Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
30 avril 2008 3 30 /04 /avril /2008 11:36
       Commencer par discuter d'un mot ou d'une expression, c'est souvent aller au fond, par-delà l'étymologie. En s'appuyant souvent sur l'étymologie, c'est faire la philosophie du mot ou de l'expression, et nous nous conformons bien sûr à cette règle.
     
      André LALANDE, dans son Vocabulaire technique et critique de la philosophie (PUF, Quadrige, 2002), indique le radical international de conflit, konflikt, que nous utiliserons par la suite. Le latin conflictus (legum), terme juridique bien entendu, cotoie l'allemand widerstreit, l'anglais conflict et l'italien conflitto. Dans tous ces cas, il s'agit du rapport de deux pouvoirs ou de deux principes dont les applications exigent dans un même objet des déterminations contradictoires. LALANDE cite en particulier conflit de devoirs, dans la morale appliquée, un même acte paraît à la fois légitime et illégitime suivant la règle à laquelle on le rapporte. Il peut y avoir conflit d'une seule autorité avec elle-même, si elle ne peut s'appliquer à un objet donné sans y aboutir à une contradiction. Le conflit de la Raison avec elle-même selon Emmanuel KANT (Critique de la raison pure) est l'ensemble des contradictions où s'engage la raison lorsqu'elle s'efforce de trouver, dans les phénomènes, un inconditionnel d'où dépendraient tous les inconditionnés.
    
        Cette référence à KANT figure également dans le Vocabulaire Bordas de la philosophie de LEGRAND. Le conflit de la raison avec elle-même désigne la série des contradictions, selon KANT, insolubles, qui président à la recherche d'un élément dépassant toutes les conditions. LEGRAND signale que le même caractère de conflit intérieur se retrouve dans la pensée de type religieux (PASCAL) ou existentialiste (CAMUS). La contradiction à assumer par-delà le conflit semble avoir été l'une des motivations initiales, selon LEGRAND toujours, de NIESTZSCHE.

    Joel WILFERT, dans les pages Vocabulaire de son ouvrage consacré à Emmanuel KANT (Ellipses, 1999) explique bien cette notion en se référant à l'antinomie, ce conflit entre les lois de la raison pure. Les antinomies kantiennes, écrit-il, exposent les thèses opposées que la raison peut soutenir tour à tour lorsqu'elle prétend obtenir une connaissance à partir de l'idée de monde, synthèse objective de tous les phénomènes de sens externe. On ne peut que citer KANT lui-même : "Elle (la raison) croit avec beaucoup d'apparence y rendre valable son principe de l'unité inconditionnée, mais elle s'embrouille bientôt dans de telles contradictions qu'elle est forcée de renoncer à ses prétentions en matière cosmologique". (Critique de la raison pure).
   
     Comme pour toute définition, donc, qui se respecte, nous nous voyons dans l'obligation de renvoyer, en philosophie, le mot conflit au mot ANTINOMIE.

Partager cet article

Repost0
29 avril 2008 2 29 /04 /avril /2008 16:04
           1 -   Pour le sens commun, nous pouvons noter, avec un dictionnaire comme "Le petit Robert", qu'il s'agit d'un nom commun masculin (A noter qu'en Français, la coopération est féminin...), qui apparaît à la fin du XIIème siècle, et qui vient du bas latin conflictus (Choc).
Dans ce même dictionnaire, plusieurs sens sont mentionnés :
a) Lutte, combat.
b) Rencontre d'éléments, de sentiments contraires, qui s'opposent. Le dictionnaire renvoie alors à d'autres termes : antagonisme, conflagration, discorde, lutte, opposition, tiraillement.
c) Contradiction entre deux puissances qui se disputent un droit : conflits inter-étatiques, arbitrage d'un conflit, conflit armé (voir le terme Guerre).
d) Contestation de compétence entre juridictions, conflit d'attribution.
    
Les mêmes constatations sont établies par "Le Larousse" : Conflit, nom commun masculin (du bas latin conflictus, de confligere, heurter).
- Lutte, combat entre deux ou plusieurs pays : un conflit sanglant.
- Situation opposant deux types de juridiction (conflit d'attribution) ou deux tribunaux (conflit de juridiction), qui prétendent tous deux se saisir d'une affaire (conflit positif) ou refusent l'un et l'autre de s'en saisir (conflit négatif).
- Au figuré : opposition de sentiments, d'opinions, d'intérêts : conflits de passions. Régler un conflit entre patrons et syndicats.
- En psychanalyse : situation dans laquelle s'opposent avec la même force les pulsions primaires et les motivations résultant de l'apprentissage des interdits sociaux et moraux.
- Conflits de lois, problème né du choix de la loi à appliquer dans un litige pouvant être résolu par des lois naturelles différentes.
- Elever le conflit, pour l'autorité administrative, demander au tribunal des conflits de dessaisir une juridiction administrative (tribunal des conflits, voir tribunal)

Dans ces deux dictionnaires, encore plus pour "Le Larousse" que pour "Le petit Robert", la définition du conflit est très influencée par une conception juridique, qui veut limiter, encadrer, régler, justement, le conflit.
Cette influence provient sans doute de "l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert" comme de la pratique en vigueur au XVIIIème siècle. Dans cette encyclopédie, l'entrée Conflit est immédiatement couverte par Conflit de juridiction, même si le nombre d'occurrences au terme conflit est très élevé et couvre bien d'autres domaines.

Dans le Dictionnaire historique de la langue française Le Robert, supervisé par Alain REY, paru en 1992, on relève les précisions suivantes :
   "Curieusement, c'est le participe passé latin d'usage rare qui est passé en français, mais pas le verbe confligere, "heurter, combattre", à la différence d'autres composés de l'archaïque fligere "battre" (affliger, infliger). Le mot signifiant "action d'être aux prises, combat physique", a vieilli lorsqu'il concerne un affrontement entre personnes ; il s'est maintenu en parlant d'une lutte armée entre deux peuples, Etats, servant d'euphémisme pour guerre. Son extension dans le domaine de l'opposition morale (dès les premiers textes), d'abord à propos d'un combat intérieur, s'élargit à partir du XVIIème siècle aux relations avec autrui. Il faudra la spécialisation du mot en psychanalyse (1949, liquidation d'un conflit) pour que se retrouve l'idée de "violent dualisme intérieur". Le XVIIème siècle avait situé l'antagonisme sur le plan abstrait entre forces intellectuelles, morales, affectives, sociales (1686) et l'avait placé sur le terrain du droit (avant 1680, conflit de juridiction). L'adjectif moderne conflictuel(lle) (1958 - LEVI-STRAUSS) dérivé savant du radical latin, appartient à l'usage didactique (psychanalytique, social) tout en étant relativement courant.

 

 Notons enfin que Le Grand Robert 2014 définit le conflit en 4 éléments, son étymologie stricte partant du bas latin conflictus et du supin de confligere (se heurter) :

- Lutte, combat. Un conflit entre personnes, entre groupes. Le conflit des armées. Un sanglant conflit. Conflits entre cités.

