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30 juin 2008 1 30 /06 /juin /2008 09:03
   
      Après avoir examiné la logique interne des religions face au conflit, voyons ce qu'il en est compte tenu des nombreuses études anthropologiques et sociales entreprises.
   
    La proclamation fréquente de la neutralité religieuse des religions face au conflit entre les groupes politiques et sociaux (préférence pour le rassemblement de l'Eglise ou de l'Umma) - ce qui ne les empêche pas de souvent développer deux versions, l'une exotérique (pour tout le monde), l'autre ésotérique (faite pour et par des groupes précis) de leur doctrine  - n'est pas générale et est toujours fallacieuse.
 Quand le judaïsme se proclame religion de Juda, elle englobe d'abord uniquement des Juifs, mais quand on connaît le bigarrement de la Palestine à l'époque de sa création, il est permis de douter de sa vocation à représenter un peuple homogène. Quand le christianisme se proclame universel dans son amour du prochain, il n'hésite pas à proclamer des Croisades pour reprendre Jerusalem.
     
        En fait, une religion possède une influence sur la politique selon trois modes différents (Henri DESROCHES) :
             - attestataire, elle légitime le statu quo, l'ordre établi, et joue comme facteur d'intégration à la société existante et à l'adhésion au groupe dominant ;
             - contestataire, elle s'oppose à une tradition jugée caduque, lutte contre une évolution interne à la société, que cette évolution soit favorable ou défavorable à certains groupes sociaux déterminés ;
               - protestataire, elle peut aller de la sécession à la subversion des institutions officielles. cela va de l'exil volontaire d'un groupe social à la conquête des esprits pour une domination politique par un ensemble précis de populations.

       Le conflit doctrinal traverse toutes les religions et constitue l'indice, mais non la cause ou l'effet,  d'une implication de ces religions dans l'ensemble des conflits d'une société et entre sociétés différentes. il porte souvent sur un élément personnel, comme par exemple dans le bouddhisme.
"Inutile de dire que le conflit doctrinal est une dimension fondamentale du système, et qu'il ne faut nullement essayer de l'interpréter en recourant à une clé économique ou sociopolitique. Quel que soit son enjeu, le "programme" religieux précède le "jeu", la mise en oeuvre dans l'histoire humaine, et se perpétue en termes religieux ; ses conséquences sur d'autres sous-systèmes qui forment l'histoire sont incalculables et le plus souvent inattendus.
Le système des sectes u Hinayana est compliqué, et plusieurs maillons nous manquent pour le reconstituer. Cependant, il existe une dichotomie fondamentale, tout comme dans autres religions (jaïnisme, christianisme et islam), entre une tradition "pauvre" et une tradition "riche", entre une  tendance entropique et une tendance transcendantale. La première accentue la dimension humaine du fondateur ; la seconde sa dimension divine.(...). Le premier schisme dans le boudhisme (...) concerne la qualité de l'arhat (le postulant au bout du chemin de la libération), libéré ou exposé à la souillure.(...) Les deux partis trouvent un seul compromis parmi cinq points en litige, mais la communauté se scinde sur la question impossible à trancher de la pollution nocturne (au sens sexuel, notez-bien) des arhats, la majorité du samgha soutenant que l'arhat peut être séduit en rêve par les déesses, alors que les Anciens s'opposent à cette idée." (Mircea ELIADE)

      Les raisons pour lesquelles, dans les conflits de doctrines et plus généralement dans les conflits des religions, l'une triomphe de l'autre ne relèvent pas du fait que les dieux ou Dieu soit avec elle, à moins précisément d'avoir la foi... et de ne pas se poser de questions (anthropologiques ou sociales).
  Le développement du confucianisme en Chine (religion d'Etat jusqu'en 1911) correspond à l'expansion de l'Etat et favorise la patience du fonctionnaire plus que les élans du militaire.
"Le confucianisme n'assigne à l'être humain aucun autre but que celui de parfaire son humanité en remplissant ses devoirs selon ce qui est propre et correct : le père doit être père et le fils doit être fils.
"En effet, la société humaine doit être réglée par un mouvement éducatif qui part d'en haut et qui correspond à l'amour paternel (pour un fils) et un mouvement de révérence qui part d'en bas et qui équivaut à la piété filiale, seul devoir confucéen dont le caractère absolu semble porter une empreinte quasi passionnelle. Enfreindre la règle de la piété (envers sa famille, son chef, sa patrie, son empereur, etc.) c'est la seule définition du sacrilège selon le confucéen. Il est évident qu'une telle idéologie paternaliste peut dégénérer plus facilement que d'autres en une obéissance aveugle aux intérêts d'un Etat totalitaire". (Mircea ELIADE)

     La marche d'une vivilisation est ponctuée de conflits qui intéressent à la fois des aspects moraux (personnels) et des aspects socio-politiques (collectifs) et la forme évoluante de la religion constitue souvent un lieu entre ces deux catégories d'aspects.
   Les conflits séculaires entre sédentaires et nomades, entre chasseurs et cultivateurs, portent une marque religieuse, simplement parce qu'avant la sécularisation, il n'y a pas tout bonnement de différences entre l'ordre surnaturel et l'ordre naturel.
   L'étude des mythes et des conflits dans les sociétés traditionnelles éclaire leurs liens.
 "Pour la plupart des conflits relatés dans les mythes, il existe la possibilité d'évoquer des événements historiques qui s trouveraient être à leur origine. On a pu, par exemple, interpréter la victoire de Mardouk sur Tiamat comme la transposition sur le plan mystique de l'avènement de la civilisation urbaine et du pouvoir des hommes sur l'ancienne civilisation néolithique aux traditions matriarcales. Dans cette optique, Tiamat symbolise la "Grande Mère", la déesse de la fertilité qui régissait l'univers dans les premier temps de l'agriculture" (Pierre CREPON)
   Deux catégories de mythes sont mises en évidence : les mythes de la création du monde, liés aux origines des peuples, et les mythe eschatologiques, liés aux destinées de ces mêmes peuples. Les études de René GIRARD des mythes de création du monde et des sacrifices, comme des rites qui les remémorent constamment, permettent de voir l'entreprise de maîtrise de la violence à l'intérieur des groupes sociaux. Les études des mythes eschatologiques montrent la projection mentale du groupe dans l'avenir, et partant du rôle de son dieu dans la fin du monde.
 "Ces prophéties sont en général de type apocalyptique, et elles laissent souvent la place à l'apparition d'un Sauveur dont l'arrivée sera le signe de la fin des temps. Lors des époques difficiles, une telle mythologie eschatologique et capable de servir de catalyseur à des entreprises débouchant sur la violence."(Pierre CREPON). Elles servent souvent de motivations pour la lutte contre d'autres groupes sociaux pour la gloire de Dieu ou des dieux.
Paix à l'intérieur, guerre à l'extérieur, les religions semblent le creuset de l'unité et de l'énergie conquérante des peuples.

     Les buts des créateur des livre sacrés, dans une lecture marxiste du rôle des religions, peuvent se révéler à une exégèse serrée des textes et à la connaissance du contexte de leur rédaction. Ainsi AL-ASSIOUTY mène un ensemble de recherches comparatives, peu connues, entre Bible et Coran notamment.
 "La propriété privée des moyens de production se cristallise avec l'élevage et la haute agriculture, par rapport au bétail et à la terre. La propriété privée du bétail est complète et parfaite, elle s'étend aux esclaves, hommes et femmes, et comprend les autres biens meubles, les produits de l'industrie artisanale et les métaux précieux. Tel est le cas des tribus vivant principalement d'élevage : Aryens de l'Inde, Grecs homériques, premiers Romains. En sus du bétail, la terre, chez les peuples sédentaires, pratiquant la haute agriculture, forme aussi l'objet de la propriété privée, chez les Indiens, les Grecs et les Romains, comme chez les Arabes sédentaires des oasis."
"Les Livres Sacrés ont un rôle précis, ils sont formulés pour apposer le cachet de la religion sur les besoins des classes supérieures au pouvoir, afin d'être à même de mieux exploiter les classes subjuguées. Cela ressort clairement par l'examen des règles juridiques que comprennent les Livres Sacrés et les intérêts protégés par ces règles, qui sont les intérêts des classes possédantes au pouvoir, au détriment de la masse du peuple et des esclaves. L'injustice humaine est imputée à la justice divine.
C'est l'ère de l'aristocratie militaire : aristocratie, parce que le pouvoir réel est exercé par une classe privilégiée, généralement héréditaire ; militaire, parce que cette aristocratie vise à l'organisation des forces armées de la société, afin de provoquer des guerres ayant pour but la rapine. La religion approuve la guerre agressive, les prêtres de chaque tribu portent en guerre l'arche de Yahvé ou les idoles des dieux afin d'assurer la victoire. L'appât du butin active les guerres atroces d'extermination et de capture, le prêtre-roi, ses chefs et ses religieux obtiennent la meilleure part du butin : or et trésors, chevaux de races, belles femmes.
Le brigandage, organisé dans les Livres Sacrés, devient l'institution dominante de la civilisation." (AL-ASSIOUTY)

     Ce sujet des relations entre conflits et religions ne peut évidemment pas avoir ici sa conclusion. Considérons ces trois articles comme une amorce de réflexions plus précises.

     Sous la direction de Geoffrey WIGODER, Dictionnaire encyclopédique du judaïsme, Cerf/Robert Laffont, 1996; Sous la direction de Mohammad Ali AMIR-MOEZZI, Dictionnaire du Coran, Robert Laffont, Bouquins, 2007; Sous la direction de Jean-Yves LACOSTE, Dictionnaire critique de théologie, PUF, Quadrige, 1998; Kurt FRIEDRICHS, Ingrid FISCHER-SCHREIBER, Franz-Karl ERRHARD, Micael DIENET, Dictionnaire de la sagesse orientale, Robert Laffont, Bouquins, 1989; Sous la direction de Philippe GAUDIN, La violence, Ce qu'en disent les religions, Les éditions de l'atelier/Les éditions ouvrières, 2002; Michel DOUSSE, Dieu en guerre, La violence au coeur des trois monothéismes, Albin Michel Spiritualités, 2002; Claude RIVIERE, Socio-anthropologie des religions, Armand Colin, Cursus, 2003; Pierre CREPON, Les religions et la guerre, Albin Michel, Espaces libres, 1991; Sarwat Anis AL-ASSIOUTY, Civilisations de répression et forgeurs de livres sacrés, Letouzé & Ané, 1995; Mircea ELIADE et Ioan COULIANO, Dictionnaire des religions, Plon, Agora, 2001

                                                                                                
                                                                                                                            RELIGIUS
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27 juin 2008 5 27 /06 /juin /2008 16:19

   Tout d'abord, on ne peut pas faire l'économie d'une définition des dépenses militaires, qui ne sont pas plus seulement des dépenses de guerre que des dépenses d'armements.
  La dimension du secteur militaire varie selon les périodes (guerre, paix, crise, tension internationale...). Ses limites et ce qu'il englobe sont généralement imprécis, même dans les études spécialisées.
Par l'expression "dépenses militaires", on désigne habituellement :
    - le personnel civil et militaire (y compris les forces de réserve) employé dans les armées;
    - l'achat des matériels nécessaires à ces armées (armements bien sûr, mais aussi véhicules de tout genre, éléments informatiques... )
    - les dépenses d'opération et d'entretien : manoeuvres, casernement, stockage et entretien de matériel;
    - les constructions d'installations militaires;
    - la recherche-développement (recherche fondamentale et appliquée, mise au point et amélioration du matériel);
    - la fabrication des armements et du matériel militaire.
A cela, il convient d'ajouter :
    - les forces para-militaires, leur entretien et leur formation (que ce soit de matière directe ou indirecte, par l'appel au mercenariat);
    - la défense civile;
    - le stockage des produits stratégiques;
    - les usines d'armement en réserve;
    - l'aide militaire à l'étranger.
  Cette double énumération montre que la frontière entre les secteurs civil et militaire est souvent arbitraire. Elle tente simplement de tenir compte des différents modes de comptabilisation qui varient selon les pays, encore de façon importante, malgré les efforts d'organes spécialisés des Nations Unies. C'est d'ailleurs pourquoi les organismes internationaux intéressés par ce type de problème fournissent des chiffres différents.

