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9 mars 2009 1 09 /03 /mars /2009 10:29
      Rappelons simplement que l'esthétique est, selon le Vocabulaire technique et critique de la philosophie, "une science ayant pour objet le jugement d'appréciation en tant qu'il s'applique à la distinction du Beau et du Laid."
     
      Contrairement au Dictionnaire d'esthétique et de philosophie de l'art, le Vocabulaire d'esthétique définit le mot conflit et le rapproche ensuite du mot Agonistique, "terme à peu près synonyme de celui de conflictuel".
     En référence à HERACLITE, Etienne SOURIAU soutient "que tout oeuvre d'art est fondé sur un conflit, qui en fait l'âme dynamique : théâtre, musique, peinture..."
   "Il est facile de voir l'importance basique de faits de tension et de détente, où la tension procède de l'affrontement de deux tendances opposées en conflit. Certaines formes d'art donnent même primauté au conflit : ainsi l'art baroque, ou certains aspects du Romantisme."
   "Toutefois le conflit n'est pas toujours esthétiquement une force et une condition de valeur. Dans la pratique de l'art peuvent apparaître bien des conflits engendrant des fautes ou des infériorités : ce sont tous ceux qui témoignent d'une disharmonie que l'artiste créateur ou exécutant aurait voulu et n'a pas su éviter."
  Il peut y avoir conflit entre l'intention de l'artiste et son tempérament qui fourni une oeuvre qui échoue dans son projet. Cela est très vrai également des oeuvres collectives, où il peut y avoir des conflits divers dans la conception ou dans l'exécution, dans le cinéma par exemple.

     Sur l'Agonistique, Anne SOURIAU introduit ainsi ce mot : "Du grec (...), (l'agonistique) (est) compris soit comme lutte et concours, soit comme représentation théâtrale. Ce terme d'agonistique, passant du grec au français, n'a conservé que son sens d'art de la lutte gymnique ; en ce sens, l'art de la boxe ou du catch constituerait l'agonistique moderne. Mais l'esthétique peut conserver au terme d'agonistique les acceptions du grec, soit représentation, soit lutte spirituelle et non plus matérielle. L'agonistique théâtrale correspondrait alors à deux éléments essentiels du théâtre", que l'auteur détaille ensuite.
  Un renvoi indique les mots concours, conflit, jeu, mise en scène et représentation.


    Etienne SOURIAU, Vocabulaire d'esthétique, PUF, collection Quadrige, 2004 ; Jacques MORIZOT et Roger POUIVET, Dictionnaire d'esthétique et de philosophie de l'art, Armand Colin, 2007 ; André LALANDE, Vocabulaire technique et critique de la philosophie, PUF, collection quadrige, 2002.
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7 mars 2009 6 07 /03 /mars /2009 15:37
     A l'image d'une discipline - la sociologie de l'art - jeune et aux frontières mal définies et aux contenus très diversifiés, entre la critique interne de l'art, l'étude des oeuvres d'art, des activités ou langages ayant une dimension esthétique, et l'analyse sociologique de la vie artistique, la revue Sociologie de l'art publie depuis 1992 les contributions les plus diverses. Seul point commun entre les différends articles qu'elle publie, au moins deux fois par an : parler de sociologie de l'art...

    Avec un thème par numéro, Sociologie de l'art aborde les échecs et ratages en art (n°7, 1994), la posture esthétique (n°9, 1996), les arts et le public (n°12, 1999), le travail artistique (n°5 de la formule Opus, 2004) ou l'art comme connaissance et imaginaire, en hommage à Jean DUVIGNAUD (n°11-12, 2007). Nombre des articles publiés reflètent des débats conflictuels et rendent compte de conflits concernant l'art dans la société, qui ceux-ci se situent très loin dans l'histoire ou dans notre époque. Souvent très techniques, beaucoup d'articles s'adressent d'abord à un public spécialisé soit en art, soit en sociologie, soit dans les deux domaines. La revue se veut d'ailleurs d'abord un lieu de rencontre entre des milieux sociologiques qui travaillent souvent occasionnellement sur les liens entre art et société.
    Notons deux des derniers numéros de la revue (n° 19 et 20) sur Le corps en amont, puis Le corps en aval. Le corps de l'écrivain, qui réunit un ensemble d'études "dont chacune met en valeur une ou plusieurs caractéristiques sociohistoriques du corps de l'écrivain - ou plutôt, car il faut se garder d'essentialiser ce phénomène, des corps des écrivains. Le point de départ est à chaque fous un terrain bien délimité, composé de textes, de métatextes et/ou d'entretiens." Le corps en amont met l'accent "sur le corps de l'écrivain avant et pendant l'acte d'écriture. Dans une première contribution, Christine DÉTREZ montre à quel point ce corps écrivain détermine l'écriture littéraire dans ses conditions d'existence même, en prenant comme exemple le discours des écrivains féministes maghrébins sur leurs propres pratiques scripturales. Ecrire en tant que femme en Algérie et au Maroc continue d'avoir un coût social et physique élevé. Gérard FABRE offre une version plus textuelle de certaines des observations faites par DÉTREZ, sous forme d'une analyse d'un poème du Québécois Gérard GODIN, où celui-ci évoque son incarcération en 1970 pour agitation indépendantiste. Le corps écrivant y est central : non seulement la forme singulière du poème s'éclaire-t-elle en la rapportant au corps captif du poète, mais ce n'est qu'en établissant ce lien que l'on voit le poème livrer une part insoupçonnée de sa signification. L'expérience somatique de l'écrivain est ici manifestement au fondement de l'acte littéraire. A travers le cas du dramaturge français Bernard-Marie KOLTÈS, Jérôme DUBOIS entend montrer ensuite qu'une sociologie du corps de l'écrivain gagnerait à relier la poétique d'un écrivain et la façon dont celui-ci envisage le corps en général et le sien en particulier. Il s'agit d'examiner le corps de l'écrivain comme source d'inspiration ou, plus exactement, d'imagination. A cet effet sont convoqués des outils sociologiques et psychanalytiques" Le second numéro de Sociologie de l'art - Opus "déplace plus nettement le regard vers le texte et invite à observer ce que celui-ci en tant que littéraire ou métalittéraire, contient du corps de l'écrivain, voire fait au corps de l'écrivain. Le numéro s'ouvre sur un article de Jérôme MEIZOZ sur Jean-Jacques ROUSSEAU, ce que MEIZOZ appelle une "posture", c'est-à-dire la manière dont, en l'occurrence, l'écrivain-philosophe suisse occupe sa position dans l'espace littéraire. On y découvre comment ROUSSEAU passe d'une représentation de soi en pauvre vertueux à un discours où l'accent postural est mis sur le corps malade et la souffrance. Les deux contributions suivantes, signées de deux jeunes chercheuses, élargissent encore l'enquête sur la présence du corps de l'écrivain dans ses oeuvres. Toutes deux ne l'observent pas seulement à l'aune d'un art poétique donné et d'une posture corrélative dans le champ littéraire. Elles y voient aussi le principe de l'activité scripturale que cette activité transforme en retour selon des logiques proprement littéraires. Le corps apparaît ainsi en filigrane comme l'instrument et l'enjeu de l'écriture. D'abord, Maria DOGA commence par montrer que le processus d'écriture chez Francis PONGE 'prend sa source dans le corps". Son article fait voir comment l'écriture réflexive du poète français n'a cessé d'impliquer son propre corps écrivant, transgressant ainsi les notions classiques d'auteur, d'écriture, d'inspiration, etc. et modifiant la notion du corps d'écrivain et de corps tout court. Enfin, Emilie SAUNIER, se penchant sur la romancière belge Amélie NOTHOMB, tente non seulement de cerner dans les oeuvres les traces laissées par le corps écrivant, mais aussi le bénéfice que ce même corps semble retirer de l'écriture qu'il engendre." (Paul DIRIKX, directeur de ces deux numéros).
    
   Faisant appel régulièrement, sur Internet notamment, aux contributions dans le monde étudiant ou professoral, sur un thème choisi, l'équipe de rédaction, dirigée par Florent GAUDEZ et composé d'une vingtaine d'universitaires de toute la France et s'étendant aux zones francophones. Elle s'appuie sur un Comité international de parrainage scientifique très diversifié. La revue parait depuis 2002 sous le deuxième nom Opus, changeant alors de lieu de siège et de maison d'édition (de Bruxelles à Paris, et de La lettre volée à l'Harmattan).
    L'association qui gère la revue - l'Association des amis de la revue Sociologie de l'Art - est présidée par Jacques LEENHARDT.

       Sociologie de l'art - opus, Editions l'Harmattan, 7 rue de l'Ecole Polytechnique, 75005 PARIS.
      Abonnement Opus-Sociologie de l'art c/o Florent GAUDEZ, Université Pierre Mendès-France, Laboratoire de Sociologie de Grenoble, EMC2 - LSG, Domaine universitaire, BP 47, 38040 GRENOBLE CEDEX 9.
         Le site Internet de la revue présente les anciens numéros et les informations pratiques.
(Actualisé le 22 mars 2012)
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5 mars 2009 4 05 /03 /mars /2009 13:45
         Georges SOREL (1847-1922), philosophe et sociologue français, inclassable sur le plan politique et certainement désireux de l'être, auteur de nombreux écrits sur le syndicalisme, le marxisme (dont il suit la "décomposition" en 1910) et le prolétariat, rédige vers 1906, Réflexions sur la violence.
   Lecteur assidu de PROUDHON, de Karl MARX, de Giambattista VICO (1668-1744), d'Henri BERGSON (1859-1941) et de William JAMES (1842-1910), il participe aux débats entre les deux siècles sur la crise du marxisme et contribue à l'émergence théorique du syndicalisme révolutionnaire. Déçu par la CGT (Confédération Générale du Travail), il se rapproche en 1909-1910 de Charles MAURRAS, pour son fédéralisme, malgré son nationalisme qu'il réprouve. Opposé à la guerre de 1914-1918, favorable à LENINE (ce qui n'est pas réciproque...), il défend les bolcheviks. Scientifique (il publie des études en météorologie et en hydrologie), sociologue (il entretient une correspondance suivie avec Vilfredo PARETO), Georges SOREL rédige nombre de ses ouvrages en italien.