Choc (de plusieurs choses), qui renvoie à Collision, Heurt.

- Rencontre provoquant une opposition (d'éléments, de sentiments contraires) qui renvoie à Antagonisme, Conflagration, Désaccord, Discorde, Lutte, Tiraillement. Conflit d'intérêts, de passions, de devoirs, d'idées. Conflit religieux, racial. Le conflit de générations. Conflit psychologique, conflit intérieur (voir Conflictuel). Conflit de classes (voir Lutte). Intervenir dans un conflit pour le régler (voir Arbitrage). Rester hors du conflit (Voir Neutralité). Résoudre, trancher un conflit (voir Dispute). En conflit, c'est entrer en conflit avec quelqu'un (Voir Compétition, Rivalité).  Il mentionne également la notion (1949) en psychologie et psychanalyse : Action simultanée de motivations incompatibles, son résultat (Conflit affectif). Surmonter un conflit. Liquider un conflit. En psychanalyse : Opposition d'exigences internes contraires, considérée comme constitutive de l'être humain. Conflit oedipien.

- Contestation entre deux puissances qui se disputent un droit. Les conflits internationaux peuvent trouver une solution pacifique. Arbitrage d'un conflit - Conflit armé ou conflit (voir Guerre). Menace de conflit. En cas de conflit. Origines, enjeu d'un conflit. Prendre part à un conflit.

- Rencontre (1680) (de plusieurs lois, textes, principes) empêchant leur application normale, de par les contradictions qu'elle entraîne. Conflit de lois, dans leur application. Conflit de juridiction, entre deux tribunaux de même ordre sur leur compétence respective pour juger une affaire. Conflit d'attribution, entre deux tribunaux d'ordre différent. Les conflits de juridiction sont terminés par un règlement de juges; les conflits d'attribution sont jugés par le tribunal des conflits (voir Litige).
 

   2 - Au terme conflit, conflictuel, le "Vocabulaire de la philosophie et des sciences humaines" donne la définition suivante, un peu insuffisante, mais déjà instructive :
   Du latin conflictare, se heurter contre, du préfixe cum, ensemble et fligere, heurter. Terme qui signifie toujours une forme violente de lutte ou d'antagonisme, mais sa signification doit être spécifiée pour chaque domaine où il en est usage. Ces domaines sont :
 

- Socio-politique  a) au sens premier, lutte entre individus et surtout entre collectivités ; exemple un conflit armé ;
b) forme de lutte, ouverte ou non, entre des groupes ayant des intérêts différents ou opposés (à l'intérieur d'une nation ou entre nations) et qui peut aller de la dissuasion à la révolte, à la  révolution ou à la guerre civile ou d'un différend politique ou économique et à la guerre militaire.
- Ethnologie. Conflit de civilisation : incompatibilité entre valeurs culturelles.
- Morale. Conflits de devoir, cas de conscience.
- Pédagogie, Psychologie, Sociologie. Conflit de générations.
- Psychologie. Conflit de tendances entre deux sources d'intérêts ou de plaisirs.

- Psychanalyse. Situation conflictuelle du Moi qui se défend contre les pulsions de l'inconscient, ou contre les exigences de la conscience morale.

  Dans un troisième temps, il est intéressant de sérier les définitions que certains auteurs proposent, chacun dans son domaine : par exemple, PIERON, dans son Vocabulaire de la psychologie ; LALANDE, dans son Vocabulaire technique et critique de la psychanalyse ; LEGRAND, dans son Vocabulaire de la philosophie ; LAPLANCHE et PONTALIS, dans leur Vocabulaire de la psychanalyse ; BOUDON et BOURRICAUD dans leur Dictionnaire critique de la sociologie. On y trouve matière à réflexion et d'emblée, suivant l'orientation intellectuelle de chaque auteur, une conception même sur son existence, sur sa provenance et sur son traitement...

   3 - Tous les dictionnaires de langue française partent d'une correspondance latin/français. Le dictionnaire français/latin de L QUICHERAT et Emile CHATELAIN (1891), publié par la librairie Hachette en 1984 par exemple nous rappelle que conflit, masculin, choc, combat, vient de conflictus, conflictio, conflictionis. Au figuré, conflictio signifie contestation, débat, lutte..

Le dictionnaire latin/français, Le Grand Gaffiot, de Félix GAFIOT, Hachette, 2000 distingue bien également les différentes origines :
- conflictio(ones) : action de heurter contre, choc, par exemple choc de deux armées ; action de lutter contre
 - conflictio(onis) : choc, heurt ; lutte, débat, conflit
 - conflictus : choc, heurt, lutte, combat
 - confligo(gere) : heurter ensemble, faire se rencontrer, mettre au prise.

 

  En règle générale, le conflit est défini sous un angle fortement juridique. Ainsi, le Larousse Encyclopédie en couleurs de France Loisirs (1978) donne du conflit la définition suivante :

- Nom masculin (bas latin conflictus, de confligere, heurter). Lutte, combat entre deux ou plusieurs pays. Un conflit sanglant.

Situation opposant deux types de juridiction (conflit d'attribution) ou deux tribunaux (conflit de juridiction), qui prétendent tous deux se saisir d'une affaire (conflit positif) ou refusent l'un et l'autre de s'en saisir (conflit négatif).

Figuré : Opposition de sentiments, d'opinions, d'intérêts : Conflit des passions. Régler un conflit entre patrons et syndicats.

Psychanalyse : Situation dans laquelle s'opposent avec la même force les pulsions primaires et les motivations résultant de l''apprentissage des interdits sociaux et moraux.

Conflit de lois, problème né du choix de la loi à appliquer dans un litige pouvant être résolu par des lois nationales différentes.

Elever le conflit, pour l'autorité administrative, demander au tribunal des conflits de dessaisir une juridiction judiciaire au profit d'une juridiction administrative.

Tribunal des conflits. Voir Tribunal.

- Conflictuel(lle), adjectif. Relatif à un conflit.

Relatif à un antagonisme dans le domaine des relations personnelles. Les relations conflictuelles d'un fils et d'un père.

 

    C'est en reprenant l'étymologie du mot conflit, que Tim TRZASKALIK, docteur en études germaniques, du laboratoire "Centre d'étude et de recherche sur les conflits d'interprétation" (CERCI), de l'Université de Nantes, écrit l'épilogue de l'ouvrage qui rassemble les contributions issues des travaux de deux journées de séminaire "Le lien social" de la Maison des sciences de l'homme Ange-Guépin, de 2004. 

  "Selon le Historisches Wörterbuch der Philosophie de Joachim Ritter, le Dictionnaire historique de philosophie, dans "conflit" sont contenus les verbes confligere (zusammmenstoBen, streiten, kämpfen/entrechoquer, disputer, battre, lutter) et conflictare (zu kämpfen haben mit, heimgesucht werden von/avoir à se battre avec, être visité de ou être hanté par).

