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13 juin 2008 5 13 /06 /juin /2008 16:17
             Une psychanalyse généralisée : l'ego-psychiatrie
   Une théorie de la "psychologie du Moi" s'est développée sous l'égide d'Heinz HARTMANN, proche d'Anna FREUD, (1894-1970), surtout aux Etats-Unis. Présentant en 1937 "La psychologie du Moi et le problème de l'adaptation", il travaille avec Ernst KRIS (1900-1957) et Rudolf LOEWENSTEIN (1894-1970) à l'élaboration d'une véritable nouvelle psychanalyse centrée sur le Moi. Cette nouvelle théorie est critiquée dans le milieu freudien car elle conduit à donner au Moi des fonctions autonomes qui échappent au conflit psychique. Le Moi autonomisé, dans l'histoire personnelle de l'individu, constitue l'élément qui assure l'adaptation au monde extérieur. Finalement, il s'agit d'une théorie désexualisée échappant au conflit entre le Ca et le Moi, et partiellement au conflit psychique tout court, qui s'adapte très bien aux mentalités des milieux médicaux américains, dans lesquels elle a longtemps eu une position dominante.

   Heinz HARTMANN, La psychologie du Moi et le problème de l'adaptation, 1937 (PUF, 1968), Psychanalyse et valeurs morales, Privat, collection de psychologie clinique, 1975. Ernst KRIS, Psychanalyse de l'art, PUF, 1952. Rudolph LOEWENSTEIN, L'oeuvre clinique, Revue française de psychanalyse, Edition Bibliothèque des Introuvables, 2005, Psychanalyse de l'antisémitisme, PUF, 2001. A lire pour la situation de la psychanalyse américaine, l'entretien avec Otto KERNBERG, réalisée en 2004 par Sergio BENVENUTO et Raffaele SINISCALCO disponible sur Internet sur le site de PSYTHÈRE (www.psythere.com)


          Une théorie psychanalytique de la pensée
      Doté d'une grande expérience de la guerre (il fut psychiatre des armées), Wilfred BION, proche de Mélanie KLEIN, (1897-1979) commence dès 1938 à élaborer une technique psychanalytique et une épistémologie, insistant sur le processus même de la réflexion.
Il reformule l'Inconscient, le Préconscient, le Conscient et y substitue en partie des niveaux de pensée. Impressions sensuelles mises en images (élément alpha) liées aux rêves, aux souvenirs ou aux pensées oniriques, Impressions sensorielles non assimilées, vécus comme des "choses en soi" (élément bêta) en lien avec la gestion des émotions brutes se partagent l'individu. Une trop grande accumulation d'éléments bêta provoque une "indigestion mentale", un refoulement de l'apprentissage en raison du trop d'informations à traiter. Le rêve préserve l'individu de l'état psychotique, en permettant de traduire les impressions sensorielles (bêta) en images assimilables (alpha).
Ses principaux ouvrages, réputés difficiles, "Recherches sur les petits groupes" (1961), "Aux sources de l'expérience" (1962), "L'attention et l'interprétation", (1970) "Une mémoire du futur" (1975), et "Quatre domestiques" (1977) ont une grande influence sur le développement de la psychothérapie de groupe. Par contre, on s'en doute, son éloignement des problématiques du conflit intrapsychique l'a coupé de la majeure partie des psychanalystes. Son apport jette cependant un pont entre les problèmes psychiques et l'élaboration de la pensée. Il amorce une théorie psychanalytique de la pensée que de nombreux auteurs français (BRAUSCHVEIG, FAIN, LUQUET, GREEN, DONNE, LE GUEN, MARTY) développement par la suite.

    Wilfred BION, Recherches sur les petits groupes, 1961 (PUF, 2002); Eléments de psychanalyse, 1963  (PUF, 1979); L'attention et l'interprétation, 1970 (Editions Payot, 1990); Une mémoire du futur, 1975 (Editions Césura, 1989); Aux sources de l'expérience, 1962 (PUF, 1979).


           Une psychanalyse centrée sur les psychoses adultes
     Abordées par Carl JUNG et Sigmund FREUD sans être approfondies, les psychoses adultes sont étudiées sérieusement par Paul FEDERN (1871-1950), J ROSEN et Hubert ROSENFELD (1910-1986) qui s'efforcent de comprendre ces structures psychiques très altérées en remontant à des étapes archaïques de la psychogenèse. Pour Paul FEDERN, qui s'écarte des conceptions de Sigmund FREUD, c'est la carence de libido narcissique qui détermine pour lui la difficulté objective du psychotique. Par la cure, il faut aider le patient dans ses efforts d'intégration en cherchant à contenir l'émergence du refoulé et en s'efforçant de renforcer les défenses.
Voulant traiter ses patients psychotiques profonds par la psychothérapie plutôt que par des médicaments, Herbert ROSENFELD publie dès 1947 "Analyse d'un état schizophrénique de dépersonnalisation" où il dégage, après un succès thérapeutique, son concept d'identification projective. Transfert psychotique, lien entre le narcissisme et la pulsion de Mort, ces éléments influencent en France le mouvement de l'Evolution psychiatrique animé par Henry EY (1900-1977). réservé sur l'apport de la psychanalyse, dans ses aspects "spéculatifs et idéologiques", il contribue au développement scientifique de la psychiatrie dans un dialogue avec la psychanalyse. Son "Traité des hallucinations" (1977), somme psychiatrique, aborde l'étude des psychoses. A sa suite, les travaux sur cette affection, sur le versant adulte, continue avec Paul Claude RACAMIER (1924-1996) et J BERGERET, qui développent chacun également des voies originales. L'évolution des études psychanalytiques des névroses aux psychoses reflètent une évolution historique des maladies mentales comme elle opère une étape importante dans la compréhension des conflits psychiques.

   Paul FEDERN, Quelques variations de sentiment du Moi, 1926; Hubert ROSENFED, Etats psychotiques, une étude psychanalytique, 1965; Paul-Claude RACAMIER, Les schizophrènes, 1980.


                                                                                                                PSYCHUS





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Published by GIL - dans PSYCHANALYSE
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12 juin 2008 4 12 /06 /juin /2008 15:15

 

