Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
28 février 2017 2 28 /02 /février /2017 14:59

   L'homme d'Etat d'Afrique du Sud Nelson Rolihlahla MANDELA, l'un des dirigeants historiques de la lutte contre le système politique institutionnel de ségrégation raciale (apartheid), avant de devenir président de la République de 1994 à 1999, s'inspire tout au long de sa vie de principes de résistance non violente. Son influence dans la culture populaire et dans la vie politique de son pays comme à l'étranger provient surtout de son action, plus sans doute de ses écrits à proprement parler. 

   C'est surtout sur le tard que sont publiés ses écrits, à partir des années 1990, comme The Illustrated Long Walk to Freedom (Un long chemin vers la liberté) de 1996. De nombreux ouvrages sont composés de recueil de lettres écrites lorsqu'il était dans la clandestinité, de discours, d'articles et de retranscription des procès. Bien plus importante est la bibliographie portant sur l'action et la pensée de Nelson MANDELA, avec ou sans son aval ou son autorisation, en très grande partie favorable. La plupart de ses écrits, sauf après la prise du pouvoir à la présidence de la République, ont été rédigés en prison ou dans la clandestinité, comme les textes publiés dans son ouvrage le plus connu, Un long chemin vers la liberté, qui pour les premiers datent de 1974...

   On peut distinguer, dans cette vaste bibliographie, qu'elle se constitue de ses propres écrits ou non, trois grandes périodes qui sont celles de sa vie de combat, comme le fait Benoit DUPIN : 

- Du Transkei à l'African National Congress, où l'essentiel de ses écrits est consacré à la vie de cette organisation et des luttes entreprises ; en gros de 1941 à 1960. C'est en 1941 qu'il adhère à l'ANC fondée en 1912 et où il lutte dans un groupe (Ligue des jeunes...) rassemblant également W. SISULU, Olivier TAMBO, Anton LEMBEDE,  Ashby MDA... On se réfère souvent à la Charte de la liberté (document programme pour une nouvelle société sud-africaine démocratique et multiraciale), rédigée en 1955 par ce groupe ayant pris le pouvoir à l'ANC.

- La période du combat de l'ombre et de la prison, de trente ans, de 1960 à 1990, caractérisée par une double lutte, contre le pouvoir blanc de Prétoria et contre les partisans d'une lutte violente contre le régime de l'apartheid. Cette période est surtout connue en Occident par les émeutes de Soweto de 1976 et la révolte des tonwships de 1985-1986 qui renouvellent d'ailleurs, dans le sens voulu par les partisans de Nelson MANDELA, les méthodes de lutte.

- La période de la présidence de la République, de 1991 à 1999, où il exerce cette fonction. Son action est surtout caractérisée par une politique dite de réconciliation nationale, où à travers notamment une Commission Vérité et réconciliation, il s'agir de garder la mémoire de l'apartheid tout en se tournant vers l'avenir d'une nation multiraciale.

Il reste actif après sa présidence, notamment comme médiateur sur la scène internationale (conflit burundais notamment...).

    Jeune militant à la Ligue de la jeunesse, il est très impressionné   par la campagne non-violente menée de 1946 à 1948 par la communauté indienne, en réaction au Ghetto Act restreignant les libertés de déplacement des Indiens. Dans Un long chemin vers la liberté, il écrit notamment : "Cette campagne est devenue un modèle pour le genre de manifestations que nous défendions à la Ligue de la jeunesse. Elle avait donné un esprit de défi et de radicalisation aux gens, elle a supprimé la peur de la prison. Ils nous rappelaient que la lutte pour la liberté ne consistait pas seulement à faire des discours, à tenir des meetings, à faire passer des résolutions et à envoyer des délégations : il fallait aussi une organisation méticuleuse, des actions militantes de masse. (...) La campagne indienne faisait écho à la campagne de résistance passive de 1913 dans laquelle le Mahatma Gandhi, à la tête d'une foule d'Indiens, avait traversé la frontière entre le Natal et le Transvaal. (...) C'était l'histoire ; cette dernière campagne s'était déroulée sous mes yeux." 

Quand apparurent les lois interdisant les mariages mixtes et les relations sexuelles entre Blancs et Non-Blancs, l'ANC entreprend un effort décisif pour se transformer en une véritable organisation de masse. "A la ligue de la jeunesse nous avions vu l'échec des moyens légaux et constitutionnels de lutte contre l'oppression raciale. (...). Nous avons expliqué qu'à notre avis le temps était venu des actions de masse en prenant exemple sur les manifestations non-violentes de Gandhi, en Inde, et la campagne de résistance passive de 1946. (...) Les responsables de l'ANC, avions-nous dit, devaient accepter de violer la loi et, si nécessaire, d'aller en prison pour leurs convictions, comme l'avant fait Gandhi."

A la direction de l'ANC, en 1962, accède l'énergique Albert LUTHULI. "Le programme d'action approuvé à la conférence annuelle appelait à exiger des droits politiques par les boycotts, les grèves, la désobéissance civile et la non-coopération. En outre, il appelait à une journée de grève nationale pour protester contre une politique raciste et réactionnaire du gouvernement. Il marquait une rupture avec l'époque des manifestations convenables." 

Noirs et indiens organisent ensemble la grande campagne non-violente de 1952 pour l'abolition des "six lois d'apartheid". Cependant, et ce sera le cas tout au long de la lutte contre le racisme institutionnel, les opinions concernant la non-violence ne sont pas unanimes : "Certains défendaient la non-violence sur des bases purement morales, en affirmant qu'elle était moralement supérieure à toute autre méthode. Cette idée était fermement défendue pas Manilal Gandhi, le fils du Mahatma et directeur du journal Indian Opinion, qui était un membre éminent du SAIC (South African Indian Congress). Avec son comportement très doux, Manilal Gandhi semblait la personnification même de la non-violence, et il insistait pour que la campagne suive une voie identique à celle de son père en Inde. 

D'autres disaient que nous devions aborder la question non sous l'angle des principes, mais sous celui de la tactique, et que nous devions utiliser la méthode qu'exigeaient les conditions. Si une méthode particulière nous permettait de vaincre l'ennemi, alors il fallait l'employer. (...) La non-violence devenait plus une nécessité qu'un choix. Je partageais ce point de vue et je considérais la non-violence du modèle de Gandhi non comme un principe inviolable mais comme une tactique à utiliser quand la situation l'exigeait. La stratégie n'était pas à ce point importante qu'on dut l'employer même si elle menait à la défaite, comme le croyait Gandhi. C'est cette conception qui a prévalu malgré les objections obstinées de Manilal Gandhi".

C'est ainsi que Nelson MANDELA soutient pleinement, après le massacre de Sharpeville de 1960, l'engagement de l'ANC dans la voie de la violence organisée. Il se voit confier la tâche d'organiser une armée qui prend le nom de Umkhonto we Sizwe (MK - la lance du peuple). Cette organisation, sous son égide, exclut la guérilla et le terrorisme pour développer le sabotage. Qui a pour avantage, selon lui, d'épargner le sacrifice de vies humaines et de ne requérir à chaque fois qu'un tout petit nombre de personnes. "Notre stratégie, ecrit-il encore, consistait à faire des raids sélectifs contre des institutions militaires, des centrales électriques, des lignes téléphoniques, et des moyens de transport ; des cibles, qui non seulement entravaient l'efficacité militaire de l'Etat, mais qui en plus effraieraient les partisans du parti national, feraient fuir les capitaux étrangers et affaibliraient l'économie. Nous espérions ainsi amener le gouvernement à la table des négociations. On donna des instructions strictes aux membres de MK : nous n'acceptions aucune perte de vies humaines."

Ce sera toujours la ligne que défend Nelson MANDELA, avec bien d'autres, comme Steve BIKO, même dans le cycle de répression et de non-collaboration des années 1980. C'est l'action conjuguée de mouvements de non-collaboration et de boycott international, économique et politique, du pouvoir blanc, qui mène l'ANC à la victoire et à la tête du pays. Constamment Nelson MANDELA, qui connait bien les principes d'exercice du pouvoir, fils de chef qu'il est et militant rompu à la clandestinité qu'il est également, défend la tactique non-violente dans un combat non seulement contre le pouvoir raciste blanc mais également contre des partisans de l'insurrection armée présent autant dans des organisations noires que dans des organisations de métis, dans le centre de l'Afrique du Sud ou dans les bantoustans, ces Etats fantoches que le pouvoir blanc crée afin de juguler les résistances.

Il se considère d'ailleurs comme adepte de la philosophie d'ubuntu, avec laquelle il a été élevé. ce mot des langues bantoues non traduisibles directement exprime la conscience du rapport entre l'individu et la communauté et est souvent résumé par MANDELA avec le proverbe zoulou "qu'un individu est un individu à cause des autres individus". Cette notion de fraternité implique compassion et ouverture d'esprit et s'oppose au narcissisme et à l'individualisme. Il l'explique dans une video : "Respect. Serviabilité. Partage. Communauté. Générosité. Confiance. Désintéressement. Un mot peut avoir tant de significations". Ubuntu marque la constitution de 1993 et la loi fondamentale de 1995 sur la promotion de l'unité nationale et de la réconciliation. C'est à la fois une notion philosophique et une notion historique, l'invasion des colons blancs qui dépossèdent le peuple Xhosa de ses terres et de sa société démocratique coïncidant avec la perte de l'ubuntu ancestral (Anthony SAMPSON, Mandela, The Autorized Biography, New York Times)

Nelson MANDELA revient souvent à la fois sur ses convictions et sur son action dans plusieurs autres ouvrages, notamment dans Conversations avec moi-même, Préceptes de paix des Prix Nobel ou le temps est venu. Dans conversations avec moi-même, publié en 2010, il livre des lettres de prison, des notes et des carnets intimes.

 

Nelson MANDELA, Un long chemin vers la liberté, Fayard, 1995, réédité en 2003. 

Vincent ROUSSEL, La lutte contre l'apartheid en Afrique du Sud, dans Alternatives Non Violentes n°119,120, Été-automne 2001. Benoit DUPIN, Mandela Nelson, dans Encyclopedia Universalis. 

   

Repost 0
Published by GIL - dans AUTEURS
commenter cet article
27 février 2017 1 27 /02 /février /2017 12:58

   Les luttes idéologiques sont souvent marquées par des éléments de référence. Si ce qu'on a appelé la querelle des Anciens et des Modernes en Occident, est souvent vivifiée par la redécouverte ou la découverte d'anciens auteurs ou d'anciennes oeuvres, par exemple au XVIIème siècle en littérature, il existe dans nombre de débats une querelle non seulement de références, mais également d'interprétation des références. Anciens, Modernes, Post-modernes, post-post-modernes sont parfois des étiquettes utilisées soit à titre positif pour certains, reprochées, à titre négatif pour d'autres... Souvent, de même que des groupes "jouent" à être plus révolutionnaires que les autres, des groupes s'affirment plus modernes que leurs adversaires. On peut même penser que l'usage immodéré de ces étiquettes a tendance à brouiller les termes réels des débats. Plus moderne que moi tu meurs, diraient certains en langage osé et/ou "vulgaire". A l'inverse, on peut opposer des traditions anciennes pour dénoncer des dérives modernes... A ce jeu, maints intellectuels se sont livrés, en littérature comme en politique, en sciences humaines et parfois, en sciences physiques... Mais il est toutefois intéressant de décortiquer de semblables débats : faire référence à des traditions antiques n'est pas forcément l'apanage de groupes ou de mouvements conservateurs, ce peut-être aussi, de manière paradoxale et sans doute à corps défendant des doctrines originelles, un élément de contestation de l'ordre établi à des fins progressistes...

