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24 mars 2009 2 24 /03 /mars /2009 10:40
     Même si le livre de l'objecteur insoumis au service civil des années 1970 a déjà plus de vingt ans, ce qui rend sa dernière partie un peu obsolète, quoique toujours intéressante, même si aujourd'hui l'abolition du service militaire dans de nombreux pays européens, en France notamment réduit notablement l'intérêt de l'objection de conscience à l'institution militaire, les longs développements historiques, depuis qu'il y a des armées jusqu'à l'époque contemporaine fait de celui-ci un ouvrage très utile. Utile pour appréhender et comprendre l'épaisseur d'une histoire des réfractaires, utile car demain nu ne sait quelle forme peut revêtir de nouvelles obligations militaires des citoyens, utile enfin car l'histoire des réfractaires est intimement liée à l'histoire de la conquêtes des libertés publiques.
     Comme l'écrit Michel AUVRAY, "une histoire des réfractaires indissociablement  liée à celle de la conscription, tant il est vrai que l'objection comme l'insoumission sont conditionnées par les formes et l'étendue des obligations militaires ; tant il est vrai, aussi, que c'est l'obligation du service armé qui crée l'objection au service militaire, l'insoumission et, fréquemment, la désertion".  "Chaque fois que des hommes ont été astreints à participer à la guerre et à sa préparation, chaque fois que les gouvernements ont voulu imposer l'enrôlement forcé, des individus et des groupes humains ont refusé de se soumettre aux autorités, de contribuer à des massacres qu'ils réprouvaient. (...) des hommes, peu nombreux, trop peu nombreux il est vrai, se sont opposés à ce que des chefs, princes, rois, empereurs et autres présidents se servent d'eux pour satisfaire leurs appétits guerriers, leur soif de puissance ou de gloire, leurs intérêts économiques."
      Une très grande partie du livre est consacrée aux réfractaires de la Révolution française et de l'Empire, comme à ceux de l'Algérie française (1954-1962). Un gros tiers porte sur les luttes en France contre l'institution militaire depuis 1962, depuis la grève de la faim de Loin LECOIN pour l'obtention d'un statut des objecteurs de conscience. Défavorable au service civil, l'auteur est partie prenante des conflits internes aux mouvements de résistance à la militarisation.Beaucoup de ceux qui ont accompli les deux ans de service civil, soit légalement, dans des filières organisées par les associations loi 1901 de solidarité et parfois de lutte.. contre l'armée et financées par les pouvoirs publics, soit illégalement car refusant des affectations imposées, notamment à l'Office National des Forêts, ne se retrouveront pas dans certains propos de Michel AUVRAY. Co-fondateur du journal Objection, l'auteur décrit toutefois relativement bien, même si c'est plutôt bref,  ce qui s'est passé autour du mouvement au Larzac contre l'extension du camp militaire.
     Si dans l'annexe la liste des journaux et périodiques, comme celle des adresses utiles, relève plus de l'histoire que de l'actualité et n'est guère utilisable bien entendu, la bibliographie comporte beaucoup d'éléments qui permet au lecteur d'aller beaucoup plus loin que le livre.
   L'éditeur présente ainsi cet ouvrage : "Ils sont dit "Non!". Non à la guerre, à sa préparation. Non à l'uniforme, à l'enrôlement forcé. Non à la servitude et aux contraintes militaires. Objecteurs, insoumis, déserteurs, réfractaires, ils appartiennent au mouvement social le plus mal connu. Et non moins méconnu de ceux qui ont pour lui une sympathie certaine. La jeunesse de ses membres comme ses développements relativement récents laissent même accroire qu'il est sans passé, sans histoire. C'est cette histoire, les histoires parallèles et convergentes de ces refus d'obéissance qui sont parfois de véritables engagements que voilà ici retracés pour la première fois. Des tout premiers chrétiens aux déserteurs de l'Ancien Régime, des insoumis de la Révolution à ceux du Ier Empire, des fusillés "pour l'exemple" de 1914-1918 aux opposants à la guerre d'Algérie, des objecteurs légalement reconnus aux insoumis "totaux", renvoyeurs de papiers militaires et autres objecteurs à l'impôt, voici l'histoire des réfractaires en France, des origines à nos jours : l'histoire de ceux qui refusent de se soumettre aux obligations militaires comme celle des résistants à la militarisation de la société. Une histoire inséparable de celle des libertés, profondément actuelle, éclairant la signification des changements en cours. Une histoire passionnante, qui plonge ses racines dans les rapports qu'entretiennent le peuple et l'armée, l'individu et le pouvoir.
    Michel AUVRAY, objecteur, puis insoumis au service civil, l'un des fondateurs en 1974 du journal Objection, a écrit aussi L'âge des casernes, Histoire et mythes du service militaire (Editions de l'Aube, 1998).

       Michel AUVRAY, Objecteurs, insoumis, déserteurs, Histoire des réfractaires en France, Stock/2, 1983, 440 pages.
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21 mars 2009 6 21 /03 /mars /2009 09:11
     Débuter un survol historique, relativement libre,  du concept d'opposition par l'examen de la pensée de Descartes et de sa postérité peut sembler paradoxal lorsque l'on sait que c'est KANT qui introduit, à l'état de thème philosophique explicite le concept d'opposition polaire, de couples des contraires contrastés.
     En fait, la pensée philosophique, insérée et agissante dans un contexte social mouvant, est formée de filiations incomplètes et suit des évolutions sinueuses le plus souvent ambiguës : l'avancée ou le recul d'une conception, comme celle des oppositions, dépend souvent de l'influence des réflexions qui les ont précédées dans le temps. Pour qu'une idée s'impose, il faut souvent qu'au préalable d'autres idées cèdent sous le coup de contestations de leur validité. Cela est tout à fait le cas pour la pensée critique de KANT, préparée en quelque sorte par la pensée du doute méthodique de DESCARTES.
    Plus, l'ensemble des réflexions cartésiennes préparent ou plutôt rendent possibles, dans la mesure où elles se diffusent rapidement dans les sociétés européennes du XVIIème siècle, l'ensemble des réflexions kantiennes.

     l'oeuvre de DESCARTES, avec toutes les précautions qu'il prend (il demande même pour certains textes les avis des maîtres de Port Royal...), en empruntant le vocabulaire de la philosophie traditionnelle, apporte une révolution qui ébranle toute la scolastique, toute cette philosophie, métaphysique comprise, qui veut réconcilier harmonieusement les apports d'auteurs grecs antiques et le message de christianisme, dans l'intérêt bien compris de groupes sociaux qui dominent une société à ordres.
    Si l'on suit Frédéric de BUZON et Denis KAMBOUCHNER, "la révolution accomplie par DESCARTES en philosophie tient, pour toute une part, à sa réforme de la notion de l'âme. Dans la philosophie de l'Ecole, l'âme humaine reste en premier lieu définie comme la forme substantielle du corps, qui lui fait remplir toutes ses fonctions et accomplir tous ses mouvements. (...) Avec DESCARTES, l'âme perd tout rôle dans les fonctions de base de la vie. En outre, les fonctions auparavant rapportées à l'âme sensitive (sensations, imagination, passions, appétits, mouvements volontaires) sont désormais clairement subordonnées à l'entendement et à la volonté, facultés principales d'un âme raisonnable ou esprit qui n'est plus une partie de l'âme, mais cette âme tout entière qui pense." Sans parler de dualisme cartésien, car DESCARTES va beaucoup plus loin finalement en n'accordant plus grand chose comme fonction à l'âme, le philosophe français sépare corps et âme, pour ne plus discuter, dans l'ensemble de sa métaphysique que du corps..."Je ne suis donc, écrit-il dans la deuxième Méditation (Méditations métaphysiques), précisément parlant, qu'une chose qui pense, c'est-à-dire un esprit, un entendement ou une raison."
     Par ailleurs, après avoir élaboré une preuve de l'existence de Dieu, DESCARTES évacue purement et simplement les dogmes religieux et s'attache à la construction d'une méthode qui permet de découvrir les vraies réalités dans le monde aussi sûrement, selon lui, que l'élaboration des mathématiques. Fondant la recherche de la vérité non pas à partir de Dieu, mais à partir des instruments naturels de l'homme, l'aimable philosophe introduit les germes d'une révolution qui ouvre la voie à une investigation scientifique débarrassée de références religieuses.

