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14 novembre 2009 6 14 /11 /novembre /2009 13:49
         Inculte! C'est le mot qui blesse d'autant plus que cela est souvent vrai. Et là, dans ce domaine crucial de la santé, l'inculture semble générale! 

         L'embarras de pratiquement tout le monde devant la nécessité, la possibilité, le devoir moral, l'opportunité... de se faire vacciner face à la menace d'une grippe dont le germe est semblable à celui de la fameuse grippe qui fit plus de mort que la Première Guerre Mondiale tout de suite après celle-ci, est révélateur d'une inculture qui traverse absolument toute la société.
       Incultes, ces journalistes qui ânnonent des chiffres impossibles d'ailleurs à constituer sur les victimes de la grippe.   

       Incultes, ces laboratoires pharmaceutiques qui ne savent même pas si leur vaccin est efficace et dont le gouvernement vient d'interdire l'utilisation pour les enfants de moins de six mois.
         Incultes ces hommes politiques qui se contentent de répéter ce que leurs amis du complexe médico-financier leur dit de dire sans en comprendre un traître mot, sauf que leur carrière peut être détruite s'ils renouvellent les erreurs de certains acteurs de l'affaire du sang contaminé.

       Incultes, tous ces hommes et toutes ces femmes qui ne connaissent même pas leur propre corps alors qu'ils se vantent d'en connaître un rayon sur leur automobile ou leur télévision.

           Incultes, tous ces citoyens qui ne font pas la différence entre un rhume et une attaque sérieuse de leurs voies respiratoires!  Pas étonnant que le monde soit rempli de buveurs et de fumeurs vus qu'ils ne connaissent même pas le moindre effet que leurs passions ont sur leur propre corps!

     Il serait temps pour le système scolaire de passer à quelque chose d'aussi important sinon plus que de connaître son histoire ou sa géographie. Il serait temps, passant outre un certain pouvoir médical au passage, que tout enfant apprenne son propre corps. Et possède ainsi un véritable savoir médical, au lieu de rudiments parfois mal appris de sciences naturelles.
       Tous les responsables des exercices de sauvetage en savent quelque chose de cette ignorance crasse!

           On en finirait sans doute plus vite au passage avec tous ces charlatans de la psychanalyse à l'emporte pièce qui encombre les ondes et les hôpitaux!  

          Bien entendu, beaucoup préfèrent rester ignares plutôt que de penser à ces choses-là, qui tout de suite, quand on en parle au moindre quidam, voient surgir des idées lubriques, ou des réflexions de peur profonde ! 
          Et que dire de certaines religions qui font de l'ignorance des femmes de leur propre corps leur meilleur fond de commerce!

                                                                      
MOTUS CONFLICTUS
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14 novembre 2009 6 14 /11 /novembre /2009 08:45
              L'historien britannique Arnold Joseph TOYNBEE (1889-1975), auteur d'une monumentale synthèse historique de l'histoire mondiale (Etude sur l'histoire, 1934-1961), produit dans les neuf chapitres qui en sont extraits, sous le titre Guerre et civilisation, une approche originale, très commentée (et critiquée) des relations entre la guerre et l'essor comme le déclin des civilisations. Une grande érudition (faisant appel aux textes grecs anciens, au deux Testaments, à l'histoire contemporaine comme à celle des royaumes et des empires depuis l'Antiquité..) balance une analyse souvent morale des vicissitudes de l'humanité. Au fil du texte, transparaît toujours cette inquiétude de la perte du sens de vertus chrétiennes, celles de la Foi, de la Tolérance, avec le sentiment que "la nature a horreur du vide spirituel". Beaucoup d'historiens lui ont reproché par la suite cette approche en la qualifiant parfois de mystique, critique auquel il prête d'autant plus le flan, qu'il adhère à la vieille philosophie traditionnelle chinoise du Yin et du Yang. C'est précisément cette approche qui attire notre attention : il pense l'histoire constamment en tant qu'expression de contradiction et de conflit, et argumente sur le fait que les déclins des civilisations se voient déjà signalés dans leurs phases mêmes d'expansion, et cela du fait de la prépondérance de la guerre comme moyen de cette expansion. Sa préface et ses deux premiers chapitres lui donnent l'occasion de présenter sa philosophie de l'histoire avant d'entrer dans le récit, surtout à base de comparaisons, de la vie de ces civilisations.

               Dans sa préface, écrite en juin 1950, même si la guerre n'est pas le sujet central de son Study of History, l'historien indique qu"une étude comparative des effondrements de civilisations connus montre que l'effondrement social est un drame dont l'intrigue a pour clef l'institution de la guerre. Au fond, la guerre est peut-être réellement fille de la civilisation, puisque la possibilité d'engager une guerre présuppose un minimum de technique et d'organisation, ainsi qu'un excédent de richesses sur ce qui est strictement nécessaire à la subsistance. Or, ces nerfs de la guerre faisaient défaut à l'homme primitif et, par ailleurs, il n'y a aucune civilisation (sauf peut-être celle des Mayas dont notre connaissance jusqu'à présent reste fragmentaire) où la guerre n'ait déjà constitué une institution établie et dominante à l'époque la plus lointaine jusqu'à laquelle nous puissions faire remonter son histoire." Pour Arnold Joseph TYONBEE, si les Etats ont pu naguère utiliser la guerre pour s'étendre, sans s'apercevoir qu'elle constituait la gangrène qui les détruit à terme, et répéter cette expérience les uns après les autres, les Empires se succédant ainsi les uns les autres, les deux dernières guerres mondiales ont montré que même à leurs tous débuts de l'utilisation de la guerre, les peuples pouvaient aller à la catastrophe définitive. Il se demande avec une certaine angoisse (nous sommes en pleine guerre froide et peur atomique) si l'humanité va pouvoir unir les forces pacifistes afin de l'éviter.

              Dans le premier chapitre sur Le monde d'aujourd'hui, malade de la guerre, l'historien pense qu'"A la différence de nos devanciers, les hommes de notre génération sentent au plus profond de leur coeur qu'une Pax Oecumenica est de nos jours une nécessité urgente. (...) Dans une seule génération, nous avons appris par la souffrance, deux vérités fondamentales. la première est que la guerre est une institution toujours en vigueur dans notre société occidentale, la seconde, que dans les conditions techniques et sociales présentes, toute guerre dans le monde occidental ne peut être qu'une guerre d'extermination." Auparavant, "nos devanciers" se livraient à des actes barbares et tout aussi sanglants, mais ils n'avaient pas les moyens dont nous disposons aujourd'hui.
 L'histoire se présente comme un cycle de guerres féroces, relieuses, puis nationalistes, de plus en plus dévastatrices et - c'est là que l'on sent la fibre morale, toute empreinte d'un certain christianisme (qui n'est pas le christianisme dominant bien évidemment), il termine par l'invocation de Dieu. Citant John BUNYAN, l'historien écrit que d'après lui, "Chrétien fut sauvé par sa rencontre avec Evangéliste. Aussi, comme il est impossible de supposer que la nature de Dieu soit moins constante que celle de l'homme, nous pouvons et devons prier pour que le sursis que Dieu a autrefois accordé à notre société ne lui soit pas refusé si nous le demandons une nouvelle fois dans un esprit de contrition et le remords au coeur".

             Dans Le militarisme et les vertus militaires, l'auteur commence par disserter sur les valeurs militaires. iI recherche les origines de ces vertus militaires et du culte des héros salvateurs (par l'épée) "dans un milieu où les forces sociales ne se distinguent pas nettement dans les esprits des forces naturelles extérieures à l'homme et où, de plus, on admet comme évident que les forces naturelles échappent à l'action de l'homme." Il part ensuite des analogies entre chasse et guerre, où la chasse de nécessité sociale devient ensuite "divertissement des rois". Il se demande si la guerre ne devient pas pur militarisme, qui se distingue "empiriquement de l'innocente valeur militaire de l'heureux guerrier" quand son utilité sociale se fait moindre grâce à l'emprise de l'humanité sur la nature. Citant beaucoup Hellmuth von MOLTKE et sa philosophie de la guerre nécessaire et bienfaisante, qui annonce selon lui la doctrine du fascisme et du nazisme, Arnold Joseph TOYNBEE, dénonce l'engouffrement en quelque sorte des nationalisme dans le vide spirituel provoqué par l'effondrement de l'institution dominante de la Chrétienté occidentale du Moyen Age, la papauté hildebrandienne.
  "En suivant le fil d'Ariane qui nous a été fourni par MOLTKE et en examinant l'empire que l'idolâtrie des "vertus militaires" a repris sur nos âmes à une époque récente, nous constaterons peut-être que nous avons fait quelque progrès vers la solution de notre problème : savoir si la guerre est une institution intrinsèquement  et sans espoir mauvaise en soi. Nous avons découvert, en fait, que le problème a été mal posé. La vérité est peut-être qu'aucune chose créée ne peut être mauvaise intrinsèquement et sans espoir parce qu'aucune chose créée n'est capable de servir de véhicule qui émanent du Créateur. Pour être des bijoux sertis dans le sang et dans le fer, les "vertus militaires" n'en sont pas moins des vertus, mais leur valeur réside dans les joyaux eux-mêmes et non dans l'horrible montage, et c'est faire fi de toute expérience que de conclure précipitamment que l'on ne peut espérer trouver ces choses précieuses qu'à l'abattoir où le hasard a voulu qu'elles fissent leur première apparition aux regards des hommes." Nous notons donc à la lecture de ce chapitre, l'attitude nuancée de l'historien, qui loin d'être un pacifiste intégral niant toute valeur sociale aux valeurs militaires, pointant là la preuve de valeurs militaires dont fit preuve les peuples pacifistes dans le camp des démocraties pendant la Deuxième Guerre mondiale, se veut être le critique averti de leurs dévoiements.

          Dans Sparte, l'Etat militaire, l'historien commence son parcours des civilisations. Sparte se construisit un système social, méprisant de la nature humaine, d'une efficacité étonnante et d'une rigidité fatale, dans sa résolution du problème  auxquels durent faire face à un moment donné toutes les Cités grecques : des ressources insuffisantes pour une démographie galopante. Alors que les autres Cités choisirent l'expansion maritime vers l'Asie mineure notamment, Sparte conquis la Méssénie, par delà ses montagnes. Pour le faire, les Spartiates se dotèrent d'un instrument militaire reposant sur la mobilisation de toute la société. Victorieuses, les armées de Sparte furent amenées à assumer des responsabilité d'Empire, face à l'impérialisme athénien par exemple, qui excédèrent ses possibilités, lesquelles enserraient déjà la Cité dans un carcan institutionnel et moral éprouvant. S'appuyant sur PLUTARQUE et XENOPHON notamment, Arnold TYONBEE, suit les méandres de la vie politique interne et internationale de Sparte, obligée de recourir au service militaire et se laissant envahir par l'économie monétaire. Le système de LYCURGUE, ce réformateur spartiate à l'origine de sa puissance militaire est finalement mis en échec, l'égalité de distribution des ressources alliée à la discipline rude et eugénique imposée à toute la population des citoyens se muant peu à peu en distribution inégale et en relâchement de cette même discipline, sous l'influence des pratiques des autres cités grecques, influence d'autant plus prégnante que Sparte s'installe partout en Grèce. L'auteur reprend l'hypétaphe d'ARITOTE : "Les peuples ne doivent pas s'entraîner dans l'art de la guerre en vue de soumette des voisins qui ne méritent pas d'être soumis...L'objet essentiel de tout système social doit être d'organiser les institutions militaires, de même que toutes les autres institutions, en fonction des conditions du temps de paix, où le soldat n'est pas en service actif; et cette proposition est confirmée par les faits de l'expérience. Car les Etats militaires n'ont de chance de survivre que tant qu'ils restent en guerre, tandis qu'ils courent à leur perte aussitôt qu'ils ont fini de faire leurs conquêtes. La paix détrempe leur caractère, et la faute en réside dans un système social qui n'enseigne pas à ses soldats ce qu'ils doivent faire de leurs vies lorsqu'ils ne sont pas en service."

