PAIX EN MOUVEMENT

Mardi 7 février 2012 2 07 /02 /Fév /2012 10:43

        Le soufisme, mouvement authentiquement musulman, malgré des influences diverses, s'appuie sur une tendance coranique de piété écartée par l'Islam officiel et tend à développer des valeurs spirituelles qui le distingue d'une intransigeance que l'on retrouve autant dans le chiisme que dans le sunnisme. Sa tolérance extérieure vis-a-vis des autres religions et philosophies n'a d'égale qu'une certaine sévérité morale appliquée à soi-même, qui fait de sa pratique un ascétisme.

C'est d'ailleurs en tant qu'ascètes que ses prédicateurs et ses fidèles apparaissent. La mystique musulmane pour eux se présente comme une suite d'expériences personnelles (décrites le plus souvent sous forme poétique) soutenues par des recherches théologiques originales. A côté de notions coraniques enrichies figurent des idées d'origine hellénistiques. C'est avant tout la "science des coeurs" qui permet à l'âme, par la mortification du désir, de se dépouiller de toute attache sensible et de se transformer en "esprit". L'esprit brûlant d'amour n'est plus occupé que de concevoir l'unicité divine ; il est prêt à "s'esseuler devant l'Unique". Au terme de l'extase disparaît la personnalité du mystique, transfigurée par Dieu en qui elle "subsiste". L'état mystique, une fois atteint, procure la "connaissance", intuitive, distincte du savoir commun et supérieur à lui. Cette possession intime de la réalité place le soufi au-dessus du Prophète, simple instrument de la révélation. D'une certaine manière, le soufi adhère à l'humilité qont MAHOMET fait part dans de nombreux versets, refusant donc une certaine vénération commune à l'Islam. Doué de "l'inspiration privée", il se trouve en état de sainteté, notion qui se développe progressivement dans l'Islam : d'abord réservée aux élus et aux martyrs de la "guerre sainte", elle s'étend à tous ceux qui mènent cette "guerre" intérieure contre les passions.

       Dès le VIIIème siècle, on oppose au "sceau des Prophètes, Mohammad, le "sceau des Saints, incarné par Jésus, dont la figure apparaît plusieurs fois dans le Coran et qui devient ainsi le modèle du soufi. Cherchant et trouvant Dieu au-dedans de lui-même, le soufi rejette au second plan les rites canoniques, ne leur accordant plus qu'une valeur relative et temporaire et plaçant l'intention au dessus de l'acte. La Loi, sans être détruite, est dépassée. Par ces positions, la mystique heurte depuis le début l'enseignement traditionnel ; aussi ses adeptes sont-ils très tôt inquiétés comme coupables de zandaqa (manichéisme, puis hérésie, impiété). Les griefs qui leur sont adressés portent soit sur la conception de l'"amour réciproque (NOURÎ), soit sur la prétention à l'inspiration privée (IBN KARRÂM), soit d'une façon plus générale sur la doctrine de l'union avec Dieu (AL-HALLÂJ). L'état mystique paarait en effet aux théologiens comme une "incarnation", vigoureusement condamnée de tout temps par l'Islam. Les prédications de HALLÂJ par exemple, par ailleurs, et c'est sans doute l'essentiel, tendent à saper les fondements de la Loi, par conséquent de tout l'ordre religieux et social dont bénéficient au premier chef toute l'élite politico-religieuse. Face à cette opposition de tout l'Islam officiel, la grande préoccupation des adeptes du soufisme est de rester en règle extérieurement avec l'autorité juridique, tout en poursuivant la recherche de l'extase. Il en résulte une tendance forte à l'ésotérisme, érigé en doctrine et en obligation absolue, et la constitution à partir du XIIème siècle d'associations iniatiques perpétuelles, des confréries, dont chacun possède sa propre "voie". La dispersion, la raréfaction des communications entre confréries provoquent leur évolution divergente. Les trois éléments essentiels du soufisme, ascétisme, expression poétique, effort philosophique, se dissocient pour évoluer séparément. Tandis que les membres des confréries recherchent l'extase comme une fin en soi, les poètes se laissent séduire par un Dieu de beauté dont la contemplation les remplit d'ivresse et les philosophes poursuivent un Dieu Idée pure, abstrait et impersonnel. Au XIIIème siècle, l'influence platonicienne aidant, le soufisme philosophique se mue en une théosophie franchement hétérodoxe, le monisme existentialisme de l'Andalou IBN AL-'ARABI (mort en 1240). Connu comme le grande maître de l'exégèse soufie, ce dernier cherche à approfondir le sens du texte du Coran, au-delà de la simple lettre, tout en restant attentif aux différents sens développés par les mots. Quel que soit son évolution, le soufisme se caractérise par un adogmatisme qui le sépare radicalement de l'Islam officiel. Certains lettrés, comme AL-GHAZÂLÎ, tentent d'y "remédier", élaborant une "orthodoxie mystique". le soufisme de ce dernier, surtout pratique, met l'accent sur la recherche de la perfection morale. De manière générale, l'apport du soufisme à l'Islam (qui en définitive, le respecte sous sa forme modérée... extérieure) est de revivifier la morale : c'est lui qui insiste sur la vertu de confiance en Dieu, qui incite à faire passer, avant l'accomplissement des rites, avant même l'"intention" souvent purement formelle, les dispositions du coeur, sans lesquelles aucun acte religieux ne vaut ; il prêche l'effort personnel, base indispensable des vertus sociales du musulman (à l'inversion d'une certaine dévotion à des chefs qui pensent pour lui), ainsi que la pratique de la bienfaisance menées jusqu'au désintéressement héroïque. Le soufisme, en dépit de la diversité de ses écoles et malgré les excès et déviations auxquelles il donne lieu, réussit à fournir aux fidèles musulmans un aliment que l'Islam officiel ne peut leur accorder et en ce sens, il est devenu une "religion populaire" (Dominique SOURDEL, qui s'appuie beaucoup sur NICHOLSON).

 

        Constatant que les spécialistes des théories politiques se réclamant de l'Islam évoquent peu le soufisme, Mohamed-Chérif FERJANI estime que ce courant possède une importance certaine dans la dynamique des conflits. "Le refus de l'idée d'un salut collectif, l'incitation à se détourner du monde, des luttes pour le pouvoir, pour se consacrer à la recherche de la vérité en soi-même afin de trouver son propre salut, sont aussi rassurants qu'inquiétants aux yeux de ceux qui sont engagés dans la compétition pour la direction des affaires de la communauté : 

- rassurants, parce qu'une telle option ne menace pas les gouvernants et ne concurrence aucune stratégie de domination sur le corps social" neutralisant ainsi une portion de la population ;

- "inquiétants, parce que cette attitude risque de détourner les gens du minimum d'engagement nécessaire pour défendre le pouvoir ou pour le renverser ; elle peut mettre en échec les stratégies de domination fondées sur l'idée de salut collectif", privant des leaders d'une masse combattante nécessaire ;

 "Ce double aspect du mysticisme explique l'attitude mitigée, hésitante et versatile des gouvernants et de tous ceux qui se croient responsables du salut collectif (...) (en dépit de toutes les argumentations exégétiques). Ils le tolèrent jusqu'à un certain point : tant qu'il ne représente par un obstacle à leur stratégie de domination. Cela explique l'attitude bienveillante dont a bénéficié le mysticisme durant les trois premiers siècles de l'Islam. Mais dès qu'il a commencé à devenir influent, au point de faire perdre aux parties en conflit pour le pouvoir des partisans potentiels dont ils avaient besoin, il est devenu une cible de ceux qui ne tolèrent aucune neutralité. (...) Dans les périodes de conflits où chaque partie a besoin de la moindre voix, (...) le soufisme se trouve exposé à la condamnation de tous, aux discours de haine et de persécution (...) Cependant, le caractère à la fois populaire et pacifique de cette forme de religiosité fut à l'origine d'une attitude le plus souvent complaisante de la part des autorités politiques : entre l'Islam militant, prôné par ceux qui lui disputent le monopole de la religion comme norme sociale et politique, et le taçawwuf (le soufisme) qui détourne les gens des préoccupations terrestres pour sublimer leur misère dans la recherche mystique de la Vérité, le pouvoir (...)  a toujours préféré comme un moindre mal, la seconde option. C'est pour cela que, en dehors des périodes où les théologiens ont eu une trop grande influence sur les politiques et des conjonctures où le pouvoir s'est senti investi de la mission prométhéenne de détruire les structures sociales pour tout reconstruire à partir de lui, le taçawwuf a bénéficié, sinon de la bienveillance, du moins d'une attitude indulgente et tolérance. 

Le passage des cercles informels de dikr (scansion rythmée et répétitive de brèves oraisons religieuses qui se prêtent à ce genre d'exercice) des premiers soufis aux confréries institutionnalisées, à partir du XIème siècle, a joué un rôle dans l'évolution de cette forme de religiosité comme dans l'attitude des pouvoirs à son égard. Ce passage a été favorisé par le besoin, pour le commun des croyants, d'une présence concrète du sacré. Les religions monothéistes (...) ont essayé de combattre en tant que paganisme, idôlatrie et associationnisme la vénération et la sacralisation de tout ce qui n'était pas Dieu. Cependant, les gens du peuples n'ont pas toujours la capacité d'abstraction nécessaire et suffisante pour s'en remettre à un dieu sans présence concrète. Ils éprouvent le besoin d'une proximité matérielle du sacré. C'est pourquoi les cultes animistes et polythéistes, voués à des forces naturelles et à des représentations du sacré, ont été remplacés par le culte des saints, qui sont à l'origine des gens pieux jouissant d'un charisme auprès de la population en raison de leur savoir, de leur conduite exemplaire, ou d'actions perçues comme miraculeuses dans des situations où le miracle permet de supporter une existence invivable. Les religions monothéistes ont dû se résoudre à composer avec ce besoin du commun des croyants en acceptant le culte des saints, qui beaucoup de théologiens considèrent comme une forme d'associationnisme. Dans les sociétés musulmanes, ce sont les soufis qui, en raison de leur piété, de leur mépris à l'égard des biens matériels et des querelles pour le pouvoir, et des actions miraculeuses que l'imagerie populaire leur attribue, sont les premiers à jouer ce rôle." C'est ainsi d'ailleurs qu'une grande partie de la sociologie religieuse explique la vénération que leur voue le peuple. Cette vénération "a été à l'avènement des confréries fondées sur la base de la fidélité à la voie du maître vénéré." La tentation est grande chez certains de ces maitres de transformer cette vénération en force de pouvoir sur les adeptes, voire de détourner celle-ci dans des voies bien différentes que la recherche du salut personnel. 

"Certaines confréries, précise toujours le professeur à l'Université Lyon 2, sont devenues de véritables "multinationales" ayant des adeptes dans plusieurs pays (Qâdiriyya, fondée par Abd AL-QÂDIR AL JÎLÂNÎ, théologien handalite avant de devenir le "saint patron" de Bagdad, shâdhuliyya, mawlâwiyya, mourides... )." Cette extension a engendré une véritable hiérarchie, parfois rigide, faite d'obéissance absolue, du sommet jusqu'à la base, et parfois les dirigeants des confréries mènent "un train de vie bien éloigné de celui des ascètes soufis" (A HAMMOUDI, Master and Disciple, The Cultural Foundations of Maroccan Authoritarism, The University of Chicago Press, 1997). "le pouvoir charismatique acquis à travers les confréries sur les milieux populaires peut être transformé en capital politique, soit pour prendre le pouvoir, soit pour l'utiliser comme moyen d'obtenir des privilèges. Il est important de rappeler à cet égard que certaines confréries ont été à l'origine de dynasties monarchiques (confrérie militaire des murâbitûm, Almoravides ; confrérie desd Sénoussis , sanûsiyya, en Libye ; confrérie d'origine chérifienne, dynastie qui règne depuis le XVIème siècle au Maroc)." Dans nombre de pays (comme au Sénégal et dans plusieurs pays africain également), le poids des confréries est tel qu'un candidat au pouvoir national doit passer par leur sympathie. "En l'absence d'une vie politique fondée sur la citoyenneté et de solidarités permettant aux individus qui le désirent de s'arracher à leurs "appartenances", les partis politiques comme les syndicats se trouvent complètement phagocytés par les confréries et les structures de solidarité - et de domination - traditionnelles. Les confréries sont ainsi devenues de véritables forces politiques avec lesquelles le pouvoir doit composer pour bénéficier, sinon de leur soutien, du moins de leur neutralité bienveillante. beaucoup de confréries ont ainsi une longue tradition de relations compromettantes avec les pouvoirs en place, quelles que soient leur nature, leur origine et les politique : le caractère apolitique de la solidarité confraternelle fut et reste un excellent prétexte pour la recherche de relations de "bienveillance" avec les autorités. Cette attitude a toujours exposé les confréries à la colère des mouvements contestataires. Lorsque ceux-ci accèdent au pouvoir, ils commencent toujours par leur faire payer leurs compromissions avec le pouvoir déchu, avant de se mettre à les courtiser pour acquérir à leur tour leur sympathie et leur neutralité."

 

     Eric GEOFFROY, après avoir mis en garde contre quelques préjugés envers le soufisme, l'assimilant parfois à un quiétisme et une recherche égoïste du salut individuel ou encore à une religion populaire née en réaction au légalisme de l'islam orthodoxe, préjugés qui occultent ou empêchent de comprendre que le soufisme, avec d'autres courants, ont toujours fait l'Islam et font encore l'Islam. Notamment à cause du système des confréries, le soufisme s'est dessécher et s'est vu détourné des voies proposées jusqu'au XIème siècle par de nombreux "savants" musulmans. "Depuis la fin du XIXème siècle, écrit-il, le soufisme a été bousculé par la pensée réformiste puis par des rapides mutations sociales qu'a connues le monde musulman. Il en ressort aujourd'hui épuré, et les fidèles s'y engagent désormais par conviction, non par tradition. L'élite des oulémas y reste souvent attachée. Il est donc erroné de présenter le soufisme comme un espace de liberté qui ferait contrepoids à la sécheresse de la religion islamique. Dans la doctrine comme dans l'histoire, soufisme et Islam ne se sont opposés que lorsqu'ils se sont mal compris, ou en cas de conflit d'autorité, lorsqu'on critiquait l'autre pour garder ses ouailles sous sa coupe." 