       Pour Pierre GUENANCIA, "on voit à quel point la découverte de l'extériorité ou de l'altérité véritable est, chez DESCARTES, indissociable de la possibilité d'une intellection pure, du détachement de l'esprit des sens et de l'imagination qui sont "des façons de penser" par lesquelles l'homme rapporte tout à lui et mesure toute chose ou idée à la capacité de s'en faire une image, proportionnant ainsi tout objet à l'idée que l'esprit forme de soi-même" (Méditation sixième). Utilisant un procédé issu du scepticisme antique, le doute est utilisé par DESCARTES pour établir les vérités qui lui résistent. Ce doute considère comme provisoirement fausses les opinions (sur les choses et sur la réalité de l'homme lui-même) qui ne sont que vraisemblables ou probables. Il met en question, de façon radicale, l'existence des choses correspondant aux idées ou représentations que l'esprit peut avoir. Le doute conduit à une suspension du jugement affirmant l'existe du corps propre, du monde, de Dieu. Ce doute radical traverse tout et surtout les vérités établies par tous les pouvoirs constitués, qu'ils soient intellectuels, matériels, spirituels.
Pourquoi DESCARTES établit-il sa méthode en grande partie et au départ sur le doute? Parce que précisément, l'ensemble des sciences naturelles, la médecine, la physique... est sujet à son époque à des confusions terribles qui empêchent de comprendre réellement le monde. DESCARTES ne veut pas établir d'opposition aux doctrines pour des motifs socio-politiques (il en est très très loin!) ou autres, mais tout simplement parce qu'il veut gouverner sa vie, et aider les autres à la gouverner la leur, en fonction de la réalité (Traité des passions), seule manière d'aboutir au bonheur, ou d'essayer d'y aboutir, ce qui est l'objectif recherché par nombre de philosophies depuis l'Antiquité.

        Jean Luc MARION pense que cette problématique du doute joue encore en notre siècle. Pour lui chacune des Médiatations métaphysiques "peut se relire comme le lieu théorique d'une des interrogations essentielles de la pensée actuelle." Ce qu'il appelle le paradigme cartésien agit encore sur notre façon de voir les choses.

       Bien entendu, DESCARTES n'offre pas de théorie des oppositions, mais ouvre la voie, selon Pierre GUERNANCIA aux réflexions postérieures de KANT. Sur la question par exemple de la comparaison de Dieu et du roi dans les rapports avec les sujets, DESCARTES, dans deux lettres tirées d'une correspondance abondante que l'on continue aujourd'hui de traduire et de diffuser, traitent de deux questions, l'une sur le caractère libre de la création par Dieu des vérités dites éternelles (de logiques, de mathématiques), l'autre sur la compatibilité entre le libre arbitre humain et la toute puissance de Dieu. "On se trouve là devant quelque chose d'assez approchant de ce que KANT nomme le conflit de la raison avec elle-même, une antithétique : nous devons accepter également deux thèses qui sont contradictoires entre elles".

       En mettant le doute en avant dans la méthode, DESCARTES prépare, sans l'entreprendre et surtout sans vouloir l'entreprendre, puisqu'il se pose en défenseur de la foi chrétienne (et catholique), la destruction de toute une manière de penser le monde et la place de l'homme dans l'univers, et même s'il aborde très peu les questions directement politiques, il prépare également les mises en cause de toutes les prétendues harmonies sociales et les mises au grand jour des oppositions de toute nature. En ce sens, les gardiens officiels de la chrétienté ne se trompaient pas sur la dangerosité d'une telle philosophie pour tous les pouvoirs établis sur les illusions des mondes harmonieux, que ce soit au ciel ou sur la terre.
   DESCARTES et le cartésianisme qui pressentent bien entendu pas de tels bouleversements, "la méthode cartésienne n'est pas le substitut d'une doctrine, mais plutôt ce qui devrait pouvoir mettre un terme aux incessants et stériles conflits doctrinaux" (Pierre GUENANCIA). Loin d'indiquer la nécessité d'une science des limites de la raison (ce qu'est la critique kantienne), l'oeuvre de DESCARTES veut montrer comment on peut passer progressivement des choses les plus simples au choses les plus compliquées, et que cela devrait pouvoir permettre à la pensée de découvrir toutes les réalités du monde, en délaissant des questions peu importantes finalement, l'origine du monde ou les activités divines, car de toute façon ces questions-là sont inaccessibles à l'entendement humain.

        Frédéric de BUZON et Denis KAMBOUCHNER, article DESCARTES de La Vocabulaire des Philosophes, Philosophie classique et moderne (XVII-XVIIIème siècle), Ellipses, 2002 ; Pierre GUENANCIA, Lire DESCARTES, Gallimard, collection folio/essais, 2000 ; Jean-Luc MARION, Le paradigme cartésien de la métaphysique, Laval théologique et philosophique, vol 53, n°3, 1997, disponible sur Internet au site www.erudit.org.

                                                                      PHILIUS
   
  
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20 mars 2009 5 20 /03 /mars /2009 10:05
       Revue très récente, puisque fondée en janvier 2000, Cités propose trimestriellement d'"interroger d'un point de vue philosophique les grandes transformations des sociétés actuelles."

