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11 septembre 2008 4 11 /09 /septembre /2008 14:09
          L'objectif de la politique de défense ne subit pas de modifications malgré les changements intervenus dans le monde, même si ceux-ci rendent plus difficile, par l'incertitude qu'ils introduisent - on sent bien dans tout le texte une sorte d'inquiétude - l'exercice de ce livre blanc de la défense, 22 ans après le premier.
 "Il apparait que les grandes finalités évoluent peu. La France doit être en mesure d'assurer sa protection et la défense de ses intérêt dans le monde. Elle a les ambitions d'une puissance présente en de nombreux points du globe en dehors de l'Europe, héritage de son Histoire et de sa géographie, conséquence aussi de son développement économique. le premier objectif de la politique de défense est la défense de ses intérêts. Si ceux-ci demeurent relativement stables, l'évolution internationale et notre qualité de puissance moyenne influent sur la façon de les défendre". "La définition traditionnelle de nos intérêts revêt le plus souvent un caractère "patrimonial", lié à notre attachement à des biens - territoire, richesses économiques, moyens de communication, présence de ressortissants - que nous entendons protéger partout où ils se trouvent et auxquels nous devons pouvoir accéder sans entrave. Ces intérêts n'ont guère varié depuis 20 ans. La fin de la division du monde en deux blocs antagonistes modifie cependant notre perception de certains d'entre eux. l'action de la France en Afrique, par exemple, correspond plus à une appréciation de ses responsabilités internationales dans une zone où elle peut exercer son influence qu'à des préoccupations d'ordre stratégique."
 "Aux intérêts vitaux est attachée la survie de la Nation. De ce fait le premier objectif de notre politique de défense demeure d'être en mesure d'assurer, seuls si nécessaire, la défense ultime de nos intérêts vitaux contre toute menace qu'elle qu'en soit l'origine." "La frontière entre les intérêts vitaux et les intérêts stratégiques de la France n'a pas à être précisée par avance. Les uns et les autres doivent être défendus avec la même détermination." Ceux-ci "résident pour l'essentiel d'une part dans le maintien de la paix sur le continent européen et dans les zones qui le bordent à l'Est et au Sud (...) et d'autre part, dans les espaces essentiels à l'activité économique du pays et à la liberté des échanges et des communications."
  On note que par rapport au premier livre blanc, les intérêts à défendre sont beaucoup plus précisés, de même que, par la suite du livre, les ennemis éventuels. L'accent est bien plus mis sur la construction européenne et la contribution de la France à la stabilité internationale.
   Dans un chapitre sur la mise en oeuvre d'une conception globale de la défense, les auteurs du livre blanc insistent sur le fait que "les mutations du système international affectant la défense ne se limitent pas aux seuls aspects militaires et stratégiques. Elles concernent la vie de la nation dans son ensemble. Tout le champ social, l'existence quotidienne des populations et l'activité économique peuvent être affectés par ce contexte mouvant et incertain : cette fin de siècle est marquée par une vulnérabilité accrue des sociétés démocratiques."
  Sur toute une page est réaffirmée la nécessité de la cohésion nationale. "Loin de constituer un domaine isolé, la défense doit embrasser l'ensemble des activités du pays et s'inscrire dans la permanence de la vie nationale. L'orientation de l'ordonnance du 7 janvier 1959 portant organisation générale de la défense est donc confirmée. (...) Une conception globale de la défense militaire associe une dimension civile et économique, mais aussi sociale et culturelle.(...) La France a la chance de réunir des hommes et des femmes autour d'une volonté de vivre ensemble. Elle doit veiller à défendre ce qui est à la fois un héritage et un projet partagé. la cohésion nationale, aujourd'hui très exposée aux chocs multiples que suscitent les évolutions sociales, économiques et internationales, est une condition essentielle de la défense. La puissance provient moins de l'étendue du territoire national que de l'organisation sociale, de l'éducation des hommes, de leur solidarité et des valeurs qui les lient. En ce sens, la défense est indissociable de l'idée de nation. elle concerne donc à la fois le modèle français d'intégration et d'organisation sociale, les valeurs communes de la République, leur vocation universelle et le rayonnement de la langue."
    On conçoit la nécessité d'une telle réaffirmation quand on lit plus loin les justifications du choix d'une armée mixte, de sa professionnalisation, tout en gardant le service national comme "un cadre nécessaire".
 "Le service national demeure le meilleur gage de l'attachement de la nation et des citoyens à leur défense. Il renforce ainsi la crédibilité de la dissuasion exercée par les forces nucléaires qui dépend, aussi, de la détermination que les Français montrent à préserver leur existence. Il conforte la légitimité des actions extérieures que la France engage, au nom du respect de l'Etat de droit, des droits de l'homme, de la démocratie."
 "Le service national doit être conservé. Mais l'armée française doit cependant voir ses modes de recrutement évoluer, afin de disposer de davantage d'unités professionnalisées. Le règlement des crises extérieures, dans lesquelles la France peut être amenée à intervenir, nécessite aujourd'hui des volumes suffisants d'unités professionnalisées. Celles-ci, souples d'emploi, permettent en effet une réaction immédiate sur tous les théâtres."
     Comme pour constater une certaine distance entre l'armée et la nation, toute une partie du livre blanc, la quatrième partie, porte le titre : "Défense et Société". Elle insiste sur "l'esprit civique" et sur la contribution de l'armée à "la cohésion de la société"

       La disparition de l'Union Soviétique amène à considérer la situation bien sûr des Etats limitrophes de la Russie, mais plus globalement, la question de l'évolution des pôles de puissance.
 "L'évolution des Etats-Unis d'Amérique, après la disparition de l'Union Soviétique, suscite des interrogations. Même si la diminution du poids relatif de la puissance américaine parait devoir se poursuivre, en raison du dynamisme de ses concurrents, les Américains s'attachent avec vigueur à renforcer les fondements intérieurs de leur sécurité. Seul géant militaire, les Etats-Unis maitrisent leur sécurité dans tous les domaines. Entre le rêve du leadership d'un nouvel ordre mondial et la tentation du repli sur soi, il semble qu'il y ait place pour la définition d'une politique de grande puissance, sélectionnant ses intérêts stratégiques, et par conséquent les zones dans lesquelles ils se situent, ainsi que les moyens de leur défense en cas de menace."
  La disparition du bloc socialiste - l'ennemi d'hier est bien nommé cette fois - intervient en même temps que celle de la vieille dichotomie entre Nord et Sud. Dans ce contexte "En Europe et en Asie, les choix de sécurité sont encore obérés par de nombreuses incertitudes, à des degrés différents cependant. l'Union Européenne s'est donné, par le traité du 7 février 1992, la perspective à long terme d'une défense commune, qui en fera un vecteur de stabilité et d'intégration pour l'Europe tout entière. L'hétérogénéité de l'ensemble asiatique est beaucoup plus considérable et la réflexion sur ses structures de sécurité peu avancée. Mais, dans ces ensembles, les puissances économiques ne devraient cesser de s'affirmer, y compris en matière de défense."
   L'accent est mis ensuite sur la prolifération des armes de destruction massive et les "vulnérabilités nouvelles" telles que le terrorisme, les extrémismes religieux et nationalistes, le trafic de drogue, "la globalisation de la sécurité et des stratégies de communication.
On perçoit bien comme la nécessité de désigner un nouvel ennemi : "L'extrémisme islamique représente sans doute la menace la plus inquiétante. il se nourrit des crises économiques et sociales comme de la pression démographique dans les pays où il se développe. Il y prend souvent la place qu'a pu occuper le communisme comme mode d'opposition au monde occidental. Les inégalités grandissantes dans la croissance et la répartition des revenus, notre proximité géographique, la répartition de nos intérêts dans le monde doivent nous inciter à le considérer comme une menace."
  En fin de ce premier chapitre vraiment inquiet sur le contexte stratégique, on peut lire :
    "La menace soviétique globale a disparu. Mais, en Europe, la Russie restera une puissance militaire forte, qui doit être prise comme telle dans notre évaluation stratégique. En outre, des crises locales ou régionales, qui peuvent dégénérer en guerres de type classique, risquent d'affecter le passage du continent vers un nouvel équilibre. D'une façon générale, le principal risque pour la sécurité réside désormais dans des conflits régionaux susceptibles de mettre en péril la recherche de la stabilité internationale et d'une croissance plus juste et équilibrée dans le monde."

        Dans la deuxième partie du livre blanc, "Stratégies et capacités", après un rappel sur le concept français de dissuasion nucléaire ("Le concept français continuera de se définir par la volonté et la capacité de faire redouter à un adversaire, quel qu'il soit et quels que soient ses moyens, des dommages inacceptables, hors de proportion avec l'enjeu d'un conflit, s'il cherche à s'en prendre à nos intérêts vitaux."), est énoncée une modification de la posture des forces nucléaires : "Il convient de tirer les conséquences générales sur nos moyens (...) : - les forces nucléaires doivent être capables en permanence de remplir deux fonctions : - infliger une frappe occasionnant des dommages inacceptables et susceptibles de s'exercer en second (lorsque l'échange de missiles nucléaires entre adversaires intervient), - procéder à une frappe limitée sur des objectifs militaires en vue de l'ultime avertissement."
Avec cette nouvelle fonction d'avertissement dévolue surtout à l'armement nucléaire tactique, qui semble être une relique de débats antérieurs sur un champ de bataille nucléaire quand existait encore la menace soviétique, intervient une nouvelle stratégie d'emploi des armements conventionnels.
 "Une véritable conversion doit être opérée progressivement dans le rôle des moyens conventionnels. c'est désormais leur emploi en dehors d'un contexte nucléaire proprement dit qui domine, même s'il convient de prévoir, notamment au début du siècle prochain, des hypothèses où nous contribuerions à des interventions multinationales dans des crises où seraient impliquées des puissances nucléaires régionales, ou encore, à plus long terme, la réapparition d'une menace majeure contre l'Europe occidentale.
  La fonction d'interdiction du contournement de la dissuasion nucléaire est bien entendue maintenue, mais devient seconde par rapport à la capacité de participer à la résolution de crises régionales."
L'accent est mis désormais sur la prévention de crises, sur l'action militaire limitée et les opérations de maintien ou de rétablissement de la paix : "Dans tous les cas, la stratégie française met l'accent sur la capacité des forces armées à arrêter la guerre, à limiter un conflit, et non à soutenir des guerres conventionnelles longues, incertaines et coûteuses."
   En fait, ce sont six scénarios d'emploi des armées et de la gendarmerie nationale qui sont évoqués :
      - conflit régional ne mettant pas en cause les intérêts vitaux où sont envisagés des projections de forces sur le terrain, ce qui est possible de se produire en Europe même ;
      - conflit régional pouvant mettre en cause mes intérêts vitaux où les actions sont surtout à prévoir dans le cadre d'une manoeuvre dissuasive en relation avec les alliés de l'Union Européenne et de l'OTAN;
      - atteinte à l'intégrité du territoire national hors métropole;
      - mise en oeuvre des accords de défense bilatéraux, notamment dans les zones d'influence d'Afrique;
      - opération en faveur de la paix et du droit international, avec des moyens très spécifiques. "Ne faisant pas peser de menace majeure sur nos intérêts, ce scénario peut néanmoins évoluer vers un enlisement de plus en plus exigeant en moyens. Il est donc essentiel de voir préciser, dès le début de l'action, les critères justifiant notre engagement et de tenter d'évaluer la durée prévisible de celui-ci. Il peut aussi conduire à un conflit régional devenant alors difficilement contrôlable et renvoyant aux premiers scénarios".
     - résurgence d'une menace majeure contre l'Europe occidentale, très peu probable.
 A la fin du chapitre, sans que cela face partie d'un scénario, figure une mission de maintien de l'ordre public.
 "Assurer les tâches de service public, notamment en renforçant les moyens et les organisations normalement chargées de la défense civile du territoire, et en :
 - participant à la protection des organismes, installations ou moyens civils qui conditionnent le maintien des activités indispensables à la vie des populations et à leur défense;
  - prenant, en matière de protection civile et à la demande des autorités compétentes, les mesures de prévention et de secours que requiert, en toutes circonstance, la sauvegarde des populations (catastrophes naturelles ou technologiques, risques majeurs)
 - participant, le cas écéhant, à la sécurité des pouvoirs publics et des administrations."

