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1 septembre 2020 2 01 /09 /septembre /2020 11:54

   Le magazine trimestriel Finances & Développement, en support papier et dans Internet - est diffusé en plusieurs langues (anglais, français, russe...) par le Fonds Monétaire International. Même si l'on critique vivement les politiques du FMI, il faut reconnaitre que les chiffres et les contributions qui paraissent dans cette revue constituent des sources importances de connaissance de l'économie sur le plan mondial. D'autant que les opinions exprimées dans Finances & Développement ne sont pas forcément représentatives de ces politiques et le FMI s'en distancie constamment.

  Avec une dizaine de rédacteur, Camille Lund ANDERSEN, Rédacteur en chef, et de nombreux conseillers de rédaction, le magazine constitue une référence de nombreux spécialistes en économie, et nombre de revues spécialisées y piochent bien des données.

   Chaque numéro porte sur un thème, par exemple celui de mars 2020 comporte un dossier sur Vivre bien et longtemps : Démographie et bien-être économique. Le numéro porte notamment sur les retombées économiques des tendances démographiques mondiales en pleine évolution. Celui de décembre 2019 portait sur l'économie face au climat. A noter que celui de juin 2019 portait sur le 75e anniversaire du FMI, occasion de faire le point sur l'organisation.

   Rappelons ici simplement que le Fonds Monétaire International est une institution internationale regroupant 189 pays, dont le but est de "promouvoir la coopération monétaire internationale, garantir la stabilité financière, faciliter les échanges internationaux, contribuer à un niveau élevé d'emploi, à la stabilité économique et faire reculer la pauvreté". Fondée en décembre 1945, institution spécialisée de l'ONU, il est en ce moment intéressant de savoir comment le FMI agit/réagit aux effets financiers de la pandémie du Covid-19. Le FMI fait et a fait l'objet de nombreuses critiques, ses plans financiers d'aide étant accusé d'aller à l'encontre des objectifs affichés.

 

 

 

Finances & Développement, IMF Publication Services, Box FD-101, 700 19th street, N.W., Washington, DC 20431 USA. Site Internet : imf.org

 

 

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31 août 2020 1 31 /08 /août /2020 13:48

  L'opinion publique - qui désigne communément l'ensemble des convictions et des valeurs, des jugements et préjugés et des croyances plus ou moins partagées par la population d'une société donnée - est à la fois un acteur majeur de la vie publique, composite et fluctuant, d'où proviennent bien des initiatives et enjeu de pouvoir pour des acteurs précis, et ici nous la considérons du point de vue d'acteurs de campagnes non-violentes. Tout en nous référant au débat général sur l'opinion publique, nous nous intéressons particulièrement à l'enjeu qu'elle constitue pour les différents acteurs, notamment par rapport aux moyens employés pour attirés son attention, activités violentes ou non-violentes, sur un sujet précis de société, sujet qui peut aller de préoccupations morales (avortement, mariage...) à des revendications sociales, en passant par des impératifs écologiques.

 

L'opinion publique : débats généraux

    De même qu'une opinion se caractérise par son aspect normatif et se différencie de l'esprit critique (marqué par le questionnement, l'argumentation, l'approche contradictoire et le souci d'approcher une certaine vérité), l'opinion publique peut parfois être construite sur des avis tranchés, des informations non-vérifiées pouvant se révéler fausses, qu'elles soient véhiculées intentionnellement ou non.

L'ensemble des sociologues s'accordent sur l'idée que ce n'est qu'au XXe siècle, avec l'apparition des médias de masse, qu'il est légitime de parler de "société de masse" et d'"opinion publique". Ils démontrent également combien celle-ci est manipulable par des techniques de propagande, ce qui explique l'apparition des grands régimes totalitaires. Dans les démocraties, la propagande vise essentiellement à influer sur les choix politiques. Plus largement, et dès lors que le système dominant est le capitalisme, la publicité est considérée comme une forme de propagande visant à façonner les comportement et les styles de vie dans le sens du consumérisme.

Sur les choix politiques, la force de l'opinion publique repose sur le consensus sur son rôle. En effet, pouvoirs publics et populations s'accordent sur le fait qu'elle doit influer sur les décisions des gouvernements, et les membres (notamment la bureaucratie) du pouvoir considèrent ce rôle comme légitime. Mais l'apparition au sein du pouvoir d'élites qui méprisent en fin de compte les "élans populaires" et mettent en avant des principes technocratiques de fonctionnement de la société, affaiblit cette force. Des techniques de pouvoir (influence sur les mas-médias, capacités réduites de la mémoire politique de certaines populations) sont mises à profit de préférence à la recherche de l'assentiment de l'opinion publique à leurs politiques. Force de l'opinion publique et sens commun et partagé de l'intérêt général sont fortement liés.

     Par ailleurs, à la fin du XXe siècle, le débat confronte essentiellement deux tendances :

- la première (et la plus importante majoritairement) de sensibilité post-marxiste, selon laquelle l'opinion publique est façonnée par les propriétaires des grands médias et l'ensemble de leurs soutiens, les acteurs principaux du capitalisme. On peut trouver ce genre d'analyse chez Pierre BOURDIEU, Noam CHOMSKY, Edward S. HERMAN, Alain ACCARDO (Introduction à une sociologie critique. Lire Pire Bourdieu, Agone, 2006)...

- la seconde, minoritaire, de sensibilité techno-critique, évoque l'évolution des moyens de communication et le fait qu'ils sont de plus en plus accessible à un grand nombre, conditionnent les individus au point que la frontière entre "propagandistes" et "propagandés" devient extrêmement relative. Certains auteurs ont développé cette analyse, comme William ALBIG, KATZ et LAZERSFELD

Ce débat est relancé au XXIe siècle, quand, avec Internet, les individus ne sont plus seulement "consommateurs" mais "producteurs" de médias et que, n'étant soumis à aucune déontologie, à la différence des journalistes (lesquels sont influencés à la tour par cette absence...), un certain nombre d'entre eux en viennent à répandre des quantités de fausses nouvelles sur les réseaux sociaux.

 

L'opinion publique : les théories et pratiques des courants non-violents.

   Pour de nombreux auteurs, militants ou proches des courants non-violents, "toute action collective développe des formes d'expression et de représentation dans l'espace public." Les leaders non violents ont découvert des principes, et nombre d'entre eux tendent l'objectif de s'acquérir la sympathie et le soutien de l'opinion publique. Souvent les militants non-violents sont d'abord minoritaires et doivent acquérir (certains écrivent conquérir) l'opinion publique à leurs vues. Pour cela, tout en trouvant les ressources de l'affirmation du sujet résistant, il faut choisir un objectif atteignable et établir une sorte de contrat de non-violence, tant dans l'utilisation des moyens que dans le maintien d'un objectif clair et connu.

L'action non-violente est parfois présentée comme une sorte de "troisième voie", expliquent par exemple Christian MELLON et Jacques SÉMELIN, entre le combat électoral et la lutte armée. "Présentation trompeuse, dans la mesure où elle laisserait croire que la non-violence récuserait l'une autant que l'autre. On constate plutôt que les acteurs non-violents rejettent et combattent la violence politique et considèrent les élections libres comme le seul fondement légitime d'un pouvoir politique. Mais ils estiment justifié, au nom même de l'idée démocratique, de critiquer certaines des limites des systèmes électifs et de viser, par l'action non-violente revendicative, des changements d'ordre social ou politique. Bon nom de leurs luttes s'inscrivent ainsi dans la tradition de "l'action directe", avec son large éventail de procédés d'intervention dans l'espace public, distincts des mécanismes traditionnelles de la représentation.

Loin de contester le principe de représentation, l'action non-violente cherche à en étendre le champ d'application. Car, d'une certaine manières, en présentant une injustice à l'attention publique, elle la "re-présente", la "met en scène". Une action non-violente, quand elle est bien menée, se présente comme une démarche de communication de l'espace public. Elle vise à "faire éclater l'injustice" en la dénonçant ouvertement. Pour rendre publique l'injustice - pour en faire la "publicité" 'au sens originel du mot) - il existe diverses méthodes de communication par le verbe ou par l'acte".

Il s'agit, d'une certaine manière, de représenter une partie même de l'opinion publique.

    Jean-Marie MULLER présente la lutte non-violente comme ayant une structure tri-polaire. "Elle ne se réduit pas à l'affrontement entre, d'une part, les résistants et, d'autre part, ceux qui ont le pouvoir de décision, les décideurs. La stratégie de l'action non-violente intègre un troisième pôle dans le conflit : l'opinion publique. Il se crée ce qu'on peut appeler un "triangularisation" du conflit. Il y a donc trois acteurs : les résistants, les décideurs et l'opinion publique. Et la "bataille décisive" est précisément celle qui vise à conquérir l'opinion publique. Convaincre les décideurs est toujours très difficile, surtout lorsqu'il s'agit des pouvoirs publics. Certes, les décideurs sont des femmes et des hommes qui, comme tout un chacun, sont capables de comprendre les exigences de la justice. Mais, en même temps, ils risquent fort de se trouver prisonniers de leur propre pouvoir, d'être les otages du système qu'ils ont pour fonction de défendre. S'ils ne se laissent pas convaincre par la justesse de la cause des acteurs, peut-être se laisseront-ils contraindre par la pression de l'opinion publique. Bien sûr, la force de l'opinion publique sera d'autant plus grande que la société sera plus démocratique.

Ainsi l'un des objectifs prioritaires de l'action non-violente est de convaincre l'opinion publique - c'est-à-dire, non pas peut-être de la majorité des citoyens, mais du moins une forte minorité d'entre eux - du bien-fondé de la lutte engagée. Les décideurs adverses doivent alors tenir compte de l'arbitrage rendu par l'opinion publique afin de ne pas se discréditer auprès d'elle. Il est de leurs propre intérêt d'apparaitre conciliants et d'accepter de négocier avec le mouvement de résistance. En revanche, si le mouvement de résistance perd la bataille de l'opinion publique, si celle-ci prend fait et cause pour le pouvoir établi, alors celui-ci pourra ignorer les revendications qui sont présentées et mettre en oeuvre tous les moyens de répression à sa disposition. L'échec de la résistance est pratiquement certain."

