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6 juin 2008 5 06 /06 /juin /2008 14:40
       Les hommes sont individuellement et collectivement jetés sur les routes de l'histoire, au milieu de conflits qui existaient bien avant eux et qui existeront longtemps après eux.
         Dans l'antiquité comme dans le temps que les contemporains appellent modernes, en espérant toujours un renouveau de la vie de l'humanité, les trois questions raciale, nationale et sociale se sont trouvées inextricablement liées dans la vie quotidienne comme dans les grandes occasions historiques. Et dans l'esprit de ces hommes et de ces femmes, des conflits réels se sont trouvés occultés par des conflits imaginaires, autant de thèmes de fixation de l'émotion collective. Que l'on songe aux contes de l'antiquité où les hommes doivent se concilier constamment des puissances surnaturelles au point d'y consacrer du temps et de l'espace, que l'on songe aussi aux religions "modernes" qui accaparent également encore l'esprit de millions d'êtres humains. Se concilier les forces d'en haut pour qu'elles n'entrent pas en conflit avec les hommes, s'en faire des alliés dans les actions de tous les jours comme sur les champs de bataille, a polarisé l'attention d'une infinité de fidèles de tout bord. Déclarer l'alliance avec un dieu, c'est déclarer la guerre à d'autres dieux, et cela prend de l'énergie, du temps et de l'intelligence... Déclarer la guerre à Satan, c'est aussi déclarer la guerre à ses serviteurs sur Terre, et on connaît l'ampleur des luttes religieuses qui ne sont pas encore terminées de nos jours. Les pensées et les actions sont tellement prises par ces conflits imaginaires transformés par l'épée et la bombe en conflits réels, que les hommes en oublient les véritables différends qui agissent en profondeur.
       Etablir une Eglise, une Communauté sur la base de prophéties et de croyances au surnaturel, d'espoirs de vie dans l'au-delà, cimenter la vie des hommes qui vivent les uns à côté des autres, les prochains comme disent certains, pour qu'ils ne tombent pas dans la violence de leurs divisions, de leurs véritables conflits est sans doute la facette positive d'institutions spirituelles qui par ailleurs font perdurer les injustices et les privilèges économiques et politiques. L'illusion religieuse - fondée sur ce que les hommes ne connaissent pas et craignent - permet de faire perdurer des situations en ne posant pas les questions sexuelle et sociale.
     La division de l'humanité en deux parties, la division du monde en inférieurs et en supérieurs ont été toujours justifiées par l'invocation des puissances d'en haut avant d'être jugées naturelles. Encore aujourd'hui, la femme demeure la seconde dans maintes parties du monde et les systèmes de castes régentent toujours d'immenses territoires.
        
         La croissance de la population, sa densification, a transformé les tribus rachitiques d'autrefois en ensembles très grands, posant des problèmes d'identité de plus en plus larges, que les royautés - même de droit divin - ne pouvaient résoudre. Des nations forment aujourd'hui des ensembles identitaires par excellence, la religion,  battue en brèche par l'esprit scientifique ne pouvant plus assumer le poids de service de l'unité et de la coopération entre gens nés dans ces ensembles trop vastes. La question nationale a donc occupé les esprits, pour ne pas s'occuper de la question sexuelle et de la question sociale, dont les solutions risquaient de mettre en cause tout l'édifice social et mental.
   Mais comme l'extension des découvertes des peuples conquérants les font occuper les espaces habités par d'autres peuples jusque là éloignés, ils découvrent ces peuples aux caractéristiques apparentes différentes, et ils y trouvent d'ailleurs des moyens de s'enrichir davantage que par leur propre travail, par leur mise en esclavage ou mise en tutelle. L'esclavage existait déjà mais de façon "artisanale" et limitée.
Ces contacts mettent au jour la question raciale, qu'habillent les possédants et les puissants entre leurs peuples et ces peuples qu'ils exploitent largement. Cette question finit par occuper d'autant plus l'esprit que les contacts entre populations différentes se font plus fréquents et plus rapprochés. la question raciale peut prendre le relais de la question nationale et de la religion pour, encore une fois, mettre de côté les questions sexuelle et sociale. Quoi de plus "naturel" de se sentir plus proche entre gens de couleur semblable, même s'ils s'exploitent dans la réalité entre eux, et de dresser des barrières entre des gens de couleur différente.

        L'existence des questions nationale et raciale constitue un vrai pain béni pour les individus et classes sociales qui bénéficient des positions sociales dominantes (riches souvent), en ce sens qu'au lieu de se poser la question de l'amélioration de leurs conditions économiques, les individus et les classes sociales dominés (pauvres souvent), restent polarisés par les menaces orchestrées et mises en scène, des autres nations et des autres races. Non que les questions  nationale et raciale n'existent pas, mais parce que les termes de ces deux questions sont dans l'esprit de presque tous fondés sur des aspects imaginaires.
    L'imbrication des réalités (exploitation des Noirs - et des Indiens - par les Blancs, exploitation des petites nations par les grandes...) et des illusions (souillure fondamentale de la noirceur de la peau, différences fondamentales entre Français et Allemands...) rendent les conflits sociaux et nationaux d'autant plus intenses que les questions sont mal posées. Il n'est que de voir la question raciale aux Etats-Unis où la guerre de Sécession a tranché une question mal posée de l'esclavage (Et aujourd'hui d'ailleurs l'accession possible d'un Noir à la présidence risque de faire croire que l'on résout la question raciale et de faire oublier une fois de plus la question sociale). Deux guerres mondiales en Europe n'ont pas suffit apparemment pour que les questions nationales illusoires (battues en brêche par les réalités économiques)  soient réglées, car l'on n'a pas réglé précisément les questions sociales, ne serait-ce que l'écart croissant entre niveaux de vie des riches et des pauvres. Car ceux qui font l'opinion continuent de raisonner et de faire raisonner comme si les plombiers polonais menaçent les plombiers français alors que les agissements bancaires français les menacent bien plus.

       En réalité, c'est lorsqu'on commence à s'attaquer à la solution des questions sexuelle et sociale que l'on commence enfin à changer le cours de l'humanité. L'émancipation des femmes a des répercussions sur le statut des femmes noires par rapport aux femmes blanches et l'organisation des forces ouvrières à l'échelon européen met en cause les distinctions nationales sur le continent. La solution des questions sociale en particulier font découvrir la véritable nature des questions raciale et nationale, qui deviennent d'anciennes illusions, tout comme les solutions nationales avaient détruits les illusions religieuses.
      La mise en avant des réalités, la mise en veilleuse des terreurs ancestrales provoquent, de proche en proche, l'ébranlement de tous les édifices sociaux fondés sur les inégalités de sexe, de "race" et de "nationalité".