S'y expriment deux postures : une activité au moins en partie volontaire et une passivité qui afflige ou frappe le "posteur", définissant pour lui ce avec quoi il aura à se battre. Présupposant leur discernabilité, ces deux postures épellent l'origine du conflit aussi bien que le mode d'entrer en conflit. Ainsi, elles figurent une scène conflictuelle au sein même du concept de conflit. Et cela d'autant plus s'il s'agit du conflit en psychanalyse, c'est-à-dire du conflit dans son "domaine propre", si j'ose dire, depuis Freud. Cette scène interprète le rapport entre les deux modes d'entrer en conflit et les différentes forces, accidentelles et constitutives du conflit. Interprétation précisément à partir du mot "conflit", dont les deux pôles, confligere et conflictare, se rencontrent, créant une relation ou un rapport. Ce rapport, à son tour, fonde la possibilité de contagion. L'antisémie, le sens opposé, le Gegensinn au sein du mot nous visite, nous oblige à repenser, entre rapport et contagion, le rapport conflictuel entre confligere et conflictare, rapport dans lequel leur discernabilité s'avère largement affectée. (...)"

   

Sous la direction d'Olivier MÉNARD, Le conflit, L'Harmattan, collection Logiques sociales, 2005.

 

Complété le 12 Avril 2012, le 2 Mai 2012, le 12 novembre 2013...

 

 

 

Partager cet article

Repost0
29 avril 2008 2 29 /04 /avril /2008 15:33
          Dans ce manifeste de 1976 pour une autre géographie qui annonce la revue HERODOTE, Yves LACOSTE s'élève contre la géographie vidalienne, pour proposer une autre manière de faire de la géographie.
     
      Pas cette géographie élaborée par Vidal DE LA BLACHE (1845-1918), ânonnée par tant de professeurs, jusqu'à en faire une matière honnie des élèves et des étudiants, pas cette géographie qui donne le primat sur des "régions naturelles", mais une géographie qui, replacée dans sa vraie destination, démystifiée, soit au service des citoyens et des classes dominés.
     Yves LACOSTE commence par démystifier cette géographie officielle dont l'enseignement camoufle les véritables rôles.
Rôle idéologique, en faisant croire à des pays aux frontières naturelles. Rôle idéologique encore par les médias qui esthétisent à fond le paysage pour en faire oublier l'idée "que certains peuvent analyser l'espace selon certaines méthodes afin d'être en mesure d'y déployer des stratégies nouvelles pour tromper l'adversaire" (de nationalité ou de classe) "et le vaincre"? Que ce soit au VietNam où la connaissance de la géographie permit la destruction des digues pour anéantir les ressources alimentaires de ce pays, que ce soit dans chaque pays industrialisé où le savoir sur les vallées et les montagnes permettent de tracer routes et chemins de fer pour l'exploiter, que ce soit dans chaque ville, où la connaissance du tissu urbain permet les déplacements des "forces de l'ordre", que ce soit encore dans les quartiers où se préparent les opérations immobilières juteuses au détriment des habitants, la géographie, la science des cartes à grande et à petites échelles, la faculté de s'orienter dans l'espace, sert d'abord à faire la guerre, qu'elle soit nationale ou sociale.
    Ce que Yves LACOSTE propose alors, c'est, à l'image de ce qui s'est passé dans les sciences sociales - notamment par l'apport du marxisme - c'est d'opérer une fondation épistémologique d'une discipline qui en manque cruellement, pour donner place à la réflexion sur les espaces différenciés qui se chevauchent dans la réalité. Il met en garde contre une tendance de la "géographie appliquée" ou New Geography de mettre les géographes au service de technocraties qui mettent à l'oeuvre la synthèse et l'exploitation de savoirs parcellisés qu'ils auront établis.
Il plaide pour "une géographie de la crise", dans une perspective globale de développement, dans "une recherche scientifique militante", d'associer les objets d'études, hommes et femmes et leurs lieux de vie - à l'élaboration des projets d'urbanisme, de faire se réapproprier par les acteurs de gauche le savoir de l'espace, pour un niveau tactique (dans les batailles de rue) ou pour un niveau stratégique (dans le développement Nord-Sud mais aussi à l'intérieur des vieux pays industrialisés entre régions pauvres et régions riches).
    Témoin d'une époque, ce livre se termine par l'évocation de Che GUEVARRA, qui a confondu les montagnes boisées d'Amérique Latine avec "l'équivalent stratégique de la Sierra Maestra". Néanmoins, il serait utile de mesurer aujourd'hui l'impact de cette résolution à changer la donne, de mesurer si les acteurs du changement social maitrisent le savoir géographique.
     On trouve en quelque sorte une raffraichissement de thèses proposées dans ce livre dans le numéro de la revue HERODOTE du 3ème trimestre 2008.
 
    Longtemps difficile à trouver, ce petit livre bénéficie d'une réédition en 2012 chez l'éditeur héritier des Editions Maspéro, La Découverte, dans la collection "Cahiers libres". Sans refondre le texte, il s'agit d'une réactualisation, l'auteur proposant en tête de chapitre ses commentaires contemporains. 
André LOEZ (Le Monde du vendredi 9 novembre 2012) rappelle le choc lors de sa publication en 1976 dans le petit monde des géographes, habitués depuis des décennies à penser leur discipline plus ou moins dans la foulée des travaux de Paul Vidal de LA BLACHE (1845-1918). Au milieu des années 1970, la discipline géographique repose encore en grande partie sur eux (Tableau de la géographie de la France), "gloire scolaire de la IIIe République et initiateurs d'innombrables thèses de géographie régionale".  C'est pour l'ensemble de la profession une voie de bifurcation qui mène entre autres certains d'entre eux à la géopolitque, longtemps bannie en raison de son usage par le IIIe Reich. 
         

 



  Yves LACOSTE, La géographie, ça sert d'abord à faire la guerre, François Maspéro/petite collection maspero, 1976, 190 pages.
  Notez que les Editions La Découverte ont repris, depuis un bon moment, le fonds des Editions Maspéro.
 
