 novembre 2009 1 09 /11 /Nov /2009 14:07
       On peut situer le début (à l'époque moderne) de la réflexion sur les relations entre stratégie et armement à la fameuse étude du major-général FULLER sur le rôle de l'armement sur l'histoire.
       Chacun à leur manière, en France, Lucien POIRIER, André BEAUFRE et le général GALLOIS ont abordé cette question dans leurs études sur la stratégie. Le général Jean BECAM, en proposant le concept de stratégie génétique, met en évidence l'importance de la conception des armements, processus complexe d'où dépend toute la carrière d'un programme comme son utilité pour les forces. Les débats sur les rôles dans ce processus complexe resurgissent surtout depuis la fin du système des blocs, notamment à travers ce que les experts et les officiels appellent la Révolution des Affaires Militaires.
      
      François GERE, dans les lauriers incertains (1991), à propos de la technologie des missiles de croisière, pense, à la suite de Samuel HUNTINGTON (Arms races : Prerequisites and Résults, 1958), que "c'est par qu'une arme est disponible que l'on se fixe tel ou tel but stratégique". Il cite d'ailleurs Albert WOHLSTETTER (Lettre aux hommes d'Etats, aux évêques et à d'autres stratèges à propos du bombardement des innocents, Commentaire, 1983-84) qui "na pas craint de parler de révolution du guidage et de la précision, pour aussitôt en tirer des conclusions quant à la réorientation de la stratégie des Etats-Unis". Pour François GERE, "soulever la question des missiles de croisière, c'est précisément se placer à la croisée des controverses sur les rapports qu'entretiennent la stratégie avec son environnement : politique, tactique technologique, maîtrise des armements, etc, et pénétrer au coeur du processus d'élaboration de la stratégie américaine."  Après avoir décrit les différents conflits entre armées (air, terre, mer) et différentes administrations dans les années 1970 pendant l'émergence de cette arme nouvelle, différentes manoeuvres diplomatiques à propos du déploiement futur de cette arme pendant les négociations SALT. Aujourd'hui que l'ennemi soviétique a disparu, la transformation de la stratégie, notamment navale, s'effectue avec la présence d'un arsenal important, dont il faut bien trouver une utilisation. Cet arsenal ayant des particularités polyvalentes, il peut influer en faveur d'une stratégie ou d'une autre. Il convient bien à l'esprit américain qui veut qu'à tout problème existe une solution technique, quitte à oublier en chemin des solutions politiques à un conflit.

      Joseph HORENTIN dans La technologie militaire en question (2008), pointe également cette "vision d'une hiérarchie nette entre fins et moyens (qui) prévaut (...) aux Etats-unis. (...) la thématique de la supériorité technologique (présente aussi dans d'autres pays) comme facteur de puissance y acquiert une valeur plus importante et devient une composante en soi de la culture stratégique." Cette culture, théorisée par Francis KANE, Jerry E. POURNELLE et Stephan Thomas POSSONY (The strategy of technology, 1968, disponible librement sur www.jerrypournelle.com) irrigue tous les débats stratégiques dans le monde.
L'auteur de cette étude précise et très documentée de la Révolution des Affaires Militaires actuellement en marche pense que celle-ci est "le fruit d'une culture technologique américaine très spécifique", qui contamine presque tous les débats entre experts militaires, firmes d'armement et responsables politiques. Il distingue trois "marqueurs" de cette culture :
                  - Un individualisme couplé à un fort degré de mobilisation des individus (concepteurs et producteurs) permettant de faire des Etats-Unis un "arsenal des démocraties". La technologie est une des sources du nationalisme américain. Nous pensons que cela est d'autant plus vrai que cette source permet d'occulter tous les tenants et aboutissants politiques des décisions militaires. Elle confère un caractère neutre à la technologie, un caractère neutre du coup à des politiques surtout favorables à certains intérêts et certaines classes sociales ;
                  - La scientifisation des méthodes et la mathématisation des raisonnements conduisent au développement de la recherche opérationnelle ou de l'analyse des systèmes, approches très critiquées au lendemain de la guerre du VietNam pour avoir évacué les facteurs socio-politiques de la formation des stratégies américaines ;
                  - La tension vers l'automatisation répond à une perception, enracinée dans l'histoire politique (nous dirions aussi religieuse) du pays, où l'homme est potentiellement à la source d'erreurs, voire de tyrannie.
   "L'approche capacitaire, renvoyant directement à la disposition de technologies spécifiques - deviendra ainsi centrale dans la RMA puis dans la Transformation." Cette Transformation, que l'auteur analyse également, est une systématisation jusqu'au niveau politique de ce qu'il appelle la technologisation de la stratégie.
     "Nous nous (posons) la question de savoir si la technologie n'est pas en train de devenir la stratégie et, donc, si cette dernière n'est pas, en plus de se techniciser, en train de se technologiser. Autrement dit, nous posons la question de savoir si la technologie n'a pas pris une place telle dans les débats qu'elle en viendrait à éclipser des questions autrement plus importances : que faire de la puissance? Comment utiliser au mieux la technologie? Comment, dans le courant d'une crise, faire interagir avec avec justesse lignes d'opérations diplomatiques et militaires, elles qui sont trop souvent découplées, au plein bénéfice des objectifs politiques.
Joseph HORENTIN caractérise cette technologisation sur trois plans :
           - Au plan de l'appréhension des questions stratégiques, par une focalisation sur les options de nature technique, évidemment en matière d'équipement, mais surtout en matière stratégique (...) ;
            - Au plan de la pratique stratégique, par un déterminisme technologique tel que les résultats et les effets d'une opération militaire seraient perçus comme dépendant très largement de la technologie militaire. L'auteur dénonce l'apparition d'une fantasmagorie technologique qui n'a d'équivalent (faible sans doute en comparaison) que la fantasmagorie édifiée naguère autour de la "surpuissance soviétique".
           - Au plan politique, par une confiance excessive accordée aux capacités opérationnelles d'une institution militaire dotés d'équipements perçus comme "de pointe". Il s'ensuit une perception faussée des conditions du combat sur le terrain et de la nature de la guerre elle-même. Sans doute pouvons-nous expliquer ansi en partie, pour aller plus loin que l'auteur, l'embourbement des unités militaires en Irak et en Afghanistan depuis plus de dix ans.

