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31 juillet 2020 5 31 /07 /juillet /2020 09:26

    Le conventionnalisme, qui fait peu l'objet de descriptions ou de commentaires est une sociologie apparue en France, dans le milieu des années 1980 et qui s'est développée par des travaux divers jusqu'à la fin des années 1990. Elle date officiellement de la publication, en 1987, d'un premier livre, Les économies de la grandeur, de Luc BOLTANSKI (né en 1940) et Laurent THÉVENOT (né en 1949). Des articles regroupés dans une revue économique élargissent ensuite son assise. Le conventionnalisme revendique son appartenance au courant de l'individualisme méthodologique, tout en proposant les moyens de prendre en compte l'existence du collectif dans la détermination des individus et dans celle de leur cadre d'action. Il s'inscrit dans la critique de la sociologie classique, fondée sur des antinomies telles que objectif/subjectif, collectif/individuel, économie/sociologie, matériel/idéel, en se proposant de les surmonter. Son cadre d'analyse "reprend le problème, central dans les sciences sociales, de la possibilité de l'accord entre les membres d'un société" ou d'une autre façon, pour lui, "la question de l'accord constitue l'une des questions fondamentales dont les sciences sociales ont hérité de la philosophie politique" (BOLTANSKI et THÉVENOT, 199, De la justification). Le conventionnalisme qui se veut explication du monde stipule que les sciences sociales ont "pour projet l'intelligence du commerce entre les hommes" (1987). De là découle l'objet de leur théorie : l'étude des lois qui régissent le commerce des hommes et l'examen de leurs échanges et des formes qu'ils prennent.

Le projet du conventionnalisme emprunte à l'individualisme méthodologique en plaçant l'individu au coeur de la théorie (héritage de l'économie néo-classique), il propose d'en dépasser les limites en montrant que l'individu inscrit son action dans un cadre social, celui des accords, des compromis et des conventions. Jean-Pierre DURAND et Robert WEIL doutent que cette sociologie qui entend privilégié le volet coopération dans les relations humaines, en mettant souvent de côté la force des conflits, atteigne ses objectifs. Cette sociologie se rattache à un contexte bien précis, celui où certaines classes sociales parmi les plus privilégiées économiquement recherchent le consensus pour leur projet de société néo-libérale. Il n'est pas certain que ses analyses emportent la conviction ou soient suffisamment solides au moment où précisément se dessinent des formes radicales et parfois violentes des conflits de toute sorte, comme c'est le cas sur tous les continents dans les premières décennies du millénaire suivant... La production de ces analyses est suffisamment importante toutefois pour que l'on parle d'une sociologie qui entend aborder l'ensemble des relations humaines...

    Cette sociologie est aussi une théorie économique hétérodoxe, caractère qu'elle partage avec celle, concurrente, de la théorie de la régulation, née également en France. Elle est connue plus d'ailleurs sous le nom d'économie des conventions (renforçant là, cette sociologie, son lien avec l'économie) que sous le nom de conventionnalisme.

Inutile (quoique...) de signaler que ce conventionnalisme n'a rien à voir avec la doctrine du même nom, stipulant une séparation fondamentale entre les données de l'intuition et des sens, et les constructions intellectuelles permettant de fonder les théories scientifiques ou mathématiques, doctrine développé notamment pas Édouard LE ROY, Pierre DUHEM et Henri POINCARÉ, sous des formes assez différentes, entre le XIXe et le XXe siècle, qui trouve son origine profonde dans la séparation kantienne entre intuition et concept.

 

Une théorie de l'action raisonnable...

   Les échanges entre individus constituent le contexte de l'action et dessinent la nature des contraintes. Pour qu'ils puissent avoir lieu, il faut que les actes de chacun soient compréhensibles et acceptables par d'autres, et que chacun soit à même de justifier son comportement à l'égard d'autrui. Le postulat qui fonde cette affirmation est que l'homme est un être raisonnable, il sait raisonner et il entend raison. En effet, le lien qui unit l'être particulier qu'est l'homme à la communauté de ses semblables, c'est "l'impératif de justification... Cet impératif de justification est même un attribut caractérisant ce en quoi les personnes sont humaines. Le principe de justification établit le lieu essentiel de la communication entre les hommes. Entrer en relation suppose donc de rechercher un langage commun, de définit un objet transcendant l'intérêt particulier de chacun, de s'entendre sur ce que chacun reconnaît comme un "principe supérieur commun". Ce principe permet que des accords soient passés entre les hommes. Ces accords ne sont pas des contrats car "le contrat est un resserrement par lequel il s'agit de borner, de mettre à leur place, de relier davantage les uns aux autres, les éléments d'en ensemble" (THÉVENOT, 1989). Si ces accords sont susceptibles d'être conclus, c'est parce que les hommes vivent ensemble et disposent d'un système de valeurs communes rendant possible l'établissement de conventions. Ces accords sont donc des conventions  qui, au contraire des contrats, sont des formes permettant de "coordonner des intérêts contradictoires qui relèvent de logiques différentes, mais qui ont besoin d'être ensemble pour pouvoir être satisfaits (...) Une convention est un système d'attentes réciproques sur les comportements et les compétences, conçus comme allant de soi et pour aller de soi" (Idem). Le conventionnalisme est donc une théorie du consensus social, reposant, selon ses fondateurs, sur l'essence même de la nature humaine.

   Le conventionnalisme est ainsi une théorie de l'action. A ce titre, il étudie les motivations des individus, les modalités de l'objectivation de l'action et le cadre dans lequel se déroule l'action. C'est qu'il appelle les formes de coordination. Mais il récuse les concepts fondateurs de l'action individuelle contenus dans l'économie néo-classique, théorie par excellence de l'échange marchand. Il s'attaque par conséquent à ce qu'il considère comme les concepts de base du dogme de l'économie néo-classique pour les transformer en éléments fondateurs de ses propres principes : les concepts de rationalité, de complexité et d'équilibre. A la place de ces concepts, il utilise les notions d'épreuve de réalité impliquant la justification (l'action raisonnable), la pluralité des modes (formes) de coordination ou cadres de l'action des individus, et enfin la dynamique de transformation du monde ou plutôt des mondes. Car le conventionnalisme se veut aussi une théorie du changement social. Dans l'esprit de ses fondateurs, il ne s'agit pas simplement d'un changement vocabulaire. Ils entendent aller vers la compréhension du changement social, chose que ne semble plus pouvoir faire l'individualisme méthodologique.