Complété le 11 novembre 2012

Partager cet article

Repost0
29 avril 2008 2 29 /04 /avril /2008 14:38
   Le philosophe, mathématicien et physicien René DESCARTES, est reconnu, surtout dans la sphère francophone mais aussi bien au-delà, comme le plus grand des philosophes français et là aussi, parfois bien au-delà. Si en France sa célébrité ne tient pas toujours à son génie, mais à une simplification de sa doctrine, une sorte de mauvais cartésianisme, il est mieux étudié au-delà des frontières, comme auteur d'une oeuvre complexe, marquante, riche d'implications. Les grands métaphysiciens du XVIIe siècle (MALEBRANCHE, SPINOZA, LEIBNIZ) construisent par la suite leurs systèmes en réfléchissant à celui de René DESCARTES. Soit pour le défendre, soit pour le déconstruire pour affirmer le leur. Les analyses de LOCKE, de BERKELEY, de HUME trouvent leur source dans le cartésianisme. La fameuse "révolution copernicienne" de KANT est, à certains égards, une reprise de la primauté accordée, par le penseur français, au sujet pensant sur tout objet pensé. HEGEL le tient pour un héros et HUSSERL donne à ses conférences prononcées à Paris en 1926 le titre de Méditations cartésiennes. (Ferdinand ALQUIÉ).
    Le projet cartésien d'une science universelle s'amorce dès 1629 avec ses Règles pour la direction de l'esprit, et se renforce dans ses ouvrages suivants : tour à tour Le discours de la méthode (1637), Les méditations sur la philosophie première (1641), Les principes de la philosophie (1644), Les Passions de l'âme (1649) qui alternent avec des oeuvres proprement scientifiques, dessinent les contours, pas seulement d'une méthode, mais également d'une vision du monde. De nombreux écrits ne sont publiés qu'après sa mort, à cause des craintes de censures et de poursuites, par les autorités religieuses notamment. Parmi elles figurent Le Monde (1664 et 1667), L'Homme, trois volumes de correspondance éditées par CLERSELIER (1657, 1659, 1667), Règles pour la direction de l'esprit (1684 et 1701)....
           En quoi René DESCARTES, ce philosophe et mathématicien du XVIIème siècle, intéresse t-il une réflexion sur le conflit?
Après tout, l'image que l'on a du cartésianisme se résume pour beaucoup à la pensée profonde que si l'on pense, on existe! Sans s'attacher pour l'instant à sa postérité intellectuelle - de MALEBRANCHE à HUSSERL - et aux nombreuses "Méditations cartésiennes", tentons de dégager plusieurs thèmes abordés par DESCARTES qui nous intéressent ici.
       - Cogito : Le point de départ de la métaphysique de DESCARTES est le doute. Un doute sur tout, y compris sur le doute lui-même. De ce doute radical, il en tire la certitude de la pensée qui doute :"Je pense donc je suis" (Discours de la méthode, 1637).
C'est dans les "Méditations métaphysiques" (1641) que s'affirme l'idée que ce qui établit le cogito, c'est l'existence de l'âme, opposée aux incertitudes du corps dont la sensibilité est source d'erreurs et d'illusions. Dans la Méditation Troisième, la pensée appelle pour exister un être extérieur à elle, car toutes ses idées sont par essence des renvois à l'extériorité. La solitude du moi trouve son répondant (puisque la pensée ne peut être cause d'elle-même) dans l'idée que cet extérieur, c'est Dieu. Contrairement au thomisme ambiant, DESCARTES pense que pour être assuré de l'existence du monde extérieur, il faut d'abord connaître l'existence de Dieu, cause de sa seule idée. Dans une ambiance qui n'est pas la liberté de pensée, DESCARTES est obligé de donner à l'expression de sa pensée une tournure qui peut la rendre confuse. Dans sa Méditation Cinquième, DESCARTES fait alors appel à un procédé analogue à celui appliqué aux mathématiques pour dissiper cette obscurité. Ce qui nous intéresse ici, c'est le face à face entre moi et Dieu, qui semble exclure l'autre. En fait les auteurs qui reprendront ces méditations feront souvent l'analogie, voire l'identité, entre Dieu et l'autre. Toute une réflexion sur l'altérité en découlera, d'où aussi toute réflexion sur le conflit.
         - Liberté : Dieu - source de toute pensée - ne nous trompe pas. Alors pourquoi l'erreur existe t-elle?
Pour fonder philosophiquement sa méthode, DESCARTES, dans sa Méditation Quatrième, veut montrer que l'erreur ne vient pas de Dieu, qu'il nous appartient de l'éviter. Le jugement des choses résulte de l'entendement qui perçoit les idées et de la volonté qui donne ou refuse son consentement. C'est ce qui fonde la liberté, source d'erreur. Pour éviter l'erreur, qui vient de notre nature sensible, de notre corps (Méditation Sixième), il faut persévérer dans l'exercice de la liberté, c'est-à-dire dans la connaissance. Pour répondre aux demandes pressantes de ses lecteurs, qui ne se satisfont pas de ses explications, il écrit plus tard "Les passions de l'âme" (1649). Il y développe une théorie de la générosité, "générosité qui fait qu'un homme s'estime au plus haut point qu'il se peut légitimement estimer consiste seulement, partie en ce qu'il connaît qu'il n'y a rien qui véritablement lui appartienne que cette libre disposition de ses volontés, ni pourquoi il doive être loué ou blâmé sinon parce qu'il en use bien ou mal, et partie en ce qu'il sent en soi-même une ferme et constante résolution d'en bien user, c'est-à-dire de ne manquer jamais de volonté pour entreprendre et exécuter toutes les choses qu'il jugera être les meilleures : ce qui est suivre parfaitement la vertu."  C'est par cette réflexion concrète sur la nature de l'homme que DESCARTES permet de penser à la fois la liberté et l'altérité.
            - Libre arbitre et souveraineté : Dans ses "Lettres à la princesse Elisabeth", DESCARTES soutient que même si Dieu - prescience divine - sait à l'avance ce que nous allons faire, cela ne change rien à la connaissance que nous avons de notre liberté.
Même si DESCARTES ne cessera de témoigner d'un retrait à l'égard des questions politiques (Lettre à Brégny, 1650), une interprétation politique de l'abstention cartésienne, audacieuse certes, est possible (Pierre GUENANCIA, 1983). Le primat de la liberté-individualité aurait valeur de protestation contre toutes les formes de totalisation. Apprendre à dire Je renvoie le libre arbitre non seulement à une difficile liberté dans le monde, mais aussi à la liberté de soi vis-à-vis des autres, et notamment des puissants. En acceptant de commenter "Le Prince" de MACHIAVEL pour Elisabeth de Bavière, DESCARTES montre une "esquisse de ce qu'aurait pu être sa philosophie politique" (Alain RENAUT, Dictionnaire des Oeuvres Politiques). Même si DESCARTES approuve le processus de la raison d'Etat présenté par les "Discours sur Tite-Live", il rattache toujours la relativité politique à un absolu moral. Oui à la raison d'Etat d'un prince éclairé... s'il est éclairé. Et cette morale s'inscrit dans un principe de solidarité pour le bien commun. L'éclairage apporté par ces "Lettres à Elisabeth" permet de mieux comprendre les idées de DESCARTES sur la souveraineté. Par là, il ne s'agit pas de la souveraineté d'abord, au sens politique, mais au sens de liberté d'agir dans le monde. Il ne s'agit pas d'abord du libre arbitre au sens des libertés publiques, mais au sens de liberté de jugement sur les choses, de capacité à comprendre réellement le monde. En mettant en avant que la science d'une chose, c'est en avoir une véritable connaissance, acquise par méthode et non par conjecture personnelle ou examen de l'opinion de l'autre, on peut comprendre que DESCARTES inclue également le politique dans son expérience du doute absolu. Le cartésianisme n'est pas seulement une rationalisation dans la manière de découvrir et de comprendre le monde physique, c'est aussi le début d'une réflexion - par essence conflictuelle - sur la conduite du monde politique.
     