        L'Assyrie, l'homme fort armé, poursuit cette analyse. Faisant le bilan des entreprises guerrières des Assyriens, l'auteur écrit : "En fait, deux siècles après la chute de l'Assyrie, il apparaissait à l'évidence que les militaristes assyriens avaient fait leur travail au bénéfice d'autres peuples, et tout spécialement au bénéfice de ceux qu'ils avaient traités avec le plus de cruauté. En écrasant les peuples montagnards du Zagros et du Taurus, les Assyriens avaient ouvert aux nomades cimmériens et scythes un passage pour faire leur descente dans les mondes babylonien et syrien ; en déportant les peuples vaincus de syrie à l'autre bout de leur empire, ils avaient mis la société syrienne en mesure d'encercler et finalement d'assimiler la société babylonienne à laquelle appartenaient les Assyriens eux-mêmes ; en imposant par la force brutale l'unité politique au coeur de l'Asie du Sud-Ouest ils avaient préparé le terrain à leurs propres "Etats successeurs" - Médie, Babylonie, Egypte et Lydie - et à l'Empire achéménide." Aux conquêtes longues et successives répondaient révoltes de palais et révoltes populaires. Plus les soldats assyriens imposaient leur emprise sur les territoires extérieurs, plus les luttes internes s'amplifiaient. L'historien s'attarde un moment sur ce que signifie l'instauration d'une armée professionnelle permanente. Loin de la considérer comme la marque d'un Empire parvenu à maturité et à stabilité, il la considère comme le symptôme d'un état avance de désagrégation sociale, en faisant la comparaison avec l'Empire romain postérieur. La ruine d'une paysannerie belliqueuse, arrachée au sol par de perpétuels appels au service militaire pour des campagnes toujours plus lointaines, rendit possible et nécessaire la formation d'une armée permanente ; "possible, parce qu'il y avait maintenant un réservoir de "main-d'oeuvre" en chômage, dans lequel on pouvait puiser, et nécessaire, parce que ces hommes qui avaient perdu leurs moyens d'existence à la campagne devaient être pourvu d'un autre emploi si l'on voulait les empêcher de manifester leur mécontentement sous une forme révolutionnaire."  L'auteur mêle constamment dans son étude les considérations psychologiques - la cruauté des Assyriens favorisa l'unité de tous les autres peuples contre eux - et socio-économiques.

       Le fardeau de Ninive, Charlemagne et Tamerlan, insiste sur le destin des deux empires carolingiens et timourides pour montrer l'"ironie du destin du militariste si empressé à livrer des guerres d'anéantissement contre ses voisins qu'il occasionne involontairement sa propre destruction". Il montre l'action d'une force militaire constamment occupée à vaincre des adversaires extérieurs et à mâter en même temps ou alternativement des adversaires intérieurs, sans répit. "En analysant la carrière de Tamerlan, celle de Charlemagne et celles des rois d'Assyrie, de Téglathphalasar à Assurbanipal, nous avons observé dans les trois cas le même phénomène. la valeur militaire qu'une société suscite chez les habitants de ses confins pour sa défense contre les ennemis de l'extérieur devient l'affreuse maladie morale appelée militarisme lorsqu'elle est détournée par ces frontaliers de son champ d'action naturel, le glacis d'au-delà de la frontière, pour être dirigée contre leurs frères de l'intérieur d'un monde qu'ils ont pour mission de protéger et non de dévaster."
 
      L'enivrement de la victoire est le sujet du sixième chapitre par comparaison entre l'enivrement de celle de Rome, qui fait s'effondrer la République, et celle de la papauté du XIIIème siècle. Par exemple, pour Rome, après les conquêtes de la Macédoine et de l'Espagne, "sujets et citoyens de la République romaine furent ensemble victimes d'une classe dirigeantes de "ci-devants" muée par l'enivrement de la victoire en une bande de brigands."

      Goliath et David fait bien entendu référence à cet épisode de l'Ancien Testament (pour reprendre une terminologie chrétienne). il s'agit-là de montrer comment la technique militaire elle-même (autant la tactique que les machines de guerre ou l'armement des soldats), la phalange, la légion, la cataphracte, engendre les conditions de leur effondrement. L'idolâtrie d'une technique militaire par une armée qui reproduit inlassablement les mêmes gestes dans ses combats successifs, trop confiants dans sa supériorité provoque les successifs effets de surprise, souvent obtenus grâce à une technique inférieure par les adversaires. La fronde de David vainc la force brute de Goliath. "S'il y a une part de vérité (car l'auteur reste prudent) dans cette histoire (telle qu'elle est racontée, dans l'affrontement d'une technique contre une autre, d'une tactique contre une autre), elle fait ressortir très clairement la relation entre l'effondrement et l'idolâtrie, car dans cet exemple on voit une technique intrinsèquement supérieure et déifiée par ses adeptes, vaincus par une technique intrinsèquement inférieure que rien de recommande sinon le fait qu'elle n'a pas encore eu le temps d'être idolâtrie, parce que c'est une innovation, et cet étrange spectacle conduit irrésistiblement à penser que c'est l'idolâtrie qui cause le mal et non une quelconque qualité de l'objet."

         Le prix du progrès dans la technologie militaire prolonge cette réflexion. Prenant appui sur l'histoire de l'expansion de l'hellénisme finissant dans l'Inde et en Grande-Bretagne entre le IVème av JC et le premier siècle comme sur les améliorations successives de la légion romaine tout au long de la République et de l'Empire, ou encore  de l'histoire des civilisations babyloniennes et chinoises, Arnold TOYNBEE pense trouver un lien entre perfectionnements militaires successifs et désagrégation des Empires.

       Le dernier chapitre, L'échec du sauveur à l'épée, montre la filiation des exemples d'Heraklès et de Zeus sur l'esprit de tous ceux qui veulent sauver leur société "par l'épée". "Dans le monde hellénique, un Pompée et un César ne se partagèrent la tâche de transformer l'anarchie romaine en paix romaine que pour partager la responsabilité d'avoir détruit leur oeuvre commune en tournant leurs armes l'un contre l'autre. Les deux chefs rivaux condamnèrent à être déchiré par une nouvelle flambée de guerres civiles un monde que leur mission commune était de sauver,et le vainqueur ne triompha que pour être, comme Esau, "repoussé lorsqu'il devait hériter de la fortune" (...)." La pax Romana, comme la pax Thébana (Egypte antique), la pax Ottomanica (entre 1520 et 1566), forgée au fil de l'épée, furent balayées dans leur temps par l'épée.

      Guerre et Civilisation n'est pas beaucoup lu aujourd'hui et pourtant ses thèmes sont repris dans nombre d'autres études, plus "laïques", qui veulent couvrir de vastes espaces et de vastes temps. Si l'approche de l'histoire d'Arnold Joseph TOYNBEE a été critiquée pour ses aspects cycliques (qu'on lui prête parfois à tort) comme pour le choix de faire des aires de civilisations et non des Etats ou des nations les axes de ses études, comme aussi de son thème du déclin de l'Occident chrétien, nombre d'auteurs ont repris sa façon globalisante d'aborder la question de la puissance. De Paul KENNEDY (Naissance et déclin des grandes puissances) à Samuel HUNTINGTON, (Le choc des civilisations), on voit bien la dialectique analysée entre ressources globales des sociétés et entreprises militaires, que ce soit sur le plan moral ou sur le plan économique.

     Arnold Joseph TOYNBEE, Guerre et civilisation, Gallimard, collection nrf, 1953, 259 pages. Il s'agit de la traduction d'Albert COLNAT de textes extraits par Albert FOWLEY, qui y rédige d'ailleurs une petite préface.
  L'ensemble A study of History est disponible aux Editions Payot, 1996. Il s'agit d'une traduction d'une version abrégée par l'auteur lui-même des douze volumes initiaux. On peut le trouver également sur le site http//nobword-blogspot.com.



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Published by GIL - dans OEUVRES
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10 novembre 2009 2 10 /11 /novembre /2009 14:28
                En pleine guerre froide et en plein développement des armes nucléaires, dans une période où se multiplient les essais nucléaires dans l'atmosphère, Bertrand RUSSEL (1872-1970) et Albert EINSTEIN (1979-1955) lancent le 9 juillet 1955 (ce sera le dernier acte public du grand savant atomiste américain)  le manifeste qui porte leur nom. Dans ce manifeste Russel-Einstein, prenant acte du danger de destruction de l'humanité au cours d'une guerre nucléaire, le philosophe et le physicien, invitent les scientifiques du monde entier et le grand public à souscrire la déclaration suivante :
       "Sachant que dans n'importe quelle guerre mondiale future, des armes nucléaires seront certainement employées et que ces armes mettent en péril la survie de l'humanité, nous exhortons les gouvernements du monde à comprendre et à reconnaître publiquement qu'ils ne sauraient atteindre leurs objectifs par une guerre mondiale et, en conséquence, nous les exhortons à trouver les moyens de résoudre pacifiquement leurs désaccords".
   Ce texte fut signé par 11 professeurs de physique théorique, ou de zoologie ou encore de chimie, la plupart Prix Nobel de leur discipline.

               Sur la lancée de ce manifeste, Joseph ROTBLAT (1908-2005) et Bertrand RUSSEL fondent à Pugwash en Nouvelle-Ecosse au Canada, en 1957, le Mouvement Pugwash (Pugwash Conferences on Science and World Affairs). La première Conférence de juillet 1957 rassemble 22 scientifiques des Etats-Unis, de l'Union Soviétique, du Japon, de Grande-Bretagne, du Canada et de 5 autres pays, dont la France. Bien d'autres n'ont pu venir et se joindront aux Conférences suivantes en relativement grand nombre. D'emblée, il s'agit d'une organisation internationale rassemblant surtout des scientifiques, à titre individuel, doté d'une structure administrative très légère (Conseil de Pugwash, Comité Exécutif, Secrétaire Général), ayant vocation à tenir des réunions dans le plus grand nombre de pays possible, de manière toujours informelle et non secrète. Chaque scientifique s'exprime en son nom propre et jamais au nom de son gouvernement ou d'une organisation quelconque.  Les gouvernements sont systématiquement mis au courant de la teneur des discussions, souvent volontairement par des scientifiques qui y participent, dans le but de les influencer directement. Personne n'a le droit de rapporter les propos d'une autre, nominalement, chacun racontant à l'extérieur ce qui s'est dit, dans la plus grand liberté. Le Mouvement en lui-même n'a pas de position officielle, les propositions qui sont émises pendant les Conférences ne font jamais l'objet de résolutions. La vocation affiché de ce Mouvement est de favoriser au maximum les liaisons par-delà les frontières et les murs idéologiques, malgré les difficultés parfois que purent rencontrer des savants soviétiques. En pleine confrontation entre Etats-Unis et Union Soviétique, le Mouvement Pugwash fut l'un des rares canaux de communication à n'avoir jamais été rompu. Le mouvement tient à garder son aspect impartial et indépendant, facteur de sa crédibilité, et n'a guère d'activités avec d'autres organisations, à l'exception de l'ONU et de son institution spécialisée UNESCO.

         L'une des premières taches que se donnèrent les scientifiques membres, sans carte ni cotisation, fut de faire prendre conscience à leurs gouvernements des dangers des essais nucléaires, qui augmentèrent la radioactivité générale de l'atmosphère. L'un des succès du Mouvement Pugwash fut certainement de convaincre les puissances nucléaires d'arrêter leurs essais à ciel ouverts et de poursuivre leurs essais sous terre. Les efforts des scientifiques de Pugwash (au nombre actuellement de 3 500 individus ayant participé à des rencontres Pugwash) furent reconnus par l'attribution du prix Nobel de la Paix, conjointement avec Joseph ROTBLAT, en 1995. A ce jour, la conférence quinquennale de 1977, avec une participation de 223 personnes, constitue le plus grand rassemblement du mouvement. C'est dire que ces Conférences se veulent des rencontres qui mettent en avant la qualité des informations échangées plus que l'aspect médiatique peu fructueux de certaines autres rencontres internationales.
     Depuis les années 1970 notamment, le mouvement Pugwash a étendu son domaine d'activités au développement et au commerce des armements chimiques et bactériologiques, des mines anti-personnel, aux moyens d'éviter les conflits armés, aux modifications du climat, au développement du SIDA, au conflit du Cachemire, au développement durable... Actuellement, les scientifiques ne jouent à l'intérieur de l'organisation qu'un rôle mineur et les Conférences réunissent surtout des spécialistes des sciences politiques,des armements et des diplomates. Il constitue surtout un réseau de sources d'informations de première main en matière d'armements.

       Des antennes nationales de Pugwash existent dans une quarantaine de pays, chacune étant indépendante, et souvent aidées par les Académies nationales des sciences. Quatre bureaux de Pugwash, à Rome, Londres, Genève et Washington se répartissent les tâches des rencontres internationales. Un groupe Pugwash international pour étudiants/jeunes existe depuis 1979, avec des antennes nationales.
   Dans le groupe Pugwash français se trouvaient ou se trouvent des savants comme Alfred KASTLER, André LWOFF et Georges CHARPAK, ainsi que Francis PERRIN, Bernard GREGORY, André LACASSAGNE, Bertrand GOLDSCHMITT, Louis LEPRINCE-RINGUET ou André MARCOVIC...Plusieurs Conférences par an sont organisées à l'Ecole Normale Supérieure, rue d'Ulm, à Paris.