Après un long historique du soufisme, l'islamologue et spécialiste du soufisme, signale que les jugements en terre d'Islam sur le soufisme qui s'étendent à l'ensemble de l'évolution de l'Islam, jugements pessimistes rappelant toujours à la nécessité de revenir aux sources de l'Islam, ne doivent pas cacher une évolution récente. Si l'apparition des "voies initiatiques" aux XIIème et XIIIème siècles ont eu des effets négatifs, notamment avec l'apparition de confréries qui pouvaient devenir de redoutables instruments de pouvoir, avec les bouleversements récents s'ouvre une période relativement critique par rapport à sa propre histoire, de l'élan même des fidèles. "Les attaques virulentes dont le soufisme fut l'objet de la part des salafis comme des "modernistes" avaient en apparence, fait tomber le soufisme en disgrâce, et jusque dans les années 1970, des orientalistes prophétisaient sa mort. Un renouveau s'est nettement dessiné dans les années 1980 et 1990, à la suite de l'échec des diverses idéologies qu'a connu le monde arabo-musulman au XXème siècle (nationalisme, marxisme, islamisme), et du désenchantement de ceux qui suivaient le modèle occidental. Malgré la phase critique qu'il a traversée, le soufisme a maintenu son ancrage dans la culture islamique. En 1989, Sa'îd HAWAÂ pouvait déclarer que, au cours des siècles, 90% des musulmans avaient eu d'une manière ou d'une autre, un lien avec le soufisme (L'éducation spirituelle que nous proposons, Beyrouth, 1989). (...) Le soufisme connait actuellement un regain de vigueur en pays musulman, alors qu'il suscite un intérêts grandissant en Occident. En terre musulmane, la situation est assez contrastée. Dans la plupart des pays, les jeunes adhèrent en grand nombre aux confréries, alors qu'il y a encore vingt ans l'âge moyen des membres étaient assez avancé. Dans d'autres, le soufisme apparaît en repli relatif. D'évidence, les aspirations spirituelles passent à l'arrière-plan lorsque l'esprit est accaparé par les préoccupations matérielles et le souci de la subsistance, lorsque le contexte international et les médias favorisent l'émergence d'idéologies faciles à consommer, lorsque l'intégrisme sous quelque forme a miné le terrain." La forme confrérique en général décline (mais peut-être, pensons-nous, faudrait-il plus de précisions sur cette évolution...), tandis qu'un certain nombre de fidèles tentent la (re)découverte de la spiritualité de l'Islam, dans un environnement souvent plus large que celui des confréries, dans des sociétés perméables à bien plus d'influences (médiatiques notamment) qu'auparavant. Se développent de petits groupes, notamment dans des milieux sociaux et intellectuels plus aisés que ceux qu'atteignait auparavant davantage le soufisme, le faisant apparaître comme "populaire". "S'il y a eu un soufisme avant les confréries, il peut y avoir un après. L'avenir appartient-il aux "groupes restreints", au "soufisme anonyme" (M CHODKIEWICZ, Le soufisme au XXIème siècle, dans Les Voies d'Allah, Paris, 1996)". 

 

      Le soufisme rénové est particulièrement vif dans certains centres, notamment à l'Université al-Azhar du Caire ou encore à Damas, avec Ahmad KUFTÂRÛ (mort en 2004), partisan d'un soufisme coranique, engagé dans le social et servant la cause d'un Islam tolérant, à la recherche de la vérité. On retrouve des éléments de ce soufisme (il n'existe pas qu'un soufisme, nous rappelle encore Eric GEOFFROY) dans le site Soufisme.org.

 

Eric GEOFFROY, Le soufisme, Voie intérieure de l'Islam, Fayard, collection Sagesses, 2009 ; Dominique SOURDEL, L'Islam, PUF, collection Que-sais-je?, 1988 ; Mohamed-Chérif FERJANI, Le religion et le politique dans le champ islamique, Fayard, 2005

 

RELIGIUS

Par GIL - Publié dans : PAIX EN MOUVEMENT
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Samedi 11 décembre 2010 6 11 /12 /Déc /2010 10:21

                  Le désarmement, qui au sens propre, semble assez simple à comprendre - enlever des armes à quelqu'un ou à soi-même, s'agissant d'individus ou d'Etats - relève de conceptions bien différentes dans le temps et dans l'espace. Si désarmer fut longtemps l'activité du vainqueur après une bataille où l'armée adverse se rend, si dans les temps les plus reculés, le désarmement est associé à la volonté de paix... il semble d'après plusieurs auteurs que le désarmement ne soit une notion dûment raisonnée que dans le contexte d'une industrialisation de la guerre. C'est avec l'évènement des armées de masse que les différents mouvements pacifistes en font leur revendication, et récemment le désarmement est fortement lié au développement, ou à une autre conception de la défense, ou encore constitue une condition d'une paix durable dans les diverses parties du monde.

 

                    Jean François GUILHAUDIS tente de délimiter les différentes résonances : "la définition même du désarmement est moins simple qu'il n'y parait. Dans une acception étroite, qui serait la plus rigoureuse, il vise les mesures tendant à restreindre volontairement, voire à éliminer totalement les armements et les forces armées existants, dans le but de prévenir les conflits. Dans une acception plus large, et plus généralement reçue, il comprend également l'ensemble des méthodes et moyens permettant d'empêcher ou de limiter la fabrication ou l'emploi d'armes, ainsi que la constitution ou le développement de forces armées. On pourra alors parler de limitation des armements, et la pratique associe souvent les deux termes. Le désarmement met en cause des considérations de nature diverses et virtuellement contradictoires."

Le spécialiste en matières d'armement et de désarmement cite plusieurs exemples :

- Des exigences morales : le désarmement général et complet est l'aspiration traditionnelle du pacifisme humanitaire. De façon plus limitée, l'interdiction de certaines armes ou de certains procédés de combat est une exigence constante des combattants eux-mêmes, attachés à des formes classiques ou honorables de guerre. On vise dans le premier cas à rendre les conflits impossibles, dans le second cas à les régulariser, à les maintenir dans un certain cadre, et l'équivoque des objectifs comme des méthodes apparaît clairement. Il s'agit dans ce dernier cas de rendre plus souple le recours à la guerre, sans la crainte que l'adversaire n'utilise des moyens immoraux ou radicaux...

- Un impératif de sécurité : cet impératif est primordial pour les Etats. Ils peuvent concevoir la sécurité de façon purement individuelle, ou considérer qu'elle est liée à celle des autres. Le désarmement doit alors être apprécié en tant qu'élément de la sécurité, individuelle ou commune, des Etats, et analysé dans le cadre des systèmes de sécurité que pratique la société internationale - ainsi l'équilibre, la sécurité collective, la dissuasion nucléaire. Dans ce cadre le thème du désarmement peut aussi entrer dans la stratégie proprement dite ; il peut être instrumentalisé de diverses façons (affaiblissement des adversaires potentiels, "démoralisation" de certaines opinions publiques, valorisation des Etats qui proposent le désarmement....)

- Un souci d'indépendance : les Etats ne vont-ils pas, dans un même mouvement, exiger et refuser les mesures de contrôle d'un désarmement effectif, qui conditionne son efficacité mais les atteint dans un des éléments fondamentaux de leur souveraineté, la défense nationale? Dans cette perspective, le contrôle des armements effectué par des instances internationales constitue - stricto sensu - une mise en cause de cette souveraineté, surtout celle d'une conception absolue héritée par exemple de Thomas HOBBES.

- Une volonté d'égalité : les armements sont un facteur de l'équilibre entre les puissances, que leur disparition générale ne pourrait que remettre en cause. Faut-il le conserver par une réduction proportionnelle ou l'adapter par une progressivité des sacrifices?

- Des préoccupations d'intérêt, qui se sont développées avec l'expansion considérable des industries d'armement. Sur le plan interne, les dépenses publiques pourraient s'orienter vers des activités plus rentables ou plus judicieuses, mais la production militaire est également source d'emplois et d'exportations. Sur le plan international, il est tentant de lier une diminution des budgets militaires et une assistance accrue au développement.

 

            Julien FREUND considère que "on ne saurait rien comprendre au phénomène du désarmement en dehors d'(un) rapport de forces. Malheureusement, on néglige trop souvent aujourd'hui l'analyse d'un concept parce qu'elle conduit à considérer ses éléments constitutifs, que le verbiage et la confusion actuelle balayent comme n'étant que du simplisme élémentaire." Pour le professeur honoraire à l'Université de Strasbourg, "jusqu'au XVIIIème siècle on n'a guère élaboré de théories sur le désarmement, et pourtant on le pratiquait à l'issue de toutes les guerres : le vainqueur l'imposait avec plus ou moins de succès au vaincu. Le désarmement passait aux yeux du vainqueur pour une garantie de pouvoir exploiter la victoire et ses conséquences, sans avoir à craindre une riposte, du moins à court terme. Cependant, malgré la prudence et les précautions du vainqueur, le désarmement fut rarement total, sauf dans les cas d'un génocide qui exterminait la population ennemie et supprimait définitivement toute possibilité de résistance. En général, une fois qu'on avait vaincu et désarmé un peuple, l'ennemi reparaissait sous la figure d'un ancien allié, ou bien d'un peuple voisin poussé par la dynamique d'une expansion, ou bien encore d'un peuple pratiquement inconnu qui surgissait brusquement et envahissait les terres lors de chevauchées étonnantes, combinées avec des batailles souvent désordonnées."

Julien FREUND date la naissance de l'idée de paix par désarmement réciproque des éventuels combattants, et non plus par imposition du vainqueur, de manière indécise, à Le nouveau Cynée, paru en 1623, d'Emeric CRUCÉ (1590-1648). Ce roman s'inscrit dans le mouvement des idées de juristes comme Francisco de VITORIA (1483-1546) , Alberico GENTILI (1552-1608), Francisco SUAREZ (1548-1617), Hugo GROTIUS (1563-1645)... qui jettent les bases du droit international, tentant d'établir la paix par le droit. "C'est également à cette époque que la conscience de l'importance possible de l'économie se glisse dans la réflexion de certains esprits : ainsi CRUCÉ pensait que la liberté du commerce, étendue au monde entier, pourrait constituer le nouveau garant de la paix. Au siècle suivant, l'idée est popularisée par les Physiocrates, ainsi que par MONTESQUIEU (1698-1755) ; les projets de "paix perpétuelle", dont le plus connu est celui de l'abbé de SAINT-PIERRE, se multiplient ; le refus de l'enrôlement dans une formation militaire est l'un des principes de base des Quakers. Depuis lors, on a assisté avec continuité à une sorte de connivence entre un type de rigueur religieuse, le développement de la pensée économique et diverses audaces politiques, mais théoriques, dont l'une des plus connues et des plus significatives est le roman de Bertha VON SUTTNER (1843-1914), paru en 1890, Die Waffen nieder, qui n'a pas été étranger à la fondation du prix de la paix par Alfred NOBEL (1833-1896). Très rapidement, ce nouveau courant envahit la politique, tout d'abord sous la forme des conférences de la paix de La Haye, à l'initiative de la diplomatie tsariste, plus tard avec les discussions à la SDN, et enfin, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, avec la résolution du 2 novembre 1959 de l'Assemblée générale des Nations Unies qui proclame que "la question du désarmement général et total est la question la plus importante qui est posée au monde". 

Le professeur FREUND garde une attitude critique vis-à-vis des propositions comme de l'utilisation autour de la problématique du désarmement : "Conformément à la mentalité courante en notre XXème siècle dans la plupart des milieux politiques, la question du désarmement est devenue un thème de la démagogie en matière de politique internationale. Il suffit de relire les discours dans lesquels les orateurs proclamaient que le désarmement était la voie de la paix, y compris à l'époque où HITLER ne dissimulait guère le réarmement de l'Allemagne. Plutôt que de remuer une fois de plus cette période trouble, il convient de comprendre conceptuellement la notion de démagogie. Elle consiste en une flatterie qui joue avec les utopies, au sens où ce type de tableau de pensée est coupé des repères que sont l'espace et le temps, ou bien avec des espoirs qui ne correspondent pas aux conditins positives de l'expérience historique vécue. Or l'évolution de la politique sous l'effet du développement de la technique et de la science, à la suite de l'apparition de l'arme atomique, a paradoxalement bouleversé cette démagogie en lui substituant une réflexion sur les possibilités d'une paix relative que l'utopisme des bons sentiments n'a pas été en mesure de prévoir." Il pense que, de toute manière, que l'efficacité d'un désarmement ne dépend pas "primordialement" des insitutions internationales, mais de la volonté politique agressive ou avisée des hommes au pouvoir.

 

          Claude DELMAS pense que également que c'est "en fonction de la constante historique qu'est la guerre que doivent être envisagés les efforts menés en faveur de la mise au point de procédures susceptibles de rompre cette continuité, c'est-à-dire les efforts menés en vue du désarmement." Celui-ci peut être juridiquement défini (via le Dictionnaire de la terminologie du droit international) comme le fait d'un ou plusieurs Etats supprimant leurs effectifs, matériels et préparatifs militaires pour ne conserver à leur disposition que des forces de police. Dans les négociations sur cet objet, on a fréquemment englobé dans ce terme la réduction et la limitation des armements. "Le but visé est ainsi désigné tantôt comme le désarmement, tantôt comme la limitation des armements". "Par ailleurs, on peut rapprocher démilitarisation et désarmement, la première étant une mesure de sûreté internationale consistant à interdire, plus ou moins complètement, la présence de forces et d'installations militaires sur un territoire déterminé, éventuellement à y prescrire la destruction des ouvrages militaires existants." De ces différentes définition, écrit de son côté Daniel COLARD, "il résulte que le concept de désarmement englobe à la fois la démilitarisation, la limitation, la réduction, la réglementation et le contrôle des armements. Certains spécialistes y ajoutent même les mesures de neutralisation."

