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11 novembre 2020 3 11 /11 /novembre /2020 16:00

   Population & Sociétés, publication mensuelle grand public de l'Institut national d'études démographiques, mis en place en 1968 par Jean BOURGEOIS-PICHAT, successeur d'Alfred SAUVY à la tête de l'INED, se présente comme un bulletin de 4 pages. Dirigé successivement par Pierre LONGONE (1968-1977), Michel-Louis LÉVY (1977-2000) et actuellement par Gilles PISON, ce bulletin constitue pratiquement une référence  très connue en matière de démographie.

    Dans ce bulletin, portant à chaque mois sur une thématique particulière, on ne trouve pas seulement des statistiques sur l'évolution des populations, mais également des études historiques, comme pour le numéro 11 de 2020, portant n°583, "Quand le recensement comptait les Français musulmans", article d'Angéline ESTAFRÉ-DUBLET, Lionel KESZTENBAUM et de Patrick SIMON, et des études d'actualité "Comment voisine-t-on dans la France confinée?" (2020/6).  Disponible sur papier et sous forme électronique, Population & Sociétés est supervisé par une petite équipe de 7 personnes (surtout de l'INED), dont Anne GOUJON (Institut de démographie de Vienne), Bruno MASQUELIER (Université catholique de Louvain) et Clémentine ROSSIER (Université de Genève).

   Rappelons que l'INED, créé en 1945 à l'initiative du pédiatre Robert DEBRÉ (1882-1978); dans la foulée de la mise en application de dispositions préconisées par le Comité français de la libération nationale d'Alger, qui récupère les locaux de la Fondation française pour l'étude des problèmes humains du controversé Alexis CARREL, est chargé d'étudier les problèmes démographiques sous tous les aspects. Ses missions sont redéfinies en 1986, tout en changeant de nom en Établissement Public à caractère scientifique et technologique (EPST), doté alors d'un statut analogue à celui du CNRS : disparition de l'objectif nataliste de 1945 et mise au premier plan du développement et de la diffusion des connaissances démographiques au profit du progrès économique et social en général. L'INED emploie en 2020 environ 200 personnes, dont 60 chercheurs titulaires dans 10 unités de recherche, une trentaine de projets, une bibliothèque... en coopération avec trois autres instituts de recherche en démographie en Europe (Pays-Bas, Allemagne, Autriche). Depuis 2000, l'INED abrite le siège mondial de l'Union internationale pour l'étude scientifique de la population. Ses enquêtes régulières assoient sa réputation scientifique et elle publie, outre Populations & Sociétés, Population, trimestriel, Les Cahiers de l'Ined, collection d'ouvrages, Les Classiques de l'économie et de la population, édition critique d'ouvrages anciens. L'INED publie également des manuels, en particulier un grand traité de démographie en 8 volumes, Démographie : analyse et synthèse, rédigé par une centaines d'auteurs, sous la direction de Graziella CASELLI, Jacques VALLIN et Guillaume WUNSCH (2001-2006)

 

Population & Sociétés, INED, www.ined.fr

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11 novembre 2020 3 11 /11 /novembre /2020 10:02

   A la suite de la guerre de mouvement des armées allemande et alliées, elles s'enterrent face à face dans des tranchées sans parvenir à des conquêtes ou reconquêtes décisives de terrain. Bloquées, elles tentent ds "sorties" très coûteuses en hommes, dans des souffrances sans noms qui font revenir tous les soldats de leur enthousiasme du début de la guerre. Ferveurs patriotiques et bravoures guerrières sont remplacées par toute une gamme de sentiments négatifs par rapport à la guerre, par rapport à l'arrière, par rapport aux commandants qui aboutit plus tard à des mutineries. Le même phénomène se produit à l'Est entre Allemands et Russes, au Sud entre Italiens, Serbes et Austro-hongrois, et au Sud-Est, au Moyen-Orient entre Alliés et Turcs... Si à l'Ouest, c'est sur quelques 600 kilomètres que ces tranchées s'étendent, à l'Est, c'est presque sur 1 700 kilomètres... Une véritable vie et mort des tranchées s'installe et le poilu devient la figure emblématique de la première guerre mondiale...

  Très tôt après la guerre et pendant la guerre elle-même, films et documentaires rapportent, racontent cette vie et cette mort.

 

Côté films

- A l'Ouest, rien de nouveau (Lewis MILESTONE, 1930), ce film américain raconte l'histoire de Paul BAÜMER et de ses amis de classe d'un lycée qui décident de s'enrôler volontairement pour répondre aux harangues de leur professeur qui les exhorte à défendre la patrie et à se couvrir de gloire. Les uns enthousiastes, les autres ne voulant pas se singulariser. Bien vite, les adolescents découvrent qu'il n'y a pas que des bons côtés à la guerre : discipline absurde, désorganisation du front, sous-alimentation, attente insupportable sous les bombardements meurtriers et pertes énormes lors des assauts. les médecins manquent et les blessés, s'ajoutant aux morts, finissent par mourir. Au retour de Paul, après trois années au front, le professeur qui a convaincu ces jeunes à partir pour la guerre est en train d'en motiver d'autres. Paul lui déclare qu'il n'y a pas de bons côtés à la guerre et dit aux jeunes présents de ne pas écouter le professeur. Puis il retourne au front, devenu sa seule raison d'être. Le film, de 152 minutes dans sa version originale, de 133 minutes dans sa version restaurée est souvent présenté en DVD dans une version courte de 99 minutes. Il a été interdit seulement une semaine après sa sortie, en décembre 1930 en Allemagne, sous pression des Nazis.

- A l'Ouest, rien de nouveau (Delbert MANN, 1979), deuxième adaptation du roman éponyme de Erich Maria REMARQUE.

- Au service de la gloire (Raouk WALSH, 1926), film américain muet qui raconte les parcours de deux militaires américains envoyés en France et combattant dans les tranchées, qui tombent amoureux de la même jeune femme. 116 minutes

- Charlot soldat (Charles CHAPLIN, 1918), film muet en noir et blanc de 46 minutes, comédie burlesque qui caricature dans sa première partie la vie des tranchées. Le ton comique de ce film, où Charlot dans sa deuxième partie capture le Kaiser, n'est plus réellement bienvenu de nos jours, vu les réalités sinistres de la vie du soldat...