       Pierre GUENANCIA indique bien les enjeux de son oeuvre. Dans sa recherche des conditions de l'ordre - dans une croyance forte en l'existence de Dieu, René DESCARTES estime qu'il ne peut y avoir d'opposition (de "combat") qu'entre les passions et les volontés et que ce sont les unes et les autres qui exercent sur l'âme un empire. "Le pouvoir de l'âme est celui que ses volontés ont sur elle - la différence peut paraitre formelle ou même verbale, mais pourtant l'idée de l'âme qui suit ses volontés et fait ce qu'elle veut stricto sensu parait à bien des égards plus cartésienne que l'idée de l'âme qui commande. 
Quoi qu'il en soit, le conflit ou le combat entre les passions et les volontés n'oppose pas des "personnages" distincts, mais se ramène plutôt à un rapport entre des forces que l'incommensurabilité résultant de leur origine différente n'empêche pas d'agir l'une contre l'autre. N'est-il pas d'ailleurs assez inadéquat de parler de conflits entre des volontés et des passions qui "émeuvent" également l'âme mais ne semblent pas pouvoir agir les unes sur les autres, du moins pas directement, ce qui dans la philosophie si peu disposée à admettre une action à distance équivaut à : pas par elles-mêmes. Il y a un tiers, le corps, dont dépend, selon Descartes, conscient comme personne de son pouvoir fondamental, c'est-à-dire de sa causalité propre, cette singulière propriété de l'âme d'être sujette aux passions : le corps sur lequel l'âme par ses volontés ne peut agir que s'il est d'abord "bien disposé".
Si la physiologie cartésienne explique pourquoi la passion ne peut manquer d'être sentie par l'âme "comme une sorte de volonté" (Alquié), la morale consiste à dissocier nos passions de nos volontés afin que nous ne tenions pas pour propre à notre âme ce qui seulement proche d'elle. C'est cette condition que nous pouvons chercher à rendre proche et sensible ce qui nous est propre (...). La passion dispose l'âme à vouloir telle chose ; elle se fait passer pour une volonté sans que l'on puisse d'ailleurs parler ici d'une tromperie naturelle ou, à plus forte raison, de la ruse d'un malin génie. L'universalité du mécanisme rend nécessaire ce mode d'apparition de la passion à la conscience. Si la passion ne nous faisait pas, ou plutôt ne nous disposait pas à vouloir la chose qu'elle représente comme aimable, désirable, bonne, etc, elle n'aurait justement pas d'empire sur notre ême, cet empire que nos volontés ou mieux nos jugements devraient seuls avoir sur nous. Mais justement la passion ne fait que disposer notre âme, elle ne la détermine pas, elle ne la contraint pas à vouloir. A la différence de la plupart des philosophes, Descartes ne conçoit pas l'action de la passion comme une détermination, comme l'action d'une cause produisant nécessairement son effet. (...)."

 René DESCARTES, Discours de la méthode, 1637 ; Méditations métaphysiques, 1641; Les passions de l'âme,  1649; Lettres à la princesse Elisabeth, 1643-1649. Il existe, à l'instar des commentaires sur son oeuvre de nombreuses éditions. Notons que, puisque ces éditions sont libres de droits, qu'on trouve la plupart de ses oeuvres sur le site d'UQAC. Sinon citons Oeuvres de Descartes, F G Levrault, traduction de Victor COUSIN, 1824-1826, disponible sur le site GALLICA, Descartes, Oeuvres, traduction de Charles ADAM et Paul TANNERY, Leopold Cerf, 1897-1913 en 13 volumes. Une nouvelle édition complétée de la précédente est disponible chez Vrin-CNRS, 1964-1974, en 11 volume. Descartes, Oeuvres et lettres, textes présentés par André BRIDOUX, Bibliothèque de la Pléiade, nrf, Gallimard, 1953. Enfin, souvent utilisé existe Descartes, Oeuvres philosophiques, textes établis, présentés et annotés par Ferdinand ALQUIÉ, en 3 volumes (de 1618 à 1650), Classiques Garnier, 1963-1973.
Alain RENAUT, article Descartes du Dictionnaire des Oeuvres politiques, PUF, 1986; Sous la direction de Bernard MORICHERE, article Descartes de Philosophes et Philosophie, tome 1, Nathan, 1996; Denis KAMBOUCHNER, article Descartes du Vocabulaire des Philosophes, tome 2, Ellipses, 2002; Ferdinand ALQUIE, article Descartes,  dans Encyclopedia Universalis, 2004; Pierre GUENANCIA, Lire Descartes, Gallimard, folio essais, 2000.
 
Complété le 7 juin 2013.

                                                                PHILIUS

Partager cet article

Repost0
26 avril 2008 6 26 /04 /avril /2008 14:38
     Tiré d'une série de conférences prononcées à la London School of Economics en 1937, cet ouvrage propose une science du pouvoir, et par là des éléments d'une science des conflits politiques et sociaux. Ces conférences n'ont rien perdu de leur actualité et de leur clarté.
  
   Commençant par une définition de la pulsion de pouvoir, Bertrand RUSSELL adopte une approche par le caractère et en même temps par la fonction. Caractère car de "tous les désirs infinis de l'homme, les principaux sont les désirs de pouvoir et de gloire". Fonction car pour tous les types de pouvoir, celle-ci est définie comme la production d'effets voulus "sur les êtres humains, sur la matière inerte ou sur les formes de vie non humaines". Ils diffèrent suivant la position sociale occupée.
Il entend prouver dans cet ouvrage que "le concept fondamental en sciences sociales est celui du Pouvoir, au même titre que l'Energie constitue le concept fondamentale en Physique."

   La distinction entre pouvoir traditionnel, pouvoir révolutionnaire et pouvoir nu est d'ordre psychologique et une distinction s'opère également entre le pouvoir des organisations et le pouvoir des individus. Ainsi, sont passés en revue le pouvoir des prêtres, le pouvoir des rois, le pouvoir nu (celui qui vient de l'usage brut de la violence), le pouvoir révolutionnaire, le pouvoir économique, le pouvoir religieux qui provient des dogmes, les pouvoirs gouvernementaux... Ces formes de pouvoir scandent les chapitres du livre pour aboutir à une conception où il est nécessaire avant tout de dompter le Pouvoir. 

  Bertrand RUSSELL insiste beaucoup sur ce qu'il appelle la biologie des organisations, véritables organismes qui donnent leur forme aux exercices du pouvoir. Une réflexion profonde sur la démocratie, "Dompter le pouvoir" conclue le livre.
 