          Réflexions sur la violence est divisé en 7 chapitres et comporte trois appendices. Georges SOREL introduit en 1907 son livre par une lettre à Daniel HALEVY (1872-1962) où il se présente comme autodidacte, se voulant conscient que la philosophie "n'est qu'une reconnaissance des abîmes entre lesquels circule le sentier qui suit le vulgaire avec la sérénité des somnambules". Animé par une certaine colère contre des révolutionnaires qui se transforment en "pacifistes ridicules" une fois parvenus au pouvoir, l'auteur défend une conception pessimiste de la réalité, surtout sociale, et veut préserver à tout prix la volonté de délivrance.
   Conscient également de froisser même des communistes convaincus, il écrit : "Je comprend que ce mythe de la grève générale froisse beaucoup de gens sages à cause de son caractère d'infinité ; le monde actuel est très porté à revenir aux opinions des anciens et à subordonner la morale à la bonne marche des affaires publiques, ce qui conduit à placer la vertu dans un juste milieu. Tant que le socialisme demeure une doctrine entièrement exposée en paroles, il est très facile de le faire dévier vers un juste milieu; mais cette transformation est manifestement impossible quand on introduit le mythe de la grève générale, qui comporte une révolution absolue."
 Plus loin, il estime qu'un révolutionnaire a le devoir de compléter Karl MARX par ce mythe de la grève générale, devenu populaire, et par la description de la violence prolétarienne.
   Dans l'avant-propos, il clame qu'"il ne faut pas examiner les effets de la violence en partant des résultats immédiats qu'elle peut produire, mais de ses conséquences lointaines. (...) Nous ne comparons pas deux méthodes de réformisme, mais nous voulons savoir ce qu'est la violence actuelle par rapport à la révolution sociale future".
 Georges SOREL n'a pas la prétention de présenter une théorie complète de la violence : il s'agit sous ce titre du rassemblement d'une sére d'articles, quoique très remaniés, parus dans la revue italienne Il Devenire sociale.

          Lutte des classes et violence marque d'emblée où se situent les vrais combats : entre groupes pauvres et groupes riches. Georges SOREL dénonce dans ce premier chapitre les "illusions relatives à la disparition de la violence" et l'influence de la peur sur la législation sociale et ses conséquences. Il observe que "les théories et les agissements des pacificateurs sont fondés sur la notion du devoir et que le devoir est quelque chose de complètement indéterminé, - alors que le droit recherche les déterminations rigoureuses." Il n'y a pas plus de devoir social (obéir aux dispositions de l'ordre intérieur) que de devoir international (l'obligation de servir l'Etat contre ses ennemis extérieurs).
        
        La décadence bourgeoise et la violence met l'accent sur les méthodes des parlementaires s'appuyant sur la peur. La diplomatie parlementaire "se joue à tous les degrés : avec le gouvernement, avec les chefs de groupes dans le parlement, avec les électeurs influents. Les politiciens cherchent à tirer le meilleur parti possible des forces discordantes qui se présentent sur le terrain politique.".
Discourant sur les mérites respectifs de JAURES et de VAILLANT, il condamne les deux méthodes du socialisme officiel qui "supposent une même donnée historique. Sur la dégénérescence de l'économie capitaliste se greffe l'idéologie d'une classe bourgeoise timorée, humanitaire et prétendant affranchir sa pensée des conditions de son existence ; la race des chefs audacieux qui avaient fait la grandeur de l'industrie moderne disparaît pour faire place à une aristocratie ultra-policée, qui demande à vivre en paix. Cette dégénérescence comble de joie nos socialistes parlementaires."
Plus loin, l'auteur écrit : "Deux accidents sont seuls capables (...) d'arrêter ce mouvement : une grande guerre étrangère qui pourrait retremper les énergies et qui, en tout cas amènerait, sans doute, au pouvoir des hommes ayant la volonté de gouverner ; ou une grande extension de la violence prolétarienne qui ferait voir aux bourgeois la réalité révolutionnaire et les dégouterait des platitudes humanitaires avec lesquelles JAURES les endort. C'est en vue de ces deux grands dangers que celui-ci déplie toutes ses ressources d'orateur populaire : il faut maintenir la paix européenne à tout prix ; il faut mettre une limite aux violences prolétariennes."
   Suivant Karl MARX, Georges SOREL refuse ces contrats collectifs et le particularisme corporatif propre à éviter la révolution. Seule la révolution violente prolétarienne peut assurer la révolution future, la réelle,
 et le danger qui menace vraiment l'avenir du monde ne peut être écarté que si le prolétariat parvient à "reconsolider la division en classes et à rendre à la bourgeoisie quelque chose de son énergie". Cette révolution prolétarienne est au service "des intérêts primordiaux de la civilisation". Elle doit agir, non pour obtenir des avantages immédiats, mais pour "sauver le monde de la barbarie", entendez par là sauver le monde du capitalisme.

           Le troisième chapitre s'élève contre les préjugés contre la violence. Il récuse l'image que le grand public se fait de la violence prolétarienne, qui provient de l'expérience de la Révolution Française, et singulièrement de 1793. Le public a en tête le souvenir "des opérations de police, des proscriptions et des séances de tribunaux serviles". Contre cette image, Georges SOREL veut restituer la réalité des journées de cette année ressentie comme funeste. "La férocité des conventionnels s'explique facilement par l'influence des conceptions que le Tiers Etat avait puisées dans les pratiques détestables de l'Ancien Régime." Depuis cette époque, de grands changements sont intervenus. Notamment l'affaire DREYFUS qui "nous a montré que l'immense majorité des officiers et des prêtres concevait toujours la justice à la manière de l'Ancien Régime". L'auteur clame que "Nous avons le droit de conclure (...) que l'on ne saurait confondre les violences syndicalistes exercées au cours des grèves par des prolétaires qui veulent le renversement de l'Etat avec ces actes de sauvageries que la superstition de l'Etat a suggérés aux révolutionnaires de 93, quand ils eurent le pouvoir en main et qu'ils purent exercer sur les vaincus l'oppression (...)". Dans le texte, Georges SOREL évoque surtout l'apparence juste qu'a l'Etat qui continue tout de même son travail d'oppression depuis la fin de la Révolution Française, mais n'apporte pas véritablement d'arguments solides (à part des réflexions sur l'intensité des violences sociales exercées) pour défendre ce qu'il faut tout de même penser comme un acte de foi.

       Ayant écarté les préjugés contre la violence, il peut développer au chapitre 4 la grève prolétarienne. Il oppose les confusions des socialismes parlementaires à la clarté de la grève générale. Il veut perfectionner le marxisme en partant de cette grève générale, préparer la révolution et la rendre "irréformable".
  "Les syndicats révolutionnaires raisonnent sur l'action socialiste exactement de la même manière que les écrivains militaires raisonnent sur la guerre; ils enferment tout le socialisme dans la grève générale ; ils regardent toute combinaison comme devant aboutir à ce fait ; ils voient dans chaque grève une imitation réduite, un essai, une préparation du grand bouleversement final". Georges SOREL se réclame d'une nouvelle école, "qui se dit marxiste, syndicaliste et révolutionnaire (et qui s'est) déclarée favorable à l'idée de grève générale, dès qu'elle a pu prendre une claire conscience du sens vrai de sa doctrine, des conséquences de son activité ou de son originalité propre."
  "Il importe peu que la grève générale soit une réalité partielle, ou seulement un produit de l'imagination populaire. Toute la question est de savoir si la grève générale contient bien tout ce qu'attend la doctrine socialiste du prolétariat révolutionnaire."  En ce sens, Georges SOREL croit beaucoup à la force du mythe de la grève générale, très influencé qu'il est par les thèses de BERGSON sur la force des représentations mentales des événements, qui agit directement sur la réalité. "Grâce à eux (ces hommes qui agissent pour la grève générale), nous savons que la grève générale est bien ce que j'ai dit : le mythe dans lequel le socialisme s'enferme tout entier, c'est-à-dire une organisation d'images capables d'évoquer instinctivement tous les sentiments qui correspondent aux diverses manifestations de la guerre engagée par le socialisme contre la société moderne. Les grèves ont engendré dans le prolétariat les sentiments les plus nobles, les plus profonds et les plus moteurs qu'il possède ; la grève générale les groupe tous dans un tableau d'ensemble et, par leur rapprochement, donne à chacun d'eux son maximum d'intensité; faisant appel à des souvenirs très cuisants de conflits particuliers, elle colore d'une vie intense tous les détails de la composition présentée à la conscience. Nous obtenons ainsi cette intuition du socialisme que le langage ne pouvait pas donner d'une manière parfaitement claire - et nous l'obtenons dans un ensemble perçu instantanément.".
      Dans une grand partie de ce chapitre, l'auteur essaie de montrer l'indentité fondamentale entre les thèses capitales du marxisme et les aspects d'ensemble de la grève générale.

