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13 mai 2008 2 13 /05 /mai /2008 15:21

    Le philosophe allemand Emmanuel (Immanuel en allemand) KANT, fondateur de l'idéalisme transcendental est le grand penseur de l'Aufkärung (Les Lumières allemandes). Il y a d'une certaine manière dans la philosophie occidentale un avant et un après KANT. Combinant les influences de PLATON, DESCARTES, LOCKE, SPINOZA, NEWTON, LEIBNIZ, WOLF, BERKELEY, HUTCEHSON, HUME, ROUSSEAU et MENDELSSOHN, il intègre dans son oeuvre l'esprit scientifique de son temps. 

Son oeuvre, considérable et diverses dans ses intérêts, est centrée autour des trois Critiques : la Critique de la raison pure, la Critique de la raison pratique et la Critique de la faculter de juger, qui font l'objet d'appropriations et d'interprétatons successives et divergentes. Ils alimentent à eux seuls la pensée de nombreux philosophes après lui, à savoir en premier FICHTE, HEGEL, SCHELLING et SCHOPENHAUER.

Son oeuvre comprend aussi de multiples autres écrits, de L'unique fondement possible d'une démonstration de l'existence de Dieu (1763), Des différentes races humaines (1775), Idée d'une histoire universelle d'un point de vue cosmopolitique (1784), Fondation de la métaphysique des moeurs (1785), Sur le mysticisme et les moyens d'y remédier (1790), Sur le mal radical (1792), Projet de paix perpetuelle (1795), Conflit des facultés (1798), à Logique (publié en 1800)... 

Emmanuel KANT est le premier grand philosophe moderne à donner un enseignement universitaire régulier et après, presque tous les philosophes donnent des cours et font découler souvent leurs écrits d'éléments de ces cours. 

 

           La profonde transformation introduite en autres par les théories astronomiques de COPERNIC l'incite à effectuer une Critique de tout ce que l'homme pense connaitre, et cela de tout. En se proposant de faire de cette critique une science, afin précisément de conférer un statut scientifique à cette connaissance des fins de la raison humaine dont le passé de la philosophie lui lègue le projet sous le nom de métaphysique, il est amené à procuer à la pensée un point d'appui nouveau pour sa réflexion. Si la raison peut être à la fois le sujet  et l'objet de la critique, c'est qu'elle est ce pouvoir spécifique et parfaitement original que possède la pensée d'opposer à ce qui est ce qui doit être, d'imprimer à la pure et simple existence, qu'elle ne crée pas et que seule l'expérience peut lui révéler, le sceau d'une nécessité et d'une universalité qui expriment son exigence nirmative. L'acte propre de la pensée étant le jugement qui décide de toute chose comme d'un cas relevant d'une règle, l'objet propre de la philosophie comme connaissance de la raison humaine, ce sont des conditions nécessaires à l'exercice légitime de sa propre normativité.

En faisant cela, Emmanuel KANT balaie un cerrtain nombre de vérités acquises de par les autorités se réclamant de la philosphie et de la religion. Il soumet à la critique toutes leurs prétendues explications du monde, de l'homme, de ce qui est et de ce qui n'est pas...

   Sans doute emporté par un certain enthousiasme intellectuel, kantien évidemment, Louis GUILLERMIT écrit que "Dès lors, pour la première fois dans l'histoire, la philosophie se met à part de toutes les autres formes de pensée et de savoir. La réflexion qui la caractérise prend la forme d'un reflux de la pensée sur ses propres sources vives, qui lui permet de se ressaisir comme l'origine du sens qu'elle confère à ses objets et à ses oeuvres. Loin que les réponses à ses questions soient déjà données quelque part dans l'au-delà d'une transcendance plus ou moins inaccessible, elles ne se découvrent que progressivement dans leurs liens aux problèmes que l'esprit peut et doit se proposer comme autant de tâches à accomplir. Assurément, comme toute connaissance digne de ce nom, la philosophie vise bien cette valeur de vérité qui se définit par l'accord de la pensée avec son objet, mais sont objet à elle, c'est le critère de cette vérité qui ne qualifie pas seulement les solutions, mais les problèmes eux-mêmes. Le lieu qui lui revient en propre ne se situe "ni dans le ciel, ni sur la terre" : l'homme est bien "enfant de la terre", mais il ne peut s'en détacher ni exalter jusqu'à des visions supraterrestres et il ne saurait être tout entier raison ; mais il y participe, et elle se manifeste assez irrécusablement en lui pour qu'il ne puisse faire le plein de son être d'homme qu'en sachant se soumettre à ce qu'elle exige de lui : c'est à ce prix que le monde de sa propre destinée peuvent prendre un sens.

Avec Kant, la philosophie a accédé à la conscience d'elle-même en cherchant son centre de gravité dans cette raison finie, caractéristique de l'homme, qui ne peut se montrer raisonnable que juste autant qu'il veut être, ni trouver sa liberté autrement qu'en se soumettant à ce que la raison existe de lui. C'est sans doute pour avoir su formuler dans la rigueur de ces termes tout nouveaux la question de Platon avant déjà fait l'objet de la philosophie : qu'est-ce que l'homme? que la pensée de Kant continue de vivre dans l'esprit de tous ceux qui réfléchissent après lui."

 

     Il est relativement facile d'écrire en quoi ce philosophe allemand de première importance (Etes-vous hégélien ou kantien?) a contribué et contribue encore par les commentaires de ses oeuvres aux problématiques du conflit.