   La théorie peut apparaître complexe au sociologue tant les catégories de pensée appartiennent à l'économie ou aux sciences morales et politiques, et tant les efforts déployés par cette sociologie ne semble pas prôner l'économie des moyens pour comprendre la société... Certains pourront penser, et nous ne sommes pas loin de le faire, que ces efforts veulent à tout prix éviter de partir des conflits qui sont pourtant la substance de maintes relations sociales, surtout si ces conflits ne semblant être maitrisés par les individus, pris par eux plus qu'ils ne les alimentent volontairement.

Afin de donner un aperçu général de la théorie conventionnaliste sans être trop réducteurs, Jean-Pierre DURAND et Robert WEIL présentent successivement, du plus simple au plus complexe :

- les objets environnant l'homme et utilisés dans l'action ;

- la logique de l'action, à savoir la justification de celle-ci vis-à-vis d'autrui ;

- les six axiomes qui définissent la nature de l'homme, c'est-à-dire ce que sont les hommes ;

- les trois axiomes qui fondent le cadre de l'action, soit la coordination de l'action entre individu ;

- le modèle commun à l'action et la relation d'équivalence ;

- les six mondes ou cités dans lesquels l'homme agit ;

- la transformation du monde avec le passage d'un monde à un autre.

  L'ensemble de ces sept propositions dont système, et effectivement dans les travaux des fondateurs, on passe très vite d'un élément à un autre. C'est le propre d'une théorie générale : en définissant l'essence de homme, l'environnement d'objets qu'il s'est construit, la logique de son action, puis en conceptualisant le cadre de cette action, le conventionnalisme proposer de segmenter la réalité sociale en six mondes ou univers ou cités caractérisés chacun par une nature des objets et des hommes. Ce n'est que lorsque les accords et conventions qui y règnent ne sont plus acceptés ou acceptables que de nouveaux accords ou compromis sont reconstruits, donnant naissance à un nouveau monde ou cité.

 

Un programme général d'études...

     Cette économie des conventions dont les auteurs, presque tous des économistes, veulent qu'elle soit plus qu'une théorie économique, une véritable sociologie (quoi là-dessus des divergences existent)n s'alimentent à partir du milieu des années 1980 des travaux de Jean-Pierre DUPUY, François EYMARD-DUVERNAY, Olivier FAVEREAU, André ORLÉAN, Robert SALAIS et Laurent THÉVENOT. Leur programme général consiste en une reprise du projet radical de John Meynard KEYNES, qui vise à tirer toutes les conséquences pour l'analyse économique d'une prise en compte réaliste de l'incertitude, découlant d'une hypothèse de rationalité limitée. Au premier rang de ces conséquences, figure la nécessité d'un traitement endogène des modalités de gestion de cette incertitude, soit des représentations pratiques supposées partagées (en quoi consistent les conventions). Ces représentations renvoient aux attentes que forment les agents quant au déroulement de leurs coordinations, soit à l'idée qu'ils se font du fonctionnement des groupes au sein desquels ils agissent.

Tous ces auteurs partent des préceptes de l'individualisme méthodologique et ne l'abandonnent pas, même si le poids des institutions est souvent examiné, du point de vue de la contrainte qu'ils exercent sur les acteurs qui seuls sont à même de faire émerger des règles de comportements. Cela n'empêchent pas certains, sans renoncer aux "bienfaits" du libéralisme, d'adopter souvent une attitude extrêmement critique par rapport au système économique et social existant. Et de faire, par enchaînement d'idées, des propositions perçues comme radicales par les tenants de l'économie néo-libérale.

Leur objectif est de "concilier une certaine autonomie du social, allant jusqu'à reconnaître ses lois propres, avec l'idée que ce sont toujours les individus, et non des entités supra-individuelles, qui agissent et qui portent des intentions collectives (individuelles et/ou collectives)" (Christian BESSY et Olivier FAVEREAU, Institutions et économie des conventions, dans Cahiers d'économie politique, 2003/1, n°44)

 

Jean-Pierre DURAND et Robert WEIL, Sociologie contemporaine, Vigot, 2002.

 

SOCIUS

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30 juillet 2020 4 30 /07 /juillet /2020 08:44

  Maints documentaires évoquent l'avancée des Alliés et le repli stratégique de l'Armée allemande, surtout côté Ouest, mais pas seulement. Côté films, la série soviétique La libération, déjà évoquée, détaille l'avancée sur le front Est des Soviétique, tandis que de nombreux films en Occident se concentrent sur la bataille des Ardennes, contre-offensive allemande, dont l'échec précipite la fin de l'Allemagne nazie, pratiquement toutes ses forces les plus entrainées, les plus aguerries et les plus dotées de chars de dernière génération ayant été consacré à cette tentative d'atteindre Anvers et de priver les Alliés de cette précieuse tête de pont, dans l'espoir (fou et vain) d'obtenir des États-Unis un répit afin de pouvoir contrer les forces soviétiques.

 

Côté documentaires

- 39-45, le monde en guerre, L'étau, Août 44-mars 45, DVD 1, volume 3

- Les grandes batailles, Allemagne 1944, partie 1

 

- Apocalypse La deuxième guerre monde, épisode 6 L'enfer

 

- Champs de bataille, La bataille des Ardennes (TIGNERES)

 

 

Côté films :

La bataille des Ardennes (ANAKIN)

 

- Attack! (ALDRICH)

 

- Un pont trop loin Hollande 1944 (ATENBOROUGH)

 

- Section 44 (GORDON)

 

- L'enfer est pour les héros (PIROSH)

 

- Bastogne (WELLLMAN) qui relate en 114 minutes l'histoire de la 101e aéroportée résistant à la contre-offensive allemande finale.