     Notons qu'il existe, parallèlement au Mouvement Pugwash, une association transdisciplinaire européenne à adhésion directe individuelle, depuis 1997. De 2 000 membres environ, Euroscience, dont le siège est à Strasbourg (www.euroscience.org) se situe l'espace européen de la recherche, avec des préoccupations centrées sur les responsabilités des scientifiques en matière politique, morale, sociale, qui incluent les problèmes de leur participation à la course aux armements. Cette association ne craint pas d'organiser des rencontres aux sujets désagréables, afin de faire avancer des processus européens vers une prise en compte de ces préoccupations. Ce sont ses groupes de travail qui ont permis l'élaboration d'une Charte Européenne du Chercheur en 2005, code de conduite (recommandation sans force de loi) pour le recrutement des chercheurs et qui jouent un rôle fédérateur dans la mise en place d'un forum de sociétés savantes européennes, en faveur de la recherche fondamentale.

       Georges RIPKA, Brève description des Conférences Pugwash, dans La science et la guerre, la responsabilité des scientifiques, sous la direction de Daniel IAGOLNITZER, de Lydie KOCH-MIRAMOND et de Vincent RIVASSEAU, Editions L'Harmattan, collection Questions contemporaines, 2006.
     Site du Mouvement Pugwash : www.pugwash.org

                                                                      PAXUS
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9 novembre 2009 1 09 /11 /novembre /2009 14:07
       On peut situer le début (à l'époque moderne) de la réflexion sur les relations entre stratégie et armement à la fameuse étude du major-général FULLER sur le rôle de l'armement sur l'histoire.
       Chacun à leur manière, en France, Lucien POIRIER, André BEAUFRE et le général GALLOIS ont abordé cette question dans leurs études sur la stratégie. Le général Jean BECAM, en proposant le concept de stratégie génétique, met en évidence l'importance de la conception des armements, processus complexe d'où dépend toute la carrière d'un programme comme son utilité pour les forces. Les débats sur les rôles dans ce processus complexe resurgissent surtout depuis la fin du système des blocs, notamment à travers ce que les experts et les officiels appellent la Révolution des Affaires Militaires.
      
      François GERE, dans les lauriers incertains (1991), à propos de la technologie des missiles de croisière, pense, à la suite de Samuel HUNTINGTON (Arms races : Prerequisites and Résults, 1958), que "c'est par qu'une arme est disponible que l'on se fixe tel ou tel but stratégique". Il cite d'ailleurs Albert WOHLSTETTER (Lettre aux hommes d'Etats, aux évêques et à d'autres stratèges à propos du bombardement des innocents, Commentaire, 1983-84) qui "na pas craint de parler de révolution du guidage et de la précision, pour aussitôt en tirer des conclusions quant à la réorientation de la stratégie des Etats-Unis". Pour François GERE, "soulever la question des missiles de croisière, c'est précisément se placer à la croisée des controverses sur les rapports qu'entretiennent la stratégie avec son environnement : politique, tactique technologique, maîtrise des armements, etc, et pénétrer au coeur du processus d'élaboration de la stratégie américaine."  Après avoir décrit les différents conflits entre armées (air, terre, mer) et différentes administrations dans les années 1970 pendant l'émergence de cette arme nouvelle, différentes manoeuvres diplomatiques à propos du déploiement futur de cette arme pendant les négociations SALT. Aujourd'hui que l'ennemi soviétique a disparu, la transformation de la stratégie, notamment navale, s'effectue avec la présence d'un arsenal important, dont il faut bien trouver une utilisation. Cet arsenal ayant des particularités polyvalentes, il peut influer en faveur d'une stratégie ou d'une autre. Il convient bien à l'esprit américain qui veut qu'à tout problème existe une solution technique, quitte à oublier en chemin des solutions politiques à un conflit.

      Joseph HORENTIN dans La technologie militaire en question (2008), pointe également cette "vision d'une hiérarchie nette entre fins et moyens (qui) prévaut (...) aux Etats-unis. (...) la thématique de la supériorité technologique (présente aussi dans d'autres pays) comme facteur de puissance y acquiert une valeur plus importante et devient une composante en soi de la culture stratégique." Cette culture, théorisée par Francis KANE, Jerry E. POURNELLE et Stephan Thomas POSSONY (The strategy of technology, 1968, disponible librement sur www.jerrypournelle.com) irrigue tous les débats stratégiques dans le monde.
L'auteur de cette étude précise et très documentée de la Révolution des Affaires Militaires actuellement en marche pense que celle-ci est "le fruit d'une culture technologique américaine très spécifique", qui contamine presque tous les débats entre experts militaires, firmes d'armement et responsables politiques. Il distingue trois "marqueurs" de cette culture :
                  - Un individualisme couplé à un fort degré de mobilisation des individus (concepteurs et producteurs) permettant de faire des Etats-Unis un "arsenal des démocraties". La technologie est une des sources du nationalisme américain. Nous pensons que cela est d'autant plus vrai que cette source permet d'occulter tous les tenants et aboutissants politiques des décisions militaires. Elle confère un caractère neutre à la technologie, un caractère neutre du coup à des politiques surtout favorables à certains intérêts et certaines classes sociales ;
                  - La scientifisation des méthodes et la mathématisation des raisonnements conduisent au développement de la recherche opérationnelle ou de l'analyse des systèmes, approches très critiquées au lendemain de la guerre du VietNam pour avoir évacué les facteurs socio-politiques de la formation des stratégies américaines ;
                  - La tension vers l'automatisation répond à une perception, enracinée dans l'histoire politique (nous dirions aussi religieuse) du pays, où l'homme est potentiellement à la source d'erreurs, voire de tyrannie.
   "L'approche capacitaire, renvoyant directement à la disposition de technologies spécifiques - deviendra ainsi centrale dans la RMA puis dans la Transformation." Cette Transformation, que l'auteur analyse également, est une systématisation jusqu'au niveau politique de ce qu'il appelle la technologisation de la stratégie.
     "Nous nous (posons) la question de savoir si la technologie n'est pas en train de devenir la stratégie et, donc, si cette dernière n'est pas, en plus de se techniciser, en train de se technologiser. Autrement dit, nous posons la question de savoir si la technologie n'a pas pris une place telle dans les débats qu'elle en viendrait à éclipser des questions autrement plus importances : que faire de la puissance? Comment utiliser au mieux la technologie? Comment, dans le courant d'une crise, faire interagir avec avec justesse lignes d'opérations diplomatiques et militaires, elles qui sont trop souvent découplées, au plein bénéfice des objectifs politiques.
Joseph HORENTIN caractérise cette technologisation sur trois plans :
           - Au plan de l'appréhension des questions stratégiques, par une focalisation sur les options de nature technique, évidemment en matière d'équipement, mais surtout en matière stratégique (...) ;
            - Au plan de la pratique stratégique, par un déterminisme technologique tel que les résultats et les effets d'une opération militaire seraient perçus comme dépendant très largement de la technologie militaire. L'auteur dénonce l'apparition d'une fantasmagorie technologique qui n'a d'équivalent (faible sans doute en comparaison) que la fantasmagorie édifiée naguère autour de la "surpuissance soviétique".
           - Au plan politique, par une confiance excessive accordée aux capacités opérationnelles d'une institution militaire dotés d'équipements perçus comme "de pointe". Il s'ensuit une perception faussée des conditions du combat sur le terrain et de la nature de la guerre elle-même. Sans doute pouvons-nous expliquer ansi en partie, pour aller plus loin que l'auteur, l'embourbement des unités militaires en Irak et en Afghanistan depuis plus de dix ans.

     Joseph HENROTIN, La technologie militaire en question, Le cas américain, Economica, 2008 ; Sous la direction de François GERE, Les lauriers incertains, Stratégie et politique militaire des Etats-Unis, 1980-2000, Fondation pour les Etudes de Défense Nationale, 1991.

                                                               ARMUS
            
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8 novembre 2009 7 08 /11 /novembre /2009 14:50
          L'évolution des relations entre technologie des armements et stratégies militaires constitue un sujet d'étude majeur qui rejoint les préoccupations de ceux qui comme Jacques ELLUL et Paul VIRILIO réfléchissent aux influences du développement des techniques - automobile, informatique, entre autres - sur les sociétés.
          
           Parmi les chercheurs sur les questions de défense et d'armement, Alain JOXE et ses collaborateurs au groupe de sociologie de défense de l'Institut des hautes Etudes en Sciences Sociales (IEHESS) ont particulièrement étudié les relations entre production de stratégies et production de systèmes d'armes. Voilà ce que pouvait écrire justement Alain JOXE en introduction à une étude fine de 1987 sur ce sujet  :
     Il s'agit de "préciser un modèle général d'interaction entre la genèse des systèmes d'armes complexes, pris comme discours technologique et la genèse des conceptions stratégiques contemporaines sur la dissuasion et la guerre.
  Le couplage cohérent de ces deux discours est, en général, affirmé par la stratégie des moyens (selon la terminologie du général POIRIER) ou de la manoeuvre génériques d'armements (selon la formule du lieutenant-colonel Marc BECAM) qui présuppose le fonctionnement réel d'un procès décisionnel (légitime) mettant la demande politico-militaire (stratégique ou tactique) au poste de commande, et l'offre techno-industrielle, en position subordonnée, à répondre à cette demande.
   L'étude des processus concrets d'acquisition d'armements (au coeur, avons-nous déjà dit pour notre part, du complexe militaro-industriel), aux Etats-Unis du moins, permet d'affirmer que la technologie apparait souvent, par la puissance de sa capacité propositionnelle, en position d'imposer des produits qui sont à leur tour des vecteurs impérieux de choix de stratégies qui s'imposent, dès lors, aux pouvoirs politiques.
  La stratégie nucléaire de dissuasion américaine a évolué : elle s'est éloignée insensiblement des concepts de dissuasion réciproque par menace de destruction mutuelle assurée et par conservation d'une capacité de seconde frappe suffisante ; elle s'est rapprochée d'une posture renouvelant la stratégie de menace de première frappe anti-force mais par traitement chirurgical d'objectifs "durcis" (...). Cette évolution apparaît comme un sous-produit de l'évolution irrésistible de l'armement nucléaire vers le très grand nombre de vecteurs très précis. Ce n'est pas le changement de la pensée stratégique qui provoque l'évolution de l'arsenal nucléaire.
   Dans bien d'autres domaines, comme l'aviation ou la marine, l'existence d'un programme soutenant d'année et année la production d'un système complexe dynamisé par l'injection de RD (Recherche-développement) en technologies avancées apparait la seule justification d'un matériel parfois militairement médiocre, inutilisable ou même dangereux, malgré son coût unitaire croissant.
   Notre hypothèse, c'est que la tendance à la domination du dynamisme technologique sur les stratégies peut être un trait général de civilisation industrielle contemporaine et se vérifier dans d'autres pays que les Etats-Unis, par exemple en URSS et en France. cependant, l'ouverture de la société américaine, la publicité des débats qui s'y déroulent démocratiquement (Alain JOXE pense notamment aux débats à l'intérieur du Parlement et entre Parlement et Exécutif), permettent d'aller plus loin dans l'analyse que dans les autres pays."
    Leur étude s'articule autour de cas précis d'armements dans différents pays, la fusée MX, le chasseur F 111, et le système de protection aérienne des formations navales AEGIS pour les Etats-Unis ; les croiseurs soviétiques et l'intelligence artificielle. A partir de monographies très détaillées sur ces matériels, ils élaborent un modèle général d'interaction : " non une boite noire, avec input technologique, input économico-politico-militaire et output armement, mais un fleuve noir à quatre rives, une temporalité longue (10-20 ans), des briefs-types, des incidents de parcours, des effets de feed back, des affluents provenant éventuellement de "captures" d'autres bassins technologiques."
Ce moyen terme dominé par ce fleuve noir, se situe dans un long terme, une généalogie des objets militaires, "donc sur des histoires d'espèces (mitrailleuses, sous-marins, croiseurs, tanks, avions, fusées) pour détecter à une échelle, cette fois macro-historique, les formes et les types d'interactions déterminantes dans la "phylogenèse" (mutations, gigantisme, monstres, disparitions, hybridations).".

         Cette étude montre complète à bien des égards les réflexions critiques sur les évaluations des menaces. La fin du système des deux blocs est particulièrement propice à des révisions de perceptions des faits qui ont présidé aux élaborations stratégiques, tant à l'Est qu'à l'Ouest. Le moteur des raisonnements politiques n'est pas toujours ce que l'on croit, et c'est évidemment crucial dans des domaines touchant à la vie et à la mort comme celui de la stratégie.

       Alain JOXE, Richard PATRY, Yves PEREZ, Alberto SANTOS et Jacques SAPIR, Fleuve noir, production de stratégie et production de systèmes d'armes, Cahiers d'études stratégiques n°11, CIRPES, 1er trimestre 1987.