                                                                                                                            GIL
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6 juin 2008 5 06 /06 /juin /2008 14:15
        Otto RANK, une psychanalyse de la volonté et du conscient
               Cofondateur de l'Association Psychanalytique Internationale, véritable compagnon intellectuel et administratif de Sigmund FREUD dès 1906, Otto RANK (1884-1939) rompt avec l'orthodoxie qui s'établit (1924) sur la question de l'expérience consciente de l'individu. Avec "Le traumatisme de la naissance" (1924), il insiste sur l'expérience de l'individu confronté brutalement dès sa naissance à la réalité extérieure, avec ce qu'un tel changement compte de violence et de modifications énergétiques.
Alors que les freudiens classiques travaillent sur l'inconscient et les relations avec le père dans l'établissement d'une relation d'objet, Otto RANK place beaucoup plus tôt la formation d'une telle relation d'objet, à travers la mère. De plus, dans la cure, il opte pour une relation plus égalitaire entre le thérapeute et le patient (faisant de la fin de l'analyse, le moment du développement indépendant, à à l'inverse des analyses interminables). L'objectif est de faire revivre le traumatisme originel pour en tirer une conscience et une volonté d'agir ici et maintenant. Par là, il influence encore aujourd'hui la manière d'effectuer les thérapies psychanalytiques. Par ailleurs, ses nombreux écrits sur l'art, la poésie (Le motif de l'inceste dans "Poésie et Légende", 1912), contribuent à l'intelligence du mythe, de la religion et de l'éthique. La confrontation dès la naissance de l'individu à son milieu et les conflits qu'elle engendre se traduit également dans ces mythes et ces légendes.

   Otto RANK, Le traumatisme de la naissance, Influence  de la vie prénatale sur l'évolution de la vie psychique individuelle et collective, 1924 (Petite Bibliothèque Payot, 1928).


      Georg GRODDECK, une psychanalyse psychosomatique
           Médecin, pratiquant l'hydrothérapie, les massages et la suggestion, Georg GRODDECK (1866-1934), bien qu'admis dans la société psychanalytique de Vienne en 1920, ne s'y intègre pas. Il poursuit des recherches personnelles, tout en s'engageant dans les mouvements syndicaux, plus parfois romantiques que scientifiques, sur les relations entre le corps et l'esprit, entre les troubles somatiques et les processus psychiques inconscients. Il dialogue constamment avec Sigmund FREUD, notamment lors de la publication du "Livre sur le ça" en 1923, poussant ce dernier à approfondir ses conceptions du ça et du Moi. L'inconscient a une influence considérable sur la santé du patient ("Il n'y a pas de maladie qui n'ait sa cause première dans la pulsion sexuelle, et le combat avec cette pulsion) et il amorce le mouvement des multiples thérapies psychosomatiques d'aujourd'hui, notamment en France.
  Georg GRODDECK, tout en refusant de fonder une école ("Les disciples aiment que leur maître reste immobile, tandis que je prends pour un imbécile celui qui souhaiterait que je dise demain la même chose qu'hier"), trouve toujours par ses textes rédigés de manière vraiment inhabituelle, un public attaché à la mise en oeuvre d'une thérapie globale efficace des maladies somatiques.

    Georg GRODDECK, Détermination psychique et Traitement des affections organiques, 1917; Le livre du ça, 1923 (Gallimard, 1963).

                                                                                            PSYCHUS
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5 juin 2008 4 05 /06 /juin /2008 15:49
     A consulter d'emblée au terme Conflit les dictionnaires d'économie, on pourrait penser que le conflit économique n'existe pas... Ni l'"Economie" de SAMUELSON-NORDHAUS, ni l'"Encyclopédie économique" de GREFFE-MAIRESSE-REIFFERS, ni le "Dictionnaire économique et social" de Thomas SUAVET, ni même le "Dictionnaire critique du marxisme" de LABICA-BENSUSSAN ne proposent d'entrée "Conflit".
  
     Il faut pour trouver quelque chose qui y ressemble dans l'"Encyclopédie économique" passer au chapitre 7, "Gestion et économie" pour tomber sur "Les origines du mauvais procès intenté à l'économie", au chapitre 16, "Fondements micro-économiques de la macro-économie", au chapitre 18, "Théories de la valeur" (et encore...), au chapitre 21, "Marchés et concurrence imparfaite" et enfin au chapitre 35 "Relations du travail". Les relations et conflits du travail, y est-il écrit, "posent à la pensée économique un défi permanent, pour deux raisons sans doute fortement liées. La première est que les mouvements ouvriers et les processus de syndicalisation sont indissociables des critiques de l'économie politique et du capitalisme développés depuis la Révolution industrielle (...) La seconde tient à la nécessité de prendre en compte de multiples dimensions, juridiques, sociales, institutionnelles, politiques, etc, dans l'analyse ."
    Dans  le "Dictionnaire économique et social", on y trouve des modalités de ces conflits du travail : grève, boycottage, et aussi lutte des classes, conscience de classe.
    Dans "Economie", il faut aller au chapitre 32 pour y trouver quand même, après bien des exposés sur les marchés et les lois de l'offre et de la demande, "Le conflit des écoles de pensée en macro-économie". Sont alors cités la tradition classique et la révolution keynésienne, l'approche monétariste, la nouvelle macro-économie classique et l'ultra-classicisme de l'économie de l'offre. Il suffit de consulter le livre d'ALBERTINI-SILEM, "Comprendre les théories économiques" où sont détaillés les courants "des fils" de KEYNES, de SMITH, de MARX et de SCHUMPETER pour en mesurer toute la partialité. Une chose au moins est assurée : il existe un conflit entre divers courants de la pensée économique!

     Ces trois ouvrages possèdent en commun de développer - parfois très longuement - la question de la concurrence entre les entreprises, branches d'entreprises, circuits économiques... Il s'agit là de conflits entre entrepreneurs, indirects, par l'intermédiaire des consommateurs de leurs biens et services, qu'ils tentent de d'accaparer, qui évoluent dans un monde soumis à des "lois" du marché.
A en croire certains auteurs, si ces "lois" n'empêchent par les crises économiques de tout genre de revenir régulièrement dans le temps, c'est que la concurrence est imparfaite, faussée selon SAMUELSON-NORDHAUS par des interventions des puissances publiques, par l'action des organisations syndicales, par la formation de monopoles et d'oligopoles... Cette tonalité se retrouve dans "Encyclopédie économique" où l'on insiste un peu plus sur les différents régimes de concurrence et sur l'information imparfaite des acteurs du marché. La planification y est vue sous un angle un peu plus favorable également.

        Le "Dictionnaire critique du marxisme" présente lui aussi le concept de concurrence pour l'attaquer dans ses fondements. C'est là que l'on trouve une analyse détaillée de la question des monopoles, et beaucoup plus largement, des rapports de production, non seulement entre les entreprises ou branches d'entreprises, mais surtout entre les salariés et les propriétaires des moyens de production. C'est à partir de ces rapports de production que s'élaborent les rapports de force entre classes sociales et les luttes de classes. Ces relations économiques sur déterminent les rapports sociaux. Les conflits économiques sont les premiers des conflits, même s'ils sont camouflés par toute une idéologie et noyés dans ce que Karl MARX appelle le fétichisme (l'apparence de la marchandises - par la monnaie notamment - inhérente aux rapports de production marchande).

      Alors que la plupart des économistes traitent des conflits économiques - sans les nommer - entre entreprises (concurrence) en minorant les conflits entre entrepreneurs et salariés, l'ensemble des écoles marxistes placent en premier plan ces derniers. L'économie commande la vie sociale, la base des conditions de l'existence des humains et il ne faut pas s'étonner si, à l'origine de presque toutes les guerres et insurrections se trouvent des causes économiques. loin de pouvoir se dissoudre dans des formules mathématiques, le conflit en économie mène toujours le monde. Lorsqu'on veut changer une société, on est forcément obligé de changer son économie.