   L'examen des trois "Critiques" d'Emmanuel KANT (Critique de la raison pure, 1781; Critique de la raison pratique, 1788; Critique de la faculté de juger, 1790) montre à quel point le lien peut être fait entre la contestation de l'ordre cosmologique et la contestation de l'ordre politique.
Alors que beaucoup de philosophies avant lui prenait comme référence des preuves de l'existence de Dieu comme fondement de leurs réflexions et de leur vércité, Emmanuel KANT renverse les raisonnements. Ce n'est plus la figure divine de l'Absolu qui vient relativiser l'homme dans sa finitude. C'est au nom de cette finitude qui est celle de toute connaissance humaine, que la figure divine de l'Absolu est relativisée, rabaissée au rang d'une idée indémontrable (Luc FERRY, KANT, une lecture des trois "Critique"). Toute métaphysique rejetée, il ne reste à l'homme que la ressource de sa logique.
Et comme la cosmologie ne peut fonder comme auparavant la morale, c'est sur la réalité même, celle que l'homme dans sa finitude découvre, qu'elle peut se fonder. Or, cette réalité, d'abord du monde naturel et aussi du monde des hommes, est celle d'un univers où règnent la loi du plus fort et le principe de l'égoisme généralisé. C'est la faculté de s'arracher aux intérêts, c'est-à-dire la liberté, qui définit la dignité et fait du seul être humain une personne morale, susceptible d'avoir des droits (Luc FERRY). Emmanuel KANT, malgré la rupture qu'il introduit, reste marqué par le christianisme, notamment sur le plan de la morale. Mais il en prépare en quelque sorte la sécularisation, la laïcisation.
   Toute une réflexion sur ce qu'un individu ressent à partir de sa finitude du monde dans lequel il est, fait découvrir la confrontation indéfinie entre un sentiment particulier et une idée universelle commune aux autrs individus. La faculté de juger le monde, de le comprendre et de le changer, dépend d'un travail critique qui, pour être efficace, doit tenir compte d'une multiplicité de sentiments et de perceptions de la réalité, qu'il s'agisse de la réalité physique ou de la réalité sociale.
     Les idées transcendantales ne sont que des idées, mais elles sont utiles. Elles ont une fonction d'homogénéisation et d'unification des connaissances expérimentales comme des principes moraux (DEKENS, Comprendre Kant). car l'esprit humain, de par son fonctionnement (cette finitude en fin de compte) a tendance à produire des raisonnements contradictoires, raisonnements qui semblent tous convaincants. C'est le principe du conflit des facultés : Kant en décrit quatre, mais la plus complexe et la plus importante de par ses conséquences pratiques est celui de la contradiction entre la liberté humaine et l'absolu déterminisme de la nature. Et la solution de ce conflit est que l'on peut attribuer au sujet agissant la totale responsabilité de ses actes, tout en reconnaissant que le rapport à la liberté comme cause intelligible à ses effets sensibles deumeure à tout jamais incompréhensible (DEKENS).
      Luc FERRY, tant dans son livre sur la lecture des trois "Critique" que dans le "Dictionnaire des oeuvres politiques", tout comme DEKENS, se questionnent sur la philosophie politique d'Emmanuel KANT. Olivier DEKENS distingue dans ce qu'il appelle l'archipel de la politique trois resgistres : le point de vue anthropologico-téléologique (L'idée d'une histoire universelle au point de vue cosmopolitique, Vers la paix perpétuelle, Le conflit des facultés), le point de vue juridico-normatif (La doctrine du droit, La critique de la faculté de juger) et le point de vue technico-judicatif (Vers la paix perpétuelle).
  Si le déroulement des comportements individuels parait relever du chaos le plus pur, l'histoire de l'humanité dans sa globalité doit pouvoir manifester une certaine cohérence. L'homme étant doté d'une insociable sociabilité, il tend naturellement à s'assicier, mais il resiste de lui-même à cette tendance en cherchant toujours à se singulariser, et par là, à provoquer de multiples conflits. La nature ne peut favoriser la paix que si les hommes établissent des Constitutions Républicaines. La marche vers le progrès réside dans l'idée de République, même si celle-ci reste toujours un idéal à atteindre.
 Le Droit n'est pas simplement le glissement de l'intériorité éthique dans la législation. L'élaboration de la loi ne peut se faire que sous la poussée du devoir. Le droit, dans sa détermination la plus large, est l'ensemble des conditions qui permettent la coexistence universellement déterminée d'être humains. Pour exister réellement, le droit et l'habileté à contraidre sont une seule et même chose. Il permet l'expression à la fois de la liberté et du devoir.
  Emmanuel KANT pose donc d'abord la République come norme, puis tente d'en tirer les conséquences au niveau des relations interétatiques. Pour contrecarrer la tendance naturelle belliciste des Etats, le droit, d'ont l'inscription est l'indice d'une disposition morale, repose sur la capacité et la liberté des critiques des citoyens, sur l'appui de la philosophie à la vérité, pour ne pas céder aux jeux des pouvoirs.
         Dans le contexte de la Révolution Française, Emmanuel KANT doit défendre ses conceptions à la fois contre les excès (Terreur) de cette révolution, qu'il soutient en vue de l'instauration de la République et les attaques sur le fond et sur la forme menées en Allemagne, contre cette révolution comme contre l'idée de République. Chef de file de l'Aufklarung, qui a accueilli avec enthousiasme la nouvelle de la révolution, perçue comme l'application de la philosophie des Lumières, Emmanuel KANT participe à une rageuse polémique, notamment contre JACOBI (1793). C'est dans cette bataille intellectuelle que KANT élabore une philosophie de l'histoire, qui reste soumise à l'aspects purement conjectural des événements. La critique constante de la raison doit s'appliquer pour déterminer un sens de l'histoire conforme à une morale. Les ruses de la nature restent à découvrir en même temps que la liberté exercée par l'humanité doit lui permettre de se diriger dans le chaos de l'histoire. Nous pouvons citer comme le fait Mai LEQUAN (La paix), un passage de "Vers la paix perpétuelle" : La paix perpétuelle en philosophie s'oppose à la paix des moutons qui vivent fraternellement entre eux et avec les chiens mêmes. Le criticisme, état constamment armé (contre ceux qui confondent à tort les phénomènes avec les choses en soi), état qui, précisément parce qu'il est armé, accompagne l'activité incessante de la raison, ouvre la perspective d'une paix perpétuelle.... De même que dans l'histoire universelle, les guerres poussent les peuples à leur insu vers la paix, dans l'histoire de la raison pure, les guerres dogmatiques poussent la raison à son insu vers la paix du criticisme... Nous aurons l'occasion bien entendu de revenir sur ce passage...
      

     Emmanuel KANT, Critique de la raison pure, Gallimard, 1990; Critique de la raison pratique, Flammarion, 2003; Critique de la faculté de juger, Flammarion, 2003; Le conflit des facultés, Vrin, 1997; Idée d'une histoire universelle au point de vue cosmopolitique, Bordas, 2005; Pour la paix perpétuelle, Le livre de poche, 2002.
Luc FERRY, KANT, une lecture des trois "critiques", Grasset, 2006; Dictionnaire des oeuvres politiques, PUF, 1986, article KANT sur Critique de la faculté de juger ; Olivier DEKENS, Comprendre KANT, Armand Colin, Cursus, 2005 ; Mai LEQUAN, La paix, textes choisis en présentés, 1998 ; Louis GUILLERMIT, Kant,  dans Encyclopedia Universalis, 2004.