       L'oeuvre de Georges DUMEZIL, philologue et comparatiste français des sociétés et des religions indo-européennes, même si ses travaux sont contestés par de nombreux historiens (beaucoup l'ignorent carrément) intéresse ceux qui scrutent la question du conflit.
    En effet, dans ses très nombreux écrits (des "Contes Iazes", 1957 à "Le roman des jumeaux, esquisses de mythologie, publié en 1995), ce polyglotte découvre dans les textes les plus anciens des mythologies et des religions des anciens peuples indo-européens une conception analogue de la société organisée selon trois fonctions : la fonction du sacré et de la souveraineté, la fonction guerrière et la fonction de production et de reproduction. Cette organisation en trois fonctions se retrouve aussi bien dans les mythologies, dans les récits fondateurs de la Rome antique, que dans les institutions sociales : castes indiennes, division de la société d'Ancien Régime... Il ne s'agit pas de révéler une origine lointaine unique des civilisations, de l'Inde à la Grande Bretagne, ni de trouver une migration lointaine de populations venues du sous-continent indien qui aurait couvert l'Euro : en tout cas, ce n'est pas ce qui nous intéresse ici.
    C'est plutôt la théorie de la trifonctionnalité qui, résumée dans "L'idéologie tripartite des Indo-Européens" (1958), nous interpelle vivement.
Montrant que les indo-Européens occidentaux et les Indo-Iraniens s'organisaient fondamentalement sur une même structure tripartite, cet ouvrage synthétise les observations des concordances constatées entre les textes égyptiens, sumériens, acadiens, phéniciens, sibériens, bibliques, taoistes et confucéens. Cette division de la société, entre pouvoirs religieux, guerriers, producteurs, constitue une base de compréhension dans l'articulation des conflits qui traversent cette société.
Dans ce même livre, Georges DUMEZIL s'attache aux théologies tripartites, en montrant l'existence et la fonction d'un regroupement central de divinités solidaires, qui se définissent les uns par les autres et se répartissent les principes du sacré. On conçoit qu'une telle description puisse faire scandale dans une civilisation imprégnée de christianisme, tant attaché à l'originalité de sa Sainte Trinité.
Dans le troisième chapitre du même livre, l'auteur signale que des trois fonctions, la dernière, pourtant la plus discrète, s'avère au fondement des deux autres. ce qui est à rapprocher du rôle moteur souterrain accordé par les approches marxistes à la classe ouvrière.
     Pour critiquer sa théorie avant de l'ignorer, la plupart des historiens et des sociologues ont simplifié sa pensée et Georges DUMEZIL leur a toujours répondu dans les nuances de ses observations. Ainsi l'héritage commun n'est pas exclusif d'emprunts aux premiers occupants rencontrés par les envahisseurs indo-européens ou aux sociétés voisines et la tripartition et les autres éléments du fond commun indo-européen ne constituent qu'un cadre général que chaque peuple organisait à sa guise.
     Sa conception sur l'interdépendance des faits sociaux, au-delà du domaine indo-européen, dans les sociétés considérées dans leur cohérence et dans l'évolution permanente de leurs structures, le rapproche d'Emile DURKHEIM et des durkheimiens qui ont accueillis à bras ouvert ses recherches. La méthode Dumézil a d'ailleurs influencés nombre d'autres historien (Georges DUBY), philosophes (Michel FOUCAULT), anthropologues (Claude LEVI-STRAUSS) sans que ceux-ci approuvent tous les aspects de son oeuvre.
Si cet auteur apparaît dévalorisé aujourd'hui, c'est sûrement parce que cette oeuvre s'est trouvée récupérée en partie par l'idéologie aryenne (qui a identifié les indo-européens aux germains, on se demande encore comment) et qu'il a entretenu des relations suivies dans les années 1920 avec des écrivains nationalistes (Charles MAURRAS, Pierre GAXOTTE, Pierre DRIEU DE LA ROCHELLE).   Ce serait se tromper sur la portée de son oeuvre, car même Georges DUMEZIL lui-même en a réfuté tous les éléments datant d'avant 1938.
    On en retient pour notre part cette articulation entre guerriers et pouvoirs religieux, souvent réalisée au détriment de la classe des travailleurs.
  Pour Régis BOYER, "il ne suffit pas  de dire que Georges Dumézil a fait progresser, dans le domains qui est le sien, la recherche et l'interprétation ; ce sont en réalité des habitudes de pensée, une vision intellectuelle de l'homme, de la vie et du monde qu'il nous a obligés à revoir de fond en comble. Par là, il se range parmi les grands créateurs dans les disciplines que sont la philologie, l'étude des mentalités, l'histoire des religions, auxquelles il a définitivement conféré leurs titres de noblesse."
Commencée avec ses thèses de doctorat, publiés en 1924, l'une consacrée au Festin d'immortalité, étude mythologique comparée indo-européenne, l'autre au Crime des Lemniennes, rites et légendes du monde égéen, son oeuvre se poursuit avec en 1929, le Problème des Centaures, où il inaugure ce qu'il appelle l'"étude comparative des religions des peuples indo-européens". Sa rencontre avec Marcel GRANET, en 1933, l'aide à prendre conscience de l'existence de mécanismes, de "structures" mentales profondes qui dictent, chez des peuples différents, quoique reliés les uns aux autres par des filiations génétiques, des comportements et des attitudes homologues. Il préfère par la suite, suite aux abus de langage (mais toutes les disciplines, surtout nouvelles, en sont victimes) le participe passé "structuré" aux vocables "structures" et "structuralisme". 
Avec Ouranos-Varuna, en 1934, il ouvre une longue série d'études comparatistes destinées à faire apparaitre de telles ressemblances. Il ne s'agit pas de déterminer des "influences" ou des "résurgences", mais de montrer les attitudes communs dans les idiomes qu'ils parlent. 
"L'oeuvre de Georges Dumézile, poursuit Régis BOYER, semble schématiquement s'ordonner en deux séries, dont les moments d'ailleurs se modifient constamment, du fait que les résultats acquis sont à peu près toujours tenus pour provisoire.
Une première série est destinée à illustrer le postulat selon lequel il existe une civilisation indo-européenne, qui est complètement organisée dès avant sa dispersion et qui obéit à la célèbre "idéologie tripartite", c'est-à-dire à la régulation qui fait que toutes les activités socio-religieuses se répartissent et s'ordonnent d'après trois fonctions : la fonction souveraine ou "spirituelle", réservée au sacerdoce, au souverain-magicien (...) ; la fonction "martiale", ou violente, responsable de l'ordre ou pour mieux dire ennemie du désordre (...) ; la fonction "végétative", ou nourricière, productrice de richesses, représentée par des artisans, commerçants, éleveurs et agriculteurs (...). Cette tripartition "noble" s'oppose, à l'intérieur d'une classification binaire, à la masse des serviteurs et des esclaves, dont le rôle est de permettre aux nobles d'exercer librement leurs prérogatives. Elle se reflète dans le domaine social (avec les "classes", ou castes, auxquelles la théorie médiévale des ordines fait écho), dans l'organisation politique et, tout particulièrement, dans les divers panthéons. Elle commande aussi une sorte de hiérarchisation à l'intérieur du cosmos (...) et permet de mieux comprendre certaines mythologies confuses. Bien qu'elle s'entende idéalement dans une perspective synchronique, elle n'est pas incompatible avec des vues diachroniques : par un jeu complexe de glissements fonctionnels et de reprises, les dieux individuels peuvent perdre certains attributs sans que, pour autant, le schéma tripartite change. Si l'on se place dans une perspective évolutionniste, il arrive qu'une telle théorie permette de resituer certains documents ossètes que Dumézil a élucidés. Parmi les ouvrages qu'il a consacrés à l'étude de l'iéologie tripartite, il convient de citer Naissance d'archanges (1945), Explications de textes indiens et latins (1948), l'ensemble étant couronné par L'Héritage indo-européen à Rome (1949) et résumé dans l'Idéologie tripartite des Indo-européens (1958). Comme il le dit dans l'avant-propos aux Dieux souverains indo-européens (1977), Dumézil entendait faire par là, "une sorte de cours de théologie trifonctionnelle, illustrée de mythes et de rituels (pour) montrer comment la comparaison permet de remonter à un propototype commun préhistorique, puis, par un mouvement inverse qui n'est pas un cercle vicieux, déterminer les évolutions et révolutions qu'il faut admettre pour expliquer, à partir de ce prototype, les théologies directements attestées qui avaient permis de le reconstituer".
Dans une seconde série de travaux, (il) expose "les usages non plus théologiques, mais littéraires, que les principaux peuples ind-européens ont faits de leur commun héritage" : ce sont notamment les divers volumes des Mythes romains (I, 1942 ; II, 1943 ; III, 1947) et de Mythe et épopée (I, 1968 ; II, 1971 ; III, 1973).
Dans tous ces travaux de ces deux séries - auxquelles s'ajoutent de nombreuses monographies ou études plus restreintes, ainsi que la somme que constitue La religion romaine archaïque, 1999 - il importe de ne pas perdre de vue leur caractère premier, qui est de définir une méthode et de témoigner d'un esprit."
Cette méthode née des recherches linguistiques d'Antoine MEILLET et de Joseph VENDRYES consiste à remonter, par comparaison, entre textes et faits de culture, à un proptotype commun dont l'existence est postulée (dans ce qu'il faut apprécier encore comme une hypopthèse de travail de base). Il est suivie par Mircea ELIADE dans son Traité d'histoire des religions. Quant à l'esprit, il s'agit toujours de comprendre le sens des mythes et des rites, reliés à des fonctions sociales, même si dans l'oeuvre de  Mircea ELIADE, il s'agit surtout de trouver et de relier toutes les manifestations du sacré, ces liaisons n'étant que peu étudiées.
"Même si, toujours selon Régis BOYER, mais nous partageons ce point de vue, l'on peut juger la méthode de Dumézil trop abstraite, ses systèmes parfois trop ingénieux, ses "structures" comme ne fonctionnant pas absolument dans tous les cas, il faut reconnaitre à cette pensée éblouissante d'érudition et de finesse une générosité d'inspiration qui, animée par une foi en l'âme de l'homme et en celle du monde, domine de bien haut les recherches contemporaines." Lesquelles sans doute, et la laïcisation des recherche est passée par là, tendent à vouloir distinguer ce qui n'est que spéculations religieuses ou spirituelles des éléments factuels explicatifs de la marche des sociétés. 
     La théorie des trois fonctions de Georges DUMÉZIL, ce "schéma tripartiste" qu'il estime mort en Occident avec les Etats généraux de 1789, inspire toujours de nombreux travaux. Citons les oeuvres de Georges DUBY (Les Trois Ordres ou l'Imaginaire du féodalisme, 1978), de Stig WIKANDER (1908-1983), du spécialiste du monde celtique Christian-J GUYONVARC'H, de l'indianiste français Louis RENOU, du linguiste et mythologue néerlandais Jean de VRIES (1890-1964), du linguiste français Emile BENVENISTE et d'Emilia MASSON, spécialiste du monde hittite. 
  Ses travaux ont souvent provoqué l'opposition de spécialistes rejetant les apports nouveaux de la mythologie comparée dans leur propre discipline. Il est parfois difficile de distinguer stratégies intellectuelles, critique scientifique et sauvegarde de pré-carré professoral, mais des arguments divers relativisent la portée de cette idéologie tri-partite. Arnold MOMIGLIANO, historien de la Rome antique critique fortement cette thèse par exemple. L'indianiste allemand Paul THIEME conteste sa validité. C'est surtout l'opposition fondamentale des chercheurs britannique H J ROSE et néerlandais H WAGENVOORT qu'il faut sans doute retenir. En France, le latiniste André PIGANIOL est considéré par Georges DUMÉZIL comme son "principal adversaire".  
   D'autres comparatistes modèrent, relativisent, souligent les limtes de cette théorie tri-fonctionnelle. Ainsi Jean HAUDRY (La Religion cosmique des Indo-européens, Arché/Les Belles Lettres, collection Etudes indo-européennes, 1987) fait remarquer que cette théorie pose un problème de chronologie et se laisse difficilement appliquer à certains domaines du monde indo-européen, les mondes grec et balte en particulier (comme le reconnait d'ailleurs Georges DUMÉZIL). Cet auteur explique que nombre de récits et légendes ne peuvent être interprétés et compris que par des notions cosmologiques (mais alors, d'où viennent-elles?).