     Joseph HENROTIN, La technologie militaire en question, Le cas américain, Economica, 2008 ; Sous la direction de François GERE, Les lauriers incertains, Stratégie et politique militaire des Etats-Unis, 1980-2000, Fondation pour les Etudes de Défense Nationale, 1991.

                                                               ARMUS
            
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Dimanche 8 novembre 2009 7 08 /11 /Nov /2009 14:50
          L'évolution des relations entre technologie des armements et stratégies militaires constitue un sujet d'étude majeur qui rejoint les préoccupations de ceux qui comme Jacques ELLUL et Paul VIRILIO réfléchissent aux influences du développement des techniques - automobile, informatique, entre autres - sur les sociétés.
          
           Parmi les chercheurs sur les questions de défense et d'armement, Alain JOXE et ses collaborateurs au groupe de sociologie de défense de l'Institut des hautes Etudes en Sciences Sociales (IEHESS) ont particulièrement étudié les relations entre production de stratégies et production de systèmes d'armes. Voilà ce que pouvait écrire justement Alain JOXE en introduction à une étude fine de 1987 sur ce sujet  :
     Il s'agit de "préciser un modèle général d'interaction entre la genèse des systèmes d'armes complexes, pris comme discours technologique et la genèse des conceptions stratégiques contemporaines sur la dissuasion et la guerre.
  Le couplage cohérent de ces deux discours est, en général, affirmé par la stratégie des moyens (selon la terminologie du général POIRIER) ou de la manoeuvre génériques d'armements (selon la formule du lieutenant-colonel Marc BECAM) qui présuppose le fonctionnement réel d'un procès décisionnel (légitime) mettant la demande politico-militaire (stratégique ou tactique) au poste de commande, et l'offre techno-industrielle, en position subordonnée, à répondre à cette demande.
   L'étude des processus concrets d'acquisition d'armements (au coeur, avons-nous déjà dit pour notre part, du complexe militaro-industriel), aux Etats-Unis du moins, permet d'affirmer que la technologie apparait souvent, par la puissance de sa capacité propositionnelle, en position d'imposer des produits qui sont à leur tour des vecteurs impérieux de choix de stratégies qui s'imposent, dès lors, aux pouvoirs politiques.
  La stratégie nucléaire de dissuasion américaine a évolué : elle s'est éloignée insensiblement des concepts de dissuasion réciproque par menace de destruction mutuelle assurée et par conservation d'une capacité de seconde frappe suffisante ; elle s'est rapprochée d'une posture renouvelant la stratégie de menace de première frappe anti-force mais par traitement chirurgical d'objectifs "durcis" (...). Cette évolution apparaît comme un sous-produit de l'évolution irrésistible de l'armement nucléaire vers le très grand nombre de vecteurs très précis. Ce n'est pas le changement de la pensée stratégique qui provoque l'évolution de l'arsenal nucléaire.
   Dans bien d'autres domaines, comme l'aviation ou la marine, l'existence d'un programme soutenant d'année et année la production d'un système complexe dynamisé par l'injection de RD (Recherche-développement) en technologies avancées apparait la seule justification d'un matériel parfois militairement médiocre, inutilisable ou même dangereux, malgré son coût unitaire croissant.
   Notre hypothèse, c'est que la tendance à la domination du dynamisme technologique sur les stratégies peut être un trait général de civilisation industrielle contemporaine et se vérifier dans d'autres pays que les Etats-Unis, par exemple en URSS et en France. cependant, l'ouverture de la société américaine, la publicité des débats qui s'y déroulent démocratiquement (Alain JOXE pense notamment aux débats à l'intérieur du Parlement et entre Parlement et Exécutif), permettent d'aller plus loin dans l'analyse que dans les autres pays."
    Leur étude s'articule autour de cas précis d'armements dans différents pays, la fusée MX, le chasseur F 111, et le système de protection aérienne des formations navales AEGIS pour les Etats-Unis ; les croiseurs soviétiques et l'intelligence artificielle. A partir de monographies très détaillées sur ces matériels, ils élaborent un modèle général d'interaction : " non une boite noire, avec input technologique, input économico-politico-militaire et output armement, mais un fleuve noir à quatre rives, une temporalité longue (10-20 ans), des briefs-types, des incidents de parcours, des effets de feed back, des affluents provenant éventuellement de "captures" d'autres bassins technologiques."
Ce moyen terme dominé par ce fleuve noir, se situe dans un long terme, une généalogie des objets militaires, "donc sur des histoires d'espèces (mitrailleuses, sous-marins, croiseurs, tanks, avions, fusées) pour détecter à une échelle, cette fois macro-historique, les formes et les types d'interactions déterminantes dans la "phylogenèse" (mutations, gigantisme, monstres, disparitions, hybridations).".

         Cette étude montre complète à bien des égards les réflexions critiques sur les évaluations des menaces. La fin du système des deux blocs est particulièrement propice à des révisions de perceptions des faits qui ont présidé aux élaborations stratégiques, tant à l'Est qu'à l'Ouest. Le moteur des raisonnements politiques n'est pas toujours ce que l'on croit, et c'est évidemment crucial dans des domaines touchant à la vie et à la mort comme celui de la stratégie.