        Déjà les difficultés d'évaluation des dépenses militaires existaient en Grèce ancienne, si l'on s'en réfère aux études d'Yvon GARLAN. Les données sont certes imprécise pour savoir comment les bons comptes pouvaient faire les bons alliés dans les fréquentes guerres grecques, mais, comme le prouve les clause d'"économie symmachique" contenues dans les traités d'alliance, c'était un source de préoccupations de la part des Cités, et aussi, on s'en doute, une source de conflits futurs. Le partage entre alliés des profits de guerre faisaient l'objet de calculs minutieux, compte tenu des forces engagées et des sollicitateurs de l'alliance, et sans doute des appétits des Cités engagées dans un conflit, ce que l'on appelle aujourd'hui joliment des buts économiques de guerre. Esclaves, biens des cités vaincues, partage des ports et liberté de navigation et de pêche, octroi d'une partie aux dieux et aux lieux saints, comptaient en face des vivres, des hommes et des armes fournis par l'une ou l'autre des Cités. Vu la fréquence des guerres, et malgré l'imprécision involontaire ou volontaire de ces "comptes", les biens et les esclaves mis en mouvement par ces guerres ont eu certainement une grande influence dans l'ensemble de l'économie.

        De nos jours, les études économiques, et même économétriques, se sont multipliées sur les relations entre activités militaires et économie. Selon Véronique NICOLINI, auteure d'une étude sur l'impact macro-économique et régional des dépenses militaires, dans la revue du Centre d'études en sciences sociales de la défense, qui dépend du ministère français de la défense, écrit que les effets des dépenses militaires sur l'activité économique demeure "un champ encore peu défriché où beaucoup d'approches théoriques, méthodologiques et empiriques sont encore à constituer." C'est sa conclusion d'une étude sur les différentes approches de ces effets : "modèle de demande", "modèles d'offre", modèles macro-économique et modèles régionaux. Nous aurons bien sûr à revenir sur les résultats de la mise en oeuvre de ces différents modèles comme de leur théorie. On peut dire ici seulement que les simulations des modèles macro-écononométriques soulignent l'impact négatif à court terme d'une réduction des dépenses militaires sur la croissance économique en raison de la baisse directe de la demande en fournitures à objet militaire. Mais çà long terme, avec le soutien de programmes de reconversion des hommes, des matériels et des sites, cette réduction peut être profitable à tous par le transfert des ressources du secteur lié à la défense au secteur civil. Cette conclusion, écrite en 2000, dans la période où l'on attendait les fruits de la fin de la guerre froide, pour intéressante qu'elle soit, n'évite pas de ce poser des questions fondamentales sur le type de croissance favorisé par les dépenses militaires, et bien entendu plus largement du type de société.
      Ce qui est certain, c'est que le poids de ce que le Président EISENHOWER appelait, à la fin de son mandat, le complexe militaro-industriel, surtout depuis le début du XXème siècle (sans préjuger du poids des dépenses de guerre des époques précédentes), possède une incidence multiple sur l'économie.

 Yvon GARLAN, Guerre et économie en Grèce ancienne, La découverte/poche, 1999. Véronique NICOLINI, Quel est l'impact macro-économique et régional des dépenses militaires?, Les forums de C2SD, du Centre d'études en sciences sociales de la défense, 2000. A noter que beaucoup de textes de ce Centre sont disponibles sur Internet, gratuitement (service public) : www.c2sd.defense.gouv.fr.

                                                                                                                ECONOMIUS

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26 juin 2008 4 26 /06 /juin /2008 15:00

    Peu fréquentes sont les études historiques sur les relations entre l'économie et la guerre, une grande raison pour saluer cet ouvrage massif sur les buts de guerre économiques de la Première Guerre Mondiale. S'appuyant sur des documents des puissances participantes à la Grande Guerre, sur les archives gouvernementales et administratives de l'Allemagne, de la France, de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis notamment, l'auteur s'est attaché à une approche multilatérale - c'est-à-dire non seulement en partant des buts de guerre de chaque pays, mais également de l'effet de miroir entre buts de guerre des puissances en guerre.
Georges-Henri SOUTOU, agrégé d'histoire et professeur d'histoire contemporaine à l'université de Paris-IV-Sordonne, spécialiste des relations internationales au XXème siècle, a établi une chronologie serrée des évolutions de buts économiques de guerre de chacun des pays et des alliances en mouvement. En 6 partie qui vont des projets de Mitteleuropa à la mise en place des projets alliés, jusqu'à l'armistice et au traité de Versailles, ce livre a le mérite, tranchant avec l'attention un peu trop grande donnée à la question des réparations, de montrer les diverses préoccupations contradictoires, y compris à l'intérieur de l'Allemagne et de la Grande-Bretagne par exemple, y compris entre les grandes entreprises, les banques et les chambres économiques, également.... On comprend mieux, entre autres, comment s'est établie la relation privilégiée entre Grande-Bretagne et Etats-Unis, comment les visées françaises sur la Belgique, la Ruhr... ont gardé leur permanence. Comment aussi la victoire des Alliés fut aussi celle du libéralisme d'alors. Pour qui veut poursuivre dans la voie des études historiques et économiques sur cette période, une abondante bibliographie existe en fin d'ouvrage.
   
      L'ouvrage est présenté par l'éditeur de la manière suivante : "Désordres monétaires, politiques nationales de l'industrie et de l'énergie, regroupement économiques, questions douanières... Les hommes qui ont mené la Première Guerre mondiale ont découvert ces problèmes, et les solutions qu'ils ont tenté de leur apporer ont façonné le XXe siècle. L'économie d'aujourd'hui plonge ses racines dans leur action.
En effet, le conflit a été aussi une guerre économique. Non seulement pendant les hostilités proprement dites, par la lutte industrielle et le blocus, mais aussi en vue de l'après-guerre, par la mise au point de véritables buts de guerre économiques, lesquels tracent dans chaque camp un avenir bien défini. Pour les Français, les Britanniques et les Américains, démocratie politique et libéralisme économique vont de pair. Pour l'Allemagne et ses alliés, la priorité, tout au moins au début, est la construction en Europe centrale (le Mitteleuropa) d'un bastion qui serait en même temps le conservatoire d'une expérience originale à mi-chemin entre l'Ancien régime et les temps nouveaux. La victoire des Alliés sera celle du libéralisme. Le libéralisme prévaut aussi en Allemagne même, et pas simplement sous le choc de la défaite : les milieux dirigeants s'aperçoivent progressivement que leurs véritables besoins et aspirations sont finalement mieux pris en compte par le libéralisme que par l'ordre voulu par Bismark. Contrairement aux idées reçues, le traité de Versaille n'est pas seulement une paix politique et territoriale, mais comporte un projet industriel et commercial. Celui-ci résume les buts de guerre économique des Alliés et les faits triompher."
On peut juste regretter, mais cela peut aisément s'expliquer, la faible présence des Russes dans cette étude, l'absence du point de vue russe avant 1917 et du point de vue soviétique après 1918. Beaucoup d'archives sans doute ont été détruites dans la Révolution bolchévique.

   Georges-Henri SOUTOU est aussi l'auteur de L'Europe de 1815 à nos jours (PUF, 2007), La Guerre de cinquante ans (Fayard, 2001) et de L'Alliance incertaine - Les rapports politico-stratégiques franco-allemands (1954-1996) (Fayard, 1996).
   

    Georges-Henri SOUTOU, L'or et le sang, Les buts de guerre économiques de la Première Guerre Mondiale, Librairie Arthème Fayard, 1989, 963 pages.
Complété le 4 juillet 2012
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25 juin 2008 3 25 /06 /juin /2008 16:36

    Ce livre, paru en 1972, est en fait le rassemblement de textes écrits par Friedrich ENGELS (1820-1895), co-fondateur du marxisme, dans plusieurs ouvrages qui ont en cmmn d'avoir pour sujet direct la violence.
   
       D'emblée, Gilbert MURY, qui a rassemblé ces textes, dans une longue introduction, donne le ton.
"Or, le point le plus important de la définition marxiste de l'Etat, telle que la formule ENGELS, c'est que le pouvoir politique reflète une structure sociale donnée, un certain ensemble de rapports entre les classes, et, en particulier, entre exploiteurs et exploités. Ce qui compte, c'est beaucoup moins le nom ou la clientèle de l'homme ou du parti chargé de gérer les affaires publiques, que le fonctionnement de l'appareil bureaucratique, économique, policier, militaire. Cet appareil ne peut pas être transféré tel quel, sans changement d'une classe dominante à une autre classe dominante. Il est nécessaire de le briser pour en reconstruire un autre, approprié à de nouvelles fonctions."
"L'Etat est donc bien un chien de garde dont l'importance, les activités, le nombre des fonctionnaires changent au même rythme que les besoins des exploiteurs (...). Comme il est la violence organisée, fonctionnelle, solidifiée, il ne peut, en règle générale, être renversé que par la violence des masses, par l'assaut militant du peuple armé. Et tant qu'il subsiste, l'Etat bourgeois évolue, se transforme, prolifère au point de ses changer en un corps monstrueux."
 "Tant que le prolétariat a besoin de l'Etat, disait-il (ENGELS), c'est pour la répression et non pour la liberté. LENINE rappelait la réponse d'ENGELS aux anarchistes qui voulaient supprimer toute autorité, tout pouvoir d'Etat : "Ces messieurs ont-ils jamais vu une révolution? Une révolution est à coup sûr, la chose la plus autoritaire qui soit. C'est un acte par lequel une partie de la population impose à l'autre partie sa volonté à coup de fusils, de baïonnettes et de canons, moyens autoritaires, s'il en fut. Force est au parti vainqueur de maintenir par la crainte sa domination, crainte que ses armes inspirent aux réactionnaires." (LENINE, l'Etat et la révolution).
    Comme le mentionne Gilbert MURY, il n'existe pas de définition de la violence chez Friedrich ENGELS et Karl MARX. Ce qui importe, car "le marxisme rencontre sans cesse sur sa route les non-violents qui, par certains aspects de leur action, se veulent ses alliés,(...) c'est de montrer l'actualité de la théorie de la violence élaborée par ENGELS; reprise et approfondie par LENINE et de nos jours par MAO TSE-TOUNG." LABICA-BENSUSSAN, dans leur Dictionnaire Critique du Marxisme donne une interprétation plus nuancée du rôle de la violence dans le marxisme.

