Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
29 avril 2008 2 29 /04 /avril /2008 15:38
   Le philosophe, mathématicien et physicien René DESCARTES, est reconnu, surtout dans la sphère francophone mais aussi bien au-delà, comme le plus grand des philosophes français et là aussi, parfois bien au-delà. Si en France sa célébrité ne tient pas toujours à son génie, mais à une simplification de sa doctrine, une sorte de mauvais cartésianisme, il est mieux étudié au-delà des frontières, comme auteur d'une oeuvre complexe, marquante, riche d'implications. Les grands métaphysiciens du XVIIe siècle (MALEBRANCHE, SPINOZA, LEIBNIZ) construisent par la suite leurs systèmes en réfléchissant sur celui de René DESCARTES. Soit pour le défendre, soit pour le déconstruire pour affirmer le leur. Les analyses de LOCKE, de BERKELEY, de HUME trouvent leur source dans le cartésianisme. La fameuse "révolution copernicienne" de KANT est, à certains égards, une reprise de la primauté accordée par le penseur français, au sujet pensant sur tout objet pensé. HEGEL le tient pour un héros et HUSSERL donne à ses conférences prononcées à Paris en 1926 le titre de Méditations cartésiennes. (Ferdinand ALQUIÉ).
    Le projet cartésien d'une science universelle s'amorce dès 1629 avec ses Règles pour la direction de l'esprit, et se renforce dans ses ouvrages suivants : tour à tour Le discours de la méthode (1637), Les  méditations sur la philosophie première (1641), Les principes de la philosophie (1644), Les Passions de l'âme (1649) qui alternent avec des oeuvres proprement scientifiques, dessinent les contours, pas seulement d'une méthode, mais également d'une vision du monde. De nombreux écrits ne sont publiés qu'après sa mort, à cause des craintes de censures et de poursuites, par les autorités religieuses notamment. Parmi elles figurent Le Monde (1664 et 1667), L'Homme, trois volumes de correspondance éditées par CLERSELIER (1657, 1659, 1667), Règles pour la direction de l'esprit (1684 et 1701)....
           En quoi René DESCARTES, ce philosophe et mathématicien du XVIIème siècle, intéresse t-il une réflexion sur le conflit?
Après tout, l'image que l'on a du cartésianisme se résume pour beaucoup à la pensée profonde que si l'on pense, on existe! Sans s'attacher pour l'instant à sa postérité intellectuelle - de MALEBRANCHE à HUSSERL - et aux nombreuses "Méditations cartésiennes", tentons de dégager plusieurs thèmes abordés par DESCARTES qui nous intéressent ici.
       - Cogito : Le point de départ de la métaphysique de DESCARTES est le doute. Un doute sur tout, y compris sur le doute lui-même. De ce doute radical, il en tire la certitude de la pensée qui doute :"Je pense donc je suis" (Discours de la méthode, 1637).
C'est dans les "Méditations métaphysiques" (1641) que s'affirme l'idée que ce qui établit le cogito, c'est l'existence de l'âme, opposée aux incertitudes du corps dont la sensibilité est source d'erreurs et d'illusions. Dans la Méditation Troisième, la pensée appelle pour exister un être extérieur à elle, car toutes ses idées sont par essence des renvois à l'extériorité. La solitude du moi trouve son répondant (puisque la pensée ne peut être cause d'elle-même) dans l'idée que cet extérieur, c'est Dieu. Contrairement au thomisme ambiant, DESCARTES pense que pour être assuré de l'existence du monde extérieur, il faut d'abord connaître l'existence de Dieu, cause de sa seule idée. Dans une ambiance qui n'est pas la liberté de pensée, DESCARTES est obligé de donner à l'expression de sa pensée une tournure qui peut la rendre confuse. Dans sa Méditation Cinquième, DESCARTES fait alors appel à un procédé analogue à celui appliqué aux mathématiques pour dissiper cette obscurité. Ce qui nous intéresse ici, c'est le face à face entre moi et Dieu, qui semble exclure l'autre. En fait les auteurs qui reprendront ces méditations feront souvent l'analogie, voire l'identité, entre Dieu et l'autre. Toute une réflexion sur l'altérité en découlera, d'où aussi toute réflexion sur l'altérité et sur le conflit.
         - Liberté : Dieu - source de toute pensée - ne nous trompe pas. Alors pourquoi l'erreur existe t-elle?
Pour fonder philosophiquement sa méthode, DESCARTES, dans sa Méditation Quatrième, veut montrer que l'erreur ne vient pas de Dieu, qu'il nous appartient de l'éviter. Le jugement des choses résulte de l'entendement qui perçoit les idées et de la volonté qui donne ou refuse son consentement. C'est ce qui fonde la liberté, source d'erreur. Pour éviter l'erreur, qui vient de notre nature sensible, de notre corps (Méditation Sixième), il faut persévérer dans l'exercice de la liberté, c'est-à-dire dans la connaissance. Pour répondre aux demandes pressantes de ses lecteurs, qui ne se satisfont pas de ses explications, il écrit plus tard "Les passions de l'âme" (1649). Il y développe une théorie de la générosité, "générosité qui fait qu'un homme s'estime au plus haut point qu'il se peut légitimement estimer consiste seulement, partie en ce qu'il connaît qu'il n'y a rien qui véritablement lui appartienne que cette libre disposition de ses volontés, ni pourquoi il doive être loué ou blâmé sinon parce qu'il en use bien ou mal, et partie en ce qu'il sent en soi-même une ferme et constante résolution d'en bien user, c'est-à-dire de ne manquer jamais de volonté pour entreprendre et exécuter toutes les choses qu'il jugera être les meilleures : ce qui est suivre parfaitement la vertu."  C'est par cette réflexion concrète sur la nature de l'homme que DESCARTES permet de penser à la fois la liberté et l'altérité.
            - Libre arbitre et souveraineté : Dans ses "Lettres à la princesse Elisabeth", DESCARTES soutient que même si Dieu - prescience divine - sait à l'avance ce que nous allons faire, cela ne change rien à la connaissance que nous avons de notre liberté.
Même si DESCARTES ne cessera de témoigner d'un retrait à l'égard des questions politiques (Lettre à Brégny, 1650), une interprétation politique de l'abstention cartésienne, audacieuse certes, est possible (Pierre GUENANCIA, 1983). Le primat de la liberté-individualité aurait valeur de protestation contre toutes les formes de totalisation. Apprendre à dire Je renvoie le libre arbitre non seulement à une difficile liberté dans le monde, mais aussi à la liberté de soi vis-à-vis des autres, et notamment des puissants. En acceptant de commenter "Le Prince" de MACHIAVEL pour Elisabeth de Bavière, DESCARTES montre une "esquisse de ce qu'aurait pu être sa philosophie politique" (Alain RENAUT, Dictionnaire des Oeuvres Politiques). Même si DESCARTES approuve le processus de la raison d'Etat présenté par les "Discours sur Tite-Live", il rattache toujours la relativité politique à un absolu moral. Oui à la raison d'Etat d'un prince éclairé... s'il est éclairé. Et cette morale s'inscrit dans un principe de solidarité pour le bien commun. L'éclairage apporté par ces "Lettres à Elisabeth" permet de mieux comprendre les idées de DESCARTES sur la souveraineté. Par là, il ne s'agit pas de la souveraineté d'abord, au sens politique, mais au sens de liberté d'agir dans le monde. Il ne s'agit pas d'abord du libre arbitre au sens des libertés publiques, mais au sens de liberté de jugement sur les choses, de capacité à comprendre réellement le monde. En mettant en avant que la science d'une chose, c'est en avoir une véritable connaissance, acquise par méthode et non par conjecture personnelle ou examen de l'opinion de l'autre, on peut comprendre que DESCARTES inclue également le politique dans son expérience du doute absolu. Le cartésianisme n'est pas seulement une rationalisation dans la manière de découvrir et de comprendre le monde physique, c'est aussi le début d'une réflexion - par essence conflictuelle - sur la conduite du monde politique.
     Pierre GUENANCIA indique bien les enjeux de son oeuvre. Dans sa recherche des conditions de l'ordre - dans une croyance forte en l'existence de Dieu, René DESCARTES estime qu'il ne peut y avoir d'opposition (de "combat") qu'entre les passions et les volontés et que ce sont les unes et les autres qui exercent sur l'âme un empire. "Le pouvoir de l'âme est celui que ses volontés ont sur elle - la différence peut paraitre formelle ou même verbale, mais pourtant l'idée de l'âme qui suit ses volontés et fait ce qu'elle veut stricto sensu parait à bien des égards plus cartésienne que l'idée de l'âme qui commande. 
Quoi qu'il en soit, le conflit ou le combat entre les passions et les volontés n'oppose pas des "personnages" distincts, mais se ramène plutôt à un rapport entre des forces que l'incommensurabilité résultant de leur origine différente n'empêche pas d'agir l'une contre l'autre. N'est-il pas d'ailleurs assez inadéquat de parler de conflits entre des volontés et des passions qui "émeuvent" également l'âme mais ne semblent pas pouvoir agir les unes sur les autres, du moins pas directement, ce qui dans la philosophie si peu disposée à admettre une action à distance équivaut à : pas par elles-mêmes. Il y a un tiers, le corps, dont dépend, selon Descartes, conscient comme personne de son pouvoir fondamental, c'est-à-dire de sa causalité propre, cette singulière propriété de l'âme d'être sujette aux passions : le corps sur lequel l'âme par ses volontés ne peut agir que s'il est d'abord "bien disposé".
Si la physiologie cartésienne explique pourquoi la passion ne peut manquer d'être sentie par l'âme "comme une sorte de volonté" (Alquié), la morale consiste à dissocier nos passions de nos volontés afin que nous ne tenions pas pour propre à notre âme ce qui seulement proche d'elle. C'est cette condition que nous pouvons chercher à rendre proche et sensible ce qui nous est propre (...). La passion dispose l'âme à vouloir telle chose ; elle se fait passer pour une volonté sans que l'on puisse d'ailleurs parler ici d'une tromperie naturelle ou, à plus forte raison, de la ruse d'un malin génie. L'universalité du mécanisme rend nécessaire ce mode d'apparition de la passion à la conscience. Si la passion ne nous faisait pas, ou plutôt ne nous disposait pas à vouloir la chose qu'elle représente comme aimable, désirable, bonne, etc, elle n'aurait justement pas d'empire sur notre ême, cet empire que nos volontés ou mieux nos jugements devraient seuls avoir sur nous. Mais justement la passion ne fait que disposer notre âme, elle ne la détermine pas, elle ne la contraint pas à vouloir. A la différence de la plupart des philosophes, Descartes ne conçoit pas l'action de la passion comme une détermination, comme l'action d'une cause produisant nécessairement son effet. (...)."