    Le langage sur la dissuasion populaire, où le service national prenait une grande part, est remplacé par un discours sur les ressources humaines qui doivent être mieux gérée pour l'efficacité d'un outil de défense de plus en plus technique, bardé de technologies nouvelles. Le service militaire fait place de plus en plus à des unités professionnalisées. L'accent est mis sur les compétences techniques et sur les conditions matérielles de la fonction militaire, tant pour l'appelé que pour l'engagé, du même que pour le réserviste.
 "Composante essentielle de la défense et des forces armées, au même titre que le service national dont elles sont le prolongement, les réserves participent de la volonté et de l'esprit de défense de la Nation. Les profondes mutations de notre appareils de défense, liées à l'évolution du contexte géostratégique et du format de nos armées, appellent leur rénovation. Hier, les réserves représentaient, dans le cadre de la mobilisation générale, le concept lointain de la Nation en armes, tel un ultime rempart contre une agression majeure. Demain, s'affirmera le rôle accru, dès le temps de crise, d'une réserve plus réduite, plus disponible, mieux instruite, accordant la priorité aux cadres volontaires, véritables professionnels à temps partiel."
 "Le monde de la défense ne peut (...) ignorer les tendances de la société française : l'affirmation de l'individualisme, l'attachement plus fort que jamais au prix de la vie et donc l'hésitation à l'engager, l'augmentation du niveau de formation, la pression quasi permanente des médias; mais aussi le besoin de sécurité, la volonté réelle de savoir, le sens du don de soi et du partage.
 Ces changements pèsent sur la gestion du personnel militaire. Afin de les prendre en compte, des réorganisations successives ont été engagée depuis le Livre blanc de 1972. Des évolutions nouvelles sont aujourd'hui nécessaires pour fonder la politique du personnel militaire de carrière ou sous contrat. La condition première de sa réussite est la visibilité que pourra seule assurer l'introduction des effectifs dans la programmation. La politique du personnel, comme celle des programmes d'armement, a besoin d'être conçue et appliquée dans la durée. D'autres évolutions sont nécessaires quant au recrutement et à la formation, aux carrières et à la condition militaire."
      il n'est plus question de discours gaulliens sur l'action de la population, il s'agit de gérer du capital humain.
  "Le capital humain demeure un atout principal de la défense. inscrire la politique du personnels dans une vision à long terme, faire effort, avec les moyens correspondants, sur la qualité des hommes, leur recrutement et leur formation, par le biais notamment d'une plus grande ouverture, réaffirmer le droit à une seconde carrière et prendre en compte le souci de reconversion, mieux équilibrer les sujétions imposées aux militaires et en particulier la mobilité, assurer un véritable "soutien de l'homme", encourager la prévention et l'innovation participative, tels sont les grands actes de la politique ds ressources humaines, pour l'armée mixte dont doit se doter la France."

   La politique d'armement et la stratégie industrielle subit des évolutions importantes. Il faut mener une véritable réflexion stratégique en matière technologique industrielle et de recherche de défense, prendre en compte les nouveaux enjeux européens, rénover les relations entre l'Etat et les industries d'armement, associer à une politique des maitrise des flux d'armements une politique d'exportation "qui conserve à notre pays son autonomie et sa responsabilité sur la scène mondiale". C'est l'ouverture vers le secteur privé qui frappe évidemment : "L'Etat ne pourra plus, comme par le passé, soutenir son industrie d'armement dans tous les domaines"....

  L'effort budgétaire de défense est affirmé. Mais là encore, comme dans le livre blanc précédent, les éléments les plus déterminants relèvent des lois de programmation militaire.

   On l'a déjà écrit, la dernière partie du Libre blanc de la défense 1994 est consacrée aux relations entre défense et société. Il s'agit pour maintenir l'esprit civique d'informer, de convaincre la population du bien fondé de la politique de défense, par la multiplication des liens entre société civile et société militaire (Education nationale, Institutions telles que l'IHEDN, centres de recherche et de réflexion, revitalisation des réserves).
   "En réalité, l'harmonie des relations Armée-Nation suppose un partage équilibré et reconnu des responsabilités des uns et des autres. C'est à ce titre qu'une présence militaire répartie sur l'ensemble du territoire national est essentielle."
  Un nouveau développement de la défense civile est prévu, mais dans le sens de développer les moyens de prévention et de secours nécessaires, de la coordination des pouvoirs civils et militaires. Le discours sur la participation populaire, sur la dissuasion populaire a bien disparu.
   L'enjeu est de convaincre l'opinion publique et pour cela de développer l'information.
  "Les pouvoirs publics et les médias peuvent avoir des opinions divergentes de la gravité d'une situation, les seconds dramatisant des faits jugés par ailleurs banals ou au contraire considérant comme secondaire ce que le gouvernement juge important. (...) La capacité de manipulation de l'opinion publique (...) est donc réelle; en période de crise, elle peut perturber le fonctionnement des pouvoirs publics; elle peut, à la limite, desservir l'intérêt national et la défense. Dans le cas particulier des actions terroristes, les moyens d'information ont une importance capitale. sans eux, le terrorisme n'a qu'une action limitée. Avec le retentissement que les médias peuvent donner à toute action de ce type, il devient un fléau capable de mettre à mal les capacités de réaction des démocraties les plus solides."  Le discours qui suit sur la transparence et le partenariat n'a rien de rassurant du coup, avec une telle perception de l'opinion publique...

  Ministère de la défense, livre blanc sur la défense, 1994, Union Générale d'Editions 10/18, 263 pages. Préface d'Edouard BALLADUR, premier ministre et de François LEOTARD, ministre d'Etat de la défense.
   Le livre blanc sur la défense 1994 est disponible sur le site Internet du ministère de la défense.


                                                                                     STRATEGUS
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Published by GIL - dans DEFENSE
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10 septembre 2008 3 10 /09 /septembre /2008 18:10
      L'objectif de la politique de défense de la France, autrement dit défendre qui ou quoi, est définie d'entrée de jeu dans le livre blanc de la défense, mais surtout d'une façon extrêmement globale, et secondairement en termes négatifs.
 Il s'agit de défendre la France qui "est une des plus anciennes nations de l'Europe occidentale. la première, elle a forgé son unité politique. Sa situation géographique, ses richesses économiques, sa tradition, sa langue, sa culture et son rayonnement, ont, à travers guerres et batailles, assuré son unité et continuent, dans ses ressorts les plus profonds, d'en être le ciment. Certes, la solidarité européenne est reconnue comme une nécessité, l'union économique de l'Europe comme un facteur de progrès déterminant pour chacune des nations qui la composent. mais l'union économique n'entraine pas l'effacement de l'idée nationale tant il est vrai que la croissance de la capacité industrielle et de la richesses augmente les chances politiques de chaque nation." "L'existence, l'indépendance et la force de la France sont le point de départ d'une politique qui prend naturellement appui sur le sentiment de la nation et la volonté de son développement."
 Dans l'avant propos du livre blanc, Michel DEBRE, alors Ministre d'Etat chargé de la Défense Nationale, précise bien : "La France n'a ni revanche à prendre, ni frontière à modifier, ni hégémonie à imposer ou à maintenir. Son effort de défense s'inscrit dans une politique toute entière orientée vers la sauvegarde de sa liberté, le respect de sa sécurité et la participation qu'elle peut apporter à la conservation ou au rétablissement de la paix."
 Plus précisément, "il nous faut d'abord assurer la sécurité du territoire national et de ses habitants. C'est bien là le coeur de la réalité politique, psychologique et morale de la défense. Politiquement, la défense contribue à protéger l'indépendance de la nation. Psychologiquement, elle donne au pays la garantie qu'il bénéficiera de son ardeur créative. Moralement, elle se porte fort de la liberté de la France et des Français. Ce premier objectif, fondamental, exprime l'identité nationale de façon très concrète. Il suppose l'adhésion et requiert le service de chacun." En second lieu, il s'agit de participer à la défense autour de l'Europe, particulièrement en Mediterranée, "ce deuxième objectif dépend largement du premier".
  Plus loin dans le livre blanc (chapitre 3, le service militaire universel) sur la justification de celui-ci : "ce n'est pas seulement la charge financière très élevée d'une armée de métier à effectifs analogues et même sensiblement inférieurs qui conduit à l'écarter. La valeur que donne le service national est, du point de vue des hommes, irremplaçable. A cette première raison s'en rajoute une autre qui est d'ordre politique et revêt une importance fondamentale. cette raison tient à la nature même de la défense - qui ne peut être que le fait de la nation entière. (...) Il est faux de penser que le mécanisme de la dissuasion nucléaire serait en mesure de remplir son effet si l'adversaire éventuel avait le sentiment d'un détachement moral de l'esprit populaire à l'égard de la défense. Or la volonté de défense et de résistance ne peut se manifester qu'au travers de la détermination et de la participation de tous et de chacun. Et comment cette participation pourrait-elle mieux se traduire que par la présence des jeunes Français dans les rangs d'unités instruites dont la disponibilité instantanée et l'aptitude opérationnelle constituent à la fois la meilleur garantie de sûreté et de crédibilité des forces stratégique et la promesse de la liberté d'action indispensable à leur maniement dissuasif par la plus haute autorité du gouvernement?".
  Eparpillé dans le texte, revient souvent les préoccupations de lier la participation de l'ensemble de la population à la fois à la défense extérieure et au maintien de l'ordre et de la légalité. Il est absolument nécessaire de présenter une unité nationale, garantie de la crédibilité de défense des valeurs partagées, contre les menaces de toutes sortes qui pèsent sur un ordre social qui n'est jamais bien sûr cité, et encore moins détaillé. Défendre un territoire et des valeurs communes n'est possible que si toute la nation le fait, et dans le mouvement de l'action quotidienne du service national, c'est la défense, donc l'acceptation des dimensions de ce territoire et des valeurs de cet ordre social qui est réalisée.

      Contre quel ennemi se dresse la France qui n'a plus de revendications mais qui entend défendre son territoire et ses intérêts vitaux?
 Dans les objectifs de la politique de défense page 4, le livre blanc rappelle les trois éléments principaux de la politique étrangère : "le refus des blocs, c'est-à-dire le non alignement sur les grandes puissances ; la définition précise et donc limitée de nos engagements ; un effort diversifié de coopération internationale en vue de favoriser la détente et les bons rapports entre les peuples."
  "Sans doute a-il pu être dit après le dramatique échec de 1940 et l'apparition de puissances gigantesques, tels les Etats-Unis, l'Union Soviétique et bientôt la Chine, que la défense nationale est une prétention vaine pour une puissance moyenne qui devrait s'en remettre à l'un des grands d'assurer sa protection. En apparence, la séparation du monde en deux blocs après 1945 a pu donner un semblant de démonstration à cette thèse. Mais si, dans les années suivantes d'abord consacrées à la restauration interne des nations européennes exsangues, l'Alliance et son organisation militaire ont constitué la sauvegarde de la paix en Europe, il est bien naturel que cette alliance, dans sa forme d'alors, n'ait pu résister au temps, car elle reposait sur une simplification politique abusive, fonction d'une opposition irréductible entre les Etats-Unis et l'Union Soviétique et consacrait une confusion a priori des intérêts des Européens avec ceux des Etats-Unis, garants de la sécurité collective dont ils possédaient seuls les moyens extrêmes."
  Le pouvoir entend mener une politique de non-alignement vis-à-vis des Etats-Unis face à la menace soviétique sans le désigner franchement comme l'ennemi, même potentiel. Partant, il n'existe pas de référence dans le livre blanc à des menées subversives menaçant l'ordre social, bien que les références à l'ordonnance de 1959 soient bien précisées. Le livre blanc entend faire preuve de neutralité, carrément dans une forme de dissuasion tous azimut, bien qu'il ne soit pas a contrario question de liens avec le Pacte de Varsovie... Le face à face mis en scène dans ces pages se trouve surtout entre alliés et non entre ennemis, comme s'il n'était même pas besoin de mentionner dans quel camp la France se trouve. Dans un pays où le Parti Communiste pèse de tout son poids, dans une nation traversée de débats idéologiques forts, dans un monde qui vit dans la hantise d'un conflit nucléaire bloc contre bloc, le livre blanc veut faire oeuvre de consensus et met en avant l'idée de nation avant toute idée de classe.