       Alain JOXE, Richard PATRY, Yves PEREZ, Alberto SANTOS et Jacques SAPIR, Fleuve noir, production de stratégie et production de systèmes d'armes, Cahiers d'études stratégiques n°11, CIRPES, 1er trimestre 1987.

                                                     ARMUS

     
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Samedi 7 novembre 2009 6 07 /11 /Nov /2009 08:46
           Guerres, techniques et sciences sont liés entre eux par des relations très étroites et différentes selon les moments de l'histoire, comme le rappelle Patrice BRET, chercheur français en histoire et professeur au ministère de la défense et au centre Alexandre Koyré. Dans ses études qui veulent refléter une attitude neutre (à notre avis assez difficile à garder...), il met l'accent sur les différences entre sciences et techniques (les techniques des sociétés primitives ou de l'Antiquité existent sans appareil scientifique élaboré) et se refuse à désigner une science bonne et une science mauvaise. De même, il note que les articulations entre sciences, techniques et guerres demeurent complexes tant au niveau des structures qu'au niveau des scientifiques eux-mêmes. Comme beaucoup, il se félicite qu'après une historiographie de l'histoire de la guerre, avec les batailles et l'armement exclusivement militaire (la recherche de l'efficacité militaire et le jugement sur le rôle de l'armement dans l'histoire, vu uniquement du point de vue technico-militaire) émerge enfin, surtout depuis les dernières décennies  - depuis la fin du système des deux blocs, des approches anthropologiques et sociologiques qui veulent saisir de manière globale les rapports entre politique, corps social et armement, "y compris au sein même de ceux qui sont chargés de sa conception et sa fabrication", jusqu'au ministère de la défense.

        Nous pouvons distinguer plusieurs périodes dans l'histoire dans ces relations entre guerres, techniques et sciences :
             - Dans l'Antiquité, toute une lignée d'ingénieurs grecs, puis romains construisent une première forme d'artillerie, dite mécanique ou névrobalistique, pour la prise des villes, et qui développent toute une technique poliorcétique. Beaucoup d'auteurs citent ARCHIMEDE comme la figure emblématique de ces ingénieurs, jusqu'à la Renaissance.
             - A la fin du Moyen-Age et pendant la Renaissance, cette technique se systématise et ces ingénieurs se mettent au service des différents princes qu'ils rencontrent dans leurs déplacements, à la manière des condottiere. "Ce sont des constructeurs d'engins, qui maîtrisent la science de l'époque dans son degré d'avancement, les mathématiques surtout. Celles-ci ressurgissent essentiellement en Italie, car après la prise de Constantinople par les turcs, toutes les connaissances acquises par l'empire byzantin se déplacent vers l'Italie, et on retrouve, soit par des traducteurs arabes, soit par des textes grecs originaux, tous ces textes - comme par exemple (ceux d') EUCLIDE, redécouvert à l'époque" (Patrice BRET) ;
            - Jusqu'au XVIIIème siècle, les princes essaient d'attirer les services des ingénieurs pour construire des machines de guerre, que ce soit en France, en Angleterre ou en Prusse, de manière ponctuelle et individuelle, au gré des préparatifs de conquêtes ;
            - Au XVIIIème siècle, s'effectue un double mouvement : l'Etat utilise ces hommes à fortes capacité que sont les ingénieurs et institutionnalise cette utilisation. Se fondent des Académies. "Les savants sont maintenant des experts en matière de science (...), mais experts aussi en matière de techniques. L'Etat forme ses propres ingénieurs pour à la fois les fixer sous l'autorité du Roi et ne pas être obligé de les faire venir de l'étranger. La France scolarise la première ses ingénieurs, et c'est même une tradition de la monarchie française qui se met en place : dans tous les domaines des sciences et des techniques, des écoles transmettent et développent ces savoirs. Il s'agit d'avoir des ingénieurs interchangeables, remplaçables et fidèles ;
             - La Révolution Française permet de systématiser cette tradition : "L'Etat ne fait plus seulement appel à un savant comme expert pour juger des projets, mais il a recours à ses compétences générales pour organiser complètement un secteur. Les guerres de la Révolution et de l'Empire furent pleines de batailles victorieuses non seulement grâce au poids démographique de la France mais également à la qualité des innovations techniques introduites dans les armées, notamment dans le domaine de l'artillerie (poudres de plus en plus efficaces). Les innovations proposées sont tellement en nombre que beaucoup (sous-marin, fusées...) seront refusées par les militaires ou les technocrates. Déjà apparaissent les premières sources de tensions entre innovations et structures des armées, les comités d'expert étant le théâtre d'affrontements de scientifiques et de politiques ayant chacun leur plan de carrière ;
             - Tout au long du XIXème siècle, les laboratoires militaire se multiplient surtout en France, où domine un corps de polytechniciens, tandis qu'en Allemagne la généralisation des enseignements scientifiques dans les universitaires fait naitre des générations de savants capables de beaucoup plus d'innovations, dans la chimie notamment ;
            - Au début du XXème siècle, un réseau scientifique très élaboré existe : des structures importantes qui forment de centaines, puis des milliers de chercheurs civils et militaires travaillent à l'élaboration d'armements très complexes, faisant appel à des technologies issues de différentes branches scientifiques. C'est à l'intérieur désormais de véritables complexes militaro-industriels que s'élaborent les armements.