 René DESCARTES, Discours de la méthode, 1637 ; Méditations métaphysiques, 1641; Les passions de l'âme,  1649; Lettres à la princesse Elisabeth, 1643-1649. Il existe, à l'instar des commentaires sur son oeuvre de nombreuses éditions. Notons que, puisque ces éditions sont libres de droits, qu'on trouve la plupart de ses oeuvres sur le site d'UQAC. Sinon citons Oeuvres de Descartes, F G Levrault, traduction de Victor COUSIN, 1824-1826, disponible sur le site GALLICA, Descartes, Oeuvres, traduction de Charles ADAM et Paul TANNERY, Leopold Cerf, 1897-1913 en 13 volumes. Une nouvelle édition complétée de la précédente est disponible chez Vrin-CNRS, 1964-1974, en 11 volume. Descartes, Oeuvres et lettres, textes présentés par André BRIDOUX, Bibliothèque de la Pléiade, nrf, Gallimard, 1953. Enfin, souvent utilisé existe Descartes, Oeuvres philosophiques, textes établis, présentés et annotés par Ferdinand ALQUIÉ, en 3 volumes (de 1618 à 1650), Classiques Garnier, 1963-1973.
Alain RENAUT, article Descartes du Dictionnaire des Oeuvres politiques, PUF, 1986; Sous la direction de Bernard MORICHERE, article Descartes de Philosophes et Philosophie, tome 1, Nathan, 1996; Denis KAMBOUCHNER, article Descartes du Vocabulaire des Philosophes, tome 2, Ellipses, 2002; Ferdinand ALQUIE, article Descartes,  dans Encyclopedia Universalis, 2004; Pierre GUENANCIA, Lire Descartes, Gallimard, folio essais, 2000.
Complété le 7 juin 2013.