    Le livre est divisé en 5 parties, outre cette Introduction : Les racines économiques de la violence; Violence de classe; La violence institutionnelle; Histoire de la violence et Dialectique de la violence, suivant en cela les sources des textes rassemblés.

     Les textes de la première partie, intitulés par ENGELS lui-même "Théorie de la violence" sont tirés des chapitres II, III et IV de la deuxème partie de l'Anti-Dühring, paru en 1878.
 Centrés sur la polémique contre Eugen DÜHRIN (1833-1921), philosophe anti-sémite et économiste apprécié des socialistes allemands, qui prétend faire reposer le développement de la société sur la politique et sur la violence, ces textes combattent notamment sa fable autour de Robinson Crusoé et Vendredi.
"L'asservissement de l'homme, quelles qu'en soient les modalités, exige que le dominateur ait entre les mains les instruments de travail grâce auquel il deviendra possible de tirer profit du dominé. Et, lorsqu'il s'agit d'une société esclavagiste, il faut en outre que le maître détienne les moyens de subsistance indispensable pour nourrir l'esclave. Il est donc nécessaire qu'il soit possesseur d'une richesse supérieure à la moyenne. Quelle est l'origine de ces richesses? Il va de soi qu'elles peuvent être le fruit d'une agression et reposer sur la violence, mais qu'elles peuvent tout autant être le fruit du travail ou d'un vol ou d'échanges commerciaux ou d'une escroquerie. Encore faut-il que le travail qui les ait produites avant qu'elles puissent être dérobées au prix d'une agression."
  ENGELS entend démontrer que ce sont des forces économiques que l'autorité politique tire son origine et son développement. "Nous savons donc quel a été les rôle historique de la force dans le progrès économique. Toute autorité politique tire son origine d'une fonction économique de la société. Elle se développe dans la mesure où la dissolution de la communauté primitive transforme les membres de la société en producteurs privés dont les tâches sont de plus en plus nettement différentes de l'administration et des fonctions générales de la société. Par la suite lorsque l'autorité politique est devenue indépendante de la société et de servante est devenue maîtresse elle peut exercer son action dans deux directions. ou bien elle intervient dans le sens et dans la direction du progrès économique continu. En pareil cas, elle n'entre pas en contradiction avec lui et le progrès économique s'accélère. ou bien, elle s'oppose au développement et dès lors, à peu d'exceptions près, elle doit régulièrement céder la place devant le progrès économique.".

    La deuxième partie "Violence de classe" rassemble des textes répartis en plusieurs tronçons : La classe la plus vile!; Idéologie bourgeoise et violence de classe; Les grandes villes; Le système de la fabrique; Une guerre à mort; La violence ouvrière; La haine de classe. Ils sont issus de "La situation du prolétariat en Angleterre" (1845) et de "La Gazette de Cologne et la situation en Angleterre" (1848).
  Cette partie développe la thématique de la violence économique exercée sur la classe ouvrière, de son idéologie (qui stigmatise les pauvres, les chômeurs, population excédentaire - tiens, ça rappelle quelque chose...), et de sa législation (Les nouvelles lois sur les pauvres qui leur suppriment tout secours en argent et en nature, et qui mettent en place en 1834, les Maisons de Travail). Le résumé de Gilbert MURY en donne une résonance actuelle.
 "ENGELS montre alors que la violence de classes s'exerce par des moyens qui, en apparence, échappent à la volonté de l'homme. Il dénonce en termes violents la pollution des grandes villes et les maladies qu'elle entraîne. Il souligne que les conditions de logement et d'alimentation favorisent la maladie sous toutes ses formes. Et il en vient à l'alcoolisme (...) La bourgeoisie a créé les conditions qui rendent l'alcoolisme nécessaire. Elle n'hésite pourtant pas à critiquer les ouvriers qui s'y adonnent. Puis ENGELS en vient à un sujet qui lui est cher : la mortalité des enfants et des adultes (...). ENGELS souligne que rien n'est fait pour assurer l'éducation intellectuelle et morale des enfants et des adultes. Il s'en prend violemment aux tentatives hypocrites des diverses églises pour intervenir en offrant un faux-semblant de formation. Il insiste à nouveau sur le fait que les travailleurs sont réduits à une condition animale et ne peuvent retrouver leur humanité qu'au moment où ils éprouvent de la haine contre la classe dominante. Et ENGELS dénonce l'indignation hypocrite du bourgeois devant les vols commis par des ouvriers.".
    A cette violence capitaliste s'oppose une violence ouvrière, émeutes et insurrections, grèves et bris de machines.

     Dans la partie "La violence institutionnelle, tiré pour sa première subdivision de "L"origine de la Famille, de la Propriété Privée et de l'Etat (ENGELS, 1884) est expliquée surtout la fonction de l'Etat . A travers l'histoire d'Athènes est expliquée la manière dont l'Etat se forme en parallèle du développement économique et de l'oppression familiale.
    Dans une deuxième subdivision, il s'agit de l'existence de l'Etat bourgeois et des conditions nécessaires à l'instauration de la dictature du prolétariat. Les en-têtes des extraits ici rassemblés, provenant de diverses sources, parlent d'elles-mêmes : L'Etat contre la liberté; Une trahison bourgeoise : le culte de la légalité (à propos des combats des 18 et 19 mars 1848 dans les rues de Berlin); La révolution nécessaire (contre PROUDHON); Une insurrection ouvrière : Juin 1848 (de la Nouvelle Gazette Rhénane); Voie violente et voie pacifique (Texte qui conçoit la voie pacifique en France et en Angleterre, mais la rejette en Allemagne); L'Etat et les paysans; La Commune et la dictature du prolétariat (1870, tiré de "La guerre civile en France de Karl MARX); Nécessité de la dictature du prolétariat; Polémique avec les anarchistes, Marxisme et anarchisme (contre BAKOUNINE); En marge de la révolution, un coup d'Etat; En marge de l'Etat : contrainte et vie privée : le mariage bourgeois (critique de la société patriarcale).
    Il est intéressant de s'arrêter à deux petits chapitres, Nécessité de la dictature du prolétariat et En marge de la révolution, un coup d'Etat.
Sur la nécessité de la dictature du prolétariat : "La société en s'appropriant les moyens de production met un terme, non seulement aux entraves artificielles qui paralysent celle-ci de nos jours, mais aussi au fait que le processus de production est actuellement inséparable du gaspillage et de la destruction des forces productives et des produits : ce scandale atteint son paroxysme durant les crises. En abolissant le luxe et la prodigalité insensée des classes aujourd'hui au pouvoir et de leurs représentants politiques, la socialisation rend disponible pour la communauté une masse des moyens de production et de produits."
Sur En marge de la révolution : un coup d'Etat, il s'agit d'un texte de 1851 Où ENGELS fustige les ralliés à Louis-Napoléon en France : "Même la violence réactionnaire peut avoir un jour le mérite de révéler, dans leur  nullité grotesque les personnages qui prétendaient jouer un rôle démocratique sur le devant de la scène", introduit Gilbert MURY.

    La partie Histoire de la violence ne traite en fait que de l'instauration par BISMARK du nouvel Empire allemand en 1871 et de l'échec de l'installation d'une classe moyenne bourgeoise entre la classe ouvrière et la classe aristocratique. Ce texte d'ENGELS n'a pas été terminé.

   Au début de la dernière partie, Dialectique de la violence, Gilbert MURY place un extrait de l'introduction d'ENGELS à l'Anti-Dühring, "La pensée dialectique est née des luttes sociales.
  Après le rappel de l'émergence du mouvement des Lumières et de la mise à bas de l'Ancien Régime, ENGELS critique la position de la bourgeoisie française triomphante de 1789.
 "Enfin le jour se levait : l'univers du préjugé, de la superstition, de l'injustice, du privilège allait maintenant s'évanouir devant la vérité éternelle, la justice, l'égalité, les droits absolus de l'Homme.
Nous n'ignorons plus désormais que cette souveraineté de la Raison se réduisait au règne idéalisé de la bourgeoisie, que la justice éternelle s'inscrivait dans les faits sous forme de justice bourgeoise, que l'égalité se limitait à l'égalité devant la loi, que les droits fondamentaux de l'homme se ramenaient au droit de propriété, que l'Etat idéal défini par le Contrat Social de Rousseau s'incarnait nécessairement en fait dans une république démocratique bourgeoise. Les grands penseurs du XVIIIème siècle ne pouvaient pas franchir les limites que leur époque leur imposait. Mais, à côté du conflit entre aristocratie féodale et bourgeoisie, s'affirmait une contradiction globale entre exploiteurs et exploités, entre riches oisifs et travailleurs pauvres. C'est d'ailleurs cette situation qui a offert aux porte-parole de la bourgeoisie l'occasion de se présenter en champions non d'une classe, mais de toute l'humanité souffrante. En outre, dès l'origine, la bourgeoisie portait en elle-même sa propre négation.".
Une doctrine nouvelle (MORELLY, MABLY, SAINT SIMON, FOURIER et OWEN sont tour à tour invoqués) demande non seulement les droits politiques, mais aussi des droits sociaux et économiques pour les travailleurs. ENGELS entend faire du socialisme une science dialectique, qui prennent en compte les contradictions internes du capitalisme, une science qui montre la complexité d'actions et de réactions entre les composantes de la société, qui baignent tous dans un monde économique en transformation. Sur le terrain des luttes de classes, l'accumulation des changements économiques quantitatifs se traduit par des événements qualitatifs, politiques, c'est-à-dire, écrit Gilbert MURY, "situés dans le domaine de l'Etat, donc de la violence". Les révolutions se situent à des points nodaux où la quantité se change en qualité, où par exemple, l'accumulation des contradictions économiques de l'Ancien Régime débouche sur une crise violente marquée par une attaque générale contre le pouvoir politique de la noblesse. De même, l'accumulation des contradictions économiques des sociétés capitalistes doivent nécessairement déboucher sur une autre crise violente marqué par une attaque généralisée contre le pouvoir politique de la bourgeoisie.
   Gilbert MURY place ensuite à la fin de ce livre deux autres textes regroupés dans "Violence animale et Violence humaine" (L'Origine de la famille... ) et "Violence et besoin" (Dialectique de la nature et Correspondance avec LAVRON en 1875). Ces textes, tout en critiquant les thèses de DARWIN (mal comprises d'ailleurs), se situent dans une perspectives évolutionnistes où la violence prend une place importante.