- La dernière tranchée (Adrian POWERS et John Earl, 2013), film australien de 95 minutes, raconte l'histoire en 1916, de la vie de soldats dans une tranchée britannique dans l'Est de la France. L'ordre est donné de traverser le no man's land, pour prendre la tranche allemande. Les soldats sont abondamment mitraillés dès qu'ils sortent de la tranchée. Aucun soldat n'atteint la tranchée adverse. Seuls trois soldats ont survécus à l'assaut. L'un d'eux est gravement blessé et ne peut plus marcher. Ils se cachent dans les cratères boueux du no man's land. Ils doivent arriver à se replier vers leur tranchée, car l'artillerie britannique va bientôt pilonner la zone. De la tranchée allemande, un tireur d'élite les repère et leur tire dessus.

- La peur (Damien ODOUL, 2015), film franco-canadien réalisé à partir du roman homonyme de Gabriel CHEVALLIER (1930), raconte l'histoire de Gabriel, jeune conscrit qui rejoint le front en 1914. Il vit l'enfer des tranchées et connait la peur qui ravage tous les soldats. Sorti vivant de cette terrible expérience, pleine de fureur et de sang, il découvre sa propre humanité. D'une durée de 93 minutes, le film, a été tourné en français et en occitan, la langue maternelle des soldats originaire du tiers sud de la France.

- La tranchée, film franco-britannique de 1999 réalisé par William BOYD, brosse un portrait de la vie des soldats anglais dans les tranchées de la Première guerre mondiale. Il peint la gestion de l'ennui, la peur, la panique et l'agitation. Le personnage principal et son frère se sont portés volontaires.

- La tranchée des espoirs, téléfilm français de Jean-Louis LORENZO, de novembre 2003, conte l'expérience des soldats français et allemands, qui, n'ayant plus de contact avec leurs état-majors respectifs, fraternisent au front. D'une durée de 110 minutes, ce téléfilm est considéré comme une suite TV de L'Orange de Noël de 1996 du même réalisateur.

- Les croix de bois, film français de 110 minutes de Raymond BERNARD, sorti en 1932, est une adaptation du roman du même nom de Roland DORGELÈS (paru en 1919). Inspiré de l'expérience vécue par son auteur durant la première guerre mondiale, le film comme le roman racontent le quotidien des soldats de l'armée française pendant cette guerre. Un étudiant en droit s'engage pour en découdre avec l'envahisseur allemand. La ligne de front paraît stagner en Champagne. Terré dans les tranchées, chaque camp attend l'ordre de passer à l'offensive... Par son sujet et son trairement, ce film se rapproche de La grande parade de King VIDOR ou de A l'Ouest, rien de nouveau. Charles VANEL, Raymond AIMOS, Jean GALLAND et Pierre BLANCHAR, acteurs dans ce film, ont réellement combattu durant la Grande Guerre, tout comme la majorité des acteurs et des figurants. Les décors sont des tranchées remises en état pour le tournage.

- Les hommes contre, film italo-yougoslave de Francesco ROSI, sorti en 1970, relate en 101 minutes un épisode du conflit italo-autrichien lors de la première guerre mondiale. Tiré du roman d'Emilio LUSSU, le film fut l'objet à sa sortie de polémiques et d'un procès (pour dénigrement de l'armée). Un jeune et idéaliste lieutenant parti la fleur au fusil, est mêlé aux carnages de la guerre de position. Toutes les tentatives de regagner une position se soldent par des échecs, y compris la dernière où l'appui d'artillerie enfin accordé par l'état-major massacre la vague d'assaut des fantassins... Soucieux du sort de ses hommes, l'officier s'élève contre les décisions de la hiérarchie militaire et est fusillé comme insoumis.

- Men of Honor ou Journey's end au Québec, film britannique de Saul DIBB de 2017, adaptation de la pièce de théâtre de Robert Cédric SHERRIF (1928), conte en 107 minutes l'aventure en mars 1918 d'un petit groupe de soldats dans les tranchées de l'Aisne. Un lieutenant de 18 ans rejoint ces hommes qui attendent la mort, dirigés par un ami d'enfance, perturbé par la guerre.

- Quatre de l'infanterie (Westfront 1918), film allemand de Georg Willhelm PABST (de 93 minutes), sorti en 1930 retrace la vie et la mort de quatre fantassins allemands sur le front français lors des derniers de la guerre, en 1918. Le film, à peine dialogué et aux bruits d'une grande intensité dramatique, possède un grand impact émotionnel. Il fut interdit par GOEBBELS, ministre de l'information, en 1933.

 

Côtés documentaires

  C'est à une foison de documentaires que l'on a affaire sur Internet, notamment à travers YouTube. Malheureusement peu élaborés, peu travaillés et il faut le dire paresseusement présenté, ces documentaires d'archives centrés sur les tranchées, souvent courts, n'apportent que peu d'informations sur les réalités de la guerre de position, même du point de vue des poilus. Il faut plutôt alors préférer des documentaires dans lesquelles figures ces informations spécifiques sur la vie et la mort des soldats, leurs conditions de vie, la justification des combats et leur réalité (un mélange d'incompétence et de mépris pour la vie des fantassins), l'expérimentation d'armes de toute sorte... documentaires généraux sur la première guerre mondiale.

 

 

Signalons tout de même ce documentaire en 4 parties, conçu exclusivement à partir d'archives de l'INA, de la radio blege ou des Laut Archiv de l'Université de Berlin. A travers les voix des protagonistes d'époque ou de témoignages recueillis dans les années 1950 et 1960. Réalisé pour France Culture, par Perrine KERVRAN, LSD, la série documentaire.

Signalons encore, ces trois DVD consacrés à la guerre des tranchées, dans le fil droit d'une évolution cinématographique depuis le début des années 2000 vers le vécu des combattants à rebours d'une tradition accordant toute son attention aux plans des états-majors. Présentés dans un coffret Grande guerre 14-18, non seulement ils racontent le vécu des poilus au plus près de témoignages et de lettres, mais ils font comprendre l'existence dès le début (noël 1914) de fraternisations entre Français et Allemands : face à face, hors de manoeuvres qui impliquent mouvements incessant plaçant les troupes ennemies dans un combat incessant et parfois distant, dans des positions figées à quelques mètres les uns des autres, les soldats oublient la propagande faisant des autres des brutes sauvages, et considèrent plutôt leur réelle situation : au front, contrairement à l'arrière et aux états-majors, avec des ouvriers, des paysans ou des intellectuels semblables à eux-mêmes....

 

FILMUS

Complété le 12 novembre 2020

 

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7 novembre 2020 6 07 /11 /novembre /2020 12:43

       Au moment où de nombreuses occasions de s'apercevoir de la force des propagandes audio-visuelles, que ce soit dans le cadre du renouveau de la recherche sur les guerres mondiales que sur la persistance de l'image du socialisme aux États-Unis pour la majeure partie de sa population, ce livre collectif est bienvenu. Dans le premier cas, l'immense majorité des archives cinématographique et des films de fiction, l'oeuvre des propagandes des différents camps, garde sa prégnance, à moins d'un effort critique important, sur la vision que l'on peut avoir sur les deux premières guerres mondiales. Dans le second cas, la propagande anti-communiste dans les différents documentaires et dans la grande majorité des films américains depuis des décennies, jette un rideau sur les réalités des analyses et des propositions socialistes - qui trouve encore aujourd'hui à l'occasion des élections américaines un écho dans les résultats des votes.