    A ce stade de raisonnement, il faut souligner un phénomène qui parcourt l'ensemble des pays occidentaux ou occidentalisés : la perte de légitimité des élites au pouvoir, soupçonné, souvent à bon droit, de mener des politiques favorisant des intérêts particuliers et non l'intérêt général. Ce phénomène tient à une certain démission des pouvoirs politiques face aux pouvoirs économiques et financiers dominants, via un certain détricotage de tous les systèmes publics. Cette démission, que l'on traduit souvent par impuissance des pouvoirs publics, induite d'ailleurs par un certain mépris d'élites technocratiques envers les populations, conduit tout droit à une défiance généralisée (qui se traduit à un détachement de plus en plus de gens du système électoral), détachant peu à peu l'opinion publique des pouvoirs publics. Dans ce contexte, l'action non-violente se retrouve dans des difficultés d'obtenir l'attention des pouvoirs publics, et elle doit en quelque sorte souvent se durcir pour parvenir à convaincre l'opinion publique qu'un changement de politique est possible (passer des manifestations - même de masse - que la technocratie ignore et fait passer pour manipulées et violentes à des campagnes de désobéissance civile). En fait ce désintérêt d'une part pour l'intérêt général et cette défiance d'autre part pour les pouvoirs publics est tout simplement un affaiblissement de la démocratie. Et l'on revient à ce qu'écrivait Jean-Marie MULLER, "la force de l'opinion publique est d'autant plus grande que la société est plus démocratique", moins cette société l'est, moins le levier de l'opinion publique est efficient...

   "L'action non-violente, poursuit notre auteur, par la pédagogie qu'elle implique, a toute chance de se montrer beaucoup plus efficace que la violence pour gagner la bataille de l'opinion publique. Le recours à la violence risque fort de discréditer les résistants auprès de l'homme de la rue. La violence isole les protestataires et marginalise la protestation. Tout particulièrement, la violence écarte de toute manifestation de rue une large part de la population, toutes celles et tous ceux qui ont peur de la violence ou qui la récusent par principe.

Si nous utilisons la violence, nous ne créons pas un débat public sur l'injustice que nous combattons, mais sur la violence que nous commettons? Nous pouvons en être sûrs, ce sont les images de nos violences qui feront la une des médias. Celles-ci indisposeront l'opinion publique et susciteront en son sein des réactions de rejet. La violence constitue un écran entre les acteurs de la résistance et l'opinion publique, et celui-ci cache à ses yeux le bien-fondé de la cause pour laquelle la bataille est livrée. La violence fait passer les résistants pour des casseurs et elle justifie la répression à leur encontre, car il est logique que les casseurs soient les payeurs. La violence permet aux pouvoirs établis de "criminaliser" la protestation citoyenne. (...)".

   On retrouve là l'éternel débat des moyens et des fins de toute action contre une injustice. Et il faut reconnaître que les pouvoirs publics ne manquent pas une occasion de déplacer dans l'opinion publique le débat des objets-objectifs de ces manifestations à leurs modalités, en cas de manifestations violentes. L'actualité récente en France en fournit une forte illustration. Il faut noter un double phénomène d'ailleurs : d'une part, une partie de la force mobilisable pour ces manifestations disparait et d'autre part, l'opinion publique elle-même peut faire la part des choses entre l'activité des casseurs et les marcheurs pacifiques. L'erreur commise par les pouvoirs publics (à la fois structurelle, en pleine application d'une politique de réduction des moyens policiers de l'État, et tactique, rechercher le combat) lors des manifestations des Gilets Jaunes de 2018-1019, est d'avoir développer, pratiquement par mimétisme, l'arsenal et les techniques de répression, jusqu'à transformer les manifestations en batailles rangées d'un grande violence, de se retrouver finalement dans l'incapacité de maintenir l'ordre et de plutôt participer au désordre dans la rue. Si l'objet-objectif des manifestations est effectivement devenu flou, la défiance de l'opinion publique s'est accrue.

Jean-Marie MULLER, Le Dictionnaire de la non-violence, Les Éditions du Relié, 2014. Christian MELLON et Jacques SÉMELIN, La non-violence, PUF, collection Que sais-je?, 1994. 

 

SOCIUS

 

 

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30 août 2020 7 30 /08 /août /2020 15:16

  Ces deux livres publiés récemment relèvent de la même démarche de l'auteur, Peter GELDERLOOS, né en 1982, philosophe libertaire, activiste et théoricien anarchiste américain, qui entend à la fois combattre une tendance des non-violents (surtout américains en fait) d'exclure les méthodes violentes d'expression des révoltes populaires. Le premier livre, publié en 2005, sous-titré Essai sur l'inefficacité des mouvements sociaux, s'adresse surtout aux militants traversés par les débats sur l'utilisation de la violence ou de la non-violence dans les luttes récentes. L'auteur y critique et définit la non-violence comme étant inefficace, raciste, étatique, patriarcale, tactiquement et stratégiquement inférieure à l'engagement militant, et bercée d'illusions. Le second livre, de 2013 (mais sorti en France en 2019) s'adresse à un public militant beaucoup plus large, s'avère plus nuancé. Il oppose la non-violence à la diversité des tactiques et l'accuse d'être tout simplement un instrument permettant aux militants classes dominantes de maintenir le système en place. Écrit pour un public américain, il n'est pas sûr que les Européens s'y retrouvent, notamment au niveau des positionnements tactiques, et maintes questions soulevées semblent appartenir à un débat dépassé.

   Dans Comment la non-violence protège l'État, l'avant-propos de Nicolas CASAUX et la préface de Francis DUPUIS-DÉRI, s'ils entendent avertir le lecteur sur le fait que le militant anarchiste américain ne prend pas la peine d'expliquer en détail en quoi l'État est un problème et sur la réalité de la violence institutionnelle et omniprésente de la société dans laquelle il vit pour l'un et sur la réalité spécifique américaine (faisant référence aux travaux d'Howard ZINN) et sur les positions des groupes américains anti-système, s'avèrent toutefois bien insuffisants pour éclairer le lecteur français sur la représentativité de Peter GELDERLOOS dans le milieu anarchiste américain et sur sa "pauvreté théorique" et un manque de stratégie, particulièrement frappant quand il critique ainsi férocement la tactique et la stratégie non-violentes.

Toujours est-il qu'il attaque constamment les adeptes dogmatiques américains de la non-violence, et qu'il défend le principe du respect de la diversité des tactiques, modulables suivent les situations. Tout en plaidant pour une approche anti-autoritaire des mouvements sociaux et des manifestations aux États-Unis, ses arguments détonnent en milieu européen, ou des débats de ce genre (dans la mouvance gilets jaunes et à cause des tactique violentes des groupes "casseurs" qu'on ne voit d'ailleurs que dans les manifestations...), pour nombre de militants non-violents et/ou anarchistes, sont depuis un certain temps surannés et artificiels. Il y a belle lurette que même dans les ouvrages de militants non-violents français, on fait la part des choses dans l'organisation des luttes... Toujours est-il que ces deux ouvrages permettent au lecteur européen de découvrir, précisément, des réalités bien différentes de conceptualiser l'anarchisme et de pratiquer l'insurrectuonnalisme. C'est d'ailleurs la principale raison de la recension de ces deux ouvrages dans ce blog....

Dans son Introduction, l'auteur explique que c'est "en raison de l'hégémonie dont bénéficient les promoteurs de la non-violence (que) ses critiques sont proscrites des quotidiens majeurs, des médias alternatifs et des autres plateformes auxquelles les anti-autoritaires ont accès (A l'exception notable de Anarchy : A Journal of Desire Armed)." "La non-violence est défendue comme un article de foi et comme un principe non négociable de l'intégration complète au sein des mouvements sociaux. Les anticapitalistes et les antiautoritaires qui suggèrent ou pratiquent des formes plus radicales de militantisme sont mis au ban par les pacifistes aux côtés desquels ils manifestent. Isolés, ces militants n'ont accès à aucune ressource et courent le risque d'être traités comme des boucs émissaire ou des criminels par les médias et le gouvernement. Dans le cadre de ces dynamiques engendrées par le rejet viscéral de ceux qui ne se conforment pas à la doctrine de la non-violence, il est impossible de tenir un discours honnête concernant l'évaluation des stratégies choisies." Plus loin, "ce livre montrera que, sous ses formes actuelles, la non-violence se fonde sur une falsification des histoires des luttes sociales du passé. Qu'elle est implicitement et explicitement liée aux manipulations des luttes des non-Blancs par les Blancs. Que ses méthodes s'inscrivent dans des dynamiques autoritaires et que ses résultats sont davantage conçus pour répondre aux objectifs gouvernementaux qu'aux aspirations populaires. Qu'elle dissimule et qu'elle encourage les préjugés patriarcaux et les dynamiques de pouvoir. Que ses options stratégiques sont autant d'impasses. Et enfin, que ses pratiquants se mentent à eux-mêmes sur de nombreux points.". L'auteur dit ne connaître aucun activiste révolutionnaire ou théoricien qui soutiennent uniquement les tactiques violentes et qui s'oppose à l'utilisation des tactiques non-violentes et plaide pour la diversité des tactiques, pour une combinaison de tactiques efficaces. Si effectivement, nombre de militants plaident également pour une "mixité" intelligente des méthodes, sa méconnaissance des écrits et des pratiques de radicaux violents étonne, tant l'histoire des deux bords de l'Atlantique en regorge...

les chapitres de son livre sont donc organisés pour étayer son argumentation que la non-violence est inefficace, raciste, étatiste, patriarcale, tactiquement et stratégiquement inférieure et qu'elle est un leurre. Le militant qu'il est s'attaque rapidement à l'histoire de l'Inde comme aux luttes des travailleurs agricoles immigrés aux États-Unis, à l'usage de la figure emblématique de Martin Luther KING, et au passage stigmatise souvent les "pacifistes" et "non-violents", mis dans le même panier, pour leur tendance à une vision et une pratique réformistes et parcellaires, comme à une absence de volonté de réellement changer les choses, le système, le capitalisme... Ce qui peut sans doute se comprendre à l'aune de l'idéologie que l'on retrouve dans nombre d'organisations pacifistes américaines, mais aussi à la culture globale des Américains... Plus qu'en Europe, les idées radicales sont minoritaires en Amérique du Nord...

Il faut bien entendu un véritable travail à la fois d'histoire et de sociologie pour démêler ce qu'il nomme une manipulation de l'Histoire par les classes dominantes, manipulation à laquelle participe en fin de compte les militants non-violents. Un plaidoyer militant ne suffit pas. Et de plus, la constance d'une certaine historiographie, malgré les études critiques, qui s'appuie sur des faits, plaide souvent en faveur de la participation parfois décisive des activistes non-violents, dans le courant des événements. Dans le cas de la guerre du Vietnam, écrire que les vietnamiens l'ont gagnée par des moyens violents ne fait qu'enfoncer une porte ouverte, et ne préjuge pas du poids de l'opinion publique américaine, aiguillonnée par les manifestations pacifistes et les mouvements de désobéissance, sur la position des autorités politico-militaires...