     Comme souvent, c'est dans le déploiement concret des moyens de défense que l'on perçoit ses véritables obljectifs et priorités.
  En premier lieu, est avancée la capacité nucléaire de dissuasion, qui entend empêcher précisément le conflit de devenir armé. Elle est définie par ses trois composantes, air, terre, mer : une flotte d'avions Mirage IV munis d'engins balistiques entrée en service en 1971, deux escadrons de missiles sol-air opérationnels depuis le Plateau d'Albion (Hauts de Provence) et deux, trois, quatre, puis cinq sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE) équipés de missiles nucléaires mer-sol.
 Les rédacteurs du livre blanc insiste sur la capacité opérationnel de cet arsenal, par sa diversification et sa puissance.
  En deuxième lieu figure la défense du territoire à travers la protection de la force nucléaire stratégique citée précédemment, et  la protection territoriale (DOT). Là, on retrouve des accents gaulliens très clairs :
  "Ces forces (classiques), au delà du rôle qui serait le leur en cas d'invasion, ont tout naturellement vocation à devenir le ferment d'une résistance populaire à un occupant éventuel. Quels désastres sur son propre sol un adversaire devrait-il accepter avant de devenir occupant!... Qu'il soit assez présomptieux pour les accepter, il n'en aurait pas fini pour autant avec une résistance nationale et populaire qui lui rendrait l'occupation insupportable, perspective de nature à renforcer l'effet dissuasif global de notre politique militaire. le concept de dissuasion populaire s'exprime en fin de compte de plusieurs façons : sur lui se fondent la défense permanente de notre territoire, la crédibilité de notre armement nucléaire, la volonté de résistance à l'envahisseur qui aurait accepté le désastre nucléaire. c'est que la dissuasion populaire est la forme moderne de la volonté de survie nationale.". Mais ni la forme, ni l'ampleur de cette dissuasion populaire ne sont précisés et encore moins, il faut le dire, mis en place...
 En troisième lieu vient la manoeuvre en Europe et là, on ne peut évidemment que penser à la menace soviétique et des forces du Pacte de Varsovie, même si, encore une fois, ceux-ci ne sont jamais nommés.
 "La manoeuvre dissuasive exige de nos forces qu'elles aient la capacité de mener des opérations de combat classique dont la raison tient à la nécessité de préserver la liberté d'action du Gouvernement dans le maniement de la crise." Ce qu'il faut comprendre dans toute cette phraséologie, c'est que les stratéges militaires français raisonnent en termes d'escalade et de crise pouvant mener aux extrêmes. il n'est pas question de guerre éclair ou par surprise.
 "Cette capacité ne peut être obtenue que par une combinaison de moyens interarmées. elle met en jeu la Première Armée avec l'appui de la Force Aérienne Tactique et éventuellement, celui des forces maritimes dont l'action apparaitrait complémentaire en fonction de la nature de la menace. L'emploi de ces forces ne peut manquer d'être éclairé (on admirera les termes diplomatiques) par la situation générale des troupes de nos partenaires de l'Alliance Atlantique."
  "Les années à venir verront la mise en service, d'ici 1975, de l'armement nucléaire tactique (Mirage III, Missiles PLUTON)" Il s'agit de forces nucléaires dont la manoeuvre ne peut être précisée et cela volontairement. Dans une crise, et même dans les premières phases militaires d'une crise en Europe, le Gouvernement veut se donner les marges de manoeuvre sur ce qu'il entend par "intérêts vitaux", tend par l'emploi des armements nucléaires tactiques que par celui des armements nucléaires stratégiques. Le jeu de l'incertitude est un terme majeur dans une confrontation ouverte.
  En quatrième lieu, l'action hors d'Europe, outre-mer, fait l'objet de paragraphes qui mettent l'accent sur les capacités de transport (sans que soient évoquées d'ailleurs les dépendances vis-à-vis des Etats-Unis en la matière);
 Enfin, en cinquième lieu viennent les "missions complémentaires", à savoir celles menées par la gendarmerie nationale et les éléments de la Protection Civile. Ces deux éléments ne bénéficient que d'une page et pourtant la gendarmerie nationale est bien un des éléments majeurs du dispositif de défense intérieure.
 "Répartis dans les brigades territoriales, plus de 30 000 sous-officiers, soigneusement sélectionnés, assurent au profit de tous les Français nombre de tâches souvent modestes, mais toujours primordiales, tandis que les 16 000 hommes de la Gendarmerie Mobile constituent, au service de l'autorité publique, une force de maintien de l'ordre, toujours disponible, loyale, courageuse et sereine".
 Le sérieux d'un livre blanc n'empêche pas de penser qu'il a le sens de la litote et de la concision discrète, lorsque l'on connait le rôle de la Gendarmerie Nationale. Mais officiellement, il n'existe pas d'ennemi intérieur.

  L'ordonnance de 1959 et la loi de 1965 ont substitué à la notion de service militaire, celle de service national, exprime le chapitre III du livre blanc.
 Il revêt quatre formes : le service militaire destiné à répondre aux besoins propres des armées, le service de défense pour les besoins non militaires de la défense, le service de l'aide technique (outre-mer) et le service de coopération au profit des pays en voie de développement.  En fait, et le livre blanc l'avoue, la premières de ces formes reste dominante. La nécessité d'un service d'un an est réaffirmée.
 "Pour que le service militaire réponde aux impératifs de la défense, il doit être organisé avec d'autant plus de soin qu'il est court, mais il faut d'abord qu'il soit bien compris dans ses objectifs par la nation entière et par les appelés eux-mêmes : satisfaire les besoins d'une armée qui se doit d'être en tout temps instruite et disponible. Sans doute, des activités annexes sont-elles recherchées et organisées, mais elles ne doivent pas porter atteinte à l'état de préparation et de à la disponibilité des forces.".  On sent bien une tension entre une efficacité de plus en plus technique des armées et une volonté d'obtenir une participation massive, une adhésion pratique du pays à sa défense, à la défense telle qu'elle est, et partant sans doute, à la société telle qu'elle est...
  Le long développement qui suit sur la fonction sociale du service militaire fait foi de cette volonté. La fin du chapitre montre bien, après un passage sur la nécessité du renforcement de la préparation militaire, la constance de cette volonté.
" Egalitaire et universel, court et dense, élément essentiel d'une stratégie moderne, non pas paradoxe de la dissuasion nucléaire, mais âme de notre dissuasion nationale, le service militaire offre de surcroît aus jeunes hommes de notre pays et même aux jeunes filles volontaires la consécration de leur majorité civique et politique."

  La politique d'armement constitue l'objet du chapitre suivant. Elle comporte deux volets "d'égale importance : la définition des besoins militaires que l'industrie d'armement doit satisfaire et la politique industrielle qui facilitera la satisfaction de ces besoins par l'industrie dans les conditions nécessaires à sa compétitivité et à sa prospérité, et en harmonie avec la politique de progrès industriel"... Formulation heureusement abondamment illustré dans le texte qui suit, notamment dans la politique industrielle "externe", entendez les ventes d'armements... Elle fait partie, cette politique d'armement, de la mobilisation de l'ensemble des ressources d'une nation (à travers notamment la recherche-développement) à sa défense, qui fait l'une des  caractéristiques dominantes du XXème siècle.

  Les finances de la défense forment la matière du dernier chapitre, chapitre indispensable à tout livre blanc qui se rspecte. C'est peut-être même la partie qui se trouve la plus remise en cause par la suite, en termes d'objectifs de matériels ou d'entretien des armées, au gré des budgets successifs et des arbitrages politiques et sociaux. Prudent d'ailleurs ce chapitre fixe des objectifs très globaux, racapitule les efforts financiers précédents (beaux tableaux sur l'évolution des crédits budgétaires depuis 1959), et, à part le fait "que la stratégie de dissuasion s'est traduite dans le budget de la défense", il ne cache pas le fait que cette partie est surtout du ressort des lois de programmation militaire...

   La lecture du deuxième tome du livre blanc est aussi utile que celle du premier, car il rentre dans le détail de l'organisation territoriale de la défense (orientation vers l'Est du gros des troupes, chaine des commandements, évolution de la fonction militaire), mais n'apporte pas plus d'éléments clés sur les objectifs de la défense.
  Les enjeux internes de l'appareil militaires sont traités et méritent l'attention, notamment sur "les obligations professionnelles".
  "L'obligation de neutralité pollitique est inscrite dans le statut. la rigueur qui a toujours caractérisé cette exigence de stricte indépendance vis-à-vis des différentes familles spirituelles de la nation n'est pas atténué ; toutefois les interdictions qui en découlent ont été mieux cadrées et ne portent plus que sur les adhésions aux groupements politiques. Ainsi les militaires sont-il invités à participer à toutes les activités de la Cité dès lors qu'elles ne les engagent pas sur des voies partisanes. de même le statut affirme t-il sans ambage l'incompatibilité entre le fait d'être militaire et l'appartenance à une organisation syndicale ou à une société de défense des intérêts professionnels, difficilement conciliable avec le principe hiérarchique qui est à la base de l'organisation militaire". Le règne d'une discipline militaire est essentiel pour la sauvegarde du moral des troupes. Garder le contrôle politique des armées, ce qui va toujours de pair avec la sauvegarde d'un certain ordre social, reste une obsession, qui fait de l'appelé, ce qui est flagrant quand on compare son statut avec celui d'homologues occidentaux, un citoyen "en veilleuse". Il existe d'ailleurs une sorte de développement d'un esprit "apolitique" dans les armées, qui les rendent d'une utilisation très souple dans le maniement des crises... On est loin de l'utilisation de l'armée briseuse de grèves dans les années soixante pour ne pas parler des périodes précédentes, mais il reste que certains corps tels que la Gendarmerie Nationale peuvent être en première ligne dans la défense d'un ordre social, par ailleurs contesté par d'importantes forces politiques au moment où est publié ce livre blanc de la défense.

  Ministère de la défense nationale, Livre blanc sur la défense nationale, tome 1, 1972, 68 pages ; tome 2, 1973, 105 pages, imprimerie du CEDOCAR.
  Les textes sont disponibles sur le site Internet du Ministère de la défense.

                                                                    STRATEGUS


 
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9 septembre 2008 2 09 /09 /septembre /2008 09:37
  La variété et l'étendue du domaine des injures force d'abord l'admiration. Que ce soit un substitut ou un élément de l'escalade de conflits, mais pour l'instant, on s'en balance...
  Il y a d'abord des injures dévalorisant un comportement, justement : balance pour délation ou dénonciation, envieux pour jaloux... Mais cela est trop proche de l'argot... Quoique parler en argot pour un grand bourgeois, c'est de l'injure!

   Plus intéressantes sont les injures agressives tels que salaud, salaude (pardon, salope), idiot, idiote, connard, connarde (pardon connasse), pauvre conne, pauvre embité (non, ça, ça, se dit pas... c'est complique les injures, c'est toute une culture!).
  Certaines injures sont révélatrices de la personnalité de ceux ou de celles qui les profèrent : petit con (ce sont les grands cons qui aiment bien dire celle-là), pauvre con (généralement un riche), petit imbécile (généralement un grand imbécile)...
  D'autres injures sont incompréhensibles pour certaines cultures, par exemple les injures racistes... Sale blanc, sale noir, sale jaune, sale bleu (ah non, celle-là, elle n'existe pas encore!), sale rose (celle-là non plus, dur, dur!), sale juif, sale arabe, sale corse, sale hindou, sale chrétien, bref tout ce qui suit sale semble valabe comme injure...