    A travers entretiens, débats et grands articles textes inédits de philosophes (tels que FOUCAULT, DERRIDA ou RICOEUR), la revue veut examiner la réalité sociale et s'adresse à un large public, malgré le caractère parfois difficile  (mais comment être précis sans effort intellectuel?) des contributions. Ancrés dans l'actualité, les textes proposés abordent des approches d'auteurs "qui ont modifié notre approche de la réalité".
     Le numéro 30 de 2007 est consacré par exemple à "Derrida politique". Notons que le numéro n°37, en 2009, porte sur l'idéologie de l'évaluation, thème brûlant à l'heure actuelle de la crise tous azimut qui traverse la société, sur ces spécialistes qui dissimulent parfois sous leurs diplômes d'experts des options politiques bien précises.
     Celui de 2011 (numéro double, 4-3), sur plus de 350 pages porte, entre autres (Sur les mouvements des indignés, autres textes politiques...) sur Sionisme/Antisionisme. Ce numéro copieux aborde, après une présentation de Yves Charles ZARKA, la chronologie, la définition, les engagements, les positions, les réceptions du sionisme, avec un grand texte inédit, sur la Constitution d'Israël, avec également un éclairage sur l'actualité de ce pays (Elections, Economie...)
    Avec un peu plus de 180 pages par numéro, Cités tente, avec comme directeur de la rédaction Yves Charles ZARKA, et d'un comité de rédaction doublé d'un comité de lecture, "de répondre, par ses analyses du monde contemporain, au croisement de l'actualité socio-politique et de la réflexion philosophique, à une attente réelle du public". Exercice délicat tant l'actualité est synonyme souvent d'immédiat et de court terme, lorsque la philosophie se veut réflexion sur le moyen et long terme, sans négliger l'immédiat. Cités est une terme bien choisi car il semble faire référence à la Cité antique, grecque notamment, où les philosophes étaient des citoyens pleinement engagés dans la vie politique, littéraire et artistique de leur cité.
    On trouve au sommaire récent de la revue des thèmes réellement cruciaux comme La marchandisation de l'humain (n°65, 2016), Politiques du capital (n°64, 2015), Y-at-il du vrai dans les religions? (n°62, 2015) ou Que pensent et que veulent les neurosciences cognitives? (n°60,2014)... Si on ne se trouve pas tout le temps en accord avec elle, notamment sur le ton des éditoriaux introductifs (voir par exemple Les nouveaux barbares : terrorismes religieux, politique et culturel), la revue a le mérite d'éclairer certains aspects non présents dans l'actualité des grands médiais, de se distancier de l'actualité immédiate, et de porter l'attention sur des aspects occultés. 
   
     Droit de Cités, revue maintenant autonome, qui accompagnait Cités depuis son numéro 28, prolonge logiquement cette perspective. Elle vise plusieurs objectifs :" terroti la culture et l'art contemporain, en particulier les questions des valeurs, des critères, des oeuvres, ouvrir un espace éditorial original à ce qui est novateur tout en étant peu connu du public, analyser les processus actuels marquants dans le domaine de l'art, en liaison directe (avec les acteurs de l'art), ouvrir des débats, comme celui entre théâtre public et théâtre privé".
Se présentant sous la forme d'un journal, Droit de Cités, comme Cités, est épaulé par un comité scientifique international.

     Dans un paysage intellectuel où la philosophie est surtout représentée (en terme de publications) par des revues d'études spécialisées, surtout commentatrices d'oeuvres (cartésiennes, kantiennes, hégéliennes...), Cités veut s'ouvrir à plusieurs horizons. En tout cas, au vu des problématiques abordées, elle veut résolument, au moment où de nouvelles écoles philosophiques transnationales émergent, sortir de préoccupations hexagonales.
   Auparavant et de nouveau maintenant diffusée par les Presses Universitaires de France, Cités était disponible à L'Appel du Livre, au 99, rue de Charonne, 75011 PARIS.
   Cités est également disponible en ligne sur le site de CAIRN (www.cairn.info), et offre de nombreux articles d'anciens numéros à la lecture.
 
(Actualisé le 26 mars 2012)
(Actualité le 17 mai 2016)
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18 mars 2009 3 18 /03 /mars /2009 10:09
      De son vrai nom Ernest-Edmond LOHY, Manuel DEVALDES fait partie de ces auteurs-acteurs du pacifisme dont l'oeuvre laisse des traces dans la formation d'un antimilitarisme, d'un anarchisme et d'un pacifisme scientifiques. Ne se contentant pas (!) d'objecter et de déserter de France, sa "patrie", pendant la Première Guerre Mondiale, selon un individualisme qu'il théorise par ailleurs; typographe méticuleux et amoureux de la langue française, il approfondit les raisons de son pacifisme en s'inspirant, entre autres, de nombreux auteurs comme MALTHUS, DRYSDALE, Adelyne MORE, Teresa BILLINGTON-CREIG, Anton NYSTROM, Félix Le DANTEC et Gabriel GIROUD.
      Pensant que "pour abolir la guerre, la limitation mondiale des naissances est nécessaire" et que "la course à la population, à la surpopulation plutôt, est aussi absurde que la course aux armements", Manuel DEVALDES rédige en 1925 La cause biologique et la prévention de la guerre : essai de pacifisme, petite brochure d'une trentaine de pages, et en 1933, Croître et multiplier, c'est la guerre, un pavé de 318 pages. Poursuivant sa démarche néo-malthusienne, il fait paraître en 1937, La guerre dans l'acte sexuel et Une guerre de surpopulation : les enseignements de la guerre italo-éthyopienne.
   Manuel DEVALDES marque une préférence pour les contes et les poèmes pour faire réfléchir sur les causes et les conséquences des guerres. Ainsi, Les contes d'un Rebelle (1925), La fin du marquis d'Amercoeur (1931) et Chez les cruels (1947), dont la prose s'apparente à celles de Barbey d'AUREUILLY (1808-1889) ou de Guy de MAUPASSANT (1850-1893).

       Pour Manuel DEVALDES, dans La cause biologique et la prévention de la guerre, c'est parce que tel pays est surpeuplé (déséquilibre entre population et ressources) qu'il fait la guerre. Il invite tous ceux qui luttent contre la guerre à propager l'idée de la limitation mondiale des naissances comme première propagande à faire, puisque dans cette solution repose le salut de l'humanité. Dans la Maternité consciente (1927), on peut lire :
   "La guerre détruit les hommes les plus robustes, les mieux portants. Elle est donc éminemment dyagénique puisqu'elle assure ainsi la survivance des moins aptes, des faibles, des vieillards, des débiles mentaux.". Mais ce n'est pas seulement la guerre qui est dyagénique, car les bellicistes réclament une reproduction abondante qui ne peut se faire qu'au détriment de la qualité des individus. "Toute personne qui milite pour une amélioration de la race doit tenir compte que la guerre est dyagénique et que, pour l'éviter, l'équilibre entre la population et les vivres dans chaque pays est dispensable, mesure qui serait réalisée par la génération consciente, par la maternité consciente. Par cette dernière, chaque femme peut faire sa part de l'oeuvre de pacification du monde." Le pacifiste dénonce bien entendu le commandement du Décalogue : Croître et multiplier.
       Croître et multiplier, c'est la guerre (1933), systématise tous ces éléments, s'appuyant sur un arsenal de références autorisées et de statistiques. Manuel DEVALDES, dont on ne connaît pas de particulières sympathie envers les socialistes (!), vers la fin de livre, s'en prend aux "conceptions mystiques" de lutte contre la guerre, visant les partisans de l'insurrection qui ignorent les véritables moyens de prévention contre la guerre. Beaucoup reprochent à Manuel DEVALDES d'exclure du coup d'autres formes de lutte contre la guerre, notamment l'objection de conscience, qui pendant la guerre d'indépendance de l'Algérie, constitue un des moyens utilisés par une mouvance assez large d'opinions, contre l'engagement des troupes françaises.