   Pour François TRÉMOLIÈRES, professeur de littérature française du XVIIème siècle à l'université de Rennes 2 "historiquement, et particulièrement pour le lecteur français, l'expression "Anciens et Modernes" renvoie à une fameuse querelle littéraire, sous le règne de Louis XIV, entre partisans de la supériorité des Anciens, les auteurs de l'Antiquité, et leurs adversaires, convaincus d'un progrès dans les arts qui donne nécessairement au temps présent l'avantage sur le passé. Paradoxes : alors que les premiers sont aujourd'hui communément considérés comme les grands écrivains de leur époque (Racine au premier rang) et donc les plus représentatifs de cette dernière, il ne fait guère de doute que la conception opposée a durablement dominé les esprits, jusqu'à l'exigence rimbaldienne : "il faut être absolument moderne". Cet impératif de la modernité, serait-il vécu contradictoirement par ceux qu'Antoine Compagnon (historien de littérature française né en 1950) a appelé "les Antimodernes" - à commencer par celui qui a imposé le terme : Baudelaire -, fait de la littérature et des arts plastiques le laboratoire d'un "temps moderne" (Levent Yilmaz, Le temps moderne, Gallimard, 2005) qui est encore le nôtre, c'est-à-dire un temps de l'histoire, du devenir, et non plus de la renaissance ou de l'imitation. La conception progressiste a triomphé avec la notion d'avant-garde et l'esthétique radicale d'un Clement Greenberg (1909-1994, critique d'art et polémiste américain). Lui résistent les tentatives réitérées d'un "classicisme moderne" (dont le néo-classicisme) et pour finir, l'expression philosophique d'une condition "postmoderne" (Jean-François Lyotard) avec ses innombrables avatars artistiques. Souligner le sens que l'on peut dire archéologique de la Querelle des Anciens et des Modernes, c'est montrer tout l'intérêt de son étude, aussi bien dans le champ littéraire (Boileau contre Perrault, la querelle du merveilleux chrétien, la querelle d'Homère) que dans le champ artistique (Fréart de Chambray).

   Le même auteur précise que le terme "moderne" est calqué sur le latin modernes, ce qui est "à la mode". Il peut être employé de manière dépréciative, pour qualifier l'éphémère et partant le superficiel, la valeur étant dans ce cas associée à la durée, voire à l'éternité. C'est ainsi que Pétrarque (1304-1374), par exemple, appelait Modernes les doctes de son époque, trop imprégnés du latin de la scolastique et pas assez des belles-lettres de l'Antiquité. Mais avec les Temps dits modernes (soit, dans la terminologie des historiens, la période qui va de la Renaissance à la Révolution française) s'affirme une supériorité du présent sur le passé : celle des mathématiciens, physiciens, chimistes (Descartes, Galilée, Newton, Lavoisier), d'accord avec Pétrarque, paradoxalement, pour rejeter dans les ténèbres du Moyen-Age la science qui les a précédés. Ainsi Pétrarque a-t-il mérité le nom de "premier moderne" (Renan), en se plaçant dans un entre-deux du temps et, selon ses propres mots, "aux confins de deux peuples, regardant à la fois en avant et en arrière". Cette ambivalence se retrouve dans un lieu commun énoncé dès le XIIème siècle, et attribué à Bernard de Chartres (vers 1130-1160) : "nous sommes des nains juchés sur les épaules de géants". Faut-il y lire la supériorité des Modernes, qui voient plus loin que les Anciens? ou au contraire leur nécessaire infériorité, qu'ils ne compensent que grâce à ceux-là même qu'ils ne pourront jamais égaler?"

   Dans l'histoire de la philosophie politique, écrit Philippe REYNAUD, "l'opposition entre les "Anciens" et les "Modernes" constitue un thème rémanent, qui permet de mettre en forme de manière frappante les critiques les plus vives contre la modernité politique (moins civique ou moins "prudente" que la politique classique) ou, au contraire, plus rarement, pour glorifier l'émancipation moderne contre les nostalgiques de la citoyenneté ou de la philosophie antiques. Dans la période récente, la "querelle des Anciens et des Modernes" a connu une nouvelle vigueur, car elle met en jeu les expériences politiques du XXème siècle (le totalitarisme, mais aussi les difficultés de la "démocratie libérale") et les fondements de la compréhension moderne de la politique et du droit, dont nous restons les héritiers." L'auteur s'attache surtout, au lieu de se livrer à une analyse exhaustive des différentes formes de cette querelle, sans doute d'ailleurs est-il difficile de la faire, tant les éléments de débats se ramifient, de dégager quelques thèmes permanents de controverse avant d'analyser ce qu'il prend pour les deux plus grandes tentatives contemporaines de critique de la modernité, à partir des points de vue d'Hannah ARENDT et de Leo STRAUSS.

    Pour le même auteur, cette opposition entre les "Anciens" et les "Modernes" "est sans doute un thème majeur de la pensée politique et de la philosophie du droit contemporain ça elle permet de donner une présentation élégante et claire de quelques-uns des principaux débats qui divisent les théoriciens du droit. Du côté des tenants des "Anciens", dont le plus cohérent et le plus profond, chez les théoriciens du droit, est sans doute le philosophe français Michel Villey, la défense du "droit naturel" antique (c'est-à-dire en fait surtout Aristote) est avant tout le moyen de faire apparaitre les difficultés constitutives du droit "moderne" tel qu'il s'est formé à travers la croissance parallèle du droit public étatique et du droit privé libéral : la philosophie d'Aristote échappe à l'oscillation entre le positivisme juridique et le moralisme abstrait qui caractérise la "modernité", et elle permet de fonder de manière satisfaisante la distinction entre le droit et la morale, grâce à une conception large de la "nature" qui fait droit à la diversité des situations juridiques et des critères de justice sans pour autant verser dans le relativisme (Philosophie du droit, Dalloz, 1978-1979). Chez les meilleurs avocats des "modernes, la référence aux "Anciens" apparait au contraire comme un leurre et comme un rempart illusoire contre les tentations "nihilistes" ou "anti-juridiques" qui ont marqué, parfois tragiquement, l'histoire politique moderne et contemporaine : le droit naturel des Anciens est pour eux irrémédiablement marqué par une cosmologie "hiérarchique" dans laquelle l'esprit ne peut plus se reconnaitre, et, surtout, il est incapable de faire droit aux exigences universalistes qui sont apparues avec les doctrines des droits de l'homme et qui constituent aujourd'hui (?) l'horizon de toute réflexion juridique (Luc Ferry, Philosophie politique, I, La nouvelle querelle des Anciens et des Modernes, PUF, 1984 ; Renaut et Sosoe, Philosophie du droit, PUF, 1992). 

Mais, ajoute-t-il, "il est vrai aussi que le débat entre Anciens et Modernes ne sauraient se réduire à une opposition entre deux conceptions du "droit naturel" (ou entre la nature et la liberté) : à l'intérieur même de la pensée moderne, en effet, les références à la philosophie, à la politique ou au droit des "Anciens" sont souvent, d'un côté, un moyen privilégié de critiquer la "positivité" au nom d'un idéal civique resté vivant, et de l'autre, un instrument puissant pour faire apparaitre les limites des conceptions "modernes", et de fonder ainsi une auto-critique de la modernité sans pour autant la renier. La première voie, qui fut celle de Machiavel, de Rousseau et du jeune Hegel, joue un rôle majeur dans la constitution du "républicanisme" moderne qui fait parfois figure d'alternative au libéralisme ; la deuxième se rencontre chez des auteurs comme Leibniz, Vico ou encore le Hegel des Principes de la philosophie du droit, qui reprennent des éléments importants de l'héritage aristotélicien tout en faisant une place à certaines techniques juridiques anciennes, dans le cadre général d'une philosophie qui fait droit à la découverte moderne de la subjectivité et qui, comme c'est le cas chez Hegel, s'efforce à la fois de penser les droits de l'individu et de fonder l'autorité de l'Etat moderne.

Ajoutons, enfin, qu'aucune philosophie ou aucune doctrine du droit qui prétend réellement penser son objet ne peut durablement s'en tenir à une simple opposition entre Anciens et Modernes, puisque, en fait, chacune des deux parties doit ici s'efforcer, sinon de faire droit aux prétentions de son adversaire, du moins d'en prendre compte : les amis des Anciens doivent pouvoir montrer que leurs concepts restent féconds pour interpréter le droit et la politique modernes (et non pas seulement pour les critiquer) et les plus radicaux des Modernes doivent pour le moins, s'ils veulent rester fidèles à leur programme rationaliste et universaliste reconnaitre un sens autre qu'historique aux conceptions antiques de la justice et du droit."

   Au bout de ces deux présentations d'ensemble, côté littérature, côté philosophie politique et côté droit, on voit bien que la querelle des Anciens et des Modernes vise tout autre chose que la défense du présent par rapport au passé ou de la suprématie des auteurs anciens sur les auteurs actuels. Les auteurs antiques, à l'occasion souvent de leur redécouverte ou de leur découverte (ouvrages oubliés retrouvés, circulation d'idées nouvelles, souvent par l'intermédiaire d'autres aires de civilisation ou de culture...), servent d'appui et alimentent en même temps un débat intellectuel qui est aussi un combat politique et culturel entre diverses parties de la société (des lettres et même au-delà...), dans le cadre - souvent- d'une remise en question ou d'une remise en cause de théories et de pratiques comme des pouvoirs qui s'appuient sur elles. C'est pourquoi il est facile de s'embrouiller, surtout si l'on est pas un érudit averti. C'est qu'il faut chercher derrière les apparences référentielles les ressorts des luttes passées, récentes et futures... Et ceci d'autant plus que nous n'avons aucune (mais vraiment parfois aucune du tout!) idée de ce que pouvaient dans l'Antiquité signifier en termes d'enjeux de pouvoirs, tous ces écrits dont on voit les gloses savantes. L'essentiel n'est finalement pas de savoir ce que ces textes signifiaient pour leurs contemporains (il faudrait pour cela avoir accès à tant d'ouvrages maintenant détruits...), mais de comprendre comment ils nous parlent aussi de problèmes récurrents pour notre espèce...

 

 

Philippe REYNAUD, Anciens et Modernes, dans Dictionnaire de culture juridique, PUF Lamy, 2003 et dans Dictionnaire de philosophie politique, PUF, 1996. François TRÉMOLIÈRES, Anciens et Modernes, dans Encyclopedia Universalis, 2014.

 

PHILIUS

 

Repost 0
24 février 2017 5 24 /02 /février /2017 12:26

     La protestation nonviolente et la persuasion font partie d'une des trois méthodes d'action non-violente avec les actions destinées à suspendre la coopération et les méthodes de perturbation. Elles constituent souvent le premier échelon d'une escalade dans l'utilisation de méthodes non-violentes contre une injustice ou une situation. Elles sont surtout symboliques et peuvent être utilisées dans le cadre d'une campagne massive d'information. L'emploi de ces méthode, explique Gene SHARP, "indique que les résistants sont pour ou contre quelque chose, montre si l'opposition est importante ou populaire, et parfois le nombre de participants.

Ces méthodes, poursuit-il, auront un impact à des niveaux divers sur les attitudes des observateurs. Une méthode courante aura peut-être moins d'influence dans un cas isolé que si on l'applique dans un lieu où elle est rare ou nouvelle. Les conditions politiques dans lesquelles cette méthode intervient auront aussi une influence sur son impact. Sous une dictature, un acte de protestation non-violente risque d'être plus rare et dangereux. En conséquence cet acte, s'il se produit, sera plus spectaculaire et recevra plus d'attention que s'il était courant ou n'exposait pas ses auteurs à des sanctions. Le message peut servir à influencer l'adversaire, le public, le groupe de revendication ou une combinaison des trois. Pour tenter d'influencer l'adversaire, on s'applique en général à le convaincre de mettre fin à certains actes ou de faire ce que souhaite le groupe de revendication. On peut aussi choisir des méthodes de protestation non-violente et de persuasion pour faciliter une autre méthode ou l'application ultérieure d'autres méthodes, en particulier les formes de non-coopération."