    Georges DUMEZIL, Mythes et Dieux des Indo-Européens, 1958 (Editions Flammarion Champs, 1985); Heur et malheur du guerrier, 1969 (Flammarion, 1985). Articles Georges DUMEZIL et L'idéologie tripartite des Indo-Européens, de l'Encyclopedia Universalis, 2004. Article Georges DUMEZIL du Dictionnaire de l'ethnologie et de l'anthropologie, PUF, 2002. Article de Jacques POUCET, Georges DUMEZIL et les historiens de la Rome ancienne : un bilan récent, dans Folia Electronica Classica (Internet), 2002.
Régis BOYER, Article Georges Dumézil, dans Encyclopedia Universalis, 2014.

                                                                                                          ANTHROPUS
Complété le 3 janvier 2014
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Published by GIL - dans AUTEURS
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11 juin 2008 3 11 /06 /juin /2008 14:10
    Avec comme sous titre Volontaires internationaux contre Franco, il s'agit là d'une véritable "somme" sur les Brigades Internationales engagées dans la guerre civile espagnole de 1936-1938. Résultat d'un Colloque international organisé à l'Université de Lausanne en 1997 (Les brigades internationales. entre solidarité révolutionnaire et politique du Komintern), ce rassemblement de contributions (au nombre de 32), dotée d'une solide introduction historique de Jean BATOU, constitue un apport important à l'historiographie de la guerre d'Espagne.
    A l'heure où certaines révisions historiques s'opèrent sur la base d'un égalitarisme des victimes, il était important de dresser une histoire politique et sociale qui déconstruire un certain nombre de mythes. Parmi ceux-ci, la participation active des femmes à la guerre civile, l'image type de l'intellectuel troquant sa plume contre une arme, l'élan enthousiaste et spontané de révolutionnaires volontaires ne sont pas les moindres. Refusant de se limiter à une histoire de la guerre, cet ouvrage veut montrer certaines causes et certaines conséquences de celle-ci, dans beaucoup de leurs nuances, abordant des éléments souvent occultés. Le rôle de l'Union Soviétique, du Komintern, des réseaux des partis communistes y sont abordés sans complaisance particulière. C'est aussi, faite pour la première fois, à une analyse minutieuse des trajectoires et motivations de nombreux contingents de combattants étrangers que se livre les participants de cet ouvrage collectif.
   Nous pouvons lire cette présentation de l'éditeur, qui ne cache pas son enthousiasme : "Si un spectre hante le 20e siècle, c'est bien celui de la guerre civile d'Espagne. En effet, ce conflit en révèle l'anatomie profonde : il en éclaire les humeurs les plus sombres comme les élans d'espoirs les plus audacieux, alimentés par la perspective récurrente d'une révolution sociale. ce livre prend le parti d'envisager ce condensé de l'âge des extrêmes, d'abord du point de vue des acteurs de la société civile internationale qui y prennent part. "Tant pis si la lutte est cruelle", elle parait essentielle à ces dizaines de milliers de volontaires des cinq continents qui s'engagent dans le camp antifranquiste. Pour la première fois, une analyse minutieuse des trajectoires et motivations de nombreux contingents de combattants étrangers. Agés le plus souvent de 25 à 30 ans et d'origine ouvrière, ceux-ci sont mus avant tout p ar une solidarité de classe, quelle que soit leur obédience politique : antifasciste, socialiste, communiste, révolutionnaire... Une attention particulière vouée aux représentants des groupes opprimés qui font de l'Espagne une étape incontournable de leurs propres combats d'émancipation : féministes de tous les pays, nationalistes des territoires coloniaux ou dépendants d'Asie, d'Afrique et d'Amérique Latine, militants afro-américains luttant pour l'égalité des droits contre le racisme, opposants des pays autoritaires d'Europe, mais aussi du Japon, etc. Les conflits qui agitent la galaxie des volontaires ne sont pas négligés. En réalité, ils reflètent certes la diversité des composantes du mouvement ouvrier de l'Etat espagnol, mais incarnent avant tout la virulence des antagonismes qui traversent le mouvement ouvrier international. Au-delà des brigadistes enrôlés par le Komintern, il est donc amplement question des miliciens anarchistes et de ceux qui luttent avec le POUM. En arrière-plan, le rôle de l'Union soviétique de Staline, du Kominitern et des réseaux qu'ils contrôlent, est abordé en détail : dates et modalités des décisions d'intervention en Espagne, implications des partis communistes, missions particulières de personnages clés comme Marty, Thorez ou Togliatti, parcours de figures emblématiques comme le général Kléber, alias Manfred Stern, etc."
    C'est un bel ouvrage où chacun peut piocher selon ses centres d'intérêts. La diversité des contributions rend aisée la possibilité de recherches dans des directions différentes. Notons aussi une riche bibliographie, une iconographie qui va à l'essentiel et une contribution sur le cinéma documentaire sur la guerre d'Espagne. 
    Stéfanie PREZIOSO, professeure à l'université de Lausanne, l'une des membres de l'équipe coordinatrice, est l'auteur d'un ouvrage collectif, Le totalitarisme en question. Sur cette notion multiforme, elle réfléchit, avec Jean-François FAYET et Gianni HAVER, aux problèmes liés à l'émergence du concept et à son instrumentalisation. Edité par L'Harmattan en 2008.
     Jean BATOU, professeur d'histoire internationale contemporaine à l'université de Lausanne, est aussi l'auteur de "Feux d'enfer", dans l'ouvrage dirigé par Mike DAVIS, Les héros de l'Enfer (Textuel, 2006).
     Ami-jacques RAPIN, maître d'enseignement et de recherches à la faculté de sciences sociales et politiques et à l'Ecole polytechnique, est aussi l'auteur de Jomini et la stratégie : une approche historique de l'oeuvre (Payot, 2002).
Sous la direction de Stéfanie PREZIOSO, Jean BATOU et Ami-Jacques RAPIN, Tant pis si la lutte est cruelle, Volontaires internationaux contre Franco, Editions Syllepse, 2008, 559 pages
    Site : wwww.syllepse.net link
Complété le 14 juillet 2012
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11 juin 2008 3 11 /06 /juin /2008 09:13
       Tant dans "Éléments de philosophie politique" de Thierry MENISSIER que dans "Dictionnaire de philosophie politique" de RAYNNAUD-RIALS, on ne trouve pas d'entrée Conflit. Par contre, puisque précisément la philosophie politique s'occupe de l'exercice et de l'organisation du pouvoir des hommes les uns sur les autres, Pouvoir y figure bien.
        Dans l'un, "Éléments de philosophie politique", le Pouvoir (Force/Contrainte/Violence) est défini à partir du verbe "Je peux" qui signifie "J'ai la capacité d'agir et de faire".
"On exerce un pouvoir selon que l'on influence l'existence ou la capacité d'action de ceux sur qui il s'exerce. Comme le pouvoir est ce à quoi l'on se soumet, il repose sur le recours actif ou potentiel à la violence; et parce qu'il est puissance d'oppression, il engendre en retour cette contre-violence qu'est la résistance."
   Pouvoir politique renvoie également à Souveraineté, Souveraineté signifiant le pouvoir le plus haut.
        Dans l'autre, "Dictionnaire de philosophie politique", Pouvoir comme Puissance renvoie directement à Souveraineté.
"On peut se demander ce que les notions de souveraineté, de puissance, et de pouvoir ont de commun pour être légitimement associés", au delà des mots. "Comme la souveraineté exprime l'idée d'un pouvoir de commander que détient un Etat - elle est le critère de l'Etat - elle fait figure de type déterminé de pouvoir ou de puissance, elle est l'espèce de genre plus vaste que constitue le pouvoir ou la puissance".
          On voit à travers ces définitions que les conflits politiques sont régulés ou organisés par l'Etat pour ne pas dégénérer en violence. Mais derrière cette régulation se trouvent d'autres conflits entre groupements humains qui organisent, au nom de la société, cette régulation, cette organisation. La philosophie politique veut guider, du point de vue de ces divers groupements, l'organisation des différentes forces sociales qui agissent dans la société. Elle est étroitement liée à l'exercice de la souveraineté. Et il n'est pas étonnant que la plupart des philosophes politiques soient des conseillers de princes, qui entendent agir au nom de tous ou au nom d'un être supérieur à tous.
         Bien entendu, en philosophie politique, la guerre et la paix sont des enjeux centraux. Sans guerre, sans conflit, il n'y aurait pas de philosophie politique. En retour, une certaine philosophie politique veut indiquer ou chercher les conditions d'éviter la guerre entre les groupements humains et certains autres, une autre,  peut-être moins en vue aujourd'hui, en tout cas ouvertement, cherche les moyens de mettre le plus efficacement possible la guerre au service de certains groupements humains.
          Cette perspective dominante de la philosophie politique possède tout de même le défaut de confondre peut-être un peu rapidement  Force, violence, conflit. D'autres voies de raisonnement sont possibles.
              Parmi ces autres voies de raisonnement, figurent l'interrogation sur le contenu même d'un conflit politique.
Ainsi, Patrice CANIVEZ, de l'Université de Lille, partant de l'expérience politique commune, examine trois caractéristiques des conflits politiques. Les conflits politiques ne concernent pas des individus mais des groupes de toute sorte. Directement ou indirectement, ils impliquent les institutions étatiques. Ils demandent une "solution politique", c'est-à-dire une solution par la discussion et non par la violence. L'analyse de ces caractéristiques conduit à formuler quelques réflexions essentielles sur la politique et la signification du compromis. Il conclue en posant la question de la "sagesse politique". "S'il y a une prudence politique, fondée sur la prévoyance et l'intelligence des situations, l'un des points d'application de cette prudence est la capacité d'anticiper les conflits, d'en réduire la fréquence et l'intensité. Car l'alternative entre violence et discussion reste au coeur des conflits politiques. cela veut dire, entre autres, que le conflit peut imposer la recherche d'un compromis, mais aussi le rendre de plus en plus difficile, voire impossible, quand la violence est allée si loin qu'aucune discussion ne peut plus être envisagée entre les parties. Dans ce cas, il ne reste plus d'autre alternative que la victoire d'un camp sur l'autre ou l'interposition d'un pouvoir qui réduit les adversaires au silence. Or cela, c'est la mort de la politique. Si la politique a affaire aux conflits, ce n'est donc pas seulement pour les mener, ni même pour les régler, c'est aussi pour les prévenir. C'est pour ne pas donner leur chance à la violence et aux violents."
D'une autre façon, Patrick SAVIDAN, de l'Université de Paris-Sorbonne et de l'Observatoire des inégalités pose la question de savoir si réellement, dans certaines sociétés démocratiques, nous connaissons un âge de "dissolution du politique". Dans sa forme politique, cette tendance s'exprimerait selon deux modalités : la distanciation à l'égard des institutions politiques et l'exacerbation de la fonction de contrôle et de surveillance du pouvoir politique. Face à une telle montée en puissance du "citoyen-surveillant", et afin de lutter contre la défiance qu'exprime son intense activisme, les gouvernants sont naturellement portés à s'investir plus ou moins résolument dans la mise en place et le fonctionnement de dispositifs participatifs. Il en résulte une tension au sein même de ces dispositifs, qui tient au fait qu'ils sont le plus souvent institués pour capter et neutraliser les ressource de la "souveraineté négative", alors même qu'ils cherchent à abolir cette distanciation et à recadrer la fonction de surveillance assumée par le citoyen pour le conduire à réintervenir dans le cadre des contraintes inhérentes au rôle de producteur (même très indirect) de la décision collective. Cette problématique de la démocratie participative constitue une facette du courant important de la philosophie politique d'aujourd'hui, mais cette démarche se heurte inévitablement au sens que possèdent les différents citoyens de l'injustice de certaines situations sociales
Dans un registre lui aussi un peu différent, Mark HUNYADI, de l'Université catholique de Louvain s'interroge si la tolérance est une valeur, une vertu, une attitude ou autre chose encore. La tolérance peut être définie, de manière originale, comme "mise en latence de conflits continués". Cette définition se réfracte dans les différents usages de la tolérance (vertu, principe, etc.). Il tente de montrer simultanément comment la tolérance est constitutive de la possibilité d'un monde commun, monde commun inévitablement marqué par la pluralité, donc par la conflictualité. L'"agir passif" de la tolérance apparaît ainsi à l'origine même du monde commun, et non comme une vertu politique dont on n'aurait besoin que lorsque monde commun et société sont déjà constitués, comme c'est le cas par exemple chez RAWLS et HABERMAS. Dans le cours de sa réflexion, l'auteur revient su la définition du conflit présente dans l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert. A l'article Tolérance, nous pouvons lire : "On peut compter sans doute plusieurs sources de nos discordes. Nous ne sommes que trop féconds en ce genre. "De cet excès de belliquosité, si l'on peut dire, qui menace en permanence les relations humaines sous toutes ses facettes, on peut rendre compte si l'on donne à la notion de conflit une extension maximale, en le définissant comme divergence manifestée. (...), une telle extension est heuristiquement intéressante, précisément en ce qu'elle ne préjuge pas du type, de la nature ou de l'objet de la divergence considérée ; il importe en revanche à celle-ci d'être manifestée, puisque cette manifestation est l'émergence même du conflit - sa manifestation est son être même (Nous ne faisons pas forcément nôtre une telle conception) -, et appelle, en tant que telle, une réponse - belliqueuse ou pacifiante, pacifiante ou tolérante, nul ne peut le dire à l'avance".