       D'autres auteurs ont repris l'idée de la surpopulation, qui est tout de même loin d'être une idée neuve (PLATON, ARSITOTE...) en même temps ou après lui, comme Arthur THOMPSON, Adelyne MORE, J.B HALDANE, Herbert CROLY... Jusqu'au fondateur de la polémologie française, Gaston BOUTHOUL (1896-1980), qui fait, lui aussi, sans être aussi catégorique de Manuel DEVALDES, de la surpopulation une des causes de la guerre (La surpopulation, 1964 et Traité de Polémologie, 1970).
       Outre son apport aux idées néo-malthusiennes, Manuel DEVALDÈS est l'auteur de biographies, d'études, de traductions, de critiques, d'essais, d'analyses et d'articles répandus depuis 1895 dans quantité de revues : L'Ere nouvelle, Le réveil de l'esclave, La revue des lettres et des arts, Les Humbles, L'Ecole émancipée, L'Anthologie des écrivains réfractaires (1927), La Bibliothèque de l'Atistocratie, L'En-dehors, L'Unique où sa chronique "Haute Ecole" était très suivie. Ses études sur NIETSZSCHE, STENDHAL, BALZAC, SHELLEY, Bertrand RUSSEL... étaient éditées sur de simples fascicules et plaquettes comme il en circulaient alors énormément, de même que La Chair à canon (1908),  Maternité consciente (1927), L'Education et la liberté, Le christianisme et l'Eglise, parmi d'autres. Il écrivit beaucoup de contes, genre littéraire qu'il préférait : Des cris sous la meule, Hurles de haine et d'amour, Chez les cruels, Chef-d'oeuvre de Balthazar Maracone, Histoires tragiques, Contes d'un rebelle (1925)... DEVALDÈS n'est pas cependant un rêveur noyé dans sa poésie, comme le sont beaucoup d'auteurs même à notre époque. Romantique, mais surtout théoricien d'intellect exigeant, écrivain soucieux de la forme et du déroulement logique de la pensée, il s'appuie le plus possible sur de patientes recherches, des documents dont il vérifie toujours l'authenticité. (Jeanne HUMBERT, La Libre-Pensée des Bouche du Rhône, octobre 1981).
     Réflexions sur l'individualisme (1910) le fait classer parmi les anarchistes individualistes, mais il y fait preuve d'une pensée originale. Il s'efforce de définir et de défendre l'individualisme, suivant une logique un peu datée aujourd'hui (sur la propriété et sur la religion) mais qui marque bien sa perception du changement de la répartition des pouvoirs à son époque, des propriétaires terriens et de l'Eglise catholique à l'Etat. Il parle de d'Etat comme de la nouvelle Eglise, préconisant l'arrivée de l'Etat collectiviste. Son texte début par la distinction forte entre Individualisme libertaire et Individualisme autoritaire.
  "Il est peu de mots qui soient plus diversement interprétés, écrit-il, que celui d'"individualisme". Il est, par suite, peut d'idées plus mal définies que celles représentées par ce vicable. L'opinion la plus répandue et que les ouvrages d'enseignement populaire se chargent de confirmer, c'est que l'individualisme est un "système d'isolement dans les travaux et les efforts de l'homme, système dont l'opposé est l'association".
Il faut reconnaitre en cela la conception vulgaire de l'individualisme. Elle est fausse et, en outre, absurde. ceertes l'individualisme est l'homme "seul", et on ne peut le concevoir autre. "L'homme le plus fort est l'homme le plus seul", a dit Ibsen. En d'autres termes, l'individualiste, l'individu le plus conscient de son unicité, qui a su réaliser le mieux son autonomie, est l'homme le plus fort. Mais il peut être "seul" au milieu de la foule, au sein de la société, du groupe, de l'association, etc, parce qu'il est "seul" au point de vue moral, et ici ce mot est bien synonyme d'unique et d'autonome. L'individualiste est ainsi une unité, au lieu d'être comme le non-individualiste une parcelle d'unité.
Mais la grossièreté des incompréhensifs n'a pu voir la signification particulière de cette solitude, ce qu'elle a d'exclusivement relatif à la conscience de l'individu, à la pensée de l'homme ; elle en a transposé le sens et, dans son habitude du dogmatique et de l'absolu, l'a attribué aux actions économiques de l'individu dans le milieu social, faisant de lui un insociable, un ermite, - d'où le mensonge et l'absurdité de la définition précitée. Que l'on dise "seul" avec Ibsen, ou "unique" avec Stirner, pour caractériser l'individualiste, les béotiens adopterons la lettre et non l'esprit de ces vocables. Leur incapacité d'interpréter justement le mot a engendré l'erreur, qu'il importe de faire surgir, avec à côté d'elle la vérité.
Si cette conception vulgaire de l'individualisme est fausse, ce n'est pas du fait que les hommes qui se disent, dans le présent, individualistes vivent comme les autres en société, car les sociétés actuelles imposent à l'individu une association déterminée : l'individu subit cette association, mais là s'arrête sa participation, qui n'est nullement bénévole. De quoi l'on peut inférer que l'individualisme n'est pas, par conséquent, l'opposé de l'association, c'est de ce nombre d'anarchistes communistes, donnant enfin à l'expression de "communisme" un sens moins religieux, moins chrétien, s'ffirment également individualistes. Max Stirner lui-même, une des lumières de la philosophie individualiste, préconise dans son immortel livre : L'unique et sa propriété, l'"association des égoïstes". Enfin, ce qui est surtout convaincant, c'est d'approfondie la question, après quoi on voit qu'étant donné le caractère de l'individualisme, cette conception de la vie n'exige point dans sa pratique l'isolement physique ou économique des individus et, par suite, ne s'oppose pas à leur association.
La plupart des opinions et des convections de la "majorité compacte" sont basées sur des définitions de cette sorte, qui, passant à la dignité de clichés, formulent des préjugés difficilement déracinables, que l'ignirance prétentieuse de certains "intellectuels" et aussi l'intérêt de certains autres plus éclairés transmettent à l'ignorance humble des gens du troupeau. pour être intellectuel, on n'en demeure pas moins homme, c'est-à-dire soumis aux lois naturelles. Or, il est d'ordre naturel que le fort absorbe le faible. C'est alors que certains intellectuels peuvent apparaitre comme des demi-savants aux hommes du peuple émancipés eux-mêmes et passionnés de vérité. Mais ce que ceux-ci sont parvenus à apprendre et à surprendre, les savants en question ne l'ignorent pas ; seulement, ils ne le diront point, parce qu'ils ont, chacun pour son propre compte, intérêt à ce que l'état des choses actuel, d'où naissent leurs privilèges bourgeois, se perpétue, et comme il ne dure que grâce à la demi-science servie à la masse, que, pour mieux dire, grâce au mensonge, ils se taisent ou ne livrent que des vérités incomplètes.
Observez dans les sociétés actuelles la différence d'éducation des prolétaires et des privilégiés. (...).
De l'individualisme qui, par essence, est libertaire, il fera une philosophie bâtarde et à double face (activité en haut, fatalisme en bas de la société), justifiant tous les méfaits de la classe régnante. De là la distinction relativement juste que l'on a été contraint de faire, pour être compris d'un public mal informé, entre l'individualisme libertaire et l'individualisme bourgeois ou autoritaire. Mais en définitive, il n'est qu'un individualisme, qui est essentiellement libertaire, foncièrement anarchique.
Alors que l'individualisme libertaire, l'individualisme réel, donne des armes aux faibles, non de manière à ce que devenus forts ils oppriment à leur tour les individus demeurés plus faibles qu'eux, mais de telle façon qu'ils ne se laissent plus absorber par les plus forts, - le prétendu individualisme bourgeois ou autoritaire s'efforce uniquement de légitimer par d'ingénieux sophismes et une fausse interprétation des lois naturelles les actions de la violence et de la ruse triomphantes. (...)
(...)". (Le texte complet se trouve sur le site www.panarchy.org).