    Jean-Pierre BERTIN-MAGHIT, historien, professeur à l'université Sorbonne Nouvelle-Paris 3, et directeur de l'IRCAV, avec une bonne trentaine d'auteurs se lancent dans une histoire mondiale des cinémas de propagande, qui constitue une première dans le monde francophone. Poursuivant là, avec un certain retard, les nombreuses études anglo-saxonnes sur le sujet (voir les travaux par le biais de l'International Association for Media and History - IAMHIST), mais avec une attention égale aux pays totalitaires et aux pays dits démocratiques.

Dans cet ouvrage, les différents auteurs interrogent à la fois les actualités, les documentaires et les films de fiction, suivant un plan chronologique, qui va des origines du cinématographe jusqu'aux années 1960, à la fin desquelles le média télévision prend largement le relais. Ils se font l'écho - une abondante bibliographie permet à tous d'aller plus avant dans la réflexion - des progrès de l'historiographie du cinéma depuis plus de 25 ans, tant du point de vue des problématiques et des méthodes que de la prise en compte de nouveaux objets d'étude. Étudier les films de propagande politique, explique le coordinateur de l'ouvrage, oblige à examiner les foyers d'émission du matériel de propagande, l'aire de diffusion des documentaires, et le conditionnement psychologique exercé sur les populations auxquels s'adressaient ces films. Chaque article du livre tente de prendre en compte différents paramètres qui associent étroitement les films aux multiples circuits institutionnels. Le fond, la forme et le contexte des discours filmiques permet à la fois de cerner les intentions des auteurs de ces discours et les impacts réels de ceux-ci.

S'inspirant notamment des études de Jacques ELLUL qui estimait en 1962 que "la propagande est par nature une entreprise de dénaturation de la signification, de l'événement et de fausse déclaration d'intention", le coordinateur et les différents auteurs veulent à la fois embrasser, dans des circonstances précises, la représentation de l'histoire, la reconstruction de l'Histoire et l'influence de l'Histoire... De la première utilisation du  cinéma en 1898 à Cuba dans le cadre d'un conflit armé (Emmanuel VINCENOT) au cinéma de propagande au service d'un coup d'État (1962 et 1964) au Brésil (Denise ASSIS) en passant par le cinéma de propagande durant la Grande Guerre puis dans l'entre-deux-guerre, celui durant la Seconde Guerre mondiale au Japon, en Europe, aux États-Unis, en Chine, puis dans les années cinquante et soixante, on peut constater à la fois la prégnance de cette propagande (surtout lorsqu'elle n'a pas de rivale dans le temps et dans l'espace), ses limites (fortes lorsqu'on vise des faits précis), qu'elle soit directe, mise en oeuvre par les différents États, ou indirecte à travers la fiction, construite par les différents réalisateurs, souvent d'ailleurs à leur insu, étant plus des artistes que des sociologues...

Le cinéma est une arme de propagande sociologique d'autant plus importante qu'il se présente comme apolitique et comme un divertissement. La propagande qui intéresse ces auteurs est surtout celle d'agitation qui a pour but de déclencher un mouvement d'opinion, ils s'obligent à restreindre le champ des recherches, car le cinéma tout entier peut-être considéré de propagande. Même si les effets de cette propagande sont souvent diffus et décalé dans le temps, les gouvernements ont toujours tenté d'instrumentaliser de manière la plus précise possible le cinéma. Avec parfois des déconvenues (beaucoup visible en Allemagne nazie...) et des ricochets inattendus. On accordera une attention soutenue à des études telles que celle sur La Guerre des mondes et L'homme qui rétrécit, la guerre froide vue des États-Unis ou comment j'ai appris à survivre à une catastrophe nucléaire? (Sébastien BOATTO) ou aux limites de la propagande soviétique dans l'après-guerre (Valérie POZNER)...

Jean-Pierre BERTIN-MAGHIT est également l'auteur de nombreux ouvrages sur le cinéma français sous l'occupation. Auteur chez Nouveau Monde éditions, de Les Documenteurs des années noires (2004) et de Lettres filmées d'Algérie (2015).

 

Sous la direction de Jean-Pierre BERTIN-MAGHIT, Une histoire mondiale ds cinémas de propagande, nouveau monde éditions, 2015, 820 pages.

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6 novembre 2020 5 06 /11 /novembre /2020 07:02

   Plus encore que pour la seconde guerre mondiale, la première est l'objet de commémorations importantes dans de nombreux pays. Dès le départ, juste après la fin de la guerre, de nombreux cimetières et monuments sont construits, la grande majorité de ces derniers rappelant surtout le nombre et le nom des tués aux combats, morts pour la France en ce qui concerne ceux de notre pays... Le renouveau relativement récent de l'historiographie met en évidence à la fois les oublis et les occultations de cette histoire : glorification et mortification prenant le pas sur la réflexion raisonnée et le rappel des faits... peu glorieux. Le rôle des propriétaires des usines d'armement, les manoeuvres des financiers et des autorités monétaires, la situation sur le terrain, les erreurs manifestes des états-majors devant cette guerre industrielle (qui avait pourtant un grand précédent aux États-Unis pendant la guerre de Sécession)... tout cela a le mérite de mieux comprendre les causes, le déroulement et les conséquences de la première guerre mondiale... Rassembler le peuple autour d'un souvenir commun ne suffit pas, encore faut-il que ce soit au service de la vérité historique et qu'on en tire les enseignements nécessaires...

 

Nous mentionnerons tout d'abord un documentaire et un film : 14-18, des hommes dans la tourmente, et surtout Le sang des autres, où s'expriment de nombreuses personnes, qui, officiellement ou pas, entretiennent le souvenir d'une guerre, à un moment où les peuples se questionnent précisément sur leur avenir... Au revoir Là-haut, un film de fiction français d'Albert DUPONTEL, autour de la frénésie de construction de monuments aux morts au sortir de la guerre, occasion de multiples arnaques et escroqueries, avec des personnages débordants de flagornerie...