    Thierry MENISSIER, Éléments de philosophie politique, Ellipses, 2005; Sous la direction de Philippe RAYNAUD et de Stéphane RIALS, Dictionnaire de philosophie politique, PUF, 2005.
    Patrice CANIVEZ, Patrick SAVIDAN et Mark HUNYADI, contributions dans la revue de métaphysique et de morale, Avril 2008, sur le thème Figures du conflit.
    
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11 juin 2008 3 11 /06 /juin /2008 08:45
          Une sociopsychanalyse
                Cette nouvelle voie de la psychanalyse, fondée par Gérard MENDEL (1930-2004) veut mener le plus loin possible une analyse de la société qui aille au tréfonds des conflits intrapsychiques. Comme les individus sont traversés de tels conflits, il est logique de penser que la société toute entière est prise dans une dynamique de confrontations de tous ces conflits intrapsychiques. Confrontant constamment ses réflexions inscrites dans une trentaine d'ouvrages à une pratique collective de terrain, Gérard MENDEL privilégie l'école (de la maternelle à la terminale) comme l'un des lieux d'application de sa méthode pour y installer l'apprentissage de la démocratie par le développement et la socialisation des jeunes, aussi bien entre eux, qu'avec leurs enseignants.
   Pour lui, le phénomène de l'autorité est au centre de l'articulation du psychique et du social. Le pouvoir de l'acte et le pouvoir sur l'acte le conduisent à l'actepouvoir, mouvement d'appropriation de l'acte, mouvement fondamental. "La révolte contre le Père" (1968) par lequel Gérard MENDEL introduit la sociopsychanalyse veut montrer une évolution de l'humanité du primat de la Mère Nature à celui du Père Fort pour aboutir sous la poussée de l'Idéal Technologique à une révolte destructrice contre le Père et contre les valeurs qui s'y rattachent. Mêlant une anthropologie à la psychanalyse, "La chasse structurale" (1977) mène à une réflexion sur le long terme, sur l'animalité de l'homme, travaillé depuis quatre millions d'années par une organisation collective et structurale du travail, par un nouveau mode de production matériel produisant le devenir humain.
   A travers notamment son groupe-outil d'étude "desginette" (créé en 1971), son oeuvre fait la promotion d'un socialisation différente de l'enfant pour un devenir humain moins fondé sur la soumission à l'autorité.
      Cette sociopsychanalyse française fait partie d'une tentative, répandue également en Grande Bretagne et au Québec, de créer une sociologie proche de l'expérience vécue, qui faut du sujet, de son clivage et de ses contradictions un élément central dans la construction sociale, même si diverses applications, y compris celle de Gérard MENDEL et de son équipe, n'ont pas aujourd'hui - loin de là - l'assentiment de la majorité des psychanalystes.

       Gérard MENDEL, La révolte contre le Père, une introduction à la sociopsychanalyse, Petite Bibliothèque Payot, 1968; La crise de générations, PBP, 1969; La chasse structurale, une interprétation du devenir humain, PBP, 1977. Gérard MENDEL et Christian VOGT, Le manifeste éducatif, PBP, 1973. Proches de l'activité clinique, sont parus entre 1972 et 1976, également à la Petite Bibliothèque Payot, six livres, portant le titre Sociopsychanalyse, tomes 1 à 6.
Un film tourné dans un collège rural en 2000 témoigne de l'activité de Gérard MENDEL.
Site de l'ASGAP : www.sociopsychanalyse.com.