      Manuel DEVALDES, Réflexions sur l'individualisme, Anarchie 1912 ; Les raisons de mon insoumission, Idée libre, 1926 ; Hans Ryner et le problème de la violence, IDÉE LIBRE, 1927 ; Contes d'un Rebelle, Idée libre, 1925 ;  La cause biologique et la prévention de la guerre, 1925 ; Croitre et multiplier, c'est la guerre!, Mignolet et Storzn 1933 ; La guerre dans l'acte sexuel, l'Endehors, 1934 ; Une guerre de surpopulation : les enseignements de la guerre italo-éthiopienne, Grande Réforme, 1937. Manuel DEVALDES est également l'auteur d'un Anthologie des écrivains réfractaires publiée en 1927. Les Cahiers de la Pensée et Action, n°7-8, sous le titre Un en-dehors, Manuel DEVALDES, ont repris un certain nombre de ses textes en 1957, avec des contributions de Marc LARRALDE et de Hem DAY.

                                                                                           PAXUS
Complété le 3 avril 2014.
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Published by GIL - dans AUTEURS
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17 mars 2009 2 17 /03 /mars /2009 13:20
      Souvent la philosophie reste attachée à une image d'académisme un peu poussiéreux, sans prise réelle sur le monde d'aujourd'hui et surtout remplie d'exégèses à n'en plus finir. La lecture de cet ouvrage d'un prolifique auteur comme Michel ONFRAY, né en 1959 (qui poursuit la rédaction de plusieurs tomes d'un contre-histoire de la philosophie), devrait convaincre l'étudiant ou simplement le citoyen du contraire.
      Le professeur de terminale balaie pratiquement tout le champ de la philosophie en posant des questions très actuelles à plus de 150 auteurs (surtout des philosophes, mais pas seulement). Il les fait répondre par leurs propres textes interposés à des interrogations aussi fondamentales (dans un chapitre Qu'est-ce que l'homme?) que Reste t-il beaucoup de babouins en nous?, Faut-il toujours un décodeur pour comprendre une oeuvre d'art? ou Le smicard est-il l'esclave moderne? ou encore (dans le chapitre Que peut-on savoir?) Pourquoi la pomme d'Adam vous reste-t-elle en travers de la gorge?, Pourquoi faudrait-il être raisonnable? ou Faut-il être obligatoirement menteur pour être Président de la République?
      Commençant son ouvrage par cette grave question Faut-il commencer l'année en brûlant votre professeur de philosophie?, Michel ONFRAY, sur l'oeuvre sur laquelle on reviendra bien entendu, décomplexe le simple quidam sur des éléments de réflexion de fond tout en distillant un persiflage continuel sur de nombreux lieux communs de la société d'aujourd'hui, sur les tabous issus des religions monothéistes (le christianisme mais pas seulement...), et sur les réflexes politiques conservateurs. On n'est pas étonné de voir en premier une citation de NIETZSCHE, du Gai Savoir : La tâche de la philosophie : "Nuire à la bêtise". Concevant son ouvrage suivant une clarté toute scolaire, ne négligeant pas en fin de celui-ci des conseils pour séduire le correcteur des épreuves de fin d'année, Michel ONFRAY désire avant tout ce que selon lui ne fait pas le système d'éducation actuel : apprendre à philosopher.

          Michel ONFRAY, Antimanuel de philosophie, Leçons socratiques et alternatives Editions Bréal, 2001, 335 pages
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13 mars 2009 5 13 /03 /mars /2009 08:59
            PLATON et ARISTOTE présentent l'art comme imitation de la nature. Si PLATON condamne l'art car il n'est qu'imitation trompeuse de la réalité (La République), ARISTOTE le réhabilite, car les hommes veulent et aiment imiter pour le plaisir et pour la connaissance (La Poétique). Ces deux philosophes majeurs de l'Antiquité pensent surtout au théâtre et à la poésie (souvent en action au même moment, au même endroit), s'ils discutent également de musique et de peinture.
Les éléments d'une scène de théâtre ressemblent à ce qu'ils représentent, mais ce n'est pas la réalité car la mise en scène de la réalité résulte du travail de l'artiste. Cette imitation peut être belle, même si la réalité ne l'est pas. Elle peut être laide, même si la réalité l'est beaucoup moins. En tout cas, elle veut susciter chez le spectateur (actif dans les théâtres antiques, passif dans les théâtres contemporains) une adhésion momentanée à ce qu'il lui est proposé, une émotion et une curiosité qui tend (pour ARISTOTE du moins) vers une connaissance ou une reconnaissance de la réalité. La réalité, dans les textes, c'est la nature, mais c'est aussi et en fait, vu l'objet des représentations, surtout la société.
          C'est surtout la tragédie qui fait l'objet de La Poétique (du moins ce qui nous en est parvenu). L'organisation de la mise en scène est sous-tendue par cette volonté de susciter chez le spectateur, chez les spectateurs pris collectivement, des émotions.
Dans ce (relatif) petit texte, on y trouve tous les conseils, toutes les indications, toutes les règles, tous les dogmes plus tard, pour l'organisation ce cette mise en scène. Cette mise en scène doit être apte à opérer la catharsis, la purgation des émotions : les spectateurs doivent commencer par ressentir de la pitié ou de la crainte, mais ces sentiments sont emportés par l'action qui se déroule sous leurs yeux. La construction de l'histoire, qui doit avoir une cohérence et une structure propre à cet effet, doit provoquer cette catharsis. Les spectateurs doivent sortir du théâtre libérés de leurs sentiments négatifs. Prescriptifs, les textes des deux philosophes le sont sur l'art, car ils s'inscrivent tous les deux dans la recherche de la meilleure société possible. Éducateurs, les auteurs croient si fermement à la réalité de cette catharsis (notamment sans doute parce que les spectateurs "participent" réellement à l'histoire racontée, ils chantent, ils trépignent, ils pleurent sans doute, ils crient, ils invectivent si des erreurs chez les acteurs sont décelées, bref tout le contraire de l'attitude des spectateurs policés en Occident d'aujourd'hui) qu'ils ne se donnent même pas la peine de la décrire précisément.
        Alors que dans les cercles philosophiques et sociologiques d'aujourd'hui, la réalité de la catharsis reste l'objet de débats contradictoires, la question ne se posent même pas chez les citoyens des cités grecques : d'ailleurs leur participation au théâtre fait partie de leur vie de citoyen. Le spectacle n'a pas la même signification chez les antiques que chez les populations occidentales. Pour qui a déjà vu les spectateurs de certaines régions, notamment en Inde, participer à des scéances de cinéma, cela n'est pas très difficile à comprendre.