      Sous la direction de Xavier GREFFE, Jacques MAIRESSE, Jean-Luc REIFFERS, Encyclopédie économique, Economica, 1990; Paul SAMUELSON et William NORDHAUS, Economie, seizième édition, Economica, 2000; Thomas SUAVET, Dictionnaire économique et social, Economie et Humanisme/Les éditions ouvrières, 1971; Georges LABICA et Gérard BENSUSSAN, Dictionnaire critique du marxisme, 1999; Jean-Marie ALBERTINI et Ahmed SILEM, Comprendre les théories économiques, Editions du Seuil, 2001.
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5 juin 2008 4 05 /06 /juin /2008 15:00
          Jacques LACAN, la psychanalyse du symbolique, de l'imaginaire et du réel.
               Débutant en 1932 par une thèse sur "De la psychose paranoïaque dans ses rapports avec la personnalité" lors de ses études de médecine dans les milieux psychiatriques, Jacques LACAN (1901-1981) se fait surtout connaître en 1936 au XIVème congrès de psychanalyse par une communication sur "le stade du miroir".
 C'est surtout une réflexion sur deux concepts, celui de corps propre (emprunté à Henri WALLON) désignant l'intution de l'unité de sa personne par le bébé, et celui de représentation, l'image dans le miroir. C'est une première différence entre le Je, celui qui voit son image et qui s'y identifie et le Moi, l'image à laquelle l'enfant s'identifie. Le processus d'identification est une tension entre un Je (sujet de l'inconscient) et un Moi toujours social, posé dans l'ordre de la logique et dans l'ordre social. Le stade du miroir, c'est donc l'aliénation active du sujet à une image, image qui ne peut servir à ce processus que si elle est reconnue à la fois comme artificielle par l'enfant et désignée comme représentation adéquate par l'adulte.
  Mû par la volonté de revenir à un réel freudisme, Jacques LACAN inaugure donc en 1936 cette triade qui différencie castration (Symbolique), frustration (Imaginaire) et privation (Réel). En 1953, il la fonde sur le structuralisme (de Claude LEVI-STRAUSS), l'inconscient étant structuré comme un langage, l'analyste devant représenter sans cesse chez le psychanalysé le lapsus et autres tournures révélateurs de la personnalité. Les ruptures dans le monde psychanalytique français sont plus le fait de divergences sur la conception même de la cure (de sa longueur, de sa fréquence, de sa signification pour l'analysé et l'analyseur... ) et sur les fondements de la compétence du psychanalyste (médecin ou pas) que sur les orientations doctrinales et sur la théorie lacanienne. En 1953 comme en 1964, deux associations psychanalystes hostiles l'une à l'autre se forment. En fin de compte lorsque Jacques LACAN fonde en 1964 l'Ecole Freudienne de Paris, il apparaît bien isolé. Il l'est encore plus après une autre scission qui donne naissance au Quatrième Groupe en 1969.
  Par ces "Ecrits" en 1966 où il rassemble l'essentiel de ses articles, il conquiert un public important qui croît avec ses "Séminaires" (1969-1980), commencés dans l'ambiance de la contestation étudiante (Université de Vincennes, Paris 8). Même si le style de ses oeuvres (non exemptes d'utilisations abusives et contestées des mathématiques) rebute, Jacques LACAN élabore une pensée qui peut être définie comme une théorie structurale du désir et du langage qui est  très débattue dans beaucoup de milieux intellectuels. Ses textes marquent son époque et encore la nôtre, dans un constant effort de conceptualisation. Sa tentative de donner un fondement théorique à la parole de l'analysant qui institue un transfert et constitue ainsi l'Autre comme analyste marque une étape importante dans l'établissement de la psychanalyse comme véritable science de l'inconscient. Le face à face, souvent conflictuel, de la cure s'en trouve éclairci.

   Jacques LACAN, Ecrits, Editions du seuil, 1966. Les textes des Séminaires sont disponibles sur Internet, dans divers sites.


           Wilhelm REICH, une psychanalyse de l'énergie sexuelle
                  De formation médicale, admis en 1919 à la Société psychanalytique, dirigeant de la polyclinique, fondée par Sigmund FREUD, de 1922 à 1930, Wilhelm REICH (1897-1957) mène tujours de front activités soignantes et activités politiques. Membre du Parti Communiste Allemand, il ne cesse de se dépenser au service des ouvriers. Très tôt contre Sigmund FREUD et une certaine orthodoxie psychanalytique, qui recourent à l'hypothèse de la pulsion de Mort dans l'élaboration de la théorie, il soutient que la misère sexuelle est liée fondamentalement à l'aliénation économique et sociale. Dès 1927 ("La fonction de l'orgasme") jusqu'en 1935 ("L'irruption de la morale sexuelle", "La psychologie de masse du fascisme"), il lutte pour la libération sexuelle. En Suède (Revue de psychologie politique et d'économie sexuelle - Sexpol) depuis son exclusion de l'Association Psychanalytique Internationale en 1934, puis aux Etats-Unis (Maine) dès 1939.
       Marxiste jusqu'au bout, Wilhelm REICH veut promouvoir l'analyse et le traitement de ce qu'il appelle "la peste émotionnelle" qui engendre en nombre des êtres pourvues d'une "cuirasse caractérielle" qui les empêchent de mener une vie épanouie (qui déclenche des cancers) et qui les fait participer à leur propre oppression (développement de personnalités autoritaires). Il pratique la végétothérapie, expérimente à tour de bras sur l'"orgone", cette énergie vitale biologique spécifique qui agit de la cellule au cosmos dont il veut établir l'existence, publie énormément ("La révolution sexuelle", "L'éther, Dieu et le Diable", "La superposition cosmique"). Son influence est considérable, surtout sur les thèses de la libération sexuelle et la révolution sociale, plus que sur ses recherches "biologiques". Dans les années 60 et 70, il fait partie des auteurs les plus lus dans la jeunesse contestataire et des courants socio-psychanalytiques se forment, s'inspirant de ses travaux européens.
   Même si ses visions sur l'énergie cosmique soulèvent plus d'objections que d'adhésions, notamment parce que globale, trop globale, elles négligent le travail de mise en relation et d'articulation intermédiaires entre la cellule et le cosmos, entre le corps et le corps social, l'apport de Wilhelm REICH va bien au-delà de la psychanalyse et suscite encore aujourd'hui de nombreuses recherches et de nombreux combats.

 Wilhelm REICH, L'irruption de la morale sexuelle, 1932 (Petite Bibliothèque Payot, 1972); La lutte sexuelle des jeunes, 1932 (François Maspéro, Petite Collection Maspéro, 1972); La psychologie de masse du fascisme, 1933 (PBP, 1972); L'analyse caractérielle, 1933 (Payot, 1973); La fonction de l'orgasme (texte autobiographique), 1947 (L'Arche éditeur, 1952); La révolution sexuelle, 1948 (Union Générale d'Editions, 10/18, 1971); La superposition cosmique, 1953 (PBP, 1999). Roger DADOUN, Cent fleurs pour Wilhelm REICH, PBP, 1975.