Gene SHARP esse une liste de 54 méthodes de protestation non-violente et de persuasion, regroupées en 10 sous-catégories :

- Déclarations formelles : Discours publics, Lettres d'opposition ou de soutien, Déclarations par des organisations et institutions, Déclarations publiques signées, Déclaration d'accusation et d'intention, Pétitions de groupe ou de masse.

- Communications avec un public plus large : Slogans, caricatures et symboles (écrits, peints, imprimés, répétés, mimés, gestes), Banderoles, affiches, inscriptions, Prospectus, brochures et livres, Journaux et revues, Disques, radio et télévision, Messages écrits dans les airs ou au sol.

- Représentations de groupe : Délégations, Fausses remises de prix, Groupes de pression, Piquets, Fausses élections.

- Actes publics symboliques : Déploiement de drapeaux et de couleurs symboliques, Port de symboles (pins, badges militants), Prière et culte, Remise d'objets symboliques, Déshabillage de protestation, Destruction de ses propres biens (maisons, documents, papiers d'identité...), Lumières symboliques (flambeaux, lanternes, bougies). Exposition de portraits, Peinture contestataire, Nouveaux panneaux et/ou noms symboliques dans les rues, Bruits symboliques ("airs symboliques" à l'aide de sifflets, cloches, sirènes, vaisselles...), Réappropriations symboliques (saisie de terres ou de bâtiments), Gestes grossiers.

- Pressions sur les individus : "Hanter" des officiels (en les suivant partout, en leur rappelant quelque chose ou en restant silencieux et respectueux), Railler les officiels (se moquer d'eux ou les insulter), Fraterniser (soumettre les personnes à une influence directe intense pour les convaincre que le régime qu'elles servent est injuste), Organiser des veilles.

- Spectacle et musique : Sketchs satiriques et farces, Spectacles de théâtre et concerts, Chants.

- Processions : Défilés, Parades, processions religieuses, Pèlerinages, Défilés de véhicules.

- Hommage aux morts : Deuil politique, Fausses funérailles, Funérailles de protestation, Hommages sur des lieux de sépulture.

- Assemblées publiques : Assemblées de protestation ou de soutien, Rassemblements de protestation, Rassemblements camouflés de protestation, Cours publics avec plusieurs intervenants spécialisés.

- Retraits et renonciations : Abandon de poste, Silence, Refus de récompense, Tourner le dos.

  Toutes ces actions symboliques font partie, on la aura compris, de la panoplie d'expression des opinions publiques, panoplie qui, à force d'expériences, est souvent utilisée à l'écart de toute violence et qui, elle-même, est ou fut l'objet de combats pour sa libre expression. Quand ces actions symboliques sont utilisées pour la première fois ou bravent des interdits officiels spécifiques ou généraux (dans le cas d'état d'urgence ou d'état de siège par exemple...), elles possèdent plus d'impact que lorsqu'il s'agit en fait d'expressions si banalisées qu'il faut réellement qu'elles soient mises en musique dans une solide campagne d'information pour être efficaces.

  Jean-Marie MULLER indique bien que la prise de parole est le premier temps d'une action non-violente. "La résignation est faite essentiellement de silence et la première complicité avec l'injustice est de se taire devant elle. Dès lors, la première action de non-coopération avec une injustice est de rompre avec la majorité silencieuse en prenant la parole sur la place publique. Cette prise de parole est déjà une prise de pouvoir. Elle brise le monopole de la parole que les puissants tendent à acquérir. car ce qui fait la force des pouvoirs publics, c'est le silence des majorités.

Ainsi, poursuit-il, la stratégie de l'action non-violente s'efforce t-elle de mettre en oeuvre la force subversive de la parole. Elle vise à créer un débat public contradictoire qui mette à jour les sophismes et les mensonges des discours qui cartonnent et justifient le désordre établi. 

Une manifestation publique organisée dans la rue est précisément une prise de parole collective par des citoyens qui entendent exercer leur droit à la parole. Concrètement, cette prise de parole publique peut s'exprimer par des tracts, des affiches - "faire parler les murs" -, des banderoles, des pancartes et des slogans. Pour l'efficacité même de la manifestation, il est essentiel que la parole qui l'accompagne demeure non-violente. Le but d'une manifestation est de convaincre ceux qui ne manifestent pas de la justesse à la fois de la dénonciation et de la revendication qu'elle veut exprimer. Or la réceptivité de l'opinion publique est beaucoup plus forte à l'égard d'une manifestation qui s'exprime par une parole non-violente plutôt que par des cris violents. Le langage de la révolte se complait dans l'injure et l'insulte à l'encontre de l'adversaire, mais le cri n'est qu'une parole inarticulée et par conséquent incompréhensible. C'est une erreur de penser qu'une parole est d'autant plus forte qu'elle est plus violente. l'une commence où l'autre cesse. Une parole qui devient violence commence à se nier comme parole. La force de frappe d'une parole vient de sa justesse et non de sa violence. C'est pourquoi l'une des exigences fondamentales de la non-violence est la pacification de la parole.

Dans une stratégie non-violente, la parole et l'action se renforcent l'une l'autre, l'action soulignant la signification de la parole et réciproquement. Au plus fort de la lutte, on peut dire encore que la parole devient action et que l'action devient parole.

Ainsi, les méthodes de l'action non-violente ont-elles, à l'égard du public qui regarde et écoute, une puissance pédagogique et éducative beaucoup plus forte que celle des méthodes de l'action violente. Tandis que la manifestation violente risque fort de n'être qu'un monologue bruyant et confus devant un public qui reste étranger à l'action qui se déroule devant lui mais sans lui, la manifestation non-violente peut devenir un véritable dialogue avec le public qui, déjà, participe à l'action."

  Tous les organisateurs de manifestation connaissent bien les ressorts de cela, au point que tout le monde syndical se dote à chaque manifestation d'un service d'ordre afin d'empêcher que la violence ne couvre leur argumentation. Les pouvoirs publics qui veulent dénigrer une manifestation savent également que le meilleur moyen de saboter l'objectif d'une manifestation est de laisser faire ou même de susciter des désordres violents en son sein, et même devant elle si possible. Les pouvoirs qui soutiennent les injustices savent très bien qu'il s'agit avant tout de rendre la parole inaudible, et de faire concentrer l'attention sur les violences. La violence est spectaculaire et elle tend à rendre les citoyens spectateurs, au détriment de leur possibilités d'acteurs.

 

Jean-Marie MULLER, Lexique de la non-violence, ANV/IRNC, 2ème trimestre 1988. Gene SHARP, La lutte nonviolente, écosociété, 2015.

 

PAXUS

 

 

 

Repost 0
21 février 2017 2 21 /02 /février /2017 13:50

     Cette expression un peu brute provient du fait que, dans une société, chacun et tous participent, par action ou par omission d'action, à son fonctionnement et entretiennent ses structures, quelles qu'elles soient, surtout dans une société qui sa vante d'être démocratique. L'idée de ne pas participer à un fonctionnement injuste, quel que soit l'injustice en question, de ne pas coopérer à l'injustice, ne se résume pas à un retrait de la société, solution adoptée par nombre de groupes dans l'histoire, mais d'organiser une non-coopération qui transforme la société. Eloignée de toute idée de neutralité et de toute idée de prise de pouvoir et surtout d'insurrection violente (ce qui parfois revient seulement à faire fonctionner la même injustice au profit d'un autre groupe social...), l'idée de non-coopération fait partie du corpus de la non-violence.

C'est ce qu'explique par exemple Jean-Marie mULLER : "Le principe essentiel de la stratégie de l'action non-violente est celui de non-coopération. Il repose sur l'analyse suivante : dans une société, ce qui fait la force des injustices du désordre établi, c'est la complicité, c'est-à-dire la coopération volontaire ou passive de la majorité silencieuse des citoyens.  La résistance non-violente vise à rompre cette complicité par l'organisation d'actions collectives de non-coopération avec les structures sociales, économiques ou politiques qui engendrent et maintiennent ces injustices.

Les puissants qui veulent imposer leur bon vouloir, continue-t-il, à un groupe social ou à une collectivité politique ont pour principal pouvoir celui que leur donne ceux qui, bon gré mal gré, coopèrent avec eux. Il s'agit, dès lors, d'organiser la résistance en appelant chaque membre de ce groupe ou de cette collectivité à retirer son soutien aux responsables d'une injustice donnée., les privant ainsi des concours dont elles ont besoin pour assurer leur domination. la contrainte devient effective à partir du moment où les actions de non-coopération parviennent à tarir les sources du pouvoir de l'adversaire qui n'a plus les moyens de se faire respecter et obéir. Ainsi, un nouveau rapport de force peut-il s'établir qui permet aux résistants de faire reconnaitre leurs droits.

Dans cette perspective, la stratégie de l'action non-violente vise à organiser des actions de non-collaboration avec les institutions, les structures, les idéologies, les régimes, les Etats qui portent atteintes aux libertés et aux droits de l'homme. L'objectif à atteindre est de paralyser les rouages essentiels des divers mécanismes d'exploitation ou l'oppression afin de rétablir l'ordre. Dans un premier temps, cette non-coopération peut s'organiser dans le cadre même de la légalité. Il s'agit d'épuiser toutes les possibilités qu'offrent les moyens légaux dans le fonctionnement normal des institutions démocratiques de la société. Mais lorsque celle-ci n'offre plus de moyens permettant de combattre efficacement l'injustice, alors la résistance non-violente doit s'engager dans des actions de désobéissance civile."

  Gene SHARP considère la non-coopération, à côté de la protestation non-violente et persuasion et de l'intervention non-violente, comme la seconde catégorie, extrêmement vaste, de méthode d'action non-violente. Celle-ci peut prendre des formes sociales, économiques et politiques. "Par ces méthodes, les gens refusent de poursuivre leur coopération habituelle ou d'entamer une nouvelle coopération. Par sa nature, l'effet de cette non-coopération perturbe davantage les relations établies et le système de fonctionnement que ne le feraient les méthodes de protestation non-violente et de persuasion. L'ampleur de cette perturbation dépend du système où se produit l'action, de l'importance de l'activité où les gens refusent de s'engager, du mode de non-coopération utilisée, de quels groupes refusent leur coopération, du nombre de personnes impliquées, et de combien de temps peut durer la non-coopération."

La non-coopération, poursuit-il, englobent entre autres "le boycott social, l'excommunication, la grève étudiante, le restez-chez-soi et la disparition collective". 

Il groupe les formes de non-coopération économique en boycotts économiques et grèves de travailleurs. La non-coopération politique est une sous-catégorie de la non-coopération, "encore plus vaste" "On y trouve la retenue ou le retrait d'allégeance, les boycotts d'élection, les boycotts d'emplois ou de postes gouvernementaux, le refus de dissoudre les institutions existantes, le consentement à contrecoeur ou au ralenti. La désobéissance déguisée, la désobéissance civile, la non-coopération judiciaire, l'inefficacité délibérée, la non-coopération sélective par les agents des forces de l'ordre, la non-coopération par les instances gouvernementales et la rupture des relations diplomatiques."

Les méthodes de non-coopération sociale sont des actions destinées à suspendre les relations sociales. Il en présente 3 grandes catégories :

- Ostracisme envers des personnes : boycott social intégral ou sélectif, non-action lysistratique (boycott sexuel), excommunication (boycott religieux), interdit (suspension des services religieux).

- Non-coopération avec des événements sociaux, des coutumes ou des institutions : suspension d'activités sociales ou sportives, boycott de réunions sociales, grève des étudiants, désobéissance civile à des coutumes ou règlements sociaux, retrait de certaines institutions civiles.

- Retrait du système social : refus de sortir de chez soi, non-coopération personnelle totale, "fuite" des travailleurs, ailleurs que dans leurs lieux habituels, sanctuaire c'est-à-dire se rendre dans un lieu où l'on ne pourra être touché sans enfreindre des interdits religieux, moraux, sociaux ou légaux. disparition collective (abandon de quartiers ou de villages), émigration de protestation (hijrat : émigration permanente délibérée).