        Ces complexes militaro-industriels, ensembles de laboratoire, d'usines, de bureaux fleurissent tout au long des deux guerres mondiales et aujourd'hui encore, après la longue guerre froide, sont solidement installés dans les universités, dans les entreprises et dans les administrations, les moyens de concevoir et de construire les armements. C'est aux Etats-Unis, en Russie et dans divers pays européens, mais aussi en Chine, en Inde ou au Pakistan que la recherche militaire est présente dans de nombreuses parties du corps social. Elle est intégrée dans un réseau complexe et hiérarchisé, contrôlé par l'Etat, au service de stratégies militaires et les suscitant à leur tour. Mais cette recherche se prolonge en dehors des complexes militaro-industriels proprement dits, elle court dans tous les domaines des sciences physiques, sociales, naturelles, notamment par le biais de participations, même très minoritaires, des structures militaires au financement d'innombrables travaux, dans un veille scientifique constante à l'affût de percées dans les connaissances.
      
         Georges MENAHEM, avec sa double formation scientifique et économique, décrit bien cette recherche tout-azimut, partie prenante du fonctionnement des différents complexes militaro-industriels, souvent sans le savoir. Citant souvent Friedrich ENGELS (Anti-Dühring), il montre comment intérêts économiques et processus de recherche scientifique se mêlent dans ces complexes.
        Le complexe militaro-scientifique américain est directement issu des objectifs des dirigeants des Etats-Unis, au sortir de la Seconde Guerre Mondiale :
    "Ainsi pour les dirigeants des USA, il y avait une double nécessité : se maintenir en état d'alerte permanent et rester toujours en avance dans la course aux armements avec l'URSS. Et ils satisfaisaient d'autant plus volontiers à ces nécessités qu'ils pensaient en retirer au moins trois bénéfices importants :
              - les pays du monde dit "libre", dont en particulier les Etats européens, étaient maintenus dans la dépendance du protecteur américain ;
              - le plus dangereux ennemi des dirigeants américaines, l'URSS, devait s'éreinter à suivre le train d'enfer que lui imposait la politique d'armement US ;
              - le problème de la reconversion économique du secteur de production d'armement était on ne peut mieux résolu puisque non seulement ces secteurs ne périclitaient pas (n'entraînant ni chômage ni crise économique) (...), mais ils se développaient et dégageaient de nouvelles sources de profit." (Georges MENAHEM)

          Le complexe militaro-scientifique soviétique a longtemps été pensé, de même que l'ensemble de l'économie, comme un système centralisé, à l'intérieur d'une société d'un Etat policier. Jacques SAPIR, économiste et spécialiste de l'URSS, démontre que ce système est bien plus complexe (et compliqué!) que cela et explique certaines permanences politiques qui se retrouvent aujourd'hui en Russie. Isabelle FACON, Jean-Paul HUET et Sonia Ben OUAGRHAM, dans une étude faite cinq ans après l'effondrement de l'URSS, montrent les reculs et les restructurations de l'industrie de défense en Russie, vers une intégration marquée des secteurs autrefois distincts des domaines civil et militaire. Cornélius CASTORIADIS avait auparavant bien montré cette stratocratie qui format au sein de la société russe une réelle coupure entre le domaine militaire secret et le domaine civil qui ne profitait en aucune façon (et n'était contaminé en aucune façon non plus au plan des méthodes, dénoncées pour le côté américain par Seymour MELMAN) de retombées de la recherche militaire. Nous reviendrons bien entendu sur ces aspects plus tard (Articles Complexes militaro-industriels).

        Le cas de la France, avec son réseau centralisé sous l'égide de la Délégation Général de l'Armement (DGA) , est bien étudié sur le plan de la recherche militaire tant par Georges MENAHEM que par Jean-Paul HEBERT. Les récentes restructurations, opérées sous l'effet de nouvelles contraintes économiques et de nouvelles orientations technologiques,  comme de nouvelles tendances stratégiques (Défense européenne en gestation) font partie d'une longue série de réorganisations depuis le temps des arsenaux royaux. Les relations entre scientifiques et militaires dans ce pays sont compliquées par une tradition antimilitariste très présente dans les universités comme dans les laboratoires, ce qui n'empêche pas les mêmes ramifications de la recherche militaire dans tout le système scientifique. Tout récemment, le ministère de la défense indique dans son Plan stratégique de recherche et de technologie de défense et de sécurité, les fonctions de la Recherche et Technique de défense et de sécurité :
             - Posséder les compétences scientifiques et techniques pour conseiller les décideurs ;
            - Répondre aux besoins capacitaires à moyen et long terme avec de nouvelles solutions techniques en vue d'obtenir l'autonomie de la suprématie de nos moyens d'action (seul ou en coalition) dans les meilleurs conditions de coût et de délai ;
            - Maîtriser les technologie des systèmes de défense correspondant aux solutions techniques prévues avec le bon degré d'autonomie, au niveau national ou européen ;
           - Contribuer à la construction de l'Europe de la défense en fédérant les efforts autour du lancement de démonstrateurs technologiques ambitieux.
  Dans une annexe du même Plan, on trouve "la base technologique" suivante :
         - Systèmes de systèmes pour les métiers Méthodes outils simulation, Architecture évaluation des systèmes de systèmes, en vue de tous les systèmes de force ;
          - Architecture et technique des systèmes terrestres, aériens et navals, pour les métiers Plate-formes terrestres, aériens et navals et Système de combat terrestre aérien et naval, en vue de l'Engagement-Combat ;
          -  Architecture et technique des système C3R, pour les métiers de systèmes d'information opérationnels, Espace, observation, renseignements et systèmes de drone, Environnement géophysique, en vue du Commandement et de la Maîtrise de l'information ;
         - Sécurité des systèmes d'information pour les métiers de Sécurité des systèmes d'information en vue de tous les systèmes de forces ;
        - Télécommunications pour les métiers de télécommunications en vue de tous les systèmes de force ;
        - Missiles, armes et techniques nucléaires de défense pour les métiers Missiles tactiques et stratégiques, propulsions, matériaux énergétiques et détonique, Techniques nucléaires de défense, Armes et munitions en vue de la Dissuasion, Protection, mobilité, soutien, engagement, combat ;
       - Sciences de l'homme et protection pour les métiers de Défense NRBC (Nucléaire Radioactivité Biologique Chimique) et Sciences de l'homme en vue de Protection et Sauvegarde ;
       - Capteurs, guidage et navigation, pour les métiers Optronique, Détection électromagnétique, Guerre électronique, Guidage Navigation en vue de tous les systèmes de force ;
       - Matériaux et composants, métiers Matériaux, Composants, en vue de tous les systèmes de force.