           Marc JIMENEZ, dans une (très) longue réflexion sur l'objet de l'esthétique dit sur cette purgation des passions que "chez ARISTOTE lui-même, il est l'objet de plusieurs interprétations. On croit comprendre qu'il y a un rapport entre l'imitation, la mimésis, et la purgation, la catharsis : devant un spectacle représentant des actions éprouvantes, je suis enclin à ressentir les mêmes émotions que l'on cherche à provoquer en moi. La représentation de sentiments violents ou oppressants, par exemple, la terreur, l'effroi ou la pitié, bien que mimés et donc fictifs, déclenche dans le public, dans la réalité, des sentiments analogues."
Si pour les sociologues contemporains, le transfert de la fiction à la réalité n'est pas inconcevable, l'exemplarité des actes présentés pouvant jusqu'à provoquer les même actes dans la réalité (n'oublions jamais les contextes très différents du spectacle), pour ARISTOTE ce transfert est inconcevable. "En éprouvant des sentiments analogues à ceux que la tragédie provoque en moi, je me libère du poids de ces états affectifs pendant et après le spectacle. j'en ressors comme purgé, purifié, et apaisé." 
Dans La Politique, ARISTOTE donne quelques précisions : à la crainte s'ajoute l'enthousiasme, et l'auteur grec fait référence au sens thérapeutique du terme. Pour Marc JIMENEZ, "Mimésis d'action et de sentiments réels, la tragédie concentre la réalité dans le temps et dans l'espace, elle l'exagère et pousse les passions à leurs paroxysmes afin d'éclairer le public sur les conséquences éventuelles de ses actes : voyez ce qu'il adviendrait, si d'aventure, l'envie vous prenait d'imiter réellement ces malheureuses victimes de la fatalité!" ARISTOTE ne se pose pas la question de savoir "si le remède n'est pas pire que le mal". "Multiplier les spectacles tragiques, attirer la foule au théâtre, c'est permettre à la catharsis d'opérer non seulement sur l'individu, mais collectivement. C'est aussi distraire les citoyens, détourner leur attention des problèmes du moment - les guerres incessantes - et permettre l'expulsion d'une mauvaise conscience qui commence à hanter un peuple en décadence".

           KANT (Critique de la faculté de juger), HEGEL (Leçons sur l'esthétique), puis NIETZSCHE (La naissance de la tragédie), et HEIDEGGER (Nietzsche, Holzwege) reprennent tour à tour en les critiquant et en en modifiant le sens les traditions héritées en Occident sur les conceptions de l'art de PLATON et d'ARISTOTE.
 Il faut dire que l'on assiste pendant de longs siècles à une certaine "platonisation" de l'art, l'esthétique étant séparée de la philosophie sérieuse au nom de la Raison. Et surtout, mais on manque d'études sur le sujet (sur les aspects sociologiques), l'artiste, professionnalisé,  est séparé du spectateur devenu passif, même au théâtre. Tant et si bien qu'il faudra les études de Pierre BOURDIEU, entre autres, pour mettre en avant de nouveau la question de la "réception" des oeuvres d'art...
  Pour Patrick WOTLING, entre autres, "la réflexion sur l'art est une préoccupation constante de la réflexion de NIETZSCHE, qui en renouvelle le statut de fond en comble. De la "métaphysique d'artiste" présentée par La naissance de la tragédie à la "physiologie de l'art" élaborée dans les dernières années, les traits fondamentaux de l'orientation nietzschéenne demeurent : le refus de l'analyse essentialiste, le refus du cognitivisme, le refus des problématiques de l'imitation, le refus du point de vue de la réception : il ne s'agit plus de définir une essence du beau, mais de réfléchir selon le point de vue du créateur, et surtout de repenser l'art dans la perspective de la théorie des valeurs." NIETZSCHE, en s'axant sur l'oeuvre proprement dite, veut en comprendre les ressorts actifs : comment, grâce à l'art, qu'il présente comme le mariage du dionysiaque et de l'apollinien qu'est la tragédie antique, les Grecs ont-ils réussi à surmonter le pessimisme auquel ils étaient exposés (à supposer qu'ils l'aient évité...)?
   Pour Jean LACOSTE, HEIDEGGER ne pense pas que NIETZSCHE soit vraiment parvenu à bouleverser les conceptions esthétiques qui pénètrent profondément la mentalité occidentale. L'art est imitation de la nature et reste grec. L'oeuvre d'art, dans son essence est "l'instauration de la vérité", une vérité historique qui perdure les générations d'hommes. De plus, " l'unité de l'oeuvre d'art, qui repose en elle-même, va naître d'un conflit entre le monde de clarté, apollinien, du destin des hommes, et l'obscurité qu'on peut dire, (...) dionysiaque de la Terre."
Autant dire que l'oeuvre d'art veut montrer, d'une manière ou d'une autre le conflit, son existence à défaut de sa nature, dans la société.

          Sur le mimétisme et la catharsis, notre perception est maintenant tributaire des idées de Sigmund FREUD. parti d'études sur le traitement de l'hystérie par la suggestion et l'hypnose. Le fondateur de la psychanalyse reprend les traditions purement médicales de la catharsis, pour la faire entrer dans la théorie et de la cure qu'il propose des maladies mentales. Le psychodrame utilise cette catharsis et l'art-thérapie connaît encore un fort développement.
  Pour Jean RODRIGUEZ, praticien hospitalier, "la catharsis s'inscrit, qu'elle qu'en soit la forme, comme un phénomène social : il s'agit d'un rituel. La fonction de ce rituel est d'abord de cohésion sociale. Le moyen utilisé pour nouer ce lien social consiste en une mobilisation affective intense.(...). Cette mobilisation affective doit s'accompagner d'une jouissance esthétique pour atteindre son objectif ainsi que d'une rhétorique de la communication fondée sur la complicité, la confiance, l'indifférenciation : en un mot, la seule analogie."

          Ces étapes (sans référence à une notion chronologique) dans la réflexion sur le mimétisme et la catharsis à propos de l'esthétique intéressent directement une réflexion sur le conflit.
La représentation d'un conflit, son évocation intellectuelle et affective, dramatisée et camouflée en même temps sous la forme d'un mythe notamment, dans la tragédie, possède une réelle influence indirecte sur le conflit lui-même. En l'interprétant sur scène, l'acteur ne fait pas seulement plaisir au spectateur, il lui tend un miroir, même très déformant (qui peut d'ailleurs être rejeté...). Amplifiée par le cinéma ou d'autres moyens audio-visuels de masse, cette imitation de la réalité peut être pris pour la réalité elle-même, induire des comportements et des représentations des conflits qui les exacerbent ou les atténuent. Le sujet est très vaste.

         Marc JIMENEZ, Qu'est-ce que l'esthétique?, Gallimard, 1997 ; Jean LACOSTE, La philosophie de l'art, PUF, collection Que sais-je?, 2008 ; Patrick WOTLING, article Nietzsche, dans le Vocabulaire des philosophes, Philosophie moderne (XIXème siècle), Ellipses, 2002 ; Jean RODRIGUEZ, La question de la catharsis en art-thérapie, 2000.
     
                                                                                             ARTUS
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11 mars 2009 3 11 /03 /mars /2009 11:05

           Avez-vous remarqué la prolifération (qui ne date pas d'aujourd'hui) des noms communs en isme?