Les méthodes de non-coopération économique sont des méthodes impliquant la suspension ou le refus d'entrer dans certains types de relations économiques. Cette forme de non-coopération revêt de nombreuses formes, que Gene SHARP regroupe en boycotts économiques et en grèves de travailleurs.

Les actions destinées à suspendre la soumission et l'assistance politique sont elles aussi nombreuses. Les méthodes de non-coopération politique ont soit un objectif limité, soit une portée globale (changer par exemple la nature ou la composition d'un gouvernement, voire provoquer sa désintégration. Gene SHARP distingue 37 méthodes classées en 6 sous-catégories :

- Rejet de l'autorité : Retenue ou retrait de l'allégeance, Refus du soutien public (pour le régime en place et sa politique), Textes et discours appelant à la résistance.

- Non-coopération des citoyens avec le gouvernement : Boycott du corps législatif, Boycott des élections, Boycott des emplois et postes gouvernementaux, Boycott des services, agences et autres représentations du gouvernement, Boycott des institutions éducatives du gouvernement, Boycott des organisations soutenues par le gouvernement, Refus d'assistance aux agents du gouvernement, Retrait des panneaux et noms de lieux du voisinage, Refus de reconnaitre les nouveaux officiels, Refus de dissoudre les institutions existantes.

- Alternatives citoyennes à l'obéissance : Consentement lente et à contrecoeur, Non-exécution des ordres sans supervision directe, Non-obéissance populaire (non publique, discrète), Désobéissance déguisée (prétendre obéir), Refus de se disperser lors d'une réunion ou d'un rassemblement, Grève sur le tas, Non-coopération avec la conscription et le déportation, Disparition, évasion, fausses identités, Désobéissance civile aux lois "illégitimes".

- Actions du personnel gouvernemental : Refus d'aide sélectif par des agents gouvernementaux d'assistance (refus d'exécuter certaines instructions ; informer ses supérieurs de son refus), Blocage des chaînes de commandement et des lignes de communication, Ralentissement volontaire et obstruction, Non-coopération administrative générale, Non-coopération judiciaire (par les juges), Inefficacité délibérée et non-coopération sélection par des agents de la force publique, Mutinerie.

- Action gouvernementale au niveau national : Évasions quasi légales et retards, Non-coopération par des unités du gouvernement constitutionnel.

- Action gouvernementale au niveau international ; Changement de représentations diplomatiques et autres, Retards et annulations d'événements diplomatiques, Refus de reconnaissance diplomatique, Rupture des relations diplomatiques, Retrait des organisations internationale, Refus d'adhérer à des instances internationales, Expulsion des organisations internationales.

  Gene SHARP indique par ailleurs l'impact prédominant de la non-coopération. "Les pressions exercées par chaque catégorie opèrent même lorsque le jiu-jitsu politique n'est pas un facteur significatif du conflit. De plus, un adversaire déterminé et puissant supportera plus facilement les pressions persuasives et morales des méthodes de protestation non-violente et de persuasion et les méthodes plus provocatrices de l'intervention non-violente, que l'effet soutenu qu'auront les applications économiques et politiques puissantes de la non-coopération. 

La non-coopération exerce son pouvoir différemment selon la situation conflictuelle, la stratégie sélectionnée par les résistants et les formes de pression qu'ils auront choisi d'appliquer. L'adversaire aura cependant un très grave problème si :

. les schémas sociaux, économiques ou politiques et les institutions ne peuvent plus fonctionner comme auparavant ;

. les personnes, groupes et institutions nécessaires au fonctionnement du système, à l'exécution des politiques et des plans de l'adversaire et à l'application des règles refusent d'obéir ;

. les nouveaux programmes, les nouvelles politiques et structures de l'adversaire restent lettre morte ;

. les sources du pouvoir de l'adversaire sont affaiblies ou coupées ; et

. ces conditions perdurent malgré la répression et les représailles.

Les résistants se retrouvent alors dans une forte position de pouvoir. tant que la non-coopération peut persister et tant que les résistants restent forts et capables de supporter les représailles pour leur défiance, ils ont une excellente chance d'atteindre leurs objectifs."

  Gene SHARP développe longuement ce qu'il appelle le jiu-jitsu politique. "L'action non-violente opère comme si elle était conçue spécialement pour être utilisée contre des adversaires qui ont la capacité et la volonté d'employer une répression violente. La lutte non-violente contre une répression violente engendre une situation de conflit spéciale, asymétrique. Dans cette situation, la répression ne réussira pas nécessairement à étouffer la résistance.

Dans certains conflits non-violents, mais pas dans tous, les résistants non-violents peuvent utiliser cette asymétrie à un niveau politique, à la façon de l'art martial japonais du jiu-jitsu. Dans le jiu-jitsu traditionnel, la poussée violente de l'adversaire n'est pas contrée par un blocage physique ou par une contre-poussée. Au lieu de cela, la personne attaquée tire l'adversaire vers l'avant, dans la direction même que l'attaquant avait prise pour frapper. L'adversaire perd alors l'équilibre et tombe en avant à cause de l'accélération de son élan. De la même manière, dans le juif-jitsu politique, l'attaque violente de l'adversaire n'est pas contrée par une contre-violence, mais par une défiance non-violente. Sa répression violente peut alors rebondir contre sa propre position, affaiblir son pouvoir et renforcer les résistants. Elle peut aussi monter des tiers contre lui, susciter une opposition parmi ses partisans, jusqu'à en pousser certains dans le camp des résistants.

Rien de tout cela n'est garanti. L'issue de la lutte dépend de divers facteurs importants, comme pour un conflit militaire. Cependant, les conséquences potentielles de l'opération de jiu-jitsu politique sont si importantes que ce processus mérite d'être bien compris. Dans un conflit réel, il peut être judicieux de faciliter ce processus. Pour que les changements (...) se produisent, les résistants non-violentes doivent refuser la violence, car dans ce domaine, l'adversaire est le plus fort. L'usage de la violence rendra probablement ces changements de pouvoir bien plus ardus. Plutôt que de céder à la violence, les résistants doivent continuer à n'utiliser que leurs armes non-violentes, avec lesquelles ils sont les plus forts. Cette persistance peut augmenter leur pouvoir."

   Les différents auteurs qui prônent la non-coopération dans les conflits les plus durs insistent sur les activités à double détente : refus de coopérer implique la mise en place de structures alternatives, autant pour la vie quotidienne que pour l'exercice de la démocratie. La redistribution du pouvoir ou le rétablissement de la justice ne peut être attendue : elle doivent commencer dans les faits, dans le courant de la lutte non-violente. Souvent, il s'agit, notamment dans le cas de coups d'Etat, d'occupation ennemie ou encore pour défense des valeurs, de combiner divers moyens de non-coopération sociale, économique et politique. 

 

Gene SHARP, La lutte nonviolente, Pratiques pour le XXIème siècle, écosociété Montréal, 2015. Jean-Marie MULLER, Lexique de la non-violence, Alternatives Non Violente, Institut de Recherche pour la Résolution Non-violente des conflits, n°68, 2ème trimestre 1988.

 

PAXUS

Repost 0
20 février 2017 1 20 /02 /février /2017 07:51

      Le philosophe et historien du droit Michel VILLEY développe une conception du droit conservatrice, s'opposant par certains aspects à l'école de KELSEN, soucieuse surtout de faire redécouvrir le droit à travers une analyse historique de son évolution. Il défend ainsi une notion de droit très proche de celle théorisée par ARISTOTE dans l'Ethique à Nicomaque (livre V), qui distingue deux notions de justice :

- une justice générale, "somme de toutes les vertus", qui caractérise le bon citoyen en général : courageux, honnête, véridique, solidaire, etc

- une justice particulière, vertu à part entière, qui consiste à attribuer à chacun sa part.

Pour le philosophe français, c'est la justice particulière qui correspond au droit proprement dit. la justice générale se confond avec la morale, ce qui est visé par une bonne législation.

Pour lui, la notion aristotélicienne du droit est pleinement recueillie dans le droit roman, sa grande thèse historique étant qu'à l'ère chrétienne, la théologie a presque totalement absorbé le droit, en ramenant celui-ci à la morale. Au "juste" d'ARISTOTE, entendu comme partage, comme attribution, il oppose la "loi", au sens de la torah biblique, qui définit des règles de conduite. Le théologien qui a le plus influencé le droit, et cette  vision ne lui est pas propre, même si le jugement qu'il lui porte est particulier, est Saint AUGUSTIN (voir La Cité de Dieu). Au seuil de l'époque moderne, SUAREZ transmet cette conception à la modernité. Thomas d'AQUIN, en revanche, maintient parfaitement la distinction (Somme théologique) : lorsqu'il traite de la loi, il n'expose pas une théorie du droit, mais écrit michel VILLEY, "toute l'économie du salut, la manière dont Dieu dirige la "conduite" des hommes dans l'histoire, vers leurs fins dernières". En revanche, l'esprit d'ARISTOTE et du droit romain anime les questions consacrées au droit, au seuil du traité de la justice. C'est ce qu'il expose dans Critique de la pensée juridique moderne (1985). En fin de compte, c'est l'héritage de la pensée chrétienne de la loi qui a exercé la plus profonde influence sur les penseurs modernes du droit, de HOBBES à KELSEN. 

Face à cela, Michel VILLEY se pose en défenseur du droit naturel classique, même si sa pensée est parfois mal comprise. C'est qu'il ne donne pas à l'expression "droit naturel" le même sens que ses contemporains. Au-delà, beaucoup contestent son analyse historique de la  formation de la pensée juridique, sur une scission fondamentale entre le droit naturel classique et la pensée moderne, introduite dans la pensée de Guillaume d'OCCAM. Sa méthode d'analyse non plus ne recueille pas l'adhésion de la majorité des historiens. Son conservatisme est philosophique : il tient à la conviction que la justice ne peut se réaliser que dans des choix et des partages toujours particuliers, effectués dans le concret des circonstances. Du coup, il rejette touts les formes d'utopie prônant un système juste, se remettant à un ordonnancement général, global, autoritaire, censé garantir un justice universelle.

      Sa philosophie du droit, et notamment à propos des dartois de l'homme, peut s'énoncer suivant les points suivants :

- Le droit est un art qui prétend réaliser la justice particulière, laquelle suppose donner à chacun ce qui lui revient. Ce que l'on poursuit, c'est la répartition, non pas l'utilité ni la vérité ; mais la répartition des biens externes.

- Le droit est une relation sociale, non pas attribut d'une personne, non pas droit subjectif : c'est comme le dit ARISTOTE, "le bien d'un autre", c'est une proportion, une répartition entre deux personnes.

- La matière de l'art juridique, saint THOMAS en livre le profil, à partir d'ARISTOTE, à partir de l'idée de choses mesurables, extérieures, et susceptibles d'être réparties. Ainsi pour VILLEY, le droit procède selon deux opérations : la répartition, dont traite la justice distributive ; et les changements, fonction de la justice commutative. Ces actions nécessiteront un contexte politique, et ne peuvent se développer qu'imparfaitement dans le contexte familial ou international. Il n'est pas question pour lui d'appliquer l'idée juive de la Torah, qui conduira à identifier le droit à la loi, comme le fera HOBBES au XVIIIème siècle. De la même manière, va apparaître, dans la modernité, un concept ayant une racine individualiste, celui de droit subjectif, qui commence à se manifester déjà au XIVème siècle, et qui est synonyme de liberté.

- Les droits de l'homme sont un concept équivoque, propre à la modernité et qui favorise le passage du ius à la loi - qui est le droit objectif, formé d'un ensemble de de lois. La modernité, siège des droits de l'homme, contient un idée systématique du droit. (Gregorio Peces-Barba MARTINEZ, fondateur de l'institut des droits de l'homme de Madrid, auteur de la Théorie générale des droits fondamentaux, Librairie Générale de Droit et de Jurisprudence, 2004)

     On peut penser que nombre de conservateurs peuvent utiliser sa pensée pour refuser toute évolution de la société vers précisément la justice, notamment sociale, sous prétexte de sauvegarder les libertés individuelles...