        ENGELS, dans ses textes, réplique fortement à DÜHRING que la violence n'est pas "la cause décisive de l'état économique". Car la violence suppose au préalable des conditions dont la plupart, prépondérantes, sont économiques. Pour ENGELS, toute l'histoire vérifie cette règle. A chaque fois qu'une étape historique est franchie, ce n'est pas grâce ou à cause de la violence, ce sont les facteurs économiques qui remplissent la fonction déterminante.
        "ENGELS expose la thèse suivante : une fonction économique de caractère social produit la violence politique, celle-là acquiert une certaine autonomie, elle devient de servante maîtresse; deux types d'action peuvent alors s'ensuivre : ou bien la violence s'exerce dans le sens de l'évolution économique normale, elle l'accélère, ou bien elle agit à contresens, elle est tôt ou tard balayée par le développement économique. Dans le premier cas, la violence est proprement révolutionnaire, elle est l'accoucheuse de toute vieille société qui en porte une nouvelle dans ses flancs ou l'instrument grâce auquel le mouvement social l'emporte et met en pièce des formes politiques figées et mortes. ENGELS évoque expressément MARX et son analyse de la genèse du capitalisme industriel à l'appui de sa thèse. MARX avait écrit à propos des différentes méthodes d'accumulation primitive que l'ère capitaliste fait éclore : quelques unes de ces méthodes reposent sur l'emploi de la force brutale, mais toutes sans exception, exploitent le pouvoir de l'Etat, la force concentrée et organisée de la société, afin de précipiter violemment le passage de l'ordre économique féodal à l'ordre économique capitaliste et d'abréger les phases de transition. Et en effet, la force est l'accoucheuse de toute vieille société en travail. La force est un agent économique." (Dictionnaire Critique du Marxisme). LABICA-BENSUSSAN semble dans un premier temps reprendre l'enchaînement du raisonnement de Gilbert MURY, interpréte de ENGELS par le rassemblement des textes qu'il fait dans ce livre.
     Mais contrairement à l'idée reçue que la violence est le moteur de l'histoire, contrairement aussi aux première idées de jeunesse de MARX et d'ENGELS appuyant le recours à la violence (voir le Manifeste du Parti Communiste, 1848), ils n'en ont d'abord jamais fait la panacée, l'un comme l'autre ont poursuivi leurs réflexions à partir de l'expérience des révolutions de 1848 et de la Commune de Paris de 1870. Ils en ont fait une critique décisive. Outre le fait que la violence vise le pouvoir d'Etat qui ajuste son appareil répressif au fur et à mesure de sa propre "expérience" des luttes ouvrières, l'emporter sur celui-ci et installer un nouveau pour d'Etat va à l'encontre de l'objectif d'abolition des classes et de la dictature du prolétariat. Il ne faut pas confondre les intentions de MARX et d'ENGELS qui décrivent bien l'implacable logique des phénomènes économiques de grande ampleur historique que ne peuvent rivaliser les violences d'Etat ou d'ouvrier en armes, avec les logiques dites du marxisme-léninisme ou du maoisme postérieurs. On ne peut que conclure comme les auteurs du Dictionnaire Critique du Marxisme que l'histoire du "Communisme" à l'Est a hélas "prêté au marxisme la physionomie la plus terrible".

       Ce livre, par son absence de commentaires approfondis sur les dynamiques de la violence, peut donner l'impression que violence et marxisme sont liés dans un "mouvement de dialectique" comme on pourrait en mauvais marxisme... Le fait qu'il ait été publié au début des années 1970 n'excuse pas cette absence, car il y avait déjà eu, à Varsovie comme à Budapest, des drames qui aurait dû inciter à plonger davantage dans la logique des textes d'ENGELS. Une autre lecture de ces textes est sans doute possible, une lecture qui ne fasse pas la part belle aux continuateurs léninistes et maoistes, et pour cela rien ne vaut un premier conseil aux lecteurs : partir du texte d'ENGELS lui-même, de l'Anti-Dühring, pour se faire sans doute une autre idée de la Théorie de la violence....


             Friedrich ENGELS, textes présentés par Gilbert MURY, Union Générale d'Editions, 10/18, 1975 (1972), 434 pages. Sous la direction de Gérard BENSUSSAN et de Georges LABICA, Dictionnaire critique du marxisme, PUF, Quadrige, 1999.

                                                                                            SOCIUS                                     
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24 juin 2008 2 24 /06 /juin /2008 15:18

      Du côté des religions monothéistes (Islam, Chrétienté, Judaïsme), les choses changent quant au conflit car non seulement une vision du monde entre Bien et Mal est souvent introduite, mais le conflit entre les puissances d'en haut impliquent plus intimement les hommes jusqu'à les éclipser en faveur des relations humaines, et surtout l'eschatologie est au coeur de leur révélation : la lutte, la mort et la résurrection personnelle est étroitement liée à une morale.

             Pour le Judaïsme, le monde né dans la violence est entaché par le péché originel. Dès la Genèse (4, 1-16), un conflit entre frères se termine par un meurtre. Tout au long du texte de la Bible se retrouve cette faute d'un peuple sans cesse rappelé à l'ordre par un Dieu unique, jaloux et coléreux. Face aux autres peuples, le peuple de Dieu se voit offrir une Alliance par ce Dieu unique, en échange de son Obéissance à ses Lois. La tradition talmudique et l'exégèse juive médiévale, qui atténue la violence des textes bibliques, passe au crible d'une interprétation modératrice les motivations, l'application et la finalité de ces Lois. Même si la misère, la violence et la mort dans le monde ne peut venir que de l'homme lui-même, la prise de conscience de cette responsabilité constitue la voie privilégiée pour reconnaître Dieu, qui est justice.
    La tradition juive s'efforce de trouver cette voie en élaborant un ensemble jurdidique complexe qui mène le peuple juif vers la justice du Seigneur, remplissant ainsi les conditions de l'Alliance. Ce peuple balloté par les évènements, les cataclysmes naturels, les multiples invasions étrangères, ce peuple déporté, opprimé, exilé, persécuté au long des siècles par les autres peuples, il trouve son salut dans l'accomplissement de cette Alliance. Non dans l'établissement d'un royaume terrestre - courte expérience d'une gloire des armées - mais dans la découverte d'une Terre Promise gagnée par l'observation aux Lois.
    Les Dix Commandements préservent le peuple juif des travers des autres peuples, de l'idolâtrie de plusieurs dieux, de la luxure et du meurtre, et par là, donnent une vision négative du conflit, porteur de tant de malheurs. Les textes bibliques fourmillent à chaque étape de l'histoire de mises en garde sur la haine du frère contre le frère, du père contre le fils, de la mère contre la fille...
Mais la responsabilité du mal n'incombe pas au peuple juif. "La perspective biblique affirme sans ambiguïté possible la responsabilité divine dans l'existence du bien et du mal. (...)     A la différence du dualisme perse qui estime que le bien et le mal proviennent de sources différentes, la Bible affirme que le mal fait partie de la structure de la création divine. (...) Le mal, comme tout ce qui est fait par le Créateur, a une fin qui fait partie du projet de Dieu. (...) En même temps, la Bible reconnaît la difficulté de l'homme à comprendre l'existence du mal, et lui permet de s'exprimer pour protester contre la souffrance, la douleur et l'injustice dans le monde". "A la question de savoir pourquoi le mal frappe le juste et pourquoi les méchants reçoivent le bien, les sages proposent plusieurs réponses. La première est que les justes sont punis pour les péchés de leurs pères, alors que les méchants prospèrent grâce aux mérites de leurs pères. (...) Le Talmud met en cause cette réponse et en suggère une autre : lorsque le mal frappe le juste, c'est parce qu'il n'est pas complètement juste; et quand le méchant bénéficie du bien, c'est qu'il n'est pas complètement méchant. Contrairement à la Bible qui ne connaît pas la notion de récompense dans le monde à venir, les sages l'utilisent  pour répondre au problème de l'absence de justice dans ce monde. La souffrance qui est le lot des justes et le bien dont jouissent les méchants ne sont qu'une infime partie de la véritable sanction de leurs actions. L'essentiel de cette sanction n'étant dispensé à l'homme que dans le monde à venir." (Dictionnaire encyclopédique du Judaïsme)
        Même si par la suite, les éxégèses, MAÏMONIDE, dans le "Guide des égarés" entre autres, tentent de donner au mal également une responsabilité humaine pour ne pas en faire strictement un projet divin, on voit que le conflit n'est pas évoqué comme étant un problème relié à une cause autre que le tréfonds de l'âme humaine.
        On est très loin d'une condamnation des puissants qui abusent de leur puissance et des riches qui abusent de leur richesse. C'est l'avènement d'un monde à venir qui permettra de résoudre le problème de la souffrance du juste, opposée à la prospérité du méchant.
"Résultantes des interrogations soulevées par la récompense et le châtiment, celles posées par la notion de Résurrection inquiétaient les rabbins. Certains pensaient que cette Résurrection ne serait accordée qu'aux hommes vertueux tandis que d'autres affirmaient que les ultimes rétributions ou châtiments ne pourraient s'adresser qu'à ceux pourvus d'un corps et d'une âme (...) D'autres ne prêtaient à ces enseignements qu'une valeur purement symbolique".(Ibid)

             Le christianisme reprend cette perspective en y apportant des nuances de taille. Dans la prédication de Jésus relatée dans les Évangiles, l'accent est mis à maintes reprises sur l'éthique en ce monde. Pas seulement l'observance des Lois tel que l'enseigne le Judaïsme dont il est issu, mais aussi le primat de l'amour du prochain.
"Le Commandement de l'amour de Dieu est le plus grand et le premier, mais Jésus lui associe immédiatement, comme son semblable, le commandement de l'amour du prochain. En rappelant que l'amour est l'essentiel de la loi - dans un contexte où on tente de le mettre à l'épreuve - Jésus montre que sa doctrine ne se veut pas originale; mais il insiste sur l'actualisation, dans le coeur et dans la pratique, du sens déjà bien connu de "loi".
Ce recentrage de la loi sur l'amour entraîne des déplacements dans l'ordre des priorités éthiques. L'amour envers Dieu n'a de sens que s'il se traduit dans l'amour du prochain, qui est la pierre de touche de la justice. Ce n'est pas par le respect des préceptes cérémoniaux et cultuels qu'on honore Dieu, mais par le secours apporté à l'homme dans le besoin. L'homme sera jugé sur son amour pour son prochain, et surtout pour le plus petit. L'amour et les oeuvres de miséricorde qu'il suscite s'adressent à l'homme le plus démuni, le pauvre, le prisonnier, le malade et l'étranger. Le pardon doit aussi toucher ceux dont la conduite est jugée répréhensible : les publicains et les pêcheurs. Les grandes paraboles de la miséricorde montrent la gratuité du don et la joie qui l'accompagne. " (Dictionnaire Critique de Théologie)
    D'un autre côté, AUGUSTIN radicalise l'opposition entre l'amour de soi et l'amour de Dieu dans "La Cité de Dieu".
         A propos du conflit, la conception de la justice du christianisme, qui étend même la nécessité du pardon aux ennemis, trouve son illustration fondamentale dans le Sermon de la Montagne. Jésus introduit lui-même si l'on peut dire les commentaires séculaires postérieurs sur l'ordre du monde. De ces commentaires sortiront des conceptions plus ou moins radicales de la justice sociale, et partant des perceptions des conflits qui ne sont plus vus sous un aspect négatif comme auparavant. Le conflit, ou plutôt le cortège des malheurs qui l'accompagnent, est de moins en moins perçu comme un projet divin, et de plus en plus comme l'expression du comportement des individus et des groupes sociaux vis-à-vis des plus exposés aux malheurs terrestres. Le problème du mal se déplace d'un projet divin à la responsabilité des actes humains, et le processus de sécularisation ira de plus en plus loin dans ce sens. Le péché est devenu le problème de l'attitude de l'homme envers son prochain.
"La théologie politique en Europe et la théologie de libération  (...) ont volontiers recours au concept de péché structurel. Ce péché se situerait à peu près à mi-chemin entre les actes mauvais individuels et l'état général de l'humanité : nous sommes moralement et spirituellement prisonniers d'injustices spécifiques, inhérentes à la manière dont le pouvoir et la liberté économique sont répartis dans la société et l'oeuvre du salut suppose le refus de cet état des choses, et l'injonction d'avoir à le transformer." (Ibid)