   Les injures de classe ne sont pas mal non plus : richard, salaud de pauvre, pauvre bourge, racaille (celle-là est un peu passe-partout valable autant pour les immigrés que pour les banquiers)...
   Certains ont une préférence marquée et raffinée pour les noms d'oiseaux ou d'autres animaux : rapace, vipère, moineau (cervelle de... pour ceux qui ne savent pas), porc (surtout entre musulmans...), pourceau, cochon, sale porc, gros cochon (mieux, grosse cochonne), volaille, canard boiteux... C'est d'ailleurs injuste très souvent pour ces animaux-là...
    Moins raffinés sont ceux qui adorent les mots à caractère sexuels ou scatologiques : pauvre merdeux, petite merde (grosse merde aussi...), pauvre caca (plutôt pour les petits pendant la récréation), bite molle, seins mous (non, celle-là, n'existe pas..), couillon (c'est mieux au pluriel), couillus, couilles molles (adorés par ceux qui bandent sans doute tout le temps), enculé (sans doute de la jalousie...)...
   Revenons vers ceux qui possèdent un certain niveau intellectuel, qui évitent d'utiliser la répétition à tire-larigot, ceux qui utilisent beaucoup les initiales : BICS (Banque Imbécile, Conne et Stupide), PSG (Pédé Sur Gazon), CQFD (C'est le Qul qu'il Dallait Dénoncer... T'es sûr, coco?), PMU (ne me demandez pas, je ne sais pas...)...
 
   Il existe bien sûr des publicités injurieuses pour ceux qui les entendent sans les écouter, du style du bon sens près de chez vous, sous-entendant que vous en êtes vraiment dépourvu chez vous...
    Sans doute le registre de l'injure, de l'insulte est-il le plus étendu dans le monde sportif. Ce qui est évidemment un plus dans leurs vertus éducatives... Non seulement tous les thèmes sont abordés (avec une prédilection pour le sexe version machiste), mais toutes les variantes d'émetteurs, de destinataires et d'objectifs s'y retrouvent. Parmi les objectifs : déstabilisation des autres joueurs en lançant des insultes dont on ne pense pas un mot, déstabilisation de l'arbitre pour le mener à des décisions irréfléchies, déstabilisation des médias, forme de vengeance à propos d'articles "mal" faits, défoulements sur les autres joueurs de son équipe ou de l'équipe adverse, sur l'entraîneur, très bon bouc émissaire des échecs, forme de pression sur les supporters ou sur les financeurs... Parmi les destinataires, et c'est sans doute l'aspect le plus intéressant : joueurs partenaires, joueurs adversaires, publics, journalistes, supporters.... avec des stratégies d'emploi de l'insulte : soit pour se valoriser pour ne pas retomber trop vite dans l'anonymat, soit pour viser une cible en faisant semblant de tirer sur une autre... Cette dernière variante était surtout utilisée dans le monde politique ou financier, pour obtenir un effet ricochet par l'intermédiaire des déclarations à la presse, proche de la manipulation mensongère. Il s'agit par une insulte qui vise une personne en particulier d'agir sur un processus de décision, pour faciliter sa carrière ou nuire celle d'un autre joueur. Sur les émetteurs, les variations sont là aussi multiples : les joueurs sont souvent mis en avant par les insultes qu'ils profèrent par les médias, de même que les entraîneurs, mais ce que rapporte la presse est rachitique par rapport à ce qui se passe sur le terrain, car non seulement ces deux types d'acteurs s'amusent presque à se répandre ainsi, mais les financeurs, les supporters, et même les politiques qui comptent sur des effets sportifs pour favoriser leur propre parcours sont particulièrement productifs pour mettre la pression sur les joueurs, en particulier, afin de les aguerrir au minimum ou de les menacer en cas de mauvais résultats...

  Bref, le sujet des injures est vraiment vaste.

  J'espère que je ne vous ai pas injurié!
Complété (légèrement) le 6 novembre 2013
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8 septembre 2008 1 08 /09 /septembre /2008 14:11

    Contemporain de René DESCARTES et de GROTIUS, le philosophe anglais Thomas HOBBES est considéré comme le fondateur de la philosophie politique moderne par des écrivains aussi différents que BAYLE, ROUSSEAU ou STRAUSS. Son oeuvre est à proprement parler si importante qu'il est, avec MACHIAVEL, l'un des auteurs les plus commentés. Pour ce qui concerne directement le conflit, car il n'est pas seulement philosophe, on retient ici surtout le célèbre "Leviathan" (1651), avec "De Cive" (1642), "De homine" (1658) et le livre polémique "Le Behemoth" (1660-1668).

   Thomas HOBBES conçoit le monde dans des termes d'un mécanisme strict qui ne laisse pas de place, en définitive, même s'il écrit des choses sur Dieu et le respect qui lui est dû, à l'intervention divine. De plus, le comportement humain est mû plus par des processus - qui l'apparente à un animal politique - qui tiennent plus à ses besoins physiologiques, sensations relayées par ses imaginations, dans un monde où la liberté n'est que la nécessité non empêchée par des interférences extérieures.
   Le centre de la pensée de HOBBES se trouve dans sa conception de l'état de nature, qui l'amène à formuler la nécessité de l'omnipotence du souverain. Raymond POLIN résume fort bien cette conception.
  "Entre les individus qui coexistent s'établit à partir de cet état primordial d'égalité (le plus faible a toujours assez de force pour tuer le plus faible), qui est l'état même de la nature, un système d'équilibre, résultat de la composition mécanique des désirs, des craintes et des forces en présence. Né du désir et de la crainte, de la défiance rationnelle de chacun à l'égard de chacun, cet état, où chacun à un droit légal sur toutes choses, et même sur le corps de l'autre, est un état de guerre strictement conforme, pour chacun, à un calcul correct de sa raison. Chacun, tout en s'efforçant d'accumuler le plus de puissance possible, demeure pratiquement égal à chacun des autres. Une égale menace réciproque pèse sur tous. Etat d'équilibre, l'état de nature est un état d'instabilité, d'insécurité et de misère. il ne comporte ni société, ni agriculture, ni industrie, ni justice, ni injustice, ni lettres, ni arts, ni sciences d'aucune sorte. Chacun, en proie à une crainte continuelle et au risque de la mort violente, vit une vie solitaire, misérable, bestiale et brève."
  Le seul moyen de la paix, selon Thomas HOBBES, est donc d'ériger un pouvoir souverain tout puissant qui impose à tous sa loi. Pour cela, il faut un contrat, "chacun s'accorde avec chacun pour renoncer au droit de se gouverner lui-même et pour remettre tout son pouvoir aux mains d'un seul homme, en lui reconnaissant un pouvoir souverain constitué de la somme des pouvoirs de tous, afin qu'il en use comme il le juge expédient, pour leur paix et leur commune défense. Ce souverain dispose d'un pouvoir absolu, indivisible, irrésistible" (Raymond POLIN).
    Il existe donc un lien indissoluble entre ce pouvoir absolu que nul ne peut contester et encore moins combattre, et le devoir de ce pouvoir d'assurer cette paix acquise contre la loi de la nature. C'est la seule manière de contrecarrer les effets d'une nature de l'homme - nous sommes aux antipodes de la conception de ROUSSEAU - intrinsèquement mauvaise.

      Thomas HOBBES consacre un chapitre dans son "Leviathan" pour décrire les républiques par acquisition (conquête ou droit patrimonial) qu'il distingue des républiques par institution, établies sur un mode rationnel, clair, par une sorte d'autorisation d'exercice du pouvoir absolu. La personne du souverain, loin d'être personnalisée en fin de compte, est un pur artifice : "elle n'a d'autre réalité que la réalité des particuliers qui se réunissent en elle ; on pourrait dire qu'elle n'est qu'une fiction rationnelle, si, à la faveur de l'autorisation ne s'accomplissait la transmutation de la multitude des particuliers en un corps politique doté d'une volonté et d'une puissance une, parlant et agissant d'une manière une, bref si ne s'opérait la génération de ce dieu mortel qu'est le Léviathan.". La difficulté du concret est bien montrée par Michel MALHERBE : les devoirs du souverain renvoie aux devoirs des sujets, et toujours selon le principe à l'oeuvre dans le contrat, la plus grande obéissance envers le souverain trouve son exacte correspondance dans le devoir qu'à celui-ci de maintenir la paix et la sécurité de ses sujets.
 Même analyse des textes chez Eric MARQUER et Dominique WEBER : "Le souverain désigne l'autorité sous laquelle se trouvent rassemblées en une volonté unique toutes les forces et toute la puissance des hommes qui composent le corps politique. Le souverain est une personne qui représente les paroles et les actions de ses sujets. (...) La souveraineté procède d'un acte de soumission et d'autorisation. L'originalité de la théorie hobbesienne de la personne est de faire de la personne du représentant non seulement un acteur (...) mais ce qui donne au corps politique son unité." Thomas HOBBES peut passer pour un tenant de l'absolutisme car dans ses écrits, "quelle que soit la forme de gouvernement, l'acte qui institue la personne du souverain a un caractère irréversible. Il ne s'agit pas d'un contrat entre les individus et le souverain, mais de l'acte par lequel les individus reconnaissent leur obéissance absolue au souverain". L'autorité du souverain est inconditionnelle et c'est précisément ce pouvoir illimité qui permet d'éviter tout retour à l'état de nature.