                                                                PHILIUS
Repost 0
Published by GIL - dans AUTEURS
commenter cet article
26 avril 2008 6 26 /04 /avril /2008 15:38
     Tiré d'une série de conférences prononcées à la London School of Economics en 1937, cet ouvrage propose une science du pouvoir, et par là des éléments d'une science des conflits politiques et sociaux. Ces conférences n'ont rien perdu de leur actualité et de leur clarté.
   Commençant par une définition de la pulsion de pouvoir, Bertrand RUSSELL adopte une approche par le caractère et en même temps par la fonction. Caractère car de "tous les désirs infinis de l'homme, les principaux sont les désirs de pouvoir et de gloire". Fonction car les types de pouvoir, celui-ci définit comme la production d'effets voulus "sur les êtres humains, sur la matière inerte ou sur les formes de vie non humaines", ils diffèrent suivant la position sociale occupée.
   La distinction entre pouvoir traditionnel, pouvoir révolutionnaire et pouvoir nu est d'ordre psychologique et une distinction s'opère entre le pouvoir des organisations et le pouvoir des individus. Ainsi, sont passés en revue le pouvoir des prêtres, le pouvoir des rois, le pouvoir nu (celui qui vient de l'usage brut de la violence), le pouvoir révolutionnaire, le pouvoir économique, le pouvoir religieux qui provient des dogmes, les pouvoirs gouvernementaux...
  Bertrand RUSSELL insiste beaucoup sur ce qu'il appelle la biologie des organisations, véritables organismes qui donnent leur forme aux exercices du pouvoir. Une réflexion profonde sur la démocratie, "Dompter le pouvoir" conclue le livre. La démocratie dont les vertus sont pour lui d'ordre négatif : elle n'est pas la garantie d'un bon gouvernement, mais elle permet d'éviter certains maux. Ici se place une position sur la guerre : "La guerre est le meilleur allié du despotisme, ainsi que le plus grand obstacle à l'établissement d'un système où l'on puisse autant que possible éviter le pouvoir irresponsable. Prévenir la guerre constitue une part essentielle de notre problème - je devrais dire, la plus essentielle. J'ai la conviction que, si jamais le monde pouvait être libéré de la peur de la guerre, quelle que soit la forme de gouvernement ou de système économique alors en place, il finirait par trouver des moyens de réfréner la férocité de ses dirigeants. Par contre, toute guerre, mais surtout la guerre moderne, ouvre la voie à la dictature en poussant ceux qui ont peur à se chercher un meneur et en transformant les audacieux en une bande de prédateurs." Nous sommes, lorsque Bertrand RUSSELL prononce ces paroles à ses conférences, à la veille de la Deuxième Guerre Mondiale.