                                                                                                               PSYCHUS
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9 juin 2008 1 09 /06 /juin /2008 16:17
          La psychanalyse culturaliste
               
           Erich FROMM (1900-1980) et Karen HORNEY (1885-1952) sont deux différents représentants d'une psychanalyse parfois éloignée de celle du fondateur, notamment en ce qui concerne le rôle de la sexualité.

                   Erich FROMM, après une pratique plutôt "traditionnelle" de la psychanalyse dans les années 1930, excelle à critiquer les bases morales et philosophiques centrales de Sigmund FREUD. Dans "Fuite de la liberté" (1941), il cherche à joindre les études de l'individu et les études de la société. Marxiste, il l'est beaucoup moins que Wilhelm REICH et il se borne souvent à défendre la démocratie telle qu'elle existe aux Etats-Unis où il émigre dès 1933.
Pour lui, le phénomène fondamental n'est pas le rapport avec la satisfaction ou la frustration d'une pulsion, mais plutôt avec la relation spécifique de l'individu au monde. La névrose résulte d'un conflit entre les pouvoirs innés de l'homme et les forces qui font obstacle, dans la société, à un développement. Ce conflit n'est que secondaire car l'homme est mû par une pulsion innée d'intégration et de croissance. Dans "l'anatomie de la destructivité humaine" (1973) Erich FROMM se livre à une longue étude sur le caractère, détaillant des conceptions sur l'agressivité humaine qui lui fait distinguer l'agressivité bénigne, l'agressivité maligne et la destructivité.
Beaucoup enseigné au Mexique, ses oeuvres trouvent toujours un grand écho en Allemagne (où il fait partie de l'école de Francfort) et en Italie.

             Karen HORNEY compte parmi les fondateurs de l'Institut psychanalytique de Berlin, mais se détache dès 1934 (lorsqu'elle émigre aux Etats-Unis) des notions fondamentales du freudisme pour élaborer ("La personnalité névrotique de notre temps", 1937; "L'auto-analyse", 1942 - particulièrement mal reçu en Europe - "Nos conflits intérieurs", 1945, "Névrose et croissance humaine", 1950), une théorie originale. Notamment sur les conflits intérieurs : l'origine des structures caractérielles névrotiques se trouve dans les conflits entre trois attitudes fondamentales : mouvement vers autrui, mouvement contre autrui, fuite devant autrui.
Karen HORNEY met l'accent sur les stratégies interpersonnelles ("Nos conflits intérieurs"). Comme les gens ont tendance à recourir à plusieurs stratégies à la fois, ils sont assaillis de conflits intérieurs. pour éviter d'être déchirés ou paralysés, ils suivent la stratégie dominante qui s'accorde le mieux à leur culture, à leur tempérament et aux circonstances ; mais les tendances refoulées persistent, engendrant des incohérences et remontant à la surface en cas d'échec de la solution prédominante.
Elle met l'accent également sur les stratégies intrapsychiques ("Névrose et développement humain"). Afin de compenser les sentiments de faiblesse, d'insuffisance et d'amour-propre déficient, les gens cultivent d'eux-même une image idéalisée, qui engendre un système d'orgueil. Ce système d'orgueil est fait d'orgueil  névrotique, de prétentions névrotiques et d'impératifs tyranniques qui, tous intensifient la haine de soi contre laquelle ils sont censés opposer une défense. L'image idéalisée est intérieurement divisée puisqu'elle réfléchit non seulement la stratégie interpersonnelle dominante, mais aussi le conflit entre elle et les tendances subalternes (Bernard PARIS dans Dictionnaire international de la psychanalyse)
  Considérée comme la première féministe psychanalyste, elle ne cesses de poursuivre les réflexions sur les conflits intérieurs à la femme plongée dans une culture machiste. Ses écrits influencent aujourd'hui une grande partie de la psychanalyse américaine, notamment l'école interpersonnelle de psychanalyse.


   Erich FROMM, la peur de la liberté, 1941 (Buchet-Chastel, 1963); La passion de détruire, anatomie de la destructivité humaine, 1973 (Robert Laffont, 1975); La crise de la psychanalyse, Essai sur Freud, Marx et la psychologie sociale, 1970 (Denoel, 1971).
     Karen HORNEY, Névrose et développement humain, 1950 (je ne connais pas la traduction française); La psychologie de la femme, 1922 (Payot,1969); Nos conflits intérieurs, 1945 (L'arche, 1997). 


                                                                                                                      PSYCHUS
     

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9 juin 2008 1 09 /06 /juin /2008 13:37
      Ce rapport date de 1977. Il fut rédigé dans une ambiance sécuritaire qui rappelle l'hystérie médiatique de la fin des années 90. C'est pourquoi, il est intéressant aujourd'hui de revenir sur ce rapport, d'autant que sa tonalité, du moins au début de celui-ci, allait plutôt à l'encontre d'un sentiment d'insécurité auquel il opposa toute une série de chiffres et d'analyses. De plus, il semble que ce rapport soit à l'origine de la politique de sécurité intérieure mise en oeuvre dès les années 80 et accentuée de nos jours en France. Nous allons d'abord nous livrer à une petite analyse sans prétention de ce rapport, préférant de beaucoup céder à une manie un peu descriptive (C'est un rapport!), et ensuite nous examinerons les conséquences de l'application de certaines de ses recommandations.

  A  -  Le rapport du Comité d'Etudes sur la violence, la criminalité et la délinquance.

    Installé en 1976, le Comité abordait tant les aspects psychologiques et biologiques de la violence que l'urbanisation, l'économie, la protection de la jeunesse et les aspects pénaux et pénitentiaires. Il commanda de nombreuses études sociologiques sur divers points et le rapport général peut impressionner encore aujourd'hui par la profondeur de certaines analyses que tous les amis du président du Comité, à l'étiquette RPR (Rassemblement pour la République, de droite), Alain PEYREFITTE, n'ont pas dû tous apprécier...
   Comme de juste, "l'analyse a donc été centrée sur les comportement de violence générateurs d'insécurité : au premier chef, la criminalité et la délinquance de violence, mais aussi les violences économiques, les violences dans le monde du travail. En revanche ont été exclues en tant que telles, mais considérées dans leurs implications et dans leurs effets, les formes admises (sports violents...); les violences dites légitimes; les guerres; le terrorisme politique.".

    La première partie débute sur l'étude du sentiment d'insécurité lui-même.
Sur ce point le Comité conclue : "Le sentiment d'insécurité se développe dans l'appréhension d'une réalité imprécise. Il s'alimente moins de faits concrets, qu'il ne repose sur une image subjective de la criminalité. une représentation de la société qui tend à se propager. Elle est perçue comme une donnée immédiate de notre temps. Elle reflète partiellement la réalité, mais d'une certaine manière s'y intègre aussi : elle influe à son tour sur les comportements. Pour mieux apprécier la place de la violence dans la société française contemporaine, il importe de se dégager de cette perception première pour approcher autant qu'il est possible la réalité des faits criminels"."
  Aussi, le Comité s'est attaché à approcher objectivement la criminalité... et commença par constater l'insuffisance de l'appareil statistique, raison pour laquelle il a été obligé de commander quantités d'études, qui se retrouvent toutes dans la deuxième partie du rapport.
   Le Comité constate que "la violence contemporaine a (...) pris une forme nouvelle. Par l'insécurité qu'elle suscite, elle possède sa dynamique propre. Elle conduit à surestimer le phénomène criminel. Elle se diffuse de manière contagieuse dans notre société. Devant la pluralité des modes de la violence, l'analyse est sans doute difficile. Elle demeure indispensable." Par diffusion de manière contagieuse dans la société du phénomène criminel, le rapport entend la toxicomanie, l'alcoolisme, le suicide (classés dans les comportements de fuite), les réactions de violence des groupes sociaux qui ont fait des formes habituelles de "dialogue social" dans l'entreprise, la séquestration, la fraude fiscale, les incivilités plus ou moins grave en milieu urbain...
 