                                                                                            PSYCHUS

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4 juin 2008 3 04 /06 /juin /2008 15:53
        Le mot Conflit n'apparaît pas dans le "Dictionnaire de biologie" de LENDER-DELAVAULT-LE MOIGNE de 1979 (PUF), pas plus que dans plusieurs autres dictionnaires de biologie plus récents (celui de Jacques BERTHET, De BOECK, 2005 par exemple).
    Toutefois, une problématique conflictuelle figure bien lorsque sont décrites les bactéries, virus et autres pathogènes pour le corps humain, comme lorsque est détaillé le fonctionnement du système immunitaire. Il s'agit de l'action d'un "ensemble de tissus lymphoïdes assurant par des réactions immunologiques la protection d'un organisme contre toute intrusion de substance organique étrangère dans son milieu intérieur. Ce sont : la moelle osseuse, organe hématopoiétique, à l'origine des érythrocytes, des leucocytes polynucléaires, des plaquettes sanguines et des lymphocytes ; le thymus où se différencient les lymphocytes T ; la rate, les ganglions lymphatiques, les nodules lymphoides des muqueuses où les cellules provenant du thymus et de la moelle entrent en contact avec les antigènes, ce qui entraîne les réactions de l'immunité cellulaire et humorale ; le sang et la lymphe qui transportent les antigènes et les anticorps. Les cellules immunologiquement compétentes amplifient ces phénomènes de défense immunitaire".
"L'immunologie", dit le même dictionaire, "est la science qui étudie les différents aspects des réactions immuniaires qui permettent à un organisme de reconnaitre et de réagir contre un autre organisme vivant (bactérie, virus, tissu greffé) en contact avec son milieu intérieur. Elle étudie les mécanismes d'apparition et les conséquences des réactions immunitaires."
  Idem pour "l'Atlas de biologie" de Gunter VOGEL et d'Hartmunt ANGRMANN, où se trouve décrit le système biologique de défense. Gardons à l'esprit que si l'on peut parler de réactions de défense d'un organisme, ce sont justement des réactions automatiques, d'une cascade de séquences biochimiques et neurobiochimiques qui se déplient en présence de corps étrangers, il faut se garder de parler de Conflit au sens strict qui implique la notion d'intentionnalité et possède une dimension d'enjeu. Or, s'il existe un enjeu, celui de garder ne vie l'organisme, les virus et les bactéries ne sont pas les soldats d'une armée qui opère en vue d'objectifs à plus ou moins longs termes. Si ces dernières lignes sont écrites, c'est pour ne pas tomber dans une certaine imprudence intellectuelle, car si le monde des humains est effectivement conflictuel, ils ont tendance à percevoir l'univers entier comme conflictuel. En même temps, si l'on regarde au microscope électronique une lamelle sur laquelle on dépose un liquide quelconque (de la salive par exemple), que voit-on? Une véritable bataille entre micro-organismes qui ne laissent sur le terrain que des vainqueurs affaiblis et des cadavres, des organismes décomposés en leurs plus simples éléments inanimés.
  
  Tout en se gardant donc de tout anthropomorphisme dans ce domaine, que ce soit pour des organismes monocellulaires ou pour des organismes multicellulaires (végétaux, animaux, humain), Henri LABORIT  a développé toute une "nouvelle grille", basée sur ses travaux sur la "réaction organique à l'agression". Son approche sur les mécanismes complexes à l'oeuvre chez les êtres vivants établit un continuum entre les divers comportements réactifs aux agressions, qu'ils soient physiques ou sociaux.

   Versant souvent par contre dans un anthropomorphisme populaire, Jean-Marie PELT a écrit beaucoup d'ouvrages, dont le moindre sur le conflit en biologie n'est pas "La loi de la jungle", où la guerre fait rage, même chez les plantes.

  Théodore LENDER, Robert DELAVAULT, Albert LE MOIGNE, Dictionnaire de biologie, PUF, 1979 ; Gunther VOGEL et Hartmunt ANGERMANN, Atlas de biologie, le livre de poche, 2005 ;  Henri LABORIT, Biologie et structure, Gallimard, collection idées, 1968 ; La nouvelle grille, Robert Laffont, collection "Libertés 2000", 1981 ; Jean-Marie PELT et Franck STEFFA, La loi de la jungle, Fayard, 2003.


  
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4 juin 2008 3 04 /06 /juin /2008 14:28
       Anna FREUD, la psychanalyse clinique des enfants
              Alors que son père, Sigmund FREUD, pratique très peu la psychanalyse d'enfants, Anna FREUD (1895-1982) y passe une très grande partie de son travail.
 Installée en 1938 en Angleterre, elle se consacre aux services de l'éducation et de l'entraide aux enfants victimes de la  guerre, tant directement vers les enfants eux-mêmes, que vers les éducateurs et les enseignants envers lesquels elle a une grande influence.
 Dès son premier livre de 1936, "le Moi et les Mécanismes de défense" où elle fut la première à établir une distinction entre les défenses reconnues comme des motions pulsionnelles dérivées et les défenses contre les affects douloureux. Comme dans "Le Normal et le Pathologique chez l'enfant" en 1965, elle développe une psychanalyse des enfants différence de la psychanalyse des adultes, tellement le champ des troubles infantiles déborde les catégories traditionnelles de névrose, psychose et perversion. Toujours tendue vers les perspectives thérapeutiques, sa psychanalyse veut se servir des potentialités de l'enfant afin de lui permettre d'exprimer harmonieusement sa libido et son agressivité et d'atténuer les tendances destructrices induites par des environnements défavorables. Contrairement à Mélanie KLEIN et à son courant auquel elle s'oppose frontalement dès 1941, Anna FREUD pense que les rêves des enfants ne sont pas sources d'association sur lesquelles on pourrait agir. Le jeu et le dessin, simples matériels d'observation, ne sont pas directement interprétables. Comme l'enfant n'est pas considéré comme capable d'avoir conscience de sa souffrance, il est nécessaire d'établir une séduction active et délibérée de l'analyste, en s'appuyant sur les soignants et les parents. Il ne peut y avoir de transfert au cours de l'analyse, contrairement à ce que pense Mélanie KLEIN, et l'analyste ne peut venir qu'en plus et non en place des parents. Tant sur le plan clinique que sur le plan théorique, il faut suivre l'évolution des mécanismes de défense du Moi de l'enfant pendant tout son développement.

   Anna FREUD, Le MoI et les Mécanismes de défense, 1936 (PUF, 1946); Les Conférences d'Harward, 1952 (PUF, 1994); Initiation à la psychanalyse pour éducateurs, 1956 (Privat, 1968); Le Normal et le Pathologique chez l'enfant, 1965 (Gallimard, 1968).


   Mélanie KLEIN, la psychanalyse des enfants
         Formée surtout par Sandor FERENCZI qui s'intéresse alors beaucoup au cas du "petit Hans" en 1914, Mélanie KLEIN (1882-1960) s'établit très tôt à Londres (1925) et entreprend la construction d'une théorie psychanalytique un peu différente de celle de Sigmund FREUD, quoiqu'elle est toujours d'accord avec lui sur la pulsion de Mort. Les stades du développement libidinal ne sont pas rigoureusement programmé dans le temps mais se recouvrent parfois. L'Oedipe, que Sigmund FREUD plaçait tardivement, est à l'oeuvre beaucoup plus tôt, lors des stades archaïques et dépend autant des pulsions orales et anales que des pulsions génitales. Le SurMoi le précède probablement et sous une forme très sévère. Ses modèles de l'angoisse, des défenses et des relations, ses descriptions des positions dépressives et schizo-paranoïdes provoquent des controverses si importantes que deux sociétés psychanalytiques opposées voient le jour en Angleterre. Les descriptions fantasmatiques souvent crues qu'elle fait dans "La psychanalyse des enfants" (1932) font de l'amour et de la haine de véritables protagonistes d'une guerre interne chez l'enfant. L'effort que l'enfant désireux de contrôler ses pulsions destructrices, anthropophages, cannibales, doit faire pour s'intégrer dans des relations saines avec les parents et les autres, doit être soutenu par une cure serrée favorisant le transfert affectif vers l'analyste, à travers l'interprétation fine des rêves et des jeux. La plupart des psychanalyste aujourd'hui, sans être kleiniens au sens strict, admettent ses théories.