      La démocratie, dont les vertus sont pour lui d'ordre négatif, n'est pas la garantie d'un bon gouvernement, mais elle permet d'éviter certains maux.
      Ici se place une prise de position sur la guerre : "La guerre est le meilleur allié du despotisme, ainsi que le plus grand obstacle à l'établissement d'un système où l'on puisse autant que possible éviter le pouvoir irresponsable. Prévenir la guerre constitue une part essentielle de notre problème - je devrais dire, la plus essentielle. J'ai la conviction que, si jamais le monde pouvait être libéré de la peur de la guerre, quelle que soit la forme de gouvernement ou de système économique alors en place, il finirait par trouver des moyens de réfréner la férocité de ses dirigeants. Par contre, toute guerre, mais surtout la guerre moderne, ouvre la voie à la dictature en poussant ceux qui ont peur à se chercher un meneur et en transformant les audacieux en une bande de prédateurs."
   
     Quand Bertrand RUSSEL passe en revue les pouvoirs gouvernementaux et les les formes de gouvernement - monarchie, théocratie, démocratie, on est assez proche d'une forme de raisonnement à la MONTESQUIEU ou à la TOCQUEVILLE. Ce qui apparait dès le début du chapitre 12 (sur les 18 que comptent le livre) dans les diverses caractéristiques pour lui d'une organisation. Ses principales caractéristiques sont en effet sa taille, le pouvoir qu'elle a sur ses membres, son pouvoir sur ceux qui n'en sont pas membres et la forme que prend son gouvernement. Cette approche donne à cet ouvrage, malgré s'il n'est qu'un regroupement de conférences, une allure de classique. 
 
   Notons la faculté de Bertrand RUSSEL d'aller à l'essentiel des problèmes, son érudition, sa méthode, sa clarté, et jusqu'à son humour délicieusement irrévérencieux.
 
    Nous sommes, lorsque Bertrand RUSSELL prononce ces paroles à ses conférences, à la veille de la Deuxième Guerre Mondiale.
 
   


LE POUVOIR, Bertrand RUSSELL, co-édition Editions Syllepse (Syllepse.net) et Les Presses de l'Université Laval (Québec), 2003, 230 pages. Traduction de l'anglais de Michel PARMENTIER. Publié par The Bertrand Russell Peace Foundation Ltd en 1996.
 
Complété le 4 septembre 2017.

Partager cet article

Repost0
25 avril 2008 5 25 /04 /avril /2008 12:51

   Quelle est la différence entre un bandit des grands chemins et un banquier? L'un a un code de l'honneur et l'autre pas. Ou l'un croit avoir un code de l'honneur et l'autre estime ne pas en avoir besoin...

 

   D'où viennent ces "plaisanteries" ? Voyons plus en détail : 

- un bandit des grands chemins n'est pas un bandit isolé ou des petits chemins (à la tire par exemple...). Comme il opère sur les grands chemins, il doit avoir un sens minimum de planification, de très bonnes planques d'armes et de butins par exemple et d'organisation, avoir des collaborateurs dont le nombre croit avec l'ampleur ses activités... Une perspective à court, moyen et long terme doit guider son action pour rester sur ces grands chemins, sinon il retombe dans une situation pitoyable (dans des petits chemins...), n'est plus en mesure d'accroitre le nombre de ses collaborateurs, ne peut plus corrompre sont qui sont chargé de le pourchasser et de l'emprisonner, et caetera, caetera... Il faut qu'il exerce sa violence illégale avec une certaine prudence, pour rester un bandit des grands chemins, se ménager les puissants bandits et imposer sa loi aux petits bandits des grands chemins. Sinon, il risque de voir se liguer contre lui tous les autres bandits des grands chemins... et des petis chemins... Qu'il est difficile dans ce métier de garder un monopole si durement acquis!

- un banquier pour rester vraiment un banquier ne peut pas rester lui non plus isolé. Comme il opère sur un marché plus ou moins grand, il doit avoir un minimum de planification, une très bonne comptabilité par exemple, des lieux ou cacher son argent (des lieux bien gardés...) et ses moyens de pression (secrets bancaires), avoir des collaborateurs dont le nombre croit avec ses activités... Une perspective à court, moyen et long terme pour rester sur le marché des banques, sinon il retombe dans une situation pitoyable (sur de tout petits marchés), n'est plus en mesure d'accroitre le nombre de ses collaborateurs, ne peut corrompre ceux qui sont chargé de le contrôler et d'appliquer la législation (qu'il s'efforce de faire évoluer à son avantage), et caetera, caetera... Il faut qu'il exerce sa violence légale avec une certaine prudence, pour rester un banquier important (spolier mais pas trop et pas n'importe qui...) et imposer sa loi aux banquiers de moindre envergure (avec menace d'absorption). Sinon, il risque de voir se liguer contre lui tous les petits et grands banquiers (et leurs amis dans les administrations publiques)... Qu'il est difficile dans ce métier de garder un monopole si durement acquis!

 

   Il y a donc de vraies habitudes de penser et de faire communes chez les banquiers et les bandits de grands chemins. D'ailleurs historiquement, les banquiers ont d'abord été des bandits des grands chemins, avec leurs propres armées et leurs propres gens dans les administrations. Seulement, la vie devient bien plus tranquille quand on exerce une violence légale que lorsqu'on reste dans l'illégalité!  Alors qu'il fallait que les bandits règlent leurs comptes à coup de feu ou d'épée, les banquiers règlent le leur par comptabilité interposée et corps de comptables, d'huissiers et d'administrateurs publics et privés (vaut mieux avoir les deux...). En plus, lorsqu'on exerce le beau et glorieux métier de bandit de grands chemins, la prise personnelle de risque reste importante et somme toute, les sommes enmagasinées encore modestes, alors que lorsqu'on exerce le beau et parfois terne métier de banquier, la prise personnelle de risque est souvent archi-minime et somme toute, le poignon en compte est bien plus important!  

 

     Mais le plus beau dans l'affaire n'est pas là : le bandit des grands chemins, à l'impact de nuisance finalement réduit mais spectaculaire, a une réputation horrible mais se targue d'avoir de l'honneur, tandis que le banquier, à l'impact de nuisance énorme mais discret (quant à son origine...), a une réputation d'honnêteté au dessus de tout soupçon et estime n'avoir absolument pas besoin d'honneur, vu qu'il a la légalité de son côté. De plus, avoir de l'honneur dans les affaires est la meilleure façon de faire faillite. Lorsqu'il faut y aller, faut y aller!  De plus, on ne trahit pas dans les milieux bancaires, on se soumet humblement à la loi (dure, très dure) des marchés...

 

 

   Appel à toute améliioration conflictuelle...