Dans la conclusion de son texte sur Le désarmement, l'auteur écrit en 1979 que "on s'est parfois demandé si la course aux armements était la cause du conflit politique ou si, au contraire, le conflit politique était la cause de la course aux armements. Cette question ne semble pas comporter de réponse catégorique. La course aux armements résulte de la recherche de la sécurité par la force, elle symbolise la dialectique de l'hostilité en temps de paix, elle est la forme non belliqueuse de l'ascension aux extrêmes. Elle est donc susceptible, en certaines circonstances, d'intensifier l'hostilité dont elle est issue, d'aggraver l'insécurité que ressent chacun des rivaux. Chacun arme parce que l'autre arme, et nu l'un ni l'autre ne peut, de lui-même, mettre un terme à la progression : cette situation apparemment absurde pour qui refuse d'entrer dans la logique des acteurs, peut effectivement être créée moins par les soupçons que chacun nourrit à l'égard de l'autre que par les armes que celui-ci acquiert, moins par les intentions que chacun prête à son rival que par les moyens de destruction qu'il lui connaît. Telle est peut-être la conjoncture actuelle. Celle-ci n'est évidemment pas sans danger. La limitation quantitative des armements n'exclut pas la course à l'amélioration continuelle de leur qualité, et chaque effort de stabilisation se trouve ainsi dépassé par l'évolution technologique. Sans doute peut-on espérer une meilleure stabilisation de la dissuasion, mais on voit mal dans quelles conditions psychologiques et politiques, et par le jeu de quelles procédures, les diplomates ne parvenant pas à imposer leur volonté à la logique aveugle des techniques, et aucune organisation internationale n'étant en mesure d'imposer sa volonté aux Etats. Dans de telles conditions, et faute de pouvoir réaliser un véritable désarmement, même partiel, les SALT, synthèse des politiques d'armement et de désarmement, représentent peut-être la seule solution concevable, entre les illusions du désarmement et les dangers du surarmement. Cette situation n'est certes pas satisfaisante, mais il serait utopique de prétendre édifier un système fondé sur la confiance dans un monde dominé par la méfiance, de rechercher le désarmement total dans un monde, où aucune institution ne peut imposer la loi à la force. La précarité de l'arms control et des SALT n'est, en fin de compte, qu'une expression de l'instabilité du monde issu de la seconde guerre mondiale."

 

       Jean-Pierre COT et Pascal BONIFACE, alors que les notions de désarmement et de maitrise des armements "sont souvent utilisées indifféremment", indiquent qu'elles recouvrent des réalités ou des propositions différentes. "Ce sont deux concepts différents. Le désarmement peut se définir comme un processus résultant de toute mesure prise en vertu d'une obligation juridique entrainant une réduction  du niveau d'armement existant. Cela peut donc aller de la réduction d'un type d'armes déterminé à la destruction totale des arsenaux des Etats en passant par l'ensemble des étapes intermédiaires? Le désarmement peut être général ou complet, mais aussi partiel/et ou régional. L'arms control est une notion plus récente, conceptualisée au début des années 60 aux Etats-Unis d'Amérique. La maitrise des armements n'a pas pour seul but de limiter un niveau et une croissance d'un niveau d'armes, mais de maitriser la gestion des armes existantes."

"Contrairement au désarmement proprement dit, la maîtrise des armements n'est pas incompatible avec la continuation de la course aux armements. Elle suppose seulement une concertation international visant à contrôler cette course dans le sens d'un équilibre entre les puissances", précisent N Quoc DINH, A PELLET et P DAILLIER.

"il y a en fait deux façons de concevoir la maîtrise des armements. Elle peut être vue comme un pis-aller, un moindre mal : le désarmement véritable s'avérant impossible dans l'immédiat, autant limiter de la plus stricte façon possible la course aux armements. Mais la maîtrise des armements peut également être choisie pour ses mérites propres. Elle repose alors sur un postulat en vertu duquel, à l'âge nucléaire, l'opposition armement/désarmement est dépassée. L'arms control tend par des mesures partielles, portant sur différents aspects de l'armement, à diminuer les risques de conflits sans pour autant mettre en cause la contribution des armements à la sécurité de l'Etat.

 

           Hervé COUTEAU-BEGARIE, dans son Traité de stratégie, envisage la sécurité par le désarmement, faisant référence aux grands traités conclus, du Traité de Versailles de 1919 au Traité de Washington de 1987 sur les forces nucléaires intermédiaires. "La sécurité collective naissante s'identifie donc, peu ou prou, au désarmement qui cesse d'être une utopie pour devenir une stratégie (reprenant en cela une analyse de Julien FREUND). Les exigences de la défense s'en trouvent reléguées au seconde plan. C'est oublier que l'édifice reste intrinsèquement fragile, dès lors qu'il se construit sur l'effacement supposé de la puissance centrale (géographiquement), qui va vite revendiquer sa réinsertion dans le concert des nations, puis l'égalité des droits, et que les mécanismes d'arbitrage et de conciliation mis en place ne s'accompagnent pas d'un système automatique de sanctions. Le Pacte BRIAND-KELLOG repose essentiellement sur la force morale des l'opinion publique. Aux Britanniques et aux Américains protégés par leur situation insulaire, qui mettent en avant la paix par le droit ou par le désarmement, les Français répondent par la sécurité par la force, dès lors que seul le Rhin les sépare de la puissance allemande. A la sécurité collective s'oppose donc la sécurité nationale, laquelle met au premier plan les exigences de la défense."

 

            Les nouveaux mouvements de paix, né de la crise des euromissiles des années 1980, partout dans le monde, refusent à la fois la notion de sécurité collective tel que Hervé COUTEAU-BEGARIE la présente et les approches de Etats sur la paix et le désarmement. Contre la course aux armements, ils veulent, dans des modalités variables selon les pays et les sensibilités politiques, mettre en valeur une nouvelle manière d'aborder les questions de sécurité. Jean-Guy VAILLANCOURT et Ronald BABIN présentent en 1984 ces nouveaux mouvements de paix comme articulés entre eux sur au moins deux grandes idées :

- En plus d'être perçus comme un simple courant d'opinion ou une pression politique particulière pour augmenter une influence ou pour obtenir des avantages, les mouvements pour le désarmement et la paix sont vus comme étant l'expression d'une lutte contre la centralisation des pouvoirs renforcés par la menace nucléaire et contre la sclérose de la démocratie, le point extrême de la désapprobation collective.

- Le néo-pacifisme, comme ils l'appellent, est aussi indissociable d'un quotidien qui émerge comme lieu important de résistance. Le mouvement de paix est lié à une redéfinition des modes de vie qui se manifestent actuellement dans la culture occidentale.

Se mêlent dans le mouvement de paix des idées d'écologie politique, de résistance à la militarisation, d'un autre développement, d'autres manières d'envisager la défense.

    Ce qu'il faut sans doute retenir de son activité pour l'évolution du concept de désarmement, est que les acteurs en cause ne sont plus seulement des Etats mais des opinions publiques, ou plus précisément des citoyens qui refusent les logiques habituellement mises en oeuvre non seulement dans la course aux armements mais également dans le désarmement lui-même. Le refus de l'évolution, précisément, du désarmement à la maîtrise des armements, caractérise son "intrusion" dans les débats autrefois réservés aux stratèges et aux juristes. Il ne s'agit plus de penser le désarmement dans le contexte du rapport de forces inter-étatique, mais également d'un autre rapport de forces, entre populations civiles et Etats. Cela dans une évolution où les mass-médias, puis Internet d'une part, et les diverses mondialisations de type économiques d'autre part font concevoir la planète comme un tout. La notion de citoyen du monde avancée au début du XXème siècle par des militants du désarmement intégral et unilatéral se trouve brusquement dépassée, démultipliée par celle de citoyen de la planète entière, vue sous tous ses aspects, et pas seulement sous les aspects juridiques ou des droits de l'homme. Le concept de désarmement, désormais ne peut plus être pensé comme avant.

 

   Revue internationale d'action communautaire, 12/52, Automne 1984, Le mouvement pour le désarmement et la paix ; Hervé COUTEAU-BEGARIE, Traité de stratégie, Economica, 2002 ; Jean-Pierre COT et Pascal BONIFACE, Le contrôle de l'armement et le désarmement, dans Droit international, Bilan et perspectives, Editions A Pedone/UNESCO, 1991 ; Claude DELMAS, Le désarmement, PUF, collection Que sais-je?, 1979 ; Julien FREUND, Le concept de désarmement, dans Stratégique n°47, 1990, Le désarmement ; Jean-François GUILHAUDIS, Désarmement, Encyclopedia Universalis, 2004.

 

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Mercredi 8 décembre 2010 3 08 /12 /Déc /2010 15:04

                   La diversification et la conversion des industries d'armement constituent les deux voies principalement adoptées par des entreprises d'armement en difficulté, soit de par une volonté politique délibérée de réduction des dépenses militaires, soit le plus souvent, du fait de changements stratégiques ou militaires. 

 

                 La diversification implique un accroissement dans l'hétérogénéité des marchés  développés individuellement par les firmes militaires. Elle réduit l'importance du secteur militaire dans l'activité de l'entreprise, alors que la conversion conduit à l'élimination progressive du militaire. La diversification constitue en fait une adaptation au marché des armements des entreprises du secteur. Elle peut être réalisée par l'acquisition et/ou le désinvestissement, sans essai d'utilisation du capital et des actifs humains disponibles. Cependant, il y a peu d'entreprises capables de développer des technologies duales, non du fait de la nature de leur activité (électronique, informatique, systèmes de guidage par exemple), mais parce que les militaires fonctionnent souvent à la frontière de ce qui est possible (quitte à provoquer des maximisations des coûts), alors que le secteur civil se préoccupe d'abord du profit. Nous pouvons distinguer six politiques de diversification :

- la diversification du marché. Elle consiste à rechercher des débouchés civils à des produits militaires (par l'intermédiaire du marché de la sécurité au sens large) et favorise le développement de technologies duales, répondant à la fois aux besoins civils et militaires. Elle engendre une réorganisation, une spécialisation des maîtres d'oeuvre et une plus profonde intégration des sous-traitants dans le processus de production. Souvent, cette stratégie échoue, tant les coûts proposés s'avèrent élevés au regard des critères commerciaux. A moins d'être soutenue par l'Etat par des subventions plus ou moins déguisées. Certaines entreprises la pratiquent avec succès, comme la Sagem en France, parce qu'elle a su éviter la dispersion de ses ressources en sélectionnant quelques créneaux prometteurs, en s'assurant des débouchés et en multipliant les accords de partenariat de manière à limiter et à partager les coûts de développement. 

- la diversification géographique qui permet des relocalisations. Ainsi l'Aérospatiale a acquis des installations aux Etats-Unis afin d'accéder plus aisément aux contrats américains et de contourner une législation protectionniste. Cette stratégie n'est pas toujours efficace dans le casre d'un marché en baisse, surtout lorsque jouent encore les critères de préférence nationale.

- la diversification de portefeuille qui repose sur des opérations financières d'achats et de ventes d'entreprises. Les grandes firmes d'armement sont souvent contrôlés par de puissants conglomérats financiers. Cette diversification permet d'assurer la survie des grandes superstructures financières, mais elle n'offre aucune garantie de non fermeture des entreprises elles-mêmes. C'est ainsi qu'aux Etats-Unis, General Dynamics a été remarquée pour ses performances boursières, que certains experts ont attribués à l'habilité de ses dirigeants à dépecer une société, grâce à de savantes combinaisons comptables imaginatives.

- la diversification de la production. Elle s'adresse aux unités de production et se rapproche de la conversion. Elle recherche des solutions à l'emploi et à la stabilisation des économies locales.

- la réduction des activités de l'entreprise. Ce n'est pas une stratégie de protection sauf lorsque les activités restent militaires. Elle rend l'entreprise plus vulnérable à de nouvelles réductions des dépenses, érodant encore ses bases technologiques.

- la diversification externe qui conduit à l'acquisition ou à des accords stables et durables avec d'autres firmes. Très utilisée, elle permet la diversification par des alliances stratégiques entre les fournisseurs, les consommateurs et l'Etat. Cependant, cette action, souvent suscitée par l'Etat, peut n'être que temporaire ou limitée.

 

                      La conversion suppose de répondre à une question clé et préalable : veut-on maintenir, développer ou diminuer l'activité de l'entreprise, avec en toile de fond la volonté de préserver l'emploi? Il faut distinguer alors conversion et politiques d'ajustement ou politiques industrielles, qui s'attachent à la mise en valeur des capacités d'une communauté donnée. La conversion fait appel à la réutilisation d'une ancienne installation militaire (ce peut être une base militaire ou un outil de production) afin de la transformer de manière à lui donner des usages civils (centre d'éducation ou de santé ou atelier de production civile). Or, avec la domination de l'idéologie du "laissez faire" et la disparition de l'idée de planification (très sensible en France notamment), le processus de conversion s'individualise, se régionalise, alors même qu'il devrait constituer un enjeu national et même international faisant intervenir les différentes parties concernées. Idéalement, il est préférable de convertir les armes en faveur de biens socialement utiles, avec, aujourd'hui, une nouvelle préoccupation environnementale. Nous pouvons distinguer trois sortes de conversion :

- la conversion par commande de l'Etat dans un contexte planifié. Elle n'a pas démontré son efficacité en Russie. Cependant, les efforts publics engagés n'ont pas encore été à la hauteur des objectifs de conversion pour juger de leur opportunité globale.

- la conversion par diffusion qui est la règle des économies de marché. C'est aux entreprises individuelles de définir des stratégies de conversion, soit par une diversification planifiée, soit en renforçant les activités civiles.

- la conversion par la communauté (collectivité locale, syndicats, organisations et mouvements pour le désarmement...). Elle n'a pas toujours réussi à maintenir les travailleurs sur le site. Cependant, aux Etats-Unis, c'est bien au niveau des Etats (Californie, Massachusetts, Minnoseta, Missouri...) que nous trouvons les tentatives les plus sérieuses conjuguant les efforts de différentes institutions locales, pour amortir les effets des restructurations.