                                                                                       PHILIUS
Complété le 21 Juin 2013

                                                               
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10 mai 2008 6 10 /05 /mai /2008 17:45
                 Le concept d'opposition (opoz en radical international, gegensatz ou gegensetzung ou encore widerstreit en allemand, opposition en anglais, opposizione en italien) - contradiction et contrariété - est non seulement l'un des acquis les plus anciens de la logique formelle (ARISTOTE), mais aussi l'un des plus féconds, tant il permet d'analyser des phénomènes aussi divers que traitent, dans le désordre historiquement,  la linguistique, l'anthropologie, la psychologie, la sociologie, la cosmologie....
   D'abord, l'opposition est la relation de deux objets placés l'un en face de l'autre, ou de deux mobiles qui s'écartent ou se rapprochent d'un même point (Vocabulaire technique et critique de la philosophie).
Par métaphore, André LALANDE précise : tout ce qui est antithétique. Il rappelle que, par exemple, des idées plus saines se sont faites sur la nature des phénomènes chimiques le jour où on a découvert le caractère opposé des bases et des acides. Pour ceux qui ne sont pas férus en chimie, il s'agit de substances qui, misent en contact, réagissent, parfois violemment (chaleur intense, explosions, effervescence...) et qui se neutralisent en donnant des sels. De même, en physique, toute action appelle une réaction et c'est par ce principe qu'on lance des fusées. Les minéraux s'opposent donc, les végétaux et les animaux également, et l'on comprend qu'une petite pincée d'anthropomorphisme suffise pour qu'on parle des forêts agressives, de racines combattantes, de combats des chefs dans une fourmilière... Sans tomber dans cette dérive, on peut s'adonner à une logique des oppositions qui traverse l'univers... de notre compréhension en tout cas du monde.
  Gabriel TARDE, dans son "L'opposition universelle" explique qu'"il importe beaucoup de ne pas confondre les deux formes sous lesquelles l'opposition se présente à nous, l'une sous laquelle le combat des deux termes juxtaposés a lieu dans l'individu même (résistance) et l'autre dans laquelle l'individu n'adopte que l'un des termes opposés (lutte).. et où le combat n'a lieu que dans ses rapports avec d'autres hommes". En logique (KEYNES, formal logic), deux termes sont dits opposés quand ils sont ou corrélatifs, ou contraires, ou contradictoires ; deux propositions quand, ayant le même sujet et même prédicat, elles diffèrent soit en qualité, soit en quantité, soit à la fois en quantité et en qualité. Les quatre sortes d'opposition sont la contrariété, la subcontrariété (deux propositions particulières opposées, l'une affirmative, l'autre négative), la contradiction et la subalternation (rapports des deux propositions subalternes). Si l'on cite ici de la logique pure, ce n'est pas pour ajouté une complexité à un article déjà complexe... mais pour dire simplement que dans l'effort pour comprendre ce que TARDE appelle l'opposition universelle, les hommes comme les choses s'opposent, mais aussi qu'à l'intérieur des hommes et des choses existent également des oppositions...
     C'est d'un monde de conflits partout que les logiciens veulent discuter. Dans l'effort pour comprendre le monde, nombre d'auteurs ont acquis la conviction qu'ils le comprennent mieux en mettant en évidence ces oppositions. C'est une conception si générale, qu'on se demande si - tout comme le conflit semble consubstantiel à la relation - la façon dont le cerveau humain, jusqu'ici en tout cas, parvient à utiliser plus efficacement les choses physiques dans lequel il baigne,comme toute compréhension opérationnelle, passe par une vision conflictuelle du cosmos.
                    Déjà toute la pensée antique grecque travaille et est travaillée par la logique des oppositions, et le fait que les sociétés grecques étaient des sociétés guerrières n'y est certainement pas étranger.
      La réalité formelle est étudiée par ARISTOTE selon quatre types d'opposition (Alain DELAUNAY, article Opposés, Encyclopedia Universalis, 2004) : les relatifs (double, moitié...), la privation (cécité, surdité...), la contrariété (bien, mal...), la contradiction (repos, mouvement). On doit mentionner HERACLITE par la mise en parallèle systématique des opposés : jour et nuit, hiver et été, guerre et paix, surabondance et famine. Selon Jean-François PRADEAU, qui l'introduit dans la dernière édition des fragments retrouvés de ses pensées, HERACLITE a cherché à concilier deux hypothèses qui peuvent paraître contradictoires : d'une part que tout se meut et change, d'autre part qu'il existe un monde un et ordonné, soumis à une loi comme à une mesure. On y reviendra bien sûr, dans l'étude d'ensemble de la deuxième partie.
    Cette conception des oppositions qui traversent et forment le monde physique comme le monde social, a un pendant oriental incontournable : le yueng et le yuang chinois sur lequel nous reviendrons également.
        Dans une deuxième partie, nous tenterons de suivre le cheminement intellectuel, en le faisant historiquement si possible, d'auteurs tels que DESCARTES (encore, diront certains, mais je m'en explique dans la note au bas de cet article), KANT, FICHTE, SCHELLING, HEGEL, FREUD, Lancelot WHYTE, Robert BLANCHE, JOCOBSON, Claude LEVI-STRAUSS, WALLON, PIAGET et quelques autres...

Note un peu liminaire : On oppose souvent dans les études de genre, si j'ose dire, le cartésianisme français au romantisme allemand, sans mentionner qu'une continuité existe entre philosophes qui connaissent très bien, mieux que leurs lecteurs et commentateurs du reste, leurs prédécesseurs. DESCARTES fut très lu pendant la période de la prépondérance intellectuelle française et au-delà. De même, plus tard, lorsque les oeuvres d'HEGEL seront publiées et commentées à leur tour, il sera de bon ton de se positionner comme hégélien ou kantien. Or les lignes de partage se situent plus du côté des positions socio-politiques et économiques des auteurs, du côté de leur attitude face aux pouvoirs constitués, qu'ils soient ecclésiastiques ou politiques que du côté d'une pensée plus ou moins déiste sur la réalité du monde. Précisément sur le conflit, on distingue bien les philosophes qui confirment l'ordre établi, de ceux qui le contestent. Les philosophes, même quand ils discutent logique pure, sont tributaires de la...logique de leur position sociale et ce ne sont pas les encyclopédistes qui ont écrits le contraire!

                                                                                                                               PHILIUS
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10 mai 2008 6 10 /05 /mai /2008 17:23

 

   Fondée en 1975 par Pierre BOURDIEU, à la Maison des Sciences de l'Homme, cette revue trimestrielle, publiée aus Editions du Seuil, avec le concours, entre autres de l'EHESS (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales), offre une gamme de connaissances intéressantes en ce qui concerne les conflits sociaux. Son équipe, insérée dans un vaste réseau international de chercheurs de sciences sociales et humaines, actuellement dirigée par Maurice AYMARD, est soucieuse depuis l'origine d'une interdisciplinarité qui lui fait aborder tous les sujets sociaux.
   On se souvient des numéros publiés dans les années 78-80 sur le déclassement, le capital social, l'institution scolaire. J'avais été frappé à cette époque par un article de Sylvain MARESCA sur "Grandeur de permanence des grandes familles paysannes", avec ses impressionnantes précisions généalogiques des relations familiales entre dirigeants d'un département français. Et également par l'article de Pierre BOURDIEU sur "les trois états du capital culturel" (numéro 30, novembre 1979).
  C'est par des monographies et des enquêtes du type de celui, encore un exemple, de Paul WILLIS sur "l'école des ouvriers" (numéro 24, novembre 1978) que l'on peut approcher scientifiquement et précisément la réalité sociologique, notamment les conflits, pris dans leur complexité.
  Aujourd'hui, cette rigueur se perpétue avec des numéros tels que celui de mars 2008, sur "les politiques impérialistes" avec une dizaine de contributions. Le Centre de Sociologie Européenne, qui publie les Actes de la recherche en sciences sociales, organise également des Colloques. On peut consulter les articles de cette revue sur le site créé par le ministère de l'enseignement supérieur, Persée.fr. et également pour les numéros plus récents sur Cairn.info.
Rédaction : 3, rue d'Ulm, 75005 PARIS.
site internet : http://cse.ehess.fr