       L'Islam, qui se conçoit lui-même comme la réorientation des révélations judaïque et chrétienne, fait de l'ordre surnaturel la même chose que l'ordre naturel sur Terre.
"Alors que dans la Bible le concept de création absolue est tardif, comme le monothéisme rigoureux qui en découle, et que l'histoire y joue un rôle référentiel plus déterminant que l'origine et l'eschatologie, et que l'élection y prend bientôt la forme de messianisme, le Coran privilégie la référence absolue, indépassable et universelle de création. C'est même parce que rien ne saurait s'opposer au signe de Dieu dans la création que la faute originelle n'y déploie que des conséquences secondaires de rivalité entre les hommes. Le signe de création, le caractère absolu de l'action créatrice et ses répercussions sur la conception de la transcendance divine n'y rencontrent point les atténuations de l'incarnation rédemptrice. (...)" (Michel DOUSSE, Dieu en Guerre).
   L'autonomie humaine est donc moins affirmée en terre d'Islam. De toute façon "si tous les êtres sont marqués par le péché, c'est que celui-ci est le principal moteur d'une dynamique qui ne cesse d'éloigner ou de rapprocher l'homme de Dieu" "Les malheurs de l'homme sont donc la conséquence directe de ses péchés, bien que sur cette terre Dieu lui accorde une grande latitude. (...) En somme, l'existence terrestre est le lieu où l'homme accomplit un certain nombre d'actes qui sont mis à son actif ou à son passif dans le livre de ses oeuvres et dont il devra rendre compte devant Dieu". (Dictionnaire du Coran). Dans l'étroitesse du déterminisme de la création, la créature n'a que peu de possibilités d'agir, mais elle doit se conformer aux lois de Dieu pour trouver son salut personnel.
     Ordonner le bien et interdire le Mal est un impératif inscrit dans le Coran qui a été beaucoup discuté. Ainsi AL-GHAZALI et beaucoup de commentateurs ont atténué et précisé cette disposition, qui peut mener à des actions extrêmes. "L'ordre coranique d'ordonner le bien et d'interdire le mal a été rangé dans la catégorie des devoirs communautaires et non comme un devoir incombant personnellement à tout musulman : si certains musulmans s'y conforment de telle manière que sa finalité s'en trouve réalisée, le reste de la communauté n'est plus concerné par cet impératif. De rares  savants l'ont franchement vidé de toute substance alors que d'autres, aussi peu nombreux, ont en revanche défendu la thèse qu'il s'agissait là d'une obligation pour tout musulman" (Ibid). La question du mandat politique pour de telles actions est évidemment posée, pour qui et pour quoi faire en priorité. La légistation coranique s'efforce d'y répondre et de multiples écoles - à l'image de ce qui s'est passé pour les deux autres religions monothéistes - y ont répondu de manières "multiples".
     La notion de jihad traverse tout le Coran et bien plus que dans la Bible et les textes chrétiens, c'est la question de la défense de la Croyance qui est mise en avant comme devoir du Croyant. L'aspect militaire et guerrier de cette défense, né dans les circonstances mêmes de la fondation de l'Islam n'a jamais supplanté le "grand jihad", c'est-à-dire la lutte contre le mal en soi-même. On y trouve d'ailleurs là le fondement de la Communauté (Umma) "Pas de fraternité sauf entre musulmans" : "L'Islam a considéré la supériorité de la communauté des croyants comme leur premier sentiment unificateur : ils sont pour signe distinctif à la fois l'élection divine et le discernement entre la croyance et l'infidélité, le bien et le mal. De l'invincible affirmation, de l'unicité divine dérive le sens très ardent que possède le musulman de l'unité qu'il forme avec ses frères dans la même foi. La Umma est le peuple de Mahomet, la nation pour laquelle, selon le Hadith (le récit coranique), il intercède, et qui entend garantir à chacun de ses membres les conditions optimales de vie et, s'il est croyant sincère, la rétribution dans l'au-delà. (...) (Le Livre) guide la umma et la protège de l'erreur du fait de l'accord unanime des croyants autour de lui (...) (Il contient) les Droit de Dieu, telle l'obligation du combat. (...) Puis un certain nombre de prescriptions destinées à renforcer la communauté de vie, telle la répression de la délinquance, du crime ou de la fornication, et la réparation des dommages causés par les transgressions".(Ibid)
     Une communauté aussi centrée, avec sa pratique religieuse minutieuse, sur la défense de la Communauté ne fait pas, on s'en doute, beaucoup de cas du conflit entre membres de cette communauté. La rigueur du droit islamique enferme suffisamment le Croyant dans un réseau d'obligations et d'interdits - qui est aussi un réseau de solidarités - pour que la contestation de l'ordre établi ne soit pas courante... Bien que la faute originelle ne soit pas invoquée aussi vigoureusement qu'ailleurs pour fonder l'ordre social, le fait même d'identifier l'univers surnaturel à celui-ci, suffit à concevoir le conflit interne comme négation de cet ordre.

                                                                                                    RELIGIUS
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23 juin 2008 1 23 /06 /juin /2008 14:52

       Outre le fait qu'il est difficile d'isoler le fait religieux, question que les religions ne se posent pas puisqu'elles se supposent avoir réponse à tout et en tout cas de dire la vérité sur tout ce que les hommes ne comprennent pas, on trouvera difficilement une définition du conflit chez elles. Par contre l'évocation de la guerre et de la violence existe en de multiples références. Sans doute faut-il y voir le fait que si les religions veulent maîtriser la violence et la guerre ou les utiliser pour le triomphe de la vérité, elles sont loin d'accepter le fait qu'elles font tout simplement partie  d'innombrables conflits, quand elles ne les provoquent pas par leur simple existence.
        
      Poser cette question, celle de l'implication des religions dans un conflit, c'est déjà avoir une lecture extérieure à leur champ d'autorité, c'est avoir déjà réduit cette autorité. Avant le mouvement de sécularisation, s'il y a parfois conflit entre le Bien et le Mal (dans les religions dualistes notamment), il n'y a pas à proprement parler conflit où les torts existent de part et d'autre, mais processus nécessaire de purification, qu'elle soit intérieure à l'homme lui-même, ou vis-à-vis des infidèles. S'il existe un conflit, c'est surtout entre grandes puissances d'en haut, et les alliances invoquées dans les Testaments judaïques et chrétiens sont une création tardive.  Ce n'est que lorsque l'esprit scientifique bat en brèche l'esprit mystique que la question du conflit est posée dans une certaine clarté.

      Une fois la laïcité installée, une fois des dictionnaires élaborés en dehors ou avec simplement le concours des autorités religieuses, la notion de conflit peut prendre tout son sens.

       On se doit, lorsque l'on examine les relations entre conflits et religions, distinguer entre les religions regroupées souvent dans la formule sagesses orientales (Bouddhisme, Hindouisme, Taoïsme et Zen) et les religions monothéistes (Judaïsme, Christianisme et Islam).
  Dans un premier temps, on doit regarder la logique interne de leurs textes et dans un deuxième temps entreprendre une approche anthropologique et sociale.



Premier temps, la logique interne des religions face au conflit.


        Lorsque le bouddhisme prône le détachement total des choses terrestres, il ne s'agit pas seulement de se libérer de la souffrance, de la violence du monde et même de ses pièges charnels, mais aussi tout simplement de faire de la relation avec l'autre, donc des conflits, une non réalité. Atteindre le nirvana, c'est atteindre la plénitude de la non existence, loin de toutes ces réincarnations.
"En réponse à la question de la cause de l'enchaînement des êtres vivants au cycle des renaissances et des moyens d'y échapper - question centrale de toute la philosophie indienne au temps de Bouddha -, celui-ci proclama les Quatre Nobles Vérités, coeur de sa Doctrine, telles qu'elles lui étaient apparues au moment de son Éveil.
Le Bouddha considère que la vie est éphémère, impersonnelle et donc douloureuse. la prise de conscience de ces Trois Caractéristiques de l'Existence marque le début du cheminement bouddhique. La souffrance est le résultat du désir et de l'ignorance dont la disparition entraîne la délivrance du Samsara (migration sans fin de l'âme de corps en corps, de mort en renaissance). Le bouddhisme explique cet enchaînement des êtres vivants au cycle des renaissances par la chaîne de la Production conditionnée. La fin de ce cycle correspond à la réalisation du Nirvana. Le chemin pour y parvenir conformément aux Quatre Nobles Vérités est le Noble Sentier octuple qui enseigne la moralité, la méditation, la sagesse et la Connaissance.". (Dictionnaire de la sagesse orientale).
Pour le bouddhisme, "l'ego n'existe pas. Il est une illusion. C'est précisément parce qu'il n'existe pas de moi substantiel, immuable, que nous cherchons sans cesse à nous assurer de son existence. L'ego est cet effort constant afin de s'établir. Lutte constante, sans fin et dérisoire. " Dans  sa contribution au livre sur ce  que disent les religions de la violence, Fabrice MIDAL insiste sur cette croyance en soi qui est "non seulement une opinion erronée, mais aussi une source d'inquiétude. Et source de conflit bien évidemment.