 

- Dans la série soviétique évoquée auparavant, La libération : DVD 2, l'opération Bagratin ; DVD 3, La bataille pour Berlin

 

 

Côté série

Frères d'armes : A la croisée des chemins, Bastogne (DVD3) et Point de rupture, La dernière patrouille (DVD 4)

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27 juillet 2020 1 27 /07 /juillet /2020 09:48

    Walter CLARKE est un homme politique, qui devient gouverneur (Trois fois, 6e, 13e et 17e gouverneur, respectivement en 1676-1677, 1686-1686 et 1696-1698) de la colonie de Rhode Island et Providence Plantations et le premier gouverneur "natif", amérindien de cette colonie anglaise.

   Fils du président colonial Jeremy CLARKE, il est quaker comme son père. Sa mère Frances (LATHAM) CLARKE, est souvent appelée la "mère des gouverneurs". A la fin de la vingtième année, il est élu député de Newport et, en 1673, est élu à son premier des trois mandats consécutifs d'adjoint. Pendant la guerre du "roi Philip", il est élu à son premier mandat de gouverneur de la colonie. Il sert pendant un an dans ce rôle, s'occupant de la  réparation des dévastations de la guerre et des exigences prédatrices des colonies voisines sur le territoire de Rhode au lendemain de la guerre.

   En 1676, lors de la dévastation de la guerre du roi Philip, il fait lors de son premier mandat de gouverneur face à une situation particulièrement difficile. La plupart des colons sur le continent (Providence et Warwick) fuient vers Aquidneck Island où se trouvent Newport et Portsmouth. Un flottille de sloops ou de canonnières, chacune avec 5 ou 6 hommes, naviguent constamment autour de l'île pour se replier d'éventuels attaquants. L'ile est en grande partie détruite, y compris la plupart des maisons et des champs. Comme la colonie est à moitié quaker, pendant cette période, une loi de 1673 est promulguée pour exempter les hommes de leur devoir militaire si porter des armes est contraire à leurs convictions religieuses. Pendant la guerre, l'acte est abrogé en mai 1676, mais ré-adopté 6 mois plus tard à la réunion d'octobre de l'Assemblée Générale. Toujours au cours de cette cession d'octobre, une lettre est envoyée à la colonie voisine du Connecticut pour les revendications dans le pays de Narragansett. En mai 1677, le "Parti de la guerre" gagne la plupart des sièges à l'Assemblée Générale, et Benedict ARNOLD est élu gouverneur. CLARKE quitte le pouvoir pendant deux ans, mais en 1679, il est élu vice-gouverneur. Il occupe continuellement ce poste jusqu'en 1686, date à laquelle il est de nouveau élu gouverneur.

   La mort du roi d'Angleterre Charles II en 1685 amène James II sur le trône, avec une nouvelle politique à l'égard des colonies américaines. Edward RANDOLPH est envoyé en Amérique pour établir un gouvernement temporaire sur les colonies jusqu'à ce qu'un gouverneur permanent puisse être établi.

   En juin 1686, Joseph DUDLEY et son conseil tiennent un tribunal à Narragansett, rendant le territoire, nommé Providence, nommé province du Toi, indépendant de toute colonie. Edmund ANDROS est nommé gouverneur royal de toutes les colonies de la Nouvelle-Angleterre sous le Dominion de la Nouvelle-Angleterre, et lorsque l'Assemblée Générale de mai 1686 est ajournée en juin, elle ne se réunirait plus. Pour ne pas perdre tout pouvoir législatif, les habitants des iles Rhodes placent ce pouvoir dans les villes individuelles, maintenant ainsi une grande partie des libertés de la colonie sous la régne d'ANDROS.

Cela fait rappeler que, constamment, les colons des différents villes de la nouvelle-Angleterre sont confrontés à des entreprises de reprise en main par le pouvoir royal, lequel entend par là faciliter à la fois le maintien de l'ordre, la fiscalité et la "protection" par rapport aux  puissances rivales (France), induisant une certaine uniformisation de l'ordre établi à laquelle résistent précisément les colons. Les germes de la guerre d'Indépendance américaine sont établis depuis très longtemps en Amérique.

   Quand ANDROS prend le pouvoir dans la colonie de l'île de Rhodes, il s'entoure de 7 conseillers dont CLARKE. Lorsque le gouverneur royal vient à Newport pour prendre possession de la Charte royale de la colonie, CLARKE cache le document chez son frère. L'un des résultats positifs du régime d'ANDROS est le retour éventuel à Rhode Island du pays narragansett, autrefois disputé et revendiqué par Humphrey ATHERTON et sa compagnie. Lorsque le roi James s'enfuit en France et William III et Mary II montent sur le trône d'Angleterre, ANDROS est chassé de la Nouvelle-Angleterre et la Charte royale de 1663 devient de nouveau le document directeur de la colonie de l'île de Rhodes. Mais CLARKE refuse de reprendre ses fonctions de gouverneur de la colonie et HENRY est élu à sa place. Sa position change plusieurs années plus tard, lorsque les colonies se préparent à une invasion par la France. Le gouverneur FLETCHER de NewYork demande un contingent d'hommes à Rhode Island, qui réplique alors qu'elle-même est trop exposée du fait d'un littoral sous-défendu pour s'en démunir. Lorsque, le traité de RyBrunswick rétablissant la paix avec la France est signé, CLARKE, en tant que quaker, refuse de prêter serment pour poursuivre les corsaires qui ne suspendaient pas leurs opérations en mer.