On remarque au passage que les seules actions violentes citées en alternative à la tactique non-violente se situent au niveau de la seule destruction des biens, seul moyen pour faire réagir réellement les autorités en place, si attachées à la propriété. Le tout est de savoir si cette réaction - de répression - des autorités, souvent recherchée comme valorisant ce type d'action, ne va pas précisément détruite toute l'organisation d'oppositions à cette société capitaliste...

Ce qui frappe enfin, c'est l'absence de réflexion véritable sur le type de société que les militants comme Peter GELDERLOOS veulent promouvoir à l'aide de ces méthodes violentes. Se dire anti-autoritaire, c'est logique, mais encore faut-il expliquer alors comment mener des actions violentes d'ampleur décisive sans discipline quasi-militaire...

 

     L'échec de la non-violence, procède, avec plus de nuances et plus d'analyses - autant d'appel d'ailleurs à poursuivre la réflexion sur certains points d'histoire, de la même volonté, même si, comme pour le premier ouvrage, le contenu du livre est bien plus nuancé que l'affirmation d'un échec - toujours et partout? - de la non-violence. L'auteur s'intéresse de plus près à l'actualité : dans les années qui suivirent la fin de la guerre froide, de nombreux mouvements sociaux ont vu le jour. D'abord pacifiques, ils ont ensuite adopté, selon lui, une diversité de tactiques à mesure que leurs forces et leurs expériences collectives prenaient de l'ampleur. Les 15 dernières années ont exposé, plus explicitement que jamais, la fonction de la non-violence.

Promue par les médias, financées par les gouvernements (beaucoup de militants apprécieront...), et pilotées par des ONG, des campagnes non-violentes, à travers le monde, ont favorisé les ravalements de façade de divers régimes répressifs et permis aux forces de police de restreindre l'extension des mouvements de révolte sociale. Perdant souvent le débat au sein même de ces mouvements, les tenants de la non-violence ont de plus en plus recours aux médias dominants ainsi qu'aux fonds publics et institutionnels pour étouffer les voix discordantes. L'échec de la non-violence explore la plupart des soulèvements sociaux qui suivirent la guerre froide pour faire apparaitre les limites de la non-violence et dévoiler ce qu'un mouvement diversifié, indiscipliné et impétueux peut accomplir. En passant au crible le fonctionnement de la diversité des tactiques déployées à ce jour, ce livre explique comment les mouvements en faveur d'un changement social peuvent triompher et ouvrir les espaces dont nous avons besoin pour semer les graines d'un monde nouveau. Du moins, est-ce ainsi que l'auteur présente les choses.

Sorti en 2013 aux États-Unis et traduit en France en 2019, ce livre colle à une certaine actualité en France, avec les débats sur la non-violence et la violence dans le mouvement très divers des Gilets Jaunes. La tonalité de ces débats dans les réseaux sociaux d'Internet indique plutôt une grande tolérance dans l'expression des points de vue, qui ne semble pas correspondre à ce que Peter GELDERLOOS indique pour les États-Unis. Par ailleurs, mais cela est le point de vue de l'auteur du blog, le résultat le plus marquants de l'émergence de bandes organisées de casseurs pendant les manifestations par ailleurs pacifiques, profitant de l'absence de service d'ordre aussi organisé que dans les organisations syndicales, est le sur-développement de discussions autour de la violence déployée - perte de la bataille de l'opinion publique -  ainsi que sur une évolution violente des méthodes de maintien de l'ordre des pouvoirs en place, sans compte l'accroissement des mesures de contrôle des populations en général (nouvelles technologies de répression, réorganisation des tactiques de déploiement de l'appareil judiciaire et policier, durcissement des peines encourues par les manifestations, allant jusqu'à la dissuasion de participation aux manifestations.). Par ailleurs, il est quand même sidérant que ces tactiques violentes ne soient déployées qu'à la faveur de rassemblements pacifiques... Ce que nombre de participants aux manifestations, militants non-violents ou pas, n'admettent pas, en Europe comme aux États-Unis, c'est la manipulation de leurs rassemblements par des groupuscules - que l'on peut d'ailleurs soupçonner d'être manipulés - aux tactiques violentes sans grands moyens de communication... 

   Les Éditions libre sont une maison d'édition indépendante de création récente, ayant déjà à son actif plusieurs ouvrages (Mon Ishmael, de Daniel QUINN ; Le zizi sous clôture inaugure la culture, de Robert DEHOUX ; De sève et de sans, de Julia HILL ; Pornoland, de Gail DINES, Écologie et résistance, collectif)

Peter GELDERLOOS, Comment la non-violence protège l'État, Essai sur l'inefficacité des mouvements sociaux, Éditions Libre, 2018, 240 pages Traduction du livre publié en 2007, How Nonviolence Portects the State ; L'échec de la non-violence, Éditions Libre, 2019.

 

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26 août 2020 3 26 /08 /août /2020 08:35

   Le conventionnalisme tranche avec toute une tradition sociologique en mettant en valeur la coopération plutôt que le conflit. Pour de nombreux auteurs, contrairement à une vogue médiatique qui semble aujourd'hui retombée, ses théoriciens font l'impasse sur la dynamique des conflits, porteurs de changements sociaux. Alors qu'ils voient le monde comme allant d'un accord à un autre, la multitude de conflits et de défis auxquels les hommes doivent faire face montre plutôt une instabilité générale des relations sociales et économiques, notamment sur le moyen et long terme.

    Jean-René TRÉANTON (Tribulations de la justice, dans Revue française de sociologie, n°4, 1993), entre autres, s'interroge sur l'apparition d'une sociologie du consensus au cours des années 1980. Alors qu'auparavant, maints sociologues partent de problèmes concrets (urbanisme, délinquance...) pour parvenir à une vision globale de la société, une vision plutôt de conflits incessants, deux sociologues en particuliers, s'appuyant sur une tradition anglo-américaine, issue plutôt des milieux économiques, proposent une sociologie mettant la primauté sur la coopération, l'accord...

Pour cet auteur donc, le conventionnalisme cite volontiers DURKHEIM pour rappeler l'existence du collectif mais il s'épargne le débat avec d'autres auteurs de la sociologie constituée (WEBER, MARX, BOURDIEU, ÉLIAS, ARON, CROZIER, GOFFMAN). Il a émergé au milieu d'un courant général de remise en question de cette sociologie constituée et en particulier de remise en cause du rôle des structures sociales dans l'explication de l'activité des individus. On y retrouve aussi des influences quant à la nécessité de mieux enraciner, "encastrer" les comportements économiques des individus dans la société, notamment l'influence des sociologues américains, pour ce citer que Mark GRANOVETTER (Economic action and Social Structure : The problem of embeddedness, dans American journal of sociology, n°3, novembre 1985). La façon de mettre sur le même plan les acteurs sociaux et les objets est typique de Bruno LATOUR (Les microbes, Métaillié, 1983), qui fait cheminer ensemble ce qu'il appelle "les humains et les non-humains", leur faisant jouer le même rôle.

 

Un retour de l'individu libre....

   C'est un autre découpage du cadre de l'action que cette nouvelle sociologie propose, pour rendre compte à la fois du collectif et du particulier, avec à la clef un nouveau vocabulaire. Il est vrai que les analyses antérieures s'avèrent souvent partielles et les auteurs ne se font pas faute d'ailleurs de le rappeler, mais elles ne peuvent s'identifier à une "conception étriquée et désuète" que s'en fait De la justification (TRÉANTON, 1993).

Les relations du modèle conventionnaliste, indiquent DURAND et WEIL, ainsi que les notions utilisées relèvent d'axiomatiques issues de l'économie politique pour ce qui concerne sa dynamique, et des sciences morales et politiques pour ce qui concerne ce que l'on nommes le caractère raisonnable de l'homme. Cette démarche normative l'oppose fondamentalement à la sociologie critique. La construction de ce système sociologique semble relever de la rigueur logique, mais se coupe précisément de la richesse, tant théorique qu'empirique de la sociologie classique. A la place des représentations, d'états mentaux, de motivations, d'unité de la personne et de son identité, on a affaire à des agents, sans épaisseur spécifique, historique, sociologique nu psychologique, sous couvert de mise en valeur de l'individu. Mais il s'agit finalement d'un individu semblable aux autres, d'une unité qui est d'ailleurs, dans les derniers ouvrages de cette école conventionnaliste, mise au même rang qu'un objet. Aucune articulation entre l'individuel et le collectif n'apparait, sauf sous l'angle d'une contrainte d'où devrait se dégager l'individu pour gagner sa liberté.

Le conventionnalisme a dénombre 6 cités donnant ainsi des possibilités de combinaisons, tant à fait variées, de cadre d'action, sachant que chacun d'entre eux peut se prévaloir d'être un mixte de plusieurs logiques. On pourrait tout aussi bien, du côté des tenants du déterminisme sociologique, énumérer, à l'infini, les cas où l'individu ne choisit pas son destin, celui-ci étant déterminé par le contexte social. La notion de liberté, soulevée dans ce type de débat, est un concept dont le contenu ne s'épuise pas dans le dénombrement.

La construction des cités conventionnalistes repose sur une axiomatique à l'appuie d'une argumentation et non comme un résultat d'observation. En effet, à l'inverse de bien des traditions de la sociologie, leurs auteurs procèdent de manière théorique sans s'appuyer sur un corpus lié à une activité concrète et après avoir établi leur système, l'applique à tous les aspects sociaux possibles, donnant l'impression d'une validation du système. C'est ce qu'on comprend, rien qu'en parcourant les thématiques si bien mises en avant par les moteurs de recherche dominants. C'est le contraire d'une démarche sociologique, jugent sévèrement DURAND et WEIL, et nous leur donnons raison d'ailleurs. Sur cet aspect particulier, l'argumentation de J.R. TRÉANTON est la suivante : "Ou bien partir de données factuelle, à la manière d'un Goffman, et s'efforcer, par une démarche inductive et comparative, d'en dégager des propositions générales plus ou moins plausibles. Ou bien procéder au contraire de manière "théorique", peu soucieuse - du moins au départ - de coller à la réalité, et construire des modèles abstraits, "idéal-typiques"". (1993) Mais, poursuit-il, pour construire ces cités, les conventionnalistes ont eu recours aux grands auteurs, ce qui confère au discours une aura d'érudition d'un effet sûr mais assez trompeuse, car ils auraient fortement gauchi les travaux de ces auteurs et J.R. TRÉANTON de démontrer son affirmation, textes à l'appui. Ce qui veut dire que les "cités" ne sont pas des idéaux-types au sens wébériens, ni des constructions argumentées comme celles des philosophes classiques, mais pourraient-ton dire, seulement des inventions locales.