       La foi dans la loi du Karma constitue le point commun de toutes les formes de l'hindouisme. "Le karma, action physique ou psychique, somme de toutes les conséquences des actes d'un individu commis dans cette vie ou dans une vie antérieure, chaîne de causalité du monde moral, est ce potentiel qui guide le comportement d'un homme, et oriente les motivations de ses actes et de ses pensées présents et futurs. Tout karma est la semence d'un autre karma à venir. On récolte les fruits du karma sous forme de joie et de souffrance, selon la nature de ses actes et de ses pensées.
Bien que l'homme s'impose à lui-même les limites de son caractère - puisque celles-ci sont la conséquence de ses actes et de ses pensées passées -, il a le choix entre poursuivre ces tendances qu'il a lui-même forgées ou les combattre. Cette liberté de choix, cette possibilité d'autodétermination reflètent la liberté suprême de l'Atman ou conscience intérieure. Par l'abandon à Dieu, la quête d'un bon karma et l'effacement du mauvais, on desserre les liens de la loi du karma. Après l'illumination, on ne produit plus aucun karma." (Dictionnaire de la sagesse orientale)
L'illumination ou plutôt le véritable réveil, "l'illumination profonde révèle que vide et phénomènes, Absolu et relatif ne font qu'un. L'expérience de la Vraie Réalité passe précisément par celle de l'Unité. La forme est vide, le vide est forme. Il n'existe pas deux univers distincts. L'ego meurt, disparaît dans l'illumination profonde.
    Lorsque l'hindouisme parle de la violence du monde, il s'agit surtout de sa nécessité et de sa légitimité pour assurer l'ordre du monde sans lequel en fin de compte cette illumination ne peut avoir lieu. L'idéal de non-violence que l'on rencontre dans l'hindouisme, et aussi d'autres sagesses orientales, est directement lié au détachement de ce monde. Se faire moine dans l'ashram, c'est se retirer du monde dans un leu de paix et d'harmonie. Ce n'est d'ailleurs qu'enrichit d'une thématique chrétienne que la non-violence peut devenir un outil de combat (Véronique BOUILLIER, la violence, ce qu'en disent les religions).
     On conçoit qu'aux yeux d'un occidental, l'hindouisme puisse apparaître comme une religion du repli sur soi, de la résignation, puisque le seul conflit important à ses yeux est celui qui se joue à l'intérieur même de l'homme, qui doit choisir de se libérer de l'existence telle qu'il la connaît, pour ne pas retomber indéfiniment dans un cycle de souffrances.
Il ne faut pas oublier qu'entre cet idéal de "libération" et la religion quotidienne, existe une morale qui ne se noue que rarement en ascèse, et seulement pour une minorité de sages, une morale des relations entre individus incapables de se libérer. Même si cette morale n'ignore pas le sens des bonnes et des mauvaises actions, celles-ci sont conçues en fin de compte en fonction de ce cheminement intérieur, car la marche du monde n'a vraiment pas d'importance. Il ne faut d'ailleurs pas lui donner une importance car ce serait alors s'écarter de la vérité qui permet la délivrance. Du coup le conflit dans ce monde est partiellement nié, si l'on veut discuter des conflits sociaux. Le système des castes en vigueur consolide le cadre de l'ordre social existant, lieu de souffrances nécessaires et impossibles à éviter.

        Le tao, concept central du taoïsme, principe premier de l'univers, "agit spontanément; il suit sa nature. Son comportement est dénué d'action et d'intention, mais il n'est rien qu'il n'accomplisse. Dans le monde des phénomènes, le Tao se révèle par sa force et sa vertu; il transmet cette force aux choses et leur permet de devenir ce qu'elles sont. Réaliser l'unité avec le Tao est le but de tous les taoïstes. Il ne suffit pas pour cela d'avoir une connaissance rationnelle du Tao; l'adepte doit faire un avec le Tao en réalisant lui-même l'unité, la simplicité et le vide du Tao. Seule la connaissance intuitive personnelle permet de parvenir à ce résultat. (...) On réalise le tao en cultivant le calme qui en est la principale porte d'accès. On parvient au silence par sa méthode de la perte : Chercher la connaissance, signifie accumuler de jour en jour; chercher le tao signifie perdre de jour en jour (...) En demeurant dans le calme, on abolit toute manifestation intérieure et extérieure, on efface toutes les limites et toutes les continuités." (Dictionnaire de sagesse orientale). C'est là-aussi une voie pour la suppression des souffrances de ce monde. Un des deux courants constitutifs du taoïsme, le taoïsme philosophique, est marqué par de fortes composantes politiques. Son concept, c'est le non-agir, l'absence d'intention dans l'action, et il s'oppose même au confucianisme et à ses deux vertus cardinales, la bienfaisance et la justice, qui masquent la véritable nature de l'homme et gênent le Tao. On conçoit que là encore, le seul conflit important, qui doit éclipser tous les autres, soit le conflit intérieur, pour suivre la voie de la délivrance.

            Le zen, abréviation du mot zenna chinois en japonais est "dérivé lui-même du sanskrit dhyana qui désigne la concentration de l'esprit et le recueillement, état  dans lequel s'abolissent toutes les distinctions entre Je et Tu, sujet et objet, vrai et faux."
C'est du point de vue ésotérique que le zen est le plus intéressant pour la réflexion sur le conflit : "Le zen n'est pas une religion, mais la racine indéfinissable et incommunicable, que l'on ne peut expérimenter que par soi-même. Dénuée de tout nom, de tout qualificatif, de tout concept, elle est la source de toutes les religions qui sont autant de formes d'expression de cette même expérience. Dans ce sens , le zen n'est lié à aucune tradition religieuse particulière, pas même à la tradition bouddhiste. Il est la perfection originelle de toute chose et de tout être, commune à l'expérience de tous les grands saints, sages et prophètes de toutes les religions, quels que soient les noms les plus divers employés pour la désigner. Dans le bouddhisme, on l'appelle identité du samsara et du nirvana. Le zazen n'est pas une méthode permettant de mener à la délivrance l'homme qui vit dans l'ignorance, mais l'expression immédiate, l'actualisation de la perfection qui habite chaque homme à chaque instant." (Dictionnaire de la sagesse orientale). Là encore, le conflit réel est le conflit contre l'ignorance que l'homme a de sa condition et de la véritable vacuité du monde.

          Ces quatre sagesses orientales, auxquelles il faudrait ajouter une religion officielle, d'Etat, le confucianisme qui  amoindrit d'ailleurs cet aspect de volonté de détachement du monde, contribuent à nier l'importance du conflit avec les autres hommes pour se concentrer sur le seul conflit intérieur, conflit entre des illusions de la réalité qui enferre l'homme dans la souffrance sans fin et la vérité fusionnelle de l'univers.
     Toutes ces réflexions ne sont de toute évidence que trop générales pour faire de la sagesse orientale une sagesse de la résignation, mais on voit tout le profit que peut tirer toute une foule de possédants de pouvoir et de richesse, de telles idées répandues dans l'ensemble de la société.

                                                                                     RELIGIUS
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21 juin 2008 6 21 /06 /juin /2008 09:49

          Inutile de chercher le mot Conflit dans les Dictionnaires et Encyclopédies consacrés aux religions, il n'y figure pas. Bien entendu, cela ne signifie pas que les religions ignorent le conflit, mais elles n'en font ni l'analyse ni l'exploitation ouverte.
 Les sagesses orientales (hindouisme, bouddhisme, taoïsme, zen) comme les religions monothéistes (Judaïsme, Christianisme, Islam) mentionnent par contre dans leurs textes fondateurs comme dans l'abondante exégèse de ces textes, les guerres, les violences, les haines, les massacres, les travers colériques des hommes comme des dieux.

           Si les premières regorgent de récits glorieux, de batailles gigantesques et furieuses, avec une surabondance de héros et de guerriers, de dieux et de déesses, détaillant leurs exploits, leurs victoires et leurs défaites; les deuxièmes insistent plus sur les relations entre les hommes et le Dieu unique, personnifiant et individualisant ces relations.
    On voit bien à la lecture de la Bible, par exemple, combien les prêtres et les prophètent interviennent directement sur ce qu'ils pensent être les causes et les conséquences des conflits.
Le péché et le péché originel constituent un thème majeur, voire premier, dans les relations avec le Tout Puissant. Le désir, l'envie, la haine, la jalousie, la concupiscence, les rivalités entre frères, entre pères et fils sont systématiquement l'objet de l'opprobre des trois religions monothéistes et même par beaucoup des textes des sagesses orientales, comme les causes des malheurs de l'humanité. L'Islam, la Chrétienté et le Judaïsme adjurent les hommes d'obéir aux Commandements de Dieu pour que l'humanité sorte des Ténèbres et entre dans la Lumière, et sorte ainsi des Ténèbres des conflits. Elles donnent du Conflit une connotation négative, insistent sur l'Obéissance et veulent souvent détourner les hommes des confrontations violentes qu'il engendre. Les recherches littéraires et anthropologiques de René GIRARD en la matière nous éclairent sur la nature des sacrifices organisés par les religions.

       Mais si les religions dénoncent la violence - pour l'utiliser également contre les infidèles à des fins de purifications - si elles proposent, ordonnent le retrait du monde ou les moyens de la rédemption, elles opèrent également le camouflage de certains conflits, la justification de l'ordre établi, l'intériorisation de la faute des conséquences des conflits qui traversent les sociétés humaines.
    De même que les sociétés sont traversées de conflits, les religions n'y échappent pas, étant l'oeuvre des hommes, même porte-paroles des ou de Dieu, ce qui rend ambivalente chez elles l'attitude vis-à-vis de la violence. Les guerres justes, les guerres saintes sont légions et les instrumentalisations des religions à des fins politiques constituent une généralité, dont il est parfois difficile de démêler de la bonne foi des saints et des prophètes. Le fait que dans le partage des richesses, les Églises sont souvent plus proches des riches que des pauvres, que les pouvoirs temporels et spirituels se confondent assez facilement - quand ils ne sont pas originellement liés et confondus, avant le processus de sécularisation et de laïcisation - laissent à penser, pour le moins, qu'elles participent à des conflits dont par ailleurs elles déplorent les conséquences violentes. Le croisement dans l'histoire des conflits sociaux, des conflits religieux, des conflits politiques (voir les multiples guerres de religion), conflits qui gardent chacun leur nature propre, donne le sentiment que les institutions religieuses sont plus porteuses d'oppression que de libération.

   Kurt FRIEDRICHS, Ingrid FISCHER-SCHREIBER, Franz-Karl EHRARD, Michel DIENER, Dictionnaire de la sagesse orientale, Robert Laffont, Bouquins, 1989. Sous la direction de Geoffrey WIGODER, Dictionnaire encyclopédique du Judaïsme, Cerf/Robert Laffont, 1996. Sous la direction de Jean-Yves LACOSTE, Dictionnaire critique de théologie, PUF, collection Quadrige, 2002. Sous la direction de Mohammad Ali AMIR-MOEZZI, Dictionnaire du Coran, Robert Laffont, Bouquins, 2007. René GIRARD, La violence et le Sacré, Grasset, 1972. Sous la direction de Pierre CREPON, Les religions et la guerre, Albin Michel, Espaces libres, 1982.  Michel DOUSSE, Dieu en guerre, Albin Michel spiritualités, 2002.