LE POUVOIR, Bertrand RUSSELL, co-édition Editions Syllepse (Syllepse.net) et Les Presses de l'Université Laval (Québec), 2003, 230 pages. Traduction de l'anglais de Michel PARMENTIER. Publié par The Bertrand Russell Peace Foundation Ltd en 1996.
Repost 0
Published by GIL - dans OEUVRES
commenter cet article
25 avril 2008 5 25 /04 /avril /2008 13:51

   Quelle est la différence entre un bandit des grands chemins et un banquier? L'un a un code de l'honneur et l'autre pas. Ou l'un croit avoir un code de l'honneur et l'autre estime ne pas en avoir besoin...

 

   D'où viennent ces "plaisanteries?" Voyons plus en détail : 

- un bandit des grands chemins n'est pas un bandit isolé ou des petits chemins (à la tire par exemple...). Comme il opère sur les grands chemins, il doit avoir un sens minimum de planification, de très bonnes planques d'armes et de butins par exemple et d'organisation, avoir des collaborateurs dont le nombre croit avec l'ampleur ses activités... Une perspective à court, moyen et long terme doit guider son action pour rester sur ces grands chemins, sinon il retombe dans une situation pitoyable (dans des petits chemins...), n'est plus en mesure d'accroitre le nombre de ses collaborateurs, ne peut corrompre sont qui sont chargé de le pourchasseur et de l'emprisonner, et caetera, caetera... Il faut qu'il exerce sa violence illégale avec une certaine prudence, pour rester un bandit des grands chemins, se ménager les puissants bandits et imposer sa loi aux petits bandits des grands chemins. Sinon, il risque de voir se liguer contre lui tous les autres bandits des grands chemins... et des petis chemins... Qu'il est difficile dans ce métier de garder un monopole si durement acquis!