  Mélanie KLEIN, Essais de psychanalyse, série de conférences de 1923 à 1945, publié en 1947 (Payot, 1968); La psychanalyse des enfants, 1932 (PUF, 1959). Mélanie KLEIN et Joan RIVIERE, L'amour et la haine, le besoin de réparation, 1968, Petite Bibliothèque Payot. KLEIN, HEIMAN, ISAACS et RIVIERE, Développements de la psychanalyse, 1952 (PUF, Quadrige, 2001; première édition 1966).

                                                                                        PSYCHUS
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4 juin 2008 3 04 /06 /juin /2008 13:24
   Conçu dès 1943, en plein guerre, "Du pouvoir" se veut une réflexion sur sa nature et sa dynamique dans le temps, un de ces ouvrages de philosophie politique ancré dans l'Histoire.
   Dès la "présentation du Minotaure", on est saisi par l'imbrication du pouvoir et de la guerre que propose le fondateur de "Futuribles". "Et quand l'adversaire, pour mieux manier les corps, mobilise les pensées et les sentiments, il faut l'imiter sous peine de subir un désavantage. Ainsi le mimétisme du duel approche du totalitarisme les nations qui le combattent. La militarisation complète des société est donc l'oeuvre, directe en Allemagne, indirecte dans les autres pays, d'Adolf HITLER. Et s'il a réalisé chez lui cette militarisation, c'est qu'il ne fallait pas moins, pour servir sa volonté de puissance, que la totalité des ressources nationales. Cette explication n'est point contestable. Mais elle ne va pas assez loin. L'Europe, avant HITLER, a vu d'autres ambitieux. D'où vient qu'un NAPOLEON, un FREDERIC II, un CHARLES XII n'aient point réalisé l'utilisation intégrale de leurs peuples pour la guerre?". "Du XIIème au XVIIIème siècle, la puissance publique n'a point cessé de s'accroître. Le phénomène était compris de tous les témoins, évoquait des protestations sans cesse renouvelées, des réactions violentes. Depuis lors, elle a continué de grandir à un rythme accéléré, étendant la guerre à mesure qu'elle s'étendait elle-même. Et nous ne le comprenons plus, nous ne protestons plus, nous ne réagissons plus. Cette passivité toute nouvelle, le Pouvoir la doit à la brume dont il s'entoure. Autrefois il était visible, manifesté dans la personne du Roi, qui s'avouait un maître, et à qui l'on connaissait des passions. A présent, masqué par son anonymat, il prétend n'avoir point d'existence propre, n'être que l'instrument impersonnel et sans passion de la volonté générale."
   Pour comprendre comment l'humanité en est arrivé là, Bertrand de JOUVENEL (1903-1987) revient d'abord sur les différentes théories de la souveraineté, et avant tout, sur ce qu'il appelle "le mystère de l'obéissance civile".
"Partout et toujours on constate le problème de l'obéissance civile. L'ordre émané du Pouvoir obtient l'obéissance des membres de la communauté. Lorsque le Pouvoir fait une déclaration à un Etat étranger, elle tire son poids de la capacité du Pouvoir à se faire obéir, à se procurer par l'obéissance les moyens d'agir. Tout repose sur l'obéissance. Et connaître les causes de l'obéissance, c'est connaître la nature du Pouvoir." "La proportion ou quantum des moyens sociaux dont le Pouvoir peut disposer, est une quantité en principe mesurable. Elle est évidemment liée de façon étroite au quantum d'obéissance. Et l'on sent que ces quantités variables dénotent le quantum de Pouvoir". "L'étude des variations successives de ce quantum est une histoire du Pouvoir relativement à son étendue ;  tout autre donc que l'histoire ordinairement écrite, du Pouvoir relativement à ses formes."
  Le Pouvoir fondé sur la force et l'habitude ne peut s'accroître que par son crédit  et c'est précisément ce crédit-là - d'autres parleraient de croyance ou de crédulité - que l'auteur entend comprendre. Au fil des chapitres, il suit la trace historique de ce Pouvoir et de ce crédit. De l'avènement du guerrier au développement de la royauté, de la dialectique du commandement au caractère expansionniste du pouvoir alimenté par la concurrence politique, des relations étroites entre le pouvoir royal et la plèbe, contre les féodaux et les aristocrates. Bertrand de JOUVENEL traque la nature réelle du pouvoir. A travers les Révolutions, le Pouvoir se renforce.
On citera ici le passage sur ce qu'il nomme "Trois révolutions" : "La révolution d'Angleterre commence, au nom du droit de propriété offensé, par la résistance à un impôt territorial léger, le shipmoney. Bientôt elle fait peser sur les terres un impôt dix fois plus lourd. Elle reprochait aux Stuarts certains confiscation : elle-même, non seulement dépouille systématiquement l'Eglise, mais aussi s'empare sous des prétextes politiques d'une grande partie des propriétés privées. En Irlande, c'est la dépossession de tout un peuple. L'Ecosse, qui avait pris les armes pour défendre son statut propre et ses coutumes particulières, se voit enlever tout ce qui lui était si précieux. Ainsi muni, Cromwell peut se donner l'armée, faute de laquelle Charles est tombé, et chasser les parlementaires que le souverain avait dû subir. Le dictateur peut fonder la puissance navale que le malheureux monarque avait rêvée pour son pays, et il conduit en Europe des guerres pour lesquelles Charls eût été sans moyens.
La révolution en France affranchit les paysans des corvées féodales; mais elle les force à porter le fusil, et lance des colonnes mobiles à la poursuite de réfractaires; elle supprime les lettres de cachet, mais élève la guillotine sur les places publiques; elle dénonce en 1790 le projet qu'elle prête au roi de faire la guerre avec l'alliance espagnole contre la seule Angleterre. Mais elle précipite la nation dans une aventure militaire contre toute l'Europe, et, par des exigences jusqu'alors inouïes, tire du pays tant de ressources qu'elle peut accomplir le programme auquel la monarchie avait dû renoncer, la conquête des frontières naturelles.
Il a fallu un quart de siècle pour donner à la révolution russe de 1917 sa véritable signification. Un pouvoir bien plus étendu que celui du tsar fait rendre au pays de bien autres forces, et permet de regagner et au-delà le terrain que l'Empire avait perdu.
Ainsi la rénovation et le renforcement du Pouvoir nous apparaissent comme la véritable fonction historique des révolutions. Qu'on cesse donc d'y saluer des réactions de l'esprit de liberté contre un pouvoir oppresseur. Elles le sont si peu qu'on n'en peut citer aucune qui ait renversé un despote véritable."
   Après toute une mise en perspective historique, Bertrand de JOUVENEL revient sur le "sort des idées" et place au centre de sa conception, loin d'une théorie d'équilibre des pouvoirs à la Montesquieu ou à la Tocqueville, les principes "libertaire et légalitaire", et avance l'idée du "génie autoritaire dans la démocratie". Il pense que, en définitive, la liberté a des racines aristocratiques, contrairement aux idées reçues qui provienne, toujours selon lui, d'une fausse conception de la Société.
"Le faux dogme de l'égalité, flatteur aux faibles, aboutit en réalité à la licence infinie des puissants. Jamais l'élévation sociale n'a comporté moins de charges, jamais l'inégalité réelle n'a été si abusive que depuis l'incorporation dans le Droit positif d'une égalité de principe entrainant la négation de tout devoir d'Etat. Nous voyons se développer les conséquences d'une pensée sommaire qui n'a voulu reconnaïtre dans tout le mécanisme social que des pièces élémentaires, les individus, et un ressort central, l'Etat. Qui a négligé tout le reste et nié le rôle des autorités spirituelles et sociales." (...) "L'Etat et l'individu émergeaient triomphants d'une longue lutte menée en commun contre des puissances que l'un rejetait comme ses rivales et l'autre comme ses dominatrices. Comment se partageraients-ils la victoire? L'individu garderait-il tout le bénéfice d'un double affranchissement, solution individualiste; ou bien l'Etat hériterait-il des fonctions auparavant remplies par les pouvoirs abolis, solution étatiste? Le XIXème siècle a d'abord essayé la première solution : le Pouvoir, que rien ne bornait, se bornait lui-même, faisant confiance à un jeu des intérêts individuels pour procurer un ordre spontané, le meilleur possible. A la faveur de cette abstention, on a vu s'élever des puissances sociales nouvelles, non reconnues et trouvant dans l'absurde négation de leur existence la faculté d'un dérèglement infini. Et l'on a vu paraître les candidatures les plus fantastiques à l'autorité spirituelle : les plus frustes hérésies ont reparu sous couleur d'idées nouvelles, autour de quoi se sont formées ces Eglises militantes et violentes, les partis de nos jours. De sorte qu'enfin l'insolence des intérêts et l'incompatibilité des croyances ont nécessité la restauration d'un ordre. Ne disposant, comme moyen disciplinaire que du seul Pouvoir, il a fallu lui accorder une fonction de contrainte illimitée."
    Ecrit dans le prolongement de la Seconde Guerre Mondiale et dans la Guerre Froide, son auteur frappé par l'ampleur des appareils militaires et le développement des totalitarismes, ce livre, même si on ne partage pas tous les aspects, constitue une vraie réflexion de philosophie politique. Il lie profondément le crédit du pouvoir, ce qu'en attend le peuple des classes opprimées et exploitées et ce que l'Etat tire de cette attente. Le tout dans un concert de concurrence entre Etats dont l'existence même repose sur l'extension de leurs attributions. Derrière les mots, derrière les discours, derrière les idéologies, il faut toujours chercher les causes réelles des événements et Bertrand de JOUVENEL nous en donne là un dense aperçu des vertus de ce genre d'investigations.