- 14-18, Le sang des autres :

 

- Au revoir, là-haut :

 

FILMUS

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2 novembre 2020 1 02 /11 /novembre /2020 10:30

  Voici un article qui ne va pas plaire (mais alors pas du tout !) aux accros des jeux videos, aux stakhanovistes de l'ordinateur de loisir ou du travail, aux téléspectateurs effrénés ou aux habitués addictifs du téléphone portable, ce qui fait déjà beaucoup de monde! Ni aux professionnels de l'informatique ou aux commerçants du tout numérique, qui, à l'instar des producteurs et vendeurs d'armements, estiment que ce qui est en cause, ce n'est pas la technologie, mais la manière dont on s'en sert... Les plus incisifs des critiques de cette permanence technologique qui brouille à la fois la vue et le cerveau sont souvent des pénitents qui regrettent d'avoir passé déjà tant de temps devant un écran, dans leur enfance et maintenant encore et l'auteur de cet article en fait partie!

  Rappelons d'abord, surtout à l'intention des intellectuels habitués à se traiter mutuellement de crétins, que le crétinisme est un ensemble de troubles physiques et de retard mental provoqué par une grave insuffisance thyroïdienne, non traitée. Un temps un terme seulement médical (surtout utilisé au XIXe siècle), le terme crétin est devenu une insulte politique et idéologique. Il ne devient d'un emploi populaire courant qu'au cours du XXe siècle. Toutefois, ici, très loin de la crétinerie assumée qui relève du domaine burlesque, pour briser des règles ou casser des codes, loin aussi de l'insulte, nous l'employons dans un sens médical, en tant qu'insuffisance avérée au niveau mental, perte caractérisée de capacités cognitives et affectives. In extenso, cette perte a des conséquences sociales importantes, lorsque le crétinisme devient collectif, une population partageant une baisse du niveau intellectuel, sans d'ailleurs, puisqu'elle est globale, elle s'en aperçoive sur le moment, la crétinisation étant un processus lent et général... C'est seulement lorsque ses conséquences se manifestent que cette crétinisation devient évidente, surtout à ceux qui se chargent d'observer la société plus qu'ils ne participent aux événements, des sociologues ou/et psychologues de tous horizons...

   Tout d'abord, le fait qu'un écran hypnotique s'interpose entre la réalité et l'acteur social, s'avère bien problématique, notamment s'il n'est pas à même de vérifier les informations qui lui parviennent à travers cet écran. Il risque de prendre ces informations pour agent comptant, qu'elles quelles soient... tout l'écran, rien que l'écran... Bien entendu, ce n'est jamais le cas, mais la question se déplace alors : quelle est l'information la plus viable : celle qu'un acteur peut constater dans la réalité, mais partiellement puisqu'il ne peut appréhender toute la réalité, ou celle que l'écran transmet, tout en se disant reflet fidèle d'une réalité plus vaste... Le problème existait déjà avec la télévision, il devient plus pressant avec le couplage avec un ordinateur qui tend à "boucler constamment la boucle", avec les données qu'ils calcule et seulement celles-ci, jour après jour... Si l'ordinateur est alimenté avec des données de la vie réelle, il n'en transforme pas moins cette réalité en virtualité, étant lui-même incapable d'appréhender toute la réalité... Le problème devient crucial lorsque l'acteur social est relié en permanence avec un ou plusieurs écrans. Tout occupé à analyser ce qu'il voit et entend, et cela prend une énergie folle, il pense pouvoir faire l'économie de se plonger dans la vie réelle... C'est ce qui arrive tant au citoyen lambda constamment pendu à son téléphone, ne s'en détachant que pour la télévision ou le jeu video, qu'au scientifique cantonné à un stock de données, qu'à l'économiste plongé dans un océan de chiffres et de graphiques, qu'au politique bombardé d'images choisies par son staff de communication... A la relation d'individu à individu se substitue en quantité et en valeur une relation individu-écran et écran-individu, dans lequel le pôle réel devient l'écran! Cela se vérifie dans quantité de domaines, au premier chef dans la relation parents-enfants où les modèles sociaux ne proviennent plus de personnes physiques mais de personnages fictifs ou pixelisés, mis en scène... à l'aide de programmes eux-aussi préétablis... Rien d'étonnant du coup si le conflit entre générations occupe une grande partie du temps et de l'énergie des individus!

   Les critiques envers la télévision se sont déplacées vers les consommations du numérique, le temps passé devant les écrans s'étant amplifiés. Les commerçants du digital se frottent les mains et chaque grand groupe du secteur actionne les trompettes dans l'annonce de leurs résultats financiers : vive les clics, vivent les heures passées devant les écrans, vive l'audimat, vive le consommateur digital... Comme le constate Michel DESMURGET dans son livre La fabrique du crétin digital,"loin de s'alarmer, nombre d'experts médiatiques semblent se féliciter de la situation. Psychiatres, médecins, pédiatres, sociologues, lobbyistes, journalistes, etc., multiplient les déclarations indulgentes pour rassurer parents et grand public. Nous aurions changé d'ère et le monde appartiendrait désormais aux bien nommés digital natives. Le cerveau même des membres de cette génération postnumérique se serait même modifié ; pour le meilleur, évidemment. Il s'avèrerait, nous dit-on, plus rapide, plus réactif, plus apte aux traitements parallèles, plus compétent à synthétiser d'immenses flux d'informations, plus adapté au travail collaboratif. Ces évolutions représenteraient, in fine, une chance extraordinaire pour l'école, un moyen unique de refonder l'enseignement, de stimuler la motivation des élèves, de féconder leur créativité, de terrasser l'échec scolaire et d'abattre le bunker des inégalités sociales."

"Malheureusement, cet enthousiasme général dissone lourdement avec la réalité des études scientifiques disponibles. Ainsi, concernant les écrans à usage récréatif, la recherche met en lumière une longue liste d'influences délétères, tant chez l'enfant que chez l'adolescent. Tous les piliers du développement sont affectés, depuis le somatique, à savoir le corps (avec des effets, ar exemple, sur l'obésité ou la maturation cardio-vasculaire), jusqu'à l'émotionnel (par exemple, l'agressivité ou la dépression) en passant par le cognitif, autrement dit l'intellectuel (par exemple, le langage ou la concentration) ; autant d'atteintes qui, assurément, ne laissent pas indemne la réussite scolaire. Concernant cette dernière, il apparait que les pratiques numériques opérées dans la classe, à des fins d'instruction, ne sont pas elles non plus particulièrement bienfaisantes. Les fameuses évaluations internationales PISA (Programme for International Student Assessment) (sous l'égide de l'OCDE, en particulier rapportent des résultats pour le moins inquiétants. Le père fondateur de ce programme admettait lui-même récemment, au cours d'une conférence, qu'au "final, cela dégrade plutôt les choses!"."