                                                     ARMUS

     
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7 novembre 2009 6 07 /11 /novembre /2009 08:46
           Guerres, techniques et sciences sont liés entre eux par des relations très étroites et différentes selon les moments de l'histoire, comme le rappelle Patrice BRET, chercheur français en histoire et professeur au ministère de la défense et au centre Alexandre Koyré. Dans ses études qui veulent refléter une attitude neutre (à notre avis assez difficile à garder...), il met l'accent sur les différences entre sciences et techniques (les techniques des sociétés primitives ou de l'Antiquité existent sans appareil scientifique élaboré) et se refuse à désigner une science bonne et une science mauvaise. De même, il note que les articulations entre sciences, techniques et guerres demeurent complexes tant au niveau des structures qu'au niveau des scientifiques eux-mêmes. Comme beaucoup, il se félicite qu'après une historiographie de l'histoire de la guerre, avec les batailles et l'armement exclusivement militaire (la recherche de l'efficacité militaire et le jugement sur le rôle de l'armement dans l'histoire, vu uniquement du point de vue technico-militaire) émerge enfin, surtout depuis les dernières décennies  - depuis la fin du système des deux blocs, des approches anthropologiques et sociologiques qui veulent saisir de manière globale les rapports entre politique, corps social et armement, "y compris au sein même de ceux qui sont chargés de sa conception et sa fabrication", jusqu'au ministère de la défense.

        Nous pouvons distinguer plusieurs périodes dans l'histoire dans ces relations entre guerres, techniques et sciences :
             - Dans l'Antiquité, toute une lignée d'ingénieurs grecs, puis romains construisent une première forme d'artillerie, dite mécanique ou névrobalistique, pour la prise des villes, et qui développent toute une technique poliorcétique. Beaucoup d'auteurs citent ARCHIMEDE comme la figure emblématique de ces ingénieurs, jusqu'à la Renaissance.
             - A la fin du Moyen-Age et pendant la Renaissance, cette technique se systématise et ces ingénieurs se mettent au service des différents princes qu'ils rencontrent dans leurs déplacements, à la manière des condottiere. "Ce sont des constructeurs d'engins, qui maîtrisent la science de l'époque dans son degré d'avancement, les mathématiques surtout. Celles-ci ressurgissent essentiellement en Italie, car après la prise de Constantinople par les turcs, toutes les connaissances acquises par l'empire byzantin se déplacent vers l'Italie, et on retrouve, soit par des traducteurs arabes, soit par des textes grecs originaux, tous ces textes - comme par exemple (ceux d') EUCLIDE, redécouvert à l'époque" (Patrice BRET) ;
            - Jusqu'au XVIIIème siècle, les princes essaient d'attirer les services des ingénieurs pour construire des machines de guerre, que ce soit en France, en Angleterre ou en Prusse, de manière ponctuelle et individuelle, au gré des préparatifs de conquêtes ;
            - Au XVIIIème siècle, s'effectue un double mouvement : l'Etat utilise ces hommes à fortes capacité que sont les ingénieurs et institutionnalise cette utilisation. Se fondent des Académies. "Les savants sont maintenant des experts en matière de science (...), mais experts aussi en matière de techniques. L'Etat forme ses propres ingénieurs pour à la fois les fixer sous l'autorité du Roi et ne pas être obligé de les faire venir de l'étranger. La France scolarise la première ses ingénieurs, et c'est même une tradition de la monarchie française qui se met en place : dans tous les domaines des sciences et des techniques, des écoles transmettent et développent ces savoirs. Il s'agit d'avoir des ingénieurs interchangeables, remplaçables et fidèles ;
             - La Révolution Française permet de systématiser cette tradition : "L'Etat ne fait plus seulement appel à un savant comme expert pour juger des projets, mais il a recours à ses compétences générales pour organiser complètement un secteur. Les guerres de la Révolution et de l'Empire furent pleines de batailles victorieuses non seulement grâce au poids démographique de la France mais également à la qualité des innovations techniques introduites dans les armées, notamment dans le domaine de l'artillerie (poudres de plus en plus efficaces). Les innovations proposées sont tellement en nombre que beaucoup (sous-marin, fusées...) seront refusées par les militaires ou les technocrates. Déjà apparaissent les premières sources de tensions entre innovations et structures des armées, les comités d'expert étant le théâtre d'affrontements de scientifiques et de politiques ayant chacun leur plan de carrière ;
             - Tout au long du XIXème siècle, les laboratoires militaire se multiplient surtout en France, où domine un corps de polytechniciens, tandis qu'en Allemagne la généralisation des enseignements scientifiques dans les universitaires fait naitre des générations de savants capables de beaucoup plus d'innovations, dans la chimie notamment ;
            - Au début du XXème siècle, un réseau scientifique très élaboré existe : des structures importantes qui forment de centaines, puis des milliers de chercheurs civils et militaires travaillent à l'élaboration d'armements très complexes, faisant appel à des technologies issues de différentes branches scientifiques. C'est à l'intérieur désormais de véritables complexes militaro-industriels que s'élaborent les armements.

        Ces complexes militaro-industriels, ensembles de laboratoire, d'usines, de bureaux fleurissent tout au long des deux guerres mondiales et aujourd'hui encore, après la longue guerre froide, sont solidement installés dans les universités, dans les entreprises et dans les administrations, les moyens de concevoir et de construire les armements. C'est aux Etats-Unis, en Russie et dans divers pays européens, mais aussi en Chine, en Inde ou au Pakistan que la recherche militaire est présente dans de nombreuses parties du corps social. Elle est intégrée dans un réseau complexe et hiérarchisé, contrôlé par l'Etat, au service de stratégies militaires et les suscitant à leur tour. Mais cette recherche se prolonge en dehors des complexes militaro-industriels proprement dits, elle court dans tous les domaines des sciences physiques, sociales, naturelles, notamment par le biais de participations, même très minoritaires, des structures militaires au financement d'innombrables travaux, dans un veille scientifique constante à l'affût de percées dans les connaissances.
      
         Georges MENAHEM, avec sa double formation scientifique et économique, décrit bien cette recherche tout-azimut, partie prenante du fonctionnement des différents complexes militaro-industriels, souvent sans le savoir. Citant souvent Friedrich ENGELS (Anti-Dühring), il montre comment intérêts économiques et processus de recherche scientifique se mêlent dans ces complexes.
        Le complexe militaro-scientifique américain est directement issu des objectifs des dirigeants des Etats-Unis, au sortir de la Seconde Guerre Mondiale :
    "Ainsi pour les dirigeants des USA, il y avait une double nécessité : se maintenir en état d'alerte permanent et rester toujours en avance dans la course aux armements avec l'URSS. Et ils satisfaisaient d'autant plus volontiers à ces nécessités qu'ils pensaient en retirer au moins trois bénéfices importants :
              - les pays du monde dit "libre", dont en particulier les Etats européens, étaient maintenus dans la dépendance du protecteur américain ;
              - le plus dangereux ennemi des dirigeants américaines, l'URSS, devait s'éreinter à suivre le train d'enfer que lui imposait la politique d'armement US ;
              - le problème de la reconversion économique du secteur de production d'armement était on ne peut mieux résolu puisque non seulement ces secteurs ne périclitaient pas (n'entraînant ni chômage ni crise économique) (...), mais ils se développaient et dégageaient de nouvelles sources de profit." (Georges MENAHEM)

          Le complexe militaro-scientifique soviétique a longtemps été pensé, de même que l'ensemble de l'économie, comme un système centralisé, à l'intérieur d'une société d'un Etat policier. Jacques SAPIR, économiste et spécialiste de l'URSS, démontre que ce système est bien plus complexe (et compliqué!) que cela et explique certaines permanences politiques qui se retrouvent aujourd'hui en Russie. Isabelle FACON, Jean-Paul HUET et Sonia Ben OUAGRHAM, dans une étude faite cinq ans après l'effondrement de l'URSS, montrent les reculs et les restructurations de l'industrie de défense en Russie, vers une intégration marquée des secteurs autrefois distincts des domaines civil et militaire. Cornélius CASTORIADIS avait auparavant bien montré cette stratocratie qui format au sein de la société russe une réelle coupure entre le domaine militaire secret et le domaine civil qui ne profitait en aucune façon (et n'était contaminé en aucune façon non plus au plan des méthodes, dénoncées pour le côté américain par Seymour MELMAN) de retombées de la recherche militaire. Nous reviendrons bien entendu sur ces aspects plus tard (Articles Complexes militaro-industriels).

        Le cas de la France, avec son réseau centralisé sous l'égide de la Délégation Général de l'Armement (DGA) , est bien étudié sur le plan de la recherche militaire tant par Georges MENAHEM que par Jean-Paul HEBERT. Les récentes restructurations, opérées sous l'effet de nouvelles contraintes économiques et de nouvelles orientations technologiques,  comme de nouvelles tendances stratégiques (Défense européenne en gestation) font partie d'une longue série de réorganisations depuis le temps des arsenaux royaux. Les relations entre scientifiques et militaires dans ce pays sont compliquées par une tradition antimilitariste très présente dans les universités comme dans les laboratoires, ce qui n'empêche pas les mêmes ramifications de la recherche militaire dans tout le système scientifique. Tout récemment, le ministère de la défense indique dans son Plan stratégique de recherche et de technologie de défense et de sécurité, les fonctions de la Recherche et Technique de défense et de sécurité :
             - Posséder les compétences scientifiques et techniques pour conseiller les décideurs ;
            - Répondre aux besoins capacitaires à moyen et long terme avec de nouvelles solutions techniques en vue d'obtenir l'autonomie de la suprématie de nos moyens d'action (seul ou en coalition) dans les meilleurs conditions de coût et de délai ;
            - Maîtriser les technologie des systèmes de défense correspondant aux solutions techniques prévues avec le bon degré d'autonomie, au niveau national ou européen ;
           - Contribuer à la construction de l'Europe de la défense en fédérant les efforts autour du lancement de démonstrateurs technologiques ambitieux.
  Dans une annexe du même Plan, on trouve "la base technologique" suivante :
         - Systèmes de systèmes pour les métiers Méthodes outils simulation, Architecture évaluation des systèmes de systèmes, en vue de tous les systèmes de force ;
          - Architecture et technique des systèmes terrestres, aériens et navals, pour les métiers Plate-formes terrestres, aériens et navals et Système de combat terrestre aérien et naval, en vue de l'Engagement-Combat ;
          -  Architecture et technique des système C3R, pour les métiers de systèmes d'information opérationnels, Espace, observation, renseignements et systèmes de drone, Environnement géophysique, en vue du Commandement et de la Maîtrise de l'information ;
         - Sécurité des systèmes d'information pour les métiers de Sécurité des systèmes d'information en vue de tous les systèmes de forces ;
        - Télécommunications pour les métiers de télécommunications en vue de tous les systèmes de force ;
        - Missiles, armes et techniques nucléaires de défense pour les métiers Missiles tactiques et stratégiques, propulsions, matériaux énergétiques et détonique, Techniques nucléaires de défense, Armes et munitions en vue de la Dissuasion, Protection, mobilité, soutien, engagement, combat ;
       - Sciences de l'homme et protection pour les métiers de Défense NRBC (Nucléaire Radioactivité Biologique Chimique) et Sciences de l'homme en vue de Protection et Sauvegarde ;
       - Capteurs, guidage et navigation, pour les métiers Optronique, Détection électromagnétique, Guerre électronique, Guidage Navigation en vue de tous les systèmes de force ;
       - Matériaux et composants, métiers Matériaux, Composants, en vue de tous les systèmes de force.

     Mais toute la recherche scientifique n'est pas pour autant militarisée. George MENAHEM évoque les résistances des scientifiques, même si les orientations de la recherche prennent parfois des formes insidieuses. Jean-Jacques SALOMON préfère de son côté discuter de la double face du chercheur, qui peut être à la fois inventeur de nouvelles armes et travaillant à des accords de désarmement. Bruno STRASSER et Frédéric JOYE évoquent de leur côté la mise en place d'organismes internationaux de recherche, s'efforçant de travailler en dehors des préoccupations guerrières des Etats, notamment dans l'immédiat après-guerre mondiale. Ils examinent ainsi la création de trois grandes institutions de la coopération scientifique européenne : l'Organisation Européenne pour la Recherche Nucléaire (CERN), crée en 1953, l'Organisation Européenne de la Recherche Spatiale (ESRO) en 1961 et l'Organisation Européenne de Biologie Moléculaire (EMBO) en 1964.