 

Une sociologie consensuelle...

   Pour comprendre la diffusion de cette théorie, étant donné sa relative pauvreté conceptuelle et explicative, DURAND et WEIL pensent qu'il faut sans doute trouver l'explication dans les conditions de validité des théories scientifiques exprimées par des auteurs comme T.S. KUHN (Structures des révolutions scientifiques, Flammarion, 1983, édition française de travaux publiés en 1962). Ce dernier s'est plutôt intéressé aux phénomènes des découvertes scientifiques de la nature, mais ce qu'il dit du rôle des paradigmes et de leur prédominance à un moment donné dans la communauté des savants est valable pour les sciences sociales, leur semble-t-il.

Pour lui, les paradigmes "c'est-à-dire les découvertes scientifiques universellement reconnues, fournissent à une communauté de chercheurs des problèmes-types et des solutions". Mais, ajoutait-il dans une post-face de 1969, pour découvrir et analyser la science et des révolutions qui sont fondées sur l'existence des groupes scientifiques, "il faut d'abord élucider la structure changeante des groupes scientifiques, au cours du temps. Toute étude d'une recherche dirigée par un paradigme, en aboutissant à l'écroulement d'un paradigme, doit commencer par localiser le ou les groupes responsables." On peut donner deux types d'explication à l'émergence du conventionnalisme : une de nature circonstancielle, l'autre de nature scientifique.

  Le premier type d'explication relève d'une démarche politique, liée à la situation politique de la période maturation du projet. L'arrivée au pouvoir d'une autre équipe s'accompagne de la volonté de s'enraciner dans la société par le moyen d'une culture originale, rompant avec le système de pensée antérieure. La légitimité recherchée repose sur la recherche du consensus et du dialogue, d'où le rôle du raisonnable et de la justification.

  Le deuxième type d'explication consiste à circonscrire la portée du conventionnalisme comme tentative d'apporter des solutions à divers domaines en sciences sociales. La théorie économique dominante, c'est-à-dire la théorie néo-classique, se montre impuissante à mettre en évidence des phénomènes nouveaux apparus dans le champ de l'économie, comme la diffusion des services et le développement de la contractualisation dans les relations inter-entreprises tendant à se substituer  à des relations de pure concurrence ou de soumission explicite. De même, l'économie néo-classique ne peut expliquer l'importance que la valeur d'usage à prise au détriment de la valeur d'échange (ce dont témoignent les problèmes de la qualité des l'entreprise, par exemple), le traitement économique de la valeur d'usage échappant à la théorie des marchés et des biens. Ces problèmes induisent des modes d'organisation entre les entreprises, ce qui fait dire aux conventionnalistes que les relations économiques, dans ce domaine, ne passent plus par les prix (marché) mais par l'organisation (sous forme de partenariat, de contrats, de relations personnelles, d'implication...), en tous cas, par la passation, dans la durée, de conventions entre les acteurs (BOLTANSKI et THÉVENOT, 1991). Il faut nuancer en rappelant que la qualité est une arme de la concurrence et que les normes sont imposées du plus fort au plus faible, de la nation lla plus outillée industriellement à celles qui le sont moins, sans négociation.

   DURAND et WEIL poursuivent, en soulignant, que d'un point de vue pédagogique, la classification permet le traitement des données empiriques contenues dans les entretiens qui constituent la base des matériaux de la profession de sociologue. La méthode donne une impression d'ordre et de neutralité. Mais il convient de s'interroger sur l'ampleur réelle de l'impact ainsi que sur le champ de sa diffusion. Selon T.S. KUHN, l'activité scientifique est exercée par des individus ayant reçu un certain apprentissage. Une même discipline est occupée par ceux qui ont reçu le même apprentissage spécifique et qui l'organisent selon des énoncés de base. Ces énoncés définissent et délimitent le champ couvert par la science ainsi produite et dans laquelle cette communauté se reconnait. Le conventionnalisme exerce sin influence davantage en économie qu'en sociologie pour des raisons de proximité. En sociologie, on peut énoncer que l'hypothèse de classement sur lequel il repose, peut faciliter sa diffusion car il permet de résoudre des problèmes de repérage dans une situation de changement et de complexité, où s'interpénètrent ds facteurs d'ordre multidimensionnel (technologique, économique, politique, institutionnel, sociologique) mal pris en compte pas la spécialisation disciplinaire. Cela n'est qu'une hypothèse, précisent nos deux auteurs, qu'il conviendrait d'examiner plus attentivement. Elle signifierait que d'autres chercheurs ) ou d'autre thématiques - ont pénétré la sociologie, en ont modifié l'approche, provenant notamment de discipline habituées à la modélisation et à la classification (économie, statistique, mathématique, écoles d'ingénieurs).

Enfin, en appliquant l'analyse de T.S. KUHN à la façon dont les paradigmes se propagent, on peut dire que le conventionnalisme peut exercer un certain attrait en paraissant offrir la possibilité d'intégrer des phénomènes de nature diverse sur lesquels la sociologie de l'action a peut être fait l'impasse au profit des stratégies individuelles reposant sur l'intérêt. En ce sens, il fait partie des courants plus larges qui cherchent à rendre compte de l'émergence de l'autonomie du sujet, en tout cas, de l'importance du rôle du sujet dans le fonctionnement de la société, en même temps que celle de la complexité des phénomènes sociaux et des facteurs autres qu'économiques sur l'activité du sujet. On pense notamment au rôle des individus dans certains types d'activités qui se développent actuellement et dans lesquelles l'implication personnelle joue, échappant à des système d'évaluation marchande (importance de l'information, du travail relationnel par exemple). Le rôle, apparemment hypertrophié, que semble jouer l'individu à l'heure actuelle, est accentué par la disparition ou du moins le brouillage des règles et des procédures, l'atténuation des réseaux sociaux de solidarité et d'appartenance. Il n'en reste pas moins, que d'un autre côté, l'émergence d'un espace international comme lieu où se règlent les problèmes majeurs de notre époque, ayant un impact sur la vie de tous ainsi que la présence des États nationaux dans le repositionnement des sociétés, ne manque pas d'interroger la pertinence de l'individualisme méthodologique en général, et de souligner l'étroitesse des mondes du conventionnalisme en particulier.

A cette réflexion de DURAND et WEIL, nous pourrions ajouter que la complexité du monde nous semble mieux appréhendée par les analyses, provenant directement du monde de la sociologie, d'Edgar MORIN, de ses collaborateurs et de ses adeptes, que des définitions un peu simple du conventionnalisme. Et in fine, par qu'elle prend en compte les conflits, pleinement, et qu'elle n'a pas peur de prendre en comptes bien des analyses marxistes ou marxiennes, une sociologie de la complexité a bien plus de chance de prendre en compte les variables essentielles de la vie collective qu'une sociologie du consensus, un peu trop chargée d'un volontarisme en faveur d'une forme très précise d'économie capitaliste.

Comme nos deux auteurs, et cela se confirme dans les années 2010 et maintenant à l'orée des années 2020, nous pensons que le conventionnalisme est bien plus oeuvre de circonstances dans un contexte précis et des rapports de force sociaux bien identifiables qu'un profond renouvellement de la sociologie. Le même constat vaut pour l'individualisme méthodologique, mais si parmi ses adhérents, certains mettent en cause certains principes du conventionnalisme. En tout état de cause, il n'y là pas de nouveau paradigme pour penser la société. Juste une tentative de quantification qui laisse pendantes toutes les questions-clef, mise en suspens, et parfois dans une certaine régression intellectuelle. Nous sommes là bien plus sévères que nos deux auteurs guides, qui écrivaient alors à la fin des années 1990.

 

Jean-Pierre DURAND et Robert WEIL, Sociologie contemporaine, Vigot, 2002.

 

   

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26 août 2020 3 26 /08 /août /2020 07:02

   Si les films et documentaires sur la guerre froide, qui ne suit pas immédiatement la seconde guerre mondiale - deux ou trois ans se déroulent dans le chaos en Europe et dans l'hésitation entre Union Soviétique et États-Unis - existent à foison, peu nombreux sont les films et documentaires - certains d'ailleurs "glorifient" l'entente entre les deux Grands! - évoquent l'immédiat après guerre et les conséquences directes de la seconde guerre mondiale sur les États et sur les populations. Parmi eux, il faut en relever deux : Après Hitler et dans la série britannique 39-45 Le monde en guerre, le segment Règlements de compte.

 

- Après Hitler, 1945-1949 : L'Europe, une terre de sang et d'espoir. Proposé et conçu en duo avec le documentaire La chute du Reich, du même réalisateur, ce film est basé entièrement sur des images d'archives remastérisées et colorisées, provenant de plus de dix pays européens. Elles associent à des archives officielles rares des images inédites de la vie quotidienne. Il s'agit pour les auteurs  de décrire la période de 5 ans d'après-guerre et le début de la guerre froide, période où le monde espère une paix durable. Ceci tant au niveau géopolitique qu'au niveau du ras des populations. Le monde va se retrouver en fait au bord de l'apocalypse. Cinq années de chaos et d'espérances, durant lesquelles les peuples d'une Europe meurtrie tentent d'éviter de devenir les jouets des grandes puissances. Cinq années de confusion et d'espoirs qui les mènent, malgré eux, de part et d'autre du rideau de fer. Ce film, produit par Fabienne SERVAN-SCHREIBER et Lucien PASTOR, est présenté avec un bonus : un entretien, avec; conjointement; David KORIN-BRZOZA (auteur, réalisateur) et Olivier WIEVIORKA (auteur, histoiren spécialiste de la Seconde Guerre mondiale).

Ce bonus n'est pas accessoire : il permet d'aborder des problématiques liées tant à cette période qu'au travail documentaire lui-même. Les auteurs insistent sur la question des images disponibles et du récit historique, des archives souvent de propagande de tous les camps et des résultats de l'historiographie que rendent compte de façon déformée ces images et parfois pas du tout (absence de traces filmées), éléments qui influent dans la réalisation du documentaire. Les images des déplacements très importants de population (en plusieurs temps, sans doute pas loin de 100 millions de personnes en 5 ans) possède une résonance particulière par rapport à l'actualité des phénomènes migratoires provoqués par les guerres au Moyen Orient et en Afrique et le réchauffement climatique.