  Du Pouvoir, Bertrand de JOUVENEL, Hachette, collection Pluriel, le livre de poche, 1977, 607 pages. Première édition en 1972.
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4 juin 2008 3 04 /06 /juin /2008 10:16
  Très loin de l'historiographie officielle, cette histoire des Etats-Unis part d'une même chronologie, mais avec une tonalité différente pour le moins. De l'arrivée des premiers colons européens et de leurs heurts avec les civilisations indiennes d'Amérique du Nord aux élections de 2000 et de la "guerre contre le terrorisme", l'auteur trace une autre vision de l'Amérique. Il met à mal certains idées lénifiantes sur le modèle étatsunien, loin du consensus partisan colporté par des médias complaisants. Des luttes violentes des classes, de l'oppression persistante des Noirs, des résistances tenaces et renouvelées au système avec ses aspects multiformes, de l'opposition aux guerres (VietNam, Golfe) aux lutes "sociétales" (femmes, environnement, homosexualité), c'est vraiment le portrait d'une autre Amérique que l'auteur nous fait découvrir.
   Cette histoire des Etats-Unis présente le point de vue de ceux dont les manuels d'histoire parlent habituellement peu. L'auteur, historien et politologue américain, professeur au département de science politique de l'Université de Boston durant 24 ans, confronte avec minutie la version officielle et héroïque (de Christophe Colomb à George Walter Bush) aux témoignages des acteurs les plus modestes. Les Indiens, les esclaves en fuite, les soldats déserteurs, les jeunes ouvrières du textile, les syndicalistes, les GI du VietNam, les activistes des années 1980-1990, tous, jusqu'aux victimes contemporaines de la politique intérieure et étrangère américaine, viennent ainsi battre en brèche la conception unanimiste de l'histoire officielle. Ce livre, édité en 1980 aux Etats-Unis, il a fait l'objet de 5 rééditions. Vendu à plus d'un million d'exemplaires en anglais, il n'est publié que plus de vingt ans plus tard en français.   
Jacques COUBARD, dans L'humanité du 12 mai 2003, rapporte Bibliomonde au printemps 2004 (voir le site atheles.org), écrit, entre autres : "Faire prendre conscience de l'histoire réelle, des mensonges commis par les gouvernements pour justifier les guerres est donc important. Il en retrace les hauts faits depuis la conquête du Mexique à celle de Cuba, puis des Philippines - légitimées comme aujourd'hui, par le dieu invoqué par bush pour envahir l'irak - à la guerre au VietNam montre la voie à suivre. Au début, deux tiers des Américains étaient pour. A la fin, deux tiers étaient contre. Ce peuple a développé l'idée de quitter le VietNam. Il faut s'en souvenir, car on entend souvent qu'on ne pourra jamais rien changer."
    Ce livre existe en version courte (seulement le XXe siècle) et a reçu le prix des Amis du Monde diplomatique 2003.
    Howard ZINN (1922-2010) est l'auteur d'une bonne vingtaine de livres sont les thèmes (monde ouvrier, désobéissance civile et "guerre juste") se trouvent entre travail de recherches et engagement politique. outre Une histoire populaire des Etats-Unis, nous pouvons citer parmi les ouvrages traduits en français, Karl Marx, le retour (Agone, 2002), L'Impossible Neutralité. Autobiographie d'un historien et militant (Agone, 2006), En suivant Emma (Agone, 2007), La Mentalité américaine : au-delà de Barak Obama (Lux Editeur, 2009), Désobéissance civile et démocratie (Agone, 2010), La bombe. De l'inutilité des bombardements aériens (Lux Editeur, 2011). Notons également le site officiel http://howardzinn.org. Un long entretien avec Howard ZINN est disponible sur www.la-bas.org.