  De ses Recherches sur la littérature didactique du droit romain (1945) et ses Leçons d'histoire de la philosophie du droit (1962), aux Questions de saint Thomas sur le droit et la politique (1987), en passant par La formation de la pensée juridique moderne (1975), Seize essais de philosophie du droit (1985), Michel VILLEY renouvelle l'histoire du droit, même si par la suite, ce renouvellement ne suit pas forcément sa ligne conservatrice. Par ses enseignements également à l'université de Strasbourg puis de Paris, son influence s'étend à des générations de romanistes et de philosophes du droit. Stéphane RIALS, Yan THOMAS, Chantal DELSOL, Vincent DESCOMBES, Henri LEPAGE, sont inspirés de manière diverse par sa pensée, parfois en en contestant les fondements.

 

Michel VILLEY, Leçons d'histoire de la philosophie du droit, 2ème édition, Dalloz, 1962 ; La formation de la pensée juridique moderne, Montchrétien, 1975, réédition PUF, collectif Quadrige, 2003 ; Seize essais de philosophie du droit, Dalloz, 1969 ; Critique de la pensée juridique moderne, Dalloz, 1985 ; Le droit romain, PUF, collection Que sais-je?; Questions de saint Thomas sur le droit et la politique, PUF, 1987.

Stéphane RIALS, Villey et ses idoles. Petite introduction à la philosophie du droit de Michel Villey. Gregorio Peces-Barba MARTINEZ, Michel Villey et les droits de l'homme, Cairn.Info.

 

Repost 0
Published by GIL - dans AUTEURS
commenter cet article
18 février 2017 6 18 /02 /février /2017 16:52

  Le boycott économique est une action très largement utilisée dans l'histoire et les guerres commerciales entre Etats ou autres entités non étatiques, nombreuses, sont menées entre autres par le blocus économique ou les barrières douanières. A un autre niveau, le boycott a été largement utilisé aussi par des commerçants ou des consommateurs, que ce soit de manière interne à un Etat ou contre des produits importés.

Le boycott consiste à appliquer au domaine de la consommation le principe stratégique de non-coopération dans le cadre d'actions non-violentes. "Les propriétaires, écrit Jean-Marie MULLER d'une entreprise commerciale ne peuvent réaliser des bénéfices que grâce à la coopération que leurs clients leur apportent en achetant leurs produits ou en recourant à leurs services. En leur retirant cette coopération on exerce sur eux une pression qui, si elle se prolonge, les oblige à satisfaire les exigences présentées par les organisateurs du boycott.

Différents objectifs, poursuit-il, peuvent être assignées à un boycott :

- obtenir l'amélioration de la qualité ou le retrait de la vente soit d'un produit industriel qui présente de graves malfaçons, soit d'un produit alimentaire qui s'est avéré nuisible à la santé ;

- contraindre les dirigeants d'une entreprise à reconnaitre les droits des travailleurs qu'ils emploient (qu'il s'agisse des salaires ou des conditions de travail) ou à modifier certaines pratiques (par exemple, la discrimination raciale) ;

- obtenir des responsables d'une usine qu'ils prennent les mesures nécessaires pour faire cesser des pollutions entraînant de graves nuisances écologiques.

 Un boycott vise à faire baisser les ventes de manière à faire subir à l'entreprise un manque à gagner suffisamment important pour qu'il oblige les dirigeants à céder face à la pression économique qui s'exerce contre eux. Le pouvoir d'achat des consommateurs devient ainsi un véritable pouvoir qui s'oppose à celui des producteurs. Ceux-ci ne sauraient l'ignorer sans nuire à leurs propres intérêts. de plus, un boycott représente pour l'entreprise incriminée une campagne de contre-publicité susceptible de nuire gravement à son image de marque.

Il n'est pas nécessaire que le boycott soit total pour qui'l devienne efficace. Au-delà d'un certain pourcentage de la baisse des ventes, l'entreprise perd de l'argent et cesse d'être bénéficiaire. Encore faut-il que ce pourcentage soit atteint, ce qui implique une réelle popularisation du boycott. Il ne suffit pas de lancer le mot d'ordre du boycott par un communiqué de presse et quelques affiches.

Il est nécessaire de distribuer des tracts dans la rue et mettre en place des "piquets de boycott" à proximité des principaux points de vente afin d'informer les consommateurs et de les inciter à refuser tout achat de tel ou tel produit précis. Là encore, il est essentiel que l'action puisse s'inscrire dans la durée. Cela devrait être possible lorsque l'objectif est suffisamment clair parce que, généralement, la participation à un boycott n'entraine pas de graves inconvénients pour les consommateurs. ceux-ci ont moins à redouter que le boycott se prolonge que les producteurs eux-mêmes et cela devrait inciter ces derniers à entendre raison."

  Le boycott est largement utilisé par exemple dans la lutte des ouvriers agricoles californiens contre les producteurs, sous l'égide des syndicats entrainés à une solidarité avec les consommateurs. Mais le boycott peut ne pas être à but économique. Comme le boycott des oranges Outspan (entre autres) en provenance d'Afrique du Sud où des consommateurs européens et américains veulent faire pression sur la politique d'apartheid du gouvernement raciste de Pretoria. Même si l'"arme" en question est bien économique, l'objectif est politique.

  Par ailleurs, le boycott économique ou politique peut ne pas s'inscrire dans une stratégie non-violente, mais au contraire s'inscrire dans une échelle d'escalade de guerre économique. 

  Quant à l'efficacité d'un boycott économique, cela dépend de maints facteurs, outre le degré de mobilisation des consommateurs et des organisateurs, de l'élément boycotté, de sa place dans les économies (les monocultures et les concentration de productions ou de mines sont particulièrement vulnérables), de sa valeur stratégique...

   Gene SHARP regroupe sous l'appellation d'Actions destinées à suspendre les relations économiques, aux côtés des grèves de travailleurs, les boycotts économiques. le boycott économique est défini comme "le refus d'acheter, de vendre, de transporter ou de distribuer des marchandises ou services spécifiques, et implique souvent de tenter de convaincre autrui de refuser cette coopération." L'auteur présente 25 méthodes classées en 6 sous-catégories de boycotts économiques.

- Actions des consommateurs : Boycott par les consommateurs de certaines marchandises ou entreprises ; Refus de consommer des produits boycottés (ceux que l'on possède déjà) ; Politique d'austérité (réduire sa consommation au strict minimum) ; Grève des loyers ; Refus de louer ; Boycott national des consommateurs (refus d'acheter les produits ou d'utiliser les services d'un pays) ; Boycott international des consommateurs (agir dans plusieurs pays contre les produits du pays visé).

- Actions des travailleurs ou producteurs : Boycott par les travailleurs (refus de travailler avec des produits ou outils fournis par l'adversaire) ; Boycott par les producteurs (les producteurs refusent de vendre ou de livrer leurs produits).

- Actions des intermédiaires : Boycott des fournisseurs et manutentionnaires (les travailleurs ou intermédiaires refusent de toucher à certaines marchandises ou de les fournir).

- Actions des propriétaires et directeurs : Boycott par les commerçants (les détaillants refusent d'acheter ou de vendre certains produits) ; Refus de louer ou de vendre des biens ; Lock-out (l'employeur provoque l'arrêt du travail en fermant temporairement l'entreprise) ; Refus d'assistance industrielle ; "Grève générale" des négociants.

- Actions par les détenteurs de richesses : Retrait des dépôts bancaires ; Refus de payer des honoraires, des droits et devis ; Refus de payer des dettes ou intérêts ; Cessation des financements ou crédits ; Grève des impôts (refus de pays volontairement ses impôts au gouvernement) ; Refus d'accepter l'argent du gouvernement (exiger des modes de paiement alternatifs).

- Actions par les gouvernements : Embargo interne ; Mise sur liste noire des négociants ; Embargo international, soit des vendeurs, soit des acheteurs, soit du commerce, soit encore des trois à la fois.

  Gene SHARP, outre qu'il donne des exemples de non-coopération économique dans le cadre de stratégies non-violentes, détaille ses objectifs :

"Les formes économiques de non-coopération sont les plus nombreuses que les formes de non-coopération sociale. La non-coopération économique consiste en la suspension des relations économiques. la première sous catégorie de non-coopération économique est formée par des boycotts économiques (...). Les boycotts économiques peuvent être spontanés ou initiés par un groupe particulier. Dans un cas comme dans l'autre, ils deviennent en général une démarche concertée pour stopper la coopération économique et y inciter la population, en refusant toute relation commerciale avec un individu, un groupe ou un pays.

Les boycotts économiques sont le fait aussi bien des consommateurs, d'ouvriers et producteurs, d'intermédiaires, de propriétaires et de directeurs, de financiers et de gouvernements. Les enjeux d'un boycott économique sont en général économiques, mais pas toujours. ils peuvent aussi être politiques. Les motifs et objectifs des boycotts économiques vont de l'économique au politique et du social au culturel.

La deuxième sous-catégorie de non-coopération économique est la grève sous ses divers aspects, qui consiste à limiter ou suspendre le travail. La grève est un refus de poursuivre la coopération économique par le travail. C'est une suspension du travail collective, délibérée et normalement temporaire, pour faire pression sur des tiers dans la même unité économique, politique et parfois sociale ou culturelle. La grève vise à produire un changement dans les relations entre les groupes en conflit, en général satisfaire certaines revendications des grévistes comme condition préalable à leur reprise du travail.

La nature collective de la grève confère à ce type de non-coopération ses caractéristiques et son pouvoir. Les grèves sont liées aux organisations industrielles modernes. Mais elles touchent aussi les sociétés agricoles et d'autres situations. Les grèves sont possibles partout où les gens travaillent pour d'autres.

Les grèves sont presque toujours spécifiques, en ce sens qu'elles concernent un enjeu important pour les grévistes. En théorie, n'importe quel nombre de travailleurs peut se regrouper pour lancer une grève, mais en pratique le nombre de grévistes doit être suffisamment conséquent pour perturber sérieusement ou stopper complètement les opérations d'au moins une unité économique. Comme pour la violence et les formes alternatives et puissantes d'action non-violente, la menace d'un grève suivie peut suffire à obtenir des concessions du groupe adverse. Les grèves peuvent être spontanées ou planifiées.

les types de grèves sont très variés : grèves symboliques, agricoles, grèves de groupes spéciaux, grèves ordinaires de l'industrie, grèves limitées, grèves étendues à plusieurs industries, combinaisons de grèves et de fermetures économiques. Les grèves peuvent paralyser une seule usine ou l'économie de tout un pays."

Gene SHARP, La lutte nonviolente, écosociété, 2015. jean-Marie MULLER, Lexique de la non-violence, ANV/IRNC, N°68, 2ème trimestre 1988.

 

PAXUS

 

 

 

 

 

Repost 0
16 février 2017 4 16 /02 /février /2017 17:00

   Il s'agit là d'une anthologie des textes du philosophe américain présentée par Gilles MARTIN, et préfacée par son traducteur, Léon BAZALGETTE (1873-1928). Au lieu de lire le récit de ses ballades ou ses réflexions sur la nature et la beauté, les responsables des éditions Aden ont choisi de faire lire les conférences contre les lois stigmatisant les esclaves évadés et capturés de l'opposant à l'esclavagisme. 

Sont ainsi proposés, La vie sans principe (1854), Désobéir aux lois (1849), L'esclavage chez nous (1854), Pour John Brown (1859), Ses derniers moments (1860), Marcher (1851) et L'hôte (1843). Plusieurs textes précèdent les traductions françaises de ces oeuvres de Heny David THOREAU (1817-1862) : d'abord une présentation de Léon BAZALGETTE, peu connu de nos jours, mais qui eut une activité littéraire importante, fondateur du Magazine international, "revue mensuelle de littérature et de vie moderne" où se bousculent des écrivains qu'il contribue à faire connaitre en France (WHITMAN, THOREAU, Camille LEMONNIER, Georges EEKHOUD, Hnut HAMSUN, TOLSTOÏ, TCHÉKOV...) et du mouvement Clarté en faveur de la révolution bolchévique ; puis un hommage (assez court) posthume de Stefan ZWEIG écrit en 1929 au même Léon BALZAGETTE et enfin un avant-propos (plus long) de ce dernier.