      Deuxième grand chapitre au coeur de ses Réflexions sur la violence, le cinquième chapitre porte sur la grève générale politique. Georges SOREL dénonce l'emploi des syndicats par les politiciens et s'appuie sur l'expérience des grèves générales en Belgique et en Russie pour montrer à quoi peut ressembler une véritable grève générale, politique et non politicienne. Il indique la différence essentielle entre grève entendue au sens de la lutte des classes et grève instrumentalisée par l'Etat. "Tantôt on emploie les termes force et violence en parlant des actes de l'autorité, tantôt en parlant des actes de révolte. Il est clair que les deux cas donnent lieu à des conséquences fort différentes. Je suis d'avis qu'il y aurait grand avantage à adopter une terminologie qui ne donnerait lieu à aucune ambiguïté et qu'il faudrait réserver le terme violence pour la deuxième acception ; nous dirions que la force a pour objet d'imposer l'organisation d'un certain ordre social dans lequel une minorité gouverne, tandis que la violence tend à la destruction de cet ordre. La bourgeoisie a employé la force depuis le début des temps modernes, tandis que le prolétariat réagit maintenant contre elle et contre l'Etat par la violence." 
Dans le processus de la grève générale, Georges SOREL est très clair : "on peut encore dire que le grand danger qui menace le syndicalisme setait toute tentative d'imiter la démocratie ; il vaut mieux pour lui savoir se contenter, pendant un temps, d'organisations faibles et chaotiques que de tomber sous la domination de syndicats qui copieraient des formes politiques de la bourgeoisie."

      La moralité de la violence est un chapitre qui semble partir dans plusieurs directions, mais qui aboutit à "la recherche du sublime dans la morale".
  - Ainsi, Georges SOREL examine d'abord la possibilité de maintenir la scission avec peu de violence grâce à un mythe catastrophique, pour... la récuser.
  - Ensuite, il pointe les anciennes habitudes de brutalité dans les écoles et les ateliers, la stigmatisation des classes dangereuses, l'indulgence pour les crimes de ruse (entendez par là les jeux d'argent de la haute finance).
  - Toute une partie est consacrée à la loi de 1884, dite WALDECK-ROUSSEAU, sur les syndicats, visant à institutionnaliser l'arbitrage. La radicalité de Georges SOREL s'exprime toujours pleinement : "Transformer les syndicats en associations politico-criminelles servant d'auxiliaires au gouvernement démocratique, tel fut le plan de WALDECK-ROUSSEAU depuis 1884; les syndicats devaient jouer un rôle analogue à celui que nous avons vu jouer aux Loges, ceux-ci servant à faire l'espionnage des fonctionnaires, ceux-là étant destinés à menacer les intérêts des patrons peu favorables à l'administration; les francs-maçons étant récompensés par des décorations et des faveurs accordées à leurs amis; les ouvriers étant autorisés à arracher à leurs patrons des suppléments de salaire. Cette politique était simple et ne coûtait pas cher."
   - L'auteur se centre sur le socialisme allemand pour montrer que les traditions nationales jouent un très grand rôle.
 
       Le dernier chapitre dénonce la morale des politiciens démocrates. Évoquant tour à tour les inquiétudes de RENAN, la morale de NIETZSCHE, la théorie de PROUDHON sur la famille, la morale d'ARISTOTE et les hypothèses de KAUTSKY, Georges SOREL veut montrer la vraie morale des producteurs, celle des travailleurs des ateliers, des artistes et des soldats de la liberté. "(...) l'idée de la grève générale, rajeunie par les sentiments que provoque la violence prolétarienne, produit un état d'esprit tout épique et, en même temps, tend toutes les puissances de l'âme vers des conditions qui permettent de réaliser un atelier fonctionnant librement et prodigieusement progressif."

         Trois appendices terminent le livre de Georges SOREL, Unité et multiplicité, très influencé par RENAN et BERGSON ; Apologie de la violence, nécessaire au socialisme (article paru en 1908) et pour LENINE (1918) qui réagit à un article du Journal de Genève.

        L'impact des Réflexions sur la violence ne peut se distinguer de celui de l'oeuvre de Georges SOREL dans son ensemble, notamment parce que précisément, ce livre est constitué d'une réunion d'écrits publiés auparavant dans des journaux. Nombre d'auteurs s'en sont inspirés, aux deux extrêmes de la pensée politique. Pierre LASSERRE (Action française), comme Walter BENJAMIN ou Carl SCHMITT, ou encore François PERROUX... L'oeuvre est peu connue en France, et encore moins lue, que dans les autres pays. Il faut noter que Georges SOREL n'est pas l'inventeur du syndicalisme révolutionnaire. Fernand PELLOUTIER l'a précédé. A l'image du parcours de son auteur, l'accueil fait aux Réflexions sur la violence reste ambigu. Si les affinités entre Georges SOREL et Benito MUSSOLINI sont loin d'être incontestables, la filiation avec LENINE, souvent proclamée, est encore plus discutable. Si l'on suit Louis SOUBISE, "le principal paradoxe de l'oeuvre sorélienne réside peut-être en ceci que son anarchisme proudhonien et sa violence nietzschienne se veuillent la plus haute fidélité à MARX en insufflant une épique à la théorie et à la pratique marxistes."

       Georges SOREL, Réflexions sur la violence, 1908, Marcel Rivière. L'édition de 1936, huitième édition, comporte le plaidoyer pour LENINE. Il s'agit d'un ouvrage de 458 pages, numéro IV des "Etudes sur le devenir social".
Le plaidoyer pour LENINE est ajouté lors de la quatrième édition définitive chez le même éditeur toujours en 1919.
Une édition de 1990, avec bibliographie et index est disponible aux Editions Seuil. Une autre édition 2006 est également disponible chez Labor.
Par ailleurs, une édition électronique sur Internet est disponible sur le site de l'UQAC (Université du Quebec A Chicoutimi),  classiques en sciences sociales : celle de 1972 parue chez Marcel Rivière. Comme d'autres oeuvres de Georges SOREL, tombées dans le domaine public, comme tout ouvrage datant d'avant 1923.
     Louis SOUBISE, article Georges SOREL, Encyclopedia Universalis, 2004.

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2 mars 2009 1 02 /03 /mars /2009 08:50
          On peut distinguer dans les genres de musique, les musiques conçues et exécutées pour accompagner ou exalter la guerre ou le combat. Entre les sons plus ou moins complexes qui ponctuent différents moments d'une bataille, notamment d'une bataille où s'affrontent des armées complexes se faisant front, et les musiques d'orchestre accompagnant les commémorations et les parades militaires, il existe toute une gamme de musiques bien entendu différentes. Les musiques militaires d'aujourd'hui sont plus propres à exalter les sentiments agressifs d'une foule ou d'une population, qu'elle soient exécutées dans une amphithéâtre ou diffusées par les moyens audiovisuels (radio, télévision, cinéma), qu'à effectivement accompagner des combats armés. La mise en musique d'une guerre prend le pas sur la musique de guerre.
   
        Avant d'être organisée et hiérarchisée dans les armées modernes à régiments, la musique guerrière est utilisée depuis les temps les plus reculés pour les annonces aux combattants en manoeuvre et pour les messages aux ennemis, avec des instruments émettant des ondes profondes et portant loin.
   "La musique militaire a ssumé très anciennement le rôle d'effrayer l'ennemi, transmettre des ordres ou des signaux, faire marcher une troupe au pas ou l'exciter au combat, enfin de rehausser le prestige militaire. On peut ramener cette finalité à deux termes : - aider à l'exercice des activités militaires ;
                                     - contribuer au bon moral des combattants".
   "Le caractère de la musique militaire varie selon ses finalités. Les batteries et sonneries d'exercice, ou destinées à rythmer la vie militaire, ont comme but de forcer l'attention, même par des sons stridents, voire discords. Cependant LULLI, puis PHILIDOR ont composé des rythmes et des airs auxquels ils ont donné une vraie valeur musicale. Un véritable code se met en place sous Louis XIV, puis se structure en France vers 1750 et au XIXe siècle, le nombre des sonneries s'est multiplié particulièrement dans les armes techniques pour atteindre son maximum dans la marine. Après la seconde guerre mondiale, la mécanisation dans l'aviation, la marine, puis l'armée de terre tend à faire reculer sonneries et batteries et impose souvent leur remplacement par un code d'appel de sirènes."

       Aujourd'hui, il y a paradoxalement plus de musique militaire dans le public civil que dans les casernes des armées technologisées. La diffusion par les ondes et dans les spectacles ponctuent les épisodes plus ou moins agressifs des relations entre les peuples, on l'a remarqué pendant la guerre du VietNam, la guerre du Golfe et singulièrement après les attentats du 11 septembre 2002 aux Etats-Unis. De manière générale, en dehors de périodes d'exaltation patriotique, le citoyen a plus l'occasion d'entendre les fanfares militaires dans les films de guerre ou d'autres genres (on pense notamment au cinéma fantastique) qu'ailleurs.

    La musique elle-même peut-être un élément de combat dans des luttes idéologiques et politiques, accompagnée ou nom de chants mobilisateurs. En période de guerre, des groupes sociaux peuvent utiliser la musique pour contredire et contester la politique militariste de leur pays. Il reste sans doute à écrire une histoire des musiques contemporaines (rock n'roll par exemple) en les mettant en correspondance avec les événements capitaux de l'histoire occidentale, de  la guerre froide ou de la guerre du VietNam par exemple. La musique fait partie de l'ensemble des communications entre membres et groupes différents des sociétés, que ce soit en ambiance ou lors de manifestations mobilisatrices.
    A noter que des listes d'oeuvres musicales à caractère guerrier ou militaire circulent sur Internet. Thomas SAGLIO, par exemple, sur acim.asso.fr. a effectué un classement de musiques composées depuis le Moyen-Age jusqu'à nos jours, en les répartissant en quatre groupes ou catégories : musique du Moyen-Age et de la Renaissance, musique baroque, musique classique et romantique et musique moderne et contemporaine.