   Dans les facteurs d'aggravation, on peut lire l'action des médias, les aléas de la croissance, l'accroissement de la mobilité dans le monde du travail (ce qui pourrait faire réfléchir certains libéraux), la dévalorisation de l'autorité familiale, la peur de la jeunesse, les désillusions de l'euphorie éducative (thème préparant certaines remise en cause de principes éducatifs du modèle français), le danger de perfectionnisme des institutions de socialisation destinées aux jeunes (on voit venir des promesses de réduction de crédits en la matière)... Quand on sort de ces thèmes, on rentre dans les lignes suivantes dans des formulations curieuses du malaise social. La société de consommation, société de convoitise, exalte l'acte de consommer et appauvrit les liens sociaux... par la dilution du sentiment de propriété (dilution qui rend légitime le vol à l'étalage, thème favori des démarques inconnues des grandes surfaces). Et surtout, il existe un "abaissement du seuil de tolérance à l'inégalité" (thème sociologique vraiment intéressant...) et le Comité se plaint du resserrement du lien entre violence et inégalité. Cela pourrait être humoristique s'il n'y avait derrière le regret que l'accroissement des inégalités favorise l'augmentation des luttes sociales, des conflits sociaux. "En présence de ce constat, individus et groupes peuvent être tentés de mettre en cause un statut moral et juridique qu'ils voient ou croient voir bafoué par d'autres : voleur de bicyclettes contre homme d'affaires véreux." On pourrait croire naïvement qu'il s'agit là d'une banale constatation, mais viennent dans le texte du rapport, tout de suite après, des considérations morales, pour que ne s'ouvre pas, devant le spectacle de ces injustices, la "porte à la déraison"!
   Populations entassées, segrégées, anonymes, le constat est clair sur la responsabilité d'un certain urbanisme dans le développement de violences, violences qui sont autant de cris de ceux qu'on ignore, de réponses à ce que le Comité appelle l'appauvrissement du dialogue social à tous les niveaux avec un certain art de la litote.
En d'autres termes, c'est le constat de carences dans la démocratie qui est dressé. Mais on en reste évidemment - ne débordons pas le cadre des compétences du Comité - au "difficile dialogue prévention-répression" pour éviter que la violence dégénère dans les quartiers.
    Le comité  rappelle les insuffisances d'alors de la prévention (présence policière, programmes sociaux d'aide insuffisamment coordonné lorsqu'ils existent). Il dénonce en même temps les "hésitations de la répression", la politique pénale insuffisamment adaptée à l'évolution de la délinquance" et stigmatise le laxisme dans l'application des peines. Quelques lignes seulement sont consacrées au reclassement des condamnés.
   Au fil du texte, le Comité, composé, rappelons-le de professionnels très connus de la sociologie, de la psychiatrie, de la justice, des arts et métiers, de l'urbanisme, oscille entre une approche sécuritaire (appareils de la justice et de la police inadaptés à la nouvelle situation) et une approche sociétale, notamment dans le domaine de l'urbanisme, ce qui donne dans la troisième et dernière partie du rapport des recommandations qui vont de la première logique à la seconde...

   105 recommandation sont émises, regroupées par thèmes :

    Nous reproduisons de façon exhaustive la liste de ces 105 recommandations, car dans la deuxième partie, je m'y référerais pour comparer celles-ci aux politiques suivies par la suite dans la partie 2 de cet article.
              
            Appareil statistique
   1 Assurer une coordination des statistiques judiciaires et des statistiques du Ministère de l'intérieur, pour une utilisation combiné   
    2 Diversifier les rubriques utilisées pour l'établissement des statistiques judiciaires
    3 Publier et diffuser plus régulièrement et rapidement les statistiques de délinquance des mineurs
    4 Etudier la création d'un système de prise en compte des faits délictueux plus fiable
    5 Affiner les statistiques judiciaire par la prise en compte distincte des faits commis par des malades mentaux
              
                Recherches
    6 Poursuivre les recherches sur le coût du crime (tableau de bord économique sur les profits de la délinquance et         évaluation des processus judiciaires)
    7 Réévaluation des crédits consacrés aux études sur la violence, la criminalité et la délinquance
    8 Coordonner ces recherches par la Délégation Générale à la Recherche Scientifique et Technique
    9 Accroître les recherches sociologiques et pénologiques
  10 Soutien prioritaire aux recherches médico-psychologiques
            
                 Urbanisation
  11 Eviter un éparpillement désordonné des constructions à la périphérie des villes, altérant l'environnement
  12 Limiter la population des villes à 200 000 habitants
  13 Favoriser pour cela l'essaimage de la cité
  14 Mettre à l'étude pour cela les mesures pour rendre coûteux la rétention des terrains constructibles, combattre la spéculation foncière (Si si, c'est bien le texte du Comité)
  15 Réduire la taille ds immeubles de grandes dimensions
  16 Favoriser les maisons individuelles
  17 Appliquer une stratégie de construction de villes nouvelles pour pallier l'isolement des premiers habitants
  18 Restructurer les villes existantes pour refaire renaître la notion de quartier
  19 Encourager les habitants à personnaliser leur quartier et décentraliser certains équipements généraux
  20 Doter un même quartier d'activités diversifiées
  21 Encourager la vie associative
  22 Eviter la ségrégation des quartier par âges, revenus et cultures
 23 Faire de la ville un point de rencontre et non un carrefour de solitudes (un lieu d'habitat réel et moins de circulation, de passage, c'est du moins ce que j'ai compris). Installer des zones piétonnes
  24 Favoriser la création d'équipement sommaires (terrains de jeux, d'aventure)
  25 Développer les pistes cyclables
  26 Réserver dans la conception des immeubles les possibilités d'adaptation intérieure
  27 Accroître l'isolation phonique des appartements et des ateliers (problème du bruit, facteur de violence)
  28 Eviter le gigantisme des établissements publics (administrations, hôpitaux, universités...)
          
                 Déculturation
  29 Mesures pour réduire les déracinements culturels  (aménagements du territoire, main d'oeuvre locale, zones de            créations d'emplois locaux, déconcentration de l'activité industrielle)
  30 Etudier les remèdes pour combattre les effets du déracinement
         
                Positions dominantes et Abus
  31 Répression des abus liés à une position dominantes en économie (C'est dans le texte aussi...)
  32 Développer l'arbitrage rapide dans les lieux de travail
  33 Sanctionner l'arbitraire administratif
  34 Remédier aux anomalies de service dans les administrations
  35 Rendre plus difficile l'utilisation abusive de lois sibyllines ou le détournement de textes (cela semble concerner   
     plutôt les administrations, que les assurances ou les serveurs d'internet se rassurent... )
           
                Délinquance
  36 Rendre plus difficile la délinquance astucieuse (moyens de paiement, entreprises-écrans...)
  37 Accroître les risques encourus par le délinquant (répression plus rapide, interdictions professionnelles,                
    amendes plus proportionnalisées au montant des sommes fraudées (texte assez général pour favoriser le        
    relèvement  des amendes pour fraude fiscales ou indélicatesses financières, mais il ne faut pas rêver...)
 38 Donner aux parents des informations éducatives (éléments psycho-sociaux) par voie de radio et de télévision
        (parfois les professionnels de l'éducation rêvent....)
 39 Développer l'économie familiale
 40 Favoriser le temps partiel pour permettre la vie familiale (certains pensaient sans doute au 35 heures véritables)
 
           Mass Media
 41 Etudier les corrélations entre spectacle et violences (Les membres du Comité sont très divisés sur cette question)
 42 Etudier la création d'un comité consultatif, pour chaque chaîne TV, de programmation des émissions.
 43 Accroître le rôle des maires en matière de spectacle public
 44 Limiter l'accès des mineurs à certains établissements

         Alcoolisme et Médecine
 45 Prévenir plus énergiquement l'alcoolisme
 46 Développer le dépistage systématique de l'alcool
 47 Actualiser la loi de 1954 sur les alcooliques dangereux
 48 Mieux informer sur l'alcoolisme en tant que facteur criminogène
 49 Appliquer plus sévèrement les règles de publicité de l'alcool
 50 Compléter la formation des personnels de certaines professions la formation sur les comportements violents
 51 Dispenser aux psychiatres l'enseignement de la pathologie sociale, de la psychiatrie légale et de la criminologie
 52 Informer les praticiens des résultats des recherches en criminologie

          Protection de la jeunesse
 53 Encourager les réalisations spontanées de groupes de jeunes (associations de quartier)
 54 Accroître la participation des jeunes aux choix  et à l'organisation de leurs loisirs
 55 Ouvrir les institutions socio-culturelles aux jeunes
 56 Eviter en matière de sport une politique de sélection systématique
 57 Compléter la formation des éducateurs en prévention spécialisée
 58 Ouvrir le recrutement des éducateur de prévention
 59 Organiser le reclassement et la promotion professionnelle des éducateurs de prévention
 60 Inciter à la constitution d'équipes pluri-disciplinaires de prévention
 61 Favoriser les conventions pédagogiques entre équipes de prévention
 62 Organisation la coordination des services concernés par la prévention
 63 Assurer aux associations de prévention un financement plus souple
 64 Sensibiliser les tribunaux sur la nécessité d'orienter les affaires concernant les mineurs vers le juge des enfants
 65 Développer les services d'orientation éducative près des tribunaux pour les mineurs
 66 Organiser une concertation régulière au niveau du département entre juges pour enfants et représentants de la
        Direction de l'Action Sanitaire et Sociale
 67 Favoriser les mesures d'éducation en milieu ouvert
 68 Limiter là à des interventions ponctuelles l'action de la police et de la gendarmerie en matière de prévention
         individualisée
 69 Doter chaque juridiction de la jeunesse des équipement divers suffisants
 70 Modifier la dénomination des juges qui se consacrent à la protection judiciaire des mineurs (les professionnels
         ne négligent pas les mesures cosmétiques... )
 71 Augmenter les effectifs de juges de la jeunesse et leur formation
 72 Accroître le nombre d'éducateurs
 73 Aménager la scolarité obligatoire, de manière à favoriser l'insertion des élèves les plus défavorisés
 74 Accroître l'intérêt des élèves pour l'enseignement qui leur est dispensé
 75 Réduire les handicaps socio-culturels
 76 Assurer une pré-formation professionnelle adaptée
 77 Autoriser les dérogations exceptionnelles à l'obligation scolaire, pour les élèves qui ne peuvent plus suivre

          Sécurité des édifices
 78 Définir des règles de prévention de la violence lors de la construction des édifices
 79 Renforcer l'éclairage des rues (On se croirait dans un rapport de la fin du XVIIIème siècle, pour devoir faire une
       recommandation de ce type ...)