     Mais toute la recherche scientifique n'est pas pour autant militarisée. George MENAHEM évoque les résistances des scientifiques, même si les orientations de la recherche prennent parfois des formes insidieuses. Jean-Jacques SALOMON préfère de son côté discuter de la double face du chercheur, qui peut être à la fois inventeur de nouvelles armes et travaillant à des accords de désarmement. Bruno STRASSER et Frédéric JOYE évoquent de leur côté la mise en place d'organismes internationaux de recherche, s'efforçant de travailler en dehors des préoccupations guerrières des Etats, notamment dans l'immédiat après-guerre mondiale. Ils examinent ainsi la création de trois grandes institutions de la coopération scientifique européenne : l'Organisation Européenne pour la Recherche Nucléaire (CERN), crée en 1953, l'Organisation Européenne de la Recherche Spatiale (ESRO) en 1961 et l'Organisation Européenne de Biologie Moléculaire (EMBO) en 1964.

       Bruno STRASSER et Frédéric JOYE, Une science "neutre" dans la Guerre froide, La Suisse et la coopération scientifique européenne (1951-1969), 2005 ; Jean-Jacques SALOMON, Le scientifique et le guerrier, Editions Belin, collection Débats, 2001 ; Georges MENAHEM, La science et le militaire, Seuil, collection Science ouverte, 1976 ; Cornélius CASTORIADIS, Devant la guerre 1, Fayard, 1981 ; Seymour MELMAN, The Permanent War Economy, 1974 ; Pierre DUSSAUGE, L'industrie française de l'armement, Economica, 1985 ; Jean-Paul HEBERT, Stratégie française et Industrie d'armement, Fondation pour les Etudes de Défense Nationale, 1991 ; Jacques SAPIR, Feu le système soviétique? Permanences politiques, mirages économiques, enjeux stratégiques, Le Découverte, collection Cahiers libres Essais, 1992; Isabelle FACON, Jean-Paul HUET et Sonia Ben OUAGHRAM, Pouvoirs et industries de défense en Russie, Centre de recherche et d'études sur les stratégies et les technologies, Ecole polytechnique, 1997 ; Patrice BRET, L'invention de la recherche publique en France (1763-1830), L'Etat, l'armée, la science, Presses Universitaires de Grenoble, 2002 ; Ministère de la défense, Direction Générale de l'Armement, Plan stratégique de recherche et de technologie de défense et de sécurité, 2009.

                                                                        ARMUS
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Lundi 2 novembre 2009 1 02 /11 /Nov /2009 09:53
            La variété des armements nucléaires provient à la fois de la prise en compte de l'arme atomique comme arme de dissuasion (armements stratégiques) et de la tentative de lui donner un sens opérationnel (armements tactiques). Jouant à la fois sur la puissance (effets différenciés de feu, de souffle, d'impulsion électromagnétique et de radioactivité) de l'engin nucléaire, sur sa portée, sur sa précision, sur son porteur (missiles, avions...), sur sa vitesse et sur le lieu de départ de son lancement, les membres des états-majors militaires et des instances politiques concernées ont mis en place tout un jeu d'armements nucléaires depuis maintenant plus de soixante ans... et continuent, malgré la disparition du système des blocs, de le faire.
 