     André CORVISIER, Dictionnaire d'art et d'histoire militaires (article musique militaire), PUF, 1988.
     Site acim.asso.fr

                                                                                     ARTUS
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27 février 2009 5 27 /02 /février /2009 09:09
              Musicologie et sémantique musicale

        La musicologie, au domaine très vaste (Danièle PISTONE) s'intéresse peu au conflit, mais en revanche elle peut intéresser une recherche sur le conflit dans au moins deux directions :
                                                  - l'étude de la langue musicale en liaison avec son impact sur la psychologie ;
                                                  - l'analyse des styles musicaux qui reste à mener de façon systématique, avec les apports
                                                           de la psychophysiologie ou de la neurologie ;
               Précisément, les perspectives de recherche de la sémantique musicale (Jean-Jacques NATTIEZ) sont prometteuses : des analyses se "proposent de faire apparaître la dimension sémantique des oeuvres et des corpus (...) qui reconnaît que la musique est le véhicule d'émotions, de sentiments, d'images appartenant au vécu des compositeurs et des auditeurs". Jean MOLINO, professeur à l'université de Lausanne, tente de démontrer à travers sa théorie tripartite de la sémiologie, que la musique est à la fois un système complet de formes pures et que ce système est immergé dans le vécu humain.

           Musique et violence, études éparses

       Pierre FERRAND, dans la revue Gravitations, effectue une analyse musicologique de la neuvième symphonie de CHOSTAKOVITCH (1906-1975), compositeur soviétique, pour comprendre certaines relations entre violence et musique.
 "Violence et musique semblent à première vue former un couple riche, trop riche, sinon indissociable. De fait, définir "la" violence musicale relèverait d'une gageure improbable : ses manifestations, comme ses sens, paraissent en effet multiples. Une grande partie de la musique occidentale semble en effet constituée d'une ensemble de tensions et de détentes, créées par l'emploi de nuances variées, de dissonances, d'effectifs instrumentaux différents. Il arrive même aux compositeurs les plus "doux" selon l'imagerie populaire de céder à une forme de violence sensible (...). Violence des sentiments déployés par le romantisme, violence faite à la forme dans un mouvement général qui, sans être propre aux derniers siècles, s'y accentue. D'une certaine manière, tout compositeur pourrait être qualifié de violent même si chacun d'eux semble faire une place particulière aux diverses formes de violence médicale : quel rapport entre les affrontements gigantesques de MAHLER (1860-1911) (Sixième ou Neuvième symphonies) mêlant en un tout les ambiances les plus contradictoires et la violence du Boléro, conçu par RAVEL (1875-1937), dans le refus de tout développement, comme une mort de la musique? A ne considérer qu'un seul compositeur, STRAVINSKI (1882-1971) à titre d'exemple, quoi de comparable entre les pulsions primitives du Sacre du Printemps et les brusques sections de l'Histoire du soldat? La violence se découvre en chaque compositeur, comme en chaque oeuvre, d'une manière qui lui est propre. Un même procédé d'écriture peut signifier une chose tout à fait différente ou, si le terme de signification semble excessif à certains mélomanes, rendre un tout autre effet."
  Dans cette analyse, l'auteur fait référence et effectue un parallèle prudent entre le conflit du compositeur avec l'establishment artisitique soviétique et la manière dont il construit sa musique. D'une certaine manière la violence entre individus se traduit, se transfigure?, se canalise?, s'exprime en tout cas dans la manière dont ils composent les sons et dans la manière dont ils reçoivent l'exécution de la musique.

      Des expériences sur le vécu musical sont entreprises, encore de façon dispersée, comme celle du Gymnase de Nyon en 1993, menée par Hania BARTHOLOME. Citons simplement l'entrée en matière de la présentation de celle-ci :
   "De quelle manière la musique "agressive" est-elle resentie chez les personnes et peut-elle engendrer certaines formes de violence?
    Mon travail de maturité est une atelier dans lequel je démontre la question en faisant des expériences. Ces dernières, présentées ici sous forme d'interviews, m'ont permis de définir les contours de la violence. Je parlerai plus spécifiquement des violences actives et passives chez les jeunes et leur lien avec la musique (violente) et les émotions qu'elles engendrent. Je ne tiendrai pas compte des facteurs comme le sexe et l'environnement social, car un telle étude exigerait bien plus qu'un travail d'atelier. Mon choix de personnes se porte sur leurs goûts musicaux en général.
  La relation entre musique et violence est un thème qui apparaît très souvent dans notre société actuelle. En effet, celle-ci étant de plus en plus conflictuelle, la musique a tendance à refléter son instabilité et souvent les gens s'y identifient. D'ailleurs les statistiques le prouvent, le Hip Hop, le Rock et ses dérivés (le punk par exemple) sont les deux courants à titre revendicatif les plus appréciés en ce moment. On pourrait donc en conclure que musique et violence dans la société font route main dans la main et que la musique influence le comportement des gens.
 Vu la popularité de ces deux tendances, Hip Hop et Rock, il est important de comprendre les sentiments qu'éprouvent les gens face à l'écoute de cette musique. Mon travail, cependant, analysera uniquement les effets de la musique punk."
  "Il ne faut pas oublier le fait que cet atelier est purement expérimental, qu'il ne s'avère en aucun cas un travail objectif. Les analyses et conclusions seront donc uniquement subjectives, hypothétiques et par conséquent non généralisables".
   Il s'agissait d'interroger plusieurs personnes, individuellement ou en groupe, à travers dessins et questionnaires ce qu'elles avaient ressenti à l'écoute de ces musiques.
Ce travail expérimental mériterait certainement à être effectué de manière systématique, étendu à de nombreux types de musique, sur une longue période, et sur des publics ciblés différenciés, pour en tirer des enseignements qui ferait avancer notre compréhension des liens entre conflit et musique.

    Nathalie HEINICH, La sociologie de l'art, Editions La Découverte, collection Repères, 2006 ; Jean-jacques NATTIEZ, articles Ethnomusicologie et Analyse et sémiologie musicales, Encyclopedia Universalis, 2004 ; Danièle PISTONE, article Musicologie, Encyclopédia Universalis, 2004 ; Pierre FERRAND, Musique et contre-musiques : la neuvième symphonie de CHOSTAKOVITCH, dans la revue Gravitations, Actes de violence, numéro 2, 2008.
   Theodore ADORNO, Philosophie de la nouvelle musique, Gallimard, 1962 ; Norbert ELIAS, Mozart, Sociologie d'un génie, Seuil, 1991 ; Antoine HENNION, La passion musicale, Une sociologie de la médiation, Métailié, 1993 ; Pierre-Michel MENGER, Le paradoxe du musicien. Le compositeur, le mélomane et l'Etat dans la société contemporaine, Flammarion, 1983 ; Max WEBER, Sociologie de la musique, Métailié, 1998.

                                                                           ARTUS
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25 février 2009 3 25 /02 /février /2009 08:49
                 Plusieurs voies de recherche existent sur les liens qui peuvent exister entre musique et conflit, thématique plus large que celle traité parfois dans les médias, entre musique et violence.

                             Sociologies des musiques
                    On ne peut dissocier la musique de l'environnement sonore d'une société, mais une différence essentielle sépare le bruit ambiant, le bruit de fond d'une civilisation (des appels de cloches des églises réguliers du Moyen-Age occidental au ronronnement permanent des moteurs à explosion du vingtième siècle) de la musique. Cette dernière résulte d'une intention, artistique ou de communication, et d'une réception particulière par un public étendu ou restreint.
   Une sociologie de la musique suit des principes généraux de la sociologie (une sociologie est toujours une étude de la coopération et du conflit) et de la sociologie de l'art en particulier. Si l'art ne cherche pas à être en phase avec son époque, du moins dans l'intention de l'artiste (qui peut même contester sa société), il ne peut être perçu, reçu (on parle de réception des oeuvres), que s'il s'insère dans l'environnement social. Dans le cas de la musique, les membres d'une société possèdent chacun un système d'écoute (l'ouïe), habitué à entendre certaines sonorités et à en occulter d'autres, et ces habitudes, mises en formes d'apprentissage de la réception sociale, sont prises en compte par l'artiste, même s'il ne s'en rend pas compte. Chaque époque et chaque aire de civilisation est tributaire des rapports entre l'art et la société, entre la musique et les formes de perception.
Des questions permanentes se posent quand on aborde la sociologie de la musique : quel est son rôle? quel est son rapport aux autres arts? Quels sont les intentions de ceux qui produisent de la musique? La musique est-elle un instrument de pouvoir? Existe-t-il une compétition entre plusieurs musiques?.... Comme la musique agit directement sur des organes internes de la personne, quels sont les effets de l'agencement des sons sur ses émotions? On voit que de la musique sortie d'un accordéon ou d'une trompette surgissent des implications émotives, physiologiques, psychophysiologiques, psycho-sociales...

                   Très récente, la sociologie de l'art, pris au sens moderne du terme (différent du sens antique) dépasse la critique artistique et une approche strictement historique des filiations des oeuvres musicales.
    Des auteurs comme Max WEBER (1864-1920), Théodore ADORNO (1903-1969), Henri POUSSEUR (né en 1929), Norbert ELIAS (1897-1990), Jacques ATTALI (né en 1943), s'intéressent spécifiquement à la musique, alors que d'autres réffléchissent de façon plus large sur l'art. Citons par exemple Pierre BOURDIEU (1930-2002), Benjamin WALTER (1892-1940), Pierre FRANCASTEL (1900-1970), Philippe JUNOD (né en 1938), Jean DUVIGNAUD (1924-2007), bernard EDELMAN, Michel FOUCAULT (1926-1984), Erwin PANOVSKY (1892-1968)....