          Police
 80 Engager une étude  afin de déterminer quels devraient être les effectifs minima des forces de police, pour que les besoins de sécurité des citoyens soient satisfaits
 81 Instituer dans les villes de petits postes de quartiers et recourir à îlotage
 82 Recherche l'efficacité en accroissant les matériels à disposition des services de police
 83 Améliorer les relations entre la police et les citoyens

      Institutions judiciaires
 84 Assurer une meilleure connaissance des institutions par le public
 85 Organiser en liaison avec les Tribunaux d'instance, une mission générale de conciliation pour les petits conflits
       quotidiens
 86 Augmenter les effectifs de la Police Nationale affectés à la police judiciaire
 87 Inciter les procureurs à mieux animer et coordonner l'action de la police judiciaire

      Coopération internationale
 88 Renforcer la coopération internationale en matière de prévention et de la lutte contre la grande criminalité
 89 Procéder à l'étude des circuits criminels (blanchiment... )

       Système pénal
 90 Promouvoir les peines de substitution à la prison
 91 Accroître la possibilité pour les tribunaux de moduler les peines en fonction des situations de fortune
 92 Permettre aux tribunaux de prononcer l'interdiction de détenir une arme
 93 Permettre aux tribunaux de prononcer des peines éducatives pour les jeunes adultes
 94 Moderniser le régime des incriminations pénales (refonte du code pénal)
 95 Etude d'une diversification des qualifications délictuelles

         Expertise
 96 Donner à l'expertise mentale toute sa valeur et son efficacité. (Ne souriez pas, l'affaire d'Outreau n'a pas encore
          eu lieu)
 97 Elargir le champ des expertises à tous les cas graves d'infractions de violence
 98 Moderniser les conditions techniques de l'expertise

      Application des peines
  99 Réformer les conditions de libération conditionnelle pour les condamnations à lourde peine
100 Augmenter le nombre des juges de l'application des peines  (Arrêtez de rire, c'est une affaire sérieuse, et la
         recommandation est bonne en soi, même si elle est régulièrement faire depuis plus de cent ans... )
101 Aménager le régime des permissions
102 Créer des établissements pénitentiaires de faibles dimensions

     Peine de mort
103 Abolition de la peine de mort, et son remplacement par une peine de sûreté

    Institutions
104 Créer à l'échelon national un organisme permanent chargé de coordonner l'action des diverses institutions chargés de missions de prévention de la délinquance et de la violence
105 Créer un organisme départemental décentralisé

   Réponses à la violence, Rapport général du Comité d'études sur la violence, la criminalité et la délinquance, présidée par Alain PEYREFITTE, Presses Pocket, 1977.

                                                                                                          SOCIUS


 
 
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9 juin 2008 1 09 /06 /juin /2008 13:29
     Au début, je croyais qu'un contable, c'est quelqu'un qui racontait des histoires, des contes à dormir debout.
     Ensuite, j'ai pensé que les comtables (les rapprochant des comtes)  étaient plutôt des gens très proches du pouvoir, si proches qu'on leur filait le titre de comte, la particule.
    Ce n'est que plus tard que j'ai compris que les comptables faisaient tout simplement des règlements de comptes.
   Et en affinant mon enquête, finalement ils faisaient simplement des comptes avec des chiffres et non pas avec des révolvers, quoique le résultat est parfois aussi probant.
    Mais réflexion faite, dans notre monde plein de chiffres, ce serait plutôt des personnages qui racontent des histoires, avec plein de chiffres au lieu de mots ou d'armes, permettant de régler certains comptes dans les sphères du pouvoir... et par ces comptes, départageant (de manière souvent très fictives) les acteurs des différents rapports de force, avec autour de leur activité un respect qui frise celui qu'on avait auparavant pour les actes religieux...
   Et les experts comptables sont vraiment des experts quand il s'agit de raconter des histoires chiffrées. Car s'ils ont des comptes à régler, c'est souvent avec... la réalité!
 
   Ce qui précède provient d'un comptable.
   C'est tout dire le degré de considération que peut atteindre ce métier.
   L'occasion de fréquenter des experts-comptables, de réfléchir sur le fond sur la pratique de ce métier (des approximations transformées en exactitudes, des compromis passés avec les clients entre intérêts des actionnaires et intérêt fiscal et des transformations, parfois très curieuses,  dans les procédures de comptabilisation sans compter l'idéologie forte qui traverse tout le système comptable, mettant au premier plan le capital financier au détriment du capital humain, le point de vue du dirigeant de l'entreprise au détriment des associés ou salariés...), de constater bien des présentations fallacieuses de comptes, provoque une certaine répulsion.
   Il faut dire que l'invasion des considérations financières dans la vie quotidienne des gens et des organisations a de quoi remettre en question bien des sympathies antérieures. Après tout, on peut avoir aimé ce métier...
   Certes, il faut bien compter pour bien dépenser et bien gagner de l'argent. Mais il ne s'agit absolument plus de cela. Il s'agit de faire passer d'abord les flux financiers avant même les objectifs premiers des entreprises, qui est de produire des biens et services. On ne parlera pas des associations à qui l'on veut faire épouser l'idéologie et les pratiques de ce que sont devenus les entreprises... On en arrive à des absurdités telles que les comptes sont apurés, la situation financière brillante, et plus aucun bien et service valables produits!
 
   Ceux qui pensent que ce qui précède n'est pas très sérieux devrait réfléchir (cela a beau vouloir être humoristique, ce n'en est pas moins très sérieux...) à l'étrange voisinage entre les verbes compter et conter. Si étrange que Bernard COLASSE, auteur d'un Dictionnaire de comptabilité (La Découverte, 2015) y consacre une rubrique. "Comme le mot comptable, écrit-il, le verbe "compter" est dérivé du latin computare (calculer, mettre dans un compte, faire les comptes) : compter l'entreprise, c'est la mettre en comptes. Computare a également donné naissance à "conter", qui signifie aujourd'hui narrer, raconter, relater...
Les verbes compter et conter restent cependant étrangement voisins : on compte l'entreprise pour faire rapport dessus, pour la conter, et il arrive aussi que les comptes d'une entreprises soient des contes... On parlera encore longtemps des "comptes de fées" d'Enro, de Vivendi, de Worldcom ou de Parmalat.
De computare et "compter" viennent aussi le verbe "comptabiliser" (enregistrer), le substantif "comptabilisation", son antonyme "décomptabiliser" (action de sortir de la comptabilité un actif ou un passy), le lourd adverbe "comptablement" (en comptabilité), et bien sûr, compte et comptabilité." 
Bien entendu, pas d'analogie avec le comte ni la comtesse, mais on n'arrête pas le progrès!
 