   Quand BRENTON fait venir une commission à Peleg Sanford pour contrôlé l'application des directives de la Couronne d'Angleterre, il s'en irrite. Il s'irrite de plus lorsque BRENTON demande d'imprimer les lois de Rhode Island, ce qui n'avait jamais été fait, et de destituer CLARKE. Tout ceci pousse CLARKE à démissionner de son poste de gouverneur et il est probable que son neveu, Samuel CRANSTON, ait présidé la réunion de mai 1698 de l'Assemblée, lorsqu'il est élu pour la première de ses nombreuses fonctions. CLARKE ne cesse toutefois pas sa fonction publique et il est élu en 1700 vice-gouverneur sous CRANSTON, sans cesse reconduit jusqu'à sa mort dans cette fonction.

   Les difficultés de CLARKE sont emblématiques des vicissitudes rencontrées par les leaders quaker dans certaines des colonies où ils sont hégémoniques dans posséder tous les leviers du pouvoir comme en Pennsylvanie. Les conflits entre leurs convictions quakers et les réalités s'accroissent en intensité au fur et à mesure que la population s'accroit d'éléments extérieurs, souvent amenés là à cause de nombreux troubles, mais aussi au fur et à mesure que les contentieux entre la Couronne et les colons se multiplient.

 

Pour les écrits et la biographie de Walter CLARKE, voir surtout le site internet quahog.org

Arnold, Samuel GREEN, Hisotry of the State of Rhode Island and Providence Plantations, New York, D. A. Appleton & Compaby, 1859. Val S. RUST, Radical Origins, Early Mormon Converts and Their Colonial Ancestors, University of Illinois Board of Trustees.

 

 

   

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23 juillet 2020 4 23 /07 /juillet /2020 11:48

  On peut considérer la filmographie - documentaires, séries télévisées et films de fiction confondus - de la seconde guerre mondiale comme étant réparties en plusieurs blocs de thèmes, et non seulement sur le plan des opérations militaires. Les résistances et les collaborations dans les territoires occupés avec l'occupant constituent à elles seules un de ces blocs : riche, fourni, global ou local, ce bloc a inspiré nombre de réalisateurs, et au fur et à mesure que l'on s'éloigne dans le temps de cette guerre, de manière de moins en moins caricaturale, de plus en plus nuancée, prenant en compte de plus en plus les conflits sociaux exacerbés par elle, s'attardant de plus en plus sur les motivations (politiques, psychologiques...) des adversaires face à face.

 

Côté documentaires

- Dans la série 39-45, Le monde en guerre, dans le DVD1, volume 3 sont développés l'Occupation de la Hollande (1940-1944).

 

- Vichy ou la mémoire emprisonnée est un de plusieurs documentaires consacrés au régime de l'État Français.

 

- Résistants-Collabos, Une lutte à mort (WEBER/MAZUET) éclaire le combat féroce entre deux facettes extrêmes de la résistance et de la collaboration.

 

- Collaborations (LE BONIN) parcoure les différents types de collaborations en Europe.

- Les combattants de l'ombre (GEORGE) dresse en 3 DVD le panorama des résistances. C'est un ensemble de commentaires, de témoignages d'anciens résistants (certains se considèrent d'ailleurs encore comme des résistants), d'images d'archives (remarquable travail sur la photographie), qui permet de se faire une première idée (car il faut toujours prolonger par l'écrit...) de l'état des différentes résistances en Europe durant la seconde guerre mondiale. Le documentaire reste toujours au niveau des acteurs de ce drame tout en prenant très souvent de la hauteur dans la narration des événements. Si l'on doit conseiller un seul documentaire ou un documentaire d'ouverture à la réflexion, c'est bien celui-là.

 

- Elles étaient en guerre 1939-1945 (BEZIAT-NANCY) se consacre à une grande partie du vécu des femmes pendant la seconde guerre mondiale.

 

Côté séries

- Une française des plus récentes, Un village français suit les différentes "aventures" d'un médecin contraint d'exercer des responsabilités politiques pendant l'Occupation.

 

- La ligne de démarcation, une des plus anciennes séries françaises consacrées à l'Occupation décrit plusieurs "faits héroïques" de résistants autour de la zone de démarcation entre le territoire sous administration directe allemande et celui sous le gouvernement de Vichy.

 

- Le 16 à Kerbriant tourne autour des relations entre résistants et un commandant allemand aux positions ambigües.

- La bicyclette bleue

 

Côté films, voici une sélection parmi la surabondante production autour de l'occupation, de la collaboration et de la résistance en Europe

 

- Uranus, sur la collaboration française (BERRI)

- Rome, Ville ouverte (ROSSELLINI)

 

 

- L'Élu (DISOAR)

- Fortunat (JOFFE)

 

- L'armée du crime (GUEDIGUIAN)

 

- Black Book (VERHOEVEN)

- Sous la ville

- Le train (FRANCKEIMER) montre les réseaux français de résistance dans les chemins de fer, à l'appui de la chasse à un train bourré de trésors volés, en route pour l'Allemagne. 

A rapprocher ce film, sur le thème des vols d'oeuvres d'art par les nazis, le film Monuments Men, de George CLOONEY, qui relate l'aventure d'une équipe chargée de récupérer ces multiples oeuvres volées dans toute l'Europe.

- HHhH, L'assassinat d'Heydrich (JIMENEZ)

 

- Opération Lidice

- La nuit des généraux

 

- Walkyrie (SINGER)

- La traversée de Paris (AUTANT-LARA)

- Normandie Niemen (DREVILLE)

 

- Suite française (SALL DAVB)

- Achtung! Bandits! (LIZZANI)

- La bataille du rail

 

Côté téléfilm, sélection autour d'une production elle aussi abondante

- 1943, L'ultime révolte (AYMET)

- Le temps de la désobéissance (VOLSON). Il s'agit-là des résistances au sein de la police française, à la politique d'extermination des Juifs en France.