Dans cet avant-propos, Léon BALAYETTE écrit que "c'est de nos jours seulement que l'on commence à reconnaître la vraie place de cet écrivain puissant, original et savoureux. Un peu perdu jusque-là dans le rayonnement d'Emerson et du groupe de Concord - le village d'Angleterre-Neuve où s'écoula toute sa vie -, on s'aperçoit de plus en plus que, dans cette constellation d'esprits brillants et charmants, il est unique et, par une certaine qualité qui nous est autrement précieuse aujourd'hui que le plus lumineux sourire, les dépasse tous, qu'il "transcende" aisément ces transcendantalistes. Remise au point qui ne fait d'ailleurs que confirmer le verdict d'Emerson lui-même, assez subtil pour sentir cette supériorité chez son intime ami, et assez sincère pour se l'avouer à lui-même. (...) C'est ainsi que, pendant longtemps, amis des fleurs et des oiseaux, naturalistes, amoureux du plein air ont seuls lu cet écrivain. Ils avaient raison certes, mais à présent nous avons aussi raison de ne pas leur abandonner Henry Thoreau. Car il a bien d'autres choses à nous confier que des choses charmantes ou précises sur la mésange à tête noire ou les brochets de son étang". L'introducteur du philosophe américain fait ici allusion au fait que THOREAU est connu (et parfois dans certains milieux c'est le cas encore) surtout pour l'écologie et le naturalisme,... alors que son esprit contestataire est bien plus important pour notre propos. 

"C'est aujourd'hui, écrit-il encore, aussi que se prouve la hardiesse de sa pensée. Non seulement elle n'a point vieilli, mais peut-être a-t-elle pris pour nous un accent plus riche, un sens plus plein que celui qu'elle pouvait avoir pour les moins timides parmi ses contemporains. Le temps, les expériences l'ont comme mûrie, ont développé les sens latents qu'il y a déposés. S'imaginer, parce qu'il n'y a plus d'esclaves noirs dans les plantations du Midi ou parce que la guerre du Mexique est de l'histoire très ancienne, que sa dénonciation de l'esclavage et des appétits de conquête n'a plus aucun sens pour le lecteur au XXème siècle : erreur. Lorsqu'un tel homme prononce certains mots, "les esclaves", "la guerre", ces mots ont une ampleur qui les fait coïncider avec tous les âges." On écrirait ces lignes aujourd'hui, elles ne seraient malheureusement pas obsolètes...

Ces textes sont, encore une fois, l'occasion d'apprécier à la fois la forme littéraire et le fond décapent de son oeuvre.

Henry David THOREAU, Désobéir, Anthologie politique et réfractaire, traduit de l'anglais par Léon Bazalgette, Les Editions Aden, juin 2013.

 

Repost 0
14 février 2017 2 14 /02 /février /2017 14:35

      Il est vrai que nombre de sociologues, psychologues et stratèges ont cédé à une certaine époque (dans les années 1980...) à une certaine mode qui consistait à tout traduire en mathématiques ou en signes mathématiques. Un certain snobisme et une recherche un peu facile d'hermétisme (qui faisait d'un savoir peu élaboré un savoir quand même...) a pu régner dans certaines sphères de la vie intellectuelle, pour camoufler sans doute une baisse de qualité de la réflexion. Cette façon de tout mettre en algèbre ou en géométrie nous horripile d'ailleurs. Toutefois, on ne peut dédaigner chez certains la recherche d'une formalisation qui passe par des mathématiques, parfois très librement adaptées, et sans doute Jacques LACAN est de ceux-là. 

   Le terme mathème est inventé par le psychanalyste français en 1971 pour la formalisation algébrique des concepts de psychanalyse qu'il avait opéré, surtout dans l'optique de leur transmission. Il est employé pour la première fois en décembre 1971, à partir du mythème de Claude LÉVI-STRAUSS et du mot grec ancien qui signifie connaissance, et d'ailleurs le mathème n'appartient pas spécifiquement au champ des mathématiques. Il l'emploie à la suite d'une lecture de Ludwig WITTGENSTEIN et d'une analyse des structures de la psychose en même temps que le noeud borroméen en rapport avec les concepts de Réel, symbolique et imaginaire. Le mathème est un "modèle de langage articulé à une logique de l'ordre symbolique" et le noeud borroméen est "un modèle de structure fondé sur la topologie et opérant un déplacement radical du symbolique vers le réel", si l'on peut reprendre les définitions données par Elisabeth ROUDINESCO et Michel PLON dans leur Dictionnaire de la psychanalyse (Fayard, 1997, réédité en 2011). Jacques LACAN lui-même, qui l'emploi alternativement au singulier et au pluriel, en donne entre 1972 et 1973 plusieurs définitions mais il le relie à l'existence des quatre discours exposés dans son séminaire des années 1969-1970, L'Envers de la psychanalyse, à savoir le discours du maître, le discours universitaire, le discours hystérique et le discours psychanalytique. Où le "mathème" est "l'écriture de ce qu'on ne dit pas mais de ce qui peut se transmettre", dans un autre sens d'ailleurs que celui de WITTGESTEIN dont il s'inspire... 

Le mathème n'est pas une formalisation intégrale puisqu'il suppose toujours un reste qui lui échappe mais il s'appuie sur les matheuse, soit des formulations algébriques des concepts psychanalytiques opérées par LACAN : le signifiant, le stade du miroir, les graphes du désir, le sujet, le fantasme, l'Autre, l'objet a. Il veut montrer l'incompatibilité de la psychanalyse avec le discours universitaire, mais en définitive, comme Jacques-Alain MILLER, nous pensons qu'il s'agit d'une manière d'introduire la psychanalyse comme enseignement universitaire. Cela rejoint notre analyse du début de cet article : en très grande partie, il y a la recherche d'un certain degré de "scientificité" et de "notoriété intellectuelle", dans des combats qui sont autant de l'ordre de l'histoire des idées que de la nécessité de se "placer" dans un parcours professionnel reconnu...

Pour autant, nous nous permettons une petite comparaison entre le système des intégrales en mathématiques, avec des signes qui concentrent des opérations de toutes sortes, évitant de fastidieuses répétitions dans les calculs sur des phénomènes très complexes (dans la physique notamment) et un système de "mathèmes" qui veut reprendre de manière synthétique des résultats d'analyse psychanalytique afin d'aborder des phénomènes agrégés dans le temps et/ou dans l'espace qui régissent la vie psychique, pour leur donner une signification globale. 

   Les lettres, les mathèmes, sont des symboles dont use donc LACAN à des fins de formalisation et de transmission. d'une algèbre à venir, mais qui n'existe pas, et d'une "mathématisation" qui n'en a que le nom puisqu'elle exclut tout calcul et se réduit à quelques symboles indissociables du long discours qui les explicite. Pour l'essentiel, ils sont au nombre de quatre. Une paire de signifiants, S1 et S2, réduction de la chaîne signifiante à des éléments, le signifiant lunaire et le signifiant binaire. Ils suffisent à écrire et définir le sujet/S. Sujet barré par le signifiant, sujet divisé, sujet vidé de tout être et réduit à l'effet du signifiant auquel il s'identifie et en lequel il ne peut se saisir qu'à des représenter en un autre signifiant. Ces trois symboles écrivent la définition du sujet par le signifiant : "Le signifiant est ce qui représente un sujet pour un autre signifiant". Sujet de l'inconscient et non individu concret.

A cette opération, il y a un reste, qui représente la perte du sujet. C'une un objet au statut particulier dit "objet petit a". Reste produit, déchet de l'opération signifiante, objet perdu, cause du désir, où se symbolisent aussi le réel irréductible et l'être évanescent du sujet aliéné dans le signifiant. A ces lettres, il faut ajouter o barré d'un trait vertical qui ressemble à un oeil, qui symbolise la fonction phallique et S(/A), le signifiant d'un manque dans l'Autre. L'Autre est barré, et ce n'est pas tout ; il lui manque un signifiant. Ce manque est produit par la structure et aussi inclus en elle.

Ces quatre symboles ainsi disposés : S1.S2 sur Sbarré.a à la manière d'une division, forment la structure du secours du maître. Ils occupent chacun une place qui, est, respectivement, celle de l'agent du discours (S1, le signifiant maître ici en place d'agent), celle de l'autre (S2, le savoir), celle du produit du discours (a, le plus à jouir) et celle de la vérité ici occupée par le sujet (S barré). Par rotation, de gauche à droite, des termes dans chacune des places, on obtient trois autres discours, qui sont, dans l'ordre, ceux de l'hystérique, de l'analyste  et de l'université. Chaque discours spécifie un lien social ; dans le discours de l'analyste, le réel est à la place de l'agent.

Parallèlement, LACAN utilise la topologie - le cross-cap et la bande de Moebius, qui lui permet de construire un espace symbolique. Dans les dernières années de son enseignement, il développe cette approche dans une référence à la théorie des noeuds où les ronds de ficelle deviennent des tores. 

Cette présentation de Patrick GUYOMARD tend à restreindre un peu la portée de la mathématisation opérée par LACAN, au rang d'une représentation de ce qui se passe, sans véritable opération algébrique... D'une manière toute analogique en quelque sorte...

  Ce n'est pas exactement ce qu'en pense Jean-Pierre CLÉRO qui défend l'idée d'une véritable mathématisation, en tout cas versant philosophie... Pour lui, au contraire, "les mathématiques sont au coeur de la pensée de Lacan, quand bien même il n'en est pas explicitement question. 

Le discours de Lacan, explique-t-il, tend à l'expression mathématique, même en l'absence de l'algèbre et des figures de la topologie. De deux façons au moins. D'abord, en ce que le désir, l'inconscient et quelques autres notions de la psychanalyse s'énoncent mieux en caractère mathématiques que dans les termes réflexifs du langage ordinaire, qui est aussi le langage philosophique, parce que les signifiants sont la réalité même de leur expression. Si les signifiants du désir s'accommodent d'une traduction en symboles mathématiques, c'est parce que les uns et les autres n'ont pas besoin d'être liés à l'imagination qu'on en réalise le sens pour fonctionner : "Le signifiant se passe de toute cogitation, fût-ce des moins réflexives, pour exercer des regroupements non douteux dans les significations qui asservissent le sujet" (Ecrits). Ensuite, on ne voit pas comment les signifiants, qui relèvent d'un savoir aveugle et symbolique pourraient se doubler d'autres signifiants : il n'existe pas de signifiant qui permette de se signifier lui-même (Séminaire du 9 mai 1962 sur L'identification). Les signifiants du désir ne sont pas une expression au sens strict. Ils en sont la structure, le mode de fonctionnement. les mathématiques offrent le meilleur exemple de ce type de discours qui progresse sans penser, si ce n'est de façon symbolique. Ce sont les mathématiques qui disent le mieux le désir dans sa réalité ultime. Les signes du langage ordinaire le diraient moins bien, quoiqu'on ne puisse jamais "introduire les symboles, mathématiques ou autres, qu'avec du langage courant, puisqu'il fait bien expliquer ce qu'on va faire" (ibid). L'usage des symboles mathématiques a au moins l'avantage de casser les fantasmes identifications de l'interprète."