    A signaler deux numéros successifs (173 de juin et 174 de septembre 2008) qui portent sur "Pacifier et punir", respectivement sous-titrés "Les crimes de guerre et l'ordre juridique international" et "La force du droit international et le marché de la paix". Ces numéros marquent la volonté de la revue d'aborder plus qu'auparavant des thématiques planétaires. Jérôme BOURDIEU, Sara DEZALAY et Franck POUPEAU, dans un "Prologue de la rédaction" les introduisent pour l'essentiel comme voulant faire "l'analyse des processus sociaux de qualification juridique et politique des (phénomènes de massacres collectifs) comme crimes dans un cadre supranational." "Le parti pris méthodologique de ces deux numéros a été non pas en fait de prendre les "crimes de guerre" pour des objets sociologiques en soit, mais de lire l'élaboration historique de cette notion comme le produit de la genèse multiforme d'un ordre juridique international de gestion par "le Nord" des "violences du Sud". Nous reviendrons dans la rubrique "Droit" sur les études très intéressantes de ces deux numéros.
    A signaler aussi le numéro 190 de décembre 2011, sur le pouvoir économique, coordonné par Anne-Catherine WAGNER. Présentant ce numéro, elle écrit que "la mondialisation n'ébranle pas de manière uniforme les structures du pouvoir économique : elle produit des effets contrastés selon l'histoire et les structures sociales des différents pays. La comparaison internationale des propriétés sociales des dirigeants d'entreprises multinationales met en évidence la diversité et la stabilité dans le temps des modèles nationaux de recrutement et de légitimation des plus hauts dirigeants. La domination économique prend appui sur des capitaux liés, selon des modalités diverses, aux structures sociales et aux Etats nationaux. Si le système des grandes écoles et des grands corps de l'Etat est propre à la France, chaque pays a son mode de formation et de sélection des élites économiques. En Allemagne, c'est le partage d'un même habitus de classe se marquant par des manières d'être forgées par la commune appartenance au petit monde de la bourgeoisie des affaires allemande qui soude le grand patronat. En Angleterre, les filières de formation sont un peu plus diverses qu'en France (...) et la légitimation du pouvoir repose moins sur le passage par le service de l'Etat que sur l'engagement dans des oeuvres caritatives ou culturelles qui marque l'appartenance à la "noblesse" des affaires. Du fait de cette diversité des filières, l'interpénétration des différentes fractions des classes dominantes prend des modalités spécifiques dans chaque contexte national : le passage par les mêmes institutions d'élites ou, comme en Suisse, par l'armée de milice, la participation aux mêmes cercles et clubs exclusifs ou encore les liens de filiation ou d'alliance assurent la solidarité des différents pouvoir". Ce numéro montre bien ces spécificités et les changements introduits par la perte d'importance de l'échelon politique national pour les plus grandes entreprises au profit d'instances politiques internationales ou supranationales, telles que l'Union Européenne ou l'Organisaion Mondiale du Commerce, qui entrainent des recompositions dans les réseaux du pouvoir. 
(Actualisé le 8 mars 2012)
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8 mai 2008 4 08 /05 /mai /2008 17:00
  Une sociologie du tiers
      Georg SIMMEL (1858-1918) et Julien FREUND (1921-1993) développent la question du tiers dans le conflit souvent pensé en terme de duels, à deux protagonistes. L'intervention d'un tiers rompt la logique du duel et instaure, avec l'introduction d'un quatrième, puis de plusieurs autres acteurs des conflits, la relation de minorité à majorité, la possibilité d'alliances. En outre, pour Julien FREUND, le conflit, surtout le conflit politique, n'a de véritable sens que lorsque les adversaires "expriment également une solidarité qui transcende la lutte elle-même". Même les luttes violentes, les guerres civiles par exemple, qui mettent en question la constitution, le régime, l'existence même de la collectivité comme unité politique, présupposent la solidarité de ces membres sous une nouvelle forme, plus satisfaisante, plus rationnelle ou plus juste. Georg SIMMEL insiste de son côté beaucoup sur la socialisation qu'implique même le conflit. Cette problématique du conflit insiste sur la coopération des protagonistes, d'une façon que Julien FREUND reconnaît comme paradoxale.
   Julien FREUND, L'essence du politique, Dalloz, 2004; Georg SIMMEL, Le conflit, Circé, 2008.

  La sociologie de "Chicago"
     Une sociologie interactionniste, héritière du courant pragmatique américain, constitue la référence de la sociologie aux Etats-Unis. C'est par l'étude des communautés que des auteurs comme R REDFIELD (1897-1958), H BLUMER qui invente l'expression en 1937, E GOFFMAN (1922-1982) ou GARFINKEL abordent les conflits sociaux. Leur conception émiette les structures sociales en micr-structures et beaucoup d'études portent sur les multiples groupes déviants de la société américaine. Critiques du fonctionnalisme qui exagère selon eux la socialisation des acteurs en surestimant leur conformisme social, les auteurs de ce courant très large mettent en avant le flou de beaucoup de situations dans une société beaucoup plus mobiles que les sociétés européennes. Prônant une ethnométhodologie, GARFINKEL veut analyser les dynamismes sociaux de l'intérieur et utiliser le savoir des acteurs eux-mêmes. Ces démarches ignorent bien souvent (Lewis COSER) les facteurs institutionnels come du reste le pouvoir central. En privilégiant beaucoup le vécu des acteurs, même en tentant de ne pas tomber dans les mêmes représentations qu'eux, cette sociologie fait l'impasse sur les problématiques du pouvoir.
    Edwing GOFFMAN, les rites d'interaction, Editions de Minuit, 1974; Nicolas HERPIN, les sociologies américaines et le siècle, PUF, 1973.