- War of resistance (SPENCER)

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20 juillet 2020 1 20 /07 /juillet /2020 19:29

    Ann AUSTIN est une des première quaker prêcheuse lors de ses voyages dans le Nouveau Monde. Elle et Mary FISHER sont considérées comme les premières quakers en visite dans les colonies anglaises d'Amérique du Nord.

     Résidente de Londres, elle quitte l'Angleterre avec Mary FISHER pour apporter le message de George FOX. Convertissant avec elle le gouverneur des Barbades dans les Caraïbes, elle devient le 11 juillet 1656 la première quaker à visiter les côtes anglaises de l'Amérique du Nord, arrivant à Boston sur le "Swallow", affrêté grâce à des fonds recueillis dans les communautés quakers d'Angleterre. Elle rencontre la ferme hostilité des populations puritaines et du gouverneur de la colonie, Richard BELLINGHAM.

A l'arrivée, elle est arrêtée et emprisonnée. Forcés de se déshabiller en public comme le veut la procédure en vigueur contre les sorcières, elle se voit saisir ses écrits et pamphlets brulés sur la place publique. Malgré des soutiens extérieurs à la prison (notamment Nicholas UPSALL), elle ne peut s'exprimer face à des autorités pénitentiaires hostiles. FISHER et elle sont ensuite déportées vers les Barbades sur le même navire après 5 semaines d'emprisonnement.

Elle retourne avec FISHER en Angleterre en 1657, où elle continue son ministère, jusqu'à sa mort en prison lors de la Grande Peste de Londres de 1665.

 

Anne AUSTIN, Works by Anne Austin, Project Gutenberg, site Internet : gutenberg.org

James BOWDEN, The History of the Society of Friends in America, part 1, Appelwood Books, 2009. Anne Austin and Mary Fisher arrested, sur le site Internet : christianity.com.

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19 juillet 2020 7 19 /07 /juillet /2020 07:39

       Robert DÔLE écrit là un essai - court mais dense - sur "les vestiges du puritanisme dans la mentalité américaine actuelle", à la mesure de toute son expérience d'états-unien expatrié volontaire au Canada, suffisamment loin pour ne plus en subir les effets, mais suffisamment près (en dehors de son vécu antérieur) pour en mesurer la puissance. Américain d'origine puritaine, polyglotte, a choisi le Québec comme terre d'exil. Depuis 1977, professeur d'anglais à l'université du Québec à Chicoutimi, il a vécu et enseigné en Europe, aux universités de Metz, de Bonn et de Lodz.

Son court essai étaie une hypothèse fondamentale tout sorti de ce qu'il a vécu pendant 22 ans (enfance et adolescence, à Washington DC) et de qu'il a pu, en partie par introspection, comprendre de la mentalité des Américains des États-Unis. Son hypothèse veut "que la mentalité américaine d'aujourd'hui soit le produit du puritanisme du XVIIe siècle.

"Cette idée, écrit-il dans son Introduction, peut paraître banale à première vue, surtout si on pense à l'hypocrisie en matière sexuelle (...) ou au mouvement des born-again Christians. Ce qui m'intéresse pourtant, ce sont les vestiges de la mentalité puritaine précisément là où on ne les soupçonnerait par de prime abord", d'autant que, selon lui une grande partie du monde est contaminée par cette mentalité. "Je pense, entre autres, à la politique extérieure des États-Unis, au mouvement de libération des homosexuels et au féminisme américain. Dans l'esprit des Américains, toute intervention militaire ou politique dans d'autres pays est justifiée par le fait que les Américains sont toujours le peuple élu de Dieu, ce dont les puritains du XVIIe siècle étaient entièrement convaincus", même si, en réalité, beaucoup se sont exilés parce que nombre de leurs compatriotes leur ont demandé d'exercer leur sectarisme ailleurs (la formule est de nous...). "Le féminisme américain hérite aussi de cette tradition de pensée en donnant aux femmes le statut de peuple élu par rapport aux hommes déchus." (on ne s'en convainc, dirions-nous qu'en ayant accès à la grande masse des écrits de ce féminisme-là, qui pourrait paraitre indigeste à nombre d'entre nous...). "Le mouvement homosexuel est une manifestation de la tradition de confession publique qui joue un rôle primordial dans le comportement puritain. Établir des liens entre les sermons des pasteurs du XVIIe siècle et l'articulation des mouvements homosexuel ou féministe ne sera pas toujours tâche facile, mais le plaisir d'un raisonnement est aussi grand que le défi qu'il présente".

"Voici mon hypothèse, poursuit-il, A l'insu des Américains, il existe  un caractère américain, une mentalité américaine, un comportement américain qui sont propres au peuple américain et qui le distinguent d'autres nationalités. Les Américain, par contre, tendent à croire que leur mentalité est universelle. La manière de penser et d'agir des Américains remonte au XVIIe siècle. Ces derniers pensent généralement que leurs politiques gouvernementales et leurs relations interpersonnelles dérivent de l nature universelle de l'homme et des lois de la logique. Dès lors, ils sont aveuglent à ce qui est unique chez eux et ne comprennent pas le chox culturel que vivent maints étrangers lorsqu'ils arrivent aux États-Unis.

Les Américains croient aussi que leurs tendance actuelles sont tout à fait modernes. Mon hypothèse de l'influence durable de leur passé puritain aurait de quoi les surprendre. Il reste qu'à mon avis le caractère américain a été façonné par l'expérience puritaine qui a laissé toutes sortes de traces, parfois évidentes, mais parfois trop subtiles pour être décelées au premier coup d'oeil. Les intérêts américains changent, changent aussi les tendances sociales et philosophiques, mais il existe quand même quelque chose de permanent dans le caractère américain, et c'est précisément ce quelque chose que je veux retrouver chez les ancêtres puritains. Devant toutes ces nouvelles idées politically correct qui se manifestent année après année, j'ai la réaction suivante : plus ça change, plus c'est pareil.