Notre auteur précise, dans ce plaidoyer, de quelles mathématiques il s'agit, car Lacan dit lui-même "son" algèbre. Il suit des "modèles topologiques quand il utilise la perspective classique, celle de Desargues, et moderne (celle que l'on pourrait trouver chez Carnap qui utilise un tore dans certains passages remarquables de l'Aufbau) ; la bande de Moebius (pour montrer combien est symboliquement cause, quoiqu'elle soit intuitivement claire, la distinction de l'intérieur et de l'extérieur), les noeuds bromées (pour représenter l'articulation du Symbolique, de l'Imaginaire et du Réel, de telle sorte qu'on ne puisse rompre l'un des anneaux sans libérer les deux autres). Toutefois la topologie n'est pas au sens strict une représentation ou une expression : "elle dit bêtement ce qui est". C'est ainsi que lacan l'utilise et pour cette propriété même. Là encore, il nous situe aux antipodes d'une attitude phénoménologique qui prétendait se saisir de l'essence du phénomène étudié. Les symboles mathématiques sont précisément utilisés parce qu'ils ne pensent pas ; ils ne sont ni individualisés ni personnalisés à la façon dont on imagine que le sont les affects, mais ils le sont à la façon des nombres, et parce qu'ils sont matériel, comme peuvent l'être les signifiants. En ce sens, Lacan a parfaitement eu raison de dire que, pas sa mathématisation, sa conception des phénomènes psychiques était matérialiste (Ecrits)."

Jean-Pierre CLÉRO, Lacan, dans Le Vocabulaire des Philosophes, tome 4, Ellipses, 2002. Patrick GUYOMARD, Lacan, dans Encyclopedia Universalis, 2014.

 

 

                                                           

Repost 0
Published by GIL - dans PSYCHANALYSE
commenter cet article
13 février 2017 1 13 /02 /février /2017 09:53

  Le pasteur baptiste afro-américain Martin Luther KING Jr, militant non-violent pour les droits civiques et contre la guerre du VietNam aux Etats-Unis consacre toute sa vie pour la paix et contre la pauvreté. S'il ne rédige pas beaucoup d'ouvrages à strictement parler, car entièrement pris par sa vie militante sur le terrain (et parce qu'il est assassiné avant d'avoir théorisé sa pensée...), il rédige de nombreux écrits et discours qui gardent encore aujourd'hui une grande influence dans le mouvement noir américain et même au-delà.

  Influencé par les oeuvres de Henry David THOREAU, HEGEL, TILLICH et GANDHI (qu'il rencontre plusieurs fois), il organise des actions telles que le boycott des bus de Montgomery pour défendre le droit de vote, la déségrégation et l'emploi des minorités ethniques, s'efforçant par là faire entrer dans les faits de nombreuses lois non appliquées (sur le plan électoral, sur le plan de la libre circulation des personnes, et sur le plan scolaire notamment), surtout dans les Etats du Sud. Il est très connu entre autres pour son discours du 28 août 1963 devant le Lincoln Mémorial à Washington durant la marche pour l'emploi et la liberté : "I have a dream" (Je fais un rêve). Dans le concret, il agit souvent de concert avec son mentor, le dirigeant des droits civiques, théologien et éducateur Howard THURMAN et le militant des droits civiques Bayard RUSTIN (qui eu comme professeur le Mahatma GANDHI).

 Outre ce discours célèbre, sa Lettre de la prison de Brimingham de 1963, ses livres Stride toward freedom : the Montgomery story (1958), The Measure of a Man, tentative de présentation d'une meilleure société aux Etats-Unis (1959), Strengh to Love (1963), Wy we can't Wait, de 1964 (La Révolution non violente, traduit en 1969), Where do we go from hère : Chaos or Community, de 1967 (Où allons-nous? traduit en 1968), The trumpet of conscience (1969), les divers recueils traduits diversement en plusieurs langues, dessinent une conception de la société et de la désobéissance civile à mettre en oeuvre pour y parvenir. Jusqu'à la fin de sa vie, il reste opposé à la radicalisation et à la violence prônée par le Black Power, dont les moyens sont souvent rapprochés de CHE GUEVARRA, "illusions romantiques" sans débouchés politiques réels. Egalité raciale, liberté et fierté, pacifisme, vie spirituelle contre confort matériel, Foi, amour et pouvoir partagé, usage de la science en complémentarité avec la religion et l'éthique dans le développement humain, sont les thèmes majeurs de son oeuvre et de son action. 

   Le choix de la non-violence dans ses activités s'est imposé par les faits, si l'on suit son cheminement. Alors qu'il entame l'action de 382 jours des bus de Montgomery en 1955, le boycott, l'information, la marche sont particulièrement approprié pour défendre le droit des Noirs à avoir le même système de transport que les Blancs. Dans la non-violence, il trouve une méthode d'action capable d'efficacité, en résonance avec son peuple et compatible avec ses aspirations morales et religieuses. "Le Christ, dit-il, donne son sens à notre action et Gandhi donne la méthode" (La force d'aimer). Vincent ROUSSEL rappelle que cependant il fait rarement référence à lui dans ses discours publics. "Il se réfère plutôt à de "grands" Américains comme Abraham Lincoln, mais surtout aux personnages de la Bible. La référence à Moïse qui a conduit son peuple hors d'Egypte, pour fuit l'esclavage, était capable de soulever l'enthousiasme des marcheurs de Montgomery. La pensée de Martin Luther King va se structurer dans le combat et sa foi se nourrir de l'action pour la justice sociale."

Dans Combat pour la liberté, pour caractériser sa non-violence dans cette période, nous pouvons lire une exposition en 6 aspects :

- La résistance non-violente n'est pas destinée aux peureux ; c'est une véritable résistance.

- La  non-violence ne cherche pas à vaincre ou humilier l'adversaire, mais à conquérir sa compréhension et son amitié.

- C'est une méthode qui s'attaque aux forces du mal, et non aux personnes qui se trouvent  être les instruments du mal.

- La résistance non-violente implique la volonté de savoir accepter la souffrance sans esprit de représailles, de savoir recevoir les coups sans les rendre. Le non-violent ne cherchera pas à éviter la prison.

- La non-violence refuse non seulement la violence extérieure, physique, mais aussi la violence intérieure.

- La résistance non-violente se fonde sur la conviction que la loi qui régit l'univers est une loi de justice.

   Si l'on suit David L LEWIS, Martin Luther King est l'une des figures les plus étudiées de l'histoire des Etats-Unis. "Comme pour Georges Washington, Thomas Jefferson et Abraham Lincoln, les évaluations de son action et de son héritage sont très contrastés et évoluent encore actuellement. L'extraordinaire influence de King n'a pratiquement pas diminué depuis sa mort. Sa vie, sa pensée et son caractère sont plus complexes que les biographes ne les ont initialement dépeints. Certains ont regretté que l'exaltation de son action ait en réalité rejeté dans l'ombre tous les efforts de la base du mouvement pour les droits civiques, qui ont joué un rôle essentiel dans le changement social. La présentation de King en sauveur, voire en messie, aurait découragé l'initiative et l'autonomie et incité beaucoup de Noirs à se cantonner dans l'attente de l'homme providentiel. D'après le théologien Michael Eric Dyson, cette "canonisation" de King aurait même dilué son message, adouci ses critiques et fait de lui un "bon nègre". Ces critiques indiquent clairement que l'héritage de King n'a pas fini d'être discuté.

Il reste que Martin Luther King fut une figure majeure durant l'une des périodes les plus troublées de l'histoire des Etats-Unis. Sa contribution au mouvement pour les droits civiques fut celle d'un chef capable de transformer une manifestation en croisade et les conflits sociaux en questions morales concernant toute une nation, voire le monde entier. Par la force de sa volonté et sa personnalité charismatique, il réveilla la conscience des Blancs américains et en utilisant un levier politique capable de faire pression sur le gouvernement fédéral inapte pour venir à bout des inégalités sociales et économiques continuant d'entretenir la discrimination raciale dans l'ensemble des Etats-Unis".

   Alain NISUS, pour conclure son étude sur la pensée de Martin Luther King conclu dans ces termes, qui indiquent que ses interpellations ont un écho plus large que sur la seule lutte des Noirs aux Etats-Unis. "En quoi le message de Martin Luther King nous interpelle-t-il aujourd'hui? Il y aurait de nombreuses pistes à arpenter. Nous nous en tiendrons à quelques-unes.

On pourrait commencer par poser la question du problème Noir en France. Y-a-t-il un problème Noir en France? On tend à éluder cette question. Mais on pourrait se demander si l'égalitarisme français n'est pas devenu le paravent de nouvelles discriminations. On ne peut certes pas comparer la France et les Etats-Unis. Mais les émeutes des banlieues de 2005 ont décillé les bonnes consciences en mettant en évidence le mal-être de certains jeunes Noirs de banlieue. Le message de King gagnerait à être connu dans les banlieues. La non-violence active, telle qu'incarnée par Martin luther King mériterait d'être enseignées dans les cours d'éducation civique. On pourrait plus largement faire une éducation à la non-violence active.

King interpelle aussi les chrétiens évangélistes à propos d'une des grandes difficultés qu'ils connaissent au moins depuis le début du XXème siècle : articuler orthodoxie doctrinale, spiritualité revitalise, prédication de la conversion et engagement social, souci de la justice sociale. Peut-être manque t-il dans le courant évangéliste une réflexion en profondeur sur une théologie de l'action. Dans un de ses discours datant de 1967, King affirmait : "L'heure n'est pas aux illusions romantiques ni à de creux débats philosophiques sur la liberté. Elle est à l'action. Ce qu'il nous faut, c'est une stratégie qui nous permette d'obtenir le changement, un programme tactique qui permette de ramener le Noir dans le courant principal de la vie américaine le plus vite possible." Il y a un temps pour débattre et pour réfléchir, mais il y aussi un temps pour agir. peut-être que l'on prolonge les débats parce qu'on a peur de passer à l'action.

King nous interpelle aussi sur la question de la "réussite" de l'Eglise. Quand l'Eglise est-elle fidèle à l'Évangile? Sait-elle discerner véritablement les signes des temps? Les évangélistes n'ont-ils pas trop tendance à jauger le succès d'une Eglise à l'aune de sa croissance numérique? Dans un de ses sermons, King constatait la croissance numérique de l'Eglise, mais il prévenait : "Il ne faudrait pas exagérer l'importance de cet accroissement numérique. Nous ne devons pas succomber à la tentation de confondre puissance spirituelle et importance numérique (...). Un accroissement en quantité ne donne pas automatiquement un accroissement en qualité. Une communauté plus nombreuse ne représente pas nécessairement un engagement accru envers le Christ. Presque toujours, c'est une minorité, créatrice et engagée, qui a rendu le monde meilleur." (La force d'aimer). Les évangélistes français, qui ont tellement envie de croître numériquement, ne devraient-ils pas être attentifs à ces avertissements?

King nous interpelle encore sur le rôle du prédicateur de l'Evangile et sur sa fonction prophétique. Quand on lit ses prédications, on est admiratif, car il s'agit de sermons qui nourrissent véritablement l'âme, tout en étant fortement ancrés dans la vie réelle. King aborde toujours d'une manière ou d'une autre, la réalité de la souffrance noire. Mais il avait véritablement une parole pour ses auditeurs. Une parole de foi, d'espérance, qui ouvre vers la réalité du Dieu d'amour qui est auprès de ceux qui ont le coeur brisé. Bref, King a toujours rêvé de cette communauté bien-aimée. Communauté prophétique. Communauté qui est engagée dans la suivante radicale de son maître. C'est probablement l'interpellation la plus forte que l'on doit garder de lui."

   Si l'on reproduit cette conclusion, c'est bien pour garder à l'esprit que l'influence la plus importante de KING s'exerce encore sur le monde chrétien, même si son message demeure beaucoup plus universel.

 

Martin Luther KING, La force d'aimer, Casterman, 1964, réédition aux éditions Empreintes temps présent, 2013 ; Combats pour la liberté, Payot, 1968 ; Révolution non violente, Payot, 1965 ; Où allons-nous? la dernière chance de la démocratie américaine, Payot, 1968 ; La seule révolution, Casterman, 1968 ; Je fais un rêve, Bayard, 2ème édition, 1998 ; Minuit, quelqu'un frappe à la porte, Bayard, 2000. Il existe également des recueils de texte, non traduits en français, The Papers of Martin Luther King édités par University of California (de 1992 à 2005). 