       Bruno STRASSER et Frédéric JOYE, Une science "neutre" dans la Guerre froide, La Suisse et la coopération scientifique européenne (1951-1969), 2005 ; Jean-Jacques SALOMON, Le scientifique et le guerrier, Editions Belin, collection Débats, 2001 ; Georges MENAHEM, La science et le militaire, Seuil, collection Science ouverte, 1976 ; Cornélius CASTORIADIS, Devant la guerre 1, Fayard, 1981 ; Seymour MELMAN, The Permanent War Economy, 1974 ; Pierre DUSSAUGE, L'industrie française de l'armement, Economica, 1985 ; Jean-Paul HEBERT, Stratégie française et Industrie d'armement, Fondation pour les Etudes de Défense Nationale, 1991 ; Jacques SAPIR, Feu le système soviétique? Permanences politiques, mirages économiques, enjeux stratégiques, Le Découverte, collection Cahiers libres Essais, 1992; Isabelle FACON, Jean-Paul HUET et Sonia Ben OUAGHRAM, Pouvoirs et industries de défense en Russie, Centre de recherche et d'études sur les stratégies et les technologies, Ecole polytechnique, 1997 ; Patrice BRET, L'invention de la recherche publique en France (1763-1830), L'Etat, l'armée, la science, Presses Universitaires de Grenoble, 2002 ; Ministère de la défense, Direction Générale de l'Armement, Plan stratégique de recherche et de technologie de défense et de sécurité, 2009.

                                                                        ARMUS
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5 novembre 2009 4 05 /11 /novembre /2009 15:05
           Écrit en 1975, cet essai de stratégie intervient au moment où la doctrine française de dissuasion, définie en 1972 dans Le Livre Blanc sur la Défense, semble souffrir de l'ambiguïté due aux déploiements prévus d'armements nucléaires tactiques. Il suscite dès sa publication des polémiques importantes et aujourd'hui encore, il est considéré comme un point de départ intéressant sur les discussions à propos des armements nucléaires et de la stratégie nucléaire. Rétrospectivement, il fait partie de ces rares études à la fois compréhensible pour le public et élément d'un débat de haut niveau entre spécialistes.
    
           En trois parties (Contexte, Prétextes et Texte) et une Conclusion, l'officier porteur d'une tradition familiale militaire, remet en cause trois principes : celui de la bataille, celui du blindé comme force principale des armées et celui du recours à l'armement nucléaire tactique.

          Dans un Liminaire, Guy BROSSOLLET indique que "le système mis en procès dans cet essai est le corps de bataille, élément spécifique de notre Défense Nationale. Au concept corrélatif de bataille, dont on ne sait s'il est cause ou conséquence du système, le projet consiste à substituer celui de non-bataille."

        Dans la première partie, Contexte, l'auteur "admet trois types de contraintes : celles qu'impose le concept de dissuasion, celles qu'impliquent les missions dévolues au corps de bataille et qui demeurent impératives, celles, enfin, afférentes aux possibilités financières du pays." Il examine successivement dans trois chapitres, le contexte de la confrontation, le contexte militaire national et le contexte budgétaire.
      Dans Le contexte de la confrontation, sont passé en revue, rapidement, la dissuasion telle que la conçoivent les Etats-Unis, l'Union Soviétique et la France, avant d'examiner les différentes menaces : les menaces non-militaires (économiques et idéologiques, la fameuse subversion, auxquelles les unités du corps de bataille sont mal préparées), les agressions militaires limitées (incidents à l'intérieur du territoire, exploitation d'une crise intérieure contre lesquelles les unités massées sur les frontières ne sont guère efficaces), le conflit marginal en Europe ou en Méditerranée, auquel le corps de bataille, accaparé par l'offensive nucléaire, n'offre aucune possibilité de manoeuvre politique, le risque d'invasion massive, où seuls les forces de l'OTAN, duquel la France s'est alors retirée, peuvent peser. "C'est pour ce (dernier) type d'action, pour mener en-deçà ou au-delà de nos frontières du Nord-Est et contre un adversaire fortement mécanisé et très supérieur en nombre, une dernière manoeuvre dissuasive sous forme d'un "combat résolu et efficace" que le corps de bataille est prévu. Cadre-t-il avec ce schéma? Là est le problème!"
      Dans Le contexte national, Guy BROSSOLETTE décrit les forces nucléaires stratégiques (FNS), les forces de sécurité générale, et le corps de bataille dont la France dispose. "L'ouverture des hostilités par l'adversaire marquerait, rappelons-le, l'échec momentané de notre dissuasion globale. Au corps de bataille reviendrait alors la mission de rétablir la crédibilité de notre défense. D'après les textes (du Livre blanc), l'exécution de cette mission implique deux capacités :
-  l'une sur le plan de l'action : combattre, pour tester les intentions réelles de l'adversaire et gagner certains délais ;
-  l'autre sur le plan de la signification : faire valoir, par l'emploi d'armes nucléaires tactiques, la menace d'emploi d'armes nucléaires stratégiques.
    Or, si l'action relève du domaine militaire, la signification relève uniquement du politique. Et l'une ne se plie par forcément aux impératifs de l'autre. Pourtant, action et signification sont aujourd'hui étroitement liées dans la séquences d'engagement du corps de bataille (...)". Pour l'auteur, il existe une confusion, qui tient aux contraintes (de temps) d'emploi des armes nucléaires : le gouvernement ne peut plus doser ses effets en jouant du réel (l'action) et du virtuel (la menace) et perd donc une marge de liberté d'action puisqu'au niveau tactique, il en est réduit au tout ou rien.
     Dans le contexte budgétaire, il constate que dans la répartition des dépenses pour les forces armées, le corps de bataille (forces de manoeuvre maritime et aéro-terrestre) occupe déjà une place exorbitante, et qu'il est très difficile d'accorder des moyens réels à la fois à l'aviation et aux forces terrestres de manoeuvre, dans lesquels sont inclues les armes nucléaires tactiques.

          Dans la deuxième partie, Prétextes, l'officier met en face des missions dévolues au corps de bataille et les principes d'emploi, les structures et les moyens dont celui-ci dispose. Il remarque dès le début que l'énoncé même des missions "fait apparaître que celles-ci dissocient l'acte de guerre - le combat - de sa finalité, la victoire". Tester l'adversaire et lui signifier à quoi il doit s'attendre, telle peut se résumer ces missions. Or "le fait est que l'introduction de l'arme nucléaire tactique dans la panoplie des armées n'a pas provoqué de changements décisifs dans l'art militaire français au niveau opérationnel."
        Dans le premier des trois chapitres de cette partie, Des principes, l'auteur constate que "dans le cadre d'une stratégie exclusivement défensive, on continue à équiper ou à instruire le corps de bataille en vue de mener une manoeuvre offensive." Cela parce que les responsables militaires pensent toujours à la bataille nécessaire et à la primauté des forces blindées Du fait de la faiblesse en moyens classique face au déferlement des forces du camp adversaire, "on se rassure, en se disant que le parti qui prendra sur le champ de bataille l'initiative d feu nucléaire, aura immédiatement l'avantage, cette décision entraînant un renversement instantané du rapport de forces". Guy BROSSOLETTE rappelle les débats américains sur l'utilisation de l'artillerie nucléaire et indique que même pour les responsables militaires des Etats-Unis, l'arme nucléaire n'appartient plus à l'arsenal de la première riposte. De plus, en citant le général BEAUFRE, il remarque que les responsables français discutent au niveau de la menace et non de l'emploi. Entrant dans la problématique des clés de l'armement atomique, disponible uniquement au plus haut niveau ou mises en permanence au niveau du corps de bataille, l'auteur pense que "si vraiment l'emploi de l'armement nucléaire tactique implique un risque incontrôlable d'escalade, la totalité du risque est mise en évidence dès la première explosion. C'est nier la spécificité de l'atome que d'affirmer qu'au niveau tactique, cinquante explosions sont plus dissuasives qu'une seule, alors que l'allusion au risque encouru (au niveau stratégique) est la même." Le gros problème, c'est que l'armement nucléaire tactique participe aux deux capacités militaire et politique.
       Dans Des structures, l'auteur voit le plaquage de l'armement nucléaire tactique sur un corps de bataille qui a gardé la structure de 1873. Tant dans les chaînes de commandement que dans les chaînes de logistique, qu'aussi dans les mentalités, la situation n'a pas changé.
      Dans Des moyens, ce sont les mêmes conceptions d'armement qui président, l'ANT (Armement Nucléaire Tactique) étant en fait un super-canon (envoyant une charge équivalente à celle d'Hiroshima à 100 kilomètres, avec une précision de 300 mètres), aux mains d'un commandement et de soldats qui n'ont pas les prérogatives tactiques d'utilisation. La manoeuvre nucléaire ne possède pas beaucoup de sens dès que la menace de représailles stratégiques se révèle au premier feu nucléaire dans le processus du conflit.

       Dans la troisième partie, Texte, compte tenu des contradictions mises en relief précédemment, Guy BROSSOLETTE propose de nouveaux principes et de nouvelles dispositions du corps de bataille, comme de nouvelles manières de penser le conflit nucléaire.En sept chapitres, il tente de couvrir l'ensemble de la problématique en tenant compte d'éventuelles avancées technologiques.
      Le premier chapitre pose quatre nouveaux principes :
                           - Assurer au gouvernement, en toutes circonstances, la plus grande liberté d'action dans l'emploi des forces conventionnelles ou nucléaires. il tend à éviter l'imbrication des forces classiques et des forces nucléaires tactiques qui pourraient contraindre le chef de l'Etat, qui possède la clé du feu nucléaire.
                          - Etre en mesure d'acquérir avec les seules forces conventionnelles les délais et les informations nécessaires au gouvernement pour la conduite de sa manoeuvre politico-stratégique. Les forces conventionnelles, non contraintes par la présence des ANT regagnent leur souplesse de mouvement.
                          - Assurer l'autonomie complètes des forces nucléaires tactiques (forces de signification) et leur confier un rôle d'ultime avertissement dans le développement de la manoeuvre politico-stratégique.
                          - Mettre à la disposition du gouvernement des moyens d'intervention adéquats pour lui permettre d'agir ou de réagir en Europe ou en Méditerranée, hors de tout contexte nucléaire.
    Du coup, ce sont trois systèmes de forces indépendants qu'il faut mettre en place : forces conventionnelles de test et d'information, forces nucléaires de signification, forces d'intervention.
       C'est ce que développent les quatre chapitre suivants, proposant notamment une organisation modulaire de la défense, opposant à la vitesse de l'adversaire, la profondeur du dispositif, à sa masse la légèreté et à son nombre, l'efficacité. Ce système modulaire sera très commenté par la suite et différentes variantes en seront même proposées dans le cadre d'une défense populaire.
        Le sixième chapitre propose donc une nouvelle répartition des dépenses du budget de la défense, utilisant des économies réalisées (absence de divisions lourdes) pour mettre en place le maillage qu'il propose.
        Le dernier chapitre expose de nouvelles technologie émergentes, comme celle du laser pour renforcer l'efficacité du corps d'armée nouvellement disposé.

      Dans sa Conclusion, Guy BROSSOLLET pense s'être bien soumis aux contraintes définies dès le début, "mais aussi longtemps que ces définitions resteront inchangées, nous récusons la nécessité d'engager de grandes unités mécanisées dans les aléas d'une bataille inégale. Nous préconisons, en échange, un combat de type modulaire à base de cellules légères, nombreuses mais indépendantes; et parce qu'elles seraient libérées de structures et de principes trop rigides, nous les croyons capables d'un maximum d'efficacité. Au dessus- de ces cellules, un seul relais hiérarchique. Au sommet, succédant au super-héros des batailles antiques, un chef-système, suprême organisateur et connecteur de ce vaste assemblage de modules synchrones qui se ferait et se déferait au gré des circonstances. En tout état de cause, ce projet ne requiert aucune augmentation des crédits mis habituellement à la disposition des Armées.
  La gravité d'un problème se reconnaît à sa capacité de détraquer les institutions en place : le caractère hyperbolique de l'atome enraye ainsi les machines de guerre traditionnelles. La logique même de l'ascension aux extrêmes, conséquence de la puissance théoriquement infinie de l'arme nouvelle, devrait donc emporter les barrières de la coutume et condamner les solutions moyennes."

      Jean KLEIN, dans une recension de cet ouvrage, écrit avec raison - vu les différents ajustements opérés par la suite dans les armées françaises - que les débats qu'il a suscité, malgré les réticences de l'état-major à la défense modulaire, ont contribué à une clarification des vues sur la stratégie nucléaire et la politique de défense françaises. Ses critiques ont accéléré le processus d'adaptation du corps de bataille. Ils l'ont si bien fait que dans le débat stratégique des années 1980, malgré pourtant des mouvements contraires internes dans l'armée, au moment des élaborations américaines de tactiques nucléaires de champ de bataille, la France opposera une résistance sur le plan de la doctrine.

     Guy BROSSOLLET, Essai sur la non-bataille, Editions Belin, 1975, 125 pages.
       