                                                                                              RELIGIUS
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Published by GIL - dans DEFINITIONS
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20 juin 2008 5 20 /06 /juin /2008 16:17
   Il s'agit là d'un témoignage historique, venu d'un soldat du rang affecté au "maintien de l'ordre", de la réalité d'une guerre coloniale, la guerre d'Algérie,  cette guerre qui n'en avait pas le nom officiellement.
Écrites dans une période de quatorze mois par Jean Martin aux membres de sa famille, elles révèlent le quotidien d'un appelé qui effectue ses "besognes" sans états d'âmes particuliers, dans l'attente de la prochaine permission. Parce qu'elles émanent ni d'un héros, ni d'un contestataire, elles prennent le caractère d'un témoignage d'autant plus intéressant que souvent l'historiographie prend un peu trop de hauteurs politico-morales pour nous faire toucher la réalité d'une guerre.
  Précédées d'un avertissement qui précise que Jean Martin est le nom d'emprunt d'un fusilier-marin, présentées dans leur contexte par l'historien Claude LIAUZU dans une cinquantaine de pages très instructives et suivies d'une chronologie de la guerre d'Algérie (1954-1958) et d'une autre sur les dénonciations des crimes entre novembre 1954 et mai 1958, ces lettres (cinquante au total) constituent une illustration de la "banalité du mal" tant analysée par Hannah ARENDT.
    Dans sa présentation, l'éditeur écrit : "En 1956, Jean Martin, appelé du contingent affecté au "maintien de l'ordre" en Algérie, écrit régulièrement à sa famille. Dans une de ses lettres, il prend des nouvelles de ses proches tout en écrivant : "Demain je suis de corvée de torture... que voulez-vous, même pas agréable, on le fait à chacun son tour". Dans une autre, il rassure ses parents sur la nourriture : ce n'est plus la peine de lui envoyer des colis, désormais "ils" se font suffisamment respecter et les "bougnoules" se sentent bien forcés de leur donner tout ce qu'ils exigent : "il faut bien leur faire comprendre qui est le maître!" Plus loin, il raconte avec force détails, sans état d'âme, une opération de représailles : "on leur a fait creuses des trous pour enterrer tous les morceaux de ferraille, et un trou plus grand. Puis on les a tous tués, des plus âgés aux plus jeunes". A peine perçoit-on parfois une sorte de lassitude, par exemple, à la veille d'une permission qu'il attend depuis des semaines..."

    Jean MARTIN, Algérie 1956 : Pacifier, tuer, Lettres d'un soldat à sa famille, Éditions Syllepse, 2001, 180 pages
     www.SYLLEPSE.NET
Complété le 17 juillet 2012
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19 juin 2008 4 19 /06 /juin /2008 15:43


   Ce livre est destiné à tous ceux qui veulent s'informer sur la véritable histoire de la Bible et sur son historicité en général, en dehors des dogmes religieux et des élucubrations de certaines sectes.

Se basant sur les nouvelles révélations archéologiques provenant des toutes dernières récentes fouilles en Palestine, les auteurs revisitent l'"histoire sainte".  Selon eux, il est possible de répondre aux questions que se posent l'honnête homme sur les auteurs de la Bible, sur le moment de la naissance du monothéisme, sur les véritables pérégrinations du peuple d'Israël, sur le rôle réel de Jérusalem...
Déplaçant l'histoire des Juifs tel que la raconte la Bible de plusieurs siècles en avant, ils montrent comment, dans l'époque des conflits entre les royaumes de Juda et d'Israël, comme avec leurs puissants voisins, s'est constitué le corpus le plus influent de l'histoire de l'humanité. Ils donnent ainsi à la vision que nous avons des prophètes et de leurs prophéties une vision plus réaliste.
Avec cette remise à plat historique, on comprend beaucoup mieux par exemple, quels ont pu être les relations entre les Grecs et les Juifs, et comment le christianisme est né par la suite. Dans la dernière partie du livre, on peut s'informer amplement de la discussion, toujours ouverte, autour de la conquête israélite par exemple, ce qui est utile pour suivre les résultats de fouilles archéologiques qui continuent encore aujourd'hui.
   L'éditeur présente ce livre de la manière suivante, dans un style qui n'appelle pas à tout prix la polémique, plutôt consensuel : "Quand et pourquoi la Bible a-t-elle été écrite? Que savons-nous des premiers patriarches? Quand le monothéisme est-il apparu? Comment le peuple d'Israël est-il entré en possession de la Terre promise? Jérusalem a-t-elle toujours été le centre de l'ancien Israël? Pour la première fois, il est possible de répondre à ces questions avec un haut degré de certitude. Car les auteurs, Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman, puisent leurs arguments dans les découvertes archéologiques les plus récentes, entreprises en Israël, en Jordanie, en Egypte, au Liban et en Syrie. Loin de sortir désenchanté de cette mise à plat historique du Livre des livres, le lecteur est d'autant plus fasciné par ces nomades et ces agriculteurs d'il y a trois mille ans, qui ont su fabriquer, en des temps de détresse ou de gloire, un récit dont la fécondité n'a cessé d'essaimer au-delà de ce peuple."
   Bien entendu Israël FINKELSTEIN, archéologue israélien et directeur de l'Institut d'Archéologie de l'Université de Tel-Aviv et Neil Asher SILBERMAN, directeur historique du centre Ename de Bruxelles pour l'archéologie et l'héritage public de Belgique, fournissent là une somme d'informations qui relativisent les données "factuelles" inscrites dans la Bible. Ils ne peuvent que déstabiliser les partisans de fondements de la politique d'Israël, à la conquête du Grand Israël, directement tiré d'une vision biblique de la Palestine. La polémique fait encore rage contre un ensemble d'études du même type, comme ceux de Pierre BORDREUIL et Françoise BRIQUEL-CHATONNET (Le temps de la Bible, Fayard, 2000). Ceux-ci réécrivent dans leur livre toute l'histoire du peuple juif, à la lumière de l'exil à Babylone, là où la communauté se forge un passé qui remonte à la création du monde. Les auteurs, après avoir reproché aux premiers archéologues à partir de 1900, d'avoir simplement recherché en chaque découverte une illustration du texte biblique, reprennent l'ensemble du Livre et le confronte aux résultats des fouilles archéologiques. Face aux réactions d'une partie de la communauté juive, notamment celle attachée à une politique sioniste, d'autres auteurs et responsables religieux valident en grande partie leurs conclusions. Les revues de presse parues notamment lors de la publication du livre dans Publisher's Weekly, le Library Journal et dans New York Times vont dans un sens positif à l'égard des thèses développées par les deux auteurs. Les lecteurs dont Lise WILAR (http://écrits-vains.com) a pu examiner les réactions parfois viscérales sont trop attachés à leurs traditions pour accepter une relecture des événements deutéronomiques en les transposant à une époque plus récente, les Catholiques plus que les Protestants ou les Musulmans d'ailleurs. Il s'agit des lecteurs américains et les réactions sont beaucoup plus mesurées en Europe. Dans un interview, relaté par la même auteure, donnée au Nouvel-Observateur par Israël FINKELSTEIN, on mesure bien l'esprit de leur travail :
- NO : Les royaumes de David et de Salomon ont-ils réellement existé?
- F : Pas comme ils sont présentés dans la Bible. Les dernières découvertes archéologiques nous apprennent que David et Salomon étaient plutôt les roitelets d'un Etat-cité, Jérusalem, qui était à l'époque une ville assez misérable, située sur une colline, entourée de villages. La population était clairsemée et, dans l'ensemble, illettrée.
- NO: Pourquoi est-ce dans le petit royaume de Juda qu'on a écrit ces textes extraordinaires, alors que les empires assyrien, babylonien ou égyptien, qui avaient développé une civilisation raffinée, n'ont rien produit de comparable?
- F : Effectivement, c'est une chose fascinante. Ce récit se trouve à la fondation des trois religions monothéistes, alors que le auteurs ont grandi dans un minuscule royaume provincial où une population peu nombreuses menait une vie précaire. L'exploit est d'autant plus remarquable que l'Ancien Testament comprend à la fois des éléments d'histoire, des légendes, des mythes, mais aussi un code légal ainsi que des prescriptions sociales et des exhortations éthiques, dont les enseignements ont influencé une grande partie de l'humanité pendant des siècles.
- NO : Vous remettez en question l'exactitude du récit biblique qui, pour des millions de croyants, est la vérité révélée et donc intouchable. N'êtes-vous pas attaqué en Israël?
- F : Les milieux religieux m'ignorent. L'étude critique de la Bible ne les intéresse pas. Ils s'en tiennent au texte, un point c'est tout. En revanche, ce que j'appellerais les vieux sionistes, ceux qui ont vécu la fondation de l'Etat d'Israël, sont scandalisés par notre approche. Pour eux, l'archéologie doit - comme du temps d'Igal Yadin, le chef de l'archéologie classique - apporter des preuves du récit biblique, jamais le contredire ou le mettre en doute. Ils ont tort. L'archéologie moderne n'affaiblit pas le message de la Bible. Au contraire, elle montre le génie et la force de cette création littéraire et spirituelle unique.
  De nombreux textes argumentent pour ou contre les thèses des deux auteurs. Par exemple de la part de J M VAN CANGH (www.upif.org) ou de Jean-Michel MALDAMÉ (http://biblio.domuni.org) pour prendre deux argumentations développées. Un point scientifique sur la question des désaccords de datation, sur lequel repose nombre d'arguments de leur livre est fait dans un compte-rendu de congrès qui rassemble les contributions professionnelles (T Levy and T Higham, editors, "Radiocarbon Dating and the Iron Age of the Southern Levant : The Bible and Archeopolgy Today, 2005).
  Un film documentaire en 4 parties (52 minutes chacune) est réalisé à partir du livre par Thierry RAGOBERT, sous le même titre. (2005, France 5), édité en DVD ensuite (février 2006, Editions Montparnasse). 
    Israël FINKELSTEIN est aussi l'auteur de plusieurs autres études parues dans des revues professionnelles, au fur et à mesure que continuent les fouilles. Il écrit en 2001 (traduit en France en 2006, aux éditions Bayard), toujours avec Neil Asher SILBERMAN, Les rois sacrés de la Bible, A la recherche de David et Salomon, cer dernier étant collaborateur de la revue Archeoelogy.

   Israel FINKELSTEIN et Neil Asher SILBERMAN, La Bible dévoilée, Les nouvelles révélations de l'archéologie, Editions Gallimard, folio histoire, 2004, 554 pages. Il s'agit de la traduction de l'anglais par Patrice GHIRARDI de l'ouvrage "The Bible unearthed" publié par The Free Press, a division of Simon & Schuster, Inc à New York (USA) en 2001.
Complété le 31 Juillet 2012
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18 juin 2008 3 18 /06 /juin /2008 16:08
           Des psychanalyses des psychoses infantiles

    Plusieurs courants psychanalytiques reprennent la suite des travaux du pédopsychiatre américain Léo KANNER (1894-1981) qui se propose d'isoler le syndrome de l'autisme infantile précoce. On l'observe chez de jeunes enfants atteints d'un retard très grave du développement psychique (absence de langage ou langage très pauvre et altéré), par l'incommunicabilité avec l'entourage et par des manifestations pathologiques spectaculaires (rituels, stéréotypes, intolérance au changement).
  Il est parfois difficile de parler d'écoles homogènes, tant les approches sont parfois pluridisciplinaires et variées.