   Dans l'ensemble, les conversions les plus réussies ont été décidées par la direction des entreprises, tandis que les efforts des syndicats dans ce sens sont peu probants. Mais les résultats industriels de la conversion restent globalement décevants.

 

              L'appréciation de la réussite ou de l'échec de la diversification ou de la conversion reste délicate pour deux grandes raisons : d'abord les efforts dans ce sens depuis la fin de la guerre froide, pour prendre une période récente (en dehors des expériences post-première ou seconde guerre mondiale) sont encore récents et manquent de fermeté la plupart du temps ; ensuite, les études globales sur des diversifications ou des conversions manquent. Si dans les années 1980, des institutions nationales et internationales produisent des études argumentées et optimistes, actuellement la plupart des travaux portent sur des expériences nationales ou régionales. In pursuit of disarmament, de Inga THORSSON pour ce qui est de la Suède, donnait une vue globale et précise de ce peut apporter la conversion, tandis que les études américaines, russes et françaises se centrent, s'arc-boutent presque sur les évolutions de l'industrie nationale d'armement.(voir par exemple les études réunies par Les Etudes de la Documentation Française). Defense Conversion, d'Alex GREEN de l'Université de Floride et de victor CHERNYY du Bureau de reconversion de l'Ukraine, publié en 1996 fait figure d'exception. Résultat de trois conférences, organisées entre 1992 et 1994, réunissant divers spécialistes américains, russes et ukrainiens, mais malheureusement avec peu d'européens (au sens des pays de l'Union Européenne), désireux de tirer du processus de reconversion dans leurs pays, des leçons globales, le livre met en évidence des visions contrastées entre Russes, Américains et Ukrainiens. Ces contrastes trouvent leur source bien entendu dans des réalités bien différentes.

 Si le processus de reconversion est important pour l'industrie américaine, il est crucial pour l'économie et la stabilité des anciens pays de l'URSS. La reconversion dans ces pays-là a des effets directs sur la sécurité et l'environnement des pays voisins, et même au-delà. Les collaborateurs américains de cet ouvrage voient la reconversion de manière spécifique, et décrivent des projets précis de reconversion mis sur pied, souvent par des entreprises commerciales. Les Russes et les Ukrainiens examinent d'abord les ramifications de la guerre froide avant d'envisager les possibilités offerts par la reconversion, laquelle touche des industries entières, et est liée à des programmes de destruction d'armes massives (nucléaires et chimiques notamment). Si les Américains s'intéressent aux programmes d'assistance gouvernementale à la reconversion, les Russes et les Ukrainiens s'inquiètent de la fragilité économique de leurs sociétés. De manière générale, la reconversion en Russie et en Ukraine apparaït comme plus problématique qu'aux Etats-Unis. D'un autre côté, étant donné la centralisation qui orientait autrefois toute l'économie soviétique, on a l'impression que des industries entières peuvent être lancées - techniquement parlant - du jour au lendemain. 

Dans ces trois pays, la reconversion se résume de manière analogue à une lutte dans laquelle les hommes politiques et industriels préférant la voie de l'exportation par rapport à celle de la reconversion forment un noyau de résistance puissant face aux partisans de la reconversion des industries d'armement. Dans ces trois pays également, la production d'armements s'avère concentrée dans des régions bien démilitées et les bouleversements d'une conversion exigent des efforts particuliers.

 

           Richard PETRIS, La conversion des industries d'armement, Les armes d'une école de paix, Grenoble, 1993 ; Inga THORSSON, In pursuit of disarmament, Conversion from military to civil production in Sweden, 2 volumes, liber Allmanna Forlaget, 1985 ; Sous la direction de Roland de Penanros, Reconversion des industries d'armement, Crise, adaptation sectorielle et développement régional, Les Études de la Documentation Française, 1995 ; Alex GREEN et Victor CHERNYY, Defense Conversion,1996.

 

                                                    PAXUS

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Lundi 6 décembre 2010 1 06 /12 /Déc /2010 14:17

                        L'idée de reconversion est apparue au moment du boom économique des années 1950-1960 et se plaçait dans la perspective d'une plus grande efficacité du système économique, mais sans bouleversements structurels. sachant que la reconversion était techniquement possible - elle avait été expérimentée amplement pour l'industrie automobile après la première guerre mondiale - et conscientes des problèmes posés par l'existence des complexes militaro-industriels, des économistes comme Seymour MELMAN (University of Colombia) avaient avancé le principe de l'economic conversion. Pour l'école d'économistes libéraux comme l'auteur de L'économie de guerre permanente, le militarisme est malsain dans le système capitaliste, car il détourne des ressources énormes à des fins non productives. Aberration économique, facteur "anti-économique" par essence selon eux, le militarisme devait être évacué du capitalisme, moyennant l'adaptation de celui-ci.

Malgré ses limites, cette conception permit de franchir plusieurs pas importants aux Etats-Unis, notamment avec la création de l'OEA, les propositions de loi du sénateur Mc Govern en faveur de la reconversion, les prises de positions de certains syndicats, dont la puissante United automobile and Aerospace Workers et l'International Association of Machinistes.

            Pourtant, cette position parait difficile à soutenir, selon plusieurs auteurs radicaux, sans une critique radicale du système capitaliste. Elle reposerait sur une sorte de rêve : le capitalisme serait disposé à accepter une transformation radicale d'un outil industriel source d'énormes profits, qui lui permet, selon eux, en même temps de défendre les sources d'approvisionnement en énergie de par la monde, dont il tire une partie considérable de sa puissance et d'autres profits tout aussi considérables. D'ailleurs, une résistance farouche d'entreprises du complexe militaro-industriel américain montre que plutôt que d'opérer une reconversion pour percevoir "les dividendes de la paix", il met en avant la nécessaire disposition d'un potentiel prêt à fonctionner en cas de nouvelle guerre. C'est d'ailleurs ce qui s'est passé dans les années 1970, lors du processus de préparation à la guerre du VietNam

              L'idée de "Peace Reconversion" apparut dans les années 1970 et fut développée principalement par Paula GEISE, un militante du "New American Movement". Il ne s'agit plus de réorienter l'économie de guerre permanente - pour reprendre la phraséologie des mouvements pacifistes ou de paix - vers une économie civile, de transférer les capacités de production militaire vers des objectifs civils, mais d'opérer un transfert de pouvoir des élites dirigeantes vers les travailleurs. L'idée de transférer le pouvoir a été également développée en France par les recherches théoriques d'André GORZ, écrivain d'inspiration marxiste, qui insiste sur les finalités de la production. (Nos armes, la crise et le mal-développement).

                 Par la suite, de nombreuses institutions nationales et internationales ont repris à leur compte la notion de reconversion, suivant des fortunes assez diverses. Par exemple, juste après la guerre froide, le ministère de la défense français augmenta ses efforts dans le sens de la reconversion, suite aux baisses programmées du budget militaire, surtout sous l'angle du retour à la vie civile de professionnels de l'armement et de l'armée, à cause des dégonflements importants des effectifs. L'UNIDIR, organe de l'ONU multiplia les études et les propositions, appuyant de nombreux programmes de reconversion (Russie, Europe de l'Ouest). Tous ces efforts semblent marquer le pas depuis le début des années 2000, où l'on assiste au contraire à un accroissement de dépenses militaires et du commerce des armements.(UNIDIR, 2001).

 

                             On peut définir la reconversion, en reprenant les propos d'un syndicaliste français de l'armement (Jo DJEVELEKIAN), comme "la transformation des activités industrielles touchant aux armement en des activités civiles." Il constate tout d'abord que le transfert à l'inverse "s'effectue presque "naturellement" lorsqu'un pays entre en guerre : c'est la mobilisation industrielle". "Ce transfert industriel du civil vers le militaire s'effectue sous la pression des événements ; le peuple et les travailleurs ne trouvent rien à redire. Mais lorsque l'on examine la question du transfert du militaire vers le civil, le problème est bien évidemment différent. On se place dans une situation de non-guerre, dans un contexte socio-économique classique. Il faut examiner les conséquences sur l'emploi, quantitativement (compression des effectifs) et qualitativement (déqualification, sous-traitance, production accrue, etc)." Les syndicats français (CFDT, CGT), vu l'importance du complexe militaro-industriel dans leur pays, font preuve d'une grande prudence lorsqu'ils abordent la question de la reconversion, les uns préférant discuter de diversification des activités (réorientation de certaines capacités vers l'économie civile), les autres plus offensifs sans doute, mettent l'accent sur la faisabilité de la reconversion de pans entiers de l'économie militaire. Dans les deux cas, il importe que les travailleurs ne soient pas les perdants d'une restructuration économique, comme ils l'ont été avec les industries sidérurgiques. Toute reconversion qui s'effectue sans les travailleurs se réalise en fait contre eux.

                                         Cette prudence n'est pas du tout partagée par les composante du Peace Movement, comme Bruce BIRCHARD qui entendent placer le processus de reconversion sous une planification concertée et non pas aux mains des mêmes gouvernements et corps constitués qui gèrent l'économie de guerre. 

                                              A un niveau plus global, les institutions internationales comme l'ONU placent toute perspective de reconversion dans le cadre d'une réorientation du développement au niveau mondial. La lutte contre les dépenses militaires et les proliférations d'armements passent par la mise en place, au niveau gouvernemental et au niveau régional, de véritables plans de conversion à moyen et long terme. 

 

                             Richard PETRIE, faisant le point au début des années 1990 sur les reconversions, note 6 réponses des entreprises confrontées à la réduction des budgets militaires :

- le développement des exportations d'armes, même si c'est au prix d'un accroissement considérable de l'offre, à des prix très bas ;

- la restructuration, qui implique de réduire le volume de la production par la mise à pied des salariés, la vente ou la fermeture d'usines ;

- la spécialisation, qui conduit à resserrer l'éventail des produits fabriqués, à identifier des niches à l'abri des coupures budgétaires ou des créneaux à forts potentiel de profits. Cette démarche, utilisés par les petites et moyennes entreprises, ne va pas sans licenciement et fermetures de sites ;

- le développement de technologie génériques, susceptibles de donner lieu à des applications civiles. Il suppose la recherche d'une "dualité" civile des produits militaires, notamment en termes de coûts et de marché ;

- la diversification. Multiple (militaire-civil, militaire-militaire), cette approche a souvent abouti à des échecs. Elle n'en conserve pas moins un intérêt certain à moyen et long terme ;

- la conversion fondée sur le transfert d'activités du militaire vers le civil. Elle pose de nombreux problèmes culturels et économiques. En effet, ni le management, ni la recherche-développement, nu même les infrastructures ne correspondent aux impératifs commerciaux et technologique des produits civiles.

  Les deux processus qui nous intéressent ici, la diversification et la conversion, s'opèrent avec de grandes difficultés et de manière plus ou moins bien planifiée suivant les régions et les secteurs concernés.

 

     Richard PETRIE, la conversion des industries d'armement, Les Amis d'une école de paix à Grenoble, 1993 ; Bruce BIRCHARD, Qu'est-ce que la reconversion? dans Le droit au travail utile, Concertation Paix et Développement, 1980 ; Jo DJEVELEKIAN, Les travailleurs et la reconversion, dans Alternatives non violentes n°41, Eté 1981 ; Gilbert GIRONDEAU et Jean-Louis MAISONNEUVE, Nos armes, la crise et le mal-développement, 1985.

 

 

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Lundi 2 août 2010 1 02 /08 /Août /2010 10:05

                      Les pratiquants et les théoriciens de l'Education à la Paix et de l'Education à la Non-violence les définissent différemment mais mettent finalement l'accent sur les mêmes problématiques. Si pour l'Education à la paix, il s'agit plus de pratiquer une coopération constructive faisant appel aux capacités humaines opposée à une conception autoritaire et fondée sur l'obéissance, de pratiquer une éducation pacifique en quelque sorte, pour l'Education à la non-violence, il s'agit plus de pratiquer une éducation gérant les conflits d'une manière non-violente, opposée à une conception coercitive et fondée sur la menace d'utilisation de la violence. Du côté de l'éducation à la paix, il s'agit plus souvent d'une éducation fonde sur des principes pacifiques plus que d'enseignement des conditions de la paix. Du côté de l'éducation à la non-violence, il s'agit plus souvent d'une éducation fondée sur des principes non-violents plus que d'enseignement des aspects de la non-violence. D'une manière générale, les théorisations effectuées des pratiques ou les théories elles-mêmes rejoignent les mêmes préoccupations, créer les conditions d'un monde pacifique. Seulement, et les partisans de l'Education à la Non-violence insistent là-dessus, il est nécessaire de partir d'une analyse des conditions globales de l'existence de la violence dans la société.

 

                    Eduquer de manière non-violente, éduquer à la non-violence, c'est surtout s'efforcer de gérer le conflit. Que ce soit en milieu scolaire ou dans le monde du travail, il ne s'agit pas de faire disparaître ou prétendre faire disparaître le conflit, il s'agit de le transformer en une solution de coopération. A travers des activités communes, dès l'école maternelle, et même en crèche, les enseignants et les éducateurs veulent trouver les moyens de développer les attitudes, les comportements constructifs entre personnes. C'est surtout le conflit inter-personnel qui retient leur attention, même si par ailleurs les mêmes enseignants et éducateurs, ou d'autres, réfléchissent à des modalités de gestion des conflits à une échelle beaucoup plus large, dans les opérations de maintien de la paix via des organisations internationales, pour prendre un exemple très précis. Mettre dans tous les cas hors-jeu la violence dans les relations interindividuelles, c'est l'objectif que l'on retrouve exprimé dans de nombreux ouvrages et de nombreuses brochures diffusées par la mouvance non-violente. Parmi les moyens proposés figurent la médiation, dans de nombreux cadres institutionnels : médiation scolaire ou médiation face aux violences urbaines. 