                   La recherche ethnologique en musique date d'un peu plus d'un siècle (Jean-Jacques NATTIEZ), depuis Alexander John ELLIS (1814-1890). Des chercheurs s'intéressent aux processus mentaux impliqués par la musique, comme Carl STUMPF (1848-1936), Otto ABRAHAM et Erich Von HORN BoSTER (1877-1935). "A la fin du XIXème siècle et au début du XXème (...) apparaît la première école ethnomusicologique, l'école de Berlin. Ces chercheurs (se fondent) sur l'analyse des hauteurs et de la mélodie, sur les système d'accordage et la mesure des échelles et des instruments.".
       La recherche de traits culturels musicaux ainsi que celle sur une évolution musicale dans le temps et dans l'espace permet de multiples approches sur les relations entre musique et conflit.
  On dit que la musique adoucit les moeurs, mais rien n'est moins sûr. De manière générale, la transmission des connaissances dans la tradition orale s'est faite souvent à l'aide de poésie et de musique (la manière dont sont enseignés les mathématiques à Athènes et celle de l'établissement du Coran en sont deux illustrations). Les habitudes de rythme (étudiés par Constantin BRAILOIU (1893-1958)), que la musique intervienne de manière constante ou intermittente dans la vie d'un peuple, reflètent et influencent sa perception de l'environnement et de ses proches.
Alors que certains pensent comme John BLACKING (1928-1990) que la culture détermine intégralement la musique, "les nombreuses études empiriques dérivées de cette tendance (n'ont pas) réussi à prouver un conditionnement réel de la musique par son contexte". "Actuellement, on fait surtout apparaître l'influence des déterminants culturels et sociaux sur les formes d'exécution de la musique, plutôt que sur son style et sa structure." (Jean-Jacques NATTIEZ).
L'évolution actuelle de l'ethnomusicologie ne nous avance pas beaucoup dans le propos qui nous occupe. Toutefois, l'évocation du continnum "parole-musique-danse" par Bruno NETTL (né en 1930), la persistance d'une approche historique, les questions du langage musical, l'étude des changements musicaux actuels (le mondialisation de la culture euro-américaine par les médias audiovisuels), les découvertes sur le fonctionnement du cerveau, le développement même de thérapeutiques musicales, nous permet d'entrevoir la musique comme vecteur de relations sociales.
Sans doute est-il osé intellectuellement d'affirmer aujourd'hui que la musique puisse être conçue comme vecteur de relations apaisantes à l'intérieur d'une communauté ou d'une nation et de relations soit agressives soit pacifiques à l'extérieur de celle-ci. De trop nombreuses études restent à faire dans ce domaine, notamment parce que, par nature, la production de musique n'est pas une occupation constante dans les sociétés. La musique intervient, appuie sans doute de telles relations, sans bien entendu les déterminer. Sans tomber dans l'exagération, la  tonalité de la "musique" du flot continu de paroles et d'images déversés par les médias aujourd'hui, influe certainement dans l'appréciation que nous pouvons avoir du monde. Mais, là, nous sortons du cadre de la musique, entendue comme art proprement dit.
   Nous ne possédons que très peu de témoignages historiques du rôle de la musiques sur des relations paisibles ou agressives, ni sur les formes éventuellement musicales au départ des langages, sauf dans des cadres très précis, de la musique guerrière ou militaire et de la musique religieuse.

                                                                                            ARTUS
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23 février 2009 1 23 /02 /février /2009 15:13
         Le commerce des armements, lourds ou légers, suscite des documentaires qu'on pourrait penser plus nombreux que ceux qui existent, vu l'ampleur de celui-ci. Aux difficultés du documentaire proprement dit (plus difficile à réaliser qu'une fiction, malgré une opinion très répandue) s'ajoutent celui du genre abordé, où les informations, pour être véridiques, doivent faire l'objet d'une enquête approfondie, malgré les obstacles tenant à l'importance des intérêts mis en jeu dans un commerce où la frontière entre le légal et l'illégal paraît bien fragile, surtout (mais pas seulement) lorsqu'il s'agit d'armes légères.

   L'Arsenal (1977), documentaire de 58 minutes réalisés par Pierre NADEAU et Jacques GODBOUT, constitue une sorte de prototype dont peuvent s'inspirer bien des réalisateurs. Les deux habitués de l'Office National du Film canadien ont choisi de forcer la porte des marchands de canons et des états-majors pour briser le mur du silence. Ils nous apprennent par la voix de spécialistes aussi célèbre que Sam Cummings (société Interarms) des faits ignorés du grand public. C'est de la bouche des responsables militaires ou industriels que Pierre NADEAU, dans des interviews très francs, que sortent des réalités de l'organisation du commerce des armes, de tout ordre, même bactériologique au détour d'un catalogue de la General Motors... L'Arsenal ne veut présenter aucune thèse, ne veut favoriser aucun camp, et les deux réalisateurs communiquent une impression d'absurde en accumulant interviews, témoignages, images publicitaires diffusées par des sociétés spécialisées. Très documenté en chiffres, le film dénonce, par petites touches, tour à tour le complexe militaro-industriel, la technologie sophistiquée des armements, la politique d'exportation sur tous les marchés, les laboratoires de recherche qui permettent une escalade sans fin dans le perfectionnement des "engins de mort".

      A contrario, pourrait-on dire, Le cauchemar de Darwin (2004), documentaire d'1h50 d'Hubert SAUPER, se présente comme un film à thèse. Il prend pour départ, pour dénoncer la mondialisation telle qu'elle se pratique aujourd'hui, les trafics autour de l'aéroport de Mwanza, en Tanzanie, sur les bords du lac Victoria. A travers le parcours d'un poisson, la perche du Nil, préparée sur place dans des usines financées par des organisations internationales, une partie de la production restant sur place pour nourrir la population locale, remplaçant les petits poissons locaux pourtant plus faciles à conserver, le réalisateur veut montrer tous les trafics liés à une urbanisation sauvage : prostitution, sida, violences diverses. Il suggère, sans le démontrer que des avions cargos alimentent un trafic d'armes à destination de la région des Grands Lacs. Ce sont les images qui sont censées démontrer l'existence de tels trafics qui ont suscité une polémique  intense, qui se termine seulement maintenant devant les tribunaux.
François GARçON, historien, auteur d'un livre sur le documentaire, met en doute la véracité du film, et accuse  le réalisateur de falsification.  Même lorsque l'on sympathise avec une cause, ici la lutte contre une forme de mondialisation, il faut toujours se rappeler à la vigilance quant à l'impact des images et dire qu'un documentaire n'est jamais objectif. A cet égard, nombre de documentaires présentés lors de journaux télévisés ne le sont pas non plus. Hubert SAUPER ne fait d'ailleurs aucun mystère de son opinion et dit clairement ce qu'il entend démontrer, par un exemple pris dans le commerce international. Mais à vouloir trop démontrer, parfois... Doit-on se demander si ce documentaire entre dans un environnement journalistique assez médiocre, qui expliquerait son succès et la reconnaissance de nombreux festivals?  Doit-on se demander si tout documentaire sur les trafics d'armes plus ou moins légaux ne suscitent pas des campagnes médiatiques orientées?

       Armes, trafics et raisons d'Etat (2008), un film de Paul MOREIRA et de David ANDRE, d'une heure et demie, diffusé sur la chaîne télévisée ARTE, possède de nombreux éléments intéressants : - une analyse sérieuse de la mondialisation du commerce des armes légères et de sa déréglementation ;
                                                                                                             - l'indication claire de l'orientation du film, qui tout en s'entourant de grandes garanties de véracité des informations, ont suivi deux associations, Amnesty International et l'Oxfam, qui militent contre ces ventes d'armes ;
                                                                                                             - l'utilisation d'images dont l'origine est transparente, sans appel à des techniques de téléréalité et sans mélange entre oeuvre de fiction et oeuvre de "réalité", comme on le pratique trop (le docudrama), et qui peut être source de grandes confusions. (on pense à la série sur les origines de l'homme).

       Bowling for Columbine (2002), un film documentaire américain de Michael MOORE, porte sur la dissémination des armes à feu aux Etats-unis. Il part de la fusillade du lycée Columbine en 1999 où 12 lycéens et un professeur furent tués par deux élèves. Film très controversé, tant par le sujet que par la manière dont les images sont obtenues et présentées, et revendiqué par son réalisateur comme tel, il emporta le Prix du 55 ème anniversaire du Festival de Cannes de 2002. Bowling for Columbine atteint exactement l'objectif qu'il s'est fixé : susciter le débat sur la prolifération des armes légères. Michael MOORE, membre de la gauche radicale aux Etats-Unis, s'est fait une spécialité, sans prendre beaucoup de pincettes, c'est un euphémisme, de combattre le système capitaliste américain, et notamment l'administration Bush (sur la guerre en Irak et sur le système de santé entre autres).
 