      Aux Etats-Unis, Bruno BETTELHEIM (1903-1990), psychanalyste et éducateur très médiatisé, auteur du fameux "Psychanalyse des contes de fées" qui explique qu'ils exercent une fonction thérapeutique sur l'enfant en répondant de façon précise à ses angoisses, tente de ramener à la raison des enfants autistes en créant un environnement totalement à l'écoute de leur plainte et de leurs souffrances. Il met en place et dirige pendant 30 ans une École d'orthogénie (Chicago). Soulignant l'impact de l'environnement sur l'enfant, Bruno BETTELHEIM dénie toute origine organique à l'autisme. Ce qui déclenche après sa mort une polémique, de nombreux pédagogues et analystes s'élevant contre une culpabilisation des parents, qui prônent justement cette origine organique. Beaucoup ont un peu trop tendance, au minimum, à confondre les images inconscientes de bons et mauvais parents du jeune enfant avec la culpabilité réelle pointée du doigt de ceux-ci. On trouve d'ailleurs un certain nombre d'institutions dans cette polémique qui se retrouveront plus tard pour défendre l'idée que l'homosexualité est d'origine biologique...
  L'influence de Bruno BETTELHEIM reste vivace, surtout à travers son hypothèse de "forteresse vide" (ces remparts que l'enfant dresse autour de lui, thème qui n'est pas sans rappeler la cuirasse caractérielle de Wilhelm REICH) et son concept de "situation extrême" (sensation de mort imminente qui déclenche les comportements de défense à la mesure de l'angoisse ressentie).

    Toujours aux Etats-Unis, Margaret MAHLER (1897-1985), proche d'Anna FREUD, intègre les apports de l'ego-psychology à la théorie freudienne des pulsions et des stades de développement libidinal. Dans "Symbiose humaine et individuation" (1975), elle élabore l'idée d'une série de stades du développement vu sous l'angle de la distance relationnelle entre l'enfant et la mère. Comme dans beaucoup de courants psychanalytiques aux Etats-Unis, ses apports relèvent plus de la psychologie que de la psychanalyse.

       Donald WINNICOTT (1896-1971), pédiatre britannique, bien que formé dans les milieux kleiniens, s'en détache pour élaborer surtout une pratique personnelle, dont il livre au fur et à mesure quantités de réflexions qui sont autant de petits textes, simplement remaniés à la publication. Il découvre ainsi, dans ce qu'il appelle "des balbutiements dans son effort pour saisir les faits", l'espace transitionnel, ce troisième espace, ni extérieur ni intérieur, entre le bébé et sa mère. Dans cet espace se développe une aire de jeu et de créativité où l'enfant se voit offert, si la mère est suffisamment bonne - on voit quelles polémiques peuvent surgir d'une telle approche - la possibilité de faire des expériences fondamentales pour sa maturation et son intégration. En cas d'échecs excessifs au tout début, le self, pour survivre, se dissocie en faux self soumis au désir de la mère et en self isolé de toutes nouvelles expériences. Loin de penser toutefois à l'existence d'un Moi dès sa naissance, Moi soumis à des fantasmes brutaux, Donald WINNICOTT voir un bébé qui passe progressivement d'un état de "dépendance absolue" à un état de "dépendance relative" qui s'adapte à la douloureuse découverte - entre ses périodes d'assoupissement - de la séparation d'avec la mère et de tout ce que cela implique, y compris l'apparition de l'inquiétude et d'une faculté de culpabilité.
Ces travaux influencent aujourd'hui une véritable nouvelle "science" (qui est aussi un sacré commerce...) : la bébélogie.

      Frances TUSTIN (1913-1994), enseignante de formation, introduite en psychanalyse dans les milieux kleiniens, se spécialise toute sa vie aux soins des enfants autistes. Pour elle, la sensation d'arrachement, liée au traumatisme de séparation corporelle de la mère, se localise dans la bouche, comme si l'enfant se sent exposé à une série de discontinuités situés dans un axe bouche-langue-mamelon-sein. Cette sensation d'angoisse déclenche la mise en place de mécanismes défensifs, une coquille autistique, monde de sensations pures, sans altérité.
Sa compréhension de l'autisme déborde sur celle de troubles plus divers : phobies, mélancolie, anorexie mentale, psychopathie, pathologie psychosomatique, troubles fonctionnels graves de l'enfant. Ses quatre livres et sa pratique continuent d'inspirer nombre de courants en Europe et Etats-Unis.
Donald METZER (1922-2004) complète souvent par ses travaux, à travers les notion de claustrum et  d'identification intrusive, les  références à la psychanalyste britannique.

       Située d'emblée dans la mouvance néo-kleinienne, Esther BICK (1901-1983) étudie à la fois l'importance de la peau au cours des relations précoces et la possibilité (pas évidente) d'une observation psychanalytique des bébés. Ses travaux, mal reçus en France (quoique Didier ANZIEUX aie développé des recherches sur le Moi-Peau), mais enseignés dans d'autres pays d'Europe, sont suivis encore avec attention en ce qui concerne sa méthode (très détaillée dans ses notes) pour l'observation régulières du tout-petit au sein de la famille.

        Initiatrice et porteuse en France d'une conception des rapports entre enfants et parents maintenant passée dans les moeurs, Françoise DOLTO (1908-1988), longtemps partie prenante de l'école lacanienne, met en oeuvre dès 1940 une consultation très originale, ouverte aux analystes désireux de se former à l'analyse des enfants. Véritable militante des droits des enfants, elle multiplie les expériences novatrices (lieux d'accueil et d'écoute, émissions radiophoniques de consultation... ) qui changent les relations entre la psychanalyse et la société.
Françoise DOLTO met en pratique dans ses consultations ses concepts d'"image inconsciente du corps", de "libido féminine", de "castrations symboliques" qui sont encore discutées par la communauté analytique et au-delà. Elle considère qu'avant même que l'enfant possède un véritable langage, l'être humain est par essence communiquant et il le fait d'abord par le corps : apprendre à marcher, manifester sa volonté de devenir propre, c'est déjà commencer à s'affranchir des parents et exprimer un début de désir d'indépendance.
Une problématique ni kleinienne ni annafreudienne, qui lui vaudra beaucoup d'exclusions d'ailleurs, est aujourd'hui très utile, à l'heure des familles décomposées-recomposées. Figure du féminisme politique, Françoise DOLTO constitue un exemple de l'intellectuel engagé.

       Fondatrice en 1969 de l'école de Bonneuil-sur-Marne, lieu de vie pionnier, Maud MANNONI (1923-1998), tout au long et après un compagnonnage intellectuel avec Jacques LACAN, écrit de nombreux livres en faveur d'une écoute analytique des symptômes de l'enfant, "porte-paroles du malaise de la famille" et fait éclater le concept de débilité utilisé dans les milieux socio-médicaux. L'enfant est toujours doué de parole, qui attend d'être entendue.
De plein pied dans la société, Maud MANONNI participe à bien des conflits qui touchent les familles et communique une façon d'agir en psychanalyse, de se trouver du côté des poètes et des gens de terrain en contact avec la misère.

       Serge LEBOVICI (1915-2000) est l'un des fondateurs en France du psychodrame analytique individuel. Sans faire d'humour, on peut dire qu'il est confronté à de nombreux psychodrames , comme acteur majeur de la Société Psychanalytique de Paris et de l'Association Psychanalytique Internationale (1973-1977).
Il refuse de trancher la controverse entre Anna FREUD et Mélanie KLEIN, préférant ouvrir une voie originale entre la tradition francophone et le dévelomentalisme anglo-saxon. Serge LEBOVICI met en avant, dans sa conception des interactions bébé-parents, "la transmission intergénérationnelle" des conflits infantiles parentaux et la réciprocité des "transactions narcissiques" entre parents et enfants. Théorisant la pratique de la cure, il développe les notions d'"énaction" pour décrire l'éprouvé émotionnel et corporel de l'analyste face à la mère et au bébé, et d'"enquête métaphorisante" comme capacité à mettre en mots et en représentations leurs affects. Sa démarche n'est pas sans rappeler celle de Jacques LACAN qui tente de réfléchir aux dynamismes entre analysé et analysant.
Serge LEBOVICI, tant par ses sympathies politiques (membre du PCF de 1945 à 1949) que par son activité d'organisateur de la communauté psychanalytique (ses nombreux écrits sont souvent en collaboration avec divers autres de ses confrères) est mêlé aux innovations récentes.

       Grande référence pour les traitements des psychoses et de l'ensemble de la psychiatrie, René DIATKINE (1918-1998) se détache de Jacques LACAN. Ses travaux ("La psychanalyse précoce" en 1972 notamment), imprégnés de la neuropsychologie des années cinquante, contribuent à la compréhension des maladies mentales infantiles, mais aussi à l'organisation en France et en Europe d'une véritable psychanalyse de l'enfant. Constamment, dans une approche pluridisciplinaire, tant théorique que pratique, René DIATKINE explique comment les liens se nouent entre le normal et le pathologique et comment ces liens permettent de sortir des classifications et d'un étiologie trop rigides. Dit autrement, les frontières entre le sain et le malade sont si ténues que seule une approche d'ensemble des troubles mentaux de l'enfant dès son plus jeune âge, avec ses processus de croissance physiologique et anatomique, permet de se faire une idée des conflits intérieurs infantiles. Sur le plan de l'analyse, il insiste pour faciliter chez l'enfant les réorganisations psychiques toujours possibles chez le malade.


   Léo KANNER, Les troubles autistiques du contact affectif, 1943, article traduit en 1990 dans la Revue Neuropsychiatrique de  l'enfance, disponible sur Internet sur le site Autisme.France.fr.
      Bruno BETTELHEIM, La forteresse vide, 1967 (Gallimard, 1969); Psychanalyse des contes de fées, 1976  (Robert Laffont, 1976).
     Donald WINNICOTT, Jeu et réalité, l'espace potentiel, Gallimard, 2004; Les enfants et la guerre, Payot, 2004; Agressivité, culpabilité et réparation, Payot, 2004; La crainte de l'effondrement, Gallimard, 2000; La nature humaine (il s'agit du seul livre de l'auteur, inachevé), Gallimard, 1990.
     Frances TUSTIN, Autisme et psychose de l'enfant, 1972 (Editions du Seuil, 1982); Le trou noir de la psyché, 1986 (Editions du Seuil, 1989); Autisme et protection, 1990 (Editions du Seuil, 1992).
    Françoise DOLTO, Psychanalyse et pédiatrie, Editions du Seuil, 1971; L'Evangile au risque de la psychanalyse (avec la collaboration de Gérard SEVERIN), Editions Jean-Pierre Delarge, 1977; Sexualité féminine, Editions Scarabée/A.M. Métailié, 1982; La cause des enfants, Editions Robert Laffont, 1985; Les étapes majeures de l'enfance, Editions Gallimard, 1994.
   Maud MANNONI, L'enfant, sa "maladie" et les autres, Editions du Seuil, 1967; Amour, haine, séparation. Renouer avec la langue perdue de l'enfance, Editions du Seuil, 1991.
   Serge LEBOVIVI, avec Françoise WEIL-HALPERON, Psychopathologie du bébé, PUF, 1989; Le bébé, la psychanalyste et la métaphore, Editions Odile Jacob, 2002
      René DATKINE, Agressivité et fantasme d'agression, 1974 (texte paru dans la Revue Française de Psychanalyse en 1984); L'enfant dans l'adulte ou l'éternelle capacité de rêverie, Editions Delachaux et Niestle, 1994.

                                                                               PSYCHUS
 
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Published by GIL - dans PSYCHANALYSE
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