           Au gré des stratégies nucléaires changeantes avec les évolutions géopolitiques comme sous la poussée des progrès technologiques, toute une classification, qui est en même temps un élément de la gesticulation diplomatico-militaire, est utilisée par les spécialistes et stratégistes en tout genre comme par les armées qui les déploient.
         Si l'on suit Bertrand de MONTAUDOUIN, les armements nucléaires "peuvent être classées différemment selon le regard apporté, militaire ou politique" :
                 - Militairement, on distingue les armes anticités, qui ont pour objectifs les centres économiques de l'adversaire, et les armes antiforces, qui menacent son appareil militaire (notamment les centres nucléaires) dans ses éléments de tête ou dans la profondeur de son dispositif.
Les premières armes exigent de fortes puissances pour traiter de vastes cibles, et leur précision est superflue. Cette puissance est obtenue pour un vecteur (missile la plupart du temps) soit par tête unique, soit par têtes multiples (jusqu'à  plus de dix...), qui permettent de mieux couvrir les objectifs étendus et de saturer les défenses. Ces têtes multiples peuvent être indépendamment guidées ou non, et peuvent tout simplement tomber suivant les lois de la balistique.
Les deuxièmes armes sont par contre caractérisées par leur précision car elles doivent atteindre des cibles compactes, voire ponctuelles et leur puissance est calculée de façon économique. La "bombe à neutrons" par exemple possède des effets collatéraux limités pour être utilisée à proximité de troupes ou de populations amies.
                - Militairement aussi, les armes sont classée en fonction du lieu de lancement, à partir de silos fixes ou de véhicules mobiles terrestres (sol-sol) ; à partir de navires de surfaces ou sous-marins (mer-sol) ou à partir d'aéronefs (air-sol).
               - Politiquement, les armes nucléaires peuvent être répertoriées en trois catégories :
                                                 - les systèmes centraux ;
                                                 - les euromissiles ;
                                                 - les armes tactiques.
                        Les systèmes centraux regroupent les armes d'un Etat pouvant atteindre le territoire adverse à partir de son son sol national, ou par extension à partir des sous-marins. Pour les Etats-Unis et la Russie, il s'agit de missiles intercontinentaux de portée supérieure à 5000 km et des missiles de sous-marins. Pour la France, des portées moindres sont suffisantes, et cela concernait les missiles du plateau d'Albion et concerne les missiles des Sous-marins Nucléaires Lanceurs d'Engins.
                        Les euromissiles sont les armes pouvant atteindre le territoire soviétique à partir du sol européen et, par symétrie, les armes russes pour atteindre l'Europe mais non les Etats-Unis. La portée des euromissiles varie de 500 à 5000 km. Les fameux SS 20 soviétiques et les Pershings américains de ce que l'on a appelé la "crise des missiles" dans les années 1980 en sont des exemples. Une arme soviétique de 2 000 km de portée, par référence aux Etats-Unis est un euromissile, alors qu'il est possible de le considérer comme système central pour les nations européennes, d'où une partie des divergences d'appréciation entre Etats-Unis et Europe.
                        Les armes tactiques ont une portée inférieure à 500 km et sont destinées à atteindre des objectifs militaires de proximité. Elles comprennent des missiles (Lance américain, Pluton français, Frog soviétique), des avions armés de bombes ou de missiles air-sol, et des abus d'artillerie. Pour une partie de la doctrine soviétique, mais aussi celle de l'OTAN (Organisation du Traité de l'Atlantique Nord), ils peuvent être considéré comme premier échelon de la guerre nucléaire si les moyens conventionnels ne suffisent pas (et même être utilisés de manière complémentaire), tandis que pour la doctrine française, il s'agit d'armes de dernier avertissement avant une frappe stratégique.

               Alors que les médias ne parlent pratiquement plus des armements nucléaires, sauf pour évoquer la prolifération nucléaire (ou récemment le bouclier anti-missile prévu puis abandonné à l'Est de l'Europe), le nombre existant de ceux-ci suffisent toujours à détruire plusieurs fois toute la planète.
            Les chiffres restent l'enjeu de la bataille diplomatique qui se joue notamment lors de la discussion des différents traités de maîtrise des armements ou de désarmement ; aussi ceux-ci ne sont connus que de manière approximatives, outre les différents problèmes de classification qui peuvent surgir. A noter par exemple que le comptage par têtes et non par porteurs fut l'objet d'une bataille diplomatique.
              Si l'on suit le SIPRI (Stokholm International Peace Research Institute), dans son rapport 2009, les forces déployées en janvier 2009 comptent :
                             - pour les Etats-Unis, 2 202 têtes stratégiques et 500 têtes non stratégiques, soit 2 702 têtes au total ;
                             - pour la Russie, 2 787 têtes stratégiques et 2 047 têtes non stratégiques, soit 4 834 têtes au total ;
                             - pour le Royaume Uni, 160 têtes stratégiques ;
                             - pour la France, 300 têtes stratégiques ;
                             - pour la Chine, 186 têtes stratégiques ;
                             - pour l'Inde, un total de 60-70 têtes ;
                             - pour le Pakistan, un total de 60 têtes ;
                             - pour Israël, un total de 80 têtes.
     Soit un total de 8 392 têtes. Mais il faut compter sur la Corée du Nord qui a conduit et conduit apparemment encore des essais nucléaires (octobre 2006, mai 2009), mais on ignore si elle a fabriqué des armes nucléaires.
                  Par ailleurs, si l'on veut tenir une comptabilité plus précise en faisant entrer les porteurs, au 1 janvier 2006, on avait :
            - pour les Etats-Unis, 114 bombardiers B52, et 72 bombardiers B2 porteurs de 1 050 têtes nucléaires, 510 missiles intercontinentaux LGM 30G ou LGM-118A, soit 1 150 têtes, 360 sous-marins nucléaires UGM-96A ou UGM-133A porteurs de 2 016 têtes, soit un total d'armes stratégiques de 4 216 têtes nucléaires. Auxquels il faut ajouter des forces non stratégiques Bombarbier B61 et missiles Tomahawk, soit 680 têtes au total, soit un total général de 4 896 têtes.
            - pour la Russie, 78 bombardiers Tu-95MS6 ou Tu-95MS16 ou encore Tu-160 porteurs de 872 têtes nucléaires, 611 missiles intercontinentaux SS-18 à 27 porteurs de 2 436 têtes et 192 sous-marins nucléaires SS-N-18M1 ou SS-N-23 porteurs de 672 têtes, soit un total d'armes stratégiques de 3 980 têtes. A cela, il faut ajouter des forces défenses stratégiques (1 200 têtes) et des forces non-stratégiques (1 540) et d'autres forces encore de 640 têtes, ce qui fait un total général de 7 360 têtes.
            - pour le Royaume-Uni, 48 sous-marins nucléaires D-5 Trident porteurs de 185 têtes ;
            - pour la France, 4 sous-marin nucléaires porteurs de 288 têtes, 60 mirage 2000N porteurs de 50 têtes et 24 Super-Etendard porteurs de 10 têtes, soit un total général de 348 têtes ;
            - pour la Chine, 1 sous-marin nucléaire porteur de 12 têtes, 30 avions Q-5 et 120 avions H-6 porteurs de 150 têtes, et 120 missiles DF-3A à 31, soit un total d'armes stratégiques de 282 têtes auquel il faut ajouter environ 120 armes non-stratégiques, soit un total général d'environ 400 têtes ;
            - pour l'Inde, une estimation de 30-40 têtes nucléaires ;
            - pour le Pakistan, une estimation de 30-50 têtes nucléaires ;
            - pour Israël, une estimation de 200 têtes nucléaires.
   On aura bien noté des différences dans les chiffres de 2006 et de 2009, et cela tient à la complexité du comptage des têtes (on discute d'équivalents-têtes nucléaires), à la mise en vigueur de traités de désarmement et...aux surprises des comptages (qui peuvent être surestimé ou sous-estimé sciemment par les autorités qui les détiennent, et même comme dans l'ancienne Union Soviétique ne pas s'attacher à en faire une comptabilisation rigoureuse...).