Je vais me concentrer sur quatre aspects de la mentalité et de la vie puritaine du XVIIe siècle et sur leurs vestiges au XXe. L'individualisme, la division entre les élus de Dieu et les non-élus, la cruauté et la confession publique. Je montrerais que ces aspects de la mentalité puritaine sont présents dans la vie contemporaine des États-Unis, telle qu'on la retrouve présentées dans les romans récents de Joyce Carol Oates. Finalement, j'exposerai les idées critiques d'autres auteurs à l'égard du marasme social et spirituel des Américains d'aujourd'hui. (...)". L'auteur met en garde contre une interprétation de sa pensée : il ne veut pas critiquer tout ce qui se passe dan la culture américaine contemporaine en la comparant aux excès de ses ancêtres. "Plutôt, j'essaie de retrouver dans les origines lointaines des tendances qui ont abouti aux phénomènes culturels actuels. Bien sûr, je condamne les expressions de la cruauté américaine telles que les bombardements des grandes villes, la peine capitale et le manque de programmes sociaux. La cruauté qui motive ces phénomènes fait partie d'une tradition qui trouve ses racines dans l'expérience puritaine du XVIIe siècle. Les Américains d'aujourd'hui admettent que la violence est un aspect omniprésent de la vie sociale. Ils disent : Violence is as American as apple pie (La violence est aussi américaine que la tarte aux pommes). (...) Pourtant, tout acte de violence implique la cruauté. Il est quand même curieux qu'un peuple se voit comme violent, mais ni en même temps son caractère cruel. Si je condamne la cruauté, je n'ai rien contre la confession publique et je tends moi aussi à diviser le monde en deux classes : les élus et les non-élus. Pour moi, les élus sont les exploités et les non-élus, les exploiteurs. C'est un mariage du puritanisme et du marxisme qui me convient parfaitement. Je peux donc sympathiser avec les mouvements féministe et homosexuel qui dérivent de la tradition puritaine sans accepter les actes de cruauté commis par le gouvernement américain, lesquels découlent de la même tradition. (...)".

  L'auteur consacre donc un chapitre à chacun des aspects de la mentalité américaine : l'individualisme, la division entre élus et non-élus, la cruauté et confession publique, argumentant sa réflexion de nombreuses citations. Après avoir exposé ce qui lui semble être le témoignage de Joyce Carol OATES - rappelons que la romancière américaine née en 1938 est l'un des plus prolifiques écrivains de la littérature contemporaine aux États-Unis, avec d'importantes réceptions dans de nombreux pays - il livre d'autres analyses de la mentalité américaine qu'il divise "facilement" entre groupes d'avant le XXe siècle et du XXe.

  Dans sa conclusion, il présente ce qu'il nomme comme à la fois un plaidoyer en faveur d'une transformation radicale du système socioéconomique des États-Unis et un avertissement pour les autres pays, en ne cachant pas qu'il puise une grande partie de ses opinions à une lecture attentive de la Bible. Il espère que le matérialisme qui est souvent synonyme d'américanisme peut évoluer en quelque chose de plus positif que certaines manifestations désespérantes de la vie américaine.

Robert DÔLE, Le cauchemar américain, Essai sur les vestiges du puritanisme dans la mentalité américaine actuelle, vlb éditeur, 1996, 140 pages

 

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18 juillet 2020 6 18 /07 /juillet /2020 12:49

  Mary FISHER (Mary Fisher) Bayley CROSSE est l'une des Valiant Sixty (Soixante Vaillants), du groupe d'itinérants prêcheurs dont la mission est de répandre le message du fondateur des Quakers, George FOX. Dans le climat de l'époque, elle se considère comme véritable missionnaire de la vraie Parole de Dieu...

 

Prêches et persécutions

  Née dans le Yorkshire, en Angleterre, servante dans une famille à Selby, elle entend en décembre 1651, le prêche de George FOX, et conquise, elle y commence dès 1652 comme Diffuseuse de Vérité., avec publications à l'appui Emprisonnée assez vite, car les prêches des quakers sont plutôt véhéments et audibles quel que soit le lieu, au château de York, avec Élisabeth HOOTON et quatre autres quakers, qui se joignaient à elle dans le pamphlet False False Prophet and False Teachers Described (1652), appelant à quitter en urgence l'église d'État et dessinant une Lumière Intérieure. En 1653 et 1654, elle est emprisonnée à York pour offenses contre l'Église à Pontefract.

   En décembre 1653, accompagnée d'Elisabeth WILLIAMS, elle marche dans Cambridge dans une campagne prosélyte pour le sud de l'Angleterre. Elle rebute les étudiants en théologie du Sidney Sussex College. Par ordre du maire, elles sont exposées comme vagabondes, et deviennent les premières quakers à être publiquement fouettée pour leur ministère. En 1655, FISHER est de nouveau emprisonnée par le prieur de Newport PAGNELI à Buckinhamshire.

 

Mission dans le Nouveau Monde

    En 1655, Mary FISHER et d'autres prêcheurs quakers, dont Ann AUSTIN, voyagent dans le Nouveau Monde, d'abord aux Barbades dans les Caraïbes, où ils convertissent le lieutenant gouverneur. Le 11 juillet 1656, date emblématique pour la communauté quaker américaine, ils deviennent les premiers quakers à visiter les colonies anglaises d'Amérique du Nord, arrivant à Boston sur le Swallow, navire affrété grâce aux nombreux fonds recueillis un peu partout. Ils rencontrent une forte hostilité de la part de la population puritaine et du gouverneur de la colonie, Richard BELLINGHAM, les nouvelles sur leurs vues hérétiques les ayant précédés.

A l'arrivée, ils sont emprisonnés, les femmes sont examinées comme sorcières, leurs ouvrages saisis. FISHER et AUSTIN sont déportées aux Barbades après cinq semaines d'emprisonnement. Elles retournent en Angleterre en 1657.