      The lab (2013), film documentaire israélien de Yotam FELDMAN, produit par Yoav RAEH et Aurit ZAMIR, décrit une partie du complexe militaro-industriel d'Israël, pays en conflit armé plus ou moins ouvert avec ses voisins depuis sa fondation. En état de guerre permanent, le pays a développé et développe encore une industrie d'armement, des systèmes universitaires où travaillent des docteurs en "philosophie militaire", des filières commerciales qui vont directement de l'expérience d'armes sur le terrain (entendre les multiples opérations anti-guérilla) à l'organisation de salons de démonstrations ou de stages d'étude ouverts aux états-majors de pratiquement tous les pays du monde (y compris... des pays arabes). Forts de leur années d'expérience sur le peuple palestinien, les industriels de l'armement (de nombreux officiers supérieurs travaillent pour eux, dans une sorte de prolongement de carrière) et des techniques sécuritaires ont développé un savoir-faire qui s'exporte très bien à traver le monde. Acheter israélien, c'est la garantie d'obtenir des armes testées grandeur nature. Que ces armes soient utilisées et vendues de manière abondantes, le documentaire le montre bien, mais, comme le dit Dominique VIDAL, dans le supplément au DVD du documentaire, il n'est pas sûr que l'efficacité à terme de leur emploi soit réelle. Depuis plus de 50 ans, les techniques de guérilla ne sont venues à bout d'aucune insurrection, que ce soit au Moyen-Orient ou ailleurs. Ce qu'elles ont réussi par contre, et les promoteurs s'en vantent dans le documentaire, c'est transformer des villes en trous de gruyères... Le réalisation Yotam FELDMAN enquête là dans un univers glaçant (des spécialistes de mort vous racontent en souriant leurs exploits...) auprès de ces maîtres de guerre qui se livrent sans complexes devant la caméra. Pour eux, la guerre est un buziness, Gaza un showroom mondial et les Palestiniens, une simple variable dans une équation (comme le raconte un de ces professeurs d'université bien cotés...). Comme le dit le Général BEN-ELIEZER, dont la citation se situe en haut de la jaquette du DVD, Ministre du Commerce et de l'Industrie (2009-2011), "Quand Israël vend une arme, elle a déjà été expérimentée, utilisée. (...). C'est pour cela que la demande est si forte, ça rapporte des milliards de dollars au pays" (environ 5 milliards en armes, 5 milliards en matériels techniques). Ce qui permet à Israël de rivaliser avec la France et les autres pays européens, même si il reste très très loin derrière les Etats-Unis...

        Il existe de nombreux petits documentaires, comme support de campagnes contre les ventes d'armes, comme celle du Collectif "Armes légères" en 2008.

        Quelquefois, la chaine télévisée ARTE propose des Thema sur le commerce des armes, ainsi en 1995 ou en 2008, dans lesquels on peut voir de petits documentaires ainsi que des téléfilms (comme L'affaire Lucona de  1994, une oeuvre de Jack GOLD sur cette affaire qui avait ébranlé à l'époque la classe politique autrichienne). Malheureusement, si la qualité des petits documentaires est indéniable, la plupart des téléfilms présentés ne touchent au problème des ventes d'armes que de façon incidente, vu la rareté de ceux qui l'abordent de front. Cette chaine de télévision se fait  ainsi l'écho des campagnes d'envergure contre le commerce d'engins de mort, que ce soit des armes destinés aux armées ou des armes en vente libre, comme les matraques tous usages.

        Par ailleurs, les organismes d'Etat, comme l'ancien SIRPA devenu DICOD, et les sociétés d'armements produisent des documents filmés, surtout des vidéos, dont certaines disponibles sur Internet, présentation d'armements à l'exportation et justification de politique de défense. La Délégation Générale pour l'Armement présente régulièrement, à l'occasion de manifestations commerciales comme Satory ou Le Bourget, des petits films très bien faits et mettant en valeur les matériels.

        Philippe RYSMAN et Gilbert GIRONDEAU, Armement, dans CinémAction-Tricontinental, "le tiers-monde en films", 1982 ; François GARçON, Enquête sur le cauchemar de Darwin, Flammarion, 2006.
    On consultera avec profit les sites Internet : www.michaelmoore.com ; www.defensegouv.fr ; www.darwinsnightmare.com ; www.afrik.com ; www.espacestemps.net ; www.africultures.com ; www.onf.ca.
    Yotam FELDMAN, The Lab, 60 minutes, DVD VOST, 2013.

     

      Actualisé le 14 mars 2016.
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22 février 2009 7 22 /02 /février /2009 09:21
        Violence, soit Gewaltsamkeit ou Gewalttat en allemand, violence en anglais et violenza en italien et violent en radical international, est, selon le Vocabulaire Technique et Critique de la Philosophie, le caractère d'un phénomène ou d'un acte qui est violent. Ce dictionnaire renvoie à Violent comme adjectif (allemand violentem, anglais violent et italien violento) et dégage 4 ans à Violence :
                              - phénomène qui s'impose à un être contrairement à sa nature ;
                              - phénomène qui s'exerce avec une force impétueuse contre tout ce qui lui fait obstacle ;
                              - sentiment ou acte, auxquels se joint presque toujours l'idée qu'il s'agit d'impulsions échappant à la    
                                    volonté (passion violente, violent désir) ;
                              - personne (ou caractère) qui se comporte d'une manière violente contre ce qui lui résiste.
      Selon ce même dictionnaire, le mot violence a pris un sens "plus défini depuis NIETZSCHE, SOREL et le syndicalisme révolutionnaire, qui ont introduit des vues systématiques contre les directions ou les freins intellectuels, et préconisé "l'action directe"."

         Le Vocabulaire de la philosophie et des sciences sociales fait un assez long développement pour définir le mot Violence, dans plusieurs catégories. En ce qui concerne la Morale, Violence est "toute atteinte à la personne humaine, soit de la personne sur elle-même, soit sur celle d'autrui, soit d'une autre sur elle, ce qui vaut donc pour tous les individus les uns à l'égard des autres et des groupes humains, petits ou grands, les uns envers les autres." Ce dictionnaire cite de nombreux auteurs :  pour certains, la violence est inhérente à la nature de l'homme (MACHIAVEL, HOBBES, HEGEL, NIESTZSCHE, FREUD), pour d'autres, elle provient de la vie sociale (ROUSSEAU, PROUDHON, BAKOUNINE, STIRNER, MARX, SOREL, LENINE, MARCUSE). L'article se termine sur la mention de la Non-violence (GANDHI, TOLSTOI, THOREAU, LANZA DEL VASTO).

         Pour le Dictionnaire des auteurs et des thèmes de la philosophie, la référence est ARISTOTE, qui, en "opposant le mouvement violent ou forcé au mouvement naturel" considère qu'est violence "tout ce qui, survenant de l'extérieur, s'oppose au mouvement intérieur d'une nature."
 Dans l'introduction à l'article Violence le dictionnaire indique : "Lorsqu'on a défini l'homme comme sujet, c'est-à-dire comme intériorité absolue et comme volonté libre, la violence est devenue toute contrainte physique à laquelle on soumet par son corps une volonté à accomplir une action qu'elle ne veut pas."
  Ce dictionnaire cite également de nombreux auteurs, en plaçant l'hégélianisme, le marxisme et le freudisme comme phares dans la réflexion sur le sens de la violence.

      Pour Michel WIEVIORKA, "la plupart des approches classiques de la violence ont ainsi en commun de ne guère faire intervenir, sinon à la marge, les processus de subjectivation et de désubjectivation qui nécessairement (...) caractérisent ses protagonistes. (...)." L'auteur invite dans son livre "La violence" à théoriser celle-ci en plaçant le sujet au coeur de l'analyse.
      C'est également cette perspective que développe Hélène FRAPPAT dans le chapitre de son anthologie intitulé "L'autre de la philosophie", en reprenant (et en réinterprétant) de nombreux auteurs classiques. "L'origine de la philosophie repose sur cet acte initial de violence par lequel les participants au dialogue (de PLATON) tuent le père présocratique. Après ce meurtre symbolique commis en présence de SOCRATE, une tâche complexe s'offre à la philosophie : elle doit élaborer un discours qui accueille en son sein la violence du non-être, tout en dénonçant les artifices rhétoriques des sophistes (entendus comme utilisateurs d'une science des disputes et de l'art de persuader à l'aide de ruses et de mensonges habilement argumentés). Ces conceptions de la philosophie par rapport à la violence doivent beaucoup aux analyses de Jean-François LYOTARD et d'Eric WEIL, entre autres.

        Yves MICHAUD classe les philosophies de la violence entre ontologies de la violence et philosophies de la réciprocité.
                   Parmi les philosophies qui fondent leur réflexion sur la violence sur une conception de la nature des
                   choses, on rencontre : - les négativités de l'Etre où l'individu et la société sont compris à travers leurs
                    contradictions : HEGEL, MARX, les penseurs grosso modo de l'École de Francfort (ADORNO,
                                          HORKHEIMER, POLLOCK, LOEWENTHAL, MARCUSE pour une partie de son oeuvre) ;
                                                      - les philosophies de la vie, SPENCER, NIETZSCHE....

                  Parmi celles qui mettent l'accent sur la réciprocité, on retrouve HEGEL, SARTRE et GIRARD, selon des
                  acceptions bien entendu bien différentes.
  Dans sa "conclusion philosophique", Yves MICHAUD insiste sur le fait que "les philosophies de la violence sont des approches spéculatives où les généralisations audacieuses, les mythes et les proclamations définitives ne manquent pas." Comme sur toute question philosophique, et surtout sur la violence, c'est dire que les arguments d'autorité comptent peu : philosopher sur la violence, c'est surtout y réfléchir sur ses fondements.

             Les définitions philosophiques de la violence, loin de réduire celle-ci à un sens mécaniste où la nature joue un très grand rôle, et surtout les définitions philosophiques modernes, mettent l'accent sur une critique de la violence.

   André LALANDE, Vocabulaire technique et critique de la philosophie, PUF, collection Quadrige, 2002 ; Vocabulaire de la philosophie et des sciences humaines, Louis-Marie MORFAUX, Armand Colin, 1980 ; Sylvain AUROUX et Yvonne WEIL, Hachette, collection Education, 1991 ; Michel WIEVIORKA, La violence, Hachette, collection Pluriel, 2005 ; Hélène FRAPPAT, La violence (textes choisis et présentés par), GF Flammarion, collection Corpus, 2000 ; Yves MICHAUD, La violence, PUF, collection Que sais-je?, 1988.


           
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19 février 2009 4 19 /02 /février /2009 09:39
      Pour le marxisme en général, pour la majeure partie des auteurs marxistes ou marxiens, à la suite de Karl MARX et de Friedrich ENGELS, le droit n'a pas d'histoire propre (Jacques MICHEL).
    Dans le Dictionnaire Critique du Marxisme, on peut lire qu"ils définissent le complexe politico-juridique par la fonction (...) d'assurer la reproduction des rapports capitalistes de production. (...) Marx et Engels posent d'abord les conditions politiques de l'établissement du mode de production capitaliste et marquent (...) la nécessité d'un droit centralisé, codifié et légiféré pour ensuite (Marx surtout) s'attarder plus précisément sur la forme contractuelle moderne qui permet l'achat et la vente de la force de travail."