Alain NISUS, La pensée de Martin Luther KING, ThEv Volume 8.1 & 2, 2009. Gandhi et Martin Luther King, des combats non-violentes, Les éditions du Cerf, 1983. Vincent ROUSSEL, Martin luther King, combats pour la liberté, Alternatives non violentes, 119-120, Eté-automne 2001. David L LEWIS, King (Martin Luther), dans Encyclopédia Universalis, 2015.

 

 

Repost 0
Published by GIL - dans AUTEURS
commenter cet article
11 février 2017 6 11 /02 /février /2017 13:46

   Alain VANIER expose les réflexions, qui, à la suite de l'oeuvre de Jacques LACAN, des auteurs, venant d'ailleurs de différents horizons, à travers à la fois la psychanalyse et la philosophie. Il rappelle que refusant de penser psychanalyse et philosophie sous la forme d'une relation de lapsus, le psychanalyste français s'empare dans ses écrits comme dans ses séminaires, de concepts issus de ces deux domaines, pour renouveler la pensée sur l'inconscient. Constatant que le freudisme a tout affecté à notre époque, y compris la métaphysique, Jacques LACAN entend faire un nouvel usage et de la psychanalyse et de la philosophie pour penser les relations humaines. Nombreux sont les philosophes en France qui pensent avec la psychanalyse, et qui remettent en question par exemple ce qui dans la psychanalyse (et notamment dans le volet de la métapsychologie) relève d'un corpus de "discours vrai" et ce qui relève de la pratique du "dire-vrai", comme le fait Frédéric GROS. De nombreux psychanalystes qui viennent de la philosophie continuent de se préoccuper du hiatus entre sa théorie et sa pratique, ainsi P-L ASSOUN, F BALMÈS, F BENSLAMA ou V MICHELI-RECHTMANN... Alain VANIER préfère retenir seulement quelques philosophes contemporains non psychanalystes qui travaillent avec le corpus psychanalytique, comme Alain JURANVILLE ou Rudolf BERNET.

   Alain JURANVILLE (né en 1948), agrégé de philosophie et maitre de conférences de philosophie à l'Université de Rennes I, entreprend de repenser la philosophie avec la psychanalyse. Prenant acte du fait qu'on ne peut plus penser l'une sans l'autre, auteur dans ce sens d'un ouvrage en 3 volumes La philosophie comme savoir de l'existence (2000-2010, PUF), après avoir débuté par l'écriture de Lacan et la philosophie (1984) (édité aux PUF), il entreprend également de repenser l'histoire contemporaine. Son livre inconscient, capitalisme et fin de l'histoire, de lecture au premier abord difficile, mobilise les philosophes et leur philosophie de l'existence (Kierkegaard, Nietzsche, Lésinas...) de même que la philosophie politique, Carl SCHMITT et Karl MARX y prenant une très grande place.

   Rudolf BERNET, professeur émérite de philosophie à l'Université du Louvain et président des archives Husserl, forme le projet "sinon d'inscrire la psychanalyse dans l'histoire de la philosophie occidentale, du moins de mettre en lumière la manière dont, tour à tour, elle prolonge cette histoire et rompt avec elle". Dans Force - Pulsion - Désir, une autre philosophie de la psychanalyse (Vrin, 2013), il repose la question : Qu'est-ce qui, chez l'homme, retient ou empêche la fuite en avant d'une pulsion spécifique? Une autre pulsion complémentaire ou antagoniste? L'instance subjective d'un moi se pliant aux commandements du surmoi? L'ordre du corps vivant, de la raison ou du signifiant? Ou est-il pensable qu'une pulsion humaine se gouverne d'elle-même en canalisant son énergie excessive et en veillant à sa transformation ou sa sublimation plutôt que de se livrer à l'ivresse d'une répétition stérile?

   D'autres travaux reprennent le débat de LACAN avec les principaux "grands philosophes" qu'il interrogeait, comme les phénoménologues (par exemple G-F DUPORTAIL, Les institutions du monde de la vie : Merleau-Ponty et Lacan, Jérôme Million (Grenoble), 2008). 

De nombreuses publications s'attachent, pour leur part, à l'élucidation d'un concept emprunté et détourné du champ philosophique : sujet, objet, être, désir, etc, voire à lui donner une portée, un développement inédit dans l'enseignement de LACAN. Le terme d'Antiphilosophie, avancé par LACAN, qui, bien que n'étant pas sa création, prend un relief particulier dans le moment de sa production : la psychanalyse à l'université (LACAN, "Peut-être à Vincennes?" dans Ornicar? n°1, 1975).

Alain BADIOU (né en 1937), philosophe, romancier et dramaturge français connu politiquement pour son engagement dans l'extrême-gauche, pour sa défense du communisme et des travailleurs étrangers en situation irrégulière, donne ce titre "antiphilosophie" à quatre années de son séminaire. Il situe LACAN dans une lignée où il place également PASCAL, ROUSSEAU et KIERKEGAARD, et l'intègre donc dans une histoire de la philosophie. l'antiphilosophie est définie par "une destitution de la philosophie dans sa prétention théorique" sous la forme d'un "discrédit" plutôt que d'une "réfutation", une "mise à jour de la vraie nature de l'opération philosophique" masquée par le philosophe à laquelle l'antiphilosophie oppose "un acte d'un type nouveau" qui "parachève la destitution de la philosophie à être une théorie du réel, quel que soit ce réel supposé" (Lacan, L'antiphilosophie 3, Fayard, 2013). Si cet acte, pour BADIOU, est "archipolitique" chez WITTGENSTEIN, il est "archiscientifique" chez LACAN, c'est-à-dire sous le signe du "mathème". 

Bernard BAAS, professeur honoraire de philosophie en change au Lycée Fustel-de-Coulanges à Strasbourg, dont le travail porte principalement sur l'intersection philosophie-psychanalyse, reprend cette référence de la lignée philosophique à PASCAL, pour aborder des questions qui sont aussi théologico-philosophiques. Il ne s'agit pas pour lui d'opposer le Dieu de la foi au Dieu de la raison, alors que généralement on occulte sequin lui le Dieu de la foi au profit du Dieu des philosophes... Sur la situation du corpus analytique (voir par exemple Y-a-t-il des psychanalystes sans culottes?, aux Editions Eres (Toulouse), 2012), Bernard BAAS situe la psychanalyse comme "faculté critique" qui doit nourrir un "conflit légitime" face aux "facultés dogmatiques" que sont la psychiatrie et la psychologie de l'adaptation sociale.

De son côté, Barbara CASSIN (née en 1947), philologue, helléniste et germaniste, philosophe spécialiste de la rhétorique de la modernité, directrice du Centre Léon-Robin (2006) et présidente du Collège International de Philosophie (2010), aborde le rapport à la philosophie par un autre biais. Elle, écrit-elle, entreprend de libérer un Lacan "prisonnier (...) de l'étiquette platonicienne quand même il la prend à rebours" (Jacques le Sophiste. Lacan, logos et psychanalyse, Epel, 2012). Elle élabore, entre autres à partir de deux citations du psychanalyste français, une "logologie" à distinguer de l'ontologie aristotélicienne, suivant un axe qui va des Sophistes à Lacan, en passant par Novalis et Freud. 

Slavoj ZIZEK (né en 1949), philosophe slovène de tradition continentale, chercheur en 2012 à l'Institut de sociologie de l'université de Ljubljana, régulièrement invité dans des universités étrangères, travaille LACAN avec MARX. Auteur de nombreux ouvrages (entre autres Bienvenue dans le désert du réel, Flammarion, 2005, réédité à La Parallaxe en 2008), il travaille sur de nombreux thèmes (fondamentalisme, tolérance, mondialisation, politiquement correct, postmodernisme) en dehors de l'interprétation de la psychanalyse lancinante. 

Paul AUDI (né en 1963), philosophe français, membre statutaire de l'équipe de recherches PHILéPOL à l'Université de Paris Descartes, entreprend de lire LACAN à la lumière de JARRY (Le théorème du Surale, Lacan selon Jarry, Verdict, 2011). il s'agit de discuter de l'amour, moins celui de la vérité du philosophe, comme écran à l'amour de la castration, comme le fait BADIUO, que de l'amour à l'épreuve de la sexualité dans une perspective qui est aussi politique. 

   A la périphérie de la philosophie, le corpus analytique est discuté dans des discours connexes : gender studies (Judith BUTLER est influencée par LACAN), postcolonial studies (Paul GIROY, entre autres). L'imprégnation par la psychanalyse des discours de ce début du XXIème siècle est considérable, selon Alain VANIER. 

A l'inverse, la psychanalyse est tout autant influencée par la philosophie, à qui elle emprunte des concepts pour parfois les détourner de leur sens. Il n'a échappé à personne que la théorie de la psychanalyse ressemble à un "coucou" puisant dans les réflexions antérieures, mais n'est-ce pas le destin des "sciences" nouvelles... Toujours est-il que des auteurs comme Bernard BAAS ne se contente pas de le constater, mais interroge le soubassement, l'impensé fondateur de la philosophie. A mesure que la théorie de la psychanalyse diffuse, elle produit elle-même ses résistances. Pour Alain VANIER, "si la psychanalyse avec Lacan aura été, un temps, interprétation de la philosophie, alors il faut évoquer l'effet de surprise de l'interprétation dans la cure, ce qui échappe au savoir, pour être très vite, comme le lapsus, repris par le sens, car à porter attention à cette vérité qui a pu émerger dans le temps de l'interprétation, "je rate". En effet, "il n'y a pas de vérité qui, à passer par l'attention, ne mente" (Jacques Lacan, Préface à l'édition anglaise du Séminaire XI), ce qui se saisit en un éclair est aussitôt repris par la résistance, bien que ce ne soit pas sans effet. (...) Il y a donc le "dire-vrai" de l'expérience unique, celle qui ne peut se connaitre que par "ouï-dire", et il y a la théorie, le "discours-vrai" qui peut se prendre comme philosophie, qui universalise quoi qu'il en soit. Ainsi la théorie psychanalytique est-elle toujours en porte-à-faux par rapport à son objet. Mais cette dimension de l'expérience n'a rien d'ineffable. Ce qui est en question, c'est un impossible, un impossible à dire, c'est pourquoi il y a un enjeu éthique quant à l'existence de la psychanalyse dans le monde d'aujourd'hui, dans un monde où "le cours de l'expérience a chuté, comme pouvait le dire Benjamin, dans un monde où le savoir référentiel recouvre le savoir textuel et le dévalorise. Pourtant cet effort théorique n'est que le témoignage, un dépôt, de cette expérience qu'on voudrait transmissible mais qui ne l'est pas, témoignage de cette "réinvention" à laquelle chaque analyste est conduit. Lacan, dès le début de son enseignement, a pu dire que son projet était de lire Freud avec les outils que Freud avait lui-même forgés, à savoir l'interprétation, pour analyser ce que, dans Freud, n'a pas été analysé et s'est transmis, et plus précisément,ce qui touche à la question du père. En ce sens, l'articulation entre psychanalyse, philosophie et théologie est cruciale. la cure analytique au un par un n'a-t-elle pas pour enjeu de démasquer la "métaphysique clandestine" (au sens qu'en donne Marc Krasner, dans La pluralité et l'infini en philosophie et en mathématique de l'ancienne Grèce, inédit) qui a cours aussi bien dans la psychanalyse, comme enjeu pour chacun, que dans la philosophie et dans la science?"

Alain VANIER, Après Lacan, psychanalyse et philosophie aujourd'hui, dans La philosophie en France aujourd'hui, Sous la direction de Yves Charles ZARKA, PUF, 2015.

 

PHILUS

 

Repost 0
Published by GIL - dans PHILOSOPHIE
commenter cet article