 

                Dans une contribution à un Colloque sur Violence et Education, Jean-marie MULLER résume bien cette conception : "Pour tuer les germes des idéologies qui légitiment et honorent la violence, il faut s'efforcer d'irriguer toute la société par une "culture de la non-violence" et la culture commence par l'éducation. Celle-ci joue un rôle déterminant dans l'initiation de l'enfant à un citoyenneté responsable. Malheureusement, ce n'est pas la citoyenneté politique qui se trouve à l'horizon de la visée du système éducatif dominant mis en oeuvre, mais la compétitivité économique. Dans la conception même du système éducatif, la connaissance se trouve non seulement supplantée; mais pratiquement évacuée par le savoir technologique. L'objectif recherché est de permettre aux jeunes d'arriver sur le marché du travail avec la qualification technique requise pour avoir les meilleures chances de trouver un emploi. Mais l'éducation ne saurait réduire son rôle à cette fonction, sous peine de trahir sa mission. L'école doit être avant tout une école de civisme. Une véritable éducation civique des enfants doit s'efforcer de favoriser l'autonomie plutôt que la soumission, l'esprit critique plutôt que l'obéissance passive, la responsabilité plutôt que la discipline, la coopération plutôt que la compétition, la solidarité plutôt que la rivalité."  L'auteur pense qu'il s'agit bien, "en définitive, d'éduquer les enfants à la non-violence, mais pour cela, la première condition est que l'éducation s'inspire elle-même des principes, des règles et des méthodes de la non-violence : l'éducation à la non-violence commence par la non-violence de l'éducation. Certes, une éducation non-violente n'implique pas l'effacement de toute autorité de l'adulte. Pour structurer sa personnalité, l'enfant a besoin de se heurter à cette autorité, mais il est dans la nature même de l'autorité du bon pédagogue de s'exercer par la non-violence. (...). Les éducateurs doivent eux-mêmes apprendre à donner des "leçons de choses" à partir des inévitables conflits qui opposent les enfants entre eux, afin de leur faire découvrir que ces moments d'opposition aux autres doivent s'intégrer dans le processus du développement de leur personnalité."

L'auteur reprend le propos d'Eric PRAIRAT, exprimé dans un dossier de Non-violence Actualité de 1988 (Pour une éducation non-violente) : "Si l'on admet que le conflit n'est pas la violence, mais que celle-ci n'est qu'une issue, qu'un épilogue possible, alors, entre les conflits et la violence, se dessine une plage privilégiée pour l'éducateur, non pour mettre en oeuvre une stratégie d'occultation et de dissimulation, cela s'entend, mais pour apprendre aux enfants, ou plutôt avec eux, à vivre et à résoudre de façon positive les inévitables affrontements qui irriguent toute vie sociale."

"Initier les enfants à la citoyenneté, écrit encore Jean-Marie MULLER, c'est leur apprendre le bon usage de la loi en leur faisant comprendre que l'obéissance demandée aux citoyens n'est pas la soumission passive et inconditionnelle à l'ordre d'un supérieur hiérarchique, mais l'adhésion réfléchie et consentie à une règle dont ils reconnaissent eux)mêmes le bien-fondé. Ce doit être une dimension essentielle de la pédagogie de faire participer les enfants à l'établissement des règles communautaires auxquelles ils devront eux-mêmes se conformer, en leur faisant expérimenter qu'elles sont nécessaires pour qu'ils puissent vivre ensemble dans le respect de tous et de chacun. (...) L'école sera le lieu privilégié où l'on détruit les préjugés discriminatoires à l'encontre des "autres", de ceux qui appartiennent à une autre race (sic), à un autre peuple, à une autre religion. C'est donc une exigence essentielle de la pédagogie de désarmer le regard des enfants envers les "autres", et, tout particulièrement, envers ceux dont l'identité sociale est marquée par une différence. Il s'agit d'éduquer leur regard afin qu'ils se départissent de toute hostilité envers les "autres-qui-sont-différents" et qu'ils apprennent à leur égard la bienveillance sans perdre pour autant, la faculté de jugement critique à l'encontre de ce qui peut être critiquable dans leur comportement."

 

          Jean-Marie MULLER, contribution Vers une culture de la non-violence, dans Violence et Education : de la méconnaissance à l'action éclairée, Actes du Colloque de Saint-Denis, ouvrage collectif présenté par Marie-Louise MARTINEZ et José SEKNADJE-ASKENAZI, L'Harmattan, Collection Crise et Anthhrologie de la relation, 2001 ; Jeanne GERBER, Pour une éducation non-violente, Activités pour éduquer les 8/12 ans à la paix et à la transformation des conflits, Chronique Sociale/Evo ; Sous la direction de Bernadette BAYADA, d'Anne-Catherine BIZOT, de Guy BOUBAULT et de Georges GAGNAIRE, Conflit, mettre hors-jeu la violence, Chronique sociale ; Sous la direction de Bernadette BAYADA et de Guy BOUBAULT, Pratiques d'éducation non-violente, Nouveaux apprentissages pour mettre la violence hors-jeu, Charles Leopold-Mayer, Non-violence Actualité.

 

                                                                                                                         PAXUS

 

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Jeudi 29 juillet 2010 4 29 /07 /Juil /2010 16:50

                         Si l'Education à la Paix en tant que discipline à part entière, acquiert peu à peu toute sa place dans le domaine des sciences sociales, son existence et son évolution reste très incertaine suivant les contextes socio-politiques. Ses origines lointaines peuvent se situer au début du XXème siècle, aux alentours de la Première Guerre Mondiale, où la question de la paix revêt une substance dramatique : un certain nombre de pédagogies voient le jour, telle la pédagogie Montessori, celle de Célestin FREINET, dans la mouvance du mouvement coopératif...

Mais la perception de la nécessité d'une éducation à la paix, spécifiquement, demeure très récente, et émerge dans les années 1960 à 1980, dans les milieux qui précisément s'intéressent de près à la construction de ce qu'on appelle aujourd'hui une culture de la paix. C'est principalement dans le milieu enseignant, mais pas seulement, que cette préoccupation se précise et plusieurs colloques sur l'Education à la Paix dans les années 1980, entre autres sous l'égide de la Ligue de l'Enseignement en France, en témoignent. Le directeur de l'UNESCO d'alors, Amadou-Mahtar M'BOW estime que "l'éducation à la paix concerne la jeunesse, plus que tout autre classe d'âge, sans doute - puisqu'elle est la première victime désignée de la guerre et la première bénéficiaire de la paix. La jeunesse, est paradoxalement, perméable aux conditionnements psychologiques et aux préjugés de nationalité, de race ou de couleur que certains sont tentés de lui inculquer ; en même temps qu'elle est réceptive aux idéaux d'égalité, de justice, de solidarité, sur lesquels se fonde toute action en profondeur pour la paix et la compréhension internationale. D'où l'importance d'une éducation à la paix qui s'adresse spécifiquement aux jeunes, et qui, loin de commencer ou de s'arrêter au seuil de l'école, s'élargit au contraire, à toutes les instances sociales par où passe l'éducation au sens le plus large du terme."(1986).

 

            Alors que le mouvement éducatif en faveur des méthodes coopératives est devenu largement minoritaires, que la conception d'une classe coopérative a laissé la place à une pédagogie institutionnelle qui place de fait les élèves en compétition et en dépendance totale vis-à-vis du maître ou du professeur, la plupart des enseignants favorables à un enseignement de la paix, à la fois contenu et méthode, présentent la coopération entre eux et leur autonomie comme une des conditions nécessaires à son succès. Il existe une véritable contradiction à tenter d'introduire dans le système scolaire des méthodes coopératives. il existe une véritable révolution à opérer de l'intérieur de ce système - et les volontaires pour le faire aujourd'hui ne manquent pas - un système qui s'est enraciné dans l'organisation du travail scolaire sur le modèle de la caserne, pour ne pas dire du couvent. De plus, les systèmes scolaires en Europe furent réellement mis en place au moment des affirmations nationales, voire nationalistes, souvent empreintes d'idées agressives, voire guerrières. En cela, la généralisation - la démocratisation - de l'enseignement (obligatoire et gratuit...)  ne faisait que reproduire en masse ce qui existait déjà de manière très lointaine dans les classes dirigeantes, une éducation qui donnait une grande place dans la préparation de la guerre.

  Si en France, la véritable révolution culturelle de mai 1968 ne finit pas de produire ses effets, malgré les résistances que certains qualifieraient d'arrière-garde de la part d'une fraction très importante des cadres enseignants, mettant en cause de manière de plus en plus générale l'autorité de savoirs transmis verticalement, il n'en est pas de même dans toute l'Europe et encore moins aux Etats-Unis ou dans certains autres pays.

      Les sympathies grandissantes et très récentes des pouvoirs publics en faveur de l'éducation à la paix, qui se manifestent par des débats sur les politiques éducatives dans les Parlements (Assemblée Nationale, Sénat, 2005, France...) proviennent en partie de leur appréhension et de celle d'une partie des populations face à la montée de ce qu'on appelle communément (et sans doute de manière confuse) la violence scolaire. La nécessité de répondre à un certain climat dégradé dans de nombreux établissements aux Etats-Unis comme en France induit la mise en place de politiques contre les violences scolaires qui trouvent vite leurs limites si elles se résument à des mesures répressives ou de contrôle. En France, pour prendre un exemple, la mise en place de conseils de coopération entre les élèves et les professeurs, est supposée prévenir et guérir un certain malaise persistant. Les efforts fournis ne sont pas négligeables pour parvenir à instaurer un climat serein, mais ils se heurtent vite à la réalité d'un système qui semble être là surtout pour perpétuer les compétitions et les inégalités sociales.

 

          De manière générale, les "militants" pour l'Education à la Paix sont extrêmement conscients des obstacles qui se dressent contre la mise en place véritable d'une éducation à la paix à l'école. Ainsi, Eveline CHARMEUX, formateur à l'IUFM, insiste sur le fait que "toute violence est réponse à une autre violence reçue ou perçue comme telle. La violence des adultes d'aujourd'hui est de toute évidence réponse à des violences dont l'éducation - certes involontairement, mais ça ne change pas grand chose! - est responsable. La raison en est que nos principes d'éducation se trouvent depuis toujours coincés entre deux directions contradictoires :

- celle qui vise l'épanouissement de la personnalités de chaque individu et s'efforce de protéger celle-ci de toute influence extérieure, en vue d'une prétendue liberté - au nom de laquelle, on le sait, bien des crimes ont été commis!,

- et celle qui cherche, par la soumission, à adapter l'individu à des normes sociale posées à l'avance, au nom de prétendues valeurs, que symbolisent contraintes et efforts."

  Pourtant, "éduquer, ce n'est pas choisir entre ces deux directions, c'est apprendre à résoudre dialectiquement la contradiction. Ce n'est pas davantage former l'enfant (...) c'est l'équiper, par l'exploitation des deux tendances, dialectiquement associées, pour qu'il se construise lui-même, en toute lucidité, sa forme, sa vie, sa personnalité dont il a appris à ne pas être dupe, et son insertion dans un société, dont il est, de surcroît, capable d'analyser le fonctionnement pour éventuellement le modifier." Eveline CHARMEUX insiste également sur la contradiction entre des discours généreux sur la paix et les pratiques, pédagogiques entre autres, des enseignants en particulier, des adultes en général. Elle ne fait que reprendre par ce discours celui très général de l'éducation populaire dont Célestin FREINET (1896-1966) et Maria MONTESSORI (1870-1952) furent les promoteurs. C'est d'ailleurs, en quelque sorte, par l'intermédiaire de cette idée qui gagne du terrain, l'Education à la Paix, que ses principes reviennent dans le débat public. 

 

        L'éducation à la paix rappellent souvent les membres des différentes institutions ou organisations qui s'attachent à la faire progresser ne constitue pas une matière supplémentaire à placer dans les disciplines enseignées à l'école, au même titre que les mathématiques ou l'histoire. Elle est surtout une méthode qui, pour produire les résultats qu'ils en attendent, qui imprègnent à la fois tout l'enseignement et la manière dont il est transmis. A ce titre, il ne suffira pas de temps libres ou de cours de moral civique pour la faire progresser. C'est sans doute l'ensemble du système scolaire qui doit être refondu en fonction des nouveaux objectifs. Cette position radicale n'empêche pas, dans le cadre du système tel qu'il est, de nombreux enseignants d'effectuer un travail, souvent discret, pour la promotion d'une culture de paix, à travers de multiples méthodes, tels que l'organisation de jeux entre enfants, jeux coopératifs parfois avec l'aide de certains matériels adaptés, ou d'activités "libres" qui ouvrent les enfants aux réalités du monde qui les entourent. 

     Ce qui motivent beaucoup d'enseignants, à défaut d'être l'objet de programmes ou de doctrine officielles, c'est ouvrir les esprits des enfants aux possibilités de résoudre ou de vivre les conflits autrement que dans l'agression ou la violence, par la pratique de la médiation par exemple.

 

   Actes du  Colloque L'éducation à la paix, octobre 1986, Ligue Internationale de l'enseignement, de l'éducation et de la culture populaire, Ligue française de l'enseignement et de l'éducation permanente, Jeunes pour une action démocratique en Europe ;  Eveline CHARMEUX, L'éducation à la paix, est-ce l'affaire de l'Ecole?, 2006 ; Répertoire sur l'éducation à la paix, Ligue internationale de l'enseignement, de l'éducation et de la culture populaire, Ligue française de l'enseignement et de l'éducation permanente, Collectif Education à la paix, 1988 ; Non-violence Actualités, Spécial Guide de ressources sur la gestion non-violente des conflits, n°294 - Septembre-octobre 2007.

Des renseignements utiles peuvent être trouvés sur le site officiel du Ministère de l'Education.

 

                                                                                                                                            PAXUS

Par GIL - Publié dans : PAIX EN MOUVEMENT
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Vendredi 23 juillet 2010 5 23 /07 /Juil /2010 14:15

              Education à la paix constitue une expression relativement récente, née dans le sillage des préoccupations portées par de nombreux mouvements de paix et quelques chercheurs en matière de paix, de désarmement, voire d'alternatives de défense. Les différents discours sur l'éducation à la paix se caractérisent souvent par une pluralité, parfois non explicitée, sur les objectifs, les moyens et les thèmes abordés.