   Hoxard ZINN, Une histoire populaire des Etats-Unis de 1492 à nos jours, Agone, 2003, 806 pages.
     Agone : BP 70072 - 13192 MARSEILLE CEDEX 20, site : www.agone.org
Complété le 27 juin 2012
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30 mai 2008 5 30 /05 /mai /2008 16:58
         La dissidence d'Alfred ADLER et la psychologie adlérienne
  Même si Affred ADLER (1870-1937) a renoncé sur le tard à qualifier sa théorie de psychanalytique, lui préférant celui de la psychologie individuelle, l'un des premiers premiers disciples de Sigmund FREUD (qu'il rejoignit en 1901)  gardera dans son oeuvre l'aspect conflictuel de la nouvelle discipline. Contre la primauté de la libido et la notion de refoulement, il rompt en 1911 pour développer une théorie personnelle : au centre de toute névrose comme au centre de tout fonctionnement psychologique, se trouve la lutte contre le sentiment d'infériorité, d'insuffisance, une lutte animée par un principe de "protestation virile", le désir sexuel n'étant que l'expression de cette visée de puissance et de domination.
   La compensation et la surcompensation, les stratégies de retournement et de contournement du sentiment d'infériorité, qu'elle soit physique ou sociale, définissent une palette assez large de caractères, qui possèdent des traits de nature agressive (vanité, jalousie, envie, avarice, haine... ) ou non agressive (isolement, angoisse, pusillanimité, instincts indomptés exprimant une adaptation amoindrie...). Ses études sur le développement de l'enfant, notamment sur les symptômes d'inadaptation, ont beaucoup été suivis aux Etats-Unis, où il a émigré en 1933.

   Alfred ADLER, La compensation psychique de l'infériorité des organes, 1907 (Payot, 1956); Le tempérament nerveux, 1912 (Payot, 1926); Connaissance de l'homme, 1927 (Payot, 1949); L'enfant difficile, Payot, 1949 ; Rudolph DREIKURS, La psychologie adlérienne, Blond et Gay, 1971 ; Sous la direction d'Alain de MIJOLLA, Dictionnaire international de la psychanalyse, Hachette, collection Pluriel, 2005.  La plupart des oeuvres d'Alfred ADLER sont disponibles en France chez Payot (Petite Bibliothèque Payot).


        La dissidence jungienne et la "psychanalyse" de l'inconscient individuel et collectif.
    Dès l'origine, Carl JUNG entendait suivre la voie de l'étude des psychoses et des mythologies. Rompant avec Sigmund FREUD en 1914, il voulait en fait depuis longtemps "libérer" la théorie et la pratique de tout ce qui touchait trop directement et trop crûment à la sexualité, à l'animalité de l'homme. La psychologie analytique qu'il fonde veut décrire les invariants de l'âme, elle-même de nature "paradoxale" : "Le conflit entre la Nature et l'Esprit n'est que la traduction de l'essence paradoxale de l'âme" écrit-il. Inventeur des notions d'intraversion et d'extraversion, il développe de nombreux concepts dont ceux des concepts-de-soi, d'individuation, d'archétypes... Il définit les quatre fonctions d'orientation du Conscient que sont la sensation, la pensée, le sentiment et l'intuition. Parfois, d'ailleurs, lorsque l'on lit ses livres, on a l'impression d'être dans des ouvrages de philosophie...
   Attachant beaucoup d'importance à l'introspection, il note les similitudes entre les dynamiques décrites par les alchimistes (personnellement, il me rappelle par certains côtés Gaston BACHELARD...) et celles des organisateurs inconscients structurant les processus à l'oeuvre chez ses analysés. Dans l'histoire de la culture occidentale, il existe un lien, une continuité entre la mythologie de la psyché pré-chrétienne, ces visions alchimistes et les images qui apparaissent de nos jours dans les rêves, avec des éléments commun à tous les individus. Son courant a inspiré de nombreuses études psychothérapeutiques (travailler avec le dialogue intérieur de l'enfant...) et des analyses très en prises sur les angoisses contemporaines (modèle sociopsychologique du phénomène OVNI, que je ne partage pas du tout d'ailleurs, le trickster, sur lequel nous reviendrons...).

  Carl JUNG, Types psychologiques, Gerg, 1977; Wotan, 1936; Les racines de la conscience, études sur l'archétype, Buchet Chastel, 1971; Métamorphoses de l'âme et ses symboles, Gerg, 1993; Sous la coordination de Aimé AGNEL, Le vocabulaire de Carl Jung, Ellipses, 2005.