 

Mission dans l'Empire Ottoman

    En 1658, Mary FISHER voyagent dans un groupe de 6 quakers dans la Méditerranée et visitent l'Empire Ottoman, pour exposer leur vérité au jeune Sultan Mehmed IV, après des péripéties de Venise en Grèce, en Macédoine et en Thrace. Elle peut, dans ses récits §notes de Turquie), comparer ses impressions par rapport à des précédents voyages en terres chrétiennes. Les quakers y furent mieux traités et elle constate qu'il y a moins d'intolérance en Turquie qu'en Amérique...

Elle termine là ses voyages en 1659 et retourne en Angleterre et termine son ministère et sa vie en Caroline du Sud (Nouvelle-Angleterre) où elle émigre en 1678, après s'être mariée (deux fois, le premier mari ayant péri en mer).

 

Mary FISHER, Quakers in the World, 2013 (qfp.quaterweb.org). Les écrits de Mary FISHER sont éparpillés dans de nombreux ouvrages, présents partiellement dans plusieurs sites, dont Panels of the Quaker Tapestry (web.archive.org) et Essay on the Valiant Sixty (ibid). On peut consulter les sites quakersintheworld.org et quakerhistory.org

Geraldine LEATHEROCK, Preaching Truth and Listening for Truth : Early Qauker Mary Fisher and Prospects for interreligious Dialogue, Indiana, 2013, site erquaker.blogspot.com

   

    

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16 juillet 2020 4 16 /07 /juillet /2020 09:07

   Marchand d'armes depuis quarante ans, grande gueule (selon ses propres termes) toujours flanqué de jeunes femmes (bisexuelles, un atout toujours selon lui) disponibles pour recevoir des informations (dans le lit, ce sont les meilleures) de ses concurrents et "amis", si tant est qu'on peut en avoir dans cette "profession" d'intermédiaires, à la population nombreuse, Bernard CHEYNEL délivre dans ce livre en quelque sorte ses Mémoires... Dont maints passages constituent autant d'occasion de se plaindre des malheurs qu'il a dû enduré dans ses entreprises (solitaires), qui nous font arracher des tonnes de larmes de crocodiles (notez que les sauriens n'ont pas de glandes lacrymales...)...

   Par-delà le témoignage très détaillé de ses entreprises de relations publiques-privées visant à "faciliter", moyennant commissions normalement substantielles (qu'il s'est fait volé maintes fois) (forts pourcentage sur le montant total des contrats), nous révélant au passage les turpitudes de maints hauts responsables de sociétés privées et publiques d'armement (Safran, Dassault, Thomson, Thalès, Direction des Constructions Navales, Sagem, Sfim...) et de responsables politiques (de Jacques CHIRAC à Nicolas SARKOZY...), de la révolution iranienne à l'affaire Karachi, c'est une véritable description de la manière dont fonctionne réellement les marches d'armements. Constamment relancés à l'occasion du renouvellement d'armes obsolètes (notamment dans l'aéronautique), ces marchés qui n'existeraient pas sans les intermédiaires comme Bernard CHEYNEL capables de mettre en relation responsables d'État des matériels en question et décideurs des sociétés commerciales, fonctionne en France suivant des caractéristiques que l'auteur désigne comme dommageables pour l'industrie d'armement elle-même, trop dépendante des manoeuvres politiciennes de candidats à l'élection présidentielle soucieux avant tout de financer leurs campagnes électorales et leurs partis politiques. C'est ce système d'interpénétration des intérêts privés d'hommes politique et des intérêts publics (mal) gérés selon lui par, souvent des Polytechniciens (qu'on pourrait croire Poly-imbéciles!) qu'il dénonce comme responsables de ses déboires personnels et des déboires de l'industrie française d'armement face à ses concurrents européens, russes et américains...

   Très documenté - comme un dossier de procès comprenant autant de pièces à charge - en photographies (valorisantes pour l'auteur) et en reproductions de documents (compromettantes pour leurs signataires) - ce livre est instructif effectivement de la manière dont cette économie des armes fonctionne réellement, par-delà tous les calculs de coûts de production ou de ratios commerciaux, basée surtout sur des rapports personnels entre gens qui se connaissent très bien et se haïssent aussi bien (autant que des camarades de cours d'école maternelle!), vivant (très bien) de leurs entreprises, voyageant constamment en jets et résidant dans les meilleurs hôtels, passant vite des hautes sphères politiques à la prison... ou à la tombe!

  Bien entendu, le livre ne donne qu'un éclairage, dirait-on au quotidien, suivant une chronologie d'ailleurs bien rigoureuse et précise - qui jette par exemple une lueur - crue - sur les relations entre chiraquiens et baladuriens - et ne remplace pas une vue d'ensemble macro-économique et politique sur le commerce des armements.

 

Bernard CHEYNEL, avec la collaboration de Catherine GRACIET, Marchand d'armes, Seuil, 2014, 270 pages.

Catherine GRACIET est déjà l'auteure de plusieurs livres, dont La Régente de Carthage (La Découverte, 2009), Le Roi prédateur (Seuil, 2012) et Sarkozy-Kadhafi, Histoire secrète d'une trahison (Seuil, 2013).

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15 juillet 2020 3 15 /07 /juillet /2020 13:08

   Abolitionniste et éducateur américain, Anthony BENEZET (né Antoine BÉNÉZET) est surtout actif à Philadelphie en Pennsylvanie. Un des plus anciens abolitionnistes fonde un des premières sociétés anti-esclavagiste, la Society for the Relief of Negroes Unlawfully Held in Bondage (après sa mort, Société pour la promotion de l'abolition de l'esclavage), une des premières écoles pour filles en Amérique du Nord, et the Negro School at Philadelphie, qui opère au XIXe siècle. Végétarien, et avocat de la cause animale, Anthony BENEZET veut intégrer ce combat dans son enseignement.