 

39-45 Le monde en guerre, Règlements de compte :

 

FILMUS

Complété le 29 août 2020

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23 août 2020 7 23 /08 /août /2020 17:33

    Beaucoup de grands documentaires, à l'issue de leur récit de la Seconde Guerre mondiale, veulent consacrer un temps de réflexion sur la manière dont ils la racontent. Que ce soit pour De Nuremberg à Nuremberg, 39-45, Le monde en guerre ou Apocalypse, il s'agit de se livrer à une sorte d'inventaire de ce qu'ils ont pu montrer et de qu'ils n'ont pas pu montrer, l'historiographie étant constamment en mouvement, soit par développement de thèmes de réflexion (la Shoah par exemple) ou par découvertes d'archives inédites. Car l'histoire de la seconde guerre mondiale, par écrit ou par l'image, n'est jamais définitivement écrite : elle est source d'interrogations continues sur notre propre histoire. A ce titre, les reportages "de clôture" des séries The Pacific et Band of brothers sont en quelque sorte incontournables....

 

- 39-45, Le monde en guerre. Sans doute le "bonus" le plus remarquable, qui perpétue la réputation de sérieux de la BBC, parmi tous les bonus consacrés à la manière dont les auteurs construise un documentaire sur la seconde guerre mondiale. Les longs interviews des auteurs portent sur la guerre elle-même et le découpage de la série en différents pôles d'intérêts, dont le plus marquant et le plus important concerne l'holocauste des Juifs, la Shoah. Toutes ces parties sont construites autour des entretiens avec des participants au conflit mondial, quel que soit son camp, et les tensions entre les commentaires et les images sont bien expliquées par les auteurs. Avec la volonté de partir surtout du vécu des participants à cette guerre, actifs ou victimes passives, les auteurs, à commencer par Jeremy ISAACS, participe à l'éclosion et à la diffusion d'une manière de parler de la seconde guerre mondiale, autrement que par le sommet, par les états-majors et leurs décisions, autrement que par un récit géopolitique et de batailles, c'est toute une équipe qui porte le lourd projet, serrant de près la recherche historique du moment - car depuis d'autres faits ont été mis en évidence, comme le rôle des services de renseignements et d'écoute - de parcourir l'ensemble des événements de la seconde guerre mondiale. Effort récompensé par une notoriété encore intacte, dont l'importance accordée à l'Holocauste, n'est pas le moindre effet de leur travail. Que ce soit pour rechercher des archives qui couvrent tous les événements ou pour faire intervenir des personnes qui n'ont pas spécialement envie de faire état de leur "expérience" (on pense à certains responsables nazis encore en vie à l'époque ou à des victimes traumatisées par la guerre), ces interviews montrent bien le travail important qu'il a fallu fournir. Le produit de ce travail est aujourd'hui le prototype du documentaire sur la seconde guerre mondiale, et par extension sur la guerre.

 

- De Numremberg à Nuremberg

- Apocalypse

 

FILMUS

 

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22 août 2020 6 22 /08 /août /2020 12:13

 Les objets de la vie sociale

  Comme pour se distinguer d'une théorie strictement économique, voire économiste, nombre d'auteurs se consacrent à définir par le menu les objets environnant l'homme comme n'ayant pas qu'une nature marchande. Ils possèdent bien d'autres attributs que d'être au centre de l'échange marchand. Ainsi le cadre de l'échange marchand devient, chez les conventionnalistes, un cadre d'action parmi d'autres et non un cadre général. Dans ces autres cadres de l'action, les individus ont des motivations qui ne relèvent pas de calculs d'optimisation relevant de la rationalité économique.Doués de raison et agissant avec les autres, ils commettent des actions dont ils doivent rendre compte. Ce sont des êtres raisonnables et leur action est justifiable. Nos auteurs se réfèrent là aux fameuses agrégations des comportements individuels.

Dans l'échange marchand, le principe de justification est la rationalité. Mais il serait faux d'étendre cette forme de rationalité à tous les cadres de l'action comme on peut le constater à travers les arguments  que donnent les individus pour justifier leur conduite. En effet, il y a une pluralité de cadres d'action dans la complexité de l'univers. Comme il y a une multitude de subjectivités liées à la multitude des argumentations des individus, le recours à des objets extérieurs constitue le noyau tangible de leur justification. ces objets peuvent être matériels ou symboliques. Dans l'univers marchand, les objets sont des biens avec les caractéristiques définies par la théorie économique.  : ils sont anonymes, construits pour l'échange, différenciés par un prix. Dans d'autres monde, ils prennent d'autres formes, par exemple dans l'univers domestique, ils ont une "valeur d'usage". (BOLTANSKI et THÉVENOT, 1987).

Chaque monde a ses objets et "lorsque des objets ou leur combinaison dans des dispositifs plus compliqués sont agencés avec des personnes, dans des situations qui se tiennent, on peut dire qu'ils contribuent à objectiver la grandeur des personnes". (Idem). Dans chaque monde il y a donc une cohérence entre les objets et les personnes. En ce sens, le conventionnalisme propose un modèle universel (THÉVENOT et collaborateurs, 1989) qui s'énonce, sous des contraintes de même type, en trois concepts : justification (versus rationalité économique), mode de coordination (versus marché) et objectivité (versus biens). A partir e l'action des hommes, fondée sur le fonctionnement de ces concepts, se construit la réalité sociale qui n'est plus une donnée naturelle, mais un résultat des interactions humaines mobilisant la raison, les univers où s'expérimente la réalité humaine plurielle et les objets. Ceux-ci sont le résultat de l'activité mentale des hommes. : ils peuvent être des objets physiques (ou symboliques) qui sont alors des biens marchands (dans le monde ou l'univers marchand, leur nature est alors marchande) ou des biens domestiques (dans le monde domestique) : les objets peuvent être aussi des règles ou des normes sociales. Dans tous les cas, il s'agit de "construits sociaux" nés d'un accord entre les hommes, lequel qualifie l'objet, c'est-à-dire lui attribue une nature, autrement dit une "fonction" sociale dans un univers donné. Les objets sont donc fruit de conventions et non des données de toujours, extérieures à la négociation entre les hommes.

Il y a bien pour le conventionnalisme une ambition à se présenter comme une conception philosophique de la société et un cadre général d'analyse à partir de l'action des individus autour des trois concepts cités ci-dessus. (DURAND et WEIL). Même si ceci est une présentation très globale, on ne peut s'empêcher de penser, en regard des avancées de l'économie et de la sociologie à leur époque, que les auteurs ne font pas preuve d'une trop forte économie de moyens pour articuler les choses. Ils ne parviennent d'ailleurs pas au niveau des élaborations qui les précèdent des notions de valeur d'usage et de valeur d'échange. On pourrait penser que les auteurs abordent la question de contradictions entre ces deux valeurs dans de nombreux objets accaparés par les échanges économiques, mais ils évitent soigneusement toute analyse de ces conflits. Il est vrai que s'ils le faisaient, cela rappellerait aux destinataires directs et commanditaires (ou financeurs) de leurs études des notions marxistes ou marxisantes absolument à éviter!

 

La logique de l'action : la justification

   Le conventionnalisme repose sur des postulats. Par conséquent, la forme privilégiée en est la modélisation. Ce qui lui donne une apparence formelle rigoureuse, qui rappelle furieusement la frénésie pour les représentations mathématiques des théories économiques dans les différents manuels officiels en vigueur dans nombre d'universités.

Ainsi, il construit un cadre général des logiques d'action en donnant des hypothèses sur ce qui correspondrait au concept sociologique de motivation. S'inspirant des sciences morales et politiques, cette théorie affirme que le lien qui unit l'être particulier qu'est l'homme à ses semblables (la communauté), c'est l'impératif de justification. "Cet impératif de justification est même un attribut caractérisant ce en quoi les personnes sont humaines... Comment une science de la société peut-elle espérer aboutir en ignorant délibérément une propriété fondamentale de son objet, et en négligeant que les gens sont confrontés à l'exigence d'avoir à répondre de leurs conduites, preuves à l'appui, auprès d'autres personnes avec qui elles agissent?" (THÉVENOT et collaborateurs, 1989) ; BOLTANSKY et THÉVENOT, 1991). Cette théorie commence par sa propre justification, c'est-à-dire, la preuve expérimentale, la négation de l'affirmation arbitraire. Chacun d'entre nous peut en vérifier le bien-fondé : il suffit d'être attentif aux justifications que développent les personnes en paroles et en actes, et qui "comme des savants, ne cessent de suspecter, de soumettre le monde à des épreuves". (Idem).

Les actions de l'individu sont donc justifiables. Elles sont raisonnables en ce qu'elles s'appuient sur les raisons qui motivent sa décision et qu'elles sont compréhensibles par tous. On dira que "l'exigence de bonne raison se confond avec celle d'acceptabilité par les autres et d'objectivité pour constituer une même catégorie du raisonnable (THÉVENOT et collaborateurs, 1989). La construction d'un modèle d'action raisonnable suppose de transcender la contingence de la situation où se déroule l'action, car ayant une portée générale, elle repose sur une mise en équivalence avec d'autres situations. Cette exigence de généralité demande un mode de rapprochement fondé. Il faut donc concilier deux hypothèses : la possibilité de fonder des actions coordonnées sur un principe commun et la disponibilité d'une pluralité de ces principes. Ce sont ces propositions que présentent les Économies de la grandeur, à travers le "modèle d'action raisonnable compatible avec ces deux hypothèses" (Idem). ( DURAND et WEIL)

L'insistance sur la justification provient directement du fait que ces auteurs refusent d'admettre que dans bien des cas, les comportements sont imposés par les institutions (par exemple éducatives), sans que les individus ne se posent la moindre question sur la justification de ces impositions... Par ailleurs, on ne peut s'empêcher de faire le rapprochement entre l'obsession de la conformité (conformisme et apparence extérieure) dans certaines sociétés et cette justification individuelle des comportements.

 

L'essence de l'homme définie par six axiomes

   Une sociologie si centrée sur l'individu ne peut faire l'économie d'une définition de l'essence de l'homme. Si la logique de l'action est la justification de l'action vis-à-vis d'autrui, les ressort de l'action dépendent de cette essence, de ce qui le qualifie en tant qu'homme.

Si axiomes définissent ce que sont les individus vivant dans les société habituées à la négociation et non aux rapports de force. C'est ainsi que le conventionnalisme voit les sociétés modernes (industrielles), excluant de son champ de réflexion celles où règne la violence politique ouverte. Ce sont les sociétés ou "cités marquées par la philosophie politique moderne" (BOLTANSKI et THÉVENOT, 1991).

Dans ces sociétés où "la rationalité des conduites peut être mise à l'épreuve" (BOLTANSKI et THÉVENOT, 1987), on aboutit toujours à "la maitrise pratique des justices fondées en principe" (Idem).