"A la lumière de ces antagonismes, il semble clair que certains acteurs du débat ici posé sont au mieux pas très compétents et au pire pas très loyaux." L'auteur ne revendique pas d'ailleurs une totale impartialité, mais devant l'amoncellement d'études scientifiques qui vont toutes dans le même sens, il y a de quoi soupçonner bien des acteurs d'un certain bluff, parfois très intéressé. Mais l'attitude commune, présente en d'autre temps pour la télévision, favorable au numérique, est souvent entachée d'une certaine fascination pour cette technologie, au point de lui confier de plus en plus de fonctions. Alors que sans doute faudrait-il se munir de garde-fous cantonnant cet apport technologique indéniable à des fonctions d'assistance et non de substitution. Au moment où les GAFA, ces monstres financiers et techniques (Google, Apple, Facebook) qui tendent d'ailleurs à devenirs des monstres politiques et moraux, usent de leurs colossaux moyens pour promouvoir leurs propres technologiques auprès de toutes les populations et de tous les publics, il y a malheureusement de moins en moins de place pour la rationalité et l'étude critique. A n'importe quel endroit des échiquiers politiques, jusqu'aux cercles militants pourtant enclins aux attitudes oppositionnelles à la société, on constate une même tendance à l'usage exponentiel de ces technologie audiovisuelles, d'autant plus prégnantes qu'elles veulent souvent mêler "l'utile à l'agréable", le travail au ludique...

   Dans un monde où l'individualisme prime, où l'émiettement de la vie sociale est la règle, dans un univers mental où recevoir des informations et des images semble devenir un droit, où la fuite également devant les difficultés de toutes sortes est valorisée - au grand plaisir de toutes sortes de pouvoirs politiques et économiques - l'écran devient un outil considérable de neutralisation des conflits. Non qu'il les fait disparaitre, mais il les dissimule, il en oriente l'expression, en amoindrit constamment la portée, il les virtualise en quelque sorte, les faisant transposer dans le fictif et les rend insignifiant en eux-mêmes, les dévalorisant et les relativisant dans le même mouvement. Avec de plus, l'illusion d'une participation (réseaux sociaux) virtuelle qui pourrait remplacer, avoir le même impact (et c'est une illusion) que l'action sur et dans la réalité, l'illusion également de faire partie d'un même monde, puisque des millions et des milliards d'êtres humains reçoivent les mêmes images et les mêmes sons...     

      La pacification du monde est censé venir par la passivité des individus (même si leurs doigts semblent particulièrement actifs!). La réalité elle-même est déformée, l'épiphénomène devient phénomène (voir les divers attentats "terroristes" même au couteau...), l'accessoire devient l'indispensable, l'apparence devient la référence... Heureusement, entre amplifications trompeuses (même si les surfacturations des services informatiques demeurent!) de leurs propres influences, et réactions réelles des "consommateurs", les nouveaux pouvoirs informatiques se font sans doute jouer à leur tour : entre les clics (et les claques) et la réalité de ce que les gens pensent, entre le conformisme affiché par les sondés et les sondeurs et leurs véritables attitudes de plus en plus critiques (même si elles prennent la forme désordonnée du complotisme...) dans la réalité - préludes à des explosions sociales majeures et irréversibles - la vraie vie reprend le dessus, celle des conflits et des coopérations qui mènent réellement le monde. Mais, à l'instar des changements climatiques, les réactions viendront-elles à temps?

 

Michel DESMURGET, La fabrique du crétin digital, Seuil, 2019.

 

    

 

 

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29 octobre 2020 4 29 /10 /octobre /2020 12:34

  La question de l'attitude par rapport à l'État ou l'autorité politique est présente depuis longtemps dans la littérature, en Occident, même si les écrits y sont largement minoritaires. On pourrait penser que l'impact de ces pensées est très limité sur l'évolution des sociétés, mais en fait il n'en est rien, car il existe une continuité d'esprit entre les oppositions de SOCRATE et les écrits de THOREAU... On retrouve ces débats dans les divisions religieuses ayant mené à l'éclosion et au développement du protestantisme, jusqu'aux dispositions d'esprit dominantes au XVIIIe siècle par rapport à la monarchie de droit divin. On peut même écrire qu'au coeur de l'émergence et des victoires de la laïcité, se trouve toute une réflexion sur le droit de résistance, le droit à la désobéissance et le droit à l'insurrection... Plus profondément, les succès des sciences de tout ordre doivent beaucoup à l'esprit de résistance aux dogmes religieux et aux attitudes de soumission.

    Remonter aux sources de la désobéissance civile et de l'objection de conscience, c'est forcément, en Occident, visiter des éléments de la matrice grecque de sa culture.

 

Un point de départ de réflexions posé récemment : la figure d'Antigone

   SOPHOCLE (- 495, - 406) n'est pas un philosophe dans les catégories académiques. C'est l'un des trois dramaturges grecs anciens dont certaines oeuvres nous sont parvenues (avec ESCHYLE et EURIPIDE). mais ses huit pièces rescapées sur ses 128 pièces résonnent dans l'univers grec avec une portée philosophique et psychologique certaine. Cité comme paradigme de la tragédie par ARISTOTE, qui n'hésite pas à s'appuyer parfois sur les auteurs de tragédies, notamment pour l'usage du choeur et pour sa pièce Oedipe roi. Rappelons aussi que son théâtre rompt avec la trilogie "liée" et approfondit les aspects psychologiques des personnages. Ses pièces mettent en scène des héros, souvent solitaires et même rejetés (Ajax, Antigone, Oedipe, Électre) et confrontés à des problèmes moraux - les même que ceux traités par des philosophes considérés comme tels - desquels naît la situation tragique. Contrairement à ESCHYLE, il ne met pas en scène directement les dieux, qui n'interviennent que par oracles interposés.

   Antigone est une tragédie dont la date de création se situe en - 441, et appartient au cycle des pièces théâtrales avec Oedipe roi et Oedipe à Colone, décrivant le sort tragique d'Oedipe et de ses descendants. Dans l'économie du cycle, Antigone est la dernière pièces, même si elle est écrite avant les autres.

SOPHOCLE écrit dans Antigone une légende de la mythologie grecque très populaire à son époque. Il l'utilise pour plaider contre la tyrannie, soutenant les valeurs démocratiques attachée à Athènes. Antigone est la fille d'Oedipe et de Jocaste et est finacée d'Hémon. Ce n'est pas le lieu ici de raconter la pièce (abondamment présente sur Internet et dans la littérature), mais rappelons qu'Antigone, refusant d'obéir au souverain et de s'y soumettre, se pend à l'aide de ses vêtements. Comme pou les autres pièces grecques de cette époque, la lecture peut se faite à plusieurs niveaux.