 

      Issu d'une famille de huguenots en France (Saint-Quentin), il doit en partie suite à la saisie du commerce de son père qui choisit l'exil plutôt que de renoncer à sa foi. Sa famille émigre d'abord à Rotterdam aux Pays-Bas, puis brièvement à Greenwich en Angleterre, puis à Londres. En 1727, Anthony BENEZET rejoint la Société des Amis.

    En 1731, tout la famille migre à Philadelphie en Pennsylvanie, fondée par les quakers et l'une des colonies anglaises du Nouveau Monde. A 18 ans, Anthony BENEZET rencontre John WOOLMAN, un des premiers abolitionnistes américains.

  Il est convaincu que la propriété d'esclaves est contradictoire avec la religion chrétienne. Il milite, après la guerre d'Indépendance, pour la mise au ban de l'humanité de l'esclavage et l'État de Pennsylvanie l'abolit graduellement à partir de 1780.

   Entretemps, après avoir échoué dans une entreprise commerciale, il commence à enseigner en 1739 dans une école germanique, avant de changer en 1742 pour une école de la Société des Amis, où il inclut 9 classes pour esclaves noirs. En 1755, il quitte l'école de la Société des Amis pour fonder sa propre école pour enfants noirs. Beaucoup d'abolitionnistes, continuent d'enseigner, comme Abigail Hopper GIBBONS, à la Benezet Negro School dans les années qui précèdent la guerre civile américaine.

    Il fait publier de nombreux écrits, en support de son action militante et institutionnelle. En support de son programme d'enseignement, il écrit par exemple plusieurs manuels scolaires et un livre plaidant pour une éducation bien conduite. Maints anti-esclavagistes, comme Thomas CLARKSON et John WESLEY sont très influencé par ses plaidoyers. Ses intérêts s'étendent au delà de l'éducation et de l'esclavagisme, et touche la tempérance, le pacifisme et la Réforme de la condition des Amérindiens.

 

Anthony BENEZET, Observations on the inslaving, importing and purchaing of Negros. With some advice theorem, extracted from the Epistle of the yearly-meeting of the people called Quakers held at London un the year 1748, 1760 ; A short account of the part of Africa inhabited by the negroes, 1762 ; Some observations on the situation, disposition and character of the Indian natives of this continent, 1784. On peut trouver nombre de ses écrits sur le site Internet : resource.nim.nith.gov

Maurice JACKSON, Let Thie Voice Be heard : Anthony Benezet, Father of American Abolitionism, University of Pennsylvania Press, 2009.

 

 

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12 juillet 2020 7 12 /07 /juillet /2020 08:11

  Homme d'État américain, administrateur et professeur, James LOGAN est le quatorzième maire de Philadelphie. Il sert comme secrétaire colonial de William PENN et est un des fondateurs du collège de Philadelphie, prédécesseur de l'Université de Pennsylvanie. Même s'il n'est pas aussi prestigieux que les leaders des quakers comme William PENN, il fait partie de ce "personnel" qui permet le rayonnement des conceptions quakers de gouvernement, parmi les nombreuses commnautés d'origine diverses qui viennent s'établir en Amérique du Nord, étant lui même originaire d'Irlande.

  Comme beaucoup de membres de la Société des Amis de sa génération, il se converti au quakerisme en Irlande. Obligé de suivre ses parents pendant la guerre de 1689-1691, d'abord à Edinbourg, puis à Londres et Bristol, où en 1693, James LOGAN remplace son père comme professeur. Il vient à la colonie de Pennsylvanie en 1699, comme secrétaire de William PENN. 

Plus tard, il soutient la cause des droits de propriétaires en Pennsylvanie et mène une carrière politique, étant élu maire de Philadelphie en 1722. Pendant son mandat, il encourage la participation massive à la vie de la cité des immigrants catholiques irlandais. En l'absence de gouverneur de Pennsylvanie, il exerce cette fonction avant de devenir effectivement gouverneur de 1736 à 1738. Durant son mandat, il oppose le pacifisme quaker à la taxe de la guerre, et encourage les Pacifistes Quakers à abandonner leur siège à l'assemblée de Pennsylvanie pour que soit réalisées les réquisitions de guerre. En 1736, il répond à la requête des Américains natifs de contrôler les ventes d'alcool qui créent de graves problèmes sociaux, en installant des pénalités. Il faut noter que le thème de l'alcoolisme et de ses ravages dans les populations blanches et indigènes occupe énormément de temps dans le mandat de gouverneur. De même d'ailleurs que la lutte, ce n'est pas suffisamment développé dans les présentations, contre le commerce non autorisé des armes. James LOGAN joue un rôle central en tant que Chief Justice, Président de la Cour Suprême de Pennsylvanie (1731-1739) et que Gouverneur (1722-1723).

Durant son installation au poste de gouverneur, il joue un rôle actif pour l'extension territoriale de la colonie et poursuit des relations amicales avec le peuple Delaware. Il s'agit de contrôler avec le maximum de tranquillité l'expansion indéfinie de la colonie durant toute cette période, vu l'afflux des émigrants. Tout en poursuivant ses activités politiques LOGAN mène des travaux philosophiques (dans American Philosophical Society notamment) et apporte des contributions dans les sciences naturelles (botanique). Il développe les moyens de diffusion des connaissances et de la culture (bibliothèques, établissements universitaires...). C'est grâce à l'extension de ces moyens-là que se répand en partie les enseignements des quakers.

 

James LOGAN, Écrits divers dans les archives de l'Université de Pennsylvanie (en Anglais). Il n'existe pas d'ouvrages traduits en Français.

E. WOLF, James Logan, Bookman, Extraordinary. Proceedings of the Massachusetts Historical Society, 1967 ; The Romance of James Logan's Books. The William and Mary quaterly, 3, 1956. STRAHAN (ed.) EDWARD, A Century After, picturesque glimpses of Philadeplphia and Pennsylvania, Philadelphia, Alla, Lane & Scott and J.W. Lauderbach, 1875. Claus BERNET, James Logan (statesman), In Bautz. Traugott (ed.), 2010.

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