         Plusieurs traités concernant les armements nucléaires ont été signés, certains validés et en cours d'exécution, d'autres non validés mais exécutés quand même, comme validés mais à l'exécution incertaine... Il faut pour s'éclaircir les idées tenir compte surtout des accords SALT, START, FNI, SORT, et bien entendu ABM (concernant le bouclier nucléaire) :
                - Les traités dit SALT (Strategic Arms limitation Talks - Discussion sur la limitation des armements stratégiques), signés par l'Union Soviétique et les Etats-Unis en 1972 (SALT I)  et en 1979 (SALT II).
L'accord SALT II obligeait les deux parties à limiter les dispositifs de lancement de missiles balistiques intercontinentaux (ICBM), de missiles balistiques lancés par sous-marins (SLBM), de missiles air-surface et les bombardiers lours à une quantité totale ne dépassant pas 2 400 unités. ce nombre fut réduit à 2 250 au début de l'année 1981. La quantité totale de missiles balistiques équipés de corps de rentrée à têtes multiples indépendamment guidées (MIRV) et de bombardiers lourds fut limitée à 1 320 unités, et la quantité totales de missiles balistiques intercontinentaux équipés de corps de rentrées de même type à 820 unités. Le traité limitait aussi la quantité de missiles balistiques intercontinentaux existants équipés de corps de rentrée (dans l'atmosphère à un moment de la trajectoire balistique) et limitait aussi à respectivement à 10, 14 et 10, le nombre de corps de rentrée dont pouvaient être équipés les nouveaux missiles balistiques intercontinentaux, missiles balistiques lancés par sous-marins et missiles balistiques air-surface.
               - Les traités START (Strategics Armes Reduction Talks - Discussion sur la réduction des armements stratégiques), signés par les Etats-Unis et l'Union Soviétique en 1991 (SART I) et en 1993 (START II).
L'accord START II obligeait les deux parties à réduire de façon importante leurs arsenaux nucléaires, portant le nombre des armes stratégiques entre 3 000 et 3 500, et éliminant tous les missiles balistiques intercontinentaux porteurs de charges multiples.
               - Mais ce traité START II, même s'il a commencé à avoir un début d'exécution, est rendu caduc par le Traité de désarmement nucléaire (SORT) signé le 24 mai 2002 entre les Etats-Unis et la Fédération de Russie.
Ce traité engage les deux parties à réduire de deux-tiers leur arsenal d'armes nucléaires stratégiques qui doit passer de  6000 têtes environ à 1 700/2000 têtes chacun d'ici 2012.
              - Le traité FNI d'élimination des missiles à portée intermédiaire et à plus courte portée, signé en 1987, prévoit l'élimination et l'interdiction permanente d'une classe entière de missiles balistiques américains et soviétiques à portée intermédiaire et à courte portée (de 500 à 5 500 km). Mais après la dislocation de l'Union Soviétique, seuls 4 des douze Etats successeurs (Bélarus, Kazakhstan, Fédération de Russie et Ukraine) participent au régime d'inspections du désarmement.
                         