    Léo STRAUSS (1899-1973), Crawford MACPHERSON (1911-1987) et Michael OAKESHOTT (1901-1990), chacun de leur côté, ont étudié l'oeuvre de Thomas HOBBES dans son ensemble et lui ont consacré une majeure partie de leurs réflexions. Pierre MANENT, comme eux, lui confère une place de premier choix dans le panthéon toujours agissant des philosophes politiques.
  Pour Pierre MANENT (Dictionnaire des oeuvres politiques), "La pensée de HOBBES est la matrice commune de la démocratie moderne et du libéralisme. Elle fonde l'idée démocratique  parce qu'elle élabore la notion de souveraineté établie sur le consentement de chacun ; elle fonde l'idée libérale parce qu'elle élabore la notion de la loi comme artifice extérieur aux individus. il n'est pas sûr que l'idée démocratique de la souveraineté et l'idée libérale de la loi soient aisément compatibles. De fait, par un paradoxe trop peu remarqué, c'est l"absolutisme" de la doctrine du Léviathan qui permet à ces deux notions de s'articuler sans se contredire. C'est parce que la souveraineté illimitée est extérieure aux individus qu'elle leur laisse un espace libre, celui des silences de la loi. Que l'on abolisse l'"absolutisme", c'est-à-dire l'extériorité de la souveraineté, alors la loi devient "le registre de nos volontés"; elle n'est plus la condition extérieure de mon action libre, elle devient le principe de cette action : la notion libérale a vécu. C'est ce que l'on observera chez ROUSSEAU. Si l'on veut abolir l'"absolutisme" tout en maintenant l'interprétation libérale de la loi, il faut renoncer à l'idée même de souveraineté illimitée, au principe même de la démocratie moderne. C'est ce que fera MONTESQUIEU."
   Pour Léo STRAUSS (La philosophie politique de HOBBES), HOBBES "est le premier penseur à saisir toute l'importance de l'idée de souveraineté... On doit lui attribuer le mérite d'être le premier à avoir vu que l'idée de souveraineté est au principe de toute la théorie de l'Etat ; et d'être le premier à avoir saisi la nécessité d'établir précisément ce sur quoi elle repose, comme la nature de ses fonctions et de ses limites". La priorité accordée au droit sur la loi et la reconnaissance de l'importance décisive de l'idée de souveraineté entretiennent un rapport très étroit.
L'ordre politique ne doit pas être conçu en fonction des fins inscrites dans l'homme par la nature et découvertes par la raison, mais il doit être fondé sur la passion la plus puissante et la plus universelle : la peur de la mort. HOBBES rend opératoire le projet machiavélien, consistant à fonder la politique sur la vérité effective des choses et non plus sur l'idée du meilleur régime politique, ainsi que le faisaient les Anciens. Il existe un continnum logique et politique entre MACHIAVEL et HOBBES, continnum qui se prolonge ensuite d'une autre manière chez Carl Von CLAUSEWITZ.
   Pour Crawford MACPHERSON (The political theory of possession individualism - HOBBES to LOCKE, 1962), HOBBES est le premier à exposer l'idée de la société de marché dominée par l'individualisme possessif. Pour comprendre la description hobbesienne de la nature humaine, il faut toujours avoir présent à l'esprit que l'homme dont il s'agit, c'est l'homme de la société de marché; et pour comprendre la société de marché, il faut lire HOBBES. Sans doute cette introduction à ce qu'écrit MACPHERSON est-elle un peu abrupte et excessive, et sans doute un peu teintée d'anachronisme. Il faut le lire toutefois pour comprendre une certaine logique anglo-saxonne d'aujourd'hui qui domine dans les millieux favorables à la société libérale. La reconstruction de l'ensemble de la théorie politique du Léviathan, effectuée dans la première des quatre démonstrations de son livre s'effectue sur la base d'une conseption de la société comme ensemble de rapports concurrentiels entre individus distincts qui trouvent en eux la loi de leur mouvement et ne sont soumis à aucune subordination naturelle.
  Pour Michael OAKESHOTT (HOBBES on civil association), HOBBES est l'auteur qui a formulé de la façon la plus complète l'idiome moral qui fait le meilleur de la culture européenne en sous-entendant ce que OAKESHOTT appelle l'association civile. Ce type de société fait vivre ensemble les individus, non par la force des coutumes, ni par l'adhésion à un but social commun, mais par leur libre accommodation les uns aux autres en fonction de règles qu'il dépend d'eux de reconnaitre et d'accepter. Encore une fois, là aussi, la présentation est peut-être courte et met trop l'accent sur une certaine liberté de reconnaissance et d'acceptation de la personne du souverain. Mais il faut savoir que l'ensemble de son discours témoigne de son hostilité non seulement aux formes planificatrices du socialisme que combattent également les libéraux, mais aussi plus largement à l'ensemble du style de pensée rationaliste issue de la philosophie des Lumières. La présence d'une citation de Michael OAKESHOTT qui entende repenser le conservatisme dans un article sur HOBBES, dans un Dictionnaire des oeuvres politiques est symptomatique de l'avancée d'une certaine lecture "réactionnaire" du philosophe anglais.

   Qu'est-ce que la puissance? Cette question qui recouvre partiellement celle de la souveraineté (tournée autant vers les sujets que vers l'extérieur de son territoire) est le sujet des controverses et interprétations qui éclatent en partie dans le "Béhémoth" et qui déjà à l'époque contemporaine de HOBBES, comme le montre Pierre NAVILLE, prépare de grands bouleversements. Il faut relire les controverses entre HOBBES, DESCARTES, LEIBNIZ et SPINOZA pour se rendre compte qu'elles renouvellent la pensée politique de l'époque et qu'elles gardent une résonnance actuelle.
 Raymond POLIN, de son côté met l'accent sur la notion du Commonwealth de Thomas HOBBES.
"Thomes Hobbes appartient pratiquement à la génération de Descartes (il nait au moment où la Grande Armada menace l'Angleterre), mais sa longévité (il meurt à 91 ans), la lenteur avec laquelle il élabore son oeuvre laissent croire qu'il est venu après lui. En fait, leurs pensées se forment à la même époque et leur rivalité hargneuse tient à leurs ressemblances. Etendant à la pensée, au discours et au désir le mécanisme rigoureux qu'il discerne dans le monde physique et le mouvement animal, Hobbes s'intéresse de manière privilégiée à la morale et à la politique auxquelles il veut donner un véritable statut scientifique. Appliqué à l'analyse des forces en présence dans l'état de nature où "l'homme est un loup pour l'homme", le modèle mécanique conduit ainsi à poser la nécessité de la toute-puissance du souverain et celle d'un Etat conu comme une machine parfaitement organisée. Cette conclusion suppose qu'au mécanisme naturel se trouve substitué, par le contrat, sous la forme du commonwealth, de l'Etat, un mécanisme tout artificiel dont le souverain est l'ingénieur et le maître. La souveraineté en est l'âme artificielle qui donne la vie et le mouvement ai corps tout entier. Chaque cityen, mû par ce mécanisme, acccomplit son devoir. La justice et les lois sont une raison et une volonté artificielles. Le commonwealth est fabriqué à l'image de la machine humaine naturelle. Mais il est l'oeuvre des hommes gouvernés par le souverain, "ce dieu mortel". Son véritable sens est de fabriquer l'homme. "Let us make man" : faisons l'homme. C'est le dernier mot de Hobbes. (...) 
Pour comprendre Hobbes, il faut se placer dans la perspective qui est la sienne, accepter jusqu'au bout le modèle mécanique qu'il propose. Ce sont les limites et les insatisfactions de l'homme qui alimentent ses passions et sa méchanceté. La tout-puissance du souverain le délivre de ses passions, de leurs excès, de leurs abus, "purifie le sang du souverain et corrige la méchanceté de la nature humaine". D'autres avaient déjà dit de Dieu que sa toute-puissance était au principe de sa perfection. Dans le souverain, la raison ne trouve plus d'obstacles. Le souverain n'a plus d'intérêts particuliers : son intérêt se confond avec l'intérêt général. "Le roi est ce que je nomme le peuple". Le souverain ne peut vouloir et accomplir que le bien de l'Etat. Il est la raison en acte. Ce n'est pas, comme chez Platon, le philosophe qui est fait roi. C'est le roi qui, en vertu du caractère absolu de son pouvoir, devient philosophe. Les princes du XVIIIe siècle crurent comprendre qu'ils devaient devenir des despotes éclairés.
A plus strictement parler, la théorie de Hobbes ne se justifie complètement que dans la pespective d'un rationalisme absolu selon lequel le commonwealth peut devenir une machine parfaitemenr rationnelle, ordonnée, gouvernée par la personne désormais parfaitement rationnelle du souverain absolu. C'est un thème qui, sous d'autres formes, refleurira chez Hegel et dans le scientisme marxiste.
Dans ce cadre, il n'y a pas d'autre justice que la justice du souverain. C'est lui qui, dans sa toute-puissance, par le moyen des lois civiles, définit le juste et l'injuste, le bien et le mal. Non seulement il dit le bien et le mal, mais il en détermine, il en impose la pratique. Vieux rêve rationaliste enfin accompli, sa toute puissance permet l'établissement de déterminations efficaces, du savoir au vouloir du bien."

   Thomas HOBBES, Leviathan, 1651 (1971, Sirey) ; De Cive, 1641 (1982, Flammarion) ; Human Nature, 1650 (1982, Vrin) ; Behemoth, 1668 (1990, Vrin).
   Pierre NAVILLE, Thomas HOBBES, Plon, 1988 ; Léo STRAUSS, La philosophie politique de HOBBES, Belin, 1991 ; Raymond POLIN, Politique et philosophie chez Thomas HOBBES, Vrin, 1977 ; Crawford MACPHERSON, La théorie politique de l'individualisme possessif, de HOBBES à LOCKE, Gallimard, folio essais, 2004.
  Articles HOBBES de Michel MALHERBE dans Dictionnaire de philosophie politique, PUF, 2005 ; de Eric MARQUER et Dominique WEBER dans Le Vocabulaire des philosophes, Ellipses, 2002 ; de Pierre MANENT dans Dictionnaire des oeuvres politique, PUF, 1986 ; de Raymond POLIN dans Encyplopedia Universalis, 2004.
Raymond POLIN, Article Hobbes dans Encyclopedia Universalis, 2014. (Il est l'auteur d'un ouvrage, Hobbes, Dieu et les hommes paru aux PUF en 1982)

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                                                                   PHILIUS
Complété le 1 Février 2014.


  
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5 septembre 2008 5 05 /09 /septembre /2008 15:04
          De même que la valeur n'attend pas le nombre des années, la valeur d'un livre ne se mesure pas à son nombre de pages. Ce petit livre sur le cinéma militant et le cinéma politique en est bien la démonstration. A l'heure des commémorations en tout genre de l'année terrible pour tous les conservatismes, les auteurs ont voulu montrer que la question de la fonction sociale, politique et esthétique du cinéma avait été débattue autrement que par une simple perturbation du festival de Cannes.
         Cette fonction sociale du cinéma, sur laquelle on reviendra abondamment dans ce blog, est souvent passée sous silence par le cinéma institutionnel et commercial, et pourtant elle est très agissante, quasi quotidiennement.
Les auteurs rappellent les différentes approches de l'articulation entre cinéma et politique issues de Mai 68, et le premier d'entre eux , David FAROULT, prend une position paradoxale à première vue : le cinéma militant n'existe pas. Ou alors tout le cinéma est militant, du film nazi au film industriel qui consolide les mentalités du désordre existant.
Retraçant l'action de Cinélutte, de ses productions comme de ses débats internes, est reposé la question à quoi sert le cinéma pour des militants révolutionnaires? A informer sur les luttes? Qui? Comment? Avec quelle efficacité et quelle utilité? En revenant sur le film de GODARD, "Un film comme les autres" comme sur le groupe DZIGA VERTOG ou le groupe Cinéthique, on peut mesurer la difficulté de dépasser à la fois la dramaturgie dominante comme les contraintes des circuits de distribution des films. Le constat que les débats se soient déplacés du film de fiction au film documentaire garde les questions ouvertes.
      Gérard LEBLANC tente lui aussi de délimiter le débat entre cinéma et politique et l'on retiendra sa différenciation entre films compris dans des stratégies politiques qui les intègrent comme facteurs actifs ou passifs, films à effets politiques produits dans le cadre de l'institution cinématographique et films réalisés par des non professionnels, acteurs des luttes.
    Une longue interview, publiée auparavant dans la revue Cinéthique en avril 1969, de Jean-Pierre LAJOURNADE, réalisateur de "Le joueur de quilles", constitue la dernière partie de ce petit livre. A travers l'évocation de nombreux films, il parcours l'ensemble des éléments de ces débats.
     Si ce petit livre est conseillé, ce n'est pas par nostalgie (l'auteur de ces lignes n'était pas né!), mais pour commencer à réfléchir sur la possibilité d'utiliser le cinéma pour changer la société. Avec en arrière-fond la pensée que le statut du spectateur-voyeur reste ambigu devant le spectacle même s'il s'agit du spectacle d'une lutte et même si le montage comme la mise en action veut déconstruire le cinéma et le déstabiliser. Les relations du spectateur et de l'acteur ne sont pas simples, et le dépassement d'une partie des dilemmes évoqués dans "Le cinéma en suspens" se trouvent sans doute dans la déconstruction même du statut de spectateur...
 