                                                                                                   PSYCHUS
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29 mai 2008 4 29 /05 /mai /2008 14:14
      D'emblée, le fondateur de l'éthologie classique ou objectiviste annonce dans la préface de son livre qu'il "traite d'agressivité, c'est-à-dire de l'instinct de combat de l'animal et de l'homme, dirigé contre son propre congénère". En quatorze chapitres aux lignes serrées, Konrad LORENZ (1903-1989) développe (il écrit ce livre en 1963), à partir de ses expériences comportementales sur des animaux (poissons, oiseaux, mammifères) une vision du conflit intra-spécifique qui va engendrer par la suite une multitude d'études... et d'intenses polémiques.
      Dans les deux premiers chapitres, il fait état de ses observations dans la mer, puis en laboratoire (sur les poissons). Ce qui lui fait poser la question :"A quoi le mal est-il bon?". Distinguant d'abord les conflits intra-spécifiques des luttes (qu'il ne peut qualifier de combats) prédatrices inter-spécifiques pour se concentrer sur ces premiers, et notamment d'abord sur la "lutte territoriale". Ce "mécanisme très simple au point de vue de la physiologie du comportement résout presque idéalement le problème de savoir comment, sur un territoire donné, répartir des animaux semblables équitablement, c'est-à-dire en sorte que la totalité de l'espèce en profite. Ainsi, même le plus faible peut, bien que dans un espace relativement modeste, vivre et procréer. Cela est très important surtout pour les animaux qui, tels certains poissons et reptiles, atteignent leur maturité sexuelle longtemps avant d'acquérir leur taille définitive. Quel résultat pacifique du "principe du mal"!". (...) "Nous pouvons accepter comme certain que la fonction la plus importante de l'agression intraspécifique est de garantir la répartition régulière d'animaux d'une même espèce à travers un territoire."
Des observations chez les paradisiers, le combattant ou le canard mandarin lui font constater une "concurrence des congénères à l'intérieur de l'espèce sans rapport avec le milieu extra-espèce" Et "pour des raisons faciles à comprendre, l'homme est tout particulièrement exposé aux effets néfastes de la sélection intraspécifique. Comme aucun être avant lui, il s'est rendu maitre de toutes les puissances hostiles du milieu extra-espèce. Après avoir exterminé l'ours et le loup, il est devenu à présent effectivement son propre ennemi : homo homini lupus (l'homme est un loup pour l'homme), comme dit le dicton latin. Certains sociologues américains d'aujourd'hui ont bien saisi ce phénomène dans leur domaine propre." On retrouve tout au long du livre de telles considérations où l'auteur passe avec facilité du monde animal au monde humain.
    A côté des fonctions de répartition des êtres vivants semblables dans l'espace vital disponible, de la sélection effectuée par les combats entre rivaux et de la défense de la progéniture existe une autre fonction de l'agression, celle de développer une hiérarchie sociale. Des oiseaux aux chimpanzés, plus l'espèce est évoluée, plus le rôle de l'expérience individuelle et de l'apprentissage est grand, plus cette dernière fonction prend de l'importance.
        Konrad LORENZ, après avoir posé ces constatations, s'étend dans les chapitres suivants sur la physiologie du comportement instinctif en général et de l'instinct d'agression en particulier (spontanéité des crises continuelles et régulières), sur le processus de ritualisation et sur le gain d'autonomie des nouvelles pulsions crées par ce processus (activation et inhibition de l'agression), sur le schéma d'action des motivations instinctives, et (au chapitre 7), sur des exemples concrets des mécanismes "inventés" par l'évolution des espèces pour canaliser l'agressivité en des voies moins nuisibles, et sur le rôle joué par les rites dans l'accomplissement de cette fonction, soit, pour l'auteur, les types de comportement ainsi créés qui ressemblent "sensiblement" à ceux que l'homme dirige, lui, grâce à une morale responsable.
 Plus loin, l'auteur fournit les conditions préalables pour comprendre le fonctionnement de quatre types très différents d'ordre social. "Le premier, c'est la foule anonyme, libre de toute agressivité, mais dont les membres ne se connaissent pas personnellement et ne montrent aucune solidarité. Le second type, c'est la vie familiale et sociale des bihoreaux et d'autres oiseaux nidifiant en colonies, vie entièrement fondée sur la structure locale du territoire à défendre. Le troisième nous est fourni par la remarquable "superfamille" des rats dont les membres ne se reconnaissent pas en tant qu'individus mais à leur odeur tribale, de sorte que leur comportement social envers les membres de leur propre tribu est exemplaire tandis qu'ils combattent avec haine et acharnement leurs congénères appartenant à une autre tribu. La quatrième catégorie d'ordre social comprend enfin les sociétés dont les membres ne se combattent ni ne se blessent mutuellement, parce que des liens d'amour et d'amitié entre les individus y font obstacle. Cette forme de société ressemble en de nombreux points à celle de l'homme". L'auteur cite l'exemple de l'oie cendrée pour cette dernière catégorie.
     Dans le chapitre sur le "grand parlement des instincts", Konrad LORENZ appuie l'idée qu'entre la faim, la sexualité, la fuite, des relations complexes peuvent se nouer et qu'il est difficile parfois de quantifier l'un ou l'autre dans les comportements quotidiens. Toujours est-il que le rite empêche toujours l'agression intra-spécifique de nuire à la conservation de l'espèce et l'auteur se pose la question de savoir comment. C'est la  réorientation du comportement agressif lui-même qui semble lui fournir la réponse. Il passe ensuite de l'étude des différents cérémonials qui permettent cette réorientation (cérémonial d'apaisement, de triomphe...) au lien inter-individuels qui se forment de plus en plus dans l'évolution.
Ne résistons pas à citer un plus longuement : "Sans doute chez les animaux agressifs, les liens personnels se sont-ils formés pour la première fois à un moment de l'évolution où la solidarité de deux ou plusieurs individus devint nécessaire pour accomplir quelques tâches servant à la conservation de l'espèce, le plus souvent la protection des petits. Sans doute le lien personnel de l'amour a-t-il été engendré dans bien des cas à partir de l'agression intra-spécifique et, dans plusieurs cas connus, par la ritualisation d'une agression ou d'une menace réorientées. Comme les rites nés de cette façon sont liés à la personne du partenaire, et deviennent plus tard un besoin en tant qu'actes instinctifs indépendants, ils rendent la présence du partenaire absolument nécessaire et font de lui l'"animal valant de chez-soi". L'agression intraspécifique est plus ancienne de millions d'années que l'amitié personnelle et l'amour. Pendant de longues périodes de l'histoire de la terre, il doit y avoir eu des animaux extrêmement méchants et agressifs. Presque tous les reptiles que nous connaissons aujourd'hui le sont encore, et il n'y a aucune raison de croire qu'ils le furent moins pendant la préhistoire. Nous ne connaissons de lien personnel que chez les téléostéens, les oiseaux et les mammifères, c'est-à-dire dans des groupes n'émergeant pas avant le tertiaire inférieur. Il existe donc bien une agression intraspécifique dans son antipode, l'amour. Mais à l'inverse, il n'y a pas d'amour sans agression."
       Dans les derniers chapitres de son livre, Konrad LORENZ se demande pourquoi chez l'homme, ces processus inhibiteurs de l'agression ont disparu. "Dans l'évolution de l'homme, de tels mécanismes inhibiteurs contre le meurtre étaient superflus; de toute façon il n'avait pas la possibilité de tuer rapidement; la victime en puissance avait mainte occasion d'obtenir la grâce de l'agresseur par des gestes obséquieux et des attitudes d'apaisement. Pendant la préhistoire de l'homme, il n'y a donc eu aucune pression de la sélection qui aurait produit un mécanisme inhibiteur empêchant le meurtre des congénères, jusqu'au moment où, tout d'un coup, l'invention d'armes artificielles troubla l'équilibre entre les possibilités de tuer et les inhibitions sociales." Pour l'époque moderne, l'auteur, dans cette lancée écrit qu'"il est plus que probable que les effets nocifs des pulsions agressives de l'homme (...) proviennent tout simplement du fait que la pression de la sélection intraspécifique a fait évoluer dans l'homme, à l'époque la plus reculée, une quantité de pulsions agressives, pour lesquelles il ne trouve pas de soupape adéquate dans la société actuelle."
    Il termine son ouvage une une profession d'optimisme : "Depuis longtemps l'humanité connait la réorientation comme un moyen de contrôler les fonctions de l'agression et d'autres pulsions non déchargées. Les Grecs de l'Antiquité étaient familiers avec le concept de catharsis ou décharge purifiante, et les psychanalystes savent très bien que beaucoup d'actions parfaitement recommandables puisent leur énergie dans la "sublimation" de pulsions agressives ou sexuelles." Il espère que le développement de la ritualisation culturelle (notamment par l'art, le rire, le sport...) va tirer l'humanité vers la solution de ses problèmes de la lutte politique et de la guerre.
          Deux sortes de critiques sont souvent faites à l'égard de cet ouvrage.
  L'une est méthodologique. Le faible spectre des espèces véritablement étudiées, surtout des poissons et des oiseaux étonne devant l'ampleur des conclusions émises. La rapide extension des résultats des observations du comportement animal au comportement humain étonne. Un certain procédé par analogie simple de comportements n'est pas forcément ce qu'il y a de mieux en méthodologie scientifique.
 L'autre est conceptuelle. L'usage fréquent du terme d'instinct n'est pas justifié, scientifiquement parlant, dans son oeuvre et le rapprochement (son passé au parti nazi n'arrange rien) avec des thèses conservatrices de cet usage peuvent laisser penser comme pour Erich FROMM (dans "La passion de détruire") que le "darwinisme social et moral prêché par LORENZ est un paganisme romantique et matérialiste qui tend à obscurcir la compréhension véritable des facteurs biologiques, psychologiques et sociaux responsables de l'agressivité humaine".
     Ce qui est dommage, c'est que dans l'esprit des vulgarisateurs de ce livre (on le voit aussi sur Internet), comme dans celui de l'opinion publique, alors que beaucoup d'observations sur beaucoup d'espèces ont permis d'aller au-delà de ce qu'expose Konrad LORENZ, persiste un anthropomorphisme de bazar.
       Toujours est-il que "L"agression" de Konrad LORENZ a ouvert un champ d'études scientifiques qui font de l'éthologie d'aujourd'hui une discipline solide et fructueuse.

   Konrad LORENZ, L'agression, une histoire naturelle du mal, Flammarion, collection Champs, 1977, 286 pages. La première édition française est de 1969. L'édition de 1977 est la traduction de l'allemand par Vilma FRITSCH, de l'ouvrage original paru en 1963, Das sogenannte böse zur naturgeschichte der agression.

                                                                                                ETHUS
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