Pour pouvoir négocier, il faut donc que les hommes soient tous dotés d'une commune humanité (axiome 1) qui les prédispose à agir pour le bien commun par voie d'accords et non de violence. Ils ne sont pas condamnés à un seul état et peuvent en trouver au moins un équivalent à un autre (axiome 2), sans cela ils ne seraient pas motivés à l'action. Ils peuvent accéder à un même état de richesses ou une commune dignité (axiome 3). Il y a un ordre relatif aux états qui qualifient les personnes, ce qui peut les rendre insatisfaits, et leur donne le désir d'en changer (axiome 4), mais elles savent qu'il y a un coût (axiome 5). Le dernier axiome, le 6ème, est l'existence du bien commun, lequel permet de parvenir à un accord (clôturer l'accord).

   Des commentateurs désobligeants (...) pourraient considérer que cette description de l'homme moderne est bien maigre et se demandent ce qu'il en est des multiples conflits sociaux qui agitent ces sociétés "marquées par la philosophie politique moderne". Quelles sont donc ces sociétés non mues par des rapports de force? Lesquels sont sans doute un peu vite assimilés à de la violence... Cet homme gentillet semble bien celui souhaité par nombre de dirigeants politiques et économiques...

 

Modes de coordination de l'action entre individus

   La conventionnalisme se distinguant par la recherche des ressorts de la coopération (exclusivement) entre les individus, il est logique que ses chercheurs explorent divers modes de coordination de l'action ente individus. Il s'agit donc de comprendre comment les personnes conduisent des actions raisonnables compatibles avec les hypothèses de la nécessité de rendre compte de leurs actions de façon acceptable pour autrui : il faut définit le cadre de telles actions.

Trois autres axiomes sont alors énoncés :

- Multiplicité des mondes : l'action se déroule dans un monde ou dans un univers à plusieurs natures (axiome 1) (THÉVENOT et collaborateurs, 1989-. L'action, pour être justifiable, doit pouvoir transcender la particularité et la subjectivité de celui qui la justifie. L'introduction de phénomènes de preuve apparaît nécessaire. L'objectivité est ce qui sert d'appui à une action justifiable ; elle est caractéristique d'une nature. La présence d'objets dans l'action sert de ressources aux individus.

- Les objets n'ont qu'une nature et une seule référée au monde qui les caractérise dans une situation donnée (axiome 2). Ainsi, "l'objectivité industrielle de l'ingénieur, celle des appareils de mesure et des lois statistiques qui suppose stabilité et standardisation, trouve sa place parmi d'autres (...) L'objectivité marchande du bien n'est pas moins objective et déterminante pour l'action intéressée" (Idem). L'importance de cette nature de l'objet apparaît lorsqu'elle fait défaut, insinuant le doute sur la qualité de l'objet dans l'action et mine les fondements de la forme de coordination, c'est-à-dire, du cadre de l'action des hommes.

- Les hommes ont plusieurs natures. Tout comme les objets, les hommes doivent être qualifiés, c'est-à-dire, identifiés, dans le cadre d'une action raisonnable. Mais à la différence des objets, les hommes peuvent être qualifiés dans toutes les natures (axiome 3). Si l'économie néo-classique n'envisageait qu'une rationalité, le conventionnalisme considère que l'homme en possède plusieurs : l'homme est raisonnable, il peut argumenter ; il peut changer de nature mais il devra justifier son action selon le monde concerné. (DURAND et WEIL)

On sent là l'expression de l'impérieuse nécessité de sortir d'un économisme qui attribuait à l'homme qu'une seule nature (homo oeconomicus) et ne se situait que sur un seul plan d'existence (l'économie...), condition pour qu'émerge une véritable sociologie qui aborde des domaines particuliers et divers de la vie sociale...

 

Modèle commun et relation d'équivalence

   L'existence d'un bien commun (axiome 6) qui dépasse les singularités de individus conduit à la reconnaissance d'un modèle commun à tous les mondes de l'action en général. En même temps, à l'intérieur de chaque monde, une relation d'équivalence organise la cohérence de la rationalité du monde concerné entre la nature des objets, la nature des hommes, la logique de négociation (et l'accord), etc.

Dans le modèle commun à tous les cadres de l'action présentant un forme de généralité, à toute forme de coordination correspond un ordre, rendant compte de "la possibilité de clôture d'un équilibre sur l'une ou l'autre des différentes natures". Chaque nature repose sur une forme de généralité que l'on peut considérer comme une relation d'équivalence (THÉVENOT et collaborateurs, 1989). La relation d'équivalence dote des mêmes propriétés les êtres, que ce soient  des humains et/ou des objets. Cette notion permet d'exprimer la coïncidence/non coïncidence de nature des objets ou des êtres humains dans une même cité. A l'intérieur de chaque cité (ou nature ou monde) il y a une relation d'ordre qui définit l'importance des individus, importance dont ils peuvent contester l'attribution. Ils peuvent ainsi soumettre à l'épreuve l'ordre de la cité et l'allocation des grandeurs. Mais la construction d'une équivalence entre des personnes permet aussi de faire émerger un intérêt commun. En effet, "cette relation fondamentale est un principe d'identification des êtres, considéré dans chaque nature, comme plus général que toutes les autres formes de rapprochement jugées plus contingentes, et tenu pour commun à tous" (idem). C'est le "principe supérieur commun" qui permet de dire que a équivaut à b, c'est-à-dire de "constituer l'équivalence des états de grandeur, (de) faire la mesure des choses" (BOLTANSKI et THÉVENOT, 1987).

Dans chaque nature définie ainsi, un "principe supérieur commun" définit donc la structure mais produit des hiérarchies en même temps, car il donne un ordre sur l'importance des être d'où le terme de grandeur donnée à cette qualité. Dans chaque nature (ou monde), objets et personnes sont donc ordonnés selon leur grandeur, suivant leur importance en regard du principe supérieur commun qui les qualifie. Tenu pour commun à tous, le principe supérieur est aussi le bien commun dans l'action justifiable. Cette hypothèse d'ordre est considérée comme un élément permettant de passer de la perspective d'une nature unique (la rationalité marchande de l'économie néo-classique) à celle d'un univers à plusieurs natures, car "l'ordre construit, autour de chaque forme de justification, la possibilité de réduire la tension inhérente à la disponibilité d'autres principes généraux de qualification, sans éliminer totalement la trace de ces autres monde possibles et leur fermer tout accès" (THÉVENOT et al., 1989). (DURAND et WEIL)

  Cette présentation de nos deux auteurs-guide nous a laissé un peu perplexe, mais vérification faite - lecture de deux ouvrages clés de THÉVENOT et BOLTANSKI), elle correpond effectivement à ce qu'on en tirer, en en restant aux principes - effectivement assez abrupts - qui rappellent certaines docte définitions en économie. Mais en y regardant bien, on s'aperçoit - outre cette insistance à mettre sur le même plan hommes et objets - qu'il s'agit bien d'une mise en forme d'un principe d'intérêt commun (général) qui tout en s'imposant aux individus qui justifient leur action, se trouve pris dans des considérations d'ordre social, lequel se trouve bien mis en avant pour guider toutes les collaborations et tous les accords. L'ordre social, l'intérêt commun, l'équivalence des états de grandeur, tout cela conduit à ces nécessaires coopérations, qui font la société. On pourra toujours contester sa place dans l'ordre, mais en fonction même de cet ordre. Tout en faisant mine d'ouvrir cette nouvelle sociologie à des mondes multiples, il semble bien qu'on la ferme finalement dans une sorte d'obligation du respect du bien commun. Mais il faut en savoir plus sur ces mondes pour se faire une idée juste de cette théorie et il faut l'écrire, de cette théorisation, qui, en regard de tout le savoir sociologique accumulé jusque-là, apparait bien pauvre... Comme si on tentait d'élaborer un nouveau vocabulaire et une nouvelle grammaire pour en définitive retomber sur des notions néo-libérales...

 

Les six mondes ou cités

    La relation d'équivalence peut définir un nombre indéterminé de natures. Mais le repérage effectué dans les grands ouvrages de philosophie politique et morale (BOLTANSKI et THÉVENOT, 1987) permet d'en dénombrer six grands types caractérisant le cadre de l'action, soit six grands types de cités : la cité marchande, le cité de Dieu, celle du renom (ou de l'opinion), la cité domestique, la cité civique, la cité industrielle.

- La cité marchande : Adam SMITH a formalisé, le premier, dans les relations marchandes un principe universel de justification permettant de fonder une cité sur ce principe. La cité marchande garantit la paix et est telle que les hommes, confrontés à une dispute permanente à la mesure de leurs passions, arrivent à reconnaître leur intérêt particulier dans une forme de bien commun, la marchandise. le commerce permet de brider les passions. En effet, il établit le lien social entre vendeurs et acheteurs dans un juste équilibre puisque l'un et l'autre mûs par le profit marchand, y entendent raison et y soumettent leur cupidité au lieu de la transformer en agressivité.

- La cité de Dieu ou la cité inspirée : la cité de Saint AUGUSTIN, quant à elle, définit le modèle de cité dans laquelle les relations harmonieuses assurent la concorde entre les êtres. Le fondement de cette cité reposerait sur l'inspiration conçue sous la forme de la grâce. Abstraction de la cité des hommes, ce modèle s'est réalisé dans "les nations", "les républiques", "les peuples".

- Dans la cité de renom (ou de l'opinion), la grandeur d'une personne repose sur l'opinion des autres et est indépendante de l'estime que la personne a d'elle-même. Les litiges surgissent lorsque l'écart se creuses entre cette estime  et celle que les autres lui portent et qui est seule, dans la réalité. L'exemple de cette cité est celle de la cour : si le grand est grand par les faveurs qu'il y trouve, il est aussi petit car, serviteur lui-même, il est mis en équivalence avec son propre domestique. La tension de la grandeur du renom et de la grandeur domestique entraine l'ébranlement de l'ordre des personnes, donc de la cour et libère un espace pour d'autres cités (la cité industrielle notamment).

- Dans la cité domestique (qu'aurait décrite BOSSUET), l'individu se soumet au prince car celui-ci "fait , pour le bonheur commun, le sacrifice de ses satisfactions personnelles". "Dans cette conception sacrificielle de la grandeur du Prince, la célébration de ses vertus consiste à faire voir, dans toutes ses dimensions, l'ampleur du sacrifice auquel il consent pour le bonheur commun, auquel il subordonne la totalité de ses satisfactions personnelles" (BOLTANSKI et THÉVENOT, 1991).

- Dans la cité civique, le souverain qui n'est plus roi, est constitué "par la convergence des volontés humaines quand les citoyens renoncent à leur singularité et se détachent de leurs intérêts particuliers pour ne regarder que le bien commun" (Idem).