 

FURIUS

 

 

 

Modifié le 1 novembre 2013

Partager cet article

Repost0
25 avril 2008 5 25 /04 /avril /2008 12:19
   Julien FREUND, préfaçant la traduction du chapitre IV des études de l'ouvrage de Georg SIMMEL sur la sociologie, consacré au Conflit, met l'accent sur le fait que pour l'auteur, le conflit "n'est pas un accident dans la vie des sociétés" et qu'il en est partie intégrante. Il est même directement une forme de socialisation. "Sympathie et hostilité se mêlent sans cesse dans la vie des peuples, comme dans cette des individus, au hasard des péripéties de l'histoire".
  En un seul long texte (153 pages ininterrompues dans l'édition Circé), le sociologue égrène une conception du conflit qui en fait le chaînon entre d'autres conflits, un conflit étant déjà la résolution des tensions antérieures entre contraires. Il en vient d'ailleurs à considérer la "facilité incroyable avec laquelle le climat d'hostilité peut être suggéré à autrui" et cela le conduit à l'idée d'un besoin "tout à fait primaire d'hostilité".
Plus loin, SIMMEL montre la coexistence du principe du combat et de celui de l'union dans toute société, et indique notamment l'intensité remarquablement plus grande des conflits entre personnes proches, entre membres d'un même groupe, d'un même ensemble social, par rapport à celle des conflits entre personnes éloignées, entre membres de groupes éloignés les uns des autres et dont l'antagonisme est généralement le plus souligné.
  La conscience de proximité et d'égalité entre personnes aiguise généralement leur antagonisme. D'où "la violence tout à fait disproportionnée avec laquelle des hommes par ailleurs tout à fait maîtres d'eux-mêmes se laissent parfois emporter justement contre leurs intimes les plus proches". La jalousie et l'envie semblent être des ressorts fondamentaux dans l'élaboration des rapports humains. Annonçant en quelque sorte les études de René GIRARD, Georg SIMMEL décrit le désir envieux d'un objet, non par sa désirabilté par le sujet, mais par le fait même que l'autre le possède.. De ce fait, la concurrence moderne, au coeur du libéralisme, est le combat de tous contre tous et aussi le combat de tous pour tous. Comment, dans ces conditions, une société parvient-elle à vivre?
Dans son développement, le sociologue indique qu'il y a une relation entre la structure de chaque cercle social et la quantité admissible de conflit entre ses éléments. Dans la famille comme dans un groupe religieux, comme dans un Etat, l'existence d'un ennemi bien défini constitue le liant entre membres capable de contrebalancer les effets délétères d'une telle concurrence.
 
    Au trois quarts de son analyse, Georg SIMMEL introduit l'idée que "le contraire et la négation de la concurrence n'est pas le principe d'hégémonie et l'intérêt social" ou la lutte contre l'ennemi extérieur, mais "seulement une autre technique que celui-ci constitue pour lui-même, et qu'on appelle le socialisme". L'auteur n'explique pas complètement ce qu'il entend par là, mais il argumente ensuite que l'organisation du travail de tous les individus est essentielle et pour lui la "question (est) de savoir s'il faut confier la satisfaction d'un besoin, la création d'une valeur à la concurrence des forces individuelles ou à leur organisation rationnelle." Question qui appelle selon lui mille réponses, même s'il  pense que le socialisme l'emporte sur le gaspillage des forces... mais ceci "dans la mesure où des individus sont attirés par cette atmosphère"...  
En posant cela, dans l'ambiguïté, Georg SIMMEL entend mettre en avant la complexité des causes et des effets du conflit. L'achèvement d'un conflit, par victoire, par compromis, par réconciliation est toujours provisoire et fragile, pour ne pas rebondir sur une autre conflit de nature semblable ou différente. Il termine d'ailleurs ce long texte sur l'ombre du conflit qui pèse dans beaucoup de cas sur la paix, surtout lorsqu'il n'y a pas conciliation.
 
   Annie GEFFROY, en 1993, livre une critique de ce livre : "(...) De lecture aisée malgré (l')absence de balises (livre d'une traite), il développe en variations fines sa thèse initiale : le conflit, opposé aussi bien à l'indifférence qu'au rejet, est un "moment positif qui tisse avec son caractère de négation une unité conceptuelle". 
Cet essai, poursuit-elle, structuraliste avant la lettre, est tout à fait convaincant. G. Simmel prend ses exemples dans toutes les unités sociales, des plus petites aux plus grandes (couple, famille, tribu, parti, nation, alliance entre nations, église), des plus anciennes aux plus récentes, des plus européennes aux plus exotiques. Réflexions de psychologie, d'histoire, d'anthropologie, il y a un peu de tout, avec, me semble-t-il, une prédilection pour l'examen des ressorts de l'action individuelle, vus (peut-être un peu à tort?) comme clés de l'explication sociale et historique.
Dans tous ces groupes, G. Simmel examine le rôle du conflit. Celui-ci est, certes, destructeur : telle est la vision dominante, nul besoin donc d'y insister. Mais il est aussi constructeur du groupe, à quelque niveau qu'on le définisse. Le sentiment d'hostilité est peut-être plus nettement observable au stade embryonnaire des sociétés, mais il accompagne et contribue à fonder tout groupe. Le conflit juridique, dès qu'on renonce à la loi du plus fort physiquement, repose sur des normes communes aux deux parties. Dans des ensemble unifiés (Etat centralisé, Eglise), les conflits prennent des proportions étonnantes, qui laissent subodorer l'importance de la non-union, aussi forte que l'union elle-même. G. Simmel analyse ce que Freud appeler le "narcissisme des petites différences". Le prototype du conflit, qui allie "l'extrême violence de l'excitation antagoniste au sentiment d'une appartenance étroite" est pour le sociologue la jalousie. Il analyse ses manifestations, avec des subtilités qui font penser à La Bruyère, en la distinguant de l'envie, du dépit, de la concurrence. Avec cette dernière, on passe au domaine économique. A partir de nombreux exemples historiques, G. Simmel montre l'unité conflictuelle qui se manifeste, par exemple, dans les affrontements entre patronat et syndicats. Puis, il montre l'unification interne de chacune des parties engagées dans un conflit : les organisations créées pour et par la guerre sont bien plus cohérentes, plus fortes, que celles créées pour la paix. Corollaire : un Etat despotique à l'intérieur est souvent, aussi, belliqueux à l'égard de ses voisins. Mais une certaine élasticité de la forme unifiante est nécessaire, pour éviter l'éclatement interne à l'occasion d'un conflit. 
Après les évocations du passage de la paix à la guerre, le chemin inverse, toujours plus difficile. Il peut prendre plusieurs formes : victoire, compromis, réconciliation, pardon, ces deux derniers processus sociologiques étant aussi/déjà religieux. G.Simmel termine par de fines observations sur les différences entre la relation réconciliée après conflit et celle qui n'a jamais été rompue.
Alors, au lieu de poser comme première, par besoin d'explication, soit la différence, soit l'unité, ne vaut-il pas mieux voir l'histoire humaine comme un "rythme infini", un flux interrompu dans lequel seul notre regard découpe des successions de guerres et de paix? Cette vision, en analysant tous les types de conflits comme "le" conflit (de la rupture dans un couple aux guerres mondiales), apparait parfois un peu trop générale. Mais on a droit à tant de vues conjoncturelles et myopes sur l'histoire et ses prétendues "nouveautés", qu'un survol un peu "siriusien" ne fait pas de mal...
Pr accumulation de réflexions, ce chapitre de la Sociologie construit donc une vision de l'histoire qui a le mérite de ne pas exiger ou postuler une quelconque "fin" ou utopie consolante. Vision qui me semble rendre compte de l'observation, quotidiennement renouvelée, et à toutes les échelles possible de temps et d'espace, de la fragilité des ensembles sociaux, et de leur plasticité infinie."
 