  Une sociologie interrelationniste
    Une des grandes questions touche à la nature des conflits collectifs - conflits inter-individuels, conflits sociaux, conflits entre collectivités ou communautés - dans l'ensemble des interrogations sur l'importance à donner aux relations individus-sociétés. Des auteurs aussi divers que George LABICA, Raymond ARON, Georges GURVITCH, posent la question de la détermination des motivations des acteurs dans la société : multidétermination ou monodétermination. La question a surgi longtemps dans une grande partie de la littérature marxiste sur la sur-détermination de l'économie dans les comportements sociaux. Plus largement, le fait même de réfléchir à cette question - concernant les conflits entre autres - conduit beaucoup à mettre l'accent sur le symbolique, sur la représentation plutôt que sur la réalité sociale. On notera dans ce sens les contributions de Peter BERGER et de Thomas LUCKMANN, qui élaborent le concept de construction sociale de la réalité. L'individu exprime face à la société un "stock de connaissances objectivées" commun à une collectivité d'acteurs et son action est déterminée par ce "stock" à la fois dans les deux deux perspectives de l'ordre institutionnel et du rôle, étant donné que les rapport à l'individu au groupe est mouvant.
   Dans cette perspective, la délimitation d'une classe sociale d'appartenance constitue une question-clé. Georges GURVITCH élabore une définition complexe où entrent en compte la volonté d'y appartenir, le sentiment d'en faire partie, la perception des autres classes sociales comme étanches ou poreuses, la position de la classe par rapport au pouvoir...

 Une sociologie hésitante du changement social
    Selon Jean-Pierre DURAND et Robert WEIL (Sociologie contemporaine, Vigot, 2002), les sociologues d'aujourd'hui hésitent à se lancer dans la construction d'une théorie globale, ou universelle, du changement. La multiplicité des facteurs d'évolution d'une société mise en avant par David RIESMAN, Colin CLARK, et d'autres, ne les empêchent pas de mettre en avant très souvent le progrès technique comme facteur dominant de changement, un facteur qui ne serait maîtrisable directement par les acteurs sociaux. Du coup, malgré les remises en perspective de certains auteurs comme Lewis MUMFORD, une certaine sociologie dominante rendrait caduque toute une série de sociologies et même de politiques économico-sociales, en tout cas à l'échelle de la société globale, surtout si elle est vue en voie de mondialisation. Sans parler d'une disqualification des sociologues s'inspirant de trop près des marxismes, toute sociologue désireux d'ouvrir une perspective de changement social - et plus de changement social radical - se voit aujourd'hui rappelé à l'ordre, à l'aide de multiples arguments d'où ressortent le fait que l'évolution d'une société serait plutôt le fait de facteurs exogènes qu'endogènes, et les changements climatiques n'arrangent rien de ce côté-là.
        Restent une multitudes de sociologies sectorielles, où nombre d'auteurs cherchent plus précisément les facteurs d'ordre et de désordre sociaux : les médias, le sport, les institutions scolaires, la défense, les arts et spectacles... domaines dans lesquels nous allons poursuivre notre petit parcours...

                                                                                                SOCIUS
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6 mai 2008 2 06 /05 /mai /2008 17:57
      Fondée en 1991 par Pascal BONIFACE, géopolitologue de l'Université Paris 8, cette revue trimestrielle offre toute une gamme d'analyses sur les multiples enjeux contemporains. Sur l'or bleu (entendre l'eau), sur l'Islam (peut-on le critiquer?) comme sur les nouveaux enjeux en Asie Centrale, une équipe d'une vingtaine de spécialistes des relations internationales fait le point régulièrement sur les nombreux conflits qui agitent notre globe.
    La revue de l'IRIS (Institut de Relations Internationales et Stratégiques) fait partie d'un ensemble de moyens d'information et de formation qui comprend également la livraison annuelle de "L'année stratégique", des ouvrages d'actualité comme "Lettre ouverte à notre futur(e) Président(e) de la République sur le rôle de la France dans le monde" de 2006, des interventions nombreuses dans les médias (Radio Orient notamment, mais aussi souvent dans C'est dans l'air, l'émission de La Cinquième, que je recommande d'ailleurs chaudement...), et diverses expertises auprès d'organismes nationaux et internationaux.
    Chaque année, l'IRIS publie en collaboration avec Dalloz, l'Année stratégique, Analyse des enjeux internationaux, sous la direction de Pascal BONIFACE. En plus de 600 pages, le lecteur peut trouver des informations sur tous les pays de la planète et des articles faisant le point sur les principaux problèmes internationaux. L'année stratégique constitute un excellent complément d'une autre "atlas" annuel, dont nous parlerons plus loin, L'état du monde, publiée par les Editions La Découverte.
    Orientée plutôt à gauche, sans être partisane, cette revue revient souvent sur le conflit israélo-palestinien-arabe. Pour qui s'intéressent aux questions de défense et qui ne veulent pas se limiter à la "Revue de Défense Nationale", dont je parlerais d'ailleurs, et aux débats trop franco-français, c'est un outil indispensable.
    
     L'IRIS organise chaque année des cycles de formation sur mesure pour les entreprises. A travers son établissement privé d'enseignement supérieur technique, il forme des étudiants à différents métiers dans un contexte international (220 étudiants par an, avec 20% d'étudiants internationaux). Des observatoires, dirigés par des experts de l'IRIS, proposent de suivre l'actualité et les enjeux de zones géographiques sur des thématiques transversales particulièrement stratégiques. Ainsi l'observatoire des mutations politiques dans le monde arabe (sous la direction de Béoligh NABLI), celui stratégique et économique de l'espace post-soviétique (Philippe MIGAULT), de la Turquie et de son environnement géopolitique (Didier BILLUN), de la géopolitique du religieux (Nicolas KAZARIAN), géostratégique de l'information (François-Bernard HUYGHE), de la politique étrangère européenne (consortium de 13 think tanks et universités issus ou voisins de l'Union Européenne).

  La revue internationale et stratégique, revue de l'IRIS, Editions Dalloz. Abonnements au 2bis, rue Mercoeur, 75011 PARIS.
  Site IRIS-France.org.
Un nouveau site est disponible depuis octobre 2008, www.affaires-stratégiques.info.