Derrière cette expression générique existe soit un projet éducatif visant la paix, soit une recherche pédagogique sur les processus de paix, soit un message sur une ou des conceptions de la paix, soit encore une mise en évidence des relations entre paix, justice, développement, désarmement, Droits de l'homme...dans un sens global, soit encore une activité visant à promouvoir des relations entre les personnes non basées sur des expressions agressives (et guerrières, mais cela va de soi, dans notre civilisation en tout cas...), et ce au niveau de l'enfance, de l'adolescence ou de l'adulte, et ce dans les milieux scolaire, de travail, de bureau, ou même "dans la rue"..., soit encore une activité visant à promouvoir la paix entre populations aux relations "difficiles"...soit encore tout cela à la fois!  Cette énumération n'exclut pas bien entendu l'existence de différentes approches pour obtenir ces objectifs, approches qui s'expriment d'ailleurs de manière très large et jusqu'au niveau international, puisque l'UNESCO inclu dans ses activités, précisément, l'éducation à la paix. Les mouvances non-violentes en particulier sont assez souvent orientées autour de l'éducation à la paix, et plus précisément, l'éducation non-violente, ou à la non-violence, ou encore pour la non-violence. On le voit, en poursuivant, se multiplient vite les pistes... Education à la paix, éducation pour la paix, éducation pacifique...

          L'impression d'un concept non encore bien défini se vérifie à la lecture de contributions regroupées sous le titre  Peut-on éduquer à la paix? (L'Harmattan, 2009). Outre des textes qui discutent beaucoup plus de l'idée de paix que de l'idée d'éducation à la paix (celui de Jacques ANNEBEAU, par exemple, Principes historiques de l'éducation à la paix), sont considérés des domaines aussi divers que les relations entre éducation à la paix et albums pour la jeunesse, la question de la formation militaire, la question de la légitimité de la force armée, l'apport de l'analyse transactionnelle, de la musique et de la littérature, sans compter la diplomatie, le dialogue interreligieux ou la réinsertion des anciens belligérants. 

 

            Johan GALTUNG, alors directeur de l'Université des Nations Unies à Genève, écrit en 1982, pose d'ailleurs la question, vu le foisonnement d'initiatives sous cette expression, du contenu de l'éducation à la paix. "Il est grand temps de prendre au sérieux l'éducation à la paix. En fait, ceci ne constituerait qu'une partie d'une perspective plus large dans laquelle la recherche pour la paix, l'action pour la paix et l'éducation à la paix se compléteraient et s'intégreraient à l'intérieur d'un ensemble naturel unifié. Il est évident qu'il n'y a pas de domaines lus intimement liés que ceux-là. Imaginons par exemple, comme thème de recherche pour la paix, le thème très important de la recherche sur l'action pour la paix dans le passé et dans le présent : comment l'esclavage a été aboli, comment les révolutions socialistes ont amélioré les conditions matérielles des masses, comment les mouvement d'opposition à la colonisation ont pris naissance et ont fini par avoir un certain succès (quoique limité), comment la mobilisation contre la violence structurelle en général est possible. On peut imaginer des programmes de recherche sur l'éducation à la paix non seulement à partir des images que les gens s'en font, mais aussi à propos de la question de savoir comment et pourquoi ces images changent, que ce soit avec ou sans action pour la paix. 

Mais quel est en fait le message à transmettre? Ce message sera étroitement lié à l'idée qu'on se fait de la recherche pour la paix et ne pourra être convainquant que si l'on maintient une unité de vues entre la recherche, l'éducation et l'action pour la paix."

Ensuite, l'auteur indique cinq étapes dans tout projet de recherche pour la paix, qui peuvent faire débat : analyse, définition des objectifs, critique, formulation, action. L'analyse, selon lui, doit être dynamique, orientée vers l'avenir à partir d'un présent bien cerné, pour ce qui des facteurs jugés essentiels (appareil de guerre, justice, liberté...). L'optique de Johan GALTUNG est essentiellement celle du chercheur en sciences sociales. Il tente de cerner un "programme" d'éducation à la paix". La définition des objectifs distingue obligatoirement l'éducation à la paix de l'éducation sur la physique ou sur la géographie. Il ne s'agit pas de connaissance pure. Il y a derrière la volonté d'établir un programme d'éducation à la paix l'objectif d'atteindre quelque part une utopie, et au moins d'atteindre un monde meilleur. Précisément partir du monde réel à un monde souhaité exige l'utilisation de modes d'action particuliers qui imbrique la participation de ceux qui ont l'intention d'élaborer et de mettre en pratique un programme d'éducation à la paix à des acteurs qui... n'ont pas forcément en vue cet objectif. Il y a dans "cette" affaire" la question de certaines compétences liées à des corpus de connaissances bien précis. Dans l'approche que cet auteur propose, il y a bien les deux aspects d'une problématique sur l'éducation à la paix que l'on rencontre souvent : l'aspect connaissance et l'aspect pratique. Il s'agit non pas simplement d'analyser, mais aussi et surtout sans doute d'agir.

            L'éducation à la paix passe par un processus de conscientisation (qu'elle n'est pas là et pourquoi!) qui la rapproche de la problématique des pédagogies de libération élaborée en Amérique Latine par de nombreux théologiens (considérés ensuite comme dissidents par les Eglises officielles) et enseignants. Nous ne pouvons que rejoindre la remarque que Johan GULTUNG sur le fait qu'il ne faut pas exagéré le rôle de l'éducation à la paix, comme constitutif et générateur d'une situation de paix. Finalement, nombreuses sont les pratiques qui précèdent les théorisations. 

 

             De très nombreux textes circulent dans le monde sur l'éducation à la paix, et le mouvement s'accélère avec la Décennie d'une culture de non-violence et de paix décidée par l'ONU (et organisée sous l'égide de l'UNESCO) de 2001 à 2010. Il s'agit d'un programme d'actions à travers le monde de promotion d'une culture de paix dans huit champs d'action :

- renforcer une culture de paix par l'éducation ;

- promouvoir le développement économique et social durable ;

- promouvoir le respect de tous les droits de l'homme ;

- assurer l'égalité entre les femmes et les hommes ;

- favoriser la participation démocratique ;

- développer la compréhension, la tolérance et la solidarité ;

- soutenir la communication participative et la libre circulation de l'information et des connaissances ;

- promouvoir la paix et la sécurité internationales.

     De multiples manifestes circulent pendant cette dizaine d'années et sans doute après (Manifeste 2000, Charte éthique...) qui tournent autour de ces huit champs d'action. La Charte éthique de la coordination française, qui regroupe de très nombreuses organisations à cette occasion, affirme la nécessité de passer d'une culture de la violence à une culture de non-violence et de paix (voir le site de l'UNESCO). Particulièrement actifs dans cette coordination les mouvements de paix et les mouvements non-violents prolongent dans ce programme d'action une activité déjà ancienne en faveur de l'Education à la Paix. notons simplement ici les associations Mouvement pour le Désarmement, la Paix et la Liberté, Résistance Internationale des femmes à la Guerre, Ecole instrument de paix, Mouvement pour une Alternative Non-violente. La revue Non-violence Actualité effectue un travail militant particulièrement actif dans le domaine de l'Education à la non-violence, en milieu scolaire par exemple.

 

          Il existe dans de nombreux ministères de l'Education, en Europe et en Amérique du Nord, qui font de l'Education à la Paix un axe de leurs actions dans les établissements scolaires, mais aussi au-delà. Il existe depuis une vingtaine d'années déjà une forte institutionnalisation autour de cette préoccupation, même si les approches pédagogiques restent très diverses, de même que les objectifs socio-politiques d'ailleurs.

 

          Pour clarifier dans un premier temps, il convient sans doute de discerner plusieurs domaines où différents acteurs sociaux agissent au nom de l'Education à la Paix :

 - L'enseignement des conditions de la paix. Il s'agit là de programmes, d'histoire notamment, mettant en relief les conditions d'établissement de la paix, entendue parfois comme la conquête de libertés publiques et de la justice politique, économique ou sociale.

  - L'apprentissage de la vie en collective avec une manière pacifique de résoudre les conflits (souvent qualifiée de non-violente) en milieu scolaire ou péri-scolaire, en direction des enfants et des adolescents. Certains veulent confondre cela avec le retour des cours de morale ou de morale civique et il y a sans doute de cela dans les programmes officiels des ministères de l'Education. Mais, de manière plus diffuse et sans doute en marge des programmes officiels, parfois dans le cadre des heures "libres" laissées à l'initiative des enseignants, de multiples initiatives fleurissent, notamment par l'intermédiaire de l'organisation de jeux.

   - La pédagogie de la paix qui se rapproche de la pédagogie populaire promue par une partie des institutions scolaires (syndicats, mouvements d'éducation populaire) dans les pays d'Europe et d'Amérique du Nord, ou qui se rapproche de manière plus offensive de la pédagogie de la libération dans des pays où l'oppression économique revêt des dimensions particulièrement violentes. 

   - Dans des zones de guerre ou de crise constante comme en Palestine, de multiples initiatives prenant la dénomination d'Education à la paix, entendent rapprocher des populations de part et d'autre de frontières plus ou moins bien définies.

   Cette liste n'est pas limitative et se veut simplement une introduction à un certain nombre d'articles sur l'une ou l'autre de ces acceptions.

 

      Johan GALTUNG, Quel est le contenu de l'éducation à la paix?, dans Education à la paix, Textes fondamentaux pour l'éducation et l'action, Critères pour l'action, Université de paix de Namur, 1982, sous la direction de Nicole BERNARD et de Danielle Le BRICQUIR, La colombe et l'encrier, Pour une pédagogie de la paix, Syros, collection contre-poisons, 1983 ; Revue Non-violence Actualité, BP 241 F, 45202 MONTARGIS CEDEX (Site nonviolence-actualite.org) ; Sites de l'UNESCO et de la Décennie d'une culture de non-violence et de paix (www.decennie.org) ; Sous la direction de Anne GUIBERT-LASSALE et Denis LEMAITRE, Peut-on éduquer à la paix? , LHarmattan, 2009. 

 

 

                                                                                                                                                  PAXUS

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Vendredi 21 mai 2010 5 21 /05 /Mai /2010 15:08

            Dans la période trouble des Royaumes Combattants de la Chine antique, entre 479 et 372 av JC, les partisans de Mozi (Maître Mo) élaborent une philosophie qui s'oppose directement au confucianisme sur beaucoup de points, tout en y puisant ses sources d'inspiration. On trouve dans la littérature consacrée au Mozi et dans le texte lui-même, dont on fait porter le même nom, des éléments qui montrent une préoccupation importante sur les méthodes à mettre en oeuvre afin de remédier aux misères causées par l'existence dans toutes cette période de multiples guerres. 

            Selon Léon VANDERMEERSCH, le moïsme est la seule des Cent Ecoles de l'âge d'or philosophique chinois "qui ait donné naissance à une véritable pensée scientifique" en ce sens que la logique moïste privilégie la relation de causalité. "Le tout premier article du Canon du Mozi est consacré à la raison causale (gu) définie comme "ce qu'il faut obtenir pour qu'une conséquence devienne.""

Le moïsme est aussi la seule philosophie de la Chine ancienne qui ait cherché à se donner une base théologique. "Le recueil des textes attribués à Mozi comportait en effet originellement trois chapitres critiquant la conception confucéenne d'un déterminisme cosmique impersonnel, trois chapitres consacrés à la défense d'une conception très personnaliste de la volonté du Ciel et trois chapitres consacrés à démontrer le caractère surnaturel - la transcendance - des esprits".

Anne CHENG indique de son côté que la dernière partie du Mozi est "consacrée à des techniques militaires comme la défense des cités, destinés à étayer les convictions pacifistes de l'école (Robin YATES). Apprenant que le fameux charpentier Gongshu Pan était en train de construire des "échelles à nuages" (servant à escalader les remparts d'une ville assiégée) pour le compte du grand royaume de Chu dans le but d'attaquer le petit pays de Song, Mozi, qui se trouvait à l'autre bout de la Chine d'alors, se serait mis en route sur-le-champ et aurait marché dis jours et dix nuits jusqu'à la capitale de Chu pour persuader le roi de renoncer à campagne de conquête. On sait d'autre part que se constitua autour de Maitre Mo un groupe de disciples formés aux techniques de défense et organisés dans des expéditions d'intervention antimilitariste.

L'éthique moïste aurait ainsi des éléments communs avec celle des "chevaliers errants" redresseurs de torts."

           Présentant des oeuvres choisies du Mozi, Patrick de Laubier, professeur honoraire de l'Université de Genève n'hésite pas à faire de Mozi, "le penseur le plus capable de constituer un point entre la pensée chinoise et la philosophie grecque. la surprenante variété des réactions qu'il a suscitées manifeste le statut inclassable d'une oeuvre capable de provoquer l'hostilité du courant confucéen dominant, la sympathie des savants missionnaires chrétiens pour son monothéisme par contraste avec l'agnoticisme des disciples de Confucius, l'intérêt de Sun Yat-Sen (1866-1925) voyant en lui un inspirateur de la démocratie et l'attitude positive des communistes qui retenaient, avant la révolution, sa contestation de l'ordre établi et lui attribuaient une origine familiale dans les milieux d'artisans." 

 

             Le combat de Mozi, combiné à sa critique de la société féodale basée sur la transmission héréditaire des charges et des pouvoirs, serait-il celui d'un Artisan de paix? 

En tout cas, cette préoccupation est cohérente avec la conception de l'amour universel qu'il développe, cohérence renforcée avec une rationalité que l'on ne trouve pas dans la majeure partie du confucianisme. Dans le Mozi, l'on trouve des phrases édifiantes sur cette conception de l'amour : "Il faut donc considérer l'état des autres comme le sien, la maison des autres comme la sienne, la personne d'autrui comme soi-même. Quand les seigneurs féodaux s'aiment les uns les autres, il n'y a plus de guerres ; quand les chefs de maison s'aiment les uns les autres, il n'y a plus d'usurpations réciproques, quand les individus s'aiment les uns avec les autres, le fort n'abuse pas du faible, le grand nombre n'opprime pas le petit nombre, le riche ne se moque pas du pauvre, le grand ne méprise pas le humble et le rusé ne trompe pas l'ingénu."