          En philosophie (hégélianisme, kantisme, aristotélisme, je ne suis pas sûr que ça fonctionne bien mais enfin..., platonisme...), en sociologie (weberisme, c'est moins fréquent), en théorie politique (alors là, vous en avez... marxisme, blanquisme, lockisme, machiavélisme...), en psychanalyse (freudisme, kleinisme...), cela existe depuis un certain temps.
Cela se justifie, comme catégorisation, pour des doctrines, des théories, des hypothèses qui marquent l'histoire des idées.
        Mais alors, maintenant, gaullisme, pompidolisme, giscardisme, mitterrandisme, chiraquisme, sarkozysme, cela dépasse la cadre d'un (très gros) dictionnaire, si vous n'oubliez pas le tibérisme, le jospinisme, le chevénementisme, le poppérisme (vous l'aviez oublié, celui-ci, hein!), le royalisme (en voulez-vous, vous en avez, heureusement que personne n'a eu l'idée de s'appeler République!)...
   Cela dépasse les bornes et révèle plusieurs choses sur l'ego des hommes politiques, sur la paresse du journalisme d'aujourd'hui, sur le flou aussi de ce que peuvent recouvrir comme pensées politiques (lorsqu'il y en a une...) ces dénominations parfois bien fumeuses... Cela évite d'analyser les choses et l'action des hommes, comme ceux qui sont au pouvoir économique depuis des lustres et dont le crétinisme amplifie jusqu'au vomissement la dégénerescence actuelle du capitalisme.   
         Comment cela est-ce possible? Quand la presse fourmille de parvenus ou d'installés carriéristes, les yeux rivés sur l'audimat, quand la plupart des analyses tournent en rond autour d'idées fixes ou d'images hypnotisantes, quand le court terme et l'anecdoctique émotionnel l'emporte sur les véritables perspectives d'avenir, des générations d'étudiants, puis des générations de faiseurs d'opinion reproduisent des schémas obsolètes depuis longtemps, jusqu'à s'obnubiler sur des éléments purement de représentation, coupés de la réalité.
     Un élément de cette obnubilation est de persister à mélanger l'anecdotique et l'historique comme  le fait cet éditorialiste très bien en vue qui compare Bonaparte à l'actuel président de la République (il s'agissait, à l'époque de Nicolas SARKOZY)... C'est de persister à faire croire aussi qu'à travers les changements de sigles ou de noms de partis politiques, on assiste à des changements de politique. Un des exempleles plus caricaturaux à mon avis est la longue série de noms du principal parti de droite en France. Souvenez-vous, MFP, MRP, UDR, RPR, UMP... Jusqu'à transformer le sens des sigles! UMP, ce n'est plus l'Union pour la Majorité Présidentielle, c'est l'Union du Mouvement Populaire!   J'ai du mal à ne pas traduire ça personnellement...
(Légèrement) révisé le 8 novembre 2013
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10 mars 2009 2 10 /03 /mars /2009 09:48
          Vacarme, entre art et politique, savants et militants, magazine et revue, comme l'indique son sous-titre développé, revue trimestrielle née en 1997, tente de mêler dans ses pages (environ 80 pages par numéro), textes de fond, photographies, dessins, poèmes et témoignages.
          Dûment charpentée en quatre rubriques, long entretien, chantier thématique, cahier et lignes, la revue se veut un lieu de rencontre d'individus engagés dans les mouvements sociaux, associatifs (Act-Up Paris, GISTI, dans la lutte anti-SIDA et pour les sans papiers...) et de chercheurs et enseignants en sciences sociales notamment, comme d'écrivains, de thérapeutes, d'artistes.. Penser la pratique, partager le savoir, échapper aux séparations traditionnelles entre politique et art, agir dans l'urgence et penser dans le long terme...

        C'est ainsi que la revue aborde différents thèmes plus ou moins dans l'actualité, la santé : affaire privée, affaire publique (n°1, hiver 1997), les DDASS (Directions Départementales des Affaires Sanitaires et Sociales) : une basse administration (n°12, été 2000), refaire la grève (n°26, hiver 2004), la France pavillonnaire (n°42, hiver 2008), vivre avec le sport (n°45, automne 2008), et dans le numéro 46, la prostitution : un métier impossible? On peut noter dans ce numéro un éditorial Refuser la violence, qui se termine ainsi : "Pourtant, les résistances citoyennes ne manquent pas. De l'essaimage militant de Réseau Éducation Sans Frontière aux mobilisations à répétition sur Internet, de la dénonciation du fichier EDWIGE, aux occupations d'établissements scolaires, aux enseignants, chercheurs, soignants en lutte, d'autres formes de contestation ne cessent de s'écrire et de voir le jour. Faisons alors le pari, avec Mike DAVIS, d'un horizon où il est "tout simplement impossible de ne pas avoir confiance dans l'idée que le gens ordinaires peuvent changer le monde".
         Volontairement ancré à gauche, et même à gauche de la gauche, selon une formule consacrée, militante et désireuse d'ancrer une action pugnace sur une connaissance précise de la société, Vacarme fait naturellement aux conflits sociaux une très large place. Le lecteur trouve dans cette revue à la fois des exposés rigoureux, à multiples voix, sur une situation ou une évolution sociale, et des idées pour mener un vacarme selon l'acception de Mathieu POTTE BONNEVILLE, philosophe et co-fondateur de la revue, qui se réfère à Claude LEVI-STRAUSS : "les instruments du vacarme sont les instruments rituels avec lesquels certaines tribus amérindiennes chassent le grand léopard bleu qui veut manger le soleil - l'image d'une telle résistance musicale, tribale, et minoritaire nous semblait assez belle".
        Editée par une association du même nom, Vacarme regroupe une vingtaine de membres bénévoles qui assurent collégialement la conception et la réalisation de chaque numéro. Avec un comité de rédaction de cette vingtaine de personnes, et avec Vincent CASANOVA comme directeur de publication, Vacarme publie à la fois sur papier et sur Internet où l'on peut retrouver sur son site une grand nombre de ses articles.`  
         De 2006 à 2010, Vacarme s'est associé avec la revue Multitudes, dans les Editions Amsterdam, pour des publications communes, essais ou manifestes théoriques et politiques thématiques : Multitudes/idées et Multitudes/interventions. Depuis 2010, elle est éditée par Prairies ordinaires.

       Vacarme, 59, rue Louis Blanc, 75010 PARIS
       Site : www.vacarme.org (difficulté d'accès au moment de l'actualisation)
(Actualisé le 24 mars 2012)
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9 mars 2009 1 09 /03 /mars /2009 10:29
      Rappelons simplement que l'esthétique est, selon le Vocabulaire technique et critique de la philosophie, "une science ayant pour objet le jugement d'appréciation en tant qu'il s'applique à la distinction du Beau et du Laid."
     
      Contrairement au Dictionnaire d'esthétique et de philosophie de l'art, le Vocabulaire d'esthétique définit le mot conflit et le rapproche ensuite du mot Agonistique, "terme à peu près synonyme de celui de conflictuel".
     En référence à HERACLITE, Etienne SOURIAU soutient "que tout oeuvre d'art est fondé sur un conflit, qui en fait l'âme dynamique : théâtre, musique, peinture..."
   "Il est facile de voir l'importance basique de faits de tension et de détente, où la tension procède de l'affrontement de deux tendances opposées en conflit. Certaines formes d'art donnent même primauté au conflit : ainsi l'art baroque, ou certains aspects du Romantisme."
   "Toutefois le conflit n'est pas toujours esthétiquement une force et une condition de valeur. Dans la pratique de l'art peuvent apparaître bien des conflits engendrant des fautes ou des infériorités : ce sont tous ceux qui témoignent d'une disharmonie que l'artiste créateur ou exécutant aurait voulu et n'a pas su éviter."
  Il peut y avoir conflit entre l'intention de l'artiste et son tempérament qui fourni une oeuvre qui échoue dans son projet. Cela est très vrai également des oeuvres collectives, où il peut y avoir des conflits divers dans la conception ou dans l'exécution, dans le cinéma par exemple.