      Dans l'Idéologie allemande (1846), sur les rapports de l'Etat et du droit avec la propriété, les deux fondateurs du marxisme écrivent : "L'Etat étant donc la forme par laquelle les individus d'une classe dominante font valoir leurs intérêts communs et dans laquelle se résume toute la société civile d'une époque, il s'ensuit que toutes les institutions communes passent par l'intermédiaire de l'Etat et reçoivent une forme politique. De là l'illusion que la loi repose sur la volonté, et qui mieux est, sur une volonté libre, détachée de sa base concrète. De même, on ramène à son tour le droit à la loi.
  La dissolution de la communauté naturelle engendre le droit privé ainsi que la propriété privée, qui se développent de pair."
  Plus loin, ils poursuivent : "Dans le droit privé, on exprime les rapports de propriété existants comme étant le résultat d'une volonté générale. Le jus utendi et abutendi (droit d'user et d'abuser) lui-même exprime d'une part le fait que la propriété privée est devenue complètement indépendante de la communauté, et d'autre part l'illusion que la propriété privée elle-même repose sur la seule volonté privée, sur la libre disposition des choses. En pratique, l'abuti (le droit d'abuser) a des limites économiques très déterminées pour le propriétaire privé, s'il ne veut pas voir sa propriété, et avec elle son jus abutendi, passer dans d'autres mains; car somme toute, la chose, considérée uniquement dans ses rapports avec sa volonté, n'est rien du tout, mais devient seulement dans le commerce, et indépendamment du droit, une chose, une propriété réelle (un rapport, ce que les philosophes appellent un idée).
  Cette illusion juridique, qui réduit le droit à la seule volonté, aboutit fatalement dans la suite du développement des rapports de production au fait que quelqu'un peut avoir un titre juridique à ne chose sans détenir réellement la chose."
     Le dépérissement du droit est envisagé en même temps que celui de l'Etat, dans le cadre du dépassement de la société bourgeoise. En remplaçant  la notion abstraite de personne par la notion concrète de travailleur, un universalisme concret remplace l'universalisme abstrait du droit et pervertit le caractère juridique des règles sociales. En faisant cela, Marx ne nie pas que la réduction de l'individu au travailleur engendre un principe d'égalité formelle, mais pense qu'une telle disposition est nécessaire dans une phase de transition vers le communisme. (Jacques MICHEL)

     Inspirés par la pensée de LENINE, les premiers juristes soviétiques restent dans la ligne classique. Dans une société devenant de plus en plus socialiste, le droit bourgeois subsiste, mais ne demeure qu'en tant que régulateur de la production et de la répartition des richesses. Les théoriciens du droit de la période léninienne (jusqu'à 1924 à peu près) se veulent anti-juridiques. Peteris STUCKA (1865-1932) définit le droit comme "un système de rapports sociaux qui correspond aux intérêts de la classe dominante et est garanti par la force organisée de cette classe" (1919). Le dictateur éphémère de la Lettonie (1919) contribue à la rédaction des premières lois de l'Union Soviétique où le droit est conçu comme une arme de combat contre les ennemis politiques.

    A l'instar de la stratégie ou de la linguistique, le droit subit sous STALINE, surtout dans les années 1930, les effets de l'abandon des thèses du dépérissement de l'Etat. Engeny PASHUKANIS (1891-1937) et surtout Andrei Ianmourievotch VYCHINSKY (1883-1954) vont fixer la théorie du droit "socialiste" comme véritable machine justificatrice de la violence d'Etat contre les successives "déviations". Un décalage s'instaure entre une présentation politico-juridique idéale formelle de la société et son fonctionnement réel. Les procès de Moscou de 1936 à 1938 pervertissent le sens d'une légalité dont se détournent de vastes secteurs de la société. il reste sans doute à écrire précisément, à l'instar de ce qui a été fait pour l'économie, par exemple par Jacques SAPIR, l'histoire de ce droit et des véritables comportements juridiques d'acteurs essentiels de la société soviétique.

     Reste après le semblant de tentatives d'un droit socialiste à l'Est, la critique marxiste du droit. Selon Jocelyn BENOIST, "la démarche unique de Marx, qui consiste à poser jusqu'au bout au-delà du terrain du droit mais aussi de la philosophie, la question de la signification de ce qu'on entend par "droit", en fait un des critiques du concept de "droit" les plus radicaux, mais aussi, par là même, les plus éclairants sur ce concept. La pensée juridique ne peut éviter la confrontation avec une telle critique, qui va jusqu'au bout de la dénaturalisation du droit et le fait apparaître à la fois comme quelque chose de très superficiel, un phénomène de surface, et comme le lieu où se détermine le sens même de l'humanité de l'homme."  Cette critique, aussi valable pour le système capitalisme que pour le faux socialisme soviétique, met à nu la fiction qu'est le droit, qui veut neutraliser la complexité des rapports sociaux et la réalité fondamentale du conflit, un conflit qui organise la société en classes aux intérêts contradictoires.

     Karl MARX et Friedrich ENGELS, L'idéologie allemande, Editions sociales, 1970 ; Karl MARX, Contribution à la critique de la philosophie du droit de HEGEL, Allia, 1998 ; Engeny PASUKANIS, La théorie général du droit et le marxisme, EDI, 1970.
    Jocelyn BENOIST, article Karl MARX du Dictionnaire des grandes oeuvres juridiques, sous la direction d'Olivier CAYLA et de Jean-Louis HALPERIN, Dalloz, 2008 ; Jacques MICHEL, article Droit du Dictionnaire Critique du Marxisme, sous la direction de Georges LABICA et de Gérard BENSUSSAN, PUF, collection Quadrige, 1999.


                                                                        JURIDICUS
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17 février 2009 2 17 /02 /février /2009 14:38
             De son vrai nom Huigh de GROOT (1583-1645), le grand juriste hollandais est considéré comme l'initiateur du droit international par de nombreux auteurs (VICO par exemple). Auteur en tout cas d'un des traités juridiques majeurs du dernier millénaire (Peter HAGGENMACHER), l'avocat protestant, érudit précoce et aventurier, conseiller de la Compagnie des Indes Orientales, prit dans les tourments des querelles politiques de son pays, rédige son ouvrage le plus connu lors de son exil à Paris. il publie Le droit de la guerre et de la paix en 1625 et le dédie à Louis XIII, après avoir prit deux ans pour le rédiger, sur des idées déjà en gestation depuis 20 ans.
       
             Le droit de la guerre et de la paix, écrit en latin, est divisé en trois grands livres : le premier porte sur la définition de la licéité de la guerre, sur les belligérants et les formes de guerre, le second, qui occupe près de la moitié du volume, sur les justes causes de la guerre, et le troisième sur les limites du droit de la guerre et sur le retour de la paix. Ce droit est régi par le droit naturel, un droit si certain pour GROTIUS qu'il existerait même si Dieu n'existait pas, auquel s'ajoute des normes du droit des gens. Très loin d'une vision où l'Etat intervient partout, cette préfiguration du droit international est fondée sur la distinction entre droit naturel et droit volontaire (ce dernier procédant d'un commandement prononcé par une autorité compétente) empruntée à ARISTOTE. GROTIUS affirme le principe de supériorité du droit naturel sur le droit volontaire. Tout au long de son ouvrage, l'Etat lui-même est soumis à des critères de légitimité ou d'illégitimité des guerres auxquelles il prend part.

            Dans des "Prolégomènes" sur les trois livres, GROTIUS s'élève contre tout utilitarisme (contre THUCYDIDE et CARNÉIDE) et entend tenter ce que personne "n'a tenté jusqu'à présent", faire "un traité complet et méthodique". Son propos est bien rendu par ses attendus aux paragraphes XXV et XXVIII.
   "On doit d'autant moins admettre, ce que certains individus s'imaginent, que dans la guerre tous les droits sont suspendus, que la guerre elle-même ne doit être entreprise qu'en vue d'obtenir justice, et que, lorsqu'elle est engagée, elle ne doit être conduite que dans les termes de droit et de la bonne foi.(...) Mais pour que la guerre soit juste, il ne faut pas l'exercer avec moins de religion qu'on a coutume d'en apporter dans la distribution de la justice."
   "(...), convaincu (...) de l'existence d'un droit commun à tous les peuples, et servant soit pour la guerre, soit dans la guerre, j'ai eu de nombreuses et graves raisons pour me déterminer à écrire sur ce sujet. Je voyais dans l'univers chrétien une débauche de guerre qui eût fait honte même aux nations barbares; pour des causes légères ou sans motifs on courait aux armes, et lorsqu'on les avait une fois prises, on n'observait plus aucun respect ni du droit divin, ni du droit humain, comme si, en vertu d'une loi générale, la fureur avait été déchaînée sur la voie de tous les crimes."