      Dans la présentation de l'éditeur de ce livre, nous pouvons lire : "Si, en Mai 68, les salles de cinéma continuent de projeter des films comme si de rien n'était, quelques cinéastes et beaucoup de spectateurs se posent, loin du corporatisme de la "profession", la question de la fonction sociale, politique et esthétique du cinéma. Quel est le rapport du cinéma aux conceptions du monde qui lui sont extérieures, aux idéologies qui traversent et divisent la société? Comment articuler politique et cinéma sur un autre mode que celui de la représentation? Comment penser le travail cinématographique - qui relève aussi du jeu et du plaisir - dans sa relation avec l'exploitation du travail? Comment la vie imaginaire peut-elle enrichir la vie réelle sans se substituer à elle? Comment faire un cinéma qui ne participerait pas à la reproduction de la société que l'on refuse? Quels moyens se donner pour que le cinéma devienne un des leviers de la transformation de la société? Le cinéma influencé par Mai 68 est pour l'essentiel un cinéma de l'après-coup et se construit tout au long des années 1970. On se propose ici d'en dégager les principales lignes de force et de présenter quelques démarches et trajectoires exemplaires. Non qu'elles soient nécessairement abouties mais parce qu'elles abordent frontalement les questions que l'on vient d'évoquer. Ce livre propose au lecteur de renouer le fil interrompu d'une réflexion théorique et pratique toujours vivante et ouverte. Il s'adresse à un lecteur d'aujourd'hui et d'abord à celui qui ne se satisfait pas de la façon dont il vit dans la société où il vit."
 
    David FAROULT (né en 1974) a co-animé pendant près de deux ans l'émission radiophonique "Pleins feux sur les médias" sur Fréquence Paris Plurielle, après avoir mené des recherches sur cinéthique et le groupe Dziga Vertov. Gérard LEBLANC a écrit aussi plusieurs livres dont Scénarios du réel (en deux volumes, L'Harmattan, 1997), Les années pop. Cinéma et politique : 1956-1970 (avec Jean-Louis COMOLLI et Jean NARBONI, BPI-Centre Pompidou, 2001) et Numérique et transesthétique (dirigé avec Sylvie THOUARD, Presses Universitaires du septentrion, 2012).

   David FAROULT et Gérard LEBLANC, Mai 68 ou le cinéma en suspens, Editions Syllepse/Festival International de films Résistances, 1998, 96 pages.

Note : Jean-Pierre LAJOURNADE a réalisé plusieurs films (Assommons les pauvres, 1967; Le joueur de quilles, 1968; La Fin des pyrénées, 1970) et avait démissionné de l'ORTF au moment des événements de Mai 68. Pour ceux qui ne connaissent pas (comme moi!), il est utile de consulter le site cineastes.net où se trouve notamment une présentation de ses films. Jean-pierre BOUYXOU, dans son livre "La science-fiction au cinéma" paru en 1971 aux éditions UGE, 10/18, commençait son commentaire du film "Le jour de quilles", de la manière suivante : 1968, An I du cinéma : LAJOURNADE tourne Le joueur de quilles. Meurent alors, déliquescentes, les vieilles structures-baudruches d'un art et d'un langage. Meurent aussi, pulvérisées, toutes notions connues, élaborées ou rêvées de temps et d'espace. Raconter ou résumer "Le joueur de quilles" serait insultant pour le film, inutile pour ses propos, impossible dans l'absolu. Raboté, saboté, ignoré plus d'un demi-siècle de cinéma narratif par essence... De quoi en vouloir savoir plus, non?
 
 
Complété le 26 juillet 2012
 


                                                                                         FILMUS
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4 septembre 2008 4 04 /09 /septembre /2008 12:55

 

  Si l'on doit conseiller une seule revue généraliste du cinéma, c'est bien la revue trimestrielle CinémAction. A l'intention de tout citoyen curieux, cinéphile ou non, qui veut voir au-delà d'une parfois envahissante promotion commerciale, de tout étudiant qui commence à étudier le cinéma tout en ne sombrant pas dans l'ennui académique, CinémAction constitue le véritable portail qui mène à tous les cinémas, comme à toute les analyses de cet art.
  Fondé en 1978, par Guy HENNEBELLE, CinémAction propose à chaque numéro 200 pages environ d'analyses sur un thème particulier. Sur l'histoire des théories du cinéma (1991), le panorama des genres au cinéma (1993), les producteurs français (1998) ou dernièrement Fassbinder l'explosif et Masque et Lumière, cette revue fait le tour presque complet de chaque thème, chaque numéro comprenant en plus de multiples bibliographies et filmographies.
   Depuis 30 ans, CinémAction a publié 160 volumes, en comptant les différentes séries, avec 20 à 30 collaborateurs par ouvrage. Chaque numéro, de 200 pages en moyenne, est constitué par une équipe dirigée par un coordinateurs qui s'attache à traiter le sujet sans oeillères. La revue traite aussi bien des sujets concernant le cinéma que concernant la télévision
  Elle est co-éditée depuis 1989 par Corlet-Télérama et son équipe d'une dizaine de personnes, dirigée par Monique MARTINEAU et Françoise PUAUX, continue de contribuer à la réflexion de fond sur le cinéma, mais aussi sur la télévision, avec l'apport de très nombreux collaborateurs extérieurs. La presse salue régulièrement l'action de cette équipe, comme proposant des ouvrages et des dossiers de référence, avec un esprit d'ouverture réel.
  Il faut enfin signaler les liens étroits qui unissent cette revue à la collection Septième Art, presque la plus ancienne collection de cinéma au monde (présente depuis 1952), publiée aujourd'hui par le même éditeur.
 
   A noter un numéro récent (2011, n°140) consacré à Jorge SEMPRUN (1923-2011), scénariste et écrivain engagé. Il participa comme scénariste et dialoguiste à des films comme La guerre est finie (Alain RENAIS, 1966), Objectif : 500 millions (Pierre SCHOENDOERFFER, 1966),  Z (COSTA-GAVRAS, 1969), L'aveu (COSTA-GAVRAS, 1970), L'attentat (Yves BOISSET, 1972), Stavisky... (Alain RENAIS, 1974), Section Spéciale (COSTA-GAVRAS), Une femme à sa fenêtre (Pierre GRANIER-DEFERRE, 1976), Les routes du Sud (Joseph LOSEY, 1978), La guérilla (Mario CAMUS, 1983), Les trottoirs de Saturne (Hugo Santiago MUCHNICK, 1986), El Salvador, le pays des quatorze volcans (Florestano VANCINI, 1988), L'affaire Dreyfus (Yves BOISSET, 1994), K (Alexandre ARCADY, 1997), Ah, c'était ça la vie! (Franck APPREDERIS, 2008) et Le temps du silence (Franck APPREDERIS, 2011). Il réalisa Les deux mémoires en 1973 et écrivit de nombreux ouvrages sur le cinéma, de multiples scénarios, des essais et des pièces de théâtre. Cenuméro , dirigé par Jaime CÉSPEDES, comporte sur près de 170 pages, des articles très documentés.

 CinémAction, 106 boulevard St Denis, 92400 COURBEVOIE. Abonnement à Corlet Editions Diffusion : BP 86, 14110 CONDE-SUR-NOIREAU. 
 Le site cinemaction.net. semble inactif. Il vaut mieux consulter www.corlet-editions.fr
(Actualisé le 15 mars 2012)
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3 septembre 2008 3 03 /09 /septembre /2008 15:02

     Affirmer le droit de la guerre constitue une ambiguïté fondamentale car dans le détail des sources de ce droit se trouvent à la fois affirmées l'illégitimité de la guerre comme mode de règlements des conflits et la légalité d'un certain nombre de règles permettant le déploiement de la violence collective. Charles ROUSSEAU, dans son Traité sur le droit des conflits armés n'écrit pas autre chose : "A l'égard de la guerre on peut adopter deux attitudes extrêmes : la condamner systématiquement ou la glorifier sans réserves. On peut aussi se rallier à l'affirmation moyenne qui y voit un mal nécessaire dans certains cas. la doctrine du droit international reflète ces divergences. Pour certains auteurs (cas des auteurs de l'école nationale-socialiste) la guerre constitue un phénomène supérieur au droit. Pour beaucoup d'auteurs positivistes elle est un phénomène étranger au droit. Enfin l'opinion dominante depuis la conclusion du Pacte KELLOG est que la guerre est un phénomène contraire au droit, dont le caractère essentiel est de n'être ni supra, ni extra-juridique, mais bien anti-juridique.". Même constatation chez Q.WRIGHT : "D'étape en étape, le droit s'est en quelque sorte rationalisé et cérébralisé (pour ne pas dire "céphalisé"). Il est davantage tête sans cesser d'informer un corps. le problème est aujourd'hui de savoir si un nouveau pas est possible et souhaitable. D'aucuns ont prophétisé l'ère planétaire et le mondialisme, dans le dessein d'arracher la violence et d'établir "la paix perpétuelle", mais cette annonce rappelle étrangement la promesse de la non-violence absolue qui relève davantage, pense t-on, du mythe religieux que du réalisme politique. Cette non-violence mondiale, si elle ne débouche pas sur la mort, risque fort de dégénérer en une nouvelle violence par la résurgence d'un groupe particulier dominant les autres, "race de seigneurs" étendant son empire ou dictature de classe se déclarant société sans classes.(...) Comme un impératif au coeur de la violence, la tâche surgit de dominer la violence ; la non-violence se promet comme un appel. Au moment où la guerre risque de provoquer un paroxysme de violence, un cataclysme sans nom, force est que le droit aussi connaisse une mutation qualitative. Dire le droit de la guerre n'est pas la légitimer mais la dépasser."

      Historiquement, ce droit de la guerre, on pourrait écrire droit de guerre, a presque toujours existé. En Babylone, 2000 ans avant J.C., le code d'HAMMURABI imposait un mode de conduite en cas de guerre. En Inde ancienne, le Mahâbhârata prêchait la miséricorde envers les troupes ennemies vaincues. La Bible et le Coran regorgent de régles prônant le respect de l'adversaire. Au Moyen-Age occidental, les gloses autour de la guerre juste et de la paix de Dieu fournissaient les moyens de limiter les temps et les lieux de guerre.
  D'abord coutumier et religieux, le droit de la guerre s'écrit et se codifie avec notamment GROTIUS au XVIIème siècle dans son oeuvre de référence "De la guerre et de la paix". La définition même de la guerre, en la limitant comme instrument des Etats souverains pour régler leurs conflits entérine et généralise sa rationalisation.
   Deux conceptions s'élaborent presque en même temps, se construisant de textes en textes, de codes en codes et de traités de paix en traités de paix :
   - le droit de faire la guerre ou d'entrer en guerre (jus ad bellem) qui suppose un motif tel que se défendre d'une menace ou d'un danger (qui n'exclue pas évidemment pas l'attaque dans les faits). Ce droit réglemente les conditions d'entrée en guerre et prévoit parfois les procédures qui y mettent fin ;
    - le droit pendant la guerre (jus in bello) qui implique des comportements des armées sur les champs des batailles ainsi qu'avant et après celles-ci. ce droit limite l'étendue des violences autorisées, protégeant notamment les populations civiles non armées de celles-ci.

       Le problème, avec l'extension des moyens de guerre et l'élaboration de stratégies globales de guerre totale est que ni l'une ni l'autre de ces deux conceptions ne résistent à l'évolution des guerres sur le terrain. Tous les moyens redeviennent bons, on l'a vu notamment pendant la Seconde Guerre Mondiale.
  L'accentuation des continuités entre guerres entre Etats et guerres civiles, présentes déjà lors des guerres napoléoniennes et l'extension des effets des guerres à tous les territoires et à toutes les populations civiles rendent fragiles les élaborations théoriques d'un droit de la guerre. Carl SCHMITT, dans sa "Théorie du partisan" (1963) notamment, analyse ces évolutions. Toutes les études actuelles sur la guerre et sur le droit de la guerre posent la question : "Peut-on conserver les termes classique du jus publicum européen (guerre limitée) ou en contraire en sortir (guerre illimitée)?" L'humanité est-elle entrée dans une ère de guerre globale continue, alternant guerres "chaudes, crises, et guerres "froides"?

    Du coup, on conçoit que tous les efforts menés depuis qu'Henri DUNANT a fondé la Croix Rouge Internationale, jusqu'aux montages juridiques compliqués de la Société Des Nations (SDN) et de l'Organisation des Nations Unies (ONU) ne peuvent plus suffir à garantir le droit de la guerre minimal du jus ad bellum et du jus in bello. Nous sommes probablement entrés dans une sone de turbulances planétaires qui rendent urgentes l'élaboration de nouvelles sources du droit de la guerre, sources qui ne peuvent seulement venir des Etats instrumentalisateurs de ce droit ou même des organisations internationales qui s'apparentent un peu trop à des arênes juridiques entre Etats.