            Jean KLEIN, dans un article de 2003, faisant le point sur l'avancée que constituait le nouveau Traité de désarmement nucléaire écrivit notamment :
 "Dans une déclaration commune publiée le même jour (ce 24 mai 2002), les parties contractantes affirmaient que l'époque où elles étaient ennemies était révolue et qu'à l'avenir, elles agiraient comme des partenaires pour "faire progresser la stabilité, la sécurité et l'intégration économique, relever les défis qui se posent à l'échelle mondiale et aider au règlement des conflits régionaux". Se manifestait ainsi une certaine connivence entre Russes et Américains dans un monde où l'antagonisme Est-Ouest avait vécu, mais où de nouveaux risques avaient surgi et où des organisations criminelles n'hésitaient pas à recourir à l'"hyper-terrorisme" pour menacer leurs intérêts vitaux."
  Conclu après les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, le "SORT (...) a permis de faire sortir le débat (sur le désarmement) de l'impasse et d'atteindre le but que l'on s'était fixé en empruntant des voies différentes de celles que l'on avait prises dans le passé. Plutôt que de s'engager dans de longues négociations et de rédiger un traité volumineux qui définirait d'une manière précise les obligations contractées, on s'est borné à fixer un objectif global en laissant à chaque partie "la composition et la structure de ses armements stratégiques offensifs en se fondant sur la limitation globale convenue du nombre d'ogives de ce type (article premier). Seules les ogives sont prises en compte et il n'est plus question de répartir les charges nucléaires entre les trois composantes de la triades stratégique - missiles sol-sol, missiles mer-sol et bombardiers à long rayon d'action. En outre, les charges nucléaires qui font l'objet de réductions ne seront pas toutes éliminées car on veut en conserver un certain nombre comme réserve opérationnelles afin de pouvoir reconstituer rapidement les stocks préexistants en cas de nécessité. D'après les prévisions officielles, les Etats-Unis envisageraient de déployer 2 200 armes stratégiques en 2012 et de conserver 2 400 armes supplémentaires en réserve opérationnelle. (...). On estime également que les Etats-Unis continueront de stocker des milliers d'ogives supplémentaires qui pourraient être réinstallées sur des vecteurs et constituer des armes prêtes à l'emploi."
Si les Etats-Unis fournissent des indications sur les vecteurs et les ogives qu'ils entendent retirer, "en revanche, les Russes ont fait preuve de discrétion sur la manière dont ils procéderont aux réductions convenues, mais il est probable que les ogives retirées des vecteurs opérationnels seront stockées et non pas éliminées comme ils en exprimaient le souhait naguère. En 2002, on estimait à plus de 13 000 le nombre de leurs armes nucléaires stratégiques non déployées et de leurs armes nucléaires tactiques. Ces chiffres élevés s'expliqueraient surtout par le fait que le coût de leur démantèlement excède les ressources  financières de la Russie. Cependant, aux dires d'experts américains, la Russie continuerait de fabriquer des armes nucléaires en faible quantité pour remplacer celles qui sont frappées d'obsolescence" (soit par problèmes techniques liés à la radioactivité, soit à cause des progrès technologiques).
  "A la différence du traité START, la chronologie des opérations de désarmement n'est pas précisée et le processus de réduction ne comporte pas d'étapes intermédiaires, ce qui introduit un facteur d'incertitude dans l'exécution du Traité. En effet, la seule obligation qui incombe aux deux parties contractantes est d'atteindre les plafonds finaux des armes stratégiques déployées opérationnellement, le 31 décembre 2012, c'est-à-dire le jour même où le Traité expire."
  "En dépit des réserves qu'il inspire dans les milieux favorables à la maîtrise des armements (notamment sur le caractère sommaire des vérifications), le SORT a été salué comme une étape sur la voie d'une réduction des armements stratégiques et le prélude à des mesures plus significatives destinées à réduire les risques de l'âge nucléaire et à consolider le régime de non-prolifération."
           André DUMOULIN, dans un article de juin 2010, à l'occasion de la situation du traité START 3 et de la conférence sur la sécurité nucléaire, les stocks de matériaux fissiles et la non-prolifération, et surtout après le fameux discours du président des Etats-Unis Barak OBAMA sur un monde sans armes nucléaires d'avril 2009 qui semblait annoncer un changement très important dans le domaine des armements nucléaires, fait le point sur les plafonds désormais autorisés par les traités stratégiques et les possibles changements de stratégie. 
 Le traité START 1 de 1991, qui expirait en décembre 2009, prévoyait 6 000 têtes nucléaires et 1 600 vecteurs/lanceurs. Le traité START 2 de 1993 fut finalement non appliqué. Le traité SORT de 2002 qui devait rendre caduc le traité START 2, prévoyait de 1 700 à 2 200 têtes nucléaires, le nombre des vecteurs/lanceurs n'étant pas mentionné. Ce traité START 3 ou NEW START prévoit 1 550 têtes nucléaires et 800 lanceurs/vecteurs. Ces plafonds doivent être atteints dans sept ans, le traité étant valable 10 ans et reconductible sur 5 ans. Ceci bien entendu reste un traité conclu entre les seuls Etats-unis et Russie...
Il s'agit en fait d'un traité "ambivalent" qui "reflète la volonté de parvenir à une nouvelle réduction des potentiels avec un fameux effet d'annonce", mais joue "sur l'apparence des chiffres". Même si les plafonds seront atteints facilement en chiffres absolus et il le seraient déjà en grande partie côté russe pour des raisons budgétaires, le nouveau traité n'inclut pas les charges nucléaires de réserve, les armes nucléaires de théâtre et les armes actuellement désactivées en voie de démantèlement, puisqu'il ne concerne que les armements dits stratégiques. L'auteur signale à bon droit que même si le traité est respecté (il faut encore des ratifications parlementaires), il resterait dans le monde tout de même entre 9 400 et 13 000 charges de différents statuts. Le fait positif nouveau est tout de même que ce traité "symbolise un réchauffement des relations américano-russes, mais aussi et surtout en matière de lutte contre la prolifération, Washington et Moscou semblent désormais être en phase. La dé-mirvation des ICBM américains Minuteman III indique la volonté d'améliorer la précision (nucléaire ou conventionnelle) pour cibler des objectifs hautement prioritaires "proliférateurs" et non jouer dans un scénario de frappe anti-forces aggravées visant la Russie selon les scénarios SIOP du passé." La doctrine américaine présentée le 6 avril 2010 par le Secrétariat de la défense prévoit de grands changements dans les "postures de défense", notamment sur la qualité des ogives des missiles (capacité alternative nucléaire/conventionnel - remplacement des têtes multiples par des monotêtes...).

      Jean KLEIN, Le Traité sur la réduction des armements stratégiques offensifs et les nouvelles relations entre les Etats-Unis et la Fédération de Russie, 2003 ; SIPRI, Yearbook 2009, Armaments, Disarmaments and International Security, traduction française (résumé) faite en relation avec l'IRIS ; Bertrand de MONTAUDOUIN, article Armement nucléaire - Problèmes politiques, Encyclopedia Universalis, 2004 ; André DUMOULIN, article Entre NPR (revue de posture nucléaire) et START (traité de réduction des armements stratégiques), les interrogations demeurent, Défense et Sécurité Intrnationale n°60, juin 2010.

                                                                        ARMUS
           

  
       
Par GIL - Publié dans : ARMEMENT
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