     Hourya BENTOUHAMI-MOLINO, maître de conférences en philosophie à l'université de Toulouse-Jean Jaurès, dont les travaux portent sur le renouvellement de la théorie critique à partir des études féministes et postcoloniales, indique qu'Antigone "est sans conteste l'un des figures les plus présentes dans les discours de justification de la désobéissance civile." "Elle fonctionne à ce titre comme une matrice, porteuse en son sein des futures actions commises au nom d'une loi supérieure à la loi civile. Se revendiquer du combat d'Antigone - cette jeune fille enterrant son frère déshonoré conte les ordres de son oncle, roi de Thèbes, vouant sa sépulture à l'exposition des vautours - reviendrait à adopter une sorte de légitimité d'emprunt en raison  de la réception consensuelle de l'oeuvre mythique - tous s'accordent à voir en elle la figure de la rébellion contre l'autorité.

    Si le mythe intervient à intervalles irréguliers au cours des siècles, au gré de la (re)découverte des textes, c'est surtout récemment Jean B. ELSHTAIN aux États-Unis que revient l'idée en 1982 d'inaugurer sur le plan philosophique le débat sur les relations entre femmes et pouvoir d'État à travers le prisme de la figure d'Antigone. Toutefois, dès les années 1960, des théoriciens de mouvements états-uniens de désobéissance civile convoquent la figure d'Antigone. Même si à ce moment-là, cette figure est conçue uniquement dans la perspective du féminisme de la différence, la non-violence étant ramenée à une caractéristique naturellement féministe indissociable de l'individualisme dialogique et bienveillante de tout femme.

Mais plus globalement, comme le signale ELSHTAIN, Antigone est un symbole de la désobéissance civile dans la mesure où son retrait hors de la sphère d'allégeance du pouvoir s'affirme dans la négativité même du geste interdit. Dans quelle mesure faire défaut, se retirer, est-ce symboliquement défaire la loi? Antigone est "hors les termes" du pouvoir, écrit Judith BUTLER (Antigone, La parenté entre vie et mort, Paris, Epel, 2003), elle est cet extérieur qui ne cesse de prendre la parole, d'apparaitre en public, de rappeler son existence. Elle signe la défaite de la loi. Pourtant, elle ne revendique rien d'autres que ce que réclame la tradition, une sépulture digne pour son frère. Mais précisément, les cohortes de désobéisseurs à la loi ne réclament rien d'autres que ce qui relève d'un droit naturel qui n'a pas pas besoin de justifications : le droit de vivre dans la justice. La figure d'Antigone, comme le dit encore BENTOUHAMI-MOLINO, importe pour l'analyse de la désobéissance civile puisque celle-ci est une forme de rébellion pratiquée par des citoyens qui entendent précisément vivre comme ds citoyens, des gens ordinaires. "Le désobéissant, écrit-elle, n'est pas une figure extraordinaire", n'est pas un héros. "Bien au contraire, il est familier, d'où l'inquiétude (des pouvoirs, préciserions-nous) à son égard. C'est un prévisible qui devient imprévisible, un individu connu qui devient littéralement méconnaissable.", donc insoumis et impossible à soumettre... Pour en rester à la problématique stricto-sensu d'Antigone, on pourrait penser que son histoire est une histoire familiale et que les relations obéissent à une idéologie naturelle (là les relations contre le roi, pour le frère), mais cela va déjà plus loin dans le texte si on veut bien l'analyser au fond. Outre le jeu de mots de son nom propre (Anti-gone, qui va à l'encontre de la génération), la fille d'Oedipe est avant le signe d'un écart, va au-delà de ce qui est proche, et d'ailleurs le roi de Thèbes ne s'y trompe pas, il ne s'agit pas d'un événement restreint à sa famille, il est particulièrement contagieux, fait figure d'exemple.

Notre auteur estime à ce titre que cela va bien au-delà de la revendication d'une nature féminine non-violente, et on ne peut, comme certains auteurs féministes l'ont fait, en rester à une analyse essentialiste. La relation à travers le conflit exprimé dans tout le texte d'Antigone, est fondamentalement politique. L'événement de la désobéissance d'Antigone n'est pas seulement familial et comme dans beaucoup d'autres pièces de théâtre de ce époque, ce qui est concerné n'est ni plus ni moins que la vie dans la Cité. C'est le même mouvement de la parole que dans maints textes philosophiques, dans le dialogue socratique par exemple, tel que le restitue PLATON : il s'agit d'une "mise en scène publique de la parole savante", interrogeant constamment "la notion d'appartenance à la Cité et l'obéissance à l'autorité civile du point de vue d'un citoyen qui se dit ordinaire lors même qu'on qualifie sa présence de danger public."

 

Hourya BENTHOUHAMI-MOLINO, Le dépôt des armes, Non-violence et désobéissance civlle, PUF, collection Pratiques théoriques, 2015.

 

PAXUS

 

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27 octobre 2020 2 27 /10 /octobre /2020 08:49

  Se présentant comme l'atelier de prospective sur l'Asie, cette revue livre des informations et des analyses importantes au moment où l'axe des relations internationales se déplace vers le Pacifique. Il s'agit de cerner les évolutions politiques, économiques et autres visibles et possibles sur les deux rives de l'océan, les articles se concentrant souvent sur les États-Unis d'une part et sur l'Asie - jusqu'à la Russie d'autre part...

Surtout présent sur Internet, bilingue (français-anglais), Asie 21 "suit en permanence et avec attention l'évolution de cette région, pour y déceler les faits susceptibles d'engendrer des changements significatifs. En bref : le contexte géopolitique de l'intelligence économique dans une vision prospective."

   Asie 21 publie une Lettre confidentielle (Lettre confidentielle Asie21-Futuribles) mensuelle à laquelle sont abonnés des décideurs publics et privés conscients que dans les affaires, l'anticipation est payante. Conçus pour une lecture rapide, ses articles sont courts et structurés (faits/enjeux/commentaires prospectifs). Les sommaires sont consultables en ligne sur le site asie21.com qui offre, par ailleurs, un panorama étoffé du paysage politique et économique asiatique. Pour son n°140 de juin 2020, Asie 21 se demande qui gagnera la bataille du vaccin contre le Covid-19. La province de Hainan a-t-elle vocation à remplacer Hong-Kong dans le rôle de tête chercheuses économique? Que cache la destitution du maire de Kaoshsiung à Taîwan?