       La lecture du premier livre, comme des autres d'ailleurs, est rendue facile par un exposé de l'ordre de l'ouvrage, placé en tête de chaque chapitre, ce qui le bien plus agréable et plus compréhensible à lire d'ailleurs que beaucoup de textes juridiques actuels.
Ce premier livre comporte 5 chapitres qui font le tour des questions Qu'est-ce que la guerre?, Qu'est-ce que le droit? Qui la fait?
 Au chapitre 1 GROTIUS indique clairement sa conception du droit tirée directement des textes bibliques (loi hébraïque entre autres) et des écrits des premiers Pères de l'Eglise, car il veut ancrer sa réflexion sur ce que la Chrétienté a en commun, avant les schismes religieux qu'il vit. En définissant les différentes formes de droit (droit naturel, droit volontaire, divin ou humain), il entend fonder cette réflexion sur le droit naturel consacré précisément par ces textes anciens. Dans le chapitre 2, GROTIUS prend ses arguments aux mêmes sources pour déterminer si la guerre peut être juste, pour y apporter la même réponse affirmative que celle de l'Empire romain chrétien.
   Le chapitre 3 porte sur "l'explication de la souveraineté" : il développe à la fois l'idée que si des guerres privées peuvent relever du droit naturel, dans son domaine l'Etat est seul acteur de la guerre publique. Dans le chapitre 4, la guerre des sujets contre les puissances, GROTIUS restreint très fortement les cas de résistance légitime au souverain. En dehors du cas de l'usurpation (cette usurpation étant définie par rapport à une coutume, qui peut très bien partager le pouvoir d'Etat entre plusieurs mains), cette résistance est illégitime. Les particuliers ne peuvent en aucun cas s'ériger en juges.
  Il conclue dans le chapitre 5 que le droit de nature n'exclut personne de la guerre comme instrument, comme sujet d'autorité.

      Le livre deuxième, réparti en 26 chapitres, s'étend sur les causes justes de la guerre. Pour donner un idée de la volonté de GROTIUS de faire effectivement un traité complet, citons les têtes de ces chapitres :
       - Des causes de la guerre, et, premièrement de la défense de soi-même et des biens;
       - Des choses qui appartiennent en commun aux hommes;
       - De l'acquisition originaire des choses; où il est traité de la mer et des rivières;
       - De l'abandonnement présumé; de l'occupation qui le suit; et en quoi il diffère de l'usucapion et de la prescription;
       - De l'acquisition originaire du droit sur les personnes (droits parentaux, des communautés et sur les sujets et
         sur  les esclaves);
        - De l'acquisition dérivée par le fait de l'homme (aliénation et biens de la souveraineté);
        - De l'acquisition dérivée qui s'accomplit en vertu de la loi (successions);
        - Les acquisitions qui sont dites vulgairement du droit des gens;
        - Quand finit la souveraineté ou la propriété;
        - De l'obligation qui naît de la propriété;
        - Des promesses;
        - Des contrats;
        - Du serment;
        - Des promesses, des contrats et des serments de ceux qui ont la souveraineté;
        - Des traités et des sponsions;
        - De l'interprétation;
        - Du dommage causé injustement, et de l'obligation qui en résulte;
        - Du droit des ambassades;
        - Du droit de sépulture;
        - Des peines;
        - De la communication des peines;
        - Des causes injustes;
        - Des causes douteuses;
        - Avis de ne point entreprendre une guerre témérairement, même en vertu de justes causes;
        - Des causes d'entreprendre la guerre pour les autres;
        - Des causes justes pour lesquelles la guerre peut être faite par ceux qui sont sous la souveraineté d'autrui.
  C'est une véritable théorie générale du droit naturel que GROTIUS élabore ici. Il s'agit de la légitime défense, d'une théorie des droits absolus et d'un droit des obligations et une théorie du droit pénal (les chapitres sur les peines et la communication des peines sont fort longs et détaillés).
           De ces ensembles de normes objectives dérivent autant de droits subjectifs (dont GROTIUS est un des premiers à dégager aussi clairement la notion en tant que "qualité morale attachée à la personne pour posséder ou faire justement quelque chose"). Ces droits subjectifs sont exerçables par tout individu en l'absence de juridiction étatique, et cela vaut pour la compétence pénale que GROTIUS considère dans son essence comme naturelle. Tous ces droits sont dès lors inhérents à la personne humaine, qui est immédiatement insérée dans un ordre juridique naturel aux dimensions de l'humanité. Ce droit naturel et ce droit des gens, deux sources du droit non écrit s'établissent soit par déduction rationnelle, soit par le consentement des nations civilisées, par l'usage continuel des nations et par le témoignage d'auteurs compétents. (Peter HAGGENMACHER)
          Au premier rang des causes justes des guerres figure, comme chez Saint Thomas, la légitime défense, entre particuliers comme entre Etats. Mais sont illégitimes les guerres de conquête (Mario BETTATI), ce qui explique pourquoi GROTIUS s'étend sur la propriété et son acquisition et sur les droits et obligations qui s'y rattachent. Dans sa vaste construction, particuliers et Etats sont soumis en ce qui concerne cette propriété aux mêmes lois naturelles.
        Notons que GROTIUS insiste souvent sur le péril de la désobéissance. Ainsi, pour éviter les périls de la destruction de la chose publique, il admet même que les délibérations concernant les guerres injustes ne soient même pas portées à la connaissance du peuple. N'oublions pas que l'époque de GROTIUS est une société à ordres, où les puissants et le peuple (et à fortiori les esclaves) doivent rester à leur place...

       Dans le livre troisième, divisé en 25 chapitres, GROTIUS traite du droit dans la guerre et annonce de futures dispositions du droit international pénal et notamment sur les responsabilités des dirigeants et des exécutants dans les guerres injustes. Il établit une sorte de code de la guerre avec ses conventions et ses procédures, que ce soit dans leur déclaration, dans l'étendue des tueries et des violences autorisées en général, et dans leur conclusion.
  Lorsque GROTIUS parle du droit de la paix, il n'entend pas ce qu'aujourd'hui on appelle le droit des relations internationales de la coexistence pacifique, mais seulement de la partie du droit de la guerre relative à leur achèvement (les traités de paix). Le juriste hollandais est très loin du pacifisme : il cite d'ailleurs saint Augustin dans sa conclusion : on ne cherche pas à faire la paix pour faire la guerre, mais au contraire on fait la guerre pour avoir la paix. (Mario BETTATI)

       Plusieurs lectures sont faites de cette oeuvre assez monumentale, tant par les partisans du droit public étendu que de ceux du droit privé fondé sur le contrat.
   On peut avec Frédéric ROUVILLOIS, dans un premier temps, distinguer trois interprétations :
           - Laïcisation du droit, "ainsi, il n'est plus indispensable de s'accorder sur un plan religieux pour se soumettre à un même droit".
           - Identification du droit à la morale. La nature humaine montre le droit. "La mère du droit naturel est la nature humaine elle-même, qui nous porterait à rechercher le commerce de nos semblables, quand même nous n'aurions besoin de rien" (Prolégomènes)
             - Identification du droit naturel aux mathématiques. La voie de cette interprétation est celle de l'établissement d'une science juridique précise. "C'est en isolant les principes du droit, tant de la volonté que des faits, qu'on pourra les arracher au relatif, à l'incertitude, et leur conférer une stabilité sans laquelle ils ne seraient pas susceptibles d'une approche systématique". Et surtout imposer cette science juridique autant aux puissants qu'au peuple.
    Comme pour toute oeuvre d'envergure, la postérité des idées dépend autant de ce que l'auteur a réellement voulu signifier que ce que ses lecteurs et commentateurs ont voulu y trouver, et souvent y sélectionner, comme aliment de leur propre réflexion. La dynamique du travail d'une oeuvre se poursuit toujours bien longtemps après que son auteur l'ait léguée à ses descendants spirituels. En ce qui concerne GROTIUS, il a ouvert de nombreuses perspectives dans le droit international qui n'ont certainement pas été toutes explorées.
     Les conceptions de GROTIUS et de Thomas HOBBES s'opposent sur l'état de nature. Si GROTIUS s'appuie sur la nature pour en déduire les règles du droit, pour définir ce qui est légitime ou pas, Thomas HOBBES conçoit l'état naturel comme un état de guerre qu'il s'agit de maîtriser. Peter HAGGENMACHER voit dans De Cive de Thomas HOBBES une "critique masquée de la doctrine grotienne du droit et de la guerre".
    Point d'ancrage d'une conception jurisprudentielle du droit international, origine de l'émergence de la discipline du droit international et de la doctrine des droits de l'homme, malgré ses positions très conservatrices (favorable à l'esclavage et défavorable au droit de désobéissance), l'influence du Droit de la guerre et de la paix est énorme, tant à cause de ses rééditions successives que grâce aux commentaires très divers qu'il a suscité et qu'il suscite encore.

    A noter que deux traductions de Le droit de la guerre et de la paix existent : celle de BARBEYRAC de 1724, la plus diffusée notamment au XVIIIème siècle, dans l'esprit des Lumières et de l'Encyclopédie, une traduction très douteuse si l'on en croit le présentateur du livre aux Presses Universitaires de France, Denis ALLAND, et celle de P. PRADIER-FODERE de 1867, jugée plus fidèle à l'esprit de l'époque même de GROTIUS. C'est cette dernière traduction que les PUF ont utilisées en 1999.

      Hugo GROTIUS, De jure belli ac pacis libri tres, in quibus ius naturae et gentium item iuris publici praecipua explicantur (Le droit de la guerre et de la paix), 1625, chez BUON, Réédition Presses Universitaires de France, 1999. L'édition dans la collection Quadrige au PUF de 2005 comporte 868 pages, réalisée par Denis ALLAND et S GOYARD-FABRE. Une très courte présentation par Denis ALLAND l'introduit. De très nombreuses notes de GROTIUS figurent en bas de page.
      Peter HAGGENMACHER, article GROTIUS du Dictionnaire des grandes oeuvres juridiques, sous la direction d'Olivier CAYLA et de Jean-Louis HALPERIN, Editions DALLOZ, 2008 ; Mario BETTATI, article GROTIUS du Dictionnaire des Oeuvres Politiques, sous la direction de François CHATELET, Olivier DUHAMEL et d'Evelyne PISIER, PUF, 1986 ; Frédéric ROUVILLOIS, Le droit, textes choisis et présentés par, GF Flammarion, collection Corpus, 1999.

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