- un banquier pour rester vraiment un banquier ne peut pas rester lui non plus isolé. Comme il opère sur un marché plus ou moins grand, il doit avoir un minimum de planification, une très bonne comptabilité par exemple, des lieux ou cacher son argent et ses moyens de pression (secrets bancaires), avoir des collaborateurs dont le nombre croit avec ses activités... Une perspective à court, moyen et long terme pour rester sur le marché des banques, sinon il retombe dans une situation pitoyable (sur de tout petit marchés), n'est plus en mesure d'accroitre le nombre de ses collaborateurs, ne peut corrompre ceux qui sont chargé de le contrôler et d'appliquer la législation (qu'il s'efforce de faire évoluer à son avantage), et caetera, caetera... Il faut qu'il exerce sa violence légale avec une certaine prudence, pour rester un banquier important (spolier mais pas trop et pas n'importe qui...) et imposer sa loi aux banquiers de moindre envergure (avec menace d'absorption). Sinon, il risque de voir se liguer contre lui tous les petits et grands banquiers (et leurs amis dans les administrations publiques)... Qu'il est difficile dans ce métier de garder un monopole si durement acquis!

 

   Il y a donc de vraies habitudes de penser et de faire chez les banquiers et les bandits de grands chemins. D'ailleurs historiquement, les banquiers ont d'abord été des bandits des grands chemins, avec leurs propres armées et leurs propres gents dans les administrations. Seulement, la vie devient bien plus tranquille quand on exerve une violence légale que lorsqu'on reste dans l'illégalité!  Alors qu'il fallait que les bandits règlent leurs comptes à coup de feu ou d'épée, les banquiers règlent le leur par comptabilité interposée et corps de comptables, d'huissiers et d'administrateurs publics et privés (vaut mieux avoir les deux...). En plus, lorsqu'on exerce le beau et glorieux métier de bandit de grands chemins, la prise personnelle de risque reste importante et somme toute, les sommes enmagasinées encore modestes, alors que lorsqu'on exerce le beau et parfois terne métier de banquier, la prise personnelle de risque est souvent archi-minime et somme toute, le poignon en compte est bien plus important!  

 

     Mais le plus beau dans l'affaire n'est pas là : le bandit des grands chemins, à l'impact de nuisance finalement réduit mais spectaculaire, a une réputation horrible mais se targue d'avoir de l'honneur, tandis que le banquier, à l'impact de nuisance énorme mais discrète (quant à son origine...), a une réputation d'honnêteté au dessus de tout soupçon et estime n'avoir absolument pas besoin d'honneur, vu qu'il a la légalité de son côté. De plus, avoir de l'honneur dans les affaires est la meilleure façon de faire faillite. Lorsqu'il faut y aller, faut y aller!  De plus, on ne trahit pas dans les milieux bancaires, on se soumet humblement à la loi (dure, très dure) des marchés...

 

 

   Appel à toute améliioration conflictuelle...

 

 

 