     Sur l'Agonistique, Anne SOURIAU introduit ainsi ce mot : "Du grec (...), (l'agonistique) (est) compris soit comme lutte et concours, soit comme représentation théâtrale. Ce terme d'agonistique, passant du grec au français, n'a conservé que son sens d'art de la lutte gymnique ; en ce sens, l'art de la boxe ou du catch constituerait l'agonistique moderne. Mais l'esthétique peut conserver au terme d'agonistique les acceptions du grec, soit représentation, soit lutte spirituelle et non plus matérielle. L'agonistique théâtrale correspondrait alors à deux éléments essentiels du théâtre", que l'auteur détaille ensuite.
  Un renvoi indique les mots concours, conflit, jeu, mise en scène et représentation.


    Etienne SOURIAU, Vocabulaire d'esthétique, PUF, collection Quadrige, 2004 ; Jacques MORIZOT et Roger POUIVET, Dictionnaire d'esthétique et de philosophie de l'art, Armand Colin, 2007 ; André LALANDE, Vocabulaire technique et critique de la philosophie, PUF, collection quadrige, 2002.
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7 mars 2009 6 07 /03 /mars /2009 15:37
     A l'image d'une discipline - la sociologie de l'art - jeune et aux frontières mal définies et aux contenus très diversifiés, entre la critique interne de l'art, l'étude des oeuvres d'art, des activités ou langages ayant une dimension esthétique, et l'analyse sociologique de la vie artistique, la revue Sociologie de l'art publie depuis 1992 les contributions les plus diverses. Seul point commun entre les différends articles qu'elle publie, au moins deux fois par an : parler de sociologie de l'art...

    Avec un thème par numéro, Sociologie de l'art aborde les échecs et ratages en art (n°7, 1994), la posture esthétique (n°9, 1996), les arts et le public (n°12, 1999), le travail artistique (n°5 de la formule Opus, 2004) ou l'art comme connaissance et imaginaire, en hommage à Jean DUVIGNAUD (n°11-12, 2007). Nombre des articles publiés reflètent des débats conflictuels et rendent compte de conflits concernant l'art dans la société, qui ceux-ci se situent très loin dans l'histoire ou dans notre époque. Souvent très techniques, beaucoup d'articles s'adressent d'abord à un public spécialisé soit en art, soit en sociologie, soit dans les deux domaines. La revue se veut d'ailleurs d'abord un lieu de rencontre entre des milieux sociologiques qui travaillent souvent occasionnellement sur les liens entre art et société.
    Notons deux des derniers numéros de la revue (n° 19 et 20) sur Le corps en amont, puis Le corps en aval. Le corps de l'écrivain, qui réunit un ensemble d'études "dont chacune met en valeur une ou plusieurs caractéristiques sociohistoriques du corps de l'écrivain - ou plutôt, car il faut se garder d'essentialiser ce phénomène, des corps des écrivains. Le point de départ est à chaque fous un terrain bien délimité, composé de textes, de métatextes et/ou d'entretiens." Le corps en amont met l'accent "sur le corps de l'écrivain avant et pendant l'acte d'écriture. Dans une première contribution, Christine DÉTREZ montre à quel point ce corps écrivain détermine l'écriture littéraire dans ses conditions d'existence même, en prenant comme exemple le discours des écrivains féministes maghrébins sur leurs propres pratiques scripturales. Ecrire en tant que femme en Algérie et au Maroc continue d'avoir un coût social et physique élevé. Gérard FABRE offre une version plus textuelle de certaines des observations faites par DÉTREZ, sous forme d'une analyse d'un poème du Québécois Gérard GODIN, où celui-ci évoque son incarcération en 1970 pour agitation indépendantiste. Le corps écrivant y est central : non seulement la forme singulière du poème s'éclaire-t-elle en la rapportant au corps captif du poète, mais ce n'est qu'en établissant ce lien que l'on voit le poème livrer une part insoupçonnée de sa signification. L'expérience somatique de l'écrivain est ici manifestement au fondement de l'acte littéraire. A travers le cas du dramaturge français Bernard-Marie KOLTÈS, Jérôme DUBOIS entend montrer ensuite qu'une sociologie du corps de l'écrivain gagnerait à relier la poétique d'un écrivain et la façon dont celui-ci envisage le corps en général et le sien en particulier. Il s'agit d'examiner le corps de l'écrivain comme source d'inspiration ou, plus exactement, d'imagination. A cet effet sont convoqués des outils sociologiques et psychanalytiques" Le second numéro de Sociologie de l'art - Opus "déplace plus nettement le regard vers le texte et invite à observer ce que celui-ci en tant que littéraire ou métalittéraire, contient du corps de l'écrivain, voire fait au corps de l'écrivain. Le numéro s'ouvre sur un article de Jérôme MEIZOZ sur Jean-Jacques ROUSSEAU, ce que MEIZOZ appelle une "posture", c'est-à-dire la manière dont, en l'occurrence, l'écrivain-philosophe suisse occupe sa position dans l'espace littéraire. On y découvre comment ROUSSEAU passe d'une représentation de soi en pauvre vertueux à un discours où l'accent postural est mis sur le corps malade et la souffrance. Les deux contributions suivantes, signées de deux jeunes chercheuses, élargissent encore l'enquête sur la présence du corps de l'écrivain dans ses oeuvres. Toutes deux ne l'observent pas seulement à l'aune d'un art poétique donné et d'une posture corrélative dans le champ littéraire. Elles y voient aussi le principe de l'activité scripturale que cette activité transforme en retour selon des logiques proprement littéraires. Le corps apparaît ainsi en filigrane comme l'instrument et l'enjeu de l'écriture. D'abord, Maria DOGA commence par montrer que le processus d'écriture chez Francis PONGE 'prend sa source dans le corps". Son article fait voir comment l'écriture réflexive du poète français n'a cessé d'impliquer son propre corps écrivant, transgressant ainsi les notions classiques d'auteur, d'écriture, d'inspiration, etc. et modifiant la notion du corps d'écrivain et de corps tout court. Enfin, Emilie SAUNIER, se penchant sur la romancière belge Amélie NOTHOMB, tente non seulement de cerner dans les oeuvres les traces laissées par le corps écrivant, mais aussi le bénéfice que ce même corps semble retirer de l'écriture qu'il engendre." (Paul DIRIKX, directeur de ces deux numéros).
    
   Faisant appel régulièrement, sur Internet notamment, aux contributions dans le monde étudiant ou professoral, sur un thème choisi, l'équipe de rédaction, dirigée par Florent GAUDEZ et composé d'une vingtaine d'universitaires de toute la France et s'étendant aux zones francophones. Elle s'appuie sur un Comité international de parrainage scientifique très diversifié. La revue parait depuis 2002 sous le deuxième nom Opus, changeant alors de lieu de siège et de maison d'édition (de Bruxelles à Paris, et de La lettre volée à l'Harmattan).
    L'association qui gère la revue - l'Association des amis de la revue Sociologie de l'Art - est présidée par Jacques LEENHARDT.

       Sociologie de l'art - opus, Editions l'Harmattan, 7 rue de l'Ecole Polytechnique, 75005 PARIS.
      Abonnement Opus-Sociologie de l'art c/o Florent GAUDEZ, Université Pierre Mendès-France, Laboratoire de Sociologie de Grenoble, EMC2 - LSG, Domaine universitaire, BP 47, 38040 GRENOBLE CEDEX 9.
         Le site Internet de la revue présente les anciens numéros et les informations pratiques.
(Actualisé le 22 mars 2012)
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