    
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4 novembre 2009 3 04 /11 /novembre /2009 15:04
            Le livre du spécialiste de l'Europe de l'Est (au Figaro et au Quotidien de Paris entre autres), aujourd'hui rédacteur en chef d'un quotidien polonais, dresse un état de lieu terrifiant (ce n'est pas une exagération) de l'industrie nucléaire civile et militaire russe. Héritiers de l'Union Soviétique, quatre républiquess, la Russie, l'Ukraine, la Béliorussie et le Kazakhstan, ont aussi hérité "d'une quantité suffisante d'armes de destruction massive pour faire sauter plusieurs fois la planète". Mais immédiatement, c'est plutôt des territoires et des sites entiers livrés à une radioactivité intense que ces Etats doivent gérer, s'ils en ont la volonté politique, élément que soulève également l'auteur? Écrit en 1995, cet état des lieux est donc réalisé juste après l'effondrement du bloc de l'Est.
      Christophe URBANOWICZ commence son livre par "le mystère du mercure rouge", un de ces mystères autour de nombreuses matières à moitié fictives. Commencée dès la fin de la Seconde Guerre Mondiale, une véritable course aux matériaux aux propriétés plus ou moins dithyrambiques a mis aux prises secrets secrets (CIA, KGB et bien d'autres...), trafiquants d'uranium ou de plutonium, vrais ou faux, sociétés de l'Est et de l'Ouest en chasse d'opportunités, pays "proliférateurs", parfois principaux perdants de vastes entreprises d'escroquerie, politiciens et militaires plus ou moins intéressants par des profits personnels. L'auteur n'hésite pas à dire que les principaux gagnants d'ailleurs de ces mystères sont le KGB et la nomenklatura soviétique qui ont amassé gra^ce à cela des profits considérables, et...les pays occidentaux qui ont pu ainsi, grâce à l'attention mobilisée à travers le monde pour écouler ces produits-là, mieux connaître les filières clandestines entre l'Est et l'Ouest.
     Faux et vrais produits radioactifs ont donc circulé, et la liste est assez longue des saisies effectuées par les polices et les douanes. Les trafiquants de l'atome ont profité jusqu'au bout, c'est-à-dire jusqu'au transfert de 20 000 armes nucléaires de l'ex-URSS à la Russie, mais ce n'est pas la possibilité de détourner ou de fabriquer une bombe nucléaire qui retient principalement l'attention de l'auteur, qui explique les difficultés techniques d'y parvenir, c'est plutôt la dissémination de nombreux produits radioactifs, dont certains circulent encore on ne sait où, non seulement à partir d'installations militaires ou lors des transports sur parfois de longues distances, mais surtout à partir des centrales nucléaires, des usines ou des instituts dont le système de sécurité ressemble parfois "à une passoire".  D'ailleurs toute cette circulation de produits nucléaires se double de polémiques politiques en Allemagne ou ailleurs, où certaines forces politiques profitent de la peur suscitée par cette circulation, quitte à mettre en épingle certaines affaires où il s'avère qu'il s'agit en fait de "faux" produits, pour accroître leur emprise idéologique sur certaines parties de la population.
    Le mérite de ce livre est aussi de mettre en relief la quasi destruction de l'industrie nucléaire russe, après le coup d'arrêts des dépenses militaires soviétiques et le démantèlement de tout le réseau de planification. Fuite de matériaux bien entendu, mais aussi chute du nombre d'emplois, de spécialistes de haut niveau, déshérence des 24 villes secrètes du ministère de la défense, de conception et de fabrication des armes nucléaires, fuite de cerveaux par départ de travailleurs du secteur nucléaire ou carrément hors de Russie. Christophe URBANOWICZ compare la véritable chasse aux savants soviétiques à celle des savants nazis après la chute du Reich, détaillant les politiques différentes suivies par les Américains d'une part et les Européens d'autre part (chasse non limitée au secteur nucléaire d'ailleurs). Il s'agit non seulement de l'installation d'une partie de l'élite scientifique, malgré les limitations effectuées dans cette fuite des cerveaux en ce qui concerne les spécialistes aux connaissances les plus pointues, mais également de la communication à l'extérieur de multiples secrets de fabrication ou de conception d'armes nucléaires, entre autre par le canal d'Internet.
   A l'heure où il écrivait les lignes de son livre, l'auteur estime que "la perestroika écologique n'est pas encore à l'ordre du jour en Russie" pourtant "près de 15% du territoire de l'ex-territoire de l'URSS sont déclarés (Rapport de la sécurité de la commission écologique russe de 1994) "zones de désastre écologique" et quelques quatre millions de personnes vivent dans des zones à risque écologique", comme Tchernobyl (Ukraine), Semipalatinsk (Kazakhstan) ou, en Russie, à Tomsk et à Kranoiarsk, dans le bassin houiller du Kouzbas, dans la région du fleuve Amour, au nord de la Chine ou dans la presqu'île de Kola." Tous les anciens sites nucléaires, que ce soient les centres d'essai des armes nucléaire, ou les usines, ou les centre de recherche, sont autant "de bombes à retardement" écologique, vus les niveaux de radioactivité qu'on y trouve.
   Le lecteur pourra trouver en fin d'ouvrage de multiples notes et des indications bibliographiques précieuses.

   Comme ce livre fut écrit depuis un moment déjà, la situation a évolué dans le sens apparemment de l'amélioration, vu les outils, dont l'auteur en détaille certains, mis en place dès 1994-1995. Que ce soit dans le domaine de la collaboration dans l'industrie nucléaire entre la Russie et l'Occident, surtout l'Union Européenne d'ailleurs, ou dans le domaine du démantèlement de l'arsenal soviétique d'armes nucléaires prévu dans les traités de désarmement, où parfois seule l'aide financière et technique occidentale permet de le mener, des progrès notables sont enregistrés, et mis à la connaissance du public par différents canaux d'information. On pourra se référer notamment à la Revue Nucléaire de Russie (RNR), mensuel édité par le Service Nucléaire de l'Ambassade de France en Russie (ambafrance-ru.org). Sur son site figure de nombreuses informations utiles (une liste de liens entre autres). Autre source recommandée, celle de l'organisation non gouvernementale norvégienne, la fondation Bellona (bellona.org), disponible en anglais.
   L'éditeur présente ce livre de la manière suivante : "L'atome était une religion pour l'URSS. C'est un cauchemar pour la Russie et les autres républiques ex-soviétiques. Une hantise pour les Occidentaux. Une aubaine pour les trafiquants du nucléaire. Depuis l'effondrement de l'uNION soviétique, les trafics de matières nucléaires se multiplient dangereusement. La mafia du nucléaire existe-elle? Qu'est-ce que le mercure rouge? Une arme révolutionnaire ou une gignatesque escroquerie organisée par le KGB? Comment les services de renseignements français ont-ils tendu un piège à des diplomates iraniens en poste à Paris? Pourquoi les services secrets allemands ont-ils monté l'opération "le dard de Munich", l'une des plus grosses saisies de plutonieum militaire La pollution radioactive, voilà l'héritage le plus durable du régime communiste. En sacrifiant des milliers de vie humaines, le régime communiste a commis, en silence, un véritable crime nucléaire. Si Tchernobyl reste le symbole de la catastrophe, il n'est pas le seul cimetière de l'atome dans l'ex-URSS. Une centaine d'autres bombes à retardement sommeillent aux quatre coins de l'empire nucléaire éclaté. Une enquête rigoureuse qui révèle et démonte les mécanismes du trafic le plus effrayant de cette fin de siècle."

     Christophe URBANOWICZ, L'empire nucléaire éclaté, document, Editions Michalon, 1995, 258 pages.
Complété le 9 octobre 2012

    

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2 novembre 2009 1 02 /11 /novembre /2009 15:53
        Une fois n'est pas coutume, nous plaçons dans cette rubrique "Revues", quatre sources d'informations, parmi les plus utilisées, en matière d'armements et de désarmements, qui ne diffusent pas que des revues, et qui couvrent dans leurs domaines d'interventions des aspects techniques, économiques, militaires et politiques.
        Ainsi successivement, nous présentons ici, l'Institut International d'Etudes Stratégiques, le Stockolm International Peace Research Institute, le Groupe de Recherche et d'Information sur la Paix et les Conflits et le Centre de Documentation et de Recherche sur la Paix et les Conflits.
Nous avons déjà présentés par ailleurs l'Institut de Relations Internationales et Stratégiques. D'autres ressources existent, comme l'Institut Français des Relations Internationales qui diffuse Ramsès, ou, toujours en se limitant aux aspects multiples de l'armement, le Verification Technology information Centre et le World Military Expenditures and Arms Transfers, diffusé par l'United State Arms Control and Disarmament Agency des Etats-Unis ou encore le Conventional Arms Transfers to Developing Nations (Congrès des Etats-Unis), sans compter différentes agences spécialisées de l'Organisation des Nations Unies.

        L'International Institute for Strategic Studies (IISS), institut de recherche (think tank) anglophone, fondé en 1958 à Londres, se décrit lui-même comme "l'autorité majeure en matière de conflits politico-militaires". En le suivant toujours, c'est "une source primaire d'information précise, objective sur des problèmes stratégiques internationaux pour les politiciens et diplomates, les analystes des affaires étrangères, les milieux d'affaires internationaux, les économistes, les militaires, les commentateurs de la défense, les journalistes, les universitaires et le public informé. L'Institut ne fait allégeance à aucun gouvernement, ni à des organisations politiques ou autres." De fait, depuis les années 1960, l'Institut organise des rencontres entre ses 2 500 membres individuels et 450 membres de personnes morales ou institutionnelles de plus de 100 pays, qui sont autant de rendez-vous obligés entre responsables de la défense et acteurs internationaux comme nationaux.
A la fois Société A Responsabilité Limitée et Organisme de charité selon le  droit anglais, l'Institut peut se targuer à la fois de diffuser des informations de première main et d'être indépendant des Etats et de leurs initiatives, si on n'omet pas de préciser que, à ce haut niveau d'expertise et de grand impact sur les décisions militaires, que l'organisation est bien entendu l'objet de l'attention de tous les services secrets des grandes puissances comme des moyennes....
              Ses publications, Survival, Military Balance, Adelphi Papers, Strategic Survey et Strategic Comments, aux mutliples collaborations, parfois d'hommes d'Etat en exercice, conseillers militaires et stratégiques en fonction, sont animées par une équipe internationale d'une vingtaine de chercheurs s'appuyant sur un large réseau de correspondants à travers le monde. Ils alimentent également une base de données, la Armed Conflict Database.
     The Military Balance est un document annuel qui répertorie de manière détaillée les capacités militaires et les budgets de la défense de 170 pays. Pour qui maîtrise bien l'anglais, c'est la première source d'information à étudier, même si elle ne couvre pas tous les aspects des armements.
     Survival : Global Politics and Strategy est un journal bimensuel "pour les analyses et les débats des affaires internationales et stratégiques."
     Strategic Dossier Series est une série de dossiers d'expertise technique qui présente des informations très détaillées, fort prisées par les différents experts mais qui peuvent rebuter même l'étudiant de plus assidu, surtout qu'il faut obligatoirement "suivre" ces dossiers, sous peine de "décrocher" rapidement.
    Strategic Comments est une source par Internet, publiée 10 fois par an, sur les aspects politico-militaires de la sécurité internationale.
    Strategic Survey, The annual review of world affairs constitue une source pointue pour l'interprétation des développements stratégiques.
     The Armed Conflict Database est une base de données régulièrement mise à jour, en ligne, sur les informations détaillées concernant 70 conflits dans le monde.
     The Adelphi series est une série de livres sur la sécurité internationale, avec un thème précis par numéro, la remilitarisation du Japon par exemple.
      The quartely newsletter est à destination des membres de l'IISS pour suivre l'ensemble des activités de l'Institut. A noter que sur son site, on y retrouve beaucoup de ces informations.
      Enfin les différentes conférences internationales organisées par l'IISS font l'objet de compte-rendus, particulièrement suivis par les responsables des revues qui traitent des questions de défense et de sécurité.
              L'institut possède également trois autres sièges, qui gèrent des instituts de manière autonome,  à Singapour (Asie), à Bharein (Moyen-orient) et à Washington (Etats-Unis).

         IISS, London Office, Arundel House, 13-15 Arundel Street, Temple Place, London WC2R 3DX. UNITED KINGDOM
         Site : www.IISS.org.