- Le modèle de cité industrielle prend sa source dans les écrits de SAINT-SIMON. Cette cité est fondée sur l'objectivité des choses. C'est un corps organisé dont toutes les parties contribuent d'une manière différente à la marche de l'ensemble. L'objet de la cité industrielle c'est la "société". Tout doit concourir à sa gestion : calculs des coûts, règles comptables, sciences de la production auxquels s'ajouteront au XXe siècle l'organisation du travail, les instruments de contrôle et de mesure, la standardisation, etc.

   Bref, dans chaque type de cité, l'individu trouve la forme universelle de son intérêt particulier. La sociologie et l'économie qui semblent s'opposer par le traitement qu'elles font de l'homme, l'un valorisant le collectif, l'autre l'individuel, ont, en fait, d'après les conventionnalistes, une structure originelle identique, reposant sur une même transformation, celle du supérieur commun en loi positive, (la volonté générale ou le marché). Cette démarche, estiment-ils, est de nature métaphysique, destinée à demeurer abstraite tant qu'on n'aura pas pris en compte la diversité des accords qui font la trame de la réalité sociale? La constitution permanente de ces accords, est, selon eux, au coeur de la confrontation des individus en tant qu'êtres vivant ensemble. En effet, à tout instant, il faut qu'un principe ayant valeur d'équivalence puisse être reconnu comme ayant une valeur universelle et permettent l'établissement d'accords qui réalisent le lieu de fusion des intérêts particuliers en un intérêt collectif. La construction du modèle repose donc sur des transmutations de trois sortes : collectif/individuel, nature humaine plurielle/modalités de l'action, types de cités/types d'accords. (DURAND/WEIL)

 

La transformation du monde : le passage d'un monde à l'autre

    Les individus, toujours selon les conventionnalistes, sont définis par la capacité de posséder au moins deux états, par conséquent de changer leur état existant. L'axiome de commune dignité les dote d'une puissance identique d'accès à tous les états tandis qu'un ordre relatif aux états qualifie les personnes. Ce sont là autant d'attributs qui vont créer des sentiments d'insatisfaction et de contestation sur leur situation, modifier l'équilibre général et en générer d'autres. la dynamique du système est ainsi en germe dans la caractérisation même des individus. De la même façon, la caractérisation d'un monde n'est jamais définitive, car celui-ci contient toujours la trace d'autres natures, même réduites à l'état de contingences. Mais la diversité de ces contingences se tient aux confins des mondes (ou des natures) et bruissent jusqu'à devenir des tohu-bohus remettant alors en cause la distribution harmonieuse des grandeurs et les états des personnes. (DURAND et WEIL).

Parvenus à ce stade de réflexions, les conventionnalistes, dans leur réflexion sur ces mondes et les relations entre eux, sont obligés de tenir compte des conflits et d'une certaine manière de constater, au-delà de statuts des personnes définis de manière plus ou moins stables dans chaque monde, que la dynamique des changements résident en ces conflits. Mais ils refusent précisément d'aller là, malgré l'observation de la survenance du litige et du procès qui conduit à l'épreuve et à la démonstration des preuves... Car admettre que les dynamiques de changements proviennent de ces conflits qui ne sont pas forcément induits intégralement par les personnes, serait admettre deux choses qui n'entrent pas dans leur système : que le conflits sont au coeur de la dynamique des changements et que ces conflits proviennent de l'existence des structures dans lesquelles les individus sont placés, qu'ils le veuillent ou non. Ils constatent que les personnes contestent la distribution des grandeurs qui leur est attribué dans un monde donné. Mais les situations pour eux, ne sont que "troubles" et remplies "d'incertitude" sur les grandeurs qu'il faut épurer. Cette épuration, pour eux, ce n'est que le retour à une cohérence, à un accord. Comme par postulat, les personnes sont des êtres raisonnables, la contestation se fera autour des jugements, autour des principes supérieurs communs, propres à chaque nature, jusqu'à ce qu'un accord soit trouvé. Il est évident toutefois que pour juger de la qualité des arguments, on ne peut tout de même pas s'en tenir aux propos des contractants éventuels, car il peut s'y loger d'importances subjectivités irréductibles. Ainsi "pour régler la dispute, lever l'incertitude sur les états de grandeur et les rendre prouvables, il est nécessaire que le modèle de la cité puisse s'étendre à des êtres qui ne sont pas des personnes" (Idem). Lors des disputes, pour contrecarrer la subjectivité des personnes, les choses vont servir de preuve à la définition des éléments de contestation dans l'épreuve de réalité. On peut comprendre que ces choses sont économiques - malgré que certaines des cités décrites soient régies par d'autres principes qu'économiques - vu le contexte dans lequel ce développe cette sorte de sociologie morale. Le modèle de cité qui caractérise les conduites humaines contient des êtres que les personnes (ce que permet l'usage de la notion d'équivalence).

    La justice des accords entre les personnes est conforté par la justesse des accords entre les choses."Avec le concours des objets que nous définirons par leur appartenance exclusive à une nature, les personnes peuvent établir des états de grandeur. L'épreuve de grandeur ne se réduit pas à un débat d'idées, elle engage des personnes avec leur corporéité, dans un monde de choses qui servent d'appui" (idem). Comment évalue-t-on les grandeurs des choses? Cela dépend. On peut "selon le monde considéré, donner des épreuves en se réclamant du témoignage d'un grand dont le jugement fait foi, en invoquant la volonté générale ; en payant le prix ; ou encore en s'appuyant sur une expertise compétente. Les formes de connaissance sont adaptées à l'évaluation des grandeurs". Cette insistance sur la quantification des grandeurs nous mènent toujours irrésistiblement, que les auteurs le veuillent ou non, vers des réalités économiques.

   La sortie de l'épreuve de réalité donnant lieu à un différend se résout dans le compromis. le compromis est fragile s'il ne parvient pas à être rapporté à une forme de bien commun constitutive d'une cité. Il ne permet pas d'ordonner les personnes selon une grandeur propre à cette cité. Il faut par conséquent doter les objets mis au service commun d'une identité propre, reconstruire une cité fonctionnant suivant les modalités exprimées ci-dessus. Sans cela les êtres continuent à maintenir leur appartenance d'origine et la dispute peut être relancée. (DURAND et WEIL).

Et c'est précisément ce qui arrive tout le temps, les accords n'étant toujours que temporaires, constitutifs même des conflits, ces fameuses "disputes" comme les appellent les conventionnalistes comme pour en atténuer la virulence et la permanence. Ils sont convaincus que les personnes raisonnables se réfèrent en fin de compte au bien commun (ce qui reste à démontrer...), mais comment cela s'exprime-t-il? Dans l'élaboration de structures sociales dans lesquelles les individus s'insèrent et pas entièrement consciemment. Mais pour les conventionnalistes, parvenir à cette conclusion serait reconnaître la société comme s'imposant à l'individu. Pour eux, il s'agit d'élaborer une sociologie de l'accord et non une sociologie du conflit.

 

SOCIUS

 

 

 

 

 

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22 août 2020 6 22 /08 /août /2020 07:03

   Maints férus de technologie militaire alignent des listes sur les matériels militaires utilisés pendant la seconde guerre mondiale. Cela a son utilité dans la présentation technique et par leur utilisation sur le terrain, mais il faut savoir que comparer par exemple les chars allemands ou italiens aux chars anglais, français ou américains a des limites. En effet, presque jamais, les armements les meilleurs sont opposés les uns aux autres et on a affaire au contraire à toutes sortes de chevauchement où se mêlent recherche de nouveautés technologique (la percée qui donnera l'avantage majeur) et amélioration du matériel existant, comme me montre d'ailleurs le documentaire, parmi d'autres disponible sur filmsdocumentaires.com. De plus, énormément de matériels d'armements surclassés, selon les experts, furent utilisés sur les champs de bataille, dont certains dataient directement de la première guerre mondiale. Et par ailleurs nombre de matériels supérieurs ne furent produits qu'à l'état de prototype, et cela quel que soit la catégorie de l'armement (air, terre, mer). Enfin, énormément de matériels furent conçus sur les planches à dessins ou en restèrent au plan d'essais restreints, l'imagination de techniciens et des ingénieurs pouvant d'ailleurs faire l'objet de documentaires (parfois amusants). Enfin des matériels considérés comme nouveaux ont été élaborés et utilisés pendant la seconde guerre mondiale, mais leur conception date des années antérieures : avions à réaction, hélicoptères, arme atomique...  

Les documentaires et films de fiction et séries sont émaillés de considérations techniques et parfois l'action met en valeur certaines armes, même si celles-ci ne constituent par le sujet principal. Hormis tout ce qu'on peut trouver sur Internet (à foison là-dessus, mais il faut quand même chercher car les moteurs de recherche sont vraiment à la peine!), quelques documentaires se centrent sur les armements, chars et avions surtout. Des films sur l'arme atomique ont déjà été cités (voir dans la série sur ce blog Comment voir la seconde guerre mondiale).

 

Côté documentaires :

- un documentaire sur les différentes aviations

 

- Champs de bataille 2 : les bunkers oubliés d'Hitler (TIGNÈRES)

 

Côté films :

- Tanks for Stalin (Kim DRUZININE). Il s'agit d'une partie de  l'histoire du fameux char T-34 soviétique, celle de son inspection par l'état-major de l'armée, qui exige son déplacement sur plusieurs centaines de kilomètre pour parvenir à Moscou. Ce film russe de 95 minutes sorti en 2018, raconte donc des péripéties de ce voyage (entre difficultés techniques et tentative de destruction par les renseignements allemands). Très romancée, l'histoire, qui se déroule en 1940, est véridique et les qualités de ce char, remarquable équilibre entre les trois composantes fondamentales que sont la puissance de feu, la protection blindée et la mobilité, qui joua un rôle essentiel sur le front de l'Est au cours de la seconde guerre mondiale. Le T-34 est alors considéré comme le meilleur blindé des Forces Alliées et l'un des meilleurs chars de la guerre, supérieur même au Panzer. Il n'est pleinement opérationnel en nombre que lors des batailles de Moscou et de Stalingrad en 1942, et joue un rôle décisif dans la bataille de Koursk à l'été 1943, où furent apportées des améliorations importantes. Pour ceux qui se demandent comment les Allemands étaient au courant du développement de ce char dès ses débuts, et ait pu tenté de le contrecarrer si précisément, il suffit de rappeler que la coopération - y compris dans le domaine de l'armement - germano-soviétique ne stoppa que le premier jour de l'invasion allemande du territoire soviétique! Présenté comme un film à grand spectacle, le métrage souffre tout de même visiblement d'un manque de moyens...