Modifié le 1 novembre 2013

Repost 0
25 avril 2008 5 25 /04 /avril /2008 13:19
   Julien FREUND, préfaçant la traduction du chapitre IV des études de l'ouvrage de Georg SIMMEL sur la sociologie, consacré au Conflit, met l'accent sur le fait que pour l'auteur, le conflit "n'est pas un accident dans la vie des sociétés" et qu'il en est partie intégrante. Il est même directement une forme de socialisation. "Sympathie et hostilité se mêlent sans cesse dans la vie des peuples, comme dans cette des individus, au hasard des péripéties de l'histoire".
  En un seul long texte (153 pages ininterrompues dans l'édition Circé), le sociologue égrène une conception du conflit qui en fait le chaînon entre d'autres conflits, un conflit étant déjà la résolution des tensions antérieures entre contraires. Il en vient d'ailleurs à considérer la "facilité incroyable avec laquelle le climat d'hostilité peut être suggéré à autrui" et cela le conduit à l'idée d'un besoin "tout à fait primaire d'hostilité". Plus loin, SIMMEL montre la coexistence du principe du combat et de celui de l'union dans toute société, et indique notamment l'intensité remarquablement plus grande des conflits entre personnes proches, entre membres d'un même groupe, d'un même ensemble social, par rapport à celle des conflits entre personnes éloignées, entre membres de groupes éloignés les uns des autres et dont l'antagonisme est généralement le plus souligné.
  La conscience de proximité et d'égalité entre personnes aiguise généralement leur antagonisme. D'où "la violence tout à fait disproportionnée avec laquelle des hommes par ailleurs tout à fait maîtres d'eux-mêmes se laissent parfois emporter justement contre leurs intimes les plus proches". La jalousie et l'envie semblent être des ressorts fondamentaux dans l'élaboration des rapports humains. Annonçant en quelque sorte les études de René GIRARD, Georg SIMMEL décrit le désir envieux d'un objet, non pas sa désirabilté par le sujet, mais par le fait même que l'autre le possède.. De ce fait, la concurrence moderne, au coeur du libéralisme, est le combat de tous contre tous et aussi le combat de tous pour tous. Comment, dans ces conditions, une société parvient-elle à vivre? Dans son développement, le sociologue indique qu'il y a une relation entre la structure de chaque cercle social et la quantité admissible de conflit entre ses éléments. Dans la famille comme dans un groupe religieux, comme dans un Etat, l'existence d'un ennemi bien défini constitue le liant entre membres capable de contrebalancer les effets délétères d'une telle concurrence.
  Au trois quarts de son analyse, Georg SIMMEL introduit l'idée que "le contraire et la négation de la concurrence n'est pas le principe d'hégémonie et l'intérêt social" ou la lutte contre l'ennemi extérieur, mais "seulement une autre technique que celui-ci constitue pour lui-même, et qu'on appelle le socialisme". L'auteur n'explique pas complètement ce qu'il entend par là, mais il argumente ensuite que l'organisation du travail de tous les individus est essentielle et pour lui la "question (est) de savoir s'il faut confier la satisfaction d'un besoin, la création d'une valeur à la concurrence des forces individuelles ou à leur organisation rationnelle." Question qui appelle selon lui mille réponses, même s'il  pense que le socialisme l'emporte sur le gaspillage des forces... mais ceci "dans la mesure où des individus sont attirés par cette atmosphère"... En posant cela, dans l'ambiguïté, Georg SIMMEL entend mettre en avant la complexité des causes et des effets du conflit. L'achèvement d'un conflit, par victoire, par compromis, par réconciliation est toujours provisoire et fragile, pour ne pas rebondir sur une autre conflit de nature semblable ou différente. Il termine d'ailleurs ce long texte sur l'ombre du conflit qui pèse dans beaucoup de cas sur la paix, surtout lorsqu'il n'y a pas conciliation.

Le Conflit, Georg SIMMEL, Circé/poche, 2003 (info@editions-circe.fr), 159 pages avec les notes. traduction de l'allemand de Sibylle MULLER. Publié par Duncker & Humblot, à Berlin, en 1908.
Repost 0
Published by GIL - dans OEUVRES
commenter cet article
24 avril 2008 4 24 /04 /avril /2008 09:48

    Au coeur même du conflit se situe sans doute l'altérité. La nécessité ou le sentiment de cette nécessité de sauvegarder son identité, de se situer autre que l'autre, déclenche des actes de différenciation de l'autre. La conscience de l'existence de l'autre passe par la conscience de l'existence de soi et l'existence de soi par la conscience de l'existence de l'autre. Faire reconnaître sa conscience à l'autre fait partie de sa propre existence et exister ne peut se faire sans l'autre, car si je suis isolé dans l'univers, si l'autre ne me reconnaît pas comme ayant une existence propre, cela s'avère... invivable!
  Or, dans les relations avec l'autre, être et avoir conduit au conflit. Combattre pour être et avoir, c'est exister. Mais exister suppose l'existence de l'autre, car il est la base de ma définition de moi-même. Sans l'autre, je n'ai pas d'identité. Mais si je m'identifie totalement à l'autre, si ce que je suis et ce que j'ai sont totalement ce qu'est et ce qu'a l'autre, alors mon identité n'est tout simplement pas. Penser l'altérité, c'est aussi penser l'identité. Si je combats impitoyablement, inversement, l'autre, et vise à le détruire,  je ne suis pas non plus, car son existence même - passée, présente et future - constitue le préalable de ma propre existence.  Si je détruis l'être et l'avoir de l'autre, je me détruis aussi, et pourtant dans l'entreprise de mon identification propre, je peux passer toute mon existence à tenter de détruire totalement l'autre. Et paradoxalement, si j'y parviens, je me détruis moi-même puisque une partie au moins de mon être et de mon avoir vient de son existence physique ou morale. Cela parait abstrait, mais il suffit de remplacer "autre" par "père", "mère", "frère", "ami", "compagnon" ou "compagne" pour se rendre compte du concret de la chose. On peut penser aussi que les réflexions qui précèdent "poussent le bouchon un peu loin", mais c'est ce qui se passe effectivement, dès la première étincelle de conscience, si l'on en croit les acquis de la psychologie et de la psychanalyse. Bien des philosophes, DESCARTES, KANT, HEGEL, RENOUVIER, SCHELER, HEIDEGGER, SARTRE, LEVINAS, RICOEUR, comme FENELON, MERLEAU-PONTY et bien d'autres ont écrit sur l'altérité. D'une manière ou d'une autre, ils ont tenté de cerner ce qui faisait l'altérité et l'identité. Et même si tous n'ont pas relié cette notion au conflit, du moins directement, les implications d'une grande partie de leur philosophie y mènent. Le propos de ce qui précède n'est maladroitement qu'une énième tentative de le faire.
                                                                         PHILUS
Repost 0
Published by GIL - dans PHILOSOPHIE
commenter cet article
13 février 2008 3 13 /02 /février /2008 13:34