Dans le Mozi,  tout un livre, le livre 5, est consacré à la Condamnation de la guerre offensive, et constitue un grand témoignage de cette période des Royaumes Combattants. Nous pouvons y lire par exemple : "Dès lors que les armées sont conçues pour la destruction réciproque, c'est évident : si le général n'est pas courageux, si les soldats ne sont pas braves, si les armes ne sont pas acérées, si les manoeuvres ne sont pas fréquentes, si les forces ne sont pas nombreuses, si les généraux ne sont pas en bons termes, si le pouvoir n'est pas imposant, si un siège n'est pas soutenu, si un assaut n'est pas rapide, si le peuple n'est pas fortement solidaire, si la détermination n'est pas ferme - s'il en est ainsi, les autres seigneurs féodaux s'en douteront. Quand les seigneurs féodaux seront soupçonneux, les ennemis s'agiteront et causeront de l'inquiétude et la morale s'affaiblira. Si en revanche tous les préparatifs sont en bon ordre et que l'état parte en guerre, l'état perdra ses hommes et le peuple négligera ses métiers. Ne savons-nous pas qu'on dit que, quand un état en guerre se met en campagne, il doit y avoir plusieurs centaines d'officiers, il doit y avoir plusieurs dizaines de milliers de de soldats et de prisonniers avant que l'armée puisse se mettre en branle? Cela peut durer plusieurs années, ou, au moins, plusieurs mois. Le supérieur n'aura alors pas le temps de s'occuper du gouvernement, les dignitaires n'auront pas le temps de remplir leurs charges, les paysans n'auront pas le temps de semer ni de moissonner, les femmes n'auront pas le temps de tisser ni de filer ; c'est-à-dire que l'état perdra ses hommes et que le peuple négligera ses métiers. De plus, les chars se briseront et les chevaux s'épuiseront. De même pour les tentes, les fournitures de l'armée et l'équipement des soldats : s'il pouvait en revenir un cinquième, ce serait déjà au-delà de toute espérance. En outre, d'innombrables hommes seront manquants ou perdus le long de la route, tomberont malades à cause de la faiblesse des rations, de la faim et du froid, et mourront dans les fossés. C'est donc une effroyable calamité pour le peuple et pour le monde. Pourtant les souverains aiment à s'y livrer. Ce qui veut dire qu'ils aiment faire du tort au peuple et l'exterminer : n'est-ce pas de la perversité?"

        Pour qu'une société fonctionne sur le grand principe d'amour universel que prône le Mozi, il est indispensable que du sommet au bas de la pyramide sociale existe une discipline et un esprit d'obéissance, afin que le fils du Ciel (l'empereur) assure la stabilité et la justice, le bonheur de tous et les bienfaits de la paix. Mozi fait tout-à-fait l'impasse sur le fait que souvent cette recherche de l'amour n'est absolument pas le fait des princes, mais précisément lui et ses adeptes parcourent la Chine pour les convaincre d'arrêter les guerres, au nom de la philosophie  qu'il s'efforce de diffuser.

Son école s'efforce de le faire pendant près de deux siècles, mais sans parvenir à de grands résultats, Sa philosophie apparait maintenant très marginale par rapport à l'ensemble de la culture chinoise, mais sans doute son influence s'est-elle faite sentir de façon indirecte, dans le "débat" intellectuel" avec les autres écoles. 

 

          Mozi, Oeuvres choisies, traduction de Pierre de Laubier et de Mei Yipao, introduction de Léon Weger et avant-propos de Patrick de Laubier, Editions Desclée de Brouwer, 2008 . On trouve sur Internet une version anglaise (Chinese Text Project, site http://chinese.dsturgeon.net) d'une partie du Mozi.

         Anne CHENG, Histoire de la pensée chinoise, Seuil, collection Essais, 2009 ; Léon VANDERMEERSCH, une tradition réfractaire à la théologie : le confucianisme, dans Extrême-Orient, Extrême Occident, n°6, 1985. Robin YATES, Towards a Reconstruction of the Tactical Chapters of Mo-tzu, thèse, Berkeley, University of California, 1975.

 

                                                      PAXUS

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Jeudi 21 janvier 2010 4 21 /01 /Jan /2010 14:21
                  Chaque religion ou sagesse développe une réflexion et des préceptes, plus ou moins directement, sur la violence. Certaines tendances de la plupart des religions organisées affirment une nette préférence contre la violence, voire prônent une attitude non-violente devant la vie et dans la société. Mais on ne peut pas dire - en dehors du rôle qu'elle joue effectivement dans les phénomènes de violence - qu'elles livrent dans l'ensemble des préceptes non-violents. Seules des minorités à l'intérieur de certaines religions font nettement entendre une tonalité non-violente.
  Au moment d'une laïcisation de la société, plus ou moins importante et intervenue tardivement dans l'histoire, souvent d'ailleurs en prolongement d'une philosophie non-violente développée à l'intérieur du monde religion, des personnes et des groupes affirment une non-violence plus politique que religieuse, à visées directement sociétales, sans référence au plan divin.
  Aujourd'hui existent de par le monde une mutitude de mouvements qui se réclament de la non-violence et qui oeuvrent directement pour l'émergence d'un monde en tout cas non-violent, ou d'une société non-violente. Soit en faisant vivre dans des communautés plus ou moins autarciques leur idéal, soit en luttant directement contre la guerre, la militarisation, les différentes courses aux armements. Les arguments moraux, philosophiques et politiques, voire stratégiques dominent tour à tour ou simultanément le discours de ces mouvements.


     Ramin JAHANBEGLOO, dans son travail pour l'UNESCO, Penser la violence, aborde son histoire et ses tendances actuelles sous quatre angles différents : "D'abord, en situant ses racines culturelles dans les grandes sources éthiques et religieuses de l'histoire de l'humanité. Ensuite, en l'envisageant par rapport à la pensée et à l'action de ceux qui ont contribué à sa formulation dans les temps modernes. Troisièmement, en accordant notre attention aux combats menés par les quatre grandes figures contemporaines de la non-violence (l'auteur pense à Henry David THOREAU, à Léon TOLSTOI, au Mahatma GANDHI et à Martin Luther KING). Et enfin, en prolongeant cette réflexion par un regard rapide sur les personnages et les mouvements qui ont représenté la non-violence dans les vingt dernières années (l'auteur pense ici à Nelson MANDELA, à Desmond TUTU, au Delai-Lama et à Mère Teresa - ce qui est loin de complètement correspondre à nos propres idées des tendances de fond...) et en tentant d'approfondir son sens à travers les combats non-violents qu'ils ont menés pour la paix et les droits de l'homme." Cela correspond grosso-modo aux évolutions historiques de la non-violence, si l'on ajoute certaines luttes politiques et syndicales, ainsi que les résistance non-violentes à des occupations militaires, à des coups d'Etat ou à des régimes autoritaires.


      Les différentes religions discutent de la violence dans les textes fondateurs comme dans les exégèses.

Dans la civilisation chinoise, le Taoisme, né entre le VIème siècle et le IVème siècle av JC, (à travers Tao Te Ching, le traité le plus ancien) invite les hommes à prendre le chemin d'une vie simple, paisible et sobre - une vie où il n'y a aucune trace de pouvoir, de notoriété et de richesse. Il opte donc pour la non-violence : la seule manière de se venger, par exemple, est de faire le bien. LAO-TSEU condamne la guerre et pourrait être considéré comme l'un des précurseurs de la non-violence comme JESUS et BOUDHA. N'oublions pas que le taoisme a toujours été considéré par les pouvoirs en place comme une force d'opposition, la philosophie d'une minorité de personnes qui se regroupèrent en sociétés secrètes pour les combattre et s'oppose aux principes confucéens de la discipline et du devoir.

Le Boudhisme (de Diddharta GAUTAMA, appelé BOUDDHA, né en 550 avant JC) repose sur quatre vérités (sur la douleur, l'origine de la douleur, la cessation de la douleur et sur le chemin qui mène à la cessation de la douleur) qui donnent une importance centrale à l'ahimsa : le premier des cinq préceptes qui est l'interdiction de tuer. La non-violence est considérée par un grand nombre de bouddhiste comme la plus haute des vertus, selon Paul CARUS dans son livre L'évangile du Bouddha. En tout cas, cette source bouddhiste du refus de la violence se manifeste de nos jours dans la vie et l'enseignement du chef spirituel des Tibétains, le Delaï-Lama TENZIN GIATSO (né en 1935) comme nous le rappellent Christian MELLON et Jacques SEMELIN.

La Bhagavad-Gita, le livre le plus lu et le plus vénéré de la culture hindoue indique dans certains de ses passages que l'exercice de la violence doit être réservé aux membres de la caste des guerriers, celle des Brahmanes devant s'en abstenir. Certains penseurs occidentaux furent très influencé par ce texte, mais même si le mot ahimsa y apparaît à quatre reprises, la non-violence n'apparaît pas comme un impératif catégorique. Une des branches du boudhisme, par contre fonde par MAHARIVA à la fin du VIème siècle avant JC, le jaïnisme place l'ahimsa au centre de son éthique. Cette tradition, restée très minoritaire (quelques millions de fidèles aujourd'hui) affirme fortement le devoir de respecter toute vie, humaine et animale.

Le Judaïsme, par la Bible enseigne la réconciliation et le pardon, même se les textes fondateurs mettent en scène un Dieu guerrier. Il faut citer dans ces grands textes les figures de JOSEPH et de JACOB pour prendre toute la mesure du renoncement à la vengeance et la force du pardon.

De nombreux chrétiens, à diverses époques de l'histoire, ont pris à la lettre les enseignements du Nouveau Testament, notamment le Sermon sur la Montagne (Evangiles de Matthieu et de Luc) qui constitue une pièce maîtresse de la littérature sur la non-violence. Le christianisme primitif, entendre les premières communautés chrétiennes n'a jamais envisagé de se défendre par les armes contre les persécutions dans l'Empire romain. Le métier des armes est considéré comme incompatible avec la foi, en raison du refus de l'idolâtrie et du refus du meurtre. Vers la fin du IIème siècle, apparaissent les premiers témoignages sur la présence de chrétiens dans l'armée, présence qui soulève l'indignation de certains Pères de l'Eglise, comme ORIGENE (185-252). Après la justification théologique par AUGUSTIN (354-430)  de la guerre, des groupes minoritaires chrétiens continuent tout au long des siècles d'exprimer leur refus de la violence : émergence de la vie monastique, Vaudois, Franciscains (fondé par François d'ASSISE en 1209... A la Renaissance, ERASME (1469-1536) affirme de nouveau ce refus, mais sans aller jusqu'au refus de la légitime défense. Certains courants minoritaires de la Réforme mettent le refus de la violence au centre de l'éthique chrétienne : Mennonites (de MENNO SIMONS, 1469-1561), Anabaptistes. Georges FOX (1624-1691) fonde la Société des Amis (Quakers) et celle-ci a un rôle historique important, depuis la fondation de la Pennsylvanie par William PENN (1644-1718) jusqu'à leurs activités culturelles dans le monde politique et même diplomatique. Léon TOLSTOI (1828-1910) refuse la violence, par fidélité au Sermon sur la Montagne et dans son oeuvre dominent souvent les aspects tragiques de la guerre. Par ailleurs, il expose sa théorie dans Le royaume des Cieux (1893) et fut excommunié de l'Eglise orthodoxe pour ses critiques vigoureuses contre la trahison des idéaux des Evangiles. GANDHI découvrit sans doute par TOLSTOI le message non-violent de l'Evangile.
Bon nombre de croyants chrétiens ont renouvelé au XXème siècle la critique de la violence au nom des Evangiles  comme Simone WEIL (1909-1943). C'est surtout dans les milieux protestants que cette critique se développe, avec la création du Mouvement International de la Réconciliation à la fin de la Première Guerre Mondiale et l'activité des pasteurs Henri ROSER (1899-1981), André TROCME (1901-1971) et Jean LASSERRE (1908-1985). Du côté de l'Eglise catholique, le Concile Vatican II (1962-1965) marque un tournant important, confirmé par Jean-Paul II en 1988. On peut noter d'une part l'activité de Pax Christi, de la Commission épiscopale Justice et Paix, et de quelques évêques américains ou français. Pour la France, l'engagement de Guy RIOBE (1911-1978) ou de Jacques GAILLOT dans les luttes sociales et contre certains aspects de la militarisation (service militaire, défense nucléaire, essais nucléaires, extension du camp militaire du Larzac), sont bien connus du grand public.
  Les positions actuelles des chrétiens non-violents proviennent des luttes et des réflexions de figures telles que Albert LUTHULI (1898-1967) et Desmond TUTU en Afrique du Sud, Martin LUTHER KING (1929-1968), César CHAVEZ (1927-1993), Dorothy DAY et les frères BERRIGAN aux Etats-Unis, Dom Helder CAMAR, Adolfo Perez ESQUIVEL et Luis Perez AGUIRE en Amérique Latine. En France trois personnalités très différentes tirent des Evangiles leur engagement : Lanza del VASTO (1901-1981) fondateur des Communautés de l'Arche, Jacques de BOLLARDIERE (1907-1986), un des fondateurs du Mouvement pour une Alternative Non-violente et Jean GOSS (1912-1991), membre du Mouvement International de la Réconciliation.

L'Islam, à travers son texte sacré Le Coran ne développe pas d'exclusion de toute violence de l'action publique et défend plutôt majoritairement une justification religieuse de la guerre. Le Djihad, pourtant, est l'objet d'intenses controverses, notamment dans les mystiques arabes et iraniennes. Le poète SAADI (Sheikh MUSLEH-ED-DIN, né autour de 1200) laisse une oeuvre (Golestan surtout) qui prône l'amour et critique l'égoïsme et la violence. Il invite les hommes à ne pas se réjouir de la destruction de leurs ennemis, car la vie n'est pas un don éternel.