      Le Stockolm International Peace Research Institute (SIPRI), fondé en 1966 sur proposition du gouvernement suédois,  par le Parlement suédois, mêle également neutralité et volonté de faire se rencontrer responsables de défense, avec une volonté forte de contribuer à la résolution des conflits armés. Le think tank suédois n'a pas l'ambition d'influer comme l'IISS sur l'orientation des politiques publiques de son pays ou d'autres pays, mais de fournir une information et des analyses basées sur de solides connaissances à l'ensemble de la communauté internationale, pas seulement les cercles de responsables, mais aussi à l'ensemble des opinions publiques.
     Son personnel international de 50 à 60 personnes élabore de multiples dossiers, et notamment le SIPRI Yearbook annuel, sur les industries de défense, la production et le commerce des armements et depuis 1989 actualise le SIPRI arms industry database, en ligne sur Internet.
    Le SIPRI yearbook fourni de multiples informations sous forme de courtes analyses et de tableaux exhaustifs sur les événements durant l'année passée sur les armements et les différents processus de désarmements, les conflits armés et leur résolution. Il existe toujours un résumé en français de ce gros livre, téléchargeable sur Internet. C'est une base de référence indispensable pour beaucoup d'analystes.
Par exemple, dans le SIPRI Yearbook 2009, publié en collaboration avec l'IRIS, on peut trouver des chapitres sur des sujets tels que la sécurité et les conflits (Déplacements massifs de population causés par les conflits et violence ulinatérale, Tendance des conflits armés, violence unilatérale contre les civils, La légitimité des opérations de maintien de la paix, Sécurité et politique en Afghanistan : progrès, problèmes et perspectives), les dépenses militaires et l'armement  (Dépenses militaires, production d'armements, Transferts d'armes internationaux, Forces nucléaires mondiales) ainsi que sur la non-prolifération, le contrôle des armements et le désarmement (Contrôle des armements nucléaires et non-prolifération, Réduire les menaces à la sécurité des matériaux chimiques et biologiques, Contrôle des armements classiques, Contrôles des transferts internationaux liés à la sécurité).
     Le SIPRI policy papers est une série de rapports sur un sujet précis ou sur un autre, en lien avec les politiques de maîtrise des armements. Il complète d'autres publications plus régulières, tels que SIPRI insights on peace and security, des monographies sur des sujets examinés sur le long terme, les numéros de SIPRI Research Reports se centrant sur le contrôle des armements. C'est en tout quelques 300 publications qui sont aujourd'hui disponibles par ailleurs qui depuis 1969, traitent de beaucoup d'aspects sur les accords de désarmement.

       SIPRI, Signalistgatan 9, SE-169 70 SOLNA, SWEDEN.
       Site Internet : www.sipri.org.

     
     Le Groupe de Recherche et d'Information sur la Paix et la sécurité (GRIP), fondé en 1979 à Bruxelles, se fait connaître surtout par ses analyses et dossiers d'information concernant la course aux armements, ses mécanismes, les intérêt en jeu. Dans ses options fondamentales figurent son caractère "pluraliste" et sa contribution au "respect des principes définis dans la Charte des Nations Unies. L'action du GRIP se situe donc en référence aux valeurs et concepts suivants : la recherche d'une sécurité globale et commune, la prévention des conflits, le règlement pacifique des conflits, la coopération entre Etats, une approche multilatérale de la sécurité internationale, la solidarité entre pays industrialisés et pays en voie de développement, le dialogue Nord-Sud, une concertation permanente avec la société civile, le respect des minorités, le respect des droits de l'homme et la démocratie, l'amélioration de la sécurité humaine.".
    Indépendant de toute organisation, fondant son activité sur une information rigoureuse et une diffusion adéquate de cette même information au service des acteurs en faveur des valeurs qu'il défend, le GRIP faisait partie des sources d'information très prisées par les organisations et les militants de paix en Europe dans les années 1980. Son équipe d'une vingtaine de personnes se centre actuellement sur l'économie de l'armement et les questions nucléaires. Elle participe à l'élaboration de plusieurs publications : des livres, co-édités avec les Editions Complexe qui abordent les questions internationales dans les domaines de la géostratégie et de la sécurité internationale (en moyenne 5 livres par an) ; les Rapports du GRIP, collection sans périodicité qui valorise les différents travaux de recherche ; les Nouvelles du GRIP, lettre d'informations trimestrielle de huit pages, qui sont des regards sur les grands dossiers du moment.
   Dans un de ses Rapports en 2009, Dépenses, production et transferts d'armes, Compendium 2009, signé Luc MANPAEY, on trouve détaillées Les sources et les méthodes dans l'établissement des données sur Les dépenses militaires, La production d'armement, Les transferts d'armements, Les Conventions monétaires, avant une analyse des dépenses militaires mondiales, par régions et par Etats les plus dépensiers en 2007, sur la production d'armes dans le monde (un Top 100, et des informations sur les fusions et acquisitions d'entreprises qui travaillent dans le secteur de l'armement), sur les transferts internationaux d'armements conventionnels (Tendances générales, Principaux pays exportateurs, Transferts vers les pays les plus pauvres), et sur la valeur financière du commerce mondial des armements. Sans oublier des annexes très utiles sous forme de tableaux.
   Un Centre de documentation existe parallèlement au GRIP, accessible au public sur rendez-vous.

     GRIP, 467, Chaussée du Louvain, B-1030 BRUXELLES, BELGIQUE.
     Site : www.grip.org

    Le Centre de Documentation et de Recherche sur la Paix et les conflits (CDRPC), fondé en 1984 à Lyon, se présente comme "un des principaux centres d'expertise français indépendant qui effectue des recherches et diffuse de l'information sur les questions de défense et de sécurité". Son activité s'articule principalement sur trois thèmes : les forces nucléaires françaises, les transferts d'armement et l'industrie d'armement.
Très utilisées par les médias français - souvent sans le citer! - les ressources du CDRPC  sont notamment disponibles  par l'intermédiaire de ses publications et à travers l'activité de deux Observatoires : l'Observatoire des transferts d'armement, qui publie lui-même une Lettre d'information et propose chaque année un rapport sur les exportations d'armes françaises, et l'Observatoire des armes nucléaires françaises qui effectue un suivi d'informations sous forme de cahiers et sur Internet. Son équipe d'une dizaine de personnes anime la revue Damoclès, Revue d'échanges sur la paix et les conflits et publie des ouvrages sur des thèmes précis (Nucléaire militaire, prolifération des armes légères, coopération militaire). Elle participe à des campagnes contre les ventes d'armes et anime par ailleurs un centre de documentation dont les ouvrages et les dossiers sont consultables sur place (cdrcp@obsarm.org) et sur rendez-vous.

       CDRPC, 187, Montée de Choulans, 69005 LYON, FRANCE.
       Site : www.obsarm.org
(Actualisé le 11 Avril 2012)
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Published by GIL - dans REVUES
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2 novembre 2009 1 02 /11 /novembre /2009 09:53
            La variété des armements nucléaires provient à la fois de la prise en compte de l'arme atomique comme arme de dissuasion (armements stratégiques) et de la tentative de lui donner un sens opérationnel (armements tactiques). Jouant à la fois sur la puissance (effets différenciés de feu, de souffle, d'impulsion électromagnétique et de radioactivité) de l'engin nucléaire, sur sa portée, sur sa précision, sur son porteur (missiles, avions...), sur sa vitesse et sur le lieu de départ de son lancement, les membres des états-majors militaires et des instances politiques concernées ont mis en place tout un jeu d'armements nucléaires depuis maintenant plus de soixante ans... et continuent, malgré la disparition du système des blocs, de le faire.
 
           Au gré des stratégies nucléaires changeantes avec les évolutions géopolitiques comme sous la poussée des progrès technologiques, toute une classification, qui est en même temps un élément de la gesticulation diplomatico-militaire, est utilisée par les spécialistes et stratégistes en tout genre comme par les armées qui les déploient.
         Si l'on suit Bertrand de MONTAUDOUIN, les armements nucléaires "peuvent être classées différemment selon le regard apporté, militaire ou politique" :
                 - Militairement, on distingue les armes anticités, qui ont pour objectifs les centres économiques de l'adversaire, et les armes antiforces, qui menacent son appareil militaire (notamment les centres nucléaires) dans ses éléments de tête ou dans la profondeur de son dispositif.
Les premières armes (anticités) exigent de fortes puissances pour traiter de vastes cibles, et leur précision est superflue. Cette puissance est obtenue pour un vecteur (missile la plupart du temps) soit avec tête unique, soit avec têtes multiples (jusqu'à  plus de dix...) qui permettent de mieux couvrir les objectifs étendus et de saturer les défenses. Ces têtes peuvent être indépendamment guidées ou non, ou peuvent tout simplement tomber suivant les lois de la balistique.
Les deuxièmes armes (antiforces) sont par contre caractérisées par leur précision car elles doivent atteindre des cibles compactes, voire ponctuelles et leur puissance est calculée de façon économique. La "bombe à neutrons" par exemple possède des effets collatéraux limités pour être utilisée à proximité de troupes ou de populations amies.
                - Militairement aussi, les armes sont classées en fonction du lieu de lancement, à partir de silos fixes ou de véhicules mobiles terrestres (sol-sol) ; à partir de navires de surfaces ou sous-marins (mer-sol) ou à partir d'aéronefs (air-sol).
               - Politiquement, les armes nucléaires peuvent être répertoriées en trois catégories :
                                                 - les systèmes centraux ;
                                                 - les euromissiles ;
                                                 - les armes tactiques.
                        Les systèmes centraux regroupent les armes d'un Etat pouvant atteindre le territoire adverse à partir de son sol national, ou par extension à partir des sous-marins. Pour les Etats-Unis et la Russie, il s'agit de missiles intercontinentaux de portée supérieure à 5000 km et des missiles de sous-marins. Pour la France, des portées moindres sont suffisantes, et cela concernait les missiles du site du plateau d'Albion (aujourd'hui abandonné) et concerne les missiles des Sous-marins Nucléaires Lanceurs d'Engins.
                        Les euromissiles sont les armes pouvant atteindre le territoire soviétique à partir du sol européen et, par symétrie, les armes russes pour atteindre l'Europe mais non les Etats-Unis. La portée des euromissiles varie de 500 à 5000 km. Les fameux SS 20 soviétiques et les Pershings américains de ce que l'on a appelé la "crise des missiles" dans les années 1980 en sont des exemples. Une arme soviétique de 2 000 km de portée, par référence aux Etats-Unis est un euromissile, alors qu'il est possible de le considérer comme système central pour les nations européennes, d'où une partie des divergences d'appréciation entre Etats-Unis et Europe.
                        Les armes tactiques ont une portée inférieure à 500 km et sont destinées à atteindre des objectifs militaires de proximité. Elles comprennent des missiles (Lance américain, Pluton français, Frog soviétique), des avions armés de bombes ou de missiles air-sol, et des obus d'artillerie. Pour une partie de la doctrine soviétique, mais aussi celle de l'OTAN (Organisation du Traité de l'Atlantique Nord), ils peuvent être considéré comme premier échelon de la guerre nucléaire si les moyens conventionnels ne suffisent pas (et même être utilisés de manière complémentaire), tandis que pour la doctrine française, il s'agit d'armes de dernier avertissement avant une frappe stratégique.