   Charles ROUSSEAU, Le droit des conflits armés, Editions A.PEDONE, 1983 ; Sous la direction de Mohammed BEDJAOUI, Droit international, Bilan et Perspectives, Tome 1, Editions A.PEDONE et UNESCO, 1991 ; Hugo GROTIUS, Le droit de la guerre et de la paix, PUF, Quadrige, Grands textes, 2005 ; Q.WRIGHT, Article Droit de la guerre, Encyclopedia Universalis, 2004.

                                                                                           JURIDICUS

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2 septembre 2008 2 02 /09 /septembre /2008 15:59

     Dans ce livre important, comme l'écrit John KEEGAN dans l'Introduction, Victor Davis HANSON, professeur d'Université d'Etat de Californie, a "essayé d'évoquer d'évoquer le cadre de cette expérience de la bataille ainsi que le mal et les difficultés extraordinaires qu'avaient les hommes qui combattaient." "Ma conviction", écrit encore l'auteur dans sa Préface, "est que la forme pure de la bataille chez les Grecs nous a laissés, en Occident, possesseurs d'un héritage embarrassant : nous sommes devenus persuadés qu'une bataille autre qu'un confrontation face à face entre des ennemis calmes et déterminés est contraire à nos valeurs et à notre style.".
   En 5 parties et 19 chapitres, il détaille ce qu'il appelle le modèle occidental de la guerre, une manière de privilégier les batailles rangées décisives.

        Dans une première partie, "Les Grecs et la guerre moderne", l'auteur entend étudier davantage que la tactique et la stratégie si "nous devons apprendre pourquoi la manière grecque de combattre a eu une telle influence en Occident".
La raison d'être de la bataille d'infanterie se trouve non pas dans la nécessité d'éviter les désastres agricoles (la vigne et l'oliveraie sont en fait très résistants), mais dans le fait qu'elle est, dans l'époque classique de la Grèce ancienne (VIIème-Vème siècles av.JC) "une provocation ou une réaction contre la simple menace d'une attaque contre les fermes.
"Les batailles d'hoplites grecs étaient des luttes entre petits propriétaires fonciers qui, d'un commun accord, cherchaient à limiter la guerre et, partant, la tuerie à un affrontements unique, bref et cauchemardesque." "Il faut expliquer la manière grecque de combattre comme une idée élaborée, comme une vision présente à l'esprit des petits fermiers : leur terre ancestrale devait à tout prix rester inviolée, n'être foulée par personnes d'autres qu'eux-mêmes. C'était une terre dont tous les citoyens de la polis consentaient à défendre l'intégrité à tout instant. A la fin du Vème siècle, après 200 ans de guerre d'hoplites, Athènes et d'autres communautés apprirent qu'il pouvait être avantageux de rester à l'intérieur des murs de la cité et de mettre l'ennemi au défi de réduire en ruines les propriétés agricoles. Le rituel conventionnel de la bataille rangée des hoplites fut alors mis en question et, ainsi, périclita. Ensuite, au IVème siècle, le développement rapide des troupes auxiliaires et de la poliorcétique accompagna ces idées nouvelles et eut pour effet que, par la suite, la bataille dut être sans rémission, et non épisodique, élargie, et non restreinte, offrant au vainqueur une occasion nouvelle de rechercher non pas une humiliation bénigne, mais souvent une reddition et un assujettissement inconditionnel du vaincu. En un mot, l'idée que la bataille d'infanterie était irrévocablement partie intégrante de l'agriculture fut entièrement rejetée."
 Cette mise en perspective historique veut montrer l'originalité de cette manière de combattre, et, surtout, sa supériorité militaire. "C'est ce désir occidental d'un choc d'infanterie unique et grandiose, d'une tuerie sauvage mettant aux prises, sur un champ de bataille, des hommes libres munis d'armes acérées qui a déconcerté et terrifié nos adversaires du monde non-occidental pendant plus de 2500 ans." "Ces hommes (les Grecs anciens) furent les premiers que nous connaissions à avoir relégué la cavalerie dans un rôle secondaire, et à avoir ainsi fait disparaître, pendant un millier d'années l'idée que le champ de bataille était le domaine privé de cavaliers aristocrates."
     Victor Davis HANSON pense que "nous devons nous demander à quoi étaient confrontés les hoplites dans la phalange, car ils sont la clé de notre compréhension de la guerre dans la Grèce ancienne". La guerre dans une société agraire met au centre le non-spécialiste qui défend sa terre et celle de ses amis contre des ennemis situés "rarement à plus de 2 ou 300 kilomètres. Les invasions étrangères, perses, seront le facteur d'évolution qui changeront plus tard les choses, mais l'auteur veut se limiter à cette période pour en montrer le poids et l'influence sur les siècles postérieurs, tant les diverses armées du monde intégreront cette idée de la bataille rangée pour en faire un puissant instrument de conquête. Il allie dans tout son livre son expérience agricole, son attention extrême au terrain, à une érudition qui cherche les détails de la véritable bataille d'hoplites dans les écrits d'HERODOTE, de THUCYDIDE et de XENOPHON (VI-Vème siècles), mais aussi à une connaissance des trouvailles archéologiques pour les périodes plus anciennes (VII-VIème siècles). L'auteur insiste beaucoup sur les détails et alimente certainement sa réflexion de toute une branche nouvelle de l'archéologie, l'archéologie expérimentale, qui tente de reconstituer la réalité des batailles anciennes.

      L'épreuve de l'hoplite constitue le sujet de la deuxième partie de son livre : il décrit les conditions physiques et psychologiques dans lesquelles chaque homme combat. Les armes et l'armure, l'âge des combattants (des très jeunes aux très vieux), la crainte et l'attente de l'attaque massive, la peur de la mort très éventuelle qui panique et bouleverse la physiologie du combattant (transpiration, incontinences multiples) sont détaillés par l'auteur qui montre ainsi l'inconfort de l'hoplite. Il insiste pour que l'on garde à l'esprit "quatre réalités de base" :
 - une tendance graduelle mais continue, sur quelques 250 ans, à altérer, à modifier, puis à abandonner entièrement certains éléments de la cuirasse.
 - l'habitude de retarder le moment de s'armer jusqu'aux toutes dernières secondes, littéralement, avant le heurt des lances.
 - l'utilisation régulière de serviteurs personnels pour transporter l'équipement.
 - le mouvement naturel qui poussait l'hoplite à ôter à tout instant sa coûteuse armure achetée, en général, par les citoyens, et non fournie par l'Etat.

    Dans la partie intitulée "Le triomphe de la volonté", HANSON développe l'état d'esprit du combattant avant l'assaut. Ce triomphe trouve ses sources dans la confiance au général présent à la tête de son armée, l'esprit et le moral de corps, où il y voit les origines du système régimentaire... Ces "liens extraordinairement forts entre les hoplites constituaient simplement les relations normales de presque tous les combattants dans les phalanges de la plupart des cités grecques. Ils ne présupposent pas d'entraînement spécialisé exceptionnel ou d'effort concerté pour former un corps d'élite."... HANSON consacre de longues lignes sur l'alcool qui développe la rage de combattre comme l'inhibition de la conscience de la mort peut-être toute proche.

      L'assaut, la charge, le heurt d'hommes, la poussée des deux phalanges lancées l'une contre l'autre et l'effondrement recherché chez l'adversaire, les confusions des mêlées, les erreurs d'orientation et la violence de horde.. sont les éléments clés du type de confrontation recherché par les Anciens grecs. Les conditions du choc de deux murs de lances et de boucliers, le plus rapide possible pour éviter les jets divers à distance, déterminent l'issue de la bataille. "Dans de nombreux cas, l'issue d'une bataille d'hoplites se décidait alors, pendant la première charge, lorsque des soldats cédaient à la peur et détruisaient l'unité de leur colonne avant même d'avoir atteint l'ennemi. (...) la clé du succès dans une bataille entre phalanges était de créer un vide fatal dans les rangs ennemis, une brèche initiale dans laquelle les troupes pouvaient faire une percée, anéantissant la cohésion de la formation ennemie toute entière. Certaines armées étaient disloquées avant même d'avoir atteint les lances de l'ennemi, et la bataille se terminait avant même d'avoir commencé." Le maniement individuel de la lance et du bouclier, la coordination entre voisins de gauche et de droite, le rôle des différentes rangées de combattant à l'avant et à l'arrière, tout tendait à la recherche d'une brêche dans les lignes de l'adversaire. "A un moment, dans un camp ou dans l'autre, une partie de la phalange ne pouvait plus résister à la poussée et commençait à être refoulée. A ce moment, l'unité de la colonne toute entière était mise en danger et tous les hommes - ceux qui avaient avancé à l'intérieur de brêches dans la ligne ennemie et ceux de l'arrière qui poussaient en avant - commençaient à penser pour la première fois à leur propre survie individuelle. En d'autres termes, c'était le début de la déroute finale. Parfois se produisait un effondrement dramatique et soudain en un point particulier de la phalange". La nécessité de garder le plus longtemps possible l'ordre de bataille entre proches combattants était vitale, non seulement pour éviter l'effondrement, mais aussi pour limiter les pertes dues aux coups des amis.

    Les batailles concentrées en des temps et des espaces restreints, à terrain découvert, laissaient sur les terrains de massacre des morts, des blessés et surtout des estropiés en nombre, mais "le nombre des morts dans le camp victorieux au cours d'une bataille d'hoplites représentaient en moyenne 5 pour cent des forces engagées, tandis que les vaincus subissaient un taux de pertes avoisinant 14 pour 100 de leurs forces." Ce qui était recherché, c'était la victoire sur place, ici et maintenant. Les poursuites en territoire ennemi étaient rares.

     En conclusion, l'auteur développe la thèse d'un lien entre la démocratie grecque et le modèle de guerre, enraciné dans la réalité même du combat, intégré dans la vie des fermiers.
"Le cadre réel de la bataille pour les hommes qui servaient dans la phalange était presque le même quel que soit le lieu et le moment du combat. Cela permettait à chaque soldat-citoyen de savoir exactement pourquoi le poète appelait la guerre grecque "une réalité qui fait peur". La simplicité et l'ordre net du combat d'hoplites garantissaient que la lutte serait en gros la même en tout lieu et à tout moment de la bataille : l'expérience de l'individu était aussi celle du grand nombre. Cette exceptionnelle uniformité des armes et de la tactique garantissaient sur un plan plus large, que tuer et blesser étaient, dans une large mesure, des actes familiers à de nombreuses générations (...)".
 "Parce que les Grecs classiques concevaient, en dernière analyse, leur combat d'infanterie comme économique et pratique, il y a une moralité dans leur legs : l'idée que l'image de la guerre ne doit jamais être autre chose que celle de corps en train de tomber et de blessures béantes." Egalité dans le combat, égalité dans la vie, voilà le lien entre la démocratie et le modèle de guerre occidental, avec la pensée que la guerre n'a rien de romantique.
   L'auteur nous met en garde sur cet héritage de mentalité collective à l'heure où les missiles ont remplacé les lances. "En clair, nous ne sommes plus une société agraire formée de petits propriétaires terriens indépendants. Nous avons seulement en héritage l'idée de la bataille grecque en tant que notion héroïque, nous l'avons isolée de la réalité du combat et avons ignoré ses véritables enseignements en appliquant le mode de pensée des Grecs à un ensemble de circonstances tout à fait différent et dangereux à à un théâtre d'opérations qui lui est étranger."
  En "Guerre et agriculture dans la Grèce classique (1984) et "Carnage et Culture" (2001), "Le modèle occidental de la guerre" renouvelle la perception que nous avons de l'héritage grec sur notre culture de la guerre, et sur notre culture tout court. L'ethos guerrier occidental, qui peut être une idée discutable (et qui d'ailleurs discutée!) est lié, pour l'auteur, dont on connait par ailleurs la sympathie pour une idéologie néo-conservatrice, à l'essence même du régime politique démocratique occidental. Sans doute y-a-t-il des chapitres entiers sautés dans cette vision et que la réalité est moins simple, mais elle a le mérite de faire réfléchir sur une certaine éthique du combat et de la guerre, comme au lien entre régime politique et forme de l'armée.
   Victor Davis HANSEN a toujours en tête dans son "modèle occidental de la guerre" la confrontation de cette manière de faire la guerre à celle hors Occident, à laquelle se heurte par exemple les armées américaines en Irak ou ailleurs aujourd'hui. Ce modèle de guerre s'oppose à celui de nombreux stratèges et stratégistes chinois, que l'on songe aux rédacteurs des "36 stratagèmes" (TAN DAOJII, 420-479) ou des "13 articles sur l'art de la guerre" (SUN TSE, 512-473 av.JC).