Le groupe Asie21 rassemble des "praticiens" de l'Asie, venant d'horizons professionnels divers et pratiquant depuis plus de deux décennies le travail collectif, même si chaque article es signé par son auteur. Plutôt qu'une comité de rédaction, les membres d'Asie 21 - plus d'une vingtaine - réfléchissent collectivement sur un thème ou un autre suivant les numéros, s'adjoignant ad hoc des membres associés ou des collaborateurs extérieurs. On y repère les noms de Jean HOURCADE, Daniel SCHAEFFER, Philippe DELALANDE ou de Laurent AMELOT

Il ne faut pas attendre d'Asie 21 des analyses critiques de la situation politique ou sociale, mais ses analyses stratégiques et géopolitiques sont suffisamment fines pour qu'elles aident à comprendre ce qui se passe dans cette partie du monde, où se manifestent - notamment entre pays asiatiques - de forts antagonismes.

 

Asie21.com, Finaldées EURL, Siège social : 13, avenue Boudon, Paris 75016.

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21 octobre 2020 3 21 /10 /octobre /2020 13:02

  Journal mensuel dubitatif paraissant à Nice (mais pas seulement), comme il se présente, Mouais se veut informatif, humoristique et critique. Il rassemble les efforts de divers médias locaux (Pilule rouge, Télé Chez Moi, La Marmotte déroutée, Radio chez moi) désireux de créer un journal d'information indépendant et critique, qui se situe très loin du journalisme de préfecture, qui sorte des sentiers battus, aille gratter là où ça démange, et faire du bruit là où le silence devient pesant.

     A travers enquêtes, billets d'humeur, reportage, chroniques, il entend porter la critique loin et fort. Ainsi le numéro 67, de mai-juin 2020, propose de réfléchir à ce que ressemblera Nice après l'ultime déconfinement, "quand l'écologie libertaire aura succédé au capitalisme. Autant de chroniques d'anticipation datées de mai 2025, contant l'autogestion, le salaire à vie, le municipalisme, l'égalité des genres... Ce journal témoigne de la vivacité tenace d'un courant écologique et autogestionnaire qui met au défi tous ceux qui auraient bien aimé mettre dans les archives ces utopies-là. L'équipe du journal revendique fortement le titre de véritable média, opposable à toutes ces vedettes du show biz et de la téléinformation, centré sur les réalités locales et très loin de la pratique de ces journaux aux propriétaires attachés au système capitaliste...

   Sa diffusion compte sur le dynamisme de nombreux relais locaux, lieux de lutte et librairies indépendantes dans la région niçoise. Misant autant sur sa présence sur internet que sur sa parution sur papier, le mensuel se veut un élément de défense de la vie association et des médias alternatifs.

 

 

 

Mouais, Site Internet : Mouais.org

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20 octobre 2020 2 20 /10 /octobre /2020 12:21

   Alors que maints efforts sont consacrés à exploiter les archives de la bataille de Verdun, peu de films et documentaires sont consacrés à ces quatre batailles menées par les belligérants autour de la ville d'Ypres (Belgique). Les quatre batailles d'Ypres - la première plus connue sous le nom de bataille des Flandres en 1914 qui clôt la course à la mer des armées allemande et alliées ; la seconde en avril-mai 1915, deuxième tentative allemande de prendre la ville, celle où furent utilisés la première fois les gaz de combat toxiques ; la troisième, appelée encore bataille de Passchendaele, en juillet-novembre 1917, nommée encore deuxième bataille des Flandres ; la quatrième encore appelée bataille de la Lys ou d'Estaires, une partie de l'offensive allemande pour reprendre Ypres en avril 1918 - font de cette ville un enjeu majeur, verrou pour l'entrée en France par le Nord des troupes allemandes. Toutes soldées par une victoire des Alliées, elles furent particulièrement coûteuses en vies humaines.

 

- Le documentaire belge The Salient, sous-titré parfois Ypres, la bataille de la dernière chance, de 2015, réalisé par Luc CUYYERS, avec Ranulph FIENNES comme narrateur, structuré comme un requiem, montre des deux côtés, les différentes horreurs commises par les états-majors. De 84 minutes et en couleur

- La bataille de Passchendaele, film canadien sorti en 2008, de l'auteur-réalisateur Paul GROSS, parle de l'histoire d'un soldat, grand père de ce dernier, appartenant au 10e bataillon du corps expéditionnaire canadien durant cette bataille. Renvoyé à la maison pour cause de neurasthénie, il rencontre une infirmière, Sarah MANN, à Galgary, ville où il s'était engagé. C'est pour protéger le frère de celle-ci, manipulé par un officier-recruteur, que Michaël DUNNE se réengage et participe à cette bataille, et y laisse d'ailleurs la vie en ayant réalisé la mission qu'il avait promis de remplir. Doté de gros moyens, subventionné par le gouvernement albertain, le métrage de 114 minutes retrace bien l'ambiance au Canada et la nature des combats dans les tranchées. Il a été accueilli par les critiques de façon disparate en moyenne.

 

FILMUS

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20 octobre 2020 2 20 /10 /octobre /2020 11:56

     Pascal TOZZI, professeur à l'université de Bordeaux Montaigne, habilité à diriger les recherches en science politique, en commençant la rédaction de ce livre, savait qu'il s'attaquait à une entreprise difficile... Même parmi les familiers et les militants de la non-violence, il apparait difficile de l'utiliser contre le terrorisme. C'est ce que l'auteur décide de combattre, cette idée que contre le terrorisme, on ne peut pas grand chose d'autres qu'apporter des réponses policières et militaires...   

    Comme il l'écrit dans son Avant-propos, un "constat "simple" est à l'origine de notre réflexion : le terrorisme se nourrit de violences. La sienne propre, par laquelle il se manifeste de façon dramatique, celles qui en constituent le terreau initial, mais aussi les autres, déployées par nos démocraties face à la menace, qui se voient inévitablement recyclées dans les harangues prétendant justifier de nouveaux attentats. Autour du projet commun à ces diverses entreprises, à savoir l'anéantissement de l'ennemi, la violence engendre la violence. Avec; en outre, des réactions sécuritaires et guerrières de la part des États démocratiques qui ne vont pas sans risques pour eux-mêmes, dès lors qu'elles réalisent une partie du projet terroriste : déstabiliser durablement nos sociétés, ébranler profondément les principes humanistes et humanisant d'un vivre-ensemble censé orienter, en principe, l'action politique." L'auteur aborde ce qu'il considère l'une des réponses opposables à ces scénarios d'enviolentement : "celle qui s'attache à en tarir le principal carburant : les formes de violences qui alimentent le terrorisme ou en potentialisent les effets." Il entend explorer les possibles d'une résistance non-violente qui procède à cet assèchement sur le long terme.