               Alors que les médias ne parlent pratiquement plus des armements nucléaires, sauf pour évoquer la prolifération nucléaire (ou récemment le bouclier anti-missile prévu puis abandonné à l'Est de l'Europe), le nombre existant de ceux-ci suffisent toujours à détruire plusieurs fois la surface de toute la planète.
            Les chiffres restent l'enjeu de la bataille diplomatique qui se joue notamment lors de la discussion des différents traités de maîtrise des armements ou de désarmement ; aussi ceux-ci ne sont connus que de manière approximatives, outre les différents problèmes de classification qui peuvent surgir. A noter par exemple que le comptage par têtes et non par porteurs fut l'objet d'une bataille diplomatique.
              Si l'on suit le SIPRI (Stokholm International Peace Research Institute), dans son rapport 2009, les forces déployées en janvier 2009 comptent :
                             - pour les Etats-Unis, 2 202 têtes stratégiques et 500 têtes non stratégiques, soit 2 702 têtes au total ;
                             - pour la Russie, 2 787 têtes stratégiques et 2 047 têtes non stratégiques, soit 4 834 têtes au total ;
                             - pour le Royaume Uni, 160 têtes stratégiques ;
                             - pour la France, 300 têtes stratégiques ;
                             - pour la Chine, 186 têtes stratégiques ;
                             - pour l'Inde, un total de 60-70 têtes ;
                             - pour le Pakistan, un total de 60 têtes ;
                             - pour Israël, un total de 80 têtes.
     Soit un total de 8 392 têtes. Mais il faut compter sur la Corée du Nord qui a conduit et conduit apparemment encore des essais nucléaires (octobre 2006, mai 2009), mais on ignore si elle a fabriqué des armes nucléaires.
                  Par ailleurs, si l'on veut tenir une comptabilité plus précise en faisant entrer les porteurs, au 1 janvier 2006, on avait :
            - pour les Etats-Unis, 114 bombardiers B52, et 72 bombardiers B2 porteurs de 1 050 têtes nucléaires, 510 missiles intercontinentaux LGM 30G ou LGM-118A, soit 1 150 têtes, 360 sous-marins nucléaires UGM-96A ou UGM-133A porteurs de 2 016 têtes, soit un total d'armes stratégiques de 4 216 têtes nucléaires. Auxquels il faut ajouter des forces non stratégiques Bombarbier B61 et missiles Tomahawk, soit 680 têtes au total, soit un total général de 4 896 têtes.
            - pour la Russie, 78 bombardiers Tu-95MS6 ou Tu-95MS16 ou encore Tu-160 porteurs de 872 têtes nucléaires, 611 missiles intercontinentaux SS-18 à 27 porteurs de 2 436 têtes et 192 sous-marins nucléaires SS-N-18M1 ou SS-N-23 porteurs de 672 têtes, soit un total d'armes stratégiques de 3 980 têtes. A cela, il faut ajouter des forces de défense stratégique (1 200 têtes) et des forces de défense non-stratégique (1 540) et d'autres forces encore de 640 têtes, ce qui fait un total général de 7 360 têtes.
            - pour le Royaume-Uni, 48 sous-marins nucléaires D-5 Trident porteurs de 185 têtes ;
            - pour la France, 4 sous-marin nucléaires porteurs de 288 têtes, 60 mirage 2000N porteurs de 50 têtes et 24 Super-Etendard porteurs de 10 têtes, soit un total général de 348 têtes ;
            - pour la Chine, 1 sous-marin nucléaire porteur de 12 têtes, 30 avions Q-5 et 120 avions H-6 porteurs de 150 têtes, et 120 missiles DF-3A à 31, soit un total d'armes stratégiques de 282 têtes auquel il faut ajouter environ 120 armes non-stratégiques, soit un total général d'environ 400 têtes ;
            - pour l'Inde, une estimation de 30-40 têtes nucléaires ;
            - pour le Pakistan, une estimation de 30-50 têtes nucléaires ;
            - pour Israël, une estimation de 200 têtes nucléaires.
   On aura bien noté des différences dans les chiffres de 2006 et de 2009, et cela tient à la complexité du comptage des têtes (on discute d'équivalents-têtes nucléaires), à la mise en vigueur de traités de désarmement et...aux surprises des comptages (qui peuvent être surestimé ou sous-estimé sciemment par les autorités qui les détiennent, et même comme dans l'ancienne Union Soviétique ne pas s'attacher à en faire une comptabilisation rigoureuse...).

         Plusieurs traités concernant les armements nucléaires ont été signés, certains validés et en cours d'exécution, d'autres non validés mais exécutés quand même, comme validés mais à l'exécution incertaine... Il faut pour s'éclaircir les idées tenir compte surtout des accords SALT, START, FNI, SORT, et bien entendu ABM (concernant le bouclier nucléaire) :
                - Les traités dit SALT (Strategic Arms limitation Talks - Discussion sur la limitation des armements stratégiques), signés par l'Union Soviétique et les Etats-Unis en 1972 (SALT I)  et en 1979 (SALT II).
L'accord SALT II obligeait les deux parties à limiter les dispositifs de lancement de missiles balistiques intercontinentaux (ICBM), de missiles balistiques lancés par sous-marins (SLBM), de missiles air-surface et les bombardiers lourds à une quantité totale ne dépassant pas 2 400 unités. ce nombre fut réduit à 2 250 au début de l'année 1981. La quantité totale de missiles balistiques équipés de corps de rentrée à têtes multiples indépendamment guidées (MIRV) et de bombardiers lourds fut limitée à 1 320 unités, et la quantité totales de missiles balistiques intercontinentaux équipés de corps de rentrées de même type à 820 unités. Le traité limitait aussi la quantité de missiles balistiques intercontinentaux existants équipés de corps de rentrée (dans l'atmosphère à un moment de la trajectoire balistique) et limitait aussi à respectivement à 10, 14 et 10, le nombre de corps de rentrée dont pouvaient être équipés les nouveaux missiles balistiques intercontinentaux, missiles balistiques lancés par sous-marins et missiles balistiques air-surface.
               - Les traités START (Strategics Armes Reduction Talks - Discussion sur la réduction des armements stratégiques), signés par les Etats-Unis et l'Union Soviétique en 1991 (SART I) et en 1993 (START II).
L'accord START II obligeait les deux parties à réduire de façon importante leurs arsenaux nucléaires, portant le nombre des armes stratégiques entre 3 000 et 3 500, et éliminant tous les missiles balistiques intercontinentaux porteurs de charges multiples.
               - Mais ce traité START II, même s'il a commencé à avoir un début d'exécution, est rendu caduc par le Traité de désarmement nucléaire (SORT) signé le 24 mai 2002 entre les Etats-Unis et la Fédération de Russie.
Ce traité engage les deux parties à réduire de deux-tiers leur arsenal d'armes nucléaires stratégiques qui doit passer de  6000 têtes environ à 1 700/2000 têtes chacun d'ici 2012.
              - Le traité FNI d'élimination des missiles à portée intermédiaire et à plus courte portée, signé en 1987, prévoit l'élimination et l'interdiction permanente d'une classe entière de missiles balistiques américains et soviétiques à portée intermédiaire et à courte portée (de 500 à 5 500 km). Mais après la dislocation de l'Union Soviétique, seuls 4 des douze Etats successeurs (Bélarus, Kazakhstan, Fédération de Russie et Ukraine) participent au régime d'inspections du désarmement.
                         
            Jean KLEIN, dans un article de 2003, faisant le point sur l'avancée que constituait le nouveau Traité de désarmement nucléaire écrivit notamment :
 "Dans une déclaration commune publiée le même jour (ce 24 mai 2002), les parties contractantes affirmaient que l'époque où elles étaient ennemies était révolue et qu'à l'avenir, elles agiraient comme des partenaires pour "faire progresser la stabilité, la sécurité et l'intégration économique, relever les défis qui se posent à l'échelle mondiale et aider au règlement des conflits régionaux". Se manifestait ainsi une certaine connivence entre Russes et Américains dans un monde où l'antagonisme Est-Ouest avait vécu, mais où de nouveaux risques avaient surgi et où des organisations criminelles n'hésitaient pas à recourir à l'"hyper-terrorisme" pour menacer leurs intérêts vitaux."
  Conclu après les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, le "SORT (...) a permis de faire sortir le débat (sur le désarmement) de l'impasse et d'atteindre le but que l'on s'était fixé en empruntant des voies différentes de celles que l'on avait prises dans le passé. Plutôt que de s'engager dans de longues négociations et de rédiger un traité volumineux qui définirait d'une manière précise les obligations contractées, on s'est borné à fixer un objectif global en laissant à chaque partie "la composition et la structure de ses armements stratégiques offensifs en se fondant sur la limitation globale convenue du nombre d'ogives de ce type (article premier). Seules les ogives sont prises en compte et il n'est plus question de répartir les charges nucléaires entre les trois composantes de la triades stratégique - missiles sol-sol, missiles mer-sol et bombardiers à long rayon d'action. En outre, les charges nucléaires qui font l'objet de réductions ne seront pas toutes éliminées car on veut en conserver un certain nombre comme réserve opérationnelle afin de pouvoir reconstituer rapidement les stocks préexistants en cas de nécessité. D'après les prévisions officielles, les Etats-Unis envisageraient de déployer 2 200 armes stratégiques en 2012 et de conserver 2 400 armes supplémentaires en réserve opérationnelle. (...). On estime également que les Etats-Unis continueront de stocker des milliers d'ogives supplémentaires qui pourraient être réinstallées sur des vecteurs et constituer des armes prêtes à l'emploi."
Si les Etats-Unis fournissent des indications sur les vecteurs et les ogives qu'ils entendent retirer, "en revanche, les Russes ont fait preuve de discrétion sur la manière dont ils procéderont aux réductions convenues, mais il est probable que les ogives retirées des vecteurs opérationnels seront stockées et non pas éliminées comme ils en exprimaient le souhait naguère. En 2002, on estimait à plus de 13 000 le nombre de leurs armes nucléaires stratégiques non déployées et de leurs armes nucléaires tactiques. Ces chiffres élevés s'expliqueraient surtout par le fait que le coût de leur démantèlement excède les ressources  financières de la Russie. Cependant, aux dires d'experts américains, la Russie continuerait de fabriquer des armes nucléaires en faible quantité pour remplacer celles qui sont frappées d'obsolescence" (soit par problèmes techniques liés à la radioactivité, soit à cause des progrès technologiques).
  "A la différence du traité START, la chronologie des opérations de désarmement n'est pas précisée et le processus de réduction ne comporte pas d'étapes intermédiaires, ce qui introduit un facteur d'incertitude dans l'exécution du Traité. En effet, la seule obligation qui incombe aux deux parties contractantes est d'atteindre les plafonds finaux des armes stratégiques déployées opérationnellement, le 31 décembre 2012, c'est-à-dire le jour même où le Traité expire."
  "En dépit des réserves qu'il inspire dans les milieux favorables à la maîtrise des armements (notamment sur le caractère sommaire des vérifications), le SORT a été salué comme une étape sur la voie d'une réduction des armements stratégiques et le prélude à des mesures plus significatives destinées à réduire les risques de l'âge nucléaire et à consolider le régime de non-prolifération."
 
           André DUMOULIN, dans un article de juin 2010, à l'occasion de la situation du traité START 3 et de la conférence sur la sécurité nucléaire, les stocks de matériaux fissiles et la non-prolifération, et surtout après le fameux discours du président des Etats-Unis Barak OBAMA sur un monde sans armes nucléaires d'avril 2009 qui semblait annoncer un changement très important dans le domaine des armements nucléaires, fait le point sur les plafonds désormais autorisés par les traités stratégiques et les possibles changements de stratégie. 
 Le traité START 1 de 1991, qui expirait en décembre 2009, prévoyait 6 000 têtes nucléaires et 1 600 vecteurs/lanceurs. Le traité START 2 de 1993 fut finalement non appliqué. Le traité SORT de 2002 qui devait rendre caduc le traité START 2, prévoyait de 1 700 à 2 200 têtes nucléaires, le nombre des vecteurs/lanceurs n'étant pas mentionné. Ce traité START 3 ou NEW START prévoit 1 550 têtes nucléaires et 800 lanceurs/vecteurs. Ces plafonds doivent être atteints dans sept ans, le traité étant valable 10 ans et reconductible sur 5 ans. Ceci bien entendu reste un traité conclu entre les seuls Etats-unis et Russie...
Il s'agit en fait d'un traité "ambivalent" qui "reflète la volonté de parvenir à une nouvelle réduction des potentiels avec un fameux effet d'annonce", mais qui joue "sur l'apparence des chiffres". Même si les plafonds seront atteints facilement en chiffres absolus et il le seraient déjà en grande partie côté russe pour des raisons budgétaires, le nouveau traité n'inclut pas les charges nucléaires de réserve, les armes nucléaires de théâtre et les armes actuellement désactivées en voie de démantèlement, puisqu'il ne concerne que les armements dits stratégiques. L'auteur signale à bon droit que même si le traité est respecté (il faut encore des ratifications parlementaires), il resterait dans le monde tout de même entre 9 400 et 13 000 charges de différents statuts. Le fait positif nouveau est tout de même que ce traité "symbolise un réchauffement des relations américano-russes, mais aussi et surtout en matière de lutte contre la prolifération, Washington et Moscou semblent désormais être en phase. La dé-mirvation des ICBM américains Minuteman III indique la volonté d'améliorer la précision (nucléaire ou conventionnelle) pour cibler des objectifs hautement prioritaires "proliférateurs" et non jouer dans un scénario de frappe anti-forces aggravées visant la Russie selon les scénarios SIOP du passé." La doctrine américaine présentée le 6 avril 2010 par le Secrétariat de la défense prévoit de grands changements dans les "postures de défense", notamment sur la qualité des ogives des missiles (capacité alternative nucléaire/conventionnel - remplacement des têtes multiples par des monotêtes...).

      Jean KLEIN, Le Traité sur la réduction des armements stratégiques offensifs et les nouvelles relations entre les Etats-Unis et la Fédération de Russie, 2003 ; SIPRI, Yearbook 2009, Armaments, Disarmaments and International Security, traduction française (résumé) faite en relation avec l'IRIS ; Bertrand de MONTAUDOUIN, article Armement nucléaire - Problèmes politiques, Encyclopedia Universalis, 2004 ; André DUMOULIN, article Entre NPR (revue de posture nucléaire) et START (traité de réduction des armements stratégiques), les interrogations demeurent, Défense et Sécurité Intrnationale n°60, juin 2010.

                                                                        ARMUS
           

  
       
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Published by GIL - dans ARMEMENT
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