  Victor Davis HANSEN, Le modèle occidental de la guerre, La bataille d'infanterie dans la Grèce classique, Les belles lettres, collection Histoire, 1990, 298 pages. Introduction de John KEEGAN, traduction de l'américain par Alain BILLAULT, "The western way of war, infantry battle in classical Greece", 1989.
  Notez bien un site officiel http://victorhanson.com
  Cet ouvrage a été également publié en français chez Tallandier, collection texto, en 2007.

                                                                                                    STRATEGUS

                                                                                                
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29 août 2008 5 29 /08 /août /2008 13:30

      Discuter de la représentation des conflits, du conflit, au cinéma, c'est discuter en fait de la représentation des relations humaines, tant les conflits sont consubstanciels à ces relations.
    C'est aussi mettre en perspective cette représentation par rapport aux autres représentations du réel exprimées à travers les autres arts, tels que la peinture, la sculpture, la musique, le chant, la danse, la photographie, le théâtre ou la télévision (ou videovision), sans d'ailleurs attacher beaucoup d'importance au qualificatif "septième art".
    C'est également repenser la signification du spectacle par rapport à la réalité, et celle du spectateur par rapport à l'acteur social.
  C'est bien entendu poser la question de l'influence d'une esthétique sur la compréhension d'une oeuvre cinématographique ou d'en ensemble d'oeuvres cinématographiques.
    C'est enfin poser les questions clés des représentations : ce qui est représenté (pourquoi cela et pas d'autres choses), de quelle manière il l'est, par qui est-il représenté, en direction de qui la représentation s'effectue, les raisons de la représentation ainsi que les effets ou les conséquences de cette représentation...

    Dès ces débuts, "le mythe directeur de l'invention du cinéma est l'accomplissement de celui qui domine confusément toutes les techniques de reproduction mécanique de la réalité qui virent le jour au XIXème siècle, de la photographie au phonographe. C'est celui du réalisme intégral, d'une recréation du monde à son image, une image sur laquelle ne pèserait pas l'hypothèque de la liberté d'interprétation de l'artiste ni l'irréversibilité du temps." (André BAZIN).
Cette ambition du spectacle total, de la représentation vraie ou de la représentation fausse, ou plutôt d'une représentation de quelque chose qui dépasse le réel visible et immédiat, est si forte que l'art même du cinéma subit dès les premières exploitations commerciales du cinématographe une dissociation entre le documentaire (Frères Lumière) et le féerique (Méliès), dissociation qui n'a cessé d'être aujourd'hui et qui se prolonge dans l'outil télévisuel. L'écran révèle ses deux fonctions, ses deux effets, ses deux logiques : coller le plus possible au réel ou s'en éloigner le plus possible, par l'imagination de ce qui est peut-être et de ce qui pourrait être. Dans les deux cas, les représentations des conflits, quelles qu'elles soient, aboutissent aux yeux, aux oreilles et au cerveau du spectateur. Même sous la forme d'une fiction fantastique (et peut-être plus intensément), le monde parvient au sixième sens surtout sous forme d'images qui ont toute leur place dans la représentation globale du réel, parfois au même titre (parfois plus?) que la perception du réel sans l'intermédiaire de l'écran, ce miroir déformant et simplificateur.

    La représentation des conflits au cinéma, c'est d'abord bien sûr la représentation de leurs formes les plus visibles, les plus frappantes, la guerre ou d'autres violences, c'est-à-dire finalement, mais on l'avait déjà expérimenté au théâtre, en peinture, en danse ou en musique, dans leurs formes les plus esthétiques, avec leurs couleurs ou leurs sons les plus contrastés, les plus vifs, les plus rythmés, provoquant les réactions les plus vives chez les spectateurs.
Dans sa discussion sur le statut d'art du cinéma, Jean-Yves CHATEAU pose des questions pertinentes sur la liaison du beau et du sublime dans l'art, du primat de la forme, de l'unité de la forme esthétique pour une oeuvre, qui ne peut qu'être, vu les contraintes du cinéma, que collective.
 Tout l'appareillage technique nécessaire, d'enregistrement, de montage, de distribution des images donne au "septième art" une particularité, une complexité sans commune mesure avec la production d'une peinture ou d'une sculpture ou même de la représentation théâtrale. La combinaison des images, des couleurs et des sons, pour en faire un oeuvre à la fois logique et expressive, au sens de susciter des émotions, suppose la mise en oeuvre de la collaboration de nombreux corps de métier, du réalisateur au preneur de son. Cet aspect collectif se prolonge dans les conditions par lesquelles les oeuvres du cinéma parviennent au public, de l'affichage au matraquage publicitaire, du merchandising et de la floraison souvent redondante des critiques. L'importance considérable du cinéma dans la vie en société est telle qu'il constitue un mode de représentation très important, sources d'influences parfois grandes et prolongées sur les comportements individuels et collectifs.

    En cela, le cinéma a une importance considérable sur la perception des conflits, et même de façon générale sur la tonalité des relations sociales, plus ou moins empreintes d'agressivité. Cela est flagrant dans les périodes de tension ou de guerre, mais cela est également vrai de façon quotidienne. Il n'est pas étonnant par conséquent que le contrôle social des images soit un enjeu majeur. La violence au cinéma pose la question de son influence sur les comportements sociaux, complexe, qui ne peut se résumer à des imitations, sur la constitution et les évolutions des morales publiques et privées, sans doute plus d'ailleurs que les représentations de la sexualité. Sur l'aspect normatif, sur l'aspect cathartique, des représentation des conflits, beaucoup reste à étudier.

   La mise en spectacle total de la réalité devient partie intégrante de cette réalité et participe aux évolutions sociales. La mise en spectacle d'un certain point de vue sur des événements, par le truchement de l'esthétique, peut - c'est une question clé d'ailleurs à propos des conflits - quels que soient leurs modalités ou leurs intensités - peser plus que la vérité de ces événements.

André BAZIN, Qu'est-ce que le cinéma? Les éditions du Cerf, collection 7ème art, 1990
Jean-Yves CHATEAU, Pourquoi un septième art? Cinéma et philosophie, Presses Universitaires de France, collection Intervention philosophique, 2008

   

                                                                                        FILMUS
   
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26 août 2008 2 26 /08 /août /2008 15:56

     D'emblée, le pacifisme a mauvaise presse encore, que ce soit dans le langage courant (ce qu'atteste la plupart des dictionnaires de langue française) ou dans les milieux politiques institutionnels (surtout en France où le spectre des accords de Munich de 1938 plane toujours). Pourtant, les pacifismes ne peuvent se comprendre qu'en se plaçant dans une perspective historique longue. Nous sommes très loin désormais d'une culture guerrière de l'Antiquité ou du Moyen-Age. Les innombrables écrits de glorification et d'exaltation de la guerre sont difficiles à trouver en librairie. Surtout avec l'avènement du christianisme, la culture guerrière a fait place progressivement à une culture pacifique.

   Pour autant, l'ensemble des activités humaines, plus orientées aujourd'hui sur la coopération que sur le conflit, reste sous-tendue par une vision négative des pacifismes. Avant d'entrer dans une analyse des dynamiques sociales qui orientent le destin de l'humanité vers des avenirs qui laissent de moins en moins place à un image positive de la guerre, il est intéressant de se livrer à un effort de définition et de classification.
  On peut effectuer une classification par type de motivations des acteurs sociaux ou encore  une classification qui donne une échelle qui va du pacifisme intégral et inconditionnel à l'anti-pacifisme intégral, soit l'esprit guerrier digne des klingons de la série  télévisée de science fiction Star Trek ou mieux pour rester dans les degrés des pacifismes stricto sensu, du pacifisme à tout prix justifié moralement au pacifisme instrumental qui ne croit pas réellement aux vertus de la paix. Reste aussi une forme de classification suivant l'évolution historique, des Perses antiques à l'irénisme contemporain.

    Tout en se réservant toutes ces possibilités, qui seraient longues à détailler dans cet article, on peut s'inspirer de la classification établie en 1927 par Max SCHELER, dans son livre "L'idée de paix et le pacifisme", reprise par Yves SANTAMARIA. Ce philosophe allemand, adepte de la coopération économique et politique internationale distinguait ainsi :
        - le "pacifisme héroïque" du refus de la guerre décliné sous sa forme individuelle, dicté our des raisons morales, sans exclure des raisons d'efficacité politique ou sociale. Une forme collective de ce pacifisme peut exister, et souvent ses adeptes refusent le terme "héroïque" pour affirmer sa nécessité, sous forme de désobéissance civile massive par exemple.
         - le "pacifisme chrétien", demi-pacifisme qui privilégie le règlement négocié des conflits et leur humanisation, mais qui laisse une large place aux guerres justes, qualifiées par les Eglises de défensive, même quand elles prennent la forme de croisades plutôt offensives.
         -  le "pacifisme économique", des économistes utilitaristes, anglo-saxons notamment, favorables au libéralisme et souvent opportuniste.
         - le "pacifisme juridique" qui ancre de plus en plus, progressivement, de manière multi-séculaire dans des institutions la théorie du "droit naturel" et du "droit des gens". La criminalisation progressive de la guerre, favorisée par l'impérialisme anglo-saxon est considérée par nom de conservateurs, notamment allemands, comme une mystification.
             - le "demi-pacifisme" du "communisme" et du socialisme marxisme qui en fait une matrice de la guerre idéologique contre le capitalisme. Il est du même ordre que l'anti-militarisme anti-bourgeois pour une fraction importante des tenants de la révolution marxiste.

     Jean DEFRASNE dans son petit livre "Le pacifisme" ne réfute pas une telle classification, mais l'enchaînement historique des événements est si complexe que l'on trouve des pacifismes mêlés à presque toutes les tendances idéologiques, des royalistes aux républicains, des démocraties aux dictatures... C'est dans les réalités telles qu'elles se sont mises en place que les pacifismes trouvent leurs expressions, plus que dans les écrits des philosophes. C'est face d'ailleurs aux réalités et aux conséquences de tout ordre des guerres que se sont développés et affirmés des états d'esprits de moins en moins guerriers ou de plus en plus pacifiques, voire pacifistes...
       Sans aucun doute, les pacifismes ne trouvent leurs meilleures justifications qu'en regard des valeurs des acteurs qui les incarnent, des projets de société qu'ils entendent défendre. C'est en regard de leurs conceptions sur la justice et la liberté notamment que l'on mesure les vérités qu'ils renferment. On peut penser que les pacifismes se conjuguent à l'humanisme, au cosmopolitisme, au socialisme, au fédéralisme, plutôt qu'au nationalisme ou au libéralisme, mais seules les réalités concrètes nous montrent leur vérité. L'avenir seul dira, avec l'action de tous les membres de l'humanité, si la paix n'est qu'une idée.

  Jean DUFRASNE, Le pacifisme, PUF, collection Que sais-je?, 1995
  Yves SANTAMARIA, Le pacifisme, une passion française, Armand Colin, 2005

                                                                                                             PAXUS
         
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