  


Le Conflit, Georg SIMMEL, Circé/poche, 2003 (info@editions-circe.fr), 159 pages avec les notes. traduction de l'allemand de Sibylle MULLER. Publié par Duncker & Humblot, à Berlin, en 1908.
Annie GEFFROY, le conflit de Georg Simmel, Mots n°1, volume 37, numéro thématique sur Rhétorique du journalisme politique, 1993, www.persee.fr
 
Complété le 1 septembre 2017.

Partager cet article

Repost0
24 avril 2008 4 24 /04 /avril /2008 08:48

 

    Au coeur même du conflit se situe sans doute l'altérité. La nécessité ou le sentiment de cette nécessité de sauvegarder son identité, de se situer autre que l'autre, déclenche des actes de différenciation de l'autre. La conscience de l'existence de l'autre passe par la conscience de l'existence de soi et l'existence de soi par la conscience de l'existence de l'autre. Faire reconnaître sa conscience à l'autre fait partie de sa propre existence et exister ne peut se faire sans l'autre, car si je suis isolé dans l'univers, si l'autre ne me reconnaît pas comme ayant une existence propre, cela s'avère... invivable!
 
    Or, dans les relations avec l'autre, être et avoir conduit au conflit. Combattre pour être et avoir, c'est exister. Mais exister suppose l'existence de l'autre, car il est la base de ma définition de moi-même. Sans l'autre, je n'ai pas d'identité. Mais si je m'identifie totalement à l'autre, si ce que je suis et ce que j'ai sont totalement ce qu'est et ce qu'a l'autre, alors mon identité n'est tout simplement pas.
Penser l'altérité, c'est aussi penser l'identité. Si je combats impitoyablement, inversement, l'autre, et vise à le détruire,  je ne suis pas non plus, car son existence même - passée, présente et future - constitue le préalable de ma propre existence.  Si je détruis l'être et l'avoir de l'autre, je me détruis aussi, et pourtant dans l'entreprise de mon identification propre, je peux passer toute mon existence à tenter de détruire totalement l'autre. Et paradoxalement, si j'y parviens, je me détruis moi-même puisque une partie au moins de mon être et de mon avoir vient de son existence physique ou morale.
Cela parait abstrait, mais il suffit de remplacer "autre" par "père", "mère", "frère", "ami", "compagnon" ou "compagne" pour se rendre compte du concret de la chose. On peut penser aussi que les réflexions qui précèdent "poussent le bouchon un peu loin", mais c'est ce qui se passe effectivement, dès la première étincelle de conscience, si l'on en croit les acquis de la psychologie et de la psychanalyse.
Bien des philosophes, DESCARTES, KANT, HEGEL, RENOUVIER, SCHELER, HEIDEGGER, SARTRE, LEVINAS, RICOEUR, comme FENELON, MERLEAU-PONTY et bien d'autres ont écrit sur l'altérité. D'une manière ou d'une autre, ils ont tenté de cerner ce qui faisait l'altérité et l'identité.
Et même si tous n'ont pas relié cette notion au conflit, du moins directement, les implications d'une grande partie de leur philosophie y mènent. Le propos de ce qui précède n'est maladroitement qu'une énième tentative de le faire.
                                                                        
PHILUS

 

Partager cet article

Repost0
13 février 2008 3 13 /02 /février /2008 13:34

     Discuter du conflit, c'est aborder toutes les facettes  du conflit. Non pas d'un conflit en particulier, comme le conflit israélo-arabe ou le mouvement social provoqué par une déclaration médiatique à propos de la suppression de la publicité dans les chaînes publiques de télévision, mais du conflit.
      D'où vient-il? Quelles formes prend-t-il? Est-il une nécessité inhérente à la vie? S'il a une utilité et correspond à une nécessité, comment faire pour qu'un conflit ne dépasse pas la coopération tout simplement nécessaire à la vie en collectivité ou à la vie elle-même? Peut-on définir des intensités de conflits, des échelles de conflictualité?

La notion du conflit renvoie au niveau où il se situe, entre personnes, à l'intérieur d'une personne, entre grands ensembles sociaux. Existe t-il des relations entre ces niveaux? Quelles ont-elles? Conflits entre humains, bien sûr, mais entre animaux, entre végétaux, entre minéraux?  Si notre civilisation se penche tellement sur l'étude des conflits, par quelles philosophies le fait-elle? Notre société médiatisée nie t-elle ou amplifie t-elle les conflits?
   Voilà bien des questions - ici exprimées de façon basique - sur le conflit.
   Je voudrais exposer des idées sur toutes les formes de conflit, apporter des pistes de réflexion, ouvrir des portes de ressources écrites ou audio-visuelle pour la compréhension du conflit. Le conflit a bien des aspects, philosophiques, religieux, sociologiques, artistiques, économiques, et rarement il est seulement philosophique, religieux, sociologique, artistique ou économique. Placer un conflit dans une catégorie limite parfois sa compréhension, même s'il faut bien commencer la réflexion à un point de départ. Mais souvent, le point d'arrivée, celui qui mène à une résolution ou à une modification de ses tenants et aboutissants, est bien proche du point de départ...
  J'y réfléchis depuis de nombreuses années et je le fais aujourd'hui sans attache particulière à une Eglise ou à un Parti, sans être dupe de mes propres préférences. Je suis très éloigné, par exemple, d'une sociologie française dominante, telle qu'on peut la comprendre à la lecture d'un Dictionnaire Critique de Sociologie, publié aux Presses Universitaires de France.
  Cette réflexion sur le conflit est toujours nécessaire, particulièrement quand certains Etats possèdent toujours le moyen de détruire plusieurs fois notre planète.
  Y-a-t-il une place pour une conflictologie?

    Je propose de mener ce blog par des articles - très peu d'images, ou ce sera pour beaucoup plus tard - qui examinent une notion, un auteur, une oeuvre, pour dérouler, en une sorte de toile d'araignée en plusieurs dimensions, un savoir sur le conflit. Sans prétention, mais sans fausse modestie, comme un citoyen ordinaire, même si nous ne sommes pas dans un monde qu'on pourrait qualifier d'ordinaire. Petit à petit, tisser cette toile, non pour y effectuer une sorte de masturbation intellectuelle très élaborée, comme on en trouve beaucoup dans l'édition - même si la masturbation intellectuelle a parfois du bon! - mais pour réellement apporter une contribution que j'espère pertinente à l'amélioration de la condition humaine, un peu à la manière des Encyclopédistes des Lumières.

 

PHILIUS

Partager cet article

Repost0

Présentation

  • : LE CONFLIT
  • : Approches du conflit : philosophie, religion, psychologie, sociologie, arts, défense, anthropologie, économie, politique, sciences politiques, sciences naturelles, géopolitique, droit, biologie
  • Contact

Recherche

Liens