Modifié le 4 novembre 2013
Modifié le 31 janvier 2016
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6 juin 2008 5 06 /06 /juin /2008 14:40
       Les hommes sont individuellement et collectivement jetés sur les routes de l'histoire, au milieu de conflits qui existaient bien avant eux et qui existeront longtemps après eux.
         Dans l'antiquité comme dans le temps que les contemporains appellent modernes, en espérant toujours un renouveau de la vie de l'humanité, les trois questions raciale, nationale et sociale se sont trouvées inextricablement liées dans la vie quotidienne comme dans les grandes occasions historiques. Et dans l'esprit de ces hommes et de ces femmes, des conflits réels se sont trouvés occultés par des conflits imaginaires, autant de thèmes de fixation de l'émotion collective. Que l'on songe aux contes de l'antiquité où les hommes doivent se concilier constamment des puissances surnaturelles au point d'y consacrer du temps et de l'espace, que l'on songe aussi aux religions "modernes" qui accaparent également encore l'esprit de millions d'êtres humains. Se concilier les forces d'en haut pour qu'elles n'entrent pas en conflit avec les hommes, s'en faire des alliés dans les actions de tous les jours comme sur les champs de bataille, a polarisé l'attention d'une infinité de fidèles de tout bord. Déclarer l'alliance avec un dieu, c'est déclarer la guerre à d'autres dieux, et cela prend de l'énergie, du temps et de l'intelligence... Déclarer la guerre à Satan, c'est aussi déclarer la guerre à ses serviteurs sur Terre, et on connaît l'ampleur des luttes religieuses qui ne sont pas encore terminées de nos jours. Les pensées et les actions sont tellement prises par ces conflits imaginaires transformés par l'épée et la bombe en conflits réels, que les hommes en oublient les véritables différends qui agissent en profondeur.
       Etablir une Eglise, une Communauté sur la base de prophéties et de croyances au surnaturel, d'espoirs de vie dans l'au-delà, cimenter la vie des hommes qui vivent les uns à côté des autres, les prochains comme disent certains, pour qu'ils ne tombent pas dans la violence de leurs divisions, de leurs véritables conflits est sans doute la facette positive d'institutions spirituelles qui par ailleurs font perdurer les injustices et les privilèges économiques et politiques. L'illusion religieuse - fondée sur ce que les hommes ne connaissent pas et craignent - permet de faire perdurer des situations en ne posant pas les questions sexuelle et sociale.
     La division de l'humanité en deux parties, la division du monde en inférieurs et en supérieurs ont été toujours justifiées par l'invocation des puissances d'en haut avant d'être jugées naturelles. Encore aujourd'hui, la femme demeure la seconde dans maintes parties du monde et les systèmes de castes régentent toujours d'immenses territoires.
        
         La croissance de la population, sa densification, a transformé les tribus rachitiques d'autrefois en ensembles très grands, posant des problèmes d'identité de plus en plus larges, que les royautés - même de droit divin - ne pouvaient résoudre. Des nations forment aujourd'hui des ensembles identitaires par excellence, la religion,  battue en brèche par l'esprit scientifique ne pouvant plus assumer le poids de service de l'unité et de la coopération entre gens nés dans ces ensembles trop vastes. La question nationale a donc occupé les esprits, pour ne pas s'occuper de la question sexuelle et de la question sociale, dont les solutions risquaient de mettre en cause tout l'édifice social et mental.
   Mais comme l'extension des découvertes des peuples conquérants les font occuper les espaces habités par d'autres peuples jusque là éloignés, ils découvrent ces peuples aux caractéristiques apparentes différentes, et ils y trouvent d'ailleurs des moyens de s'enrichir davantage que par leur propre travail, par leur mise en esclavage ou mise en tutelle. L'esclavage existait déjà mais de façon "artisanale" et limitée.
Ces contacts mettent au jour la question raciale, qu'habillent les possédants et les puissants entre leurs peuples et ces peuples qu'ils exploitent largement. Cette question finit par occuper d'autant plus l'esprit que les contacts entre populations différentes se font plus fréquents et plus rapprochés. la question raciale peut prendre le relais de la question nationale et de la religion pour, encore une fois, mettre de côté les questions sexuelle et sociale. Quoi de plus "naturel" de se sentir plus proche entre gens de couleur semblable, même s'ils s'exploitent dans la réalité entre eux, et de dresser des barrières entre des gens de couleur différente.

        L'existence des questions nationale et raciale constitue un vrai pain béni pour les individus et classes sociales qui bénéficient des positions sociales dominantes (riches souvent), en ce sens qu'au lieu de se poser la question de l'amélioration de leurs conditions économiques, les individus et les classes sociales dominés (pauvres souvent), restent polarisés par les menaces orchestrées et mises en scène, des autres nations et des autres races. Non que les questions  nationale et raciale n'existent pas, mais parce que les termes de ces deux questions sont dans l'esprit de presque tous fondés sur des aspects imaginaires.
    L'imbrication des réalités (exploitation des Noirs - et des Indiens - par les Blancs, exploitation des petites nations par les grandes...) et des illusions (souillure fondamentale de la noirceur de la peau, différences fondamentales entre Français et Allemands...) rendent les conflits sociaux et nationaux d'autant plus intenses que les questions sont mal posées. Il n'est que de voir la question raciale aux Etats-Unis où la guerre de Sécession a tranché une question mal posée de l'esclavage (Et aujourd'hui d'ailleurs l'accession possible d'un Noir à la présidence risque de faire croire que l'on résout la question raciale et de faire oublier une fois de plus la question sociale). Deux guerres mondiales en Europe n'ont pas suffit apparemment pour que les questions nationales illusoires (battues en brêche par les réalités économiques)  soient réglées, car l'on n'a pas réglé précisément les questions sociales, ne serait-ce que l'écart croissant entre niveaux de vie des riches et des pauvres. Car ceux qui font l'opinion continuent de raisonner et de faire raisonner comme si les plombiers polonais menaçent les plombiers français alors que les agissements bancaires français les menacent bien plus.

       En réalité, c'est lorsqu'on commence à s'attaquer à la solution des questions sexuelle et sociale que l'on commence enfin à changer le cours de l'humanité. L'émancipation des femmes a des répercussions sur le statut des femmes noires par rapport aux femmes blanches et l'organisation des forces ouvrières à l'échelon européen met en cause les distinctions nationales sur le continent. La solution des questions sociale en particulier font découvrir la véritable nature des questions raciale et nationale, qui deviennent d'anciennes illusions, tout comme les solutions nationales avaient détruits les illusions religieuses.
      La mise en avant des réalités, la mise en veilleuse des terreurs ancestrales provoquent, de proche en proche, l'ébranlement de tous les édifices sociaux fondés sur les inégalités de sexe, de "race" et de "nationalité".

                                                                                                                            GIL
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6 juin 2008 5 06 /06 /juin /2008 14:15
        Otto RANK, une psychanalyse de la volonté et du conscient
               Cofondateur de l'Association Psychanalytique Internationale, véritable compagnon intellectuel et administratif de Sigmund FREUD dès 1906, Otto RANK (1884-1939) rompt avec l'orthodoxie qui s'établit (1924) sur la question de l'expérience consciente de l'individu. Avec "Le traumatisme de la naissance" (1924), il insiste sur l'expérience de l'individu confronté brutalement dès sa naissance à la réalité extérieure, avec ce qu'un tel changement compte de violence et de modifications énergétiques.
Alors que les freudiens classiques travaillent sur l'inconscient et les relations avec le père dans l'établissement d'une relation d'objet, Otto RANK place beaucoup plus tôt la formation d'une telle relation d'objet, à travers la mère. De plus, dans la cure, il opte pour une relation plus égalitaire entre le thérapeute et le patient (faisant de la fin de l'analyse, le moment du développement indépendant, à à l'inverse des analyses interminables). L'objectif est de faire revivre le traumatisme originel pour en tirer une conscience et une volonté d'agir ici et maintenant. Par là, il influence encore aujourd'hui la manière d'effectuer les thérapies psychanalytiques. Par ailleurs, ses nombreux écrits sur l'art, la poésie (Le motif de l'inceste dans "Poésie et Légende", 1912), contribuent à l'intelligence du mythe, de la religion et de l'éthique. La confrontation dès la naissance de l'individu à son milieu et les conflits qu'elle engendre se traduit également dans ces mythes et ces légendes.

   Otto RANK, Le traumatisme de la naissance, Influence  de la vie prénatale sur l'évolution de la vie psychique individuelle et collective, 1924 (Petite Bibliothèque Payot, 1928).


      Georg GRODDECK, une psychanalyse psychosomatique
           Médecin, pratiquant l'hydrothérapie, les massages et la suggestion, Georg GRODDECK (1866-1934), bien qu'admis dans la société psychanalytique de Vienne en 1920, ne s'y intègre pas. Il poursuit des recherches personnelles, tout en s'engageant dans les mouvements syndicaux, plus parfois romantiques que scientifiques, sur les relations entre le corps et l'esprit, entre les troubles somatiques et les processus psychiques inconscients. Il dialogue constamment avec Sigmund FREUD, notamment lors de la publication du "Livre sur le ça" en 1923, poussant ce dernier à approfondir ses conceptions du ça et du Moi. L'inconscient a une influence considérable sur la santé du patient ("Il n'y a pas de maladie qui n'ait sa cause première dans la pulsion sexuelle, et le combat avec cette pulsion) et il amorce le mouvement des multiples thérapies psychosomatiques d'aujourd'hui, notamment en France.
  Georg GRODDECK, tout en refusant de fonder une école ("Les disciples aiment que leur maître reste immobile, tandis que je prends pour un imbécile celui qui souhaiterait que je dise demain la même chose qu'hier"), trouve toujours par ses textes rédigés de manière vraiment inhabituelle, un public attaché à la mise en oeuvre d'une thérapie globale efficace des maladies somatiques.

    Georg GRODDECK, Détermination psychique et Traitement des affections organiques, 1917; Le livre du ça, 1923 (Gallimard, 1963).

                                                                                            PSYCHUS
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