   La référence la plus marquante de la non-violence reste celle de la pensée gandhienne, de Mohandas Karamchand GANDHI, qui après une activité contre le racisme en Afrique du Sud, participa au mouvement d'indépendance de l'Inde. A la fois symbole de la lutte pour l'auto-détermination des peuples, partisan d'une politique économique et sociale qui sorte des millions de ses concitoyens de la misère, il a élaboré une conception originale de la non-violence. Conception qui s'inspire à la fois de la tradition indienne du Bhagavad-Gita et des Upanishad, du message chrétien, des penseurs occidentaux, tels que Henry David THOREAU, John RUSKIN ou TOLSTOI. Il inspira et inspire à son tour de nombreux chrétiens, mais aussi membres d'autres confessions et des non-croyants. Il est toujours l'auteur-acteur de la non-violence le plus étudié et, à l'instar de Martin Luther KING qui s'en est inspiré à son tour, sa notoriété dépasse largement le cadre de la non-violence. Les multiples actions non-violentes de désobéissance civile massive menées pendant des décennies constituent des exemples concrets de ce que peut-être des actions d'ampleur efficaces, souvent mis en concurrence avec les stratégies armées élaborées par d'autres mouvements de décolonisation.

   Pour rester dans le cadre du monde européen ou américain, les tendances de la non-violence aujourd'hui se partagent entre des approches plutôt spirituelles ou plutôt politiques.
   Comme l'écrivent Jacques SEMELIN et Christian MELLON, "bon nombre de non-violents chrétiens d'aujourd'hui récuseraient les termes d'un ORIGENE ou d'un TOLSTOI pour exprimer les fondements spirituels et théologiques de leurs engagements. Ils voient dans le Sermon sur la Montagne une source d'inspiration, une invitation à entrer dans une dynamique non-violente, plutôt qu'une Loi divine portant sur toute violence un interdit moral absolu. Quelles que soient les circonstances, Desmond TUTU est un bon témoin de cette position, déclarant par exemple, en 1987 : "Quant à la violence contre l'apartheid, je ne la justifie pas. Du point de vue chrétien, la violence sous toutes ses formes est mauvaise. Mais il peut venir un moment où, ayant essayé tous les autres moyens, et une fois réunies les conditions très strictes d'une guerre juste, on peut dire que le moindre mal est encore le renversement d'un système injuste".
  Une plus grande attention aux médiations politiques et stratégiques a fait reculer le fondamentalisme évangélique qui caractérisait hier bien des chrétien non-violents. Aussi se montrent-ils davantage préoccupés de chercher des moyens concrets pour sortir de la violence que de prononcer des condamnations morales générales contre ceux qui, parfois au nom de valeurs proches des leurs, estiment que seule la violence est efficace pour lutter contre l'inacceptable. Cette évolution et ce pluralisme se reflètent bien dans le document collectif Lutter autrement, élaboré et signé en 1989 par des milliers de chrétiens français (Lutter autrement pour une action non-violente responsable et efficace, Nouvelle cité, 1989). Allant jusqu'à récuser la notion même de "non-violence évangélique", en raison de sa connotation fondamentaliste, certains non-violents chrétiens diraient plutôt qu'ils trouvent dans l'Evangile des raisons spécifiques de se joindre au courant qui fonde la non-violence sur une éthique séculière. Cette perspective, il est vrai, s'est développée dans des sociétés sécularisées, où les instances religieuses ne régulent plus guère les comportements sociaux globaux. Il en va autrement dans des pays comme les Philippines, où l'identité chrétienne collective reste très affirmée : la population peut alors êtres mobilisée en masse pour une action non-violente à partir d'un argumentaire spécifiquement religieux (...)".

     Une éthique proprement politique, sans référence religieuse, se développe, d'abord sur une réflexion de philosophie politique, comme le font Emmanuel MOUNIER, Paul RICOEUR, Hannah ARENDT, Eric WEIL...et bien d'autres...
  En France, parmi ceux qui élaborent ou s'inspirent d'une telle éthique politique, préférant d'ailleurs parler d'action et de programme politique, s'activent dans les années 1970-1990, nombre de militants venus à la non-violence par l'action politique ou syndicale. Nombre d'entre eux, d'ailleurs, pour se démarquer d'une approche religieuse et pouvoir influer et participer aux débats politiques proprement dits,  fondèrent des organisations comme le Mouvement pour une Alternative Non-violente. Force de propositions, notamment sur la défense, ce mouvement non-violent, se situant nettement à gauche dans l'échiquier politique, il développe une argumentation politique pour convaincre de la nécessité d'actions non-violentes.
  On pouvait lire dans un texte d'orientation : "Ce qui fait la force des massé populaires, c'est la possibilité de bloquer, par leur nombre et leur organisation, la machine économique. Ce n'est pas leur armement : ni celui qu'ils ont (c'est trop évident), ni celui dont elles pourraient éventuellement prendre le contrôle ; il resterait sans proportion avec l'armement dont dispose la bourgeoisie. ce qui fait leur faiblesse, ce n'est donc pas leur désarmement, c'est leur division, le manque d'accord sur les objectifs, sur la stratégie, etc. Plutôt que d'armer le peuple (préparant ainsi le conflit sur le terrain où l'adversaire est et restera le plus fort), ne vaut-il pas mieux qu'il devienne lui-même une arme par son unité dans la transgression massive de la légalité bourgeoise."  L'instance constante sur le fait de ne pas se placer sur le terrain de l'adversaire et la mise sur pied de techniques de combat non-violent sont les deux éléments qui reviennent souvent dans leurs textes. Il s'agit de trouver une efficacité à court, moyen et long terme, ce que ne permet pas l'utilisation de la violence insurrectionnelle, par exemple.
De même, dans leurs réflexions sur la défense, il s'agit à la fois de mettre sur pied une défense efficace et qui respecte la démocratie. Ce qui passe par une révision des concepts usuellement utilisés, réduits à une formulation militaire. Il s'agit de civiliser la défense, c'est-à-dire "restituer aux citoyens la pleine responsabilité des outils dont ils ont été dépossédés au bénéfice d'Etats-majors dont la technologie homicide n'a plus rien à voir avec le civisme responsable (Politique de défense et démocratie).

       Ramin JAHANBEGLOO, Penser la non-violence, UNESCO, 1999 ; Gandhi, Aux sources de la non-violence, Editions du Félin, 1998.
    Christian MELLON et Jacques SEMELIN, La non-violence, PUF, collection Que sais-je?, 1994.
    Mouvement pour une Alternative Non-violente, Une non-violence politique, pour le socialisme autogestionnaire, 1981 ; Mouvement International de la Réconciliation- Internationale des Résistants à la Guerre, Politique de défense et démocratie, 1981

                                                                         PAXUS



       
       

   


  

     
Par GIL - Publié dans : PAIX EN MOUVEMENT
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Vendredi 15 janvier 2010 5 15 /01 /Jan /2010 14:31
        Le pacifisme et les pacifistes possèdent dans les médias dominants de manière générale, des images péjoratives et outre que ces images ou représentations ne sont pas toujours fondées (elles peuvent l'être historiquement en partie...), des confusions sont entretenues, lors des crises politiques mettant en cause certaines courses précises aux armements ou même de manière générale entre des groupes et des mouvements qui ne partagent parfois pas du tout la même vision des choses en ce qui concerne précisément ces courses aux armements.
En mettant de côté un certaine pacifisme d'Etat ou instrumentalisé, des amalgames persistent entre d'une part les idées et mouvements pacifistes et les idées qui mènent certains mouvements de paix, beaucoup plus larges que les premiers, et d'autre part entre idées et mouvements pacifistes et idées et mouvements non-violents. La composition, les débats des mouvements pacifistes ont peu de choses à voir avec la composition et les mouvements de paix de masse, pendant la crise des euromissiles en Europe dans les années 1990 par exemple. Mais ce qui nous intéresse pour l'instant ce sont les différences d'inspiration et de motivation entre les idées et mouvements pacifistes et les idées et mouvements non-violents.

       Outre le fait que les filiations ne sont pas tout à fait les mêmes, quoique certaines options sont partagées entre pacifisme et non-violence, un débat parfois assez...agressif existe depuis très longtemps entre tenants de l'un et partisans de l'autre, visible surtout dans la presse militante de ces deux tendances. Lors de la création du Mouvement pour une Alternative Non-violente en France en 1974, certains leaders non-violents ont même pu écrire, paraphrasant LENINE, que la pacifisme était peut-être la maladie infantile de la non-violence...Les propos que l'on pouvait trouver à cette époque sur la non-violence dans le journal l'Union Paciste n'étaient guère plus amènes... Par ailleurs, il existe deux organisations internationales, l'une pacifiste et l'autre non-violente, et les tensions furent parfois vives entre elles...

     Dans le lexique de la non-violence, nous pouvons lire à l'entrée Pacifisme : "Les mots "pacifisme" et "pacifiste" ont dans notre langue, dans notre culture et dans notre histoire, une connotation essentiellement péjorative. Le pacifiste est réputé vouloir la paix "à tout prix", fut-ce au prix de la justice. C'est pourquoi il est accusé de préférer n'importe quelle paix à n'importe quelle guerre et, donc, d'être prêt à se soumettre à l'oppression plutôt qu'à se battre pour la liberté. La collectivité nationale, au nom de l'idéologie dominante, va donc jeter l'anathème sur les pacifistes en les accusant d'être traitres et parjures. Il est vrai que la paix peut être honteuse et que la guerre peut être lâche. Ce n'est pas la paix qui est le plus important mais la justice qui permet la dignité et la liberté. Si le choix n'était qu'entre la paix dans l'injustice et la guerre pour la justice, alors, en effet, mieux vaudrait choisir la guerre. "Je préférerais mille fois, affirmait GANDHI, prendre le risque de recourir à la violence plutôt que de voir émasculer tout une race".
  La thèse centrale du pacifisme, tel qu'il s'est exprimé à différents moments de notre histoire, peut se résumer ainsi : la guerre est le mal absolu parce que les maux qu'elle engendre sont nécessairement plus grands que ceux auxquels elle prétend remédier. Certes, les moyens de la guerre, c'est-à-dire ceux de la violence destructrice et meurtrière, sont par eux-mêmes en contradiction avec la fin qu'elle prétend poursuivre : la coexistence pacifique des hommes et des peuples. La vérité de l'intuition pacifiste est de proclamer l'inhumanité de la guerre et de récuser toutes les idéologies qui justifient, honorent et sacralisent la guerre. Mais l'erreur du pacifisme est de dénoncer "les horreurs de la guerre" sans proposer des moyens réalistes pour mettre un terme aux "horreurs de la paix". La guerre, en effet, ne mérite pas seulement une condamnation, elle exige une alternative. La guerre est une méthode d'action et sa finalité est juste lorsqu'elle vise effectivement à défendre et à rétablir les droits de l'homme. La méthode de la guerre est sûrement détestable mais l'action n'en demeure pas moins nécessaire. Si la condamnation de la méthode entraîne l'inaction, c'est qu'il y a quelque part un vice dans la démarche. Le pacifisme relève en réalité d'une morale de conviction et il se trouve incapable de fonder une morale de rsponsabilité face aux défis de l'histoire. Lorsqu'il a tenté de proposer d'autres moyens que la guerre pour faire la paix, ils étaient largement illusoires. Il fait appel à des vertus eu un temps où seule la force conditionne les rapports entre les hommes et les peuples. Le pacifisme procède d'une vision idéaliste et moraliste de l'histoire."

    Ce à quoi s'attache précisément les partisans de la non-violence, malgré la négativité de ce terme, c'est de trouver et d'utiliser des moyens, des forces ne faisant pas appel à la violence dans des conflits de toutes sortes, qu'ils soient économiques, politiques, sociaux et même idéologiques... Ce qui explique en partie que la théorisation de la non-violence ne se fait tardivement, après l'utilisation de moyens qui ont fait leurs preuves. Désobéissances civiles massives, marches de masse, sit-in bloquants, boycotts, grèves de la faim ou jeûnes, paralysie politique ou économique organisée de manière méthodique figurent parmi ces moyens, qui furent utilisés pendant les campagnes pour l'indépendance de l'Inde pendant plus de vingt ans, grèves de l'impôt, dans les luttes agricoles en Californie, contre l'extension du camp militaire du Larzac en France et dans de multiples autres circonstances. Dans la volonté de construire de véritables organisations non-violentes, il est possible que leurs leaders durcissent le trait : les pacifiste et leurs organisations, mais pas toutes, agirent souvent, pas seulement par voie de presse, contre certaines guerres, notamment en France pendant la guerre d'Algérie. Les combats pour l'obtention de statuts d'objecteur de conscience face à la conscription mêlèrent souvent pacifistes et non-violents.
     Toujours est que la non-violence, pour suivre Christian MELLON et Jacques SEMELIN par exemple, se structure souvent, même si son histoire ne commence par avec eux, autour des conceptions et des moyens d'action utilisés par Mohandas Karamchand GANDHI (1869-1948) : le vocabulaire gandhien, ahimsa et styagraha est beaucoup utilisé pour exprimer la liaison toujours constante entre les moyens utilisés et les fins visées.

    On peut dire qu'une certaine origine commune, en Occident surtout, car dans d'autres régions d'autres références existent, lie le pacifisme et la non-violence : celle du Sermon sur la Montagne chrétien. Mais ce qui les distingue, c'est bien la volonté pour la non-violence de ne pas se cantonner seulement à une dénonciation de la plus cruelle d'entre elle, la guerre. Mais d'avoir une réflexion sur toutes les violences sociales, politiques, économiques, idéologiques pour imaginer des alternatives à ces violences, voire proposer l'édification d'une société non-violente.

    Jean-Marie MULLER, Lexique de la non-violence, Alternatives non violentes n°68/Institut de recherche sur la Résolution Non-violente des Conflits, 1988 ; Christian MELLON et Jacques SEMELIN, La non-violence, PUF, collection Que sais-je?, 1994.

                                                                   PAXUS

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