(Actualisation du 7 mars 2012)
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6 mai 2008 2 06 /05 /mai /2008 15:31
        Voilà un livre qui permet de relativiser nos connaissances historiques, singulièrement celles de l'Antiquité, et par exemple des méandres des relations entre philosophies grecques!  L'auteur, essayiste et poète vénézuelien, suite à ses fortes impressions des destructions de la guerre en Irak, s'est attaqué à une entreprise salutaire qui montre combien les destructions des supports des connaissances, par les inondations et autres catastrophes naturelles, mais aussi par les guerres et multiples autodafés, ont pu retarder, freiner, dévier le cours de l'histoire de l'humanité. Voilà bien un ouvrage qui va permettre de commencer à tordre le cou au mythe de l'avancée des savoirs et des techniques grâce aux guerres et autres activités militaires! Toutes les périodes historiques, ou presque, sont visitées au cours de ces 527 pages publiées aux Editions Fayard, en 2008, après sa parution en Amérique Latine en 2004.
  "Là où l'on brûle les livres, on finit par brûler des hommes". C'est par cette citation de Heinrich Heine que Fernando BAEZ débute sa passionnante et terrifiante enquête sur l'histoire de la destruction des livres de l'Antiquité à nos jours. L'auteur remonte à l'anéantissement des tablettes sumériennes, évoque le saccage de la bibliothèque d'Alexandrie, les grands classiques grecs disparus, l'obsession d'"uniformité de l'empereur chinois SHI HUANGDI, les papyrus brûlés d'Herculanum, les abus de l'Inquisition, la censure d'auteurs tels que D;H; LAWRENCE, James JOYCE ou Salman RUSHDIE, les autodafés des nazis...
Traduit en douze langues, cet ouvrage érudit d'un passionné de la première heure, passionnant de bout en bout, démontre que, loin d'être détruits par l'ignorance, les livres sont anéantis par volonté d'effacement de la mémoire et de l'histoire, c'est-à-dire de l'identité des peuples. L'essayiste s'est rendu en 2003 en Irak après l'invasion nord-américaine, en tant que membre des différentes commissions d'investigation sur la destruction des bibliothèques et des musées. Il fait aujourd'hui partie du Centre international d'études arabes et est conseiller de divers gouvernements sur la destruction des biens culturels. 
   Doté d'une grosse bibliothèque et de très nombreuses notes, c'est un outil bienvenu sur l'étude de l'ampleur des pertes historiques de l'humanité.
   On pourrait étendre cette enquête à l'archéologie et aux multiples techniques perdues depuis les premiers temps. De nombreux ouvrages aujourd'hui demeurent des constructions énigmatiques (des grandes pyramides d'Egypte aux cathédrales européennes), à cause de destructions d'archives et de massacres de populations... Une étude intéressante serait de réaliser une enquête sur les techniques et savoirs perdus de l'Empire Romain...
   Traducteur d'ARISTOTE, spécialiste de la bibliothèque d'Alexandrie dont il a retracé la destinée, Fernando BAEZ a ainsi consacré douze années à la préparation d'une thèse de doctorat dont cet histoire est issu. 
Fernando BAEZ, Histoire universelle de la destruction des livres,  Des tablettes sumériennes à la guerre d'Irak, Fayard, 2008, 527 pages. traduction de l'espagnol (Historia universal de la destruccion de libros. De las tablillas sumerias a la guerra de Irak,  Guillermo Schavelzon & Asoc., Agencia Literaria info@schalvelson.com) par Nelly LHERMILLIER.
Complété le 11 Juillet 2012
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5 mai 2008 1 05 /05 /mai /2008 14:33
      Au mot Conflit,  Le "Dictionnaire de l'ethnologie et de l'anthropologie" publié au PUF (Collection Quadrige, 2002) sous la direction, notamment,  de Pierre BONTE et de Michel IZARD,  renvoie immédiatement à Max GLUCKMAN.
     Celui-ci, anthropologue britannique (1911-1975) a étudié sur le terrain de nombreuses peuplades, dont les Zulu (Afrique du Sud), les Lozi du Barotseland, les Tonga et les Lamba. Il a publié de nombreux ouvrages comme "Custom and Conflict in Africa" (1956) ou "Order and Rebellion in tribal Africa" (1963). Le conflit, pour Max GLUCKMAN, loin de menacer l'unité du corps social, permet l'intégrité même de celui-ci. "Un conflit et son mode de résolution peuvent faire l'objet d'une mise en scène rituelle qui, dans le même temps, libère l'expression d'une rébellion contre l'ordre social et le résorbe".
     Visiblement, et on le comprend, tellement les études des sociétés dites primitives ont fait l'objet de batailles rageuses (allant jusqu'à la falsification de résultats d'études sur le terrain) entre différents auteurs, les coordonnateurs de ce Dictionnaire ne se sont pas hasardés définir le conflit.
    Faute de consensus sur une définition sur cette discipline aux frontières extrêmement mouvantes, on rappelera simplement ici différentes facettes qui sont autant de renvois à partir du mot conflit. La guerre (ses origines, ses modalités ancestrales), les structures de parenté et leurs système de répression sociale, notamment sur la prohibition de l'inceste, les relations conflictuelles de l'économie du don et du contre-don, la chasse (chasseurs-cueilleurs nomades et agriculteurs sédentaires), et les inégalités entre sociétés, constituent autant de thèmes beaucoup étudiés par les anthropologues et les ethnologues.
    
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5 mai 2008 1 05 /05 /mai /2008 13:43
  La sociologie compréhensive
     Max WEBER (1864-1920), père de la sociologie compréhensive, à partir d'une critique de l'illusion positiviste à la manière d'Auguste COMTE qui veut figer l'organisation sociale idéale à l'aide de concepts de la causalité qui ne sont que des idéaux-types de la réalité et non la réalité elle-même, a suscité nombre de vocations de sociologues. Dans ses nombreuses communications et publications, Il met l'accent sur le conflit de valeurs où selon que l'une ou l'autre l'emporte, entraîne la société dans une direction et non dans une autre. Pour comprendre ce conflit des valeurs, il est nécessaire, dans la démarche propre aux sciences de la culture, de ses distancier par rapport à ces valeurs, possibles préjugés qui faussent le jugement. Axant ses travaux sur la sociologie religieuse, il tente de voir les phénomènes à l'oeuvre par les effets des croyances collectives. Mais à trop se distancier de l'objet de leur étude, les webériens ne proposent pas de changer la société. Du coup, l'approche du conflit risque de ne pas se traduire par beaucoup de changements.
     Max WEBER, L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme, Presse Pocket, Agora, Plon, 2002; Le savant et le politique, 10/18 biblothèque, 2005.

 Une sociologie de la division du travail
     Avec Emile DURKHEIM (1858-1917), on entre de plein pied dans une vision normalisatrice de la société : la sociologie permet de distinguer entre un état normal d'une société ou d'une organisation donnée et un état normal qu'il faut éviter, entre le normal et le pathologique. Se plaignant d'une évolution morale des société modernes aux individus atteints par un dérèglement de la division du travail, il met l'accent sur le fait que l'état maladif résulte des changements profonds dans la structure de la société. Ses études sur l'anomie sociale, sur les suicides, l'amènent à penser les conflits comme les symptômes de ces maladies. De là à penser que le conflit est une pathologie sociale... beaucoup de ses successeurs semblent vouloir le faire, à commencer par des auteurs comme BOUDON et BOURRICAUD qui soutiennent que sa conception holiste de la société est responsable du flou qui enrobe les concepts durkheimiens. Son invention de la conscience collective, issu de ses études sur la religion, est combattue par les tenants d'un individualisme méthodologique. Il faut rendre justice à Emile DURKHEIM car cette conception même permet de concevoir comment ses structure une société, dans ses conflits mêmes.
    Emile DURKHEIM, Le suicide, PUF Quadrige, 2004; De la division du travail social, PUF, 2007.

 Une sociologie de l'imaginaire
    Réfléchissant sur l'expérience du monde ouvrier, Cornélius CASTORIADIS (1922-1997), le cofondateur et animateur du groupe et de la revue "Socialisme ou Barbarie" prolonge les études de Karl MARX en insistant sur les rapports à l'imaginaire des sujets sociaux et critique l'approche marxiste dominante économico-fonctionnelle. Au delà du symbolique, qui détermine des aspects de la vie en société, et partant, des aspects de ses conflits sociaux, Cornélius CASTORIADIS veut saisir l'imaginaire de la société. Support de l'ordre social, l'imaginaire social actuel permet l'irrationalité de la rationalité du monde moderne à travers la construction de besoins artificiels ou la multiplication des crises financières. Les conflits sociaux se situent dans un espace où se rencontrent le réel et l'imaginaire, la psyché et le social-historique, mais les recherches sur les liens entre les uns et les autres sont simplement en projet dans l'oeuvre de cet auteur.
    Cornélius CASTORIADIS, l'institution imaginaire de la société, Seuil essais points, 2006; La société bureaucratique, Tome 1, Les rapports de production en Russie et Tome 2, La révolution contre la bureaucratie, 10/18, 1973.

 La sociologie critique
     L'ECOLE DE FRANCFORT, à la longue postérité malgré son hétérogénéité, à travers la théorie critique, se retrouve tout à fait dans des problématiques de conflits. D'emblée sociologie critique, elle promène l'analyse des conflits de classe, de la propriété à l'autorité, dans une superposition de leurs différents aspects.
   La dialectique de la raison (ADORNO, HORKHEIMER) est un processus où les idéaux du progrès tendent à éliminer ses propres valeurs avant même leur entrée dans la pratique sociale. Consciences de classe, formations de caractères sociaux, luttes des classes, tout cela alimente une dynamique dans le monde moderne où les individus agissent rarement en fonction de leurs véritables intérêts matériels. Le triomphe des apparences de la circulation des choses (marchandises, réalisations scientifiques...) camoufle la dynamique réelle des rapports sociaux. En clair, les consciences de classe tendent à dériver vers la négation des conflits sociaux en mettant en avant les bienfaits supposés de la société de consommation de masse, dans le temps même où l'évolution de ces conflits tendent à devenir de plus en plus préjudiciables à des classes sociales de plus en plus étendues.
  Sous la direction d'Alain BLANC et de Jean-Michel VINCENT, La postérité de l'école de Francfort, Syllepse, 2004; Max HORKHEIMER, Theodor ADORNO, La dialectique de la raison, Fallimard Tel, 2007


                                                                                                  SOCIUS


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5 mai 2008 1 05 /05 /mai /2008 13:37


 Je vous donne le choix entre plusieurs définitions de la publicité.
   - Propagande commerciale ;
   - Mensonge organisé de façon à orienter les actions d'achats des consommateurs ;
   - Matraquage psychologique répétitif détourneur d'attention et polarisateur de pulsions sur le futile et l'inutile ;
   - Putlicité est un anagramme entre publicité et prostitution : les panneaux publicitaires fixes ou mouvants font la rue et les lignes, comme les ondes, comme des prostituées archi-racoleuses, insistantes, agressives et perverses.
  - Economie de la stupidité, du gaspillage et de l'inutilité (quoique pas pour tout le monde...)

 

  La mauvaise humeur peut se répandre très facilement de nos jours avec la prolifération de la publicité. Très loin de l'adage - très commercial - selon lequel la publicité adoucirait la vie, égayerait le paysage, introduirait de la musique dans le quotidien, comme un doux aphrodisiaque - il semble que la multiplication des sollicitations visuelles et sonores, amplifiées de manière grotesque dans les pages d'Internet, rendent de plus en plus agressives les moeurs. En effet, comme d'ailleurs toutes les études sur le bruit (dans l'information comme dans la rue, ou dans les immeubles...) le montrent, (le bruit constitue, à partir d'une certaine intensité et d'une certaine continuité, une agression majeure) la publicité en tant que bruit agace de plus en plus. 

  Le fait qu'une grande partie des médias soient constitués de ces bruits, qui se nichent un peu n'importe où, dans les tranches horaires comme dans les pages écrites, sans parler des coupures intempestives de films sur certaines chaînes de télévision, publique ou privé d'ailleurs, devraient interroger les responsables de la presse en général sur la qualité de leur informations, qui ne se juge pas seulement par leur contenu vérifiable et valide, mais également sur leur présentation et leur lisibilité ou visibilité...

   Le fait que l'outil Internet, au sens large, base une grande partie de son économie sur les messages publics - d'ailleurs de plus en plus invasifs - est plutôt inquiétant, dans la mesure où plus les fenêtres publicitaires sont sollicitées passivement ou activement par les internautes, plus la circulation de l'argent est rapide et importante dans cette économie. C'est l'envers sans doute de la gratuité - en fait pas si gratuite que ça! - de l'accès à Internet, clament les... publicitaires et leurs clients. Mais de même qu'il n'est pas sûr que les téléspectateurs refuseraient une augmentation de la redevance pour avoir beaucoup moins de publicités à l'antenne, il n'est pas sûr que les internautes n'acceptent pas un renchérissement de l'accès si l'on supprime ces sollicitations bruyantes.

    Enfin, cette mauvaise humeur, ce sentiment publiphobe, qui nous envahit à chaque fois qu'une vidéo intempestive nous empêche de nous concentrer sur ce que nous lisons ou visionnons, cette tendance à développer des attitudes défensives (des logiciels bloquants à des réflexes oculaires), ne vont t-elles pas à l'encontre du but recherché par les publicitaires? De même que trop d'impôt tue l'impôt, trop de publicité tue la publicité.

     Mais allons plus loin. Si la publicité continue de croitre de cette façon, et que son efficacité s'érode au même rythme, sans que des mesures soient prises par les publicitaires eux-mêmes, c'est que les intérêts financiers derrière ces publicités ne s'y... intéressent pas! Ils n'ont cure de l'efficacité ou non des publicités ; ce qui les intéressent - et uniquement - ce sont les flux d'argent générés par ce mouvement incessant. il y a belle lurette que les entreprises ne sont plus dominées par le goût du métier ou la qualité des marchandises ou des services vendus ; seuls les dividendes distribués aux actionnaires - qui se moquent du nom des entreprises achetées ou vendues, comme de leur première chemise (et encore, parfois, ils l'aimaient bien, leur première chemise!) importe. Si les clients des publicités continuent de croire en l'efficacité de leur publicité (chose qui s'arrange assez facilement d'ailleurs...), continuons d'inonder les espaces privés et publics d'informations inutiles! En fin de compte, les publicitaires se moquent bien de leur publicité (et de leurs clients crédules, au passage), du moment que ça rapporte! Seuls sans doute, les personnels qui s'échinent à faire de l'art publicitaire, sont assez cons pour y croire...

 

   Il est des billets de presse qui font chaud au coeur. Ainsi celui d'Olivier ZLIBERTIN paru dans Le Monde du 15-16 juin 2014. Les internautes sont incorrigibles, écrit-il, car ils refusent obstinément de cliquer que les pubs et même de les regarder. En tout cas, il serait de plus en plus nombreux à vouloir éviter la pub. Il cite une étude de Comscore (Comscore.com) : en 2012, 31% des pubs n'étaient jamais vues, et en juin 2013, 54%. Je souhaite que ça s'accélère! Bien entendu, comme l'écrit également notre chroniqueur (C'est tout net!), les pubs n'étaient peut-être pas regardées avant, mais aujourd'hui on peut le mesurer! On peut regretter son regret (mais n'est-ce pas plutôt de l'ironie mordante...), car cette situation, écrit-il toujours, si elle s'aggrave, pourrait conduire à rendre l'accès à Internet beaucoup plus cher. Sans l'argent de la pub, qu'arrivera-t-il? Or, et tous les sondages concernant des lieux où la pub était envahissante (et l'est encore d'ailleurs), les canaux de télévision, je pense que les internautes seraient prêts à payer plus cher l'accès à Internet, voire payer au service et au site, s'ils étaient débarassés de ces images parasitaires. En effet, une large majorité de téléspectateurs se déclaraient régulièrement prêt à accepter une grosse augmentation de la redevance en échange d'une réduction drastique du temps de publicité... Si l'inquiétude gagne tout le réseau, comme il le rapporte, c'st plutôt l'inquiétude des publicitaires que celui des utilisateurs!  Si les logiciels destinés à bloquer les pubs rencentrent de plus en plus de succès (200 millions de téléchargements pour le plus connu : Adblock (Adblockplus.com), il n'y aurait tout simplement plus de publicité en ligne en 2018, prévient Pagefaire.com... Et bien, ce serait l'occasion de revoir absolument toute l'économie d'Internet, sous peine de voir émerger sur Internet, via les virus par exemple, des batailles dantesques, à chaque fois que l'on veut consulter un site, entre logiciels anti-pub et logiciel anti anti-pub... jusqu'à rendre les pages d'Internet difficilement accessibles. Autrement, il faudra attendre 2018 (vivement 2018!) pour que la pub s'arrêt par collapsus! La complète révision de l'économie d'Internet permettrait de plus de lutter contre les effets des changements climatiques, tellement les publicités sur Internet (qui représentent tout de même une grosse proportion des videos circulantes...) contribuent à faire d'Internet un monstre dévoreur d'énergie...

 

Continué le 3 novembre 2013

Continué le 16 juin 2014

 

Continuez, continuez dans les commentaires. Quel qu'ils soient, on les laisse en ligne!

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5 mai 2008 1 05 /05 /mai /2008 13:05
    Livre indispensable pour ceux qui veulent étudier la psychanalyse et singulièrement le conflit psychique, "Trois essais sur la théorie sexuelle" (1905) eut un accueil virulent.
   Comme l'écrit Michel GRIBINSKI dans la préface de l'édition de 1987, le livre tout entier est porté par une détermination iconoclaste, celle d'attaquer le savoir antérieur sur la sexualité humaine. Jean LAPLANCHE, dans "Vie et mort en psychanalyse" (Flammarion Champs, 1977) indique que c'est la sexualité qui représente le modèle de toute pulsion et probablement la seule pulsion au sens propre du terme.
     Accusé de pansexualisme, Sigmund FREUD n'a cessé de répéter que toute sa théorie est fondée sur le conflit. Du conflit psychique, il en fait donc trois essais, parmi les textes les plus remaniés de sa vie : le premier, sur les aberrations sexuelles veut montrer qu'il ne s'agit justement pas d'aberrations et qu'elles se ramènent à la sexualité humaine, le deuxième sur la sexualité infantile veut prouver qu'elle existe et existe fortement, le troisième sur les remaniements de la puberté veut argumenter sur le fait que la découverte de l'objet sexuel n'est qu'une retrouvaille.
    Ouvrage à la fois polémique et de recherche scientifique, "Trois essais sur la théorie sexuelle" part des aspects les plus répandus de toutes les perversions, le sadisme et le masochisme (nommés par Von KRAFFT-EBING) pour retrouver le mécanisme du refoulement sexuel, dont l'origine se situe dans l'enfance. Par l'analyse des explications infantiles de la sexualité (théories fausses de la naissance, conception sadique des rapports sexuels), la redécouverte des manifestations physiques des appétits de l'enfance dès son plus jeune âge (activités musculaires, masturbations, suçotements) comme ses manifestations phantasmatiques (envie de pénis et complexe de castration), il dresse un tableau de la genèse et de développement de l'organisation de la sexualité (orale, sadique-anale, génitale), de ses ambivalences, de son choix des objets sexuels. Les métamorphoses anatomiques et physiologiques de la puberté déplacent les modalités et les lieux d'expression de la sexualité infantile.
   Dans sa récapitulation en fin d'ouvrage, Sigmund FREUD indique que la recherche sur la sexualité humaine est toujours à entreprendre pour comprendre aussi bien le normal que le pathologique. Il faut sans cesse combattre les idées fausses, nées des refoulements eux-mêmes. En sériant les facteurs de la sexualité humaine, la prématuration dès la naissance, la temporalité des manifestations physiologiques, l'adhérence ou capacité de fixation des pulsions sur un objet, l'auteur n'arrête pas au fil de ses années de recherche d'approfondir, de mettre en question, de questionner constamment les ressorts des pulsions sexuelles. En tout cas, 'une bonne part de déviations qu'on peut observer plus tard par rapport à la vie sexuelle normale est déterminée d'emblée, aussi bien chez les névrosés que chez les pervers, par les impressions de la période infantile, soit-disant libre de toute sexualité." A notre époque de résurgence de pseudo-spiritualités et de religions castratrices, il est bon de rappeler de bonnes évidences, qui n'en sont pas toujours pour tout le monde.

    Sigmund FREUD, Trois essais sur la théorie sexuelle, traduction de l'allemand de Philippe KOEPPEL, Gallimard, folio essais, 2001, 213 pages. Auparavant traduit en français "Trois essais sur la théorie de la sexualité" par Blanche REVERCHON-JOUVE en 1923. Cette traduction fut simplement revue en 1962 par Jean LAPLANCHE et J-B PONTALIS. Editions allemandes de 1905, 1910, 1915, 1920, 1922, 1925, 1942 et 1982.
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