     Discuter du conflit, c'est aborder toutes les facettes  du conflit. Non pas d'un conflit en particulier, comme le conflit israélo-arabe ou le mouvement social provoqué par une déclaration médiatique à propos de la suppression de la publicité dans les chaînes publiques de télévision, mais du conflit.
      D'où vient-il? Quelles formes prend-t-il? Est-il une nécessité inhérente à la vie? S'il a une utilité et correspond à une nécessité, comment faire pour qu'un conflit ne  dépasse pas  la coopération, elle aussi nécessaire? Peut-on définir des intensités de conflits, des échelles de conflictualité?

La notion du conflit renvoie au niveau où il se situe, entre personnes, à l'intérieur d'une personne, entre grands ensembles sociaux. Existe t-il des relations entre ces niveaux? Quelles ont-elles? Conflits entre humains, bien sûr, mais entre animaux, entre végétaux, entre minéraux?  Si notre civilisation se penche tellement sur l'étude des conflits, par quelles philosophies le fait-elle? Notre société médiatisée nie t-elle ou amplifie t-elle les conflits?
   Voilà bien des questions - ici exprimées de façon basique - sur le conflit.
   Je voudrais exposer des idées sur toutes les formes de conflit, apporter des pistes de réflexion, ouvrir des portes de ressources écrites ou audio-visuelle pour la compréhension du conflit. Le conflit a bien des aspects, philosophiques, religieux, sociologiques, artistiques, économiques, et rarement il est seulement philosophique, religieux, sociologique, artistique, économique. Placer un conflit dans une catégorie limite parfois sa compréhension, même s'il faut bien commencer la réflexion à un point de départ. Mais souvent, le point d'arrivée, celui qui mène à une résolution ou à une modification de ses tenants et aboutissants, est bien proche du point de départ...
  J'y réfléchis depuis de nombreuses années et je le fais aujourd'hui sans attache particulière à une Eglise ou à un Parti, sans être dupe de mes propres préférences. Je suis très éloigné, par exemple, d'une sociologie française dominante, telle qu'on peut la comprendre à la lecture d'un Dictionnaire Critique de Sociologie, publié aux Presses Universitaires de France.
  Cette réflexion sur le conflit est toujours nécessaire, particulièrement quand certains Etats possèdent toujours le moyen de détruire plusieurs fois notre planète.
  Y-a-t-il une place pour une conflictologie?

    Je propose de mener ce blog par des articles - très peu d'images, ou ce sera pour beaucoup plus tard - qui examinent une notion, un auteur, une oeuvre, pour dérouler, en une sorte de toile d'araignée en plusieurs dimensions, un savoir sur le conflit. Sans prétention, mais sans fausse modestie, comme un citoyen ordinaire, même si nous ne sommes pas dans un monde qu'on pourrait qualifier d'ordinaire. Petit à petit, tisser cette toile, non pour y effectuer une sorte de masturbation intellectuelle très élaborée, comme on en trouve beaucoup dans l'édition - même si la masturbation intellectuelle a parfois du bon! - mais pour réellement apporter une contribution que j'espère pertinente à l'amélioration de la condition humaine, un peu à la manière des Encyclopédistes des Lumières.

 

PHILIUS

Repost 0
Published by GIL
commenter cet article

Présentation

  • : LE CONFLIT
  • : Approches du conflit : philosophie, religion, psychologie, sociologie, arts, défense, anthropologie, économie, politique, sciences politiques, sciences naturelles, géopolitique, droit, biologie
  • Contact

Recherche

Liens