"D'ores et déjà, ouvrir une telle alternative est un moyen d'enrichir le débat citoyen au-delà de ses modalités de "basse intensité", des réductions et des angles morts qui en rétrécissent les perspectives. Avec en corollaire, une mise à l'épreuve inévitable de la non-violence elle-même dans sa capacité à convaincre de sa recevabilité, à produire un sens renouvelé, des propositions réalistes en contexte de crise, sans être la solution, peut-elle réellement participer des solutions? Face à cette question, il était nécessaire de revenir sur les positions et options dominantes qui sous-tendent la lutte contre le terrorisme, d'abord en les questionnant dans leur rapport violence/efficacité et dans leur bilan coût/avantages, ensuite en considérant surtout comme non acquis certains présupposés et prédécoupages - émotionnels, idéologiques, politiques ou autres - qui orientent les manières, individuelles et collectives, d'appréhender le terrorisme et de le traiter politiquement. Car si bon nombre de ces représentations sont aujourd'hui favorables à la violence, elles restent, comme toutes constructions sociales, des productions discutables." L'auteur se propose donc de procéder à des déconstructions et de proposer un changement de paradigme en évoquant d'autres manières, non-violentes, de concevoir le problème, donc de l'appréhender. Vaste programme!

     Comme pour d'autres phénomènes de violence politique, l'auteur met en relief cette problématique entre violences structurelles et violences "physiques" que nous avons déjà eu l'occasion d'évoquer. Il insiste sur le sens de termes souvent utilisés à tort à à travers, dans une sorte d'emballement frénétique et ultra-rapide - on l'a encore vu récemment - d'abord par les médias, ensuite par les différentes forces politiques en présence, où les arguments sont souvent, sous forme de commentaires de commentaires de commentaires, instrumentalisent fortement les situations "d'attentats terroristes". Si les facteurs de l'enviolentement sont complexes, faits d'événements, de situations mais aussi de trajectoires de groupes ou d'individus, il existe une sorte d'énorme "armée de réserve" comme diraient des marxistes, constituée de ces millions d'enfants traumatisés, au Moyen-Orient notamment. Déshérences, humiliations, déracinements sociaux et économiques existent à foison, y compris au coeur de nos sociétés, dans lesquels puisent de grands experts en manipulation des esprits à la recherche d'une armée tout court. Les clichés du fanatisme aveugle, de la folie individuelle et collective, sont heureusement de nos jours atténués chez les responsables politiques de tout bord, sans avoir complètement disparus : les expressions "fous de Dieu", notamment à propos des islamismes radicaux (qui peuvent d'ailleurs être antagonistes) sont encore utilisées dans n'importe quel sens et dans n'importe quelle circonstance, nonobstant les faits simples établis lors des enquêtes qui suivent les attentats et dont le compte rendu est souvent éclipsés par les tumultes des polémiques.

 Sans nier, et l'auteur l'écrit bien, l'existence de réelles radicalisations et l'illusion chez des auteurs de terroristes de bouleverser le monde par des actes parfois très isolés ou de trouver le paradis, il s'agit de clarifier quelles peuvent être les actions qui suppriment toute illusion à ce propos...

   Tout d'abord, développe Pascal TOZZI, refuser la violence mimétique, c'est-à-dire résister à la tentation de rendre notre violence légitime, chose à laquelle s'attache souvent avant tout, que ce soit justifié réellement ou pas, aidé par la rhétorique habituelle des États, les gouvernements souvent pris au dépourvu, surtout à notre époque d'usage a minima de leurs prérogatives régaliennes, néo-libéralisme oblige..., éconduire le désir de nous venger, récuser la torture comme moyen de lutte contre la barbarie, exclure la régression judiciaire, notamment d'un retour à la peine de mort, abandonner les exécutions "militaires" à l'étranger, ne pas payer en "dégâts collatéraux" le tribut de la vengeance, refuser de répondre aux morts par l'élimination symbolique (entendre l'exclusion de la nationalité-, s'opposer à la guerre comme réponse à la violence terroriste (notamment parce que les territoires et les populations visés sont ensuite dévastés, introduisant les germes de nouveaux désordres comme actuellement au Proche-Orient, suite aux guerres d'Irak)...

    Ensuite, développer une véritable non-collaboration, à commencer réduire la peur, repousser la terreur, c'est-à-dire exactement l'inverse de ce que font nombre de médias et de pouvoirs publics, et pour cela s'en tenir simplement aux faits suffit, tellement des attentats apparaissent dérisoires (au couteau!) par rapport aux enjeux évoqués à la fois par les criminels, les médias et les appareils policiers des États. Il s'agit par là de protéger nos libertés en refusant que l'exception ne devienne la règle - il n'a échappé à personne qu'un incident isolé et isolable sert de prétextes à pérenniser des mesures d'urgence, d'alerte... Refuser aussi de transformer tout le monde en suspect, éviter de transformer par là nos sociétés en sociétés de surveillance - pour le plus grand profit de sociétés semant partout leurs moyens d'espionnage des citoyens, moyens bien commodes pour contrôler dissidences et oppositions (politiques ou morales...). C'est simplement remettre les services de renseignement et de police à leur vraie place, celle d'où elles peuvent réellement protéger les citoyens - il n'a pas échappé à grand monde, là encore qu'en regard des milliards distribuer en moyens de surveillance tous azimuts, y compris informatiques, des zones entières sont tombés dans l'ombre...

    Mais il ne s'agit pas seulement de s'opposer à des dynamiques anti-démocratiques par essence et sur de longues périodes. Il s'agit aussi par l'éducation et un travail de conscientisation citoyen d'accueillir et de reconnaitre l'autre, tant aujourd'hui les moments de circulation des populations et des personnes sont devenus importants partout dans le monde. Les mouvements de migrations ont toujours été irréversibles dans l'histoire et ce n'est pas avec quelques contrôles des frontières et quelques outils informatiques voués aux piratages continuels qu'on changera ce fait... Cultiver la tolérance contre le dogmatisme et la radicalisation est impératif, et il ne s'agit pas de se payer de mots et de pleurnicheries après des attentats, mais de réaliser des actes et de d'y mettre des moyens réels. Défendre la laïcité contre les clivages intégristes ne consiste pas seulement à fermer des lieux de cultes, à interdire de séjour des prêcheurs extrémistes, mais aussi de lui redonner tous ses sens politiques, idéologiques (n'ayons pas peur des mots non plus...), économiques et sociaux. notre auteur insiste surtout sur les aspects moraux, qu'il s'agit d'ancrer dans les mentalités, au-delà des croyances et des non-croyances...

    Dans son esprit, éduquer à la non-violence et à la paix, c'est un ensemble de processus qui reviennent souvent à réformer profondément nos sociétés.

Pascal TOZZI, La non-violence face au terrorisme, une alternative pour rompre la spirale de la violence?, Éditions Charles Léopold Mayer, 2019, 185 pages.

  

 

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