 

- Les héros de Télémark (MANN). Rappelons qu'il s'agit de l'histoire du sabotage en Norvège de la production d'eau lourde pouvant servir à fabriquer la bombe atomique (même si en définitive l'état-major allemand n'est intéressé que sur la forme de production d'énergie - réacteur nucléaire...). Là aussi, le film intervient au niveau du développement d'une arme (potentielle)...

 

FILMUS

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21 août 2020 5 21 /08 /août /2020 13:11

     La grande tradition de la biographie en littérature a déteint depuis longtemps sur les plans cinématographiques. Singulièrement concernant l'histoire de la seconde guerre mondiale, prolongeant ainsi la plus ou moins mauvaise habitude de voir l'Histoire à travers des individualités, à qui l'on attribuent souvent plus d'influences qu'ils n'en ont eu réellement.

 

Côté documentaire :

- Dans la série Apocalypse, Hitler (CLARKE-COSTELLE). C'est un des plus récents documentaires sur le parcours d'HITLER (diffusé sur France 2 en octobre 2011) et il bénéficie donc des plus récentes recherches historiographiques. Condenser en deux heures environ (en deux parties) cela est d'autant plus compliqué qu'il faut non seulement montrer mais aussi expliquer, et tenir compte du contexte, notamment de la première à la seconde guerre mondiale. Il regroupe des documents d'époque connus ou inédits, officiels ou amateurs, sur les grands événements l'ayant amené à la prise de pouvoir. Les images d'archives ont été restaurées et colorisées. Réalisée par Isabelle CLARKE et Daniel COSTELLE (déjà dans la direction de la grande série Les grandes batailles), narrée par Mathieu KASSOVITZ, cette série de deux films est remarquable par son rythme et par la prise en compte de nombreux événements. On y montre notamment que l'ascension d'HITLER fut bien plus compliquée que voulurent le dire la propagande nazie et qu'à plusieurs reprises, elle aurait pu se terminer, soit sous le coup d'issues incertaines des élections, soit sous le coup de ses aventures personnelles. L'exploitation des données de la presse de l'époque montre bien que sans la crise économique de 1929, HITLER ne serait sans doute pas parvenu au pouvoir. Des critiques, que les auteurs balaient d'ailleurs, ont été émises, soit sur la forme - la colorisation (mais, au fait, la vie était en couleur à l'époque!) menée de nos jours de manière très fine, soit sur le fond. L'historien Édouard HUSSON, tout en soulignant l'intérêt du documentaire pour ses images inédites, lui fait trois reproches majeurs : "l'absurde insistance sur la possible ascendance juive de Hitler, une thèse bien éculée, et dont on se demande pourquoi les auteurs la réhabilitent", mais c'est que HITLER aurait bien été incapable de satisfaire à l'exigence nazie elle-même de prouver son ascendance "aryenne" sur quatre générations..., "la thèse historiquement fausse qu'il y aurait eu un danger communiste en Allemagne fin 1918", ce qui n'est pas l'avis ni de la population à l'époque ni d'autres historiens qui insistent sur l'atmosphère révolutionnaire et pas seulement en Allemagne de 1918-1919; et enfin "la quasi-absence des crises économiques dans l'énumération des facteurs qui amenèrent Hitler au pouvoir", ce qui montre seulement une chose, c'est qu'il n'a pas "vu le film!"... Le bonus - chose à ne jamais négliger, les bonus, lorsqu'on a le DVD - où interviennent nombre des fabricants du documentaire (des monteurs aux chercheurs d'archives), nous informe que la série à l'origine devait comporter quatre parties allant jusqu'à 1939, alors qu'elle s'arrête, de manière un peu abrupte il faut le dire, à 1935. De nombreuses images n'ont pas été exploitées et certains souhaitent un second volet (Hitler 2).

 

- Speer et Hitler, L'architecte du diable, en 3 parties

 

- La série de documentaire 1914-1945. Ils ont fait le monde, The World Wars, 3 DVD en 6 parties. Où les deux conflits armés mondiaux sont vus (à juste titre) dans un même ensemble de problématiques. Mais également, et là c'est tous les dangers de l'histoire vue à travers le parcours des personnages historiques, centrés sur eux.

 

- Adolf Hitler. Du charisme au chaos (REES)

 

- Nazis, Un avertissement de l'histoire (REES)

 

- Mussolini et Hitler, L'opéra des assassins (ROSÉ)

 

 

Côté films :

- Patton (SCHNAPPNER)

 

- Mac Arthur (SARGENT)

 

- Ike, Opération Overlord (HARMON)

 

- Amiral Canaris (WEIDENMANN)

 

 

 

FILMUS

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21 août 2020 5 21 /08 /août /2020 09:03

   Sophie de MIJOLLA MELLOR développe dans Psychanalyse le travail du trait d'esprit et de l'humour.

  La production du trait d'esprit répond au même type de travail psychique que celui de l'élaboration onirique et FREUD pour mieux souligner qu'il s'agit d'un travail, même s'il est préconscient, parle de la "technique" du mot d'esprit. On trouve la meilleure élaboration du sens de ce travail-là dans son livre Le mot d'esprit et ses rapports avec l'inconscient, Gallimard, 1930.

Cette technique recouvre une grande diversité de moyens consistant par exemple à former des mots composites en en condensant plusieurs ou, avec l'emploi du même matériel verbal, à établir des interventions et des modifications ou encore à jouer sur le double sens des mots, équivoque, métaphore, etc. Mais, comme le dit FREUD : "La condensation demeure la catégorie à laquelle sont subordonnées toutes les autres. Une tendance à la compression ou mieux à l'épargne domine toutes ces techniques".

Le procédé majeur de l'élaboration du rêve, le déplacement, se retrouve aussi dans la technique du trait d'esprit. Notamment, lorsque l'histoire drôle consiste dans l'erreur de compréhension de l'un des personnages de l'histoire, celui-ci apparaît comme ayant déplacé le sens sur un élément de la phrase aux dépens de celui qui était vraiment significatif. Ce contretemps est un ressort très général de l'effet comique et consiste en une espèce de déplacement de l'accent psychique, tel qu'en produit, pour d'autres raisons, le rêve. De manière plus large, les fautes de raisonnement ou les raisonnements tendancieux spéciaux utilisent le déplacement et le contresens. On pourrait cependant arguer du fait que ce type d'erreur peut ne pas être du tout comique et, en effet, il convient de considérer que la technique du trait d'esprit, pas plus que celle du rêve ne sont des fins en soi mais des moyens pour exprimer et laisser libre court à des tendances qui seraient réprimées, si elles ne se présentaient sous ces travestissements. "L'esprit permet la satisfaction d'un instinct (le lubrique et l'hostile) en dépit d'un obstacle qui lui barre la route : il tourne cet obstacle et tire ainsi du plaisir de cette source de plaisir, source que l'obstacle lui avait rendue inaccessible" (FREUD).

   L'esprit élude donc les restrictions et restitue ainsi les sources du plaisir d'antan qui étaient devenues inaccessibles du fait du refoulement. Cependant l'esprit dispose aussi d'une technique spécifique pour poser l'inhibition consistant à conserver intact le jeu avec les mots ou avec le non-sens, tout en choisissant les cas où ce dernier se présente sous des dehors admissibles ou ingénieux. Le but du travail psychique s'avère donc, outre la satisfaction pulsionnelle, un gain de plaisir lié à la forme, gain de plaisir qui s'apparente à une satisfaction narcissique de se découvrir maître de jouer avec les mots ou avec le sens.

  Cette dimension érotique narcissique du travail de l'esprit se retrouve encore plus nettement dans l'humour. FREUD le définit comme un mécanisme de défense consistant à mettre à l'écart les exigences de la réalité au bénéfice de la suprématie assurée au principe du plaisir, ce en quoi il s'apparente à la névrose, à la folie, à l'ivresse et à l'extase. Mais l'humour, contrairement à la pathologie mentale, loin de constituer un abandon du Moi est une forme de triomphe.

  Le travail psychique qui peut mener à cette étonnante performance a un explication métapsychologique qui consiste à considérer que la personne de l'humoriste retire l'accent psychique de son Moi et la déplace sur son SurMoi. Grâce à ce déplacement, la personne peut faire une sorte de deuil des investissements qui la mettent en danger de souffrir par frustration et se place vis-à-vis de ceux-ci comme une instance parentale qui consolerait un enfant en ces termes : "Regarde, voilà donc le monde qui paraît si dangereux. Un jeu d'enfant, tout juste bon à faire l'objet d'une plaisanterie". (FREUD).

   Cette présentation classique de MIJOLLA-MELLOR est une sorte de socle sur lequel s'élaborent d'autres réflexions, dont celles d'Oliver DOUVILLE, Max KOHN et de bien d'autres qui se retrouvent dans le numéro 30 de la revue Che VUOI? consacré au Rire en psychanalyse (Éditions Lharmattan).

  Olivier DOUVILLE (sites.google.com/site/olivierdouvilleofficiel) se réfère plutôt à Jacques LACAN pour qui l'aptitude à l'humour est un des critères de distinction entre des sujets normaux et des malades mentaux. Le clinicien qui fréquente un peu les hôpitaux psychiatriques, dans le cadre de sa profession, est témoin et parfois acteur, de tours de force langagiers qui pourraient évoquer l'humour à l'état nu, sorte de "non-sens" accéléré où le signifiant des mots se détache de leur pesanteur de signe et fulgure. La réflexion d'Olivier DOUVILLE ouvre sur le social et le culturel : l'humour n'engage pas seulement son auteur par rapport à ses problématiques intérieures, il débouche sur les relations avec les autres et fait bouger en quelque sorte les lignes d'interdépendance, de domination et de subordination.... Du moment où ces mots d'esprit sont prononcés aux interprétations qu'en donnent les "psy" en général, l'humour intervient subtilement et fortement dans les relations sociales. Les adeptes et les militants de la désobéissance civile et de la non-violence savent très bien la force de l'humour dans les confrontations.

      Le psychanalyste membre d'Espace analytique et de la fondation européenne de la psychanalyne Max KOHN, discute dans Champ psy n°67, 2015/1, de la place de l'humour pour la psychanalyse. Reprenant lui aussi la conception de FREUD pour analyser certaines différences suivant les cultures. Il aborde notamment l'humour juif ainsi que la place du mot d'esprit yiddish qui pose le problème des liens entre la linguistique et la psychanalyse.

 

Sophie de MIJOLA-MELLOR, Le travail du trait d'esprit et de l'humour, dans Psychanalyse, PUF, 